Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

lettre n°

Lettre commune de 1865. Paris, le 20 Juillet 1865. Nosseigneurs et Messieurs,
Add this
    Lettre commune de 1865.

    Paris, le 20 Juillet 1865.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Nous devons de grandes actions de grâces à lauteur de tout don parfait pour les bénédictions extraordinaires quil a bien voulu répandre sur certaines de nos missions dont les heureux résultats dadministration ont dépassé de beaucoup nos espérances. Linitiative du Vice-Roi du Koui-tcheou, devenu le propagateur et lapologiste de notre Ste Religion, a produit dans cette province des effets merveilleux. Le nombre des païens qui ont déclaré vouloir lembrasser sélève au-dessus de 60.000.
    Au Sut-chuen oriental, malgré la persécution de certains mandarins et lopposition acharnée des Lettrés, plus de 10000 païens ont abandonné le culte des idoles. Dun autre côté le cruel Tu-Duc, fatigué de son rôle de persécuteur de ses sujets chrétiens vient de leur accorder le libre exercice de leur religion, ce qui sans doute va donner lieu à dinnombrables conversions dans le royaume annamite.
    Quant à ce quil peut y avoir dintéressant dans nos autres missions, vous le verrez. Nosseigneurs et Messieurs, dans le dépouillement de leur correspondance que nous allons mettre sous vos yeux.

    Pondichéry.

    Rien dextraordinaire na eu lieu dans cette mission depuis lannée dernière. Nos chers Confrères ont, comme toujours, travaillé avec beaucoup dardeur, non seulement à poursuivre mais encore à agrandir et développer de plus en plus le bien déjà commencé. « Il ne nous est pas permis en effet, dit Mgr Godelle, de nous endormir sur nos succès, le bien à faire est infiniment plus grand que celui qui a déjà été opéré, et, à ne considérer que la fin essentielle de notre ministère, la conversion des païens, nous devons reconnaître quelle nest québauchée. Ce Vicariat contient près de 4,000,000 de païens et seulement environ 107,000 catholiques. A ce point de vue, si consolante que soient nos progrès, ils restent cependant hors de proportion avec le but à atteindre, et cest pour nous un sujet de graves et continuelles préoccupations. »
    Le tableau dadministration porte : adulte baptisés, 812 ; conversions de protestants, 86.

    Mayssour.

    Les renseignements qui nous ont été communiqués sur cette Mission sont uniquement relatifs à des besoins dont il nest pas nécessaire que nous parlions ici ; ils nous ont servi pour notre Rapport aux Conseils de la Propagation de la Foi.
    Les résultats de ladministration sont : 200 baptêmes dadultes, 140 denfants dinfidèles en santé, et 30 denfants in articulo mortis.

    Coïmbatour.

    Mgr Dépommier, ancien Missionnaire de Pondichéry, a été nommé Vicaire Apostolique de cette Mission, avec le titre dEvêque de Chrysopolis. Ce choix est dautant meilleur que ce Prélat était connu très-avantageusement de la S. Congrégation qui lui avait confié une mission fort importante et avait pu apprécier son mérite dans les rapports quelle a eus avec lui à Rome où elle lavait appelé.
    Pour ce qui concerne létat actuel de la Mission, nous nentrerons point dans les détails passablement intéressants que Mr Pierron, en sa qualité de Provicaire pendant la vacance du Vicariat, nous a communiqués relativement aux orphelinats, au couvent de religieuses indigènes, au Séminaire et aux Ecoles.
    Le tableau dadministration donne 100 baptêmes dadultes convertis du paganisme et 12 idem du Protestantisme.

    Birmanie.

    Cest à une lettre Mgr Bigandet en date du 10 Janvier dernier que nous emprunterons les détails que nous allons donner sur cette Mission. « Nous jouissons, dit ce Prélat, non seulement dune tranquillité parfaite dans le royaume Birman, mais encore le Souverain de ce pays continue de nous donner en toute occasion des marques de sa bonté, bienveillance et même libéralité. Vous apprendrez avec plaisir que Sa Majesté et son frère mont demandé détablir dans la capitale une communauté de Frères de la Doctrine Chrétienne pour une école. Ils se sont engagés à fournir tous les frais dinstallation. Jai accédé avec une vive satisfaction à leur demande dans lespoir bien fondé que, par ce moyen, la connaissance de la religion chrétienne pourra pénétrer dans lintérieur du Palais et dans les maisons des Grands Le frère du roi, qui est son héritier présomptif, ma aussi confié quatre petites filles appartenant à des personnes attachées à son service, pour les faire élever dans notre Institution, ou plutôt Pensionnat de Demoiselles, établi à Rangoon. Elles y recevront une éducation purement européenne et chrétienne. »
    « Dans la capitale de la Birmanie, par les soins du Père Abbona, une belle et spacieuse église a été bâtie. Je lai bénite dans le courant du mois dAvril, au milieu dun concours immense de chrétiens et dinfidèles. Sa Majesté a donné une somme de 6200 francs pour sa construction et a voulu faire tous les frais de la fête de sa bénédiction. »
    Mgr Bigandet ne marque sur son tableau dadministration que 207 baptêmes dadultes, chiffre fort inférieur aux années précédentes. Voici, daprès Sa Grandeur, quelles ont été les causes de cette diminution. « Des bruits sinistres répandus par la malveillance ont mis la population dans un état dinquiétude et dagitation qui a nui beaucoup à laction de nos missionnaires. Dans une localité des maladies terribles ont fait de grands ravages, et ces pauvres gens, tourmentés par la crainte et le danger, ne pensaient quà aller chercher ailleurs un asile où ils espéraient échapper à la mort. »
    Toujours préoccupé de trouver un moyen de communication entre la Birmanie et le Yun-nan, province de Chine la plus rapprochée de ce royaume, Mgr Bigandet a visité lui-même certaines tribus intermédiaires au milieu desquelles il faudrait passer. Déjà il sétait avancé à une distance assez considérable, quand il se vit dans limpossibilité daller plus loin sans une escorte. Avant son départ il en avait fait la demande au Gouvernement Birman qui la lui avait refusée. « Néanmoins jai pu prendre sur les lieux mêmes, nous dit Sa Grandeur, les informations les plus exactes sur les tribus qui habitent les montagnes au pied desquelles je mes suis arrêté, et je suis convaincu quavec du temps et de la patience il y aura moyen détablir une Mission dont la position serait des plus importantes pour former un trait dunion entre la Mission de la Birmanie et celle du Yun-nan. »

    Malaisie.

    Mgr Boucho a inscrit sur son tableau dadministration 216 baptêmes dadultes, idem dadultes in articulo mortis, 306 ; idem denfants de païens in articulo mortis, 50. Sa Grandeur nous fait observer que le chiffre des baptêmes dadultes est inférieur à celui de lannée dernière et il en attribue la cause aux sociétés secrètes dont un grand nombre des Chinois de son Vicariat Apostolique font partie. « Il travaillent de toutes leurs forces, dit ce Prélat, à détourner leurs compatriotes dembrasser notre Ste Religion. »

    Siam.

    Le veuvage de cette Mission, qui durait depuis la mort de Mgr Pallegoix, a enfin cessé par le choix qua fait dernièrement la S. Congrégation de Mr Dupond pour en être le Vicaire Apostolique, sous le titre dEvêque dAzothe in partibus.
    La prédication aux Siamois, infructueuse jusquà lannée dernière, se poursuit aujourdhui avec un zèle tout apostolique par le vénérable Talapoin, ancien chef dune bonzerie, dont ladmirable conversion figure dans les Annales de la Propagation de la Foi. Déjà il a opéré un certain nombre de conversions parmi les bonzes de son entourage, mais son zèle aspire à de plus grands succès. Il est parfaitement secondé par le jeune et vertueux Missionnaire, Mr Rabardelle, à qui, après Dieu, il doit le bonheur davoir connu et embrassé la vérité.
    Les résultats de ladministration ne nous sont pas connus.

    Cambodge.

    La S. Congrégation, en transférant Mgr Miche au Vicariat Apostolique de la Cochinchine Occidentale, en remplacement de Mgr Lefebvre que des raisons de santé ont engagé à donner sa démission, lui a conservé provisoirement ladministration du Cambodge. Cette mesure nous paraît propre à avoir de bons résultats pour le développement de cette dernière Mission, en lui procurant les éléments indigènes dont elle aura besoin tels que catéchistes, maîtres et maîtresses décole.

    Cochinchine occidentale.

