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lettre n°

Lettre commune de 1864. Paris le 25 Juin 1864. Nosseigneurs et Messieurs,
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    Lettre commune de 1864.

    Paris le 25 Juin 1864.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Nous avons reçu des nouvelles de toutes nos Missions, les unes bonnes et les autres mauvaises comme toujours. Dun côté des résultats consolants et de belles espérances, de lautre des craintes sérieuses et un commencement de persécution qui entrave ladministration et met obstacle à la conversion des païens. Vous trouverez dans les extraits de la correspondance de chaque Mission que nous mettons sous vos yeux, Nosseigneurs et Messieurs, ce qui nous a paru devoir vous intéresser davantage.

    Pondichéry.

    « Laccroissement de nos succès, dit Mgr Godelle, nous met dans la nécessité de donner du développement à nos uvres déjà existantes et den créer de nouvelles. » Ainsi, daprès ce Prélat, pour augmenter le nombre des conversions parmi les païens il faudrait fonder dans quelques unes des principales localités de la Mission des Catéchuménats semblables à celui qui existe à Pondichéry et obtient dexcellents résultats. Malheureusement le défaut de ressources na pas permis jusquici de mettre à exécution ce projet qui demanderait de grandes dépenses, tant pour létablissement et le personnel de ces maisons, que pour subvenir aux besoins des catéchumènes pendant le temps de leur instruction qui est, terme moyen, denviron 3 mois.
    « Ayant pu enfin (ce sont les paroles de Mgr Godelle) obtenir des Frères de la Doctrine chrétienne, jen ai placé une colonie à Karikal. Ces bons religieux dirigent une école florissante où un bon nombre denfants païens viennent recevoir une instruction chrétienne en même temps que les enfants de nos néophytes. Cet établissement pèse lourdement sur les finances de la Mission, mais les excellents résultats que nous espérons en retirer compenseront abondamment, je nen doute pas, les charges quil nous impose. Je voudrais même pouvoir en établir encore quelques autres en diverses localités importantes de cette Mission. Car nous sommes bien certains que des écoles anglaises catholiques dirigées par des Frères seraient suivies par la foule de la jeunesse païenne elle-même, de préférence aux écoles de gouvernement ; et de cette manière nous préserverions la foi de nos jeunes catholiques en même temps que nous aurions une occasion excellente de faire pénétrer les principes et lestime de cette même foi dans lesprit et le cur des Gentils. »
    Le tableau dadministration porte : baptêmes de païens adultes et de leurs enfants, 986 ; conversions de protestants, 32 ; baptêmes denfants dinfidèles in articulo mortis, 2824.

    Mayssour.

    Mgr de Jassen, dans son compte-rendu, fait lénumération des nombreux établissements de sa Mission, et donne sur la plupart dentre eux des détails intéressants. Nous nous contenterons de reproduire ceux qui en ce point nous ont semblé mériter la préférence.
    « Dans ce pays, dit Sa Grandeur, on na jamais reconnu à la femme dautre destinée que celle dêtre vendue pour le mariage et la prostitution dans les temples Nous avons maintenant deux enfants de religieuses indigènes. Lun est placé sous la direction des religieuses Européennes et compte 8 professes et 3 postulantes ; elles tiennent une école dans lorphelinat. Ce couvent na encore que 3 ans dexistence. Lautre couvent est situé dans la principale de nos chrétientés et compte de 30 à 40 élèves Ces petites filles apprennent à lire et les travaux de laiguille avec une facilité étonnante, et ce qui devient effrayant pour le jeunes Indiens, cest quils courent la chance de ne plus trouver à se marier, tant le goût du couvent devient commun. »
    « La petite Congrégation des Frères de St Joseph, instituée il y a peu dannées par un de mes anciens Missionnaires pour léducation chrétienne, nous rend déjà de bien bons services. Trois de ces Frères aident le prêtre chargé des orphelins anglais, trois autres dirigent une nombreuse école anglaise et tamile. Cette Congrégation reçoit des indigènes afin quils puissent servir aux écoles de cette nation. Deux autres Frères dont lun anglais et lautre indigène, dirigent la presse, deux ou trois autres font leur noviciat. Sil plaît à Dieu de conserver et de multiplier cette petite Congrégation, nous espérons multiplier et perfectionner nos écoles tout en ouvrant aux jeunes gens, comme nous lavons fait aux jeunes personnes une voie à la perfection chrétienne tout-à-fait inconnue aux Indiens jusquà ce jour. »
    Le gouvernement dun côté, les ministres protestants de lautre établissent des écoles partout. Pour ne pas être écrasés par cette terrible concurrence, nos Confrères se sont vus obligés de renforcer et détendre les matières de linstruction ; de prendre à gages élèves des Brahmes, et dacheter ou de rééditer et amplifier leurs livres élémentaires décole.
    Les principaux résultats de ladministration sont 307 baptêmes dadultes chiffre bien supérieur à ceux des années précédentes, et la création de trois nouvelles stations dans la Mission.

