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lettre n°

Lettre commune de 1866. Paris, le 12 Juillet 1866. Nosseigneurs et Messieurs,
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    Lettre commune de 1866.

    Paris, le 12 Juillet 1866.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Notre dernière lettre commune annonçait, pour plusieurs de nos Missions, un mouvement remarquable des païens vers la Foi, et des espérances de conversions assez prochaines. Lannée 1865 na pas été signalée par la réalisation de toutes ces espérances que nous avaient fait concevoir quelques uns de nos Vicariats. Néanmoins elle a porté ses fruits, et nous navons quà bénir la Providence du zèle déployé par tous nos Confrères dans les champs quils cultivent ; zèle qui a fait deux victimes, ou plutôt donné à la Société deux nouveaux martyrs.
    Ces triomphes, aussi bien que les luttes et les travaux de nos Missionnaires sur leur champs de bataille respectifs, contribuent puissamment à faire naître parmi les jeunes lévites Français des vocations plus nombreuses, et, sous ce rapport, la part qui nous est faite devient de plus en plus belle.
    La mort de notre cher et vénéré Confrère, Mr Legrégeois, qui était chargé de rédiger ce travail, le rendra nécessairement incomplet. Nous nous contenterons de vous donner un aperçu sommaire de ce que le dépouillement de nos correspondances avec nos diverses Missions offre de plus saillant, en le faisant précéder de quelques observations auxquelles les circonstances donnent une certaine actualité.
    Des Confrères envoient quelquefois aux journaux, ou des amis indiscrets se chargent de le faire pour eux, des relations intéressantes destinées également aux Annales de la Propagation de la Foi, ou ayant trait à des événements qui doivent nécessairement y figurer tout dabord. Ce recueil ne saurait convenablement accueillir des récits qui ont déjà, depuis quelque temps, retenti dans la Presse. Nous avons reçu, à plusieurs reprises et dernièrement encore, du Conseil Central de Lyon, des plaintes à ce sujet. Nous navons pu y répondre autre chose, sinon que nous croyions nos Confrères étrangers à ces indiscrétions, et que, dans tous les cas, nous aurions soin de les avertir afin den prévenir le retour.
    Plusieurs de nos Missions ont vécu durant longtemps sous le glaive de la persécution. Des lois de proscription et de mort, rigoureusement exécutées, empêchaient toute relation entre les autorités locales et nos Confrères qui navaient pour se dérober à leur fureur que la solitude et les retraites les plus profondes.
    Les événements et les traités de ces derniers temps ont modifié cet état de choses. En Chine et dans lempire Annamite, la Religion Chrétienne nest plus légalement proscrite ; la tête du Missionnaire nest plus mise à prix. Les récents édits de tolérance et de liberté religieuse le protègent. Mais il ne faut pas perdre de vue que les dispositions de la plupart des Mandarins sont restées les mêmes. Leur fierté, humiliée sur un point, peut se traduire en vexations continuelles sur cent autres. Limpression qui nous reste de nos diverses correspondances, cest quil serait peut-être plus avantageux de chercher à les gagner quà les terrifier. Dans beaucoup de cas, des prévenances sans bassesse produiraient, à notre avis, plus deffet sur leur esprit que des appels aux traités, ou des menaces de répressions diplomatiques, menaces que les agents accrédités peuvent seuls se permettre, parce que seuls ils peuvent les mettre à exécution.
    Nous gémissons souvent de la triste position dans laquelle se trouvent plusieurs de nos Confrères, ainsi que leur néophytes, qui continuent à être arbitrairement vexés au mépris le plus formel des traités. Nous voudrions pouvoir leur être utiles, en signalant à nos Gouvernants les sourdes persécutions dont ils sont les victimes, et en implorant en leur faveur la protection qui leur a été promise. Mais, soit parce que les temps ne sont pas favorables, soit parce que les chefs admettent naturellement comme exacts les rapports de leurs agents, nous regrettons, dans les circonstances présentes, de ne pouvoir faire aucune démarche avec espérance de succès. Les tentatives déjà essayées nous ont convaincus quon est persuadé en haut lieu que nous sommes trop exigeants, que nous allons beaucoup trop vite, que nous brusquons tout, que nous compromettons les choses et leur suscitons de graves embarras. Ce que nous disons ici, Nosseigneurs et Messieurs, nest pas pour refroidir un zèle que nous admirons, et qui est la vie et lâme de notre Société, mais pour le tempérer par la prudence, pour létayer moins sur les secours de la France que sur lappui de la Providence.
    Nous recommandons vivement à nos Vicaires Apostoliques chargés des informations à faire pour la cause de nos Martyrs, de pousser activement cette affaire. Si le temps fixé par le St Siège sécoulait sans résultat, la chose serait à recommencer, ce quil faut éviter avec le plus grand soin. Notre cher Confrère, Mr Rousseille, est chargé de sentendre et de correspondre avec eux pour tout ce qui a rapport à cette cause.

    Pondichéry.

    107,000 Chrétiens. Baptêmes dadultes, 437, non compris celui des enfants de ces nouveaux convertis ; enfants dinfidèles baptisés in articulo mortis, 1746 ; conversions de protestants, 16.
    Cette grande et importante Mission continue de travailler à la régénération de lInde par les nombreux établissements quelle possède. Grand et Petit Séminaires, Collèges, Couvents, Asiles, Orphelinats, Catéchuménats, Ecoles, toutes ces fondations sont dans un état prospère et donnent à Mgr Godelle les plus belles espérances. On nen a doté le Vicariat quau prix des plus grands sacrifices, et, nous pouvons dire aussi, des privations que se sont imposées nos Confrères.
    Sa Grandeur dirige maintenant ses efforts sur une uvre commencée par Mgr Bonnand, de vénérable mémoire : la reconstruction des misérables églises où les néophytes sassemblent, la transformation des cabanes malsaines qui, jusquici, avaient été la demeure de la plupart des Missionnaires et ruiné la santé dun grand nombre. Il est fâcheux que la misère qui paraît, cette année-ci surtout, régner dans toute lInde, paralyse, ou du moins ralentisse les tentatives damélioration déjà entreprises.
    Le chiffre des baptêmes de gentils na pas atteint, cette année, dans ce Vicariat, celui des années précédentes. Nous espérons que ce résultat, dû à une cause tout-à-fait accidentelle, nempêchera pas cette uvre de reprendre sa progression ascendante et toujours en rapport avec les autres uvres prospères de la Mission.

    Maïssour.

    21,000 Catholiques. Baptêmes dadultes, 240 ; denfants dinfidèles in articulo mortis, 83.
    Là aussi, les établissements déducation occupent une large place. Lévangélisation des païens nest pas oubliée, mais on a surtout à préserver les néophytes du venin des erreurs protestantes. Le Gouvernement Anglais étend dans toute la péninsule le réseau de ses écoles où linstruction, donnée en dehors de toute croyance, ne peut produire quune génération dathées. Les sectes diverses qui pullulent en Angleterre et aux Etats-Unis y ont aussi leurs représentants soutenus par lor des sociétés bibliques, et plus ardents à pervertir les catholiques que zélés à régénérer les idolâtres. En présence de ces dangers si redoutables pour la foi des fidèles, Mgr Charbonnaux et ses Missionnaires sefforcent de prémunir, par de bonnes écoles les générations naissances contre les séductions de lerreur. Là encore, comme à Pondichéry et à Coïmbatour, la misère est grande et lannée que nous traversons bien pénible pour le prêtre comme pour le néophyte. La sécheresse a empêché densemencer les terres ou brûlé la récolte sur sa tige.