    A peine Mgr Lefebvre eût-il reçu la nouvelle officielle que sa démission, offerte deux fois, avait été acceptée par la S. Congrégation, quil sempressa de quitter Saigon pour revenir en Europe. Il se rendit dabord à Rome où il séjourna pendant quelques mois sans amélioration pour sa santé ; puis il revint à Marseille où il est mort le 30 Avril dernier dune dyssenterie chronique qui navait fait que saggraver depuis son retour en Europe. Aussitôt que nous fûmes prévenus de sa fin prochaine, Mr Pernot se rendit en toute hâte à Marseille pour assister à ses derniers moments, et lui donner un témoignage du vif intérêt que nous portions tous à sa position. Sa Grandeur nous sut très-bon gré de cette démarche qui dailleurs produisit une excellente impression sur les personnes dévouées à notre uvre, et tout particulièrement sur les frères Germains qui lui donnaient lhospitalité et lui prodiguaient les soins les plus affectueux et les attentions les plus délicates. Le pieux malade vécut encore deux jours après larrivée de Mr Pernot pendant lesquels il reçut les derniers sacrements en pleine connaissance, et avec les dispositions les plus édifiantes ; puis il séteignit doucement et sans agonie.
    Le Chapitre de Marseille voulut faire lui-même les funérailles de Sa Grandeur. Les 17 paroisses de la ville, convoquées par lui, y vinrent toutes avec leurs Croix et une partie de leur clergé. Tous les membres du Conseil de la Propagation de la Foi de Marseille, les délégués des Conférences de St Vincent de Paul, de luvre de la jeunesse, et les amis des familles qui nous sont dévouées, suivaient le cortège.
    Les renseignements que nous allons donner sur cette Mission sont extraits dune lettre de Mr Wibaux, Provicaire, chargé par Mgr Miche du compte-rendu annuel : « Vous connaissez la bonne nouvelle, nous dit ce cher Confrère ; Mgr Miche a enfin accepté le lourd fardeau que la confiance du Saint-Siège lui a mis sur les épaules. Déjà jai écrit à Mr Pernot comment notre cher et vénérable Vicaire Apostolique avait été reçu en grande pompe dans la ville de Saigon qui est comme le Siège de son Vicariat Apostolique. Mr le Gouverneur a voulu que les honneurs lui fussent rendus comme aux Evêques à leur entrée dans leur ville épiscopale. Les honneurs rendus à la religion dans la personne de son Ministre ont produit le plus heureux effet sur la population chrétienne enchantée de voir son Evêque entouré de tout cet appareil religieux et militaire, et sur la population païenne qui disait tout haut : Voilà vraiment un grand chef de chrétiens. »
    « Les cinq années qui viennent de sécouler ont été pour ainsi dire des années de préparation à la grande moisson qui semble nous attendre. Les conversions qui, lan dernier, ont dépassé le chiffre de 2000, se sont trouvées réduites, il est vrai, au nombre de 1256 ; mais cette différence tient à létat dincertitude et dhésitation où nous avons été laissés cette année : car les populations païennes, pas plus que nous, ne savaient si nous allions rester Français ou redevenir Annamites. Enfin cette question est décidée : nous resterons Français, et bientôt, nous lespérons, arrivera le grand mouvement de la grâce pour nos populations annamites dès longtemps préparées à recevoir la foi chrétienne. »
    « Les anciennes chrétientés ont en partie, par suite des malheurs de la guerre, été dispersées, et il sen faut de beaucoup quelles soient rétablies comme auparavant. Mais dautres ont été fondées, et dautres augmentées dans les lieux où lon trouvait de la sécurité et lespérance de recueillir sa moisson. Des églises ont été bâties en grand nombre.

    Cochinchine orientale.

    Vous savez déjà, Nosseigneurs et Messieurs, que Mgr Charbonnier, ancien Provicaire de Mgr Retord et de Mgr Jeantet, a été nommé Vicaire Apostolique de cette Mission sous le titre dEvêque de Domitiopolis. Dieu, en lui rendant une parfaite santé, surtout depuis son sacre, a semblé approuver le choix que la S. Congrégation a fait de sa personne pour le mettre à la tête de cette difficile et importante Mission. Mr Roy qui en avait ladministration provisoire en qualité de Provicaire, nous disait, dans une lettre du 10 Janvier dernier : « La grande épreuve du moment est la famine ; on navait jamais rien vu de tel ici. La mesure du riz qui, autrefois, se payait deux ligatures au plus, en coûte 10 aujourdhui, et ce nest pas seulement le riz qui fait défaut ; la soie, lhuile, tout ce qui alimente le commerce, les denrées de toute espèce sont également hors de prix. Aussi on meurt comme du temps du choléra ; on arrive de 8 à 10 lieues et même des autres provinces pour mourir à ma porte ; la vie péniblement prolongée par le racines ou autre nourriture malsaine quon va chercher sur les montagnes saffaiblit peu à peu ; le sang se fige dans les veines, on enfle par tout le corps, et on meurt après de longues souffrances. Jai fait tout ce que jai pu pour soulager tant de misères, mais hélas ! tous les besoins viennent en même temps : il faut racheter les enfants chrétiens que des parents dans la plus affreuse misère ont vendus aux païens ; il faut aviser à ramener dans des centres chrétiens ceux de nos fidèles qui, sortis de prison, sont demeurés chez des païens, nayant pas le moyen de se réinstaller à leur ancienne demeure. Si on ne sen occupe pas, ces pauvres gens, après avoir vécu au milieu du paganisme, mourront sans sacrements, et leurs enfants ne seront point élevés dans la religion chrétienne ; mais pour sen occuper que de dépenses ! il faut donner jardin, maison, habits et de louvrage. Nos plus riches chrétiens étant ruinés comme les autres depuis la persécution, on ne peut plus compter sur la générosité des fidèles pour la reconstruction des églises ou lieux de réunion pour la prière ; ne leur en point procurer, cest leur faire perdre lhabitude de la prière, les priver des lectures et instructions communes, seul moyen pour les conserver et soutenir leur foi ; puis il faut se réinstaller soi-même, remonter son Collège-Séminaire, limprimerie, etc. »

    Cochinchine septentrionale.