    Coïmbatour.

    « Dans le compte-rendu de lannée dernière, dit Mr Pierron, Provicaire de Mgr Godelle, jeus lhonneur de vous exposer le grand besoin que nous avions déglises et de presbytères dans la plupart des principaux endroits de la Mission. Je vous disais que nous avions mis la main à luvre afin de terminer les églises commencées dans le district de Coïmbatour, Palyhaut et Atticadou. Avec une partie de lallocation que vous avez daigné nous faire cette année (cette lettre est adressée à MM. les Membres des Conseils de la Propagation de la Foi) nous avons immédiatement commencé à bâtir les églises moins importantes des villages dErodou, Passouvadipaléam et Naglore. Plusieurs presbytères ont aussi été construits ou sont en train de lêtre, de sorte que dici à peu nous aurons doté la Mission déglises et de presbytères dans les centres où ils sont de la plus grande nécessité pour y faire quelque bien. »
    Nous remarquerons avec une vive satisfaction que Dieu a daigné bénir les efforts de nos chers Confrères ; il y a eu augmentation dans ladministration des sacrements, dans la conversion des païens et le baptême denfants dinfidèles en danger de mort. Les abjurations du Protestantisme sont au nombre de 10, et 1200 chrétiens engagés dans le schisme lont abandonné et promis obéissance et soumission aux seuls Missionnaires de la juridiction du Coïmbatour.
    Nos cher Confrères soccupent toujours et avec succès des écoles de garçons et de filles. Ces dernières ne sont pas encore nombreuses.

    Thibet.