    Coïmbatour.

    17,000 Catholiques. Baptêmes dadultes, 171 ; de protestants, 36.
    Cette Mission vient enfin de sortir de ladministration provisoire sous laquelle elle se trouvait depuis 12 ans. Mgr Dépommier, nommé Evêque de Chrysopolis et Vicaire Apostolique de Coïmbatour, a été sacré à Pondichéry le 8 Octobre 1865. La population Française et indigène de la Colonie avait donné à cette cérémonie le plus grand éclat.
    Sa Grandeur a passé les premiers mois de son séjour dans son nouveau Vicariat, à en étudier les besoins et les souffrances. Il na pu nous donner encore de longs détails, mais nous savons déjà que ses besoins sont immenses ; car il sagit de réparer de modestes églises tombant partout en ruines, de fournir aux Missionnaires qui se dévouent aux pénibles travaux de lApostat un abri contre les ardeurs du soleil ou les intempéries des saisons, de neutraliser par des établissements catholiques le venin des écoles protestantes, de pousser plus activement la conversion des idolâtres et surtout de réorganiser un petit et un grand Séminaire, pour développer luvre si importante et si nécessaire du clergé indigène, uvre que nous avons tant à cur, surtout dans ces Missions de lInde dont les Chrétientés assez nombreuses demanderaient plus de Missionnaires que nous nen pouvons fournir.
    Nous savons que le désir de mener à bonne fin toutes ces uvres préoccupent Mgr Dépommier, et que, pour ne pas les voir toutes compromises, faute de ressources, il a mieux aimé en réduire momentanément quelques unes pour les reprendre un peu plus tard.

    Birmanie.

    Population Catholique, 5,100. Baptêmes dadultes, 203 ; denfants dinfidèles in articulo mortis, 858.
    Mgr Bigandet se félicite de la prospérité et des succès que le Seigneur a accordés aux établissements dinstruction dont il a doté son Vicariat. De là sortiront des maîtres pieux, des catéchistes zélés et, il faut lespérer aussi, des prêtres instruits et vertueux.
    La Mission Cariane, quoique fatigante et difficile, continue à saffermir et à se développer. Quelques villages se fondent parmi ces tribus errantes et donnent des espérances. Plusieurs familles Birmanes, rompant avec leurs traditionnelles croyances, ont abandonné le Boudhisme et reçu le baptême.
    Chez les Carians, deux nouvelles églises ont été bâties, et, dans la Haute Birmanie, le terrain nécessaire à la construction dune autre a été gracieusement accordé par le Roi, qui a voulu lenvironner à ses dépens dune belle palissade.
    Dans la Birmanie proprement dite, ce prince se montre toujours plein de bonté pour nos Missionnaires et favorablement disposé à légard des Chrétiens.

    Siam.

    Les baptêmes dadultes qui étaient lannée dernière de 322, se sont élevés cette année à 370. « Ces résultats, dit Mgr Dupont, quoique faibles en apparence, sont grands en réalité, si on tient compte des difficultés presque insurmontables que nous rencontrons, et de la nature dun sol depuis longtemps stérile. La Religion a beaucoup gagné ces dernières années, et dans plusieurs localités on demande des Missionnaires. Le Talapoin, baptisé depuis quelque temps, continue de travailler à la conversion de ses compatriotes. »

    Malaisie.

    Baptêmes dadultes en santé, 215 ; baptêmes dadultes in articulo mortis dans les hôpitaux, 341 ; conversions de protestants, 10 ; baptêmes denfants dinfidèles en danger de mort, 47.
    Cette Mission, comme la précédente, se compose de nationalités diverses. Les Hindous de haute caste et les Musulmans donnent peu despérance ; les parias de lInde et les Chinois qui y affluent de toutes parts sont plus accessibles aux lumières de la Foi ; cest de leur sein que viennent ordinairement les néophytes que nos Confrères baptisent.
    Un des résultats les plus consolants et peut-être les plus sûrs de leur ministère, cest la facilité de régénérer, à leurs derniers moments, bon nombre dadultes dans les hôpitaux. Si ces baptêmes naugmentent pas le chiffre de la population Chrétienne, ils font mieux, puisquil y a lieu despérer quils multiplient celui des élus du Seigneur. Cest une uvre digne de tout le zèle et de tout le soin de nos Confrères.

    Camboge.

    3,200 Chrétiens. Baptêmes dadultes, 334.
    Mgr Miche, devenu Vicaire Apostolique de la Cochinchine Occidentale, conserve ladministration de la Mission de Camboge, où Mr Cordier exerce les fonctions de Provicaire.
    Ladministration de cette petite Mission est bien consolante puisquelle a donné un chiffre de baptêmes de gentils que nont pas atteint des Missions plus considérables. Comme ombre à ce tableau viennent se joindre les peines quoccasionnent à nos Confrères les arrangements pris par le Roi du Camboge. Ce prince transfère sa capitale à Phenom-penh, et fait suivre la Colonie Chrétienne avec lui. Voilà, par cette mesure, nos deux églises de Pin-ha-lu devenues à peu près inutiles, et les Chrétiens Chinois de Phenom-penh obligés de quitter leurs terres pour faire place à la tente des Chrétiens Cambogiens. Cet acte arbitraire atteint encore les néophytes Annamites dirigés par Mr Aussoleil. Cet affection du Roi qui veut les Chrétiens Cambogiens auprès de lui est loin dêtre pour eux un bien, et causera à nos Confrères bien des sollicitudes et des dépenses.

    Cochinchine occidentale.

    Environ 30,000 Catholiques. Baptêmes dadultes, 1,334 ; denfants dinfidèles en danger de mort, 2,448.
    Daprès le rapport de Mgr Miche, la publication du dernier Jubilé a produit parmi les Chrétiens de ce Vicariat un mouvement religieux remarquable. La réunion de plusieurs Missionnaires dans les diverses stations pouvait à peine suffire au travail.
    Une liberté assez grande règne sur presque tous les points de la Mission, et malgré les bruits dattaque qui circulent dans la population Annamite, pour rejeter les Français à la mer, il est probable que Tu-Duc ne voudra pas sexposer à perdre quelques autres de ses provinces.
    Les établissements nécessaires à une importante Mission sélèvent ou existent déjà au sein de ce Vicariat. Séminaire avec 60 élèves, dirigé par Mr Wibaux ; deux Orphelinats, lun à Saïgon et lautre à My-tho, dirigés par les Surs de St Paul de Chartres ; un troisième chez les sauvages, à la tête duquel est Mr Azémar ; un Couvent de Carmelites où ces saintes filles donnent lexemple des plus austères vertus et attirent grand nombre de vierges annamites par le prestige de leur sainteté ; Ecole Française tenue par les Frères ; Communautés des Amantes de la Croix sur les divers points du Vicariat ; tel est en quelques mots le dénombrement des établissements dont nous parle Mgr Miche.
    Tous ces éléments de prospérité nous donnent lieu despérer les meilleurs résultats pour lévangélisation des gentils. Le chiffre des baptêmes est assez éloquent, nous avons lieu de croire, daprès lees renseignements fournis par Mgr Miche, que ladministration courante dépassera encore les résultats obtenus.