    Mr Bernard écrivait à Mgr Sohier en date du 17 Septembre dernier : « Aussitôt après le départ de Votre Grandeur, une vaste conspiration a éclaté dans la province royale, les chrétiens et moi devions en être les premières victimes, mais Dieu, dans sa justice et sa miséricorde, nous a sauvés, et il a su, comme il lui arrive souvent, tirer le bien du mal ; quil en soit donc mille fois béni ! »
    Cette conspiration était composée de la majeure partie des Lettrés, rassemblés à la capitale au nombre de près de 4000 pour les examens ; de près de la moitié des princes, frères ou gendres du roi ; de quelques mandarins ambitieux et de tous ces orgueilleux débauchés et ruinés, si nombreux autour de nous. Leur but était dexterminer tous les Européens et les Chrétiens ; si le roi laissait faire, après avoir accompli ce beau coup dans cette province, ils devaient faire de même dans les autres ; si le roi sopposait à leurs menées, il ne sagissait ni plus ni moins que de le détrôner pour le remplacer par un des leurs, sans doute le Hông-tâp, ils de Phu-binh, un des trois grands princes. Les rôles étaient distribués : tel devait lever des troupes, tel donner le signal du soulèvement, tel ouvrir les portes de la ville, etc. Le roi renversé suivait lextermination des chrétiens ; puis une descente de toutes les forces annamites en basse Cochinchine pour en chasser les Français.
    « Tels étaient les projets de ces insensés. Pour arriver plus sûrement à leurs fins, ils commencèrent par se gagner tous les voleurs du pays avec du vin, un peu dargent, et lespoir du pillage de notre maison quils disaient remplie dor et le partage futur du peu de biens qui restaient encore aux chrétiens ; ce fut chose facile. En même temps les Lettrés envoyèrent à Sa Majesté une adresse dans laquelle, relatant les malheurs du royaume, ils en attribuaient la première origine aux Chrétiens et aux Etrangers au moyen de force calomnies tant anciennes que nouvelles, ajoutant quil était temps encore de couper le mal par la racine en les exterminant
    Le pauvre roi, ainsi circonvenu, pensa dabord quil pourrait bien y avoir quelque chose de vrai dans des accusations si unanimes contre nous, et il agit en conséquence. Entre autres mesures, ordre fut donné aux grands mandarins de visiter eux-mêmes toutes les chrétientés sans exception ; une garde-nationale secrète fut organisée dans tous les villages prête à se lever au premier appel, etc.
    Les mandarins furent bien déconcertés quand ils virent de leurs yeux ce quétaient les chrétiens : de pauvres gens paisibles, ne songeant quà gagner leur vie et à prier Dieu ; ce quétaient les églises : de misérables hangars ouverts à tout venant. Convaincu de linnocence des chrétiens, ils ne rendirent que plus tard témoignage à la vérité ; pour le moment, en attendant de voir clair dans la pensée du roi, ils persécutèrent eux aussi, par de petits moyens nos pauvres gens Nous omettrons les détails de la persécution de ces quelques mauvais jours où lautorité et la révolte agissaient de concert. Disons seulement quune bande de brigands et dassassins ayant essayé de mettre le feu à la maison de Mr Bernard, pour la piller et lui couper à lui-même les jarrets, selon son expression, ils manquèrent leur coup par un bonheur inespéré. Ce fut alors que ce cher Confrère écrivit une lettre à la Préfecture pour dénoncer tout ce qui sétait dit et fait contre les chrétiens et contre lui-même. Voyant que sa lettre navait pas été reçue à la Préfecture, il lenvoya au Ministère où on la reçut poliment. Dès le soir un sergent gardien de la prison fut envoyé pour prendre les voleurs et les brigands qui voulaient lui faire un mauvais parti. Il en prit dabord deux, puis sept. « Ce sont ces hommes qui mis à la torture révélèrent la conjuration telle que je vous lai exposée au commencement de cette lettre, dit Mr Bernard. Les mandarins furent stupéfaits détonnement, le roi trembla dabord, mais cette peur ne fut pas de longue durée et fit place à une juste colère. Sur le champ commencèrent les arrestations à domicile de tous les grands coupables. Jenvoie à Votre Grandeur la liste des principaux personnages auxquels Sa Majesté prépare une triste fin. Vous y reconnaîtrez comme moi le doigt de Dieu, car la plupart sont fils dinsignes persécuteurs ou persécuteurs eux-mêmes. »
    Ce premier acte fut bientôt suivi dun autre fort important : celui dun édit de Tu-Duc qui accordait la liberté de religion aux chrétiens ; cest une pièce curieuse, mais comme elle est fort longue nous nen citerons que les passages les plus saillants : « Les chrétiens ne se résoudront jamais à abandonner leur religion ; dun autre côté nous ne pouvons rester toujours en courroux. Que faire donc ? Il nest pas permis de tourmenter les chrétiens, à quoi bon se remplir de colère contre eux ? Cependant, en voyant le royaume accablé de misères, comment ceux qui gouvernent pourraient-ils sexcuser ? Hélas ! hélas ! notre intelligence est très-bornée, notre vertu très-faible ; nous sommes encore inexpérimenté dans lart de gouverner. Chaque jour nous commettons beaucoup de fautes qui provoquent la colère du ciel et de la terre. Tous les ans nous sommes visités par des fléaux, par le choléra ; nos officiers et nos soldats laissent leurs cadavres sur les champs de bataille ; nos sujets meurent par milliers ; la seule pensée de ces calamités est un glaive qui nous perce les entrailles avec une inexprimable douleur. Toutes les calamités des âges précédents négalent pas ce que nous voyons dans le nôtre. Hélas ! hélas ! comment sortir dune situation aussi cruelle ? Quand notre santé sera rétablie, nous chercherons tous les moyens possibles de soulager la misère de notre peuple. Dun autre côté les chrétiens se plaignent et réclament ; de lautre les païens sobstinent contre eux ; cest la faute des mandarins qui nont pas soin dinstruire le peuple ; ce nest pas que nous ne commettions nous-même quelques fautes par ignorance Vous donc, chrétiens, quand vous étiez en proie à toutes les misères, votre position était certainement des plus pénibles ; cependant vous avez toujours persévéré dans lobservance de votre religion, tout en restant fidèles aux lois du royaume sans jamais témoigner aucun ressentiment. Vous êtes restés inébranlables ; nous ne pouvons que vous en féliciter, nous en gardons toujours le souvenir ; nous lavons toujours présent. Et maintenant que nous vous avons rendu la liberté dans notre miséricorde, nous regardons du même il païens et chrétiens. »
    Il paraît que les résultats de cet édit ont été assez heureux puisque Mr Bernard annonce, le 31 Janvier dernier, à Mgr Sohier, quil est en très-bons rapports avec le Préfet et le Sous-Préfet, quil a été honoré de la visite du Chef des Ambassadeurs venus en France, ainsi que de celle du Ministre de la Guerre et quil peut en toute liberté aller où il voudra sans la permission de lautorité civile.
    Les Missionnaires et les chrétiens craignaient non sans raison que Sa Majesté Cochinchinoise en apprenant que son traité avec Mr Aubaret, délégué extraordinaire de France, navait point été ratifié par lEmpereur Napoléon, nentrât en fureur et ne se vengeât sur eux du désappointement, mais heureusement ces craintes ne se sont pas vérifiées. Sans doute que Tu-Duc a dû voir avec un souverain déplaisir la détermination de la France à garder les 3 provinces conquises, mais les chrétiens, et surtout ceux de ces provinces sen sont grandement réjoui parce quils y ont vu une garantie contre le retour des persécutions, ce qui ne peut manquer de donner lieu à un grand nombre de conversions.
    Quant à létat actuel de la mission, voici ce quen dit Mr Bernard : « Nous sommes criblés de dettes ; nous navons plus dargent et nous ne savons ou en prendre La misère chez les chrétiens et même chez les païens est arrivé à son comble ; on ne peut rien imaginer de plus triste : bien des familles de nos chrétiens ne mangent quune fois par jour, et dautres de deux jours lun ; nos prêtres nont plus de messes, pas de quoi vivre ; les demandeurs les assiègent sans cesse ; personne ne veut plus se confesser à cause de la misère, beaucoup se réfugient dans les villages païens pour ne pas périr de faim Au Quang-Binh, les païens forcent toujours les chrétiens aux superstitions, mais nous ne savons que faire pour les en délivrer. »

    Tonquin occidental.

    Les détails que nous allons donner sur cette Mission sont extraits dune lettre de Mgr Jeantet aux Cardinaux de la S. Congrégation sous la date du 8 Février.
    Lannée qui vient de sécouler a été assez tranquille. Les ordres du roi ne venant plus exciter les recherches des mandarins, il ny a eu que des persécutions locales. Plusieurs chrétiens ont été arrêtés, il est vrai ; mais les mandarins cherchaient plus à les rançonner quà les faire apostasier. Au mois dAoût a paru un édit donnant aux chrétiens la liberté de religion. Il a rencontré une vive résistance chez les Lettrés. Ils ont fait de grandes menaces contre les néophytes. Favorisés en secret par quelques mandarins, ils ont attaqué des villages chrétiens et ont emprisonné des fidèles. A lépoque des examens pour les grades littéraires, ils ont fait des séditions mais le roi et les grands mandarins les ont réprimés vigoureusement, et la paix, un moment compromise, a été rétablie.
    Il y a eu cette année plusieurs églises reconstruites, la Sainte-Messe sy célèbre solennellement les jours de Dimanche et de fête, et, chaque jour, matin et soir, les chrétiens y récitent les prières communes. Notre imprimerie annamite a déjà édité de nouveau le catéchisme et plusieurs livres de doctrine chrétienne et de lectures pieuses.
    Le relevé de ladministration porte : baptêmes denfants dinfidèles in articulo mortis, 86.759 ; enfants de païens rachetés, 808 ; baptêmes dadultes, 328 ; prêtres ordonnés, 10.

    Tonquin méridional.