    Des événements aussi consolants quextraordinaires ont eu lieu aux environs de Bonga. Pour vous les faire connaître, Nosseigneurs et Messieurs, nous aurons recours à une lettre de M. Goutelle. Voici ce quil nous dit : « Un mouvement religieux sétant manifesté dans le Tsarong, nous lavons favorisé le plus que nous avons pu avec nos faibles moyens. Nos efforts, grâce à Dieu, nont pas été inutiles. Dans le mois de Juin 1863, deux villages de Lou-tsé, appelés Song-ta et Long-pou, dans les terres du roi de Lassa, comptant plus de 300 personnes, ont embrassé notre sainte religion. Mr Desgodins est allé de suite sétablir au milieu deux pour leur apprendre à prier et les instruire. Leur conversion a été suivie immédiatement de celle dun village thibétain tout entier, appelé Aben, composé de 85 personnes, et je suis allé aussitôt my établir pour en prendre soin. »
    « Huit jours après la conversion de ce village eut lieu celle de deux autres villages thibétains comptant ensemble 200 personnes. Plusieurs villages de Lou-tsé, de Tcha-mou-tong, la tribu de Païs, ont manifesté le désir de se convertir, mais nous navons personne à y envoyer. Dautres villages thibétains du Tsarong ont la même intention et ne tarderont pas à suivre le bon exemple de ceux qui sont déjà chrétiens. »
    « Ainsi dans lespace de moins dun mois nous avons vu le nombre des chrétiens du Thibet sélever à plus de 700 sans compter les chrétiens de Tcha-mou-tong qui sont plus de 50 et en grande partie ou baptisés ou catéchumènes. Sans lopposition des Lamas du pays, tout le Tsarong aurait embrassé notre sainte religion. Ces malheureux prêtres de Boudha sont devenus furieux et jettent feu et flammes ; ils crient, ils menacent et réclament avec une urgence impitoyable leurs créances malheureusement trop nombreuses. Ces pauvres néophytes en général, réduits à la misère sont dans limpossibilité de se libérer de ces cruels et injustes créanciers. La charité nous a donc fait un devoir de venir à leur secours en leur ouvrant notre bourse pour leur aider à sortir des mains de fer qui les oppriment. Si beaucoup de villages de nos parages nont pas déjà abandonné le paganisme pour se déclarer disciples de J.-C., cest uniquement par crainte des Lamas. Mais la conversion des villages dont je viens de parler a eu un grand retentissement dans le Thibet. On nattend plus que lissue de ce fameux combat que les Lamas se préparent à nous livrer. » etc
    Lorage qui se formait alors na pas tardé à éclater ; une lettre de Mr Desgodins en date du 10 Novembre dernier nous donne les nouvelles suivantes : «Je vous ai raconté nos succès de cette année, dit-il, et la conversion de plusieurs villages entiers. Jen aurais encore bien dautres à vous annoncer, si les Lamas du voisinage en voyant la marche rapide de nos affaires ne sétaient pris à craindre de mourir bientôt de faim. Ils se sont donc fâchés, et, pour arrêter les progrès de notre uvre, ont soudoyé ce que les prétoires thibétains renferment de plus vil, non pour nous faire la guerre à nous-mêmes, car ils nosent pas nous toucher, mais pour la faire à nos nouveaux chrétiens. Ils ont employé le mensonge, les menaces les plus terribles et les amendes pécuniaires pour forcer nos néophytes à abandonner la religion. Deux villages, après avoir résisté avec courage pendant quelque temps ont ensuite eu la faiblesse de céder extérieurement, tout en nous disant quils reviendraient à nous dès que la paix serait faite et que nous aurions obtenu la liberté. Il nous reste cependant encore quelques familles fidèles dans ces villages. Les trois autres, Aben, Song-ta et Long-pou sont demeurés fermes, rien na pu les ébranler. »
    « Mr Goutelle est parti immédiatement pour Kiang-ka afin de plaider avec Mr Renou la cause de nos nouveaux chrétiens devant les autorités supérieures chinoises et thibétaines. Malheureusement peu de jours après son arrivée il avait la douleur de dadministrer les derniers sacrements à Mr Renou, notre cher doyen, le fondateur et le soutien de la Mission du Thibet. Cest une perte immense que nous faisons, mais Dieu ne nous abandonnera pas. Pour remplacer ce cher Confrère à Kiang-ka, Mr Fage, qui y est déjà si bien connu, va se rendre dans cette ville et jespère que ses efforts seront couronnés dun aussi heureux succès que lan dernier. Ne croyez pas que tout soit perdu, Les Lamas et les quelques individus qui leur ont prêté main forte sont maintenant fort embarrassés de leur triste victoire, et en voyant que nous sommes disposés à pousser laffaire ils se rejettent la faute les uns sur les autres, personne ne voudrait en avoir la responsabilité ; mais nous connaissons les vrais coupables, ils ne sont que trois ou quatre au plus qui voudraient maintenant nous faire croire quils sont nos meilleurs amis, nous ne nous y laissons pas prendre. La masse du peuple est pour nous et désire embrasser la religion, et si ces trois ou quatre individus reçoivent le châtiment quils méritent, vous verrez que sa Mission marchera à grands pas. Les mandarins supérieurs eux-mêmes ne nous sont pas opposés, car plusieurs nous ont dit que le Thibet pourrait bien faire, lui aussi un traité avec la France et y trouverait son avantage. Cest que nous avons fait connaître et estimer le nom et le drapeau Français, peut-être plus quon ne limagine à Paris et à Pékin. La religion y a aussi gagné, car toute notre province de Tsarong, et plusieurs des tribus sauvages qui lavoisinent ont témoigné le désir, je dis plus, la volonté bien arrêtée de lembrasser. Le moment de la Providence viendra et ne tardera pas, jespère. »
    « Nos Confrères sont exposés aux plus grands dangers, nous dit Mr Libois daprès les lettres quil venait de recevoir du Thibet ; il paraît évident que lon veut absolument ou les faire partir ou les faire mourir de faim. Les autorités thibétaines ont défendu, sous les peines les plus graves de leur vendre les choses nécessaires à la vie et ils ne se soutiennent quau moyen de quelques secours que leur procurent en secret leurs amis. »
    « Les autorités chinoises, au lieu de les protéger, ne cherchent quà les amuser par de belles paroles sans effet. »
    « Pour comble de misère, ils sont à court dargent et les routes sont si dangereuses que Mr. Biet mécrit à ce sujet le 11 Janvier. « Comment hasarder largent ? Hasarder, cest envoyer au pillage ; ne pas hasarder cest sexposer à laisser mourir de faim ceux que le fer peut avoir épargnés. »
    Nos chers Confrères nous demandent avec de vives instances un renfort de Missionnaires dont ils ont un extrême besoin dans les circonstances actuelles. Vous nêtes pas assez nombreux, leur disent leurs amis, vous avez lair dêtre sans racine, si vous étiez seulement une dizaine, dautres disent une vingtaine, personne noserait vous tracasser. Leurs ennemis font aussi leur calcul : ils sont peu nombreux, disent-ils, les uns mourront, les autres se dégoûteront et partiront, alors nous en serons débarrassés. Ceux qui voudraient se convertir leur disent : si vous venez à mourir ou à partir, qui prendra soin de nous ? et ils sont arrêtés par cette pensée de se trouver sans guides et sans protecteurs.
    Faisant droit à une demande si bien motivée nous avons expédié le 15 Mars quatre nouveaux Missionnaires pour le Thibet.

    Sut-chuen oriental.