    Cochinchine orientale.

    Nous navons pas reçu le compte dadministration de cette Mission, veuve depuis quelques années de son pasteur et qui venait de recevoir son nouveau Vicaire Apostolique, Mgr Charbonnier, Evêque de Domitiopolis.
    Sa Grandeur quitta Saïgon le 11 Juillet, sur une canonière française, la Mitraille, que lAmiral Rose, Gouverneur par intérim de la Colonie, mit à sa disposition avec une bienveillance au-dessus de tout éloge. Arrivé au Bing-Dinh, Mgr Charbonnier y fut reçu en triomphe. Les Chrétiens, profitant de la liberté qui leur est donnée, se réunirent de divers districts, et, mêlés à une foule de païens que la nouveauté du spectacle attirait, conduisirent, au son de la musique, leur nouvel Evêque, revêtu de ses ornements pontificaux, jusquà son humble église. Cétait un spectacle touchant de voir ces néophytes dont plusieurs avaient confessé la Foi dans la dernière persécution et portaient encore sur leurs corps les traces de leur courage, dont beaucoup dautres avaient vu plusieurs membres de leur famille moissonnés par le fer du bourreau, cétait un spectacle touchant de les voir escorter leur Pontife dans des lieux qui furent les témoins de leurs souffrances, et lui promettre fidélité, tandis que celui-ci bénissait à la fois les bourreaux et les victimes.
    Une disette générale, occasionnée par le manque de pluies, est bientôt venue assombrir ces beaux jours. Les ravages sen feront vivement sentir ; et si nos chers Confrères avaient des ressources suffisantes pour soutenir lexistence de ces cadavres ambulants qui les assiègent, leur moisson serait belle.
    Mgr Charbonnier aura bien des ruines à réparer dans une Mission qui a été si longuement et si douloureusement éprouvée ; nous espérons que son zèle, son courage et le dévouement de ses Missionnaires seront à la hauteur de leur situation, et feront porter à ces champs désolés dabondantes moissons.
    La Mission des Sauvages, dirigée par Mr Dourisboure, portera aussi ses fruits et donnera aux privations et à la persévérance de nos Confrères une récompense bien douce.

    Cochinchine septentrionale.

    Le compte dadministration de ce Vicariat ne nous est pas parvenu. La cause de ce retard nous paraît devoir être attribuée à labsence du Vicaire Apostolique, Mgr Sohier, qui na pu rentrer dans sa Mission quau mois dAvril de cette année.
    Sa Grandeur et les Missionnaires qui laccompagnaient ont été généreusement admis, par le Gouverneur de la Cochinchine Française, à bord du Cosmos, qui, allant chercher à Hué lindemnité de guerre, les a conduits jusque dans cette capitale. Les canons du bord ont salué le débarquement de Mgr Sohier qui a été courtoisement accueilli par les Mandarins.
    Ces égards du pavillon Français pour nos Vicaires Apostoliques ne contribuent pas peu à les faire respecter par leurs anciens persécuteurs. Plusieurs de nos Confrères prétendent quon pourrait faire davantage ; cela est possible, mais lorsque nous envisageons léloignement où la France se trouve deux, nous devons toujours lui savoir gré de ce quelle fait.
    Mgr Sohier a célébré les fêtes de Pâques avec le plus grande pompe, presque sous les yeux de Tu-Duc, sans que personne ait cherché à le molester. Si ces bons rapports avec lautorité continuent, nous espérons que les débris de cette pauvre église annamite se relèveront, et quaprès avoir connu le jour des grandes douleurs, elle connaîtra aussi le jour des grands triomphes.
    Là aussi, comme dans plusieurs autres royaumes, la famine et le choléra ont fait et font encore de nombreuses victimes. Il semble que la vengeance divine sappesantisse sur ces terres coupables. Espérons que maintenant, le zèle de nos Confrères nétant plus enchaîné, le sang des martyrs y deviendra une semence de nouveaux Chrétiens.

    Tong-king occidental.

    Baptêmes dadultes, 413.
    Létat de cette Mission, dont les épreuves ont été si grandes dans les dernières persécutions, est moins la conquête sur le paganisme que la résurrection dune église à-demi ensevelie sous ses ruines. Trente à quarante de ces prêtres indigènes avaient donné à leurs néophytes un magnanime exemple, et scellé leur foi de leur sang dans les prisons ou sur les échafauds. Un grand nombre de chrétiens avaient eu le même sort, et les autres avaient été dispersés ou navaient pu être visités depuis longtemps. Les choses semblent maintenant changer de face.
    Nos prêtres indigènes, écrit Mgr Jeantet ont pu partout faire ladministration des Chrétiens, sans encombre et sans vexations de la part des autorités païennes. Partout grand empressement des fidèles pour venir se confesser et remplir leurs devoirs religieux. De toutes parts lon chante des GrandMesses, avec grand renfort de musique et de tambours, sans que personne savise de troubler nos néophytes.
    Le bras de Dieu sest appesanti sur nos anciens persécuteurs ; plusieurs sont morts dans les guerres contre les rebelles ; la famine et le choléra sont venus prêter leur concours à la guerre et les victimes se comptent par centaines. Ces spoliateurs de nos fidèles, réduits maintenant à la plus affreuse misère, sont souvent forcés de tendre la main à ceux dont ils ont autrefois saccagé les maisons et dont le ciel semble récompenser aujourdhui la persévérance et le courage.
    La présence des Missionnaires Européens est partout comme des Mandarins. Plusieurs les ont rencontrés sans quil en soit résulté rien de fâcheux. Pourvu quils évitent lostentation et léclat, nos Confrères peuvent en plein jour traverser les villages païens, les marchés, faire la bénédiction des maisons chrétiennes et célébrer même solennellement les offices de lEglise. Ils ont pu ainsi porter secours aux prêtres indigènes qui, en 1865, au milieu des ravages du choléra, ont administré près de cinq mille Extrême-Onctions et plus de trois mille Viatiques. La province qui avait été le théâtre du martyre de Mrs Cornay et Scheffer a été visitée par Mrs Périer et Huet : ce dernier y a succombé victime de son dévouement aux cholériques.
    Le grand Mandarin du lieu ayant connu leur arrivée, non-seulement cessa les vexations arbitraires quil exerçait contre les chrétiens, mais encore se hâta de publier lédit royal de liberté religieuse.
    Les soins de Mgr Jeantet en 1865 se sont surtout dirigés vers la reconstruction des Collèges et Séminaires détruits par la persécution. Les jeunes lévites Annamites, qui avaient retrempé leur foi dans leurs souffrances, ont repris leurs études, et neuf dentre eux, héroïques confesseurs de la Foi, ont reçu le Sacerdoce et sont venus remplir quelques-uns des vides faits dans les rangs du clergé indigène par le fer ou la prison.
    Mgr Theurel, quune maladie très-grave avait momentanément éloigné de sa Mission, est en route pour y rentrer, et le zèle et les efforts combinés des deux Prélats et de leurs Confrères ramèneront, nous en sommes sûrs, pour lEglise du Tong-king, les beaux jours de conversion quelle connut, durant la persécution, sous Mgr Retord.