    La persécution a duré plus longtemps dans cette Mission que dans la précédente, si on en juge par les lettres de Mgr Gauthier. Ce Prélat nous écrivait le 19 Juillet dernier : « Jai en ce moment 20 000 chrétiens, qui, par suite des vexations des mandarins, ne peuvent pas même recevoir la visite du prêtre indigène. Tous les jours on mannonce larrestation des chrétiens qui reçoivent les prêtres. Ces malheureux sont mis en prison et roués de coups. Un prêtre que javais envoyé à Ha-tinh vient dêtre arrêté par les mandarins qui le promenèrent de province en province comme un malfaiteur. »
    En Octobre de lannée dernière, Mgr Gauthier nous signait les mêmes vexations de la part des mandarins. Il était lui-même, comme précédemment gardé à vue à lextrême frontière de sa Mission par une soi-disant garde dhonneur qui en réalité nétait quune ignoble bande despions. Trois fois il avait demandé la permission de rentrer dans lintérieur de sa mission, et trois fois cette permission lui avait été refusée. Les chrétiens pouvaient avoir accès auprès de lui, mais il leur était défendu sous de graves peines de le recevoir chez eux, peines qui, plusieurs fois eurent leur application.
    « Plusieurs mandarins, disait ce Prélat, agissent encore comme en temps de persécution ; on en cite un autre qui, non content dobliger encore les chrétiens à fouler la croix aux pieds a fait abattre tout récemment léglise et la maison dun de nos Confrères. Dans grand nombre de villages, il est encore défendu de réciter des prières à haute voix, sans sous peine dêtre rotiné. Quant aux objets du culte saisis pendant la persécution, les mandarins sapproprient ceux qui sont à leur convenance et brûlent les autres. »
    Dans une dernière lettre du mois de Mars, Mgr Gauthier nous annonce quon vient de lui refuser pour la quatrième fois en six mois lautorisation daller qu Xu-nghè, et que Mr Barlier va tâcher de sy rendre en cachette. « Jai maintenant, dit ce Prélat, 30 prêtres indigènes pour nos 24 paroisses, mais malheureusement il y a encore un trop grand nombre de grosses chrétientés dont laccès nous est complètement interdit par quelques mauvais sujets excités par les mandarins Dans certaines localités on bâtit des églises, ailleurs les chrétiens continuent à être persécutés. »

    Quang-tong, Quang-si et Haï-nan.

    Les renseignements que Mgr Guillemin nous a promis dans une de ses lettres, ne nous étant point parvenus, nous ignorons complètement les résultats de son administration et létat actuel de sa Mission.

    Koui-tcheou.

    Dieu répand avec tant dabondance ses bénédictions sur cette Mission, la moins importante que nous ayons en Chine, que si des obstacles sérieux ne viennent pas sopposer au courant qui entraîne les païens en si grand nombre vers notre Sainte Religion, nous aurons la consolation de la voir, dans un avenir très-prochain se placer aux premiers rangs. Vous pourrez en juger, Messieurs, par les extraits des lettres de Mgr Faurie que nous allons mettre sous vos yeux. Voici ce que nous lisons dans celle du 10 Juin° « Dans les deux dernières années qui viennent de sécouler, nous navons eu à vous raconter que des nouvelles de persécutions et de désastres : le pillage et lincendie de nos établissements, la mort violente de nos Missionnaires, élèves et catéchistes, des molestations et avanies de chaque instant. Aujourdhui nous vous annonçons avec bonheur que le sang des martyrs a fécondé la vigne et que nous commençons à en cueillir les fruits sur tous les points de la Mission. Les réparations exigées par notre Légation de Pékin ont été faites, grâce au bon vouloir de notre excellent Vice-Roi Il a en outre publié par toute la province dexcellents édits en faveur de la religion et ma prié de faire un mandement quil a fait afficher lui-même en tous lieux à côté de son édit. Il en est résulté un très-grand mouvement de conversion à notre Sainte-Religion. Dans tous les quartiers qui ne sont pas occupés par les insurgés, il ny a presque quà se montrer pour convertir un grand nombre de païens. »
    Le même Prélat nous écrivait 3 mois plus tard, cest-à-dire le 10 Septembre : « Je suis en tournée pastorale depuis 2 mois. Jétais parti dans lintention daider Mr Lions à soigner les nombreux néophytes qui viennent dadorer Dieu dans son district. Mais loin de laider je nai fait quaccroître le travail. Mon voyage a fait grand bruit, grâce aux honneurs que le Vice-Roi ma fait rendre sur toute la route. Il en est résulté encore plus de conversions de païens. Plus de cent grands villages se sont convertis en masse. Les petits villages rayonnant autour de ces centres, je nen sais pas encore le nombre ; mais Mr Lions mécrit : « Faites-moi imprimer quelques milliers de catéchismes, afin quil puisse y en avoir au moins un ou deux exemplaires pour chaque village. Il nous faudrait hic et nune 50 Missionnaires pour soigner tout cela Nous avons profité de la faveur dont nous jouissons pour attaquer le Koui-tcheou sur tous les points. Mr Lions travaille dans louest. »
    « MM. Mihière et Bouchard se divisent le Nord, et ce dernier Confrère a déjà fait une belle brèche à lempire de Satan. Lan dernier il avait ouvert une belle station dans la ville de Toung-tsé-hin. Sur ces entrefaites les rebelles vinrent saccager la ville. Mr Bouchard se sauva en franchissant les remparts au moyen dune corde. Après la débâcle, quand il reparut sur les ruines pour rassembler le reste de son troupeau, tous les curs se tournèrent ver lui ; il mécrivait : « Le diable sest brisé les cornes, je vais avoir plus de conversions quavant la prise de la ville par les rebelles. » Quant à Mr Mihière il est plus enclavé au milieu des rebelles et peut moins sétendre, mais la semence fermente bien nattend pour lever que le soleil de la paix. »
    « Mr Sabbatier a tout le vaste district du Sud. Beaucoup de conversions. Il ne peut suffire à la moitié du travail. »
    « Mr Muller dans le Nord-Ouest vient douvrir Kien-sy-tcheou où nous navions pas un seul chrétien. Il a converti des familles importantes et obtenu de lagrément du mandarin et du peuple, une belle pagode pour faire une église. Cette concession a fait bruit au dehors, et les campagnes environnantes commencent à se remuer. »
    « Mr Payan est seul pour le grand et petit séminaire, et nous prenons le plus délèves que nous pouvons. »
    « Mr Vielmont est Curé de la Métropole et Directeur des Etablissements de la Sainte-Enfance qui sont un objet dadmiration pour les grands mandarins et les grandes mandarines qui se plaisent à les visiter.
    « Mr Fourcy est près de moi à la capitale et remplir les fonctions de curé dune partie de la ville. Les conversions de païens y sont nombreuses. Les premiers ont été trois mandarins avec leurs familles Nous sommes dans la nécessité de commencer sans argent une église spacieuse. Dès quelle sera bâtie les conversions se multiplieront. Beaucoup de païens promettent de se faire chrétiens, mais ils voudraient prier à couvert, ce qui ne peut avoir lieu actuellement. »
    Après un tel exposé vous ne serez pas surpris, Messieurs, dentendre Mgr Faurie nous dire : « Des ouvriers donc, sil vous plaît et de largent ; car toute cette besogne entraîne de la dépense. Nous sommes obligés de prendre, pour prêcher et instruire les néophytes, des chrétiens quelconques que nous enlevons à leur commerce et à leur famille. Il faut par conséquent les payer pour quils puissent nourrir leurs femmes et leurs enfants pour lesquels ils ne travaillent plus. Nous faisons flûte de tout bois pour profiter du bon vent. Il faut aussi de largent pour établir et consolider les stations naissantes. Les pagodes ont besoin de quelques transformations pour être changées en églises. Il faut les orner et mettre les objets nécessaires au Culte. Pour tout cela les néophytes aident un peu ; mais ils sont si pauvres et le pays est si ruiné, que leurs contributions ne peuvent être que minimes. Léglise que nous sommes obligés de bâtir immédiatement à la capitale, pour modeste quelle soit, demandera une dépense considérable, vu quil est essentiel quelle soit spacieuse. Quant aux Missionnaires, si vous men envoyiez cent je les emploierais facilement. Mais au moins il nous en faudrait le plus tôt possible douze. Avec cela nous pourrions recueillir une bonne partie de cette immense moisson. Si lon ny travaille pas de suite, elle périra en herbe. Au secours donc ! Messieurs, au secours ! Jamais nous navons pu dire avec plus de vérité : Messis quidam multa operating autem pauci. »
    Dans des lettres de Mgr Faurie, en date du 15 Janvier dernier, nous lisons ce qui suit : « Nous avons fait une moisson énorme qui nous écrase. Nous comptons cette année plus de 60 000 adorateurs du vrai Dieu Ma tournée na fait quaugmenter lenthousiasme. Jétais partout porté en triomphe, et tous les villages se disputaient lhonneur de me recevoir ; or recevoir lEvêque cétait embrasser la foi. On avait soin, avant de minviter, de détruire toutes les idoles, dafficher les tablettes chrétiennes, et dapprendre au moins le signe de la croix Depuis mon retour le mouvement continue ; la propagation de la foi se fait maintenant delle-même comme un vaste incendie qui gagne de proche en proche. Mais il faut faire des chrétiens de tous ce monde-là. Quand ils seront instruits et baptisés, il faudra les confesser et leur administrer les Sacrements. Il faudrait une armée de Missionnaires pour soigner tous ces néophytes. Il faut aussi beaucoup dargent pour bâtir et meubler des églises, entretenir des catéchistes, etc. etc. Il nous faudrait en ce moment 300 églises ou chapelles ; nous sommes déjà fort endettés, mais il ny a pas moyen de reculer ; Dieu nous oblige daller de lavant. »

    Sut-chuen oriental.