    Cette Mission a subi des pertes énormes comme vous le verrez, Nosseigneurs et Messieurs, dans lextrait dune lettre de Mgr Desflèches, portant la date du 12 Octobre dernier, que nous allons mettre sous vos yeux : « Les terribles désastres que nous avons éprouvés au mois de Mars sont dus à linitiative de mauvais mandarins et globulés, jaloux de nos progrès et de voir que lEmpereur nous faisait linsigne honneur de nous donner une vieille pagode (acquise au gouvernement) pour en faire une église. On en avait chassé les Bonzes depuis 2 ans pour y placer les bureaux dune administration municipale, une caserne, etc. Les globulés administrateurs ne purent voir de bon il passer en nos mains un établissement quils avaient eu mille peines à faire passer dans les leurs. Sur ces entrefaites arrive un nouveau mandarin très mal disposé envers les Européens, qui trouve que son prédécesseur nous a trop bien traités, et se met ouvertement du côté de nos ennemis. Ils organisent secrètement une attaque contre nous, et le 13 Mars, ma résidence est envahie par des soldats déguisés, des Braves et autres gens des prétoires. Nous fûmes tellement surpris que nous ne pûmes absolument rien sauver. Tout fut pillé et dévasté. Les mêmes scènes continuèrent le 14 et 15 sans que les mandarins se missent beaucoup en peine de les arrêter. Ma résidence, la cure, le dépôt général de la Mission, lorphelinat, lhôpital, les écoles, les deux pharmacies ont été pillés et ruinés. Je nai rien pu sauver de ce que je possédais ni de ce qui était au dépôt général, argent, ornements, vases sacrés, livres, papiers archives, habits, mobilier, etc tout a été perdu. Quand il ny eut plus rien à piller, les vandales sen prirent aux maisons quils démolirent. Nos chrétiens ne furent pas plus épargnés. Plus de 60 familles de marchands et autres ont été traitées comme nous. Ce sont de bien grandes pertes. Que Dieu nous aide à les réparer ! En ce moment je suis en route pour Pékin où je vais demander justice. Mais la justice est partout boiteuse et je ne sais trop quand elle nous arrivera au Sut-chuen. »
    Mgr Desflèches était convenu avec Mr Delamare quil viendrait le rejoindre à Chang-hay pour laccompagner à Pékin et appuyer ses démarches auprès des autorités Chinoises. Avantageusement connu du Prince Kong avec lequel il avait eu de fréquents rapports comme interprète du Baron Gros, ce cher Confrère ne pouvait manquer davoir une grande influence dans la décision dune cause quil allait plaider devant son Tribunal, appuyé dailleurs fortement de lautorité de la Légation Française. Mais Dieu en avait disposé autrement. M. Delamare, arrivé malade à Hang-Keou, reçut lhospitalité la plus bienveillante de la part du Vicaire apostolique du Hou-pé, mais, malgré les bons soins et les secours de la médecine qui lui furent prodigués, le mal fit de si rapides progrès quen peu de jours il succomba. La douleur que nous causa la mort de cet excellent Confrère trouva un grand adoucissement dans la lettre de Mgr lEvêque de Houpé, témoin oculaire des sentiments édifiants quil manifesta pendant tout le temps de sa maladie et jusquà ses derniers moments.
    Que se passa-t-il à Pékin ? Une lettre de Mgr Desflèches en date du 25 novembre dernier va nous lapprendre. « Demain, disait-il, je serai arrivé à Chang-hay de retour de mon voyage à Pékin, qui a été très-heureux. Par le moyen de la Légation, jai pu obtenir sans retard la disposition que je désirais, qui est que notre général tartare Tsong soit muni de pleins pouvoirs pour traiter et terminer cette affaire en dehors du préteur La-piu-tchang, lequel ne nous est pas favorable. »
    Avant que Mgr Desflèches fut de retour dans sa mission, M. Mabileau, son Provicaire, nous écrivit que les ennemis des Missionnaires et des chrétiens avaient profité dun incendie qui dévorait une partie de la ville de Yean-Yeng pour livrer aux flammes et piller une maison dont ce Prélat y avait fait depuis peu lacquisition, bien quelle ne courût aucun danger du côté de lincendie, doù elle était fort éloignée. « Outre la maison et le mobilier, nous dit ce cher Confrère, nous avons perdu à Yean-Yeng près de 400 onces dargent. Cest dautant plus triste quaprès beaucoup defforts et de tentatives, nous avions réussi à fonder dans cette ville une petite chrétienté ; plusieurs familles honorables avaient eu le courage dembrasser notre sainte religion. Dans la bourrasque, que seront devenus ces néophytes ? Les menaces les plus terribles ont été faites contre les chrétiens. Le prêtre a été obligé de séloigner. »
    Les baptêmes dadultes ont atteint le chiffre de 800, et ceux des enfants dinfidèles in articulo mortis sont parvenus à 40.686.
    P.S. Dans une lettre du 22 Mars, M. Mabileau nous donne de triste détails sur ce qui venait de se passer dans cette Mission. La Mandarin de Fong-tao-hieu, ancien persécuteur, sest servi de prétextes puérils pour ameuter le peuple et les chefs contre les chrétiens presque tous néophytes. « Dans un instant, dit ce cher Confrère, notre pharmacie, les maisons des chrétiens, ont été pillées et détruites. Les hommes, les femmes, les enfants, ont été battus et jetés dans les prisons. Deux chrétiens sont restés morts sur la place. » Trois jours après, cétait le tour dune autre chrétienté, dont ils détruisirent léglise et toutes les maisons et firent expirer deux chrétiens sous les coups des bourreaux. Les autres, gravement blessés, furent jetés pêle-mêle dans un horrible cachot. Ces terribles persécuteurs ne se donnèrent pas encore pour satisfaits ; ils furent de marché en marché, de village en village, en continuant leur uvre satanique. Ils avaient, disaient-ils, ordre dexterminer tous les Chrétiens. Les satellites publiaient partout que des récompenses étaient promises à ceux qui dénonceraient les chrétiens ou les amèneraient prisonniers.
    « Heureusement, dit M. Mabileau, nous navons rien fait pour exciter la haine des persécuteurs. Le seul tort de nos chrétiens est dadorer le vrai Dieu, de ne point vouloir contribuer aux superstitions, dembrasser une religion prêchée par des Européens. Cette chrétienté, maintenant en ruines, ne date que de lannée dernière. Le prêtre qui la dirige lavait augmentée en quelques mois de 1000 néophytes. De là la fureur du démon et de ses esclaves. »