    Tong-king méridional.

    La mort du Provicaire, labsence forcée des deux autres Missionnaires, et létat de surveillance où il est lui-même, nauront sans doute pas permis à Mgr Gauthier de nous envoyer létat de ladministration de 1865.
    La liberté religieuse semble avoir fait dans ce Vicariat moins de progrès que dans le précédent. Ce nest pas la guerre, mais ce nest pas non plus la paix. Pas de persécution officielle de la part des gouvernants, mais vexations arbitraires sur presque tous les points, haine à peine contenue de la part dun grand nombre de Mandarins. Le Vicaire Apostolique lui-même était comme prisonnier dans une grande ville, sous prétexte que, sil parcourait le pays, lautorité ne pourrait le protéger contre les fureurs populaires.
    Plusieurs chrétientés ont été victimes de pillages et de massacres opérés par des brigands que les Mandarins encouragent. Un Prêtre indigène a été mis à mort, un autre a reçu 30 coups de bâton pour sêtre muni dun papier signé par son Evêque. « Tu-Duc, écrit Mgr Gauthier, ma condamné moi-même à recevoir 50 coups de rotin, pour avoir donné à un patron de barque une attestation par laquelle je me reconnaissais propriétaire responsable des caisses de livres embarqués à son bord. »
    Cette menace, sans doute, na pas eu son effet, mais elle montre des dispositions hostiles qui nécessitent, de la part de nos Confrères, beaucoup de prudence et de réserve pour ne pas brusquer les choses.

    Quang-tong Quang-si et Haï-nan.

    Les rebelles ont encore dévasté et ruiné plusieurs localités de cette Préfecture, et contraint plusieurs de nos Confrères à chercher un refuge en des lieux plus sûrs. Lévangélisation du Quang-si va enfin commencer, daprès ce que nous annonce Mgr Guillemin dans sa lettre du 10 Mars. Sa Grandeur a fait choix, pour cette importante entreprise, de Mrs Delsahut et Gennevoise qui doivent aller relever la Croix dans des lieux où lun de nos Confrères larrosa de son sang en 1856. Depuis plusieurs années, nous désirions vivement que les circonstances permissent de ne pas laisser plus longtemps sans Apôtres un théâtre qui était devenu pour nous si cher et si glorieux. Nous espérons que les choses conduites avec zèle et prudence amèneront à la Foi des curs quune première tentative avait trouvés bien disposés.
    Nos Confrères réalisant là le vu du Gouvernement Français, élèveront la chapelle expiatoire mentionnée dans le traité de Pékin, et pour la construction de laquelle une somme de 42000 francs a été allouée sur lindemnité Chinoise. Baptêmes de gentils, 558 denfants païens moribonds , 3,207.

    Koui-tcheou.

    Des misères de tous genres sont venues éprouver cette province qui offrait de si belles espérances. « La guerre, la peste, la famine, tous les grands fléaux de Dieu à la fois sont venus fondre sur nous », nous écrivait Mgr Faurie, en date du 10 Octobre dernier.
    Les incursions des rebelles, les pillages auxquels ils se livrent, ont fait prendre les armes à un grand nombre dadorateurs. Les vexations, les persécutions du Gouverneur de la province qui, malgré la bienveillance du Vice-Roi pour eux, les confondait avec les brigands et les massacrait comme eux, en ont fait révolter beaucoup dautres.
    Dans le district administré par Mr Lions, dix mille de ces adorateurs ont montré les meilleurs sentiments et se sont tenus en dehors de toutes les révoltes. Mgr espère que, le calme un peu rétabli, la plupart de ceux qui avaient été contraints de prendre les armes les déposeront et reviendront continuer leur instruction religieuse ; et si toutes les espérances conçues ne se réalisent pas, on peut néanmoins se promettre une belle et consolante moisson.
    Il ne faut pas cependant se dissimuler que ce mouvement, cet élan dun peuple opprimé vers la Foi, quoique favorisé par le Vice-Roi, trouve dans la province, parmi les hauts Mandarins, de nombreux adversaires, Mgr Faurie et ses jeunes Missionnaires auront besoin de la plus grande prudence pour se tenir en dehors de tout mouvement étranger aux intérêts de la Foi. Sa Grandeur, au milieu dune population qui lacclame, nignore pas la difficulté de cette position, et cherche à lutiliser pour le triomphe de la religion, mais en dehors de toutes les affaires civiles auxquelles plusieurs Mandarins, par malveillance, voudraient le mêler.

    Su-tchuen oriental.

    Baptêmes dadultes, 803 ; denfants dinfidèles in articulo mortis, 37,414.
    Lannée dernière, cette Mission, participant au mouvement de conversion qui sétait déclaré dans le Koui-tcheou, comptait aussi ses adorateurs par dizaines de mille. Plusieurs districts étaient ébranlés, les païens se présentaient en foule et on pouvait prévoir pour un avenir peu éloigné de nombreux baptêmes didolâtres.
    Quelques néophytes étrangers sétant fixés dans la partie orientale, y avaient recruté de nombreux adhérents. Un prêtre chinois et des catéchistes développèrent ce mouvement et le poussèrent peut-être avec trop de zèle et déclat. Les Mandarins et les Lettrés, jaloux de voir à Yeoû-yâng et dans ses environs plus de dix mille adorateurs, cherchèrent, par toutes sortes de vexations, à arrêter cet élan.
    Mr Eyraud, envoyé par Mgr Desflèches sur les lieux pour calmer les persécuteurs et remettre tout en ordre, ne put en venir à bout. Lincendie, le pillage, les arrestations vinrent porter lépouvante au milieu de ces heureux néophytes. Mr Eyraud vit le païen qui lui avait donné lhospitalité impitoyablement massacré, et lui-même, traqué de toutes parts, sarracha à grandpeine aux poursuites de ses ennemis.
    Sur les plaintes de Mgr Desflèches, le Mandarin principal fut dégradé ; mais en perdant son titre, il resta sur les lieux pour y exercer sa haine. Son successeur fit les plus belles promesses, et sengagea à protéger Mr Mabileau que Mgr envoyait à la place de Mr Eyraud pour relever le courage abattu des adorateurs et réparer les ruines de la persécution.
    Ce cher Confrère, arrivé sur les lieux, saperçut bientôt que les dispositions nétaient pas changées. Les Lettrés se montraient toujours hostiles, le Mandarin destitué fomentait la haine, et son successeur encourageait ou du moins laissait faire. Lagitation, loin de se calmer, allait de plus en plus grossissant. De la pagode où il était logé, et comme captif, Mr Mabileau adressa plusieurs fois au grand Mandarin de la Ville des demandes de protection qui neurent aucun résultat. Une foule ameutée et menaçante assiégea plusieurs fois la porte de sa demeure. Notre cher Confrère en connaissant les sentiments, et la fuite à la campagne noffrant pas moins de périls que la résidence à la ville, il put bientôt connaître le sort qui lattendait.
    Le 29 Août, à 10 heures du soir, une tourbe soudoyée se précipite vers la demeure de Mr Mabileau. On enfonce les portes, on se saisit de sa personne, on lui prodigue les coups et les outrages, on le traîne au bord de la rivière qui coule à côté de la ville, on le plonge à plusieurs reprises dans leau, et, voyant quil respirait encore, on le reconduit dans les rues de la ville où de nombreux coups firent descendre sur sa tête la couronne du Martyre.
    Dès le début de cette scène de sang, le Mandarin civil, averti par le Catéchiste de notre cher Confrère, refusa de lui porter secours et resta dans son prétoire. Le lendemain il en sortit avec son escorte pour constater le crime et dresser procès-verbal ; et alors, effrayé, sans doute, de la responsabilité quil venait dencourir, il fit procéder à la sépulture dans la bonzerie même où était le corps, à ses dépens et avec la plus grande pompe, et écrivit à Mgr Desflèches pour lui faire part de sa douleur.
    Le corps de notre cher Confrère repose encore dans les lieux qui ont été témoins de son triomphe. Des plaintes ont été portées auprès du Gouvernement Chinois et du Ministre de France à Pékin. Les plus belles promesses ont été faites, les plus justes réparations promises, une expédition annoncée et préparée. Mais en somme, tout en est resté aux paroles, et nous ne sachons pas que justice ait encore été rendue.
    Malgré cet orage, les sentiments religieux se réveillent parmi les idolâtres de certains districts de Su-tchuen, et Mgr Desflèches nous écrivait dernièrement que, depuis son arrivée en Chine, jamais les temps ne lui avaient paru plus favorables pour la prédication de lEvangile, ni les curs mieux disposés à lentendre et à lembrasser.