    Les désastres des 13 et 14 Mars 1863, si préjudiciables à la Mission, et qui causèrent la ruine dun grand nombre de familles chrétiennes, navaient pas encore été réparées à la date du 23 Août dernier, mais les démarches faites dans ce but par Mgr Desflèches avaient été heureuses, nous dit Mr Mabileau, son Provicaire, et on en attendait prochainement dexcellents résultats.
    La prédication aux païens, quoique très-gênée, sest faite régulièrement dans tout le Vicariat, mais là où elle a obtenu le plus de succès, là aussi elle a rencontré une plus vive opposition. A Tong-tou, dans lespace de quelques mois, plus de mille païens, tant pauvres que riches, avaient renoncé à lerreur pour adorer le vrai Dieu. Il nen fallut pas davantage pour enflammer la rage du mandarin de cette ville, ancien persécuteur des chrétiens. De concert avec ses partisans, il forma le plan dune terrible réaction. A un signal donné ses agents, aidés par ce quil y avait de plus taré dans la population païenne, se mirent à luvre. Les oratoires et les maisons des chrétiens furent pillés et détruits ; tandis que les chrétiens eux-mêmes étaient conduits chargés de chaînes devant le tribunal du mandarin. Le lendemain les mêmes scènes de pillage et de destruction se renouvelèrent dans un village voisin où les chrétiens étaient nombreux.
    Mais ce n'était pas assez de ces horribles traitements, il fallait que la calomnie vint en aide à la cruauté pour livrer à lexécration publique les innocents victimes de tant de fureur. On creusa à ce dessein dans loratoire une énorme fosse, et lon fit publier de tous côtés que, dans cette fosse, on avait trouvé une quantité prodigieuse de poudre et darmes, et quil était certain que les chrétiens allaient se révolter si on ne se hâtait de les exterminer. Ces atroces calomnies trouvèrent du crédit parmi le peuple, et dès lors sa haine ne connut plus de bornes. « Les injures, les coups ne furent épargnés ni aux femmes ni aux enfants, ni aux vieillards, dit Mr Mabileau. On les entassait pêle-mêle dans les pagodes. Une femme expira sous les coups de ces furieux, et plusieurs chrétiens restèrent sur la place grièvement blessés. »
    « Les bourreaux exécuteurs des ordres du mandarin allaient de village en village pour exciter les vagabonds contre les chrétiens ; ces gens, avides de pillage et sûrs de limpunité, se livrèrent à tous les excès de leur cupidité. Toutes les familles chrétiennes furent pillées. On eut recours à mille moyens pour leur extorquer de largent et les faire apostasier. Il fut défendu de les recevoir chez soi et de panser leurs blessures. Ainsi chassés de leurs maisons, dépouillés de tout, odieux à tout le monde, ces pauvres gens prirent la route de lexil. Nous nous sommes empressés de leur venir en aide, et jusquici nous avons pu leur conserver la vie. Nos plaintes, nos démarches auprès des autorités ont été presque inutiles. La calomnie a prévalu ; des ordres ont été donnés dans tous les prétoires pour empêcher le soulèvement des chrétiens. »
    Dans une lettre du 4 Mars, Mr Favaud a écrit à Mr Cazenave : « Mgr de Sinite naura pas manqué de vous narrer nos nouveaux désastres, la prise de Mr Eyraud qui est encore captif, celle de deux prêtres chinois, le pillage et lincendie de plus de cent maisons chrétiennes. Le martyre dun de nos baptiseurs etc. etc.
    Voici ce que nous a écrit Mgr Desflèches en date du 1er Mars : « Malgré nos misères continuelles, jamais le temps na été plus favorable pour les conversions, ou plutôt je crois que cest à cause de ces misères que le bon Dieu accorde à mon Vicariat de plus grandes grâces de conversions. Ces conversions, nous les comptons par mille. »
    « Je suppose que vous avez déjà appris les conversions extraordinaires qui ont eu lieu à Jeou-iang dans notre Vicariat, nous dit Mr Gorse, dans une lettre du 10 Janvier. Mr Eyraud qui y a été envoyé, en sortant du collège, a tout dabord vérifié 10 000 adorateurs. Hier nous recevions une lettre dans laquelle il nous disait : Cest par centaines et par mille que se font les adorateurs. Un satellite, qui ne sait pas lire, en a fait adorer 300. Un tailleur qui ne sait pas même encore les prières de ladoration en a inscrit 1000. »

    Sut-chuen septentrional.

    Je suis dans les plus grande détresse, nous dit Mgr Pinchon ; jai contracté de nombreuses dettes, et ne sais trop comment les couvrir. Cette année nous avons eu dans le Sut-chuen, surtout dans la partie septentrionale, une famine affreuse et telle quon ne se rappelle pas eu avoir jamais vu de semblable. Nous nous sommes épuisés pour sauver la vie à nos pauvres ; et comme aussi le passage et les ravages des rebelles ont tout appauvri, nos chrétiens ne peuvent plus, dans beaucoup de localités, nourrir leurs pasteurs dans le temps de la visite. Cela nous oblige à faire des dépenses considérables, vu surtout le grand nombre de nos prêtres indigènes. A ces causes dépuisement est venue se joindre une nouvelle épreuve. Lan dernier, nos courriers revenant de Han-keou, ont fait naufrage ; notre perte a été fort grande. Outre ces malheurs le bon Dieu sest plu à nous éprouver encore en permettant une autre calamité qui surpasse les précédentes. Notre Séminaire de Mo-pin a été livré aux flammes par la malveillance. La moitié des bâtiments a été consumée avec tout son contenu, et comme cétait dans cette partie que se trouvaient la lingerie et le vestiaire, il en est résulté que le lendemain nos élèves, au nombre de 72, navaient absolument rien pour se couvrir. Nous relevons cet établissement de ces ruines, mais avec des emprunts très-onéreux. »
    Il y a eu 414 baptêmes dadultes et 90 640 denfants dinfidèles in articulo mortis.

    Sut-chuen méridional.

    « Depuis quelques mois la disette nous désole, dit Mgr Pichon. La valeur de largent a diminué de plus de moitié. Le commerce est nul. La main duvre et les denrées ont atteint un prix inouï. La mesure de riz qui valait autrefois de 12 à 15 fr. se vend aujourdhui un prix exorbitant. Aussi que de malheureux meurent de faim. Dans la détresse où je me trouve, je me fais mendiant auprès des moins pauvres de nos chrétiens de Su-fou, pour empêcher les autres de succomber à la faim. Trois fois la semaine je fais distribuer une petite somme aux plus nécessiteux qui sont nombreux, même parmi mille néophytes que comptent la cité et ses faubourgs. Jusquici moi et mes pauvres Missionnaires nous navons pour asile que les pauvres demeures de nos pauvres chrétiens. Ajoutez à cela la guerre civile qui continue ses ravages au milieu de nous. »
    «Sur tous les points de mon Vicariat, les païens nous molestent et nous persécutent ; les mandarins gardent le silence : jamais je navais vu un tel acharnement contre les chrétiens. »
    Baptêmes dadultes, 219 ; denfants dinfidèles in articulo mortis, 32,269.

    Yun-nan.