    Sut-chuen septentrional.

    « Je voudrais et je devrais, nous dit Mgr Pinchon, vous écrire une longue lettre sur nos affaires de mission. Assurément le sujet serait abondant, mais mes forces ne me le permettent pas. Depuis 5 mois, je suis aux prises avec une cruelle maladie qui mépuise »
    « Notre année vient de sécouler au milieu des tracasseries, des procès, des chicanes de toute espèce que nous suscitent partout les païens. La vraie cause de ces troubles vient des mauvais prétoires. La plupart des mandarins sont nos ennemis déclarés, et ils ne cessent de soulever secrètement les scélérats contre nous. Aussi, dans les procès qui sen suivent, nos chrétiens sont-ils presque toujours condamnés et les mauvais sujets absous. Comme naguère un chrétien se plaignait à un mandarin de ces sortes de jugements, le magistrat lui répondit : Pourquoi te plains-tu ? On pouvait bien te massacrer et brûler ta maison ; on ta épargné, et tu nes pas content ! Toute notre année sest ainsi écoulée au milieu des procès ruineux quon nous suscite de toutes parts. Plusieurs durent depuis plus dun an ; et quand finiront-ils ? Et remarquez, Messieurs, quil sagit de procès où des familles ont été pillées, leurs maisons brûlées ou renversées, dont les pertes sélèvent à 5 ou 6.000 taëls. Daigne le Seigneur nous venir en aide. »
    Le tableau dadministration porte 282 baptêmes dadultes et 102.896 denfants dinfidèles in articulo mortis.

    Sut-chuen méridional.

    Nous voyons dans une lettre de Mgr Pichon que Sa Grandeur nous a expédié le compte-rendu de sa mission ; mais nous avons le regret de déclarer ici quil ne nous est point parvenu, non plus que rien de ce qui la concerne.
    Une lettre de M. Libois, portant la date du 30 mars, nous dit : « Je reçois à linstant des lettres du Sut-chuen. Mgr Pichon mécrit que, dans sa mission, les païens, et les mandarins eux-mêmes dans certains endroits, ont vexé les chrétiens et les ont maltraités. »

    Yun-nan.