    Su-tchuen occidental.

    Baptêmes dadultes, 264 ; denfants dinfidèles in articulo mortis, 74,314 ; Catéchumènes, 582.
    La liberté religieuse, officiellement donnée à la Chine, na pas encore porté de grands fruits dans cette province, à cause des dispositions toujours malveillantes des Mandarins. Ces personnages se servent de leur position pour exploiter contre les Chrétiens les passions haineuses des idolâtres. « Les païens, nous dit Mgr Pinchon dans sa correspondance de la fin de lannée 1865, sont de jour en jour plus mal disposés contre nos néophytes. Ils cherchent à faire le vide autour deux, en refusant de les faire travailler ou de leur rendre les plus petits services, de leur vendre même les choses nécessaires à la vie. Ça et là des conjurations formidables se forment contre nous dans ce but, et nous sommes sous le coup des plus terribles menaces.
    Dans les arrondissements de Pa-tchéou et de Lang-kiang-hin, Dieu nous avait accordé plus de 2,000 adorateurs. Il nen fallait pas tant pour exciter une tempête. Les païens, au nombre de plus de mille, fondent sur nos néophytes, en blessant plus ou moins grièvement une centaine, pillent toutes les maisons, livrent aux flammes celles des plus riches, emmènent captives les filles et les femmes qui leur conviennent, et brûlent en effigie le Prêtre de la station. Tout cela se passait en Mars 1865. Depuis lors a commencé un procès ruineux qui nest point encore terminé. On en ferait autant en cent endroits si nous nusions de la plus grande prudence. »
    Les causes de ces calamités sont nombreuses. Mgr Pinchon assigne surtout lesprit de cupidité, de rapine des Chinois, la haine et le mauvais vouloir des Mandarins, le peu de protection que trouvent nos Confrères dans nos représentants à Pékin. Les grands magistrats, en apparence assez bien disposés pour eux, donnent des ordres assez justes ; mais la tourbe famélique des petits Mandarins chargés de les exécuter fait ordinairement cause commune avec les plus grands scélérats.
    Des jours meilleurs sont donc encore à attendre pour ce Vicariat.

    Su-tchuen méridional.

    16,000 Chrétiens. Baptêmes dadultes, 303 ; denfants dinfidèles in articulo mortis, 30,775.
    Cette Mission, comme les deux précédentes, faisant partie de la même province, na cessé, depuis quelques années, dêtre traversée par des épreuves de tout genre. La guerre civile a promené longtemps au milieu de nos Confrères et de leurs néophytes ses terribles ravages. Les Chrétiens ont eu beaucoup à souffrir et plusieurs de leurs chétives habitations sont devenues la proie des flammes. Quelques-uns dentre eux ont été réduits en esclavage ou massacrés par ces hordes de barbares sans entrailles.
    Mgr Pichon, qui nous donne ces détails dans une lettre du 15 Octobre 1865, en ajoute dautres qui ne sont pas moins navrants sur la famine et des épidémies dévorantes qui font de nombreuses victimes dans cet immense Vicariat. Sa Grandeur estime de 1,500 à 2,000 le nombre des Chrétiens qui ont péri par ces divers fléaux ou pris la fuite pour les éviter. Lère des persécutions nest pas non plus entièrement close pour ce Vicariat, et Mgr, dans une nouvelle lettre du 14 Janvier 1866, nous apprend que dans plusieurs districts des Chrétiens ont été vexés, emprisonnés et maltraités.
    Le district confié à Mr Gourdin paraît être celui qui a le plus souffert. Là, on a vu se renouveler les épreuves des anciens jours, et sur leur refus de fouler aux pieds la Croix, deux Chrétiens ont été torturés par lordre des Mandarins, au milieu des plus terribles menaces et des blasphèmes les plus révoltants contre notre Sainte-Religion.
    Sa Grandeur sest empressée de demander justice aux Chefs de la province ; mais, quand on connaît les dispositions perverses des grands Mandarins et de leurs agents, les espérances de lobtenir sont petites. Les tribulations continuent donc pour cette Mission comme pour ses deux voisines, et nos Confrères, sans être arrêtés et traqués comme aux jours des persécutions légales, nont guère plus de garanties pour la liberté et la protection de leurs néophytes que sous les édits de sang.

    Yun-nan.

    Baptêmes dadultes, 392 ; denfants dinfidèles in articulo mortis, 11,000.
    Cette pauvre province a été, durant longues années, ravagée par les terribles Mautsé ou rebelles Chinois qui lont dévastée dans tous les sens. A leur approche, Chrétiens et païens sont obligés de se cantonner dans des forteresses pour se soustraire à leurs attaques ou les repousser. Dans le district de Mr Chirou, les victimes ont été nombreuses vers le milieu de lannée dernière ; et lorsque ce torrent dévastateur des maudits Lo-Lo passe dans les campagnes, ceux seulement qui peuvent gagner les fortins et sy défendre sont en sûreté contre les brigands, mais non contre la misère.
    Malgré ces troubles et ces ravages, Mr Fenouil, Provicaire Apostolique put visiter en Septembre 1864 les Chrétiens de la capitale affreusement ravagée. Ces néophytes, autrefois au nombre de 300 sont aujourdhui réduits à 60. Ils navaient pas vu de prêtre depuis 8 ans et le reçurent comme un ange envoyé de Dieu. Leur conduite pleine de foi nest pas sans produire une heureuse impression sur les païens dont plusieurs se sont déjà mis au rang des adorateurs.
    Le chef religieux des Musulmans et le Mandarin militaire de toute la province désirèrent avoir une entrevue avec Mr Fenouil et se montrent pleins de bienveillance pour lui. Le dernier voulait lenvoyer en ambassade auprès du Vice-Roi du Koui-tcheou qui lest aussi du Yun-nan, afin que ce haut dignitaire vint, comme ses prédécesseurs, résider dans cette province.
    Notre cher Confrère ne voulut pas de titre officiel, mais consentit à accompagner les Mandarins délégués pour cette affaire. Ils furent tous courtoisement reçus du Vice-Roi qui promit de faire bientôt dans le Yun-nan une visite quil a depuis lors réalisée. En même temps Mr Fenouil obtint de Son Excellence, par lentremise de Mgr Faurie, un ordre pour la publication de lédit impérial de liberté religieuse dans la capitale, et la cession dune maison en compensation des pertes subies par la Mission.
    Les Mandarins de Yun-nan-fou mirent beaucoup dobstacles à laccomplissement des ordres du Vice-Roi, mais sur les nouvelles et menaçantes instances de Son Excellence, ils sexécuteront de bonne grâce et figurèrent officiellement à linstallation de Mr Fenouil dans létablissement qui lui fut livré au mois de Juillet 1865.
    Nous navons pas de lettres de Mgr Ponsot postérieurement à cette date, mais il ne faudrait pas sétonner si de nouvelles épreuves venaient se mêler à ces succès si consolants. Une réaction des Mandarins est à craindre, à moins que le Vice-Roi, résidant actuellement dans la province, ne contienne, par son influence juste et généreuse envers les Chrétiens, les Mandarins du Yun-nan, comme il a contenu, ces dernières années ceux du Koui-tcheou.