    « Nous sommes en proie à une horrible famine, nous dit Mgr Ponsot. Depuis que je suis en Chine je nen ai jamais vu de pareille. Un demi-hectolitre de riz se vend de 18 à 20 fr., le maïs, de 12 à 15 fr., ce qui est énorme pour un pays où la multitude des pauvres est si grande. Nous avons à pourvoir à la nourriture de 400 personnes qui vivent dans nos huit établissements de cette seule partie nord-est du Yun-nan. Jugez par là de nos dépenses. De tous côtés on ne voit que des enfants abandonnés ; nos écoles sont remplies de monde. »
    Dans le sud, les Mahométans qui forment à peine le 25e de la population du Yun-nan, sont parvenus, après de très-longues et très-sanglantes luttes contre les Chinois, à se rendre maîtres du pouvoir. Ces derniers, honteux sans doute de leur défaite, reviennent encore de temps en temps à la charge, mais ce nest que pour se faire battre de nouveau. « Le malheur ne serait pas grand, dit à ce sujet Mgr Chauveau, si ces luttes nentraînaient la ruine du pays ; les habitants se dispersent et meurent pour la plupart. Cette guerre, qui est encore sur le point de recommencer, va transformer notre pays en un véritable désert. » Le même prélat nous écrivait dans une lettre précédente à la suite dune de ces tentatives malheureuses des lâches Chinois : « Nos chrétiens sont ruinés et malheureusement presque toutes leurs maisons ont été brûlées. Quatre grandes caisses contenant mes livres et tout ce que je possédais dans ce monde, ont été dévorées par les flammes ainsi que toutes nos maisons. Les Mahométans ne font plus de quartier, et plus inhumaines queux encore sont ces masses de Chinois sans cur et sans conscience qui se sont rangées sous leurs drapeaux pour piller plus à leur aise. »
    « Nos pays sont tranquilles, nous dit Mgr Chauveau, dans une lettre du 6 Février que nous venons de recevoir, nous faisons notre petit ouvrage sans bruit. Les Mahométans ne remuent point, et, Dieu merci, nos lâches Chinois les laissent en paix. Cest ce quils ont de mieux à faire, puisquil leur est impossible de les vaincre. Sur un point les Chinois ont cependant pris les armes, mais beaucoup plus pour le plaisir de piller que pour la gloire de se battre. Cette affaire minquiète parce que nous avons trois chrétientés dans ces parages. »

    Thibet.

    Mgr Thomine ayant donné sa démission de Vicaire Apostolique du Thibet, à cause de son peu de santé et de son âge avancé. La S. Congrégation la remplacé par Mgr Chauveau, Coadjuteur du Yun-nan. Nous avons appris avec une vive satisfaction, par les dernières lettres de ce prélat, que Dieu lui a rendu la santé, ce qui nous fait espérer quil ne refusera pas daccepter le nouveau fardeau qui lui est imposé.
    En nous annonçant lannée dernière les heureux succès de leur ministère, nos chers Confrères du Thibet nous exprimaient la crainte de voir bientôt leurs belles espérances ruinées par la malveillance des Lamas tout-puissants dans ces parages. Leurs prévisions ne se sont que trop fidèlement accomplies. Deux des cinq villages résolus à embrasser le christianisme, cédant aux vexations, aux menaces et à la ruse de ces terribles ennemis, acceptèrent les billets dapostasie rédigés par eux. Bien quencouragés par le succès de cette première tentative, les Lamas nosèrent pas pour lors attaquer à outrance les trois autres villages où se trouvaient nos Confrères. Dailleurs ils auraient voulu y être autorisés par la réponse aux lettres quils avaient écrites dans ce but aux Cours de Pékin et de Lassa, réponse qui nétait point encore arrivée. En attendant ils se contentèrent de vexer, tantôt dune manière et tantôt dune autre les pauvres habitants de ces trois villages qui, grâce aux exhortations de leurs pères dans la foi, et aux généreux sacrifices quils simposèrent plus dune fois pour eux, attendaient avec anxiété leffet des plaintes portées par ces mêmes pères à Kiang-ka et à Pékin contre leurs implacables ennemis. Les Lamas, voyant quon les laissait fort tranquilles, en conclurent quils navaient rien à craindre de ce côté, et que les Missionnaires avaient compté sur un appui qui leur faisait défaut, conclusion qui nétait malheureusement que trop vraie. Aux plaintes de notre ambassadeur à Pékin, le gouvernement chinois sétait déclaré impuissant à protéger nos Confrères dans un royaume étranger et indépendant, et par là il condamnait ses antécédents. Néanmoins Mr B, trouvant cette raison fort bonne, écrivit aux plaignants que sils voulaient jouir de la protection de la France, ils devaient rentrer en Chine. Cette réponse, qui compromettait gravement nos pauvres Confrères vis-à-vis de leurs prosélytes, ne leur parvint quaprès les scènes sanglantes dont nous trouvons le récit dans une lettre de Mr Goutelle en date du 2 Août dernier. En voici un extrait : Vers le milieu de la nuit du 19 au 20 Juin 1864, tout le monde fut réveillé en sursaut par un assez grand bruit. En effet un certain nombre de Lamas en habit laïc avaient envahi la maison chrétienne où Mr Desgodins logeait. Ce bon Confrère shabille en toute hâte, et en même temps deux coups de fusil se font entendre. Il monte aussitôt sur la terrasse de la maison, et trouve Jong-Drong-tsé-Ouang (le meilleur de nos Lamas convertis) déjà tout couvert de sang, entre les mains dune quinzaine de Lamas et de quelques laïcs. A cette vue il se jette dans la mêlée pour délivrer notre néophyte, et parvient, malgré tous ses ennemis, à lui ôter la courroie qui lattachait au bras et à la poitrine. Alors un de ces persécuteurs, qui étaient tous armés de sabres ou dautres armes meurtrières, décharge sur la tête de notre généreux Confrère un horrible coup de pilon qui fit couler le sang en abondance. Malgré sa blessure, Mr Desgodins fit encore des efforts pour arracher le captif des mains de ses bourreaux, mais ce fut peine inutile. Un Lou-tsé eut aussi le malheur de tomber sous leurs griffes ; ils le lièrent aussitôt et lemmenèrent au quartier général. Ces scènes se passaient au village de Long-pou. Elles se renouvelèrent dans celui de Song-ta, où les Lamas ne purent saisir que deux néophytes quils battirent rudement.
    Pendant cette même nuit dautres bandes de Lamas accompagnés de laïcs sétaient aussi répandues en divers lieux où il y avait des chrétiens et firent trois prisonniers.
    Après cette expédition dans laquelle ils navaient pas eu besoin de faire preuve dun grand courage, ces terribles ennemis des Missionnaires et des Chrétiens, à la tête desquels se trouvait Aton, le plus acharné dentre eux, et qui se disait lagent du gouvernement de Lassa, rentrèrent avec 7 prisonniers dans la Lamazerie de Mincou doù ils étaient paris la veille. Nos Confrères ont essayé en vain de se mettre en rapport avec ces chers prisonniers pour leur faire parvenir des secours et des paroles de consolation. Rien de certain na transpiré sur ce quils sont devenus.
    « De ces cinq villages, nous dit Mr Desgodins, il ne nous reste plus quun petit nombre de personnes que nous sommes obligés dentretenir dans des cachettes difficiles à trouver, même sur la terre dexil. »
    Après cette débâcle, MM. Desgodins et Durand se retirèrent à Bonga où ils ne restèrent que fort peu de temps, ne sy croyant pas en sûreté. De là ils furent, avec leurs orphelins, demander lhospitalité au Lama de Tcha-mou-tong qui leur fit le plus cordial accueil. « Il est, nous dit Mr Desgodins, chef temporel de la tribu des Anoas et dune partie de celles des Lisans. Il nous accorde non-seulement un refuge sur son territoire, mais encore une cordiale amitié et sa protection à ses risques et périls, même celui de la guerre dont il est continuellement menacé à cause de nous, quoique son domaine dépende du Yun-nan et non du Thibet. Voilà déjà, depuis 10 ans, la troisième ou quatrième fois quil accueille et sauve les restes de la Mission Thibétaine persécutée. Nous ne pourrons jamais lui en témoigner assez de reconnaissance ; puisse le Dieu de toute bonté en faire un grand saint. »
    Nous voyons, dans les dernières lettres venues du Thibet, que les Lamas de Pe-tou, dabord ennemis de nos Confrères et de leurs chrétiens, parlent maintenant de se réunir à eux pour résister au persécuteur Aton qui les maltraite eux-mêmes. Les autorités de Tchin-ton paraissent protéger nos Thibétains, mais les légats impériaux de Lassa écrivent toujours contre eux à Pékin, sous prétexte que les Anglais menacent le Thibet du côté du Boutan, et que nos Confrères sont aussi des Anglais. Espérons que le bon Dieu viendra au secours de cette pauvre Mission si cruellement éprouvée. Trois nouveaux Missionnaires, les deux MM. Biet et Mr Dubernard sont allés porter des secours vivement désirés et offrir leur dévouement à ceux qui ont déjà passé par les dures épreuves de la persécution, MM. Desgodins, Durand et Fage. Ce dernier Confrère chassé dabord de Kiang-ka y est rentré et y vit tranquillement.

    Corée.