    Après quelques détails sur les 3 principaux fléaux qui ont désolé à la fois cette malheureuse province : une guerre atroce, la peste et la famine, Mgr Ponsot ajoute : « Malgré les entraves que cet état de choses a apportées à notre ministère, nous avons encore eu la consolation de compter plus de 200 conversions de païens, 150 baptêmes dadultes et 11.000 baptêmes denfants de païens in articulo mortis. »
    « Nous venons de traverser des circonstances bien difficiles, nous dit de son côté Mgr Chauveau, placé à lautre extrémité de la province. Le 22 mars, nous acquérons la certitude quune armée imposante envahit nos contrées. Si elle passe au Sud de la montagne, car elle avait deux routes à suivre, nous sommes tous perdus sans ressources. Si elle passe au Nord, nous pouvons vivre quelques jours, peut-être, mais dans quelle anxiété ! Le 29 Mars, nous savons certainement que les révoltés ont suivi la route du Nord, et quils sont campés à 12 lieues de la station où jécris. On évalue leur nombre à 25000 hommes et 3000 chevaux »
    « Le 12 avril, autre nouvelle : encore une armée, larmée du Centre, qui passe le fleuve à 22 lieues dici. Le nom du commandant inspire la terreur : on lappelle le destructeur des nations. Heureusement pour nous que ce nouvel Attila ne suit pas la même route que son avant-garde. Son armée nest composée que de 30000 scélérats. Larrière-garde annoncée avec fracas na jamais paru, parce que les deux 1ers corps avaient épuisé tous les moyens de subsistance. Le destructeur des nations sest follement engagé dans une route sans issue, route que javais suivie 3 mois auparavant, route affreuse où 50 hommes déterminés arrêteraient les héros dAusterlitz. Son armée y a péri, le destructeur lui-même a été pris et écorché vif. Lavant-garde de beaucoup plus nombreuse, avait mieux choisi son chemin. Harcelée toutefois, poursuivie dans des pays déserts par les Chinois soulevés en masse, et par des nuées de Lolos descendant de montagnes, elle a éprouvé des pertes immenses. »
    Nous abrégeons les détails de désastres commis par cette armée de scélérats. Dans plusieurs cas, dit Mgr Chauveau, les révoltés ont parcouru les campagnes avec des enfants fixés au bout de leurs lances, et la nuit pour éclairer leur marche à travers les montagnes, on les a vus servir en guise de flambeaux, denfants de 2 ou 3 mois entortillés de bandelettes trempées de lhuile. Quon juge par ces faits de toutes les autres horreurs quils ont commises. »
    « Par un juste jugement de Dieu devant lequel je mincline de toute lardeur de ma foi, dit encore Mgr Chauveau dans une lettre du 12 Septembre dernier, lorage sest abattu sur tous les pays où nous avions des chrétientés. Nous en avons perdu 19 dans toute la Mission et quelques unes étaient pour nous de la plus grande importance. »
    « Au milieu de tant de ruines, Messieurs, gardez-vous de croire que toute consolation nous ait été refusée ni que toute espérance soit perdue. Il nous reste encore 9 chrétientés et, Dieu merci, ce sont les meilleurs, les plus nombreuses qui nous ont été conservées. Toutes ont souffert, toutes sans exception ; toutes ont été pillés, cinq ont été brûlées deux fois, trois une fois seulement, une seule na été ni pillée ni brûlée, mais elle sest ressentie des commotions excitées autour delle par la révolte mahométane. Sil était possible de fixer un nombre, je porterais à 612 les chrétiens massacrés, morts de faim, de froid, de misère, dispersés en tout lieu. Les apostasies sont si peu nombreuses quon ne doit pas en tenir compte. La masse de ces pauvres gens sest immolée de toutes les manières pour sauvegarder sa foi. Lespérance nous reste donc. Avec des sacrifices, de cruels sacrifices peut-être, nous conserverons le noyau des chrétientés, sil plaît à Dieu den prendre pitié. »

    Koui-tcheou.

    On a baptisé dans cette Mission pendant lannée 126 adultes en santé, et 24 à larticle de la mort. Le chiffre des baptêmes denfants dinfidèles in periculo mortis, sest élevé à 18.279. « Il y a, nous dit Mgr Faurie, environ 500 chrétiens dont nous navons pu avoir de nouvelles cette année. Ils sont englobés au milieu des rebelles qui les ont faits prisonniers. Impossible de les aborder. »
    « Le trop fameux Tien est enfin parti au mois de Mai, nous dit Mgr Faurie. Grâce à lhabileté et aux forces du Général Tchang-lean-ky, il a été obligé de partir sans pouvoir exécuter ses plans de rébellion. Il était temps. Aussitôt après son départ la face des choses a changé pour nous. Tous les mandarins et principaux du peuple sont venus nous visiter et nous féliciter. Cest le vice-roi Lao qui a donné lexemple. Ils disent tous que sans le puissant concours de la France, on ne serait jamais venu à bout de délivrer la Province du tyran Tien. »
    « Quant aux réparations exigées par la Légation Française, on promet tout, mais il ny a encore dexécuté. Quelques grands mandarins surtout entravent la marche des affaires. Il y a cependant cela de bon que pour me faire patienter, ils cherchent à me flatter et à mhonorer le plus possible par des visites, des cadeaux, des politesses incroyables quand ils me rencontrent dans les rues, etc Je les laisse faire, mais je les vois venir. En attendant nous en recueillons cet avantage que le peuple qui ne sait pas leurs intentions, en reçoit une impression favorable à nous et à nos uvres. »
    « Le vice-roi Lao vient de publier un excellent édit en faveur de la religion, et, en divers endroits, il se fait des conversions. Mr Sabattier vient douvrir une station qui sannonce bien. Je crois que si la paix se rétablit nous allons avoir de louvrage. »
    « Tous les Confrères se portent bien et sont pleins de courage et de zèle. Il en faut beaucoup pour ce temps-ci. La visite de certains districts est fort dangereuse, tant à cause des rebelles que des épidémies qui suivent leur passage : la famine et la peste. Mr Muller qui revient de son district, me dit quil a vécu tout le temps au milieu de spectres ambulants et des cadavres gisant sans sépulture. Cest à navrer le cur. Dans cette contrée la moisson est très belle cette année, mais elle périt sur pied. Les pauvres habitants survivants nont pas la force de la recueillir. Ce cher Confrère a été attaqué plusieurs fois du fléau, mais jusquà la fin il sest traîné de cabane en cabane (car il ny a plus de maisons). Il a pu achever la visite de tout son district, non sans être obligé plus dune fois de fuir devant les rebelles. Plusieurs districts sont dans cet état. »

    Quang-tong, Quang-si et Haïnan.