    Thibet.

    De cette Mission qui nous avait donné un moment de si belles espérances, nous navons que des ruines à peindre, des désastres à raconter. La persécution a détruit luvre de 15 ans de fatigues, de souffrances et de sacrifices. Si le sang des martyrs est une semence de Chrétiens, comme nous ne pouvons en douter, le Thibet ayant déjà les siens, la Croix abattue sy relèvera bientôt. Nous allons faire passer sous vos yeux le sommaire des événements qui ont désolé cette terre, et tels quils nous sont racontés par les correspondances de nos Confrères.
    Au milieu des vexations qui les environnaient, les néophytes Thibétains se sont réfugiés auprès de nos Confrères dans leurs établissements de Bonga, de Kiang-ka et de Kiona-Tong. Les Lamas persécuteurs, craignant sans doute de se charger de leur sang, ont commencé par faire le vide autour deux. Les communications avec eux étaient sévèrement interdites, et ce ne fut quà grandpeine quils pouvaient se procurer les vivres nécessaires pour attendre la moisson dune terre quils défrichaient de leurs propres mains.
    La première moitié de lannée 1865 se passa au milieu dune anxiété continuelle, et ils eurent cependant la consolation de baptiser 2 adultes, de recevoir 5 catéchumènes, den préparer 4 autres et de régénérer 7 enfants dinfidèles en danger de mort. Mais la guerre ouverte succéda bientôt à de sourdes tracasseries.
    « Le 29 Juin, nous écrit Mr Félix Biet, arrive, à la tête de 50 à 60 hommes, Rodong-Tséouang, lhomme daffaires des Lamas nos ennemis et le bourreau des Chrétiens. Cest lui qui dit depuis un an°jirai à Bonga tuer les maîtres de la Religion et brûler leur maison. Grand et robuste, le sabre au côté, il demande une chambre et de la nourriture. A peine était-il installé quarrive une autre bande. Rodong-Tséouang nous fait savoir que le peuple vient nous rendre ce que nous lui avions prêté, attendu quil nétait permis à personne davoir des rapports avec nous. » Dans la soirée, les envahisseurs ne cachaient point leurs desseins. Tous les Chrétiens valides se sauvèrent alors vers les montagnes ; seuls les infirmes et les enfants restèrent avec les Missionnaires.
    Ceux-ci se confessèrent mutuellement à 2 heures du matin, décidés à se laisser égorger par leurs persécuteurs. Les jours suivants se passèrent dans les mêmes inquiétudes et les mêmes alarmes ; une partie de la moisson fut ravagée ; les visiteurs hostiles se succédaient et se remplaçaient mutuellement. Les insultes et les outrages ne manquèrent pas à nos chers Confrères, jusquà ce que, le 4 Juillet, la foule se dispersa et il se fit un peu de calme.
    Pendant que Mrs Desgodins et Félix Biet se voyaient ainsi traqués à Bonga, Mrs Fage et Dubernard éprouvaient les mêmes avanies à Kiang-ka, et Mrs Durand et Al Biet à Kiona-Tong. La ruine de la Mission était ainsi poursuivie sur tous les points à la fois, jusquà ce quil fut permis à ses ennemis de la consommer trois mois après.
    Voici comment Mgr Chauveau, le nouveau Vicaire Apostolique du Thibet, nous raconte ces tragiques événements : « A la fin de Septembre 1865, de nouveaux bruits sinistres se répandirent autour de nos Confrères. Le 29, une bande armée de 5 à 600 hommes, au signal donné par un coup de fusil, cerna la maison de Bonga ; quelques uns des habitants voulaient se défendre à laide de flèches empoisonnées dont on sétait muni davance. Nos Confrères sy opposèrent et ne voulurent pas faire une résistance inutile.
    Bientôt tout est brisé, saccagé : nos Chrétiens sont liés, battus, foulés aux pieds ; on népargne ni le sexe, ni lâge ; les plus petits enfants sont brutalement frappés comme leurs mères. Nos Confrères sont attachés et gardés à vue ; et après plusieurs jours dexplications et de violences, le feu est mis à la maison de Bonga et de ses dépendances, la révolte et anéantie, les Missionnaires et leurs néophytes sont chassés de cette terre qui était une terre Française à titre de propriété, et conduits au-delà des frontières de la Chine. Ainsi il ne reste plus de Bonga que des ruines et un lamentable souvenir.
    Dans le même temps, Mrs Durand et Al. Biet se trouvaient, à Kiona-Tong, en butte à une guerre aussi acharnée. Le 28 Septembre, une bande de gens armés envahirent leur demeure, menaçant de mettre tout à feu et à sang. Les deux prêtres se donnèrent mutuellement labsolution, et toute la petite colonie dut chercher son salut dans la fuite. Mr Al Biet échappa à ses meurtriers, gagna durant la nuit le village de Ou-ly et se réfugia plus tard, dans un état de santé déplorable, à Tcha-mon-tong, sur le territoire Chinois, afin dy attendre des jours meilleurs, et se concerter avec son Evêque et ses Confrères sur la ligne de conduite à tenir.
    Mr Durand, suivi dans sa retraite de quelques Chrétiens, arriva au point coulant du Lan-tsan-kiang. Il fit dabord passer ses néophytes, se réservant lhonneur et les dangers de passer après les autres. Cest sur ce pont de cordes quil trouva son triomphe et mourut victime de son dévouement et de son zèle. Daprès la version la plus probable, il fut atteint de deux balles à la tête et tomba mort dans le fleuve. 22 jours après, son corps fut retrouvé et à peine défiguré. Mr Al. Biet, son compagnon de softwares le revêtit de ses ornements sacerdotaux et lensevelit sur la terre du Yun-nan, aidé de quelques Chrétiens Chinois et du Lama de Tcha-mou-tong, qui paraît avoir été dévoué à nos Confrères jusque dans leurs malheurs.
    Ainsi est mort à 30 ans ce jeune et zélé Missionnaire, heureux de donner sa vie pour ses néophytes et pour rendre témoignage à la Religion que ses ennemis poursuivaient en lui. Il a été un des premiers Apôtres du Thibet et il nen sera pas le moins glorieux. De la terre de Chine où il repose il bénira ce pays infortuné qui a été le théâtre de ses luttes et de ses souffrances, et son sang répandu rendra cette vigne féconde. Ses néophytes ont suivi Mr Al. Biet au Yun-nan où ils se trouvent avec lui dans la détresse la plus profonde.
    Quant à la Mission du Thibet, elle est momentanément anéantie. Ses pertes sont immenses. Mgr Chauveau, en unissant la ruine de tous nos établissements au Thibet avec le pillage dont ont été victimes les Chrétiens, les porte au-dela de 200,000 francs.
    Le mal est grand sans doute et lavenir bien sombre, mais nos Confrères, au milieu des plus cruelles épreuves, sont toujours pleins de courage. Nous savons aussi que nous pouvons compter sur le zèle, lintrépidité et lexpérience du nouveau Vicaire Apostolique qui nest à la frontière que pour y contempler des ruines, mais qui, nous lespérons, reprendra, par sa prudence et son courage, le terrain que la persécution nous a fait perdre.