    Dans une lettre du 18 Août 1864, Mgr Berneux nous dit : « Les espérances que nous avions conçues de voir bientôt la religion libre en Corée ne se sont pas réalisées ; nous avons même été menacés dune persécution dextermination, par suite du changement de gouvernement. Le roi est mort en Janvier, ainsi que meurent presque tous les rois de Corée, dexcès dabus dans les plaisirs et le vin ; personnes ne la regretté Comme il est mort sans enfants, le pouvoir suprême sest trouvé dévolu à une femme, veuve dun des rois précédents. La Reine Tcho, qui, le jour même de son avènement, a adopté un enfant de 12 ans, fils dun prince de Corée. La régente a confié le gouvernement du royaume au père du roi. Cet homme nest hostile ni à la religion quil sait être bonne, ni aux Missionnaires quil connaît sous de très-bons rapports ; il nignore pas que nous sommes ici 8 Européens ; il sest entretenu de lEvêque en particulier avec un mandarin païen avec lequel jai quelques relations ; cest à loccasion dune lettre de Russes qui demandent à faire le commerce avec la Corée ; il dit à ce mandarin que si je pouvais le débarrasser des Russes, il accorderait la liberté religieuse. Jai fait répondre au prince que, malgré tout le désir que jai dêtre utile au roi, étant dune nation et dune religion différentes de celles des Russes, je ne pourrais avoir sur eux aucune influence ; que je craignais autant que personne le danger dont était menacé le royaume de la part de ces hommes qui, tôt ou tard, trouveraient moyen de sétablir sur le territoire coréen ; mais que le refus constant du gouvernement de se mettre en rapport avec aucune puissance européenne, refus que je mabstenais de blâmer, ne me laissait aucun moyen de conjurer le danger quil serait cependant urgent de prévenir. Jignore si cette réponse a été rapportée au prince. Sa femme, mère du roi, connaît la religion, a appris une partie du catéchisme, récite chaque jour quelques prières, et ma fait demander des messes dactions de grâces pour lavènement de son fils au trône. Mais dun caractère naturellement mou, craignant maintenant plus que jamais de se compromettre, elle ne nous rendra aucun service, et je doute quelle puisse jamais être baptisée
    « La régente appartient à la famille Tcho, célèbre en Corée par sa haine contre les chrétiens ; à son arrivée au pouvoir, elle a éloigné les Kim, tout-puissants sous le dernier règne, lesquels, laissant tout aller à vau leau, nous étaient par la même favorables, et les a remplacés par des hommes qui nous sont hostiles, et dun caractère à prendre les mesures les plus extrêmes. De cet amalgame de personnes favorables et hostiles, que pouvons-nous attendre ? Je nen sais rien encore. A la 3e lune, plusieurs pétitions adressées au gouvernement demandaient quon ramenât le royaume à la pureté des anciens usages, et quon détruisît jusquà la racine la religion chrétienne. Le bruit se répandit en même temps dans tout le royaume que la persécution allait éclater ; le jour était fixé au 15 de la 3e lune, tous les Européens, catéchistes, toutes les personnes un peu influents devaient être arrêtées, mises à mort dans toute létendue du Vicariat. On prétend même que le 13, lordre fut donné de me prendre dans ma mission, connue de la police, mais quil fut aussitôt révoqué. Cette nouvelle que je crois fondée répandit une grande terreur dans la Mission, et beaucoup de catéchumènes, dont la foi était faible encore, ont reculé devant le danger. Le bon Dieu, qui tient en ses mains le cur des rois, a cependant conjuré lorage, et la persécution na pas eu lieu, et jespère que nous serons assez tranquilles avec ce nouveau gouvernement. »
    « Les provinces ouvertes récemment à lEvangile progressent toujours ; de nouvelles conversions sy font ; la ferveur est admirable ; seulement ces nouveaux chrétiens isolés ont souvent bien des luttes à soutenir dans leurs villages ou dans leurs familles dont ils sont obligés de se séparer et démigrer ailleurs. »
    « Vous verrez, par le résultat de notre administration, que le chiffre des baptêmes dadultes qui aurait dû dépasser celui de lannée dernière, lui est cependant inférieur ; cest la suite des bruits de persécutions qui, pendant plusieurs mois ont couru tout le royaume. » Ce chiffre est de 805, et celui des enfants de païens ondoyés de 838.

    Japon.

    Rien jusquici ne peur encore faire pressentir lépoque prochaine dune tolérance religieuse, mais Dieu qui est le maître des événements saura bien faire naître au jour de sa miséricorde ceux qui devront concourir à la manifestation de ses adorables desseins sur le peuple Japonais. En attendant, nos chers Confrères, toujours pleins despérance et de zèle, continuent de préparer les voies aux éventualités dun avenir qui mettrait le comble à leurs vux. Cest ainsi quaidés du concours généreux des étrangers résidant au Japon, ils viennent de terminer léglise quils ont construite à Nagazaki. Elle est dédiée aux 26 martyrs canonisés par Pie IX le 8 Juin 1862, et située sur une colline en face de la montagne où ils furent crucifiés. « Elle fait ladmiration de tous, nous dit Mr Petitjean, Japonais et Etrangers la contemplent comme un chef-duvre. Les croix dorées de ses trois clochers brillent en vue de tout Nagazaki, et aussi en face de la sainte montagne Enfants, vieillards, hommes et femmes, soldats et gens du peuple se font une fête de venir visiter ce quils appellent lEglise française. Les petits bambins de la ville la crayonnent avec le charbon du foyer sur les murs et les pavés de la voie publique. Pour eux notre église est le premier édifice du Japon. Les vieillards, ne la voyant, se redisent les histoires du vieux temps sur les chrétiens et leurs églises. »
    La cérémonie de la bénédiction de cette nouvelle église, faite par Mr Girard, fut des plus splendides. Voici comme il nous en parle : « Les résidents de diverses nationalités et croyance, qui tous, en général, ont généreusement contribué à son érection, flattés de son exécution, ont bien voulu, en grand nombre, nous donner la satisfaction de leur présence à la cérémonie de la bénédiction. Elle a eu lieu le Dimanche, 19 Février dernier. Toutes les autorités civiles et militaires de la localité y assistèrent en uniforme. La présence sur notre rade des navires de guerre de quatre nations différentes contribua puissamment à léclat de cette fête, tant par lassistance officieuse dune partie de leur personnel, que par les détonations de leur artillerie. etc. etc. »
    Puissent ces témoignages si honorables, donnés à notre sainte Religion, sous les yeux mêmes des autorités japonaises qui se trouvaient représentées à cette cérémonie par leurs délégués, faire tomber les injustes préjugés dont elles sont imbues contre elle, et les disposer à ne pas briser, par de sévères prohibitions, les rapports qui se sont déjà établis entre nos chers Confrères de Nagazaki et leurs nationaux.
    Le Gouverneur de Nagazaki, ayant récemment fondé dans cette ville un Collège uniquement affecté à létude des langues étrangères, a fait des instances auprès de Mr Petitjean pour quil voulût bien se charger du cours de français, ce quil a accepté très-volontiers, en considération des avantages qui pourront en résulter pour la Religion. Le Gouverneur en a témoigné une vive satisfaction à ce cher Confrère, et est avec lui dans de très-bons termes.
    Mr Girard nous annonce quil a commencée les travaux dagrandissement et dembellissement de son église de Yokohama devenue insuffisante pour le nombre des étrangers catholique résidant dans cette ville.

    Mandchourie.

    Mgr Verrolles ne nous ayant donné aucun renseignement relatif à ladministration et à létat de sa Mission depuis notre dernière lette commune, nous ne pouvons rien en dire.

    Séminaire général de Pinang.

    Le personnel des élèves est actuellement de 121 appartenant à 10 de nos Missions. On est généralement satisfait de leur conduite et de leur application. La cherté de toutes choses nous a obligés depuis quelques années à porter à un chiffre fort élevé lallocation de cet établissement comme il conste par nos tableaux de répartition.
    Si la paix sétablit solidement en Cochinchine et au Tonquin, comme nous lespérons, le nombre des élèves annamites ne sera plus que de 12 pour chaque Vicariat, ce qui diminuera les dépenses en proportion de la diminution du nombre. Mais ce nest pas là le plus important. Il faut tâcher daugmenter les bons résultats de cette éducation coûteuse, et le principal moyen consiste dans le choix des sujets qui devront avoir une capacité plus quordinaire, et offrir dans leur conduite les garanties requises dans de jeunes Séminaristes. Elevés à la prêtrise, plusieurs de ces jeunes gens pourraient occuper plus tard des postes importants dans leurs missions respectives, être des prédicateurs distingués, diriger des Séminaires, et obtenir, par la supériorité de leur science et leur bonne conduite, assez dascendant sur le clergé de leur nation pour quon pût leur confier la charge de Provicaire, dans les lieux où il ny aurait pas de Missionnaires Européens. Ainsi se formerait peu-à-peu la hiérarchie indigène quil est dans le but de notre Congrégation détablir dans toutes nos Missions.
    Pour mieux former ces jeunes Séminaristes à la piété et aux sciences ecclésiastiques, nous venons dengager nos chers Confrères à supprimer entièrement les classiques païens, dailleurs peu nombreux, pour les remplacer par des classiques chrétiens dont nous leur avons envoyé une collection.