    Mgr Guillemin, contrairement à son habitude de grande exactitude, ne nous a pas encore envoyé son compte-rendu ou bien il ne nous est pas encore parvenu. Voici les détails que Sa Grandeur nous donne sur une cérémonie bien extraordinaire en Chine : « Nous venons davoir la pose de la première pierre de notre église, nous dit ce Prélat dans une lettre du 12 Décembre. La cérémonie a eu lieu le 8 de ce mois, fête de lImmaculée Conception de la Ste Vierge, et tout sy est passé, grâce à Dieu, de la manière la plus consolante pour nous et la plus honorable pour la religion. La présence du vice-roi environné de hauts mandarins, et dune escorte de 300 Tartares ; la présence également de six consuls Européens en grand uniforme, et quantités de personnes venues de Canton et de Hong-Kong, le canon, les pétards, les feux de joie etc., rien na manqué à la fête. Nous en bénissons mille fois le bon Dieu et jespère que cette circonstance aura les résultats les plus avantageux pour le bien de la religion dans ce pays. Que Dieu en soit mille fois béni. »
    « Mr Joly (nous citons une lettre de Mr Osouf) a échappé, comme par miracle, aux poursuites de 8 ou 10 assassins qui ont voulu le massacrer pour se venger de la conversion dun de leurs parents que ce cher Confrère avait fait chrétien et qui a été lui-même assassiné à cause de sa conversion il y a environ 2 mois Mr Joly a reçu plusieurs coups de coutelas sur la tête, et quantité de coups de lances et de piques ; mais il a été assez heureux pour parer assez bien les coups qui nont laissé guère que des égratignures. Les blessures de la tête, beaucoup plus profondes, sont elles-mêmes en pleine voie de guérison et ne présentent plus de danger. »
    « Joubliais de vous dire que les assassins en séloignant, ont cru avoir donné le coup mortel à Mr Joly ; on a entendu lun deux dire quil lui avait donné le coup de grâce. »

    Birmanie.

    Le tableau dadministration présente 230 baptêmes dadultes et 960 denfants dinfidèles in articulo mortis.
    « Le nombre des baptêmes dadultes, dit Mgr Bigandet, dans une lettre du 22 Janvier dernier, est moins considérable cette année que les années précédentes. La raison de cette différence est que mes Confrères parmi les Carians se sont appliqués plus spécialement à consolider luvre de la propagation de lEvangile parmi ces peuples et à donner plus de consistance aux différentes chrétientés quils ont établies. En même temps ils ont préparé pour obtenir, dans le cours de lan prochain des résultats plus importants. Si le bon Dieu daigne bénir leurs humbles et généreux efforts, je suis certain que la moisson sera abondante. »
    « Notre petit collège fondé à Bassein presquuniquement en faveur des jeunes Carians, à qui nous voulons donner une éducation plus spéciale, commence déjà à nous donner la plus vive satisfaction. Tous les enfants, même les plus jeunes, lisent avec facilité et même élégance les livres birmans écrits dans une langue différente de la leur. Un bon nombre lisent aussi langlais et le latin. Il chantent avec une admirable précision le plain-chant. Dans la petite et pauvre chapelle de létablissement, on chante chaque dimanche la messe et les vêpres, et les cérémonies sont observées avec une régularité surprenante. Quelle patience et quel tact na-t-il pas fallu au P. Dumollard chargé de cet établissement, pour obtenir en si peu de temps daussi beaux résultats denfants sortis de létat sauvage ? Si Dieu continue à bénir cette uvre, nous espérons que cet établissement nous fournira des maîtres et des catéchistes, et peut-être quelques bons prêtres. »
    « Dans notre orphelinat de Rangoon nous avons environ 10 jeunes Carianes à qui on apprend à lire et écrire, coudre, etc., afin quà leur retour dans leurs familles le Missionnaire puisse trouver en elles de bonnes maîtresses décole. La mission chez les Carians est luvre la plus importante et celle qui mérite toute notre attention et nos efforts. Aussi afin de les faire réussir je népargne ni peines, ni fatigues, ni sacrifices. Il y a chez ce peuple Carian un ébranlement général et une véritable disposition à écouter la voix du prédicateur je ne me fais pas illusion sur la valeur extrinsèque de ces dispositions favorables ; je sais que les peuples de ces régions sont lents à se décider, légers et inconstants dans leurs dispositions, oubliant le lendemain ce quils ont promis la veille, et très-portés au découragement à la vue de la moindre difficulté. Malgré tout cela je ne suis pas moins convaincu quun bel avenir est réservé aux ouvriers apostoliques qui cultivent cette portion de la vigne du Père de famille, et quil est difficile de trouver ailleurs des chances de succès plus favorables. »
    « Dans la Birmanie proprement dite, luvre de la Mission progresse lentement. Nos Confrères cependant y travaillent avec un zèle admirable. Les conversions ont lieu mais sur une petite échelle. Quoique le gouvernement Birman soit très-tolérant en matière de religion, il ne faut pas perdre de vue que sa tolérance consiste à laisser les différentes races qui se trouvent dans ce pays, suivre en toute liberté leur religion respective, mais il verrait dun mauvais il les Birmans quitter leur religion pour embrasser le christianisme. Cette disposition des autorités locales est bien connue, et la crainte quelle engendre dans les esprits est suffisante pour empêcher les progrès de lEvangile parmi un peuple naturellement timide, et courbé sous le joug pesant de la plus rude tyrannie. »