    Mandchourie.

    Les correspondances de Mgr Verrolles ne nous donnant aucun compte-rendu de ladministration dans son Vicariat, nous nen pouvons rien dire. Nous avons seulement appris, par une lettre de Mr Venault, en date du mois de Juin 1865, que Mgr avait adressé une circulaire à ses Missionnaires pour les engager à établir dans leurs districts les uvres de la Propagation de la Foi et de la Ste Enfance. Mr Venault ajoute que ses efforts ont été couronnés de succès, et que, dans toutes les stations, il a pu recruter parmi ses pauvres Chrétiens quelques associés à ces deux uvres.

    Corée.

    Nous navons pas de nouvelles de cette héroïque et généreuse Mission. Les correspondances annuelles qui nous arrivaient en Juin, ne nous sont point parvenues cette année. Ou les lettres auront été interceptées, ou nos Confrères auront été dans limpossibilité de les faire parvenir à Chang-haï à cause des incursions des rebelles qui, daprès les derniers renseignements de nos procureurs, occuperaient les pays intermédiaires, et se seraient même emparés de la ville de Moukden. Nous sommes persuadés que Nosseigneurs Berneux et Daveluy nous mettront, aussitôt quils le pourront, au courant de leur position.

    Japon.

    Mr Petitjean vient dêtre nommé par le Saint-Père Vicaire Apostolique du Japon avec le titre dEvêque de Myriophide in partibus. Les rapports de nos Confrères avec les autorités Japonaises restent les mêmes, cest-à-dire, bienveillance officielle dun côté, dévouement, prudence et réserve de lautre. Il est dautres choses bien consolantes que nous voudrions pouvoir porter à la connaissance de nos diverses Missions ; la prudence nous impose maintenant un silence quil nous sera donné de rompre un jour, pour faire admirer la miséricordieuse conduite de la Providence à légard de cette illustre Eglise.

    Séminaire général de Pulo-Pinang.

    Nombre délèves, 116.
    Nous navons rien de particulier à signaler sur notre Séminaire général de Pulo-Pinang qui continue sur le même pied sa mission de préparer de pieux et dévoués auxiliaires à tous nos Vicariats.

    Procures de Hong-Kong, Singapore et Chang-hay.

    Nos Procures ont continué leur uvre de ravitaillement pour toutes nos lointaines Missions, mais dans des conditions que le rayonnement agrandi de leur action rend de plus en plus lourdes, et qui semblent demander une modification prochaine.
    Depuis longtemps, en effet, des plaintes venant de diverses sociétés avaient été portées à Lyon et même à Rome contre lexagération prétendue des allocations faites à nos Procures. La comparaison seule de nos chiffres avec les leurs semblait donner raison aux plaignants. Les explications que nous avons fournies aux Conseils Centraux de luvre de la Propagation de la Foi, sur les charges et les dépenses de nos Procures, ont bien pu légitimer à leurs yeux les sommes allouées à ces établissements, mais nont pu dissiper les préventions de ceux qui en ignorent la marche. Cette année, vu le déficit de leur dernier compte, nous avons été obligés de leur allouer encore un supplément de 11,000 francs que nous avons dû répartir fictivement sur nos diverses Missions, pour ne pas grossir aux yeux du public un chiffre qui paraissait déjà exagéré.
    Un tel état de choses nous paraît fâcheux ; les Conseils de luvre de la Propagation de la Foi, pour couper court aux préventions et aux critiques, en verraient le changement avec plaisir, et nous cherchons les moyens de le modifier prochainement. Parmi le divers systèmes que nous avons examinés, celui qui nous semblerait avoir le moins dinconvénients et être le plus en harmonie avec notre règlement, est le suivant :
    Décharger nos Procures de tous frais de voyage et dexpédition quelles ont à supporter pour les mettre au compte des Missions intéressées, et répartir sur le supplément de ces mêmes Missions les sommes qui seraient supprimées sur lallocation des Procures. Cette marche ramènerait la somme qui les concerne à un chiffre régulier, rembourserait aux Missions les nouvelles dépenses qui leur seraient imposées ; mettrait fin à un état de choses dont nous ne pouvons plus aux yeux du public justifier la légitimité, et répondrait au désir plusieurs fois manifesté par les Conseils de luvre de la Propagation de la Foi.
    Voilà, Nosseigneurs et Messieurs, le plan que nous désirerions adopter, et qui, nous lespérons, aura votre approbation.

    Séminaire de Paris.