    Procures de Hong-kong, Singapore et Chang-hay.

    Cette dernière procure est terminée depuis environ 8 mois et fonctionne à la grande satisfaction des Vicaires Apostoliques qui en avaient vivement sollicité létablissement. Dans une lettre du 23 Août dernier, Mr Libois nous écrit que la maison de procure de Chang-hay avec ses dépendances et son mur denceinte a coûté 9,497 piastres 77c, et il ajoute : « Si les 9 Missions intéressées acceptent la proposition de Mgr Berneux, en nous accordant chacune 4,000 francs, cela, joint aux 24,000 alloués par vous, suffira, nous lespérons, pour payer les frais de construction de la Procure et les dépenses dameublement. » Déjà la majorité des Vicaires Apostoliques intéressés a bien voulu adhérer à la proposition de Mgr Berneux, et nous espérons que les autres ne tarderont pas à les imiter. Nous ne pourrions, quant à nous, faire aucun sacrifice, et il nous répugnerait souverainement de recourir à un nouveau prélèvement sur lallocation générale.

    Séminaire de Paris.

    Nous vous annoncions lannée dernière avec bonheur, Nosseigneurs et chers Confrères, que le personnel de nos aspirants avait atteint le chiffre de 85 ; cette année il sest élevé jusquà 97, et si nos prévisions, que nous croyons bien fondées, ne nous trompent pas, cette progression ascendante ne sarrêtera pas de sitôt. Grâces en soient rendues à la divine Providence qui vient si à propos à notre secours. Jamais jusquici le besoin douvriers ne sétait fait si vivement sentir dans nos Missions que dans les circonstances actuelles. Aussi, que de fois a retenti à nos oreilles ce cri de détresse de Mgr Faurie : « Au secours ! au secours ! la moisson est écrasante ; plus de soixante mille païens ont renoncé au culte des idoles ! Il nous faudrait une armée de Missionnaires et nous nen avons que huit ! » Hélas ! les besoins urgents de quelques autres de nos Missions ne nous ont pas permis de répondre aussi généreusement que nous laurions désiré aux pressantes et bien légitimes instances de Mgr Faurie. Nous ne lui avons accordé que 9 Missionnaires dont 3 doivent être arrivés et les 6 autres sont encore ici. Dieu veuille que nous soyons plu heureux dans nos prochains envois.
    Dans ce but nous ne négligeons rien pour augmenter autant que possible le nombre de nos aspirants, malgré le surcroît de dépenses qui doit en résulter pour la nourriture, lentretien et le local. Déjà cette année, pour suppléer à linsuffisance de notre maison de Meudon, nous nous sommes trouvés dans la nécessité dy ajouter un appendice consistant dans un réfectoire, une cuisine, un dortoir et une chapelle. La Providence est venue fort heureusement à notre secours pour la dépense de cette nouvelle construction dont seulement une faible partie est restée à la charge de notre Séminaire.
    Cest avec une vive satisfaction, Nosseigneurs et Messieurs, que nous avons lhonneur de vous annoncer que Mr Amédée Maury, du diocèse de Rodez, parti dici en 1851 pour la Mission de Pondichéry, ayant été élu à la grande majorité des suffrages par les trois Missions de lInde pour être leur Député et Procureur au Séminaire de Paris, est venu au commencement de Mars prendre rang parmi nous et partager nos travaux.
    Malgré ce renfort nous ne sommes point encore au complot, surtout pour lenseignement de la Théologie, et il nous tarde de voir arriver le député de nos trois Missions du Nord, la Mandchourie, la Corée et le Japon.
    Nous continuons dêtre en bons rapports avec les Conseils de la Propagation de la Foi, et nous navons pas à nous plaindre du chiffre de nos allocations, en égard aux nombreux demandeurs qui viennent chaque année solliciter une part dans les secours quils ont à répartir. Leur recette ayant été plus forte lannée dernière que les précédentes, ils ont augmenté notre dernière allocation dune vingtaine de mille francs. Néanmoins quelque bienveillantes que soient leurs dispositions à notre égard, il ne faut pas en conclure quils soient disposés à faire droit aux demandes particulières de nos Vicaires Apostoliques pour telle ou telle uvre. Cest ce quils nous ont clairement déclaré dans un post-scriptum dune lettre du 20 Février dernier : « Permettez-nous de profiter de cette circonstance, nous disaient-ils, pour vous informer que nous recevons de temps à autre de la part des vénérables Vicaires Apostoliques de votre Congrégation des demandes de secours auxquelles nous ne pouvons répondre que négativement, dès lors que les Conseils font une allocation collective pour toutes vos Missions. »

    Noms et Destinations des Missionnaires que nous avons expédiés depuis notre dernière lettre commune, ou que nous sommes sur le point dexpédier.

    Sont partis le 15 Juillet 1864 :

    Messieurs

    Groussou, Jean-Armand, de Montauban, Siam.
    Huein, Martin-Luc, de Langres. Corée.
    Beaulieu, Louis-Bernard, de Bordeaux. Corée.
    Dorie, Pierre-Henri, de Luçon. Corée.
    de Bretennière, Simon-Marie-Antoine-Jules, de Dijon. Corée.
    Guerrin, Claude-Louis-Léon, de Besançon. Canton.
    Huet, Cyr-Cyprien, de Laval. Tonquin occidental.
    Lesserteur, Emile-Charles, de Valence. Tonquin occidental.
    Verdier, Antoine-Joseph-Jérôme-Michel, de Rodez. Pondichéry.
    Barré, Pierre-Edouard, de Séez. Mayssour.

    Sont partis le 15 Février 1865 :

    Messieurs

    Gérardin, Joseph, de Nancy. Canton.
    Bazin, Séraphin-Michel, de Poitiers. Canton.
    Guichard, François-Mathurin, de Luçon. Koui-tcheou.
    Gilbert, Henri, de Poitiers. Koui-tcheou.
    Bodinier, Emile-Marie, de Laval. Koui-tcheou.
    Caspar, Marie-Antoine, de Strasbourg. Saigon.
    Sorel, Constant-Joseph, de Beauvais. Saigon.
    Riss, Aloysius-Sébastien, de Strasbourg. Pondichéry.
    Boré, Paul, dAngers, Pondichéry.

    Sont partis le 15 Juillet 1865 :

    Messieurs

    Vey, Louis, du Puy. Siam.
    Cazea, Fabien-Sébastien, dAlbi. Collège de Pinang.
    Vincent, Edouard, de St Brieux. Saigon.
    Creuse, Albert-Victor, de Paris. Saigon.
    Kleiner, Louis-Eugène, de Metz. Mayssour.

    Partiront aux mois dAoût et Septembre :

    Messieurs

    Walays, Edmond, de Bruges. Procure de Chang-hay.
    Schmitt, Sébastien, de Strasbourg. Birmanie.
    Mercuzot, François, de Dijon. Koui-tcheou.
    Esslinger, Ignace, de Strasbourg. Koui-tcheou.
    Lami, Eugène, de Langres. Koui-tcheou.
    Lemarchand, François-Xavier, de Laval. Koui-tcheou.
    Chemier, François, dAutun, Thibet.
    Gréa, Séraphin, de St Claude. Koui-tcheou.
    Carreau, Louis-Pierre, dAutun. Thibet.
    Mazaud, Jacques-Eustache, dAutun. Sut-chuen méridional.
    Gilles, Pierre-Etienne-Amédée, dAvignon. Sut-chuen oriental.
    Hue, Jean, de Séez. Sut-chuen oriental.
    Croisat, César-Auguste, de Moutiers. Sut-chuen oriental.
    Delaborde, Ludger, de Langres. Mandchourie.

    Nous avons lhonneur dêtre, avec un très-profond respect et un entier dévouement,

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs.

    Le 19 Avril dernier sont partis, en compagnie de Mgr Charbonnier et pour la mission, MM. Auguste-Ernest Curt de Langres et Gustave-Louis Derenne de Laval.
    None
    Aucune image