    Lannée 1865 a été bonne pour notre Séminaire. Le nombre de nos aspirants a presque atteint la centaine et celui des départs sest élevé jusquà 30. Lannée courante sera encore plus heureux et le nombre des jeunes Missionnaires déjà partis ou qui vont partir sera de 33.
    Quelque consolant que soit ce chiffre, il ne nous permet pas néanmoins de suffire aux nombreuses demandes de Missionnaires quon nous adresse de tous côtés. Durant les dernières persécutions, les Missions Annamites avaient été cruellement éprouvées, et celles de la Chine navaient pu recevoir quun nombre restreint douvriers Apostoliques. Les temps étant changés, nous devons nous efforcer de combler les vides faits dans les unes et de remplir les postes laissés longtemps vacants dans les autres. Nous avons, en outre, à tenir compte des dispositions favorables qui se manifestent dans certains Vicariats, et que nous nous reprocherions de ne pas seconder.
    Dans la destination des Missionnaires, comme dans la répartition des fonds, nous portons un égal intérêt à toutes nos Missions, et notre préoccupation la plus grande, en tenant compte de leurs besoins, est dêtre justes envers toutes.
    Le chiffre élevé de nos aspirants rend nos dépenses de plus en plus lourdes. Nous vous en donnerons une idée, Nosseigneurs et Messieurs, en vous disant que larticle seul de léquipement et du voyage jusquaux Procures de nos 30 Missionnaires de lannée dernière sest élevé jusquà la somme de 50,000 francs. Cette année, les Messageries ayant augmenté leurs tarifs de frais de table, et le nombre des partants étant de 33, la dépense atteindra probablement le chiffre de 60,000 francs.
    Nous avons eu la douleur de perdre, il y a trois mois, notre cher Confrère, Mr Legrégeois, ancien Procureur Général à Macao, et Directeur ici depuis 1844. Sa mort a été sainte, comme lavait été sa vie, et durant les quelques jours qua duré sa dernière maladie, il nous a tous édifiés par ses sentiments de résignation et de piété. Il a aimé la Société et lui a consacré, comme Secrétaire, jusquà ses derniers jours. Nous le recommandons instamment aux prières de toutes nos Missions.
    Cette mort, en nous privant dun auxiliaire dévoué, est venue déranger les plans que nous avions faits pour les cours de lannée prochaine, et nous mettra dans la nécessité de rappeler prochainement un Confrère apte à lenseignement.
    Lâge où sont parvenus quelques-uns dentre nous, les occupations multiples et importantes des Missions qui incombent à quelques autres, ne nous laissent point, pour cette partie, un nombre suffisant de Directeurs. Cest dans ce but que nous désirons vivement que lorsque les Missions ont à faire choix dun procureur, elles tiennent compte, non-seulement de leurs intérêts respectifs, mais encore et surtout des besoins si nombreux de notre Séminaire.
    Notre chère Société ayant pris, depuis un quart de siècle, des développements inattendus, nos correspondances avec Rome en sont devenues plus nombreuses et les affaires à y traiter plus importantes. Nous avons à poursuivre la cause de nos Martyrs à laquelle nous portons un si grand intérêt ; à obtenir le plus promptement possible du Saint-Père et des Congrégations Romaines la solution des difficultés que nos Vicaires Apostoliques sollicitent par notre intermédiaire.
    Pour ce qui concerne laffaire de nos Martyrs en particulier, nous avons déjà eu à Rome quatre Postulateurs étrangers à la Société, et jusquici leurs services ne nous ont été que dune utilité médiocre. Nous avons pensé quun de nos Confrères pourrait, sous ce rapport, être à la Société et à nous dune grande utilité, et nul ne nous a paru plus apte à cette fonction que notre Procureur Général à Hong-Kong, Mr Libois. Nous lavons donc rappelé, avec le titre de Directeur du Séminaire et la perspective de la mission dont nous venons de parler. Ce cher Confrère sest rendu à nos désirs, et il est actuellement dans la ville éternelle. Il y passera tous les ans le temps nécessaire à lexpédition des affaires, et, pour le reste, se trouvera au milieu de nous, afin de nous prêter le concours de sa vieille expérience des Missions.

    Noms et Destinations des jeunes Missionnaires partis ou devant partir en 1866.

    Sont partis le 15 Janvier 1866.

    Messieurs

    Gojon, Louis-François, Annecy. Su-tchuen Oriental.
    Sorin, Firmin, Poitiers. Malaisie.

    Sont partis le 14 Février 1866.

    Messieurs

    Blanchard, Joseph-Henri. Poitiers Coïmbatour.
    Baulez, Marius-Joseph. Marseille. Pondichéry.
    Simonnet, Louis-Emile. Langres. Pondichéry.
    Frichot, Toussaint-Sébastien. Paris. Tong-king Méridional.
    Michaud, Henri. Luçon. Tong-king Méridional.
    Legrand, Gédéon-Osée. Poitiers. Cochinchine Occidentale.
    Marin, Jean-Marie. Autun. Japon.
    Cousin, Jules-Alphonse. Luçon. Japon.
    Cros, Claude-Victor. Lyon. Cochinchine Septentrionale.

    Est parti le 15 Mars 1866.

    Monsieur Mac-Carron, Jacques. Clohéal (Irlande). Coïmbatour.

    Sont partis le 14 Juin 1866.

    Messieurs

    Tournier, Charles-Adolphe. Besançon. Cochinchine Occidentale
    Beaujean, Eugène-Louis. St Brieux. Tong-king Occidental.
    Armbruster, Pierre-Théophile. Langres. Japon.
    Villion, Aimé. Lyon. Procure de Hong-Kong.

    Partiront le 15 Juillet 1866.

    Messieurs

    Jansoone, Pierre-Antoine. Cambrai. Maissour.
    Perreaux, René-Nicolas. Séez. Siam.
    Bouillet, Gilbert. Lyon. Cochinchine Occidentale.
    Fougerouse, Jean-Mathieu. Clermont. Cochinchine Occidentale.
    Maybon, Jean-Baptisite. Montauban. Cochinchine Septentrionale.
    Tessier, Alexis. Angers. Tong-king Méridional.
    Pineau, Louis. Angers. Tong-king Méridional.
    Schorung, Jacques. Metz. Tong-King Occidental.
    Deux, Claude. Lyon. Tong-king Occidental.
    Poirier, Jean-François-Marie. Angers. Japon.

    Partiront le 15 Août 1866.

    Messieurs

    Maupoint, Pierre-Théophile-Xavier. Angers. Su-tchuen Occidental.
    Cottin, Eugène. Belley. Su-tchuen Occidental.
    Gourdon, François-Marie. Angers. Su-tchuen Oriental.
    Magnac, Flavien-Antoine. Tarbes. Su-tchuen Oriental.
    Binet, Altidor-Florentin-Alexandre. Bayeux. Su-tchuen Méridional.
    Dumont, Joseph-Alexis. Verdun. Yun-nan.
    Parguel, Placide. Rodez. Yun-nan.

    Nous avons lhonneur dêtre, avec un très-profond respect et un entier dévouement,

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs.

    P.S.-Corée.

    Nous venons de recevoir de Mgr Berneux une lettre en date du 19 Novembre 1865, qui nous donne des nouvelles de la Mission de Corée.
    Baptêmes dadultes, 907 ; denfants de païens in articulo mortis, 1,116.
    Les quatre jeunes Confrères destinés à cette Mission, et partis dici en 1864, y sont heureusement arrivés, malgré les dangers de toutes sortes. Mgr Daveluy les a reçus à leur débarquement, et ils se sont rendus auprès de Mgr Berneux pour se mettre à létude de la langue.
    Les lois de persécution subsistent toujours dans ce royaume ; nos Confrères ne sont pas recherchés par les Mandarins, mais ils sont obligés de vivre dans lombre et de se tenir toujours cachés. La présence de Mgr Berneux et des Missionnaires nest pas inconnue des Gouvernants, et Sa Grandeur a pu avoir, au moyen dun Mandarin, quelques rapports avec le Prince Régent, au sujet de la demande renouvelée par les Russes de sétablir sur le territoire Coréen. Les communications du Prélat ont été accueillies avec bienveillance de la part du Prince.
    Les Russes menaçant de faire irruption par le Nord, les grands de la Capitale ne seraient pas fâchés que les Français et les Anglais vinssent traiter avec la Corée, afin de contrebalancer, par leurs relations avec le Sud, linfluence Moscovite. De ces relations sortirait nécessairement la liberté religieuse, au développement de laquelle la position et linfluence de Mgr Berneux pourraient être dun grand secours.
    « Quoique toujours proscrits, nous dit Sa Grandeur en terminant, notre position est bonne, et je crois que lan prochain nous serons encore plus à laise. »
    Les consolants résultats obtenus par nos Confrères auprès des idolâtres, malgré les lois de persécution, disent assez quels seraient les triomphes de lEglise Coréenne si elle voyait luire enfin laurore de la liberté religieuse.
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