    Malaisie.

    Nous trouvons sur le tableau dadministration les résultats suivants :
    Baptêmes dadultes en santé217
    Id à larticle de la mort dans les hôpitaux342
    Enfants dinfidèles baptisés en danger de mort80
    Hérétiques convertis9

    « Mr Périé est allé sétablir sur le continent de Johor (presquîle Malaise) suivi dune forte bande de Chinois chrétiens et païens qui ont quitté lîle de Singapore, dont le sol, déjà épuisé, ne pouvait plus les nourrir, pour aller cultiver une terre vierge quon dit très-fertile. Le Sultan de ce pays q donné à notre cher Confrère tout pouvoir excepté celui de vie et de mort, sur une partie immense de cette contrée, le constituant ainsi maître absolu de tous les habitants ; chose étrange, surtout de la part dun Musulman, et qui ne sexplique que par les principes de son éducation faite dans les écoles anglaises. » etc.etc.
    Mr. Périé, ayant visité les sauvages Mantras qui vivent au nombre de quelques centaines dans les forêts de Johor, a été satisfait de leurs dispositions, et il espère aussi faire une bonne moisson dans une colonie chinoise peu éloignée de la sienne. Mais pour cela il lui faut un collaborateur et des ressources pécuniaires. « Jen suis tellement dépourvu, nous dit-il, que je vais être aux expédients pour avoir du riz pour moi et les Chinois qui sont avec moi. »
    « Depuis quelques années (nous citons Mgr Boucho) javais lintention denvoyer quelquun sur la côte de Sumatra pour visiter les Batas. Plusieurs personnes de Pinang qui vont presque chaque mois dans ces parages mont dit quun Missionnaire y ferait grand bien. Jai donc résolu dy envoyer Mr. Maistre à mon retour à Pinang. Si le bon Dieu bénit cette entreprise, nous aurons là une belle Mission, car les Batas sont simplement païens et les Mahométans qui habitent seulement les bords de la mer nont jamais pu en convertir un seul, à cause principalement, dit-on, que les Batas ne peuvent se passer de manger de la viande de porc. »

    Siam.

    Mgr Pallegoix na point encore été remplacé, et Mr Clémenceau, qui depuis sa mort administrait la Mission à titre de Provicaire a lui-même succombé le 18 Janvier dernier, rongé par la terrible maladie dont il était atteint depuis une dizaine dannées. Homme instruit et de bon conseil, ce cher Confrère a rendu dimportants services à sa Mission. Sa patience a été admirable pendant ces longues années de souffrances et sa mort a été précieuse devant Dieu.
    Cest à une lettre de Mr Dupond actuellement supérieur de la Mission que nous allons emprunter les détails suivants : « La bénédiction que Pie IX a donnée au roi de Siam et à son royaume continue de produire des fruits abondants : le mouvement vers la religion sétend partout. Quand nous avons fait le relevé des baptêmes des infidèles, nous en avons trouvé 260. Cest un des plus beaux résultats que nous ayons obtenu depuis que je suis à Siam (1839) et tout fait espérer que lannée prochaine nous pourrons aller à 300 etc. »
    « Depuis 200 ans que nous sommes à Siam, on na pas encore pu entamer ce quon peut appeler la nation siamoise. Nous ne faisons des prosélytes que parmi les descendants des races chinoises, annamites etc. Mais nous avons quelque espoir que le tour des Siamois va enfin venir. Un vieux Talapoin annonce quil va se défroquer pour se faire chrétien. Cest un homme de 60 ans, encore vigoureux, ancien disciple du roi, oracle en religion, vénéré de tout le pays, chef de pagode, homme de bon sens, calme et grave. Depuis 4 ans il étudie et examine notre sainte religion. A en juger daprès ce quil disait dernièrement à un de nos Confrères, il était convaincu de sa vérité et résolu à lembrasser, malgré le blâme que son changement ne manquerait pas de lui attirer. Dieu veuille quil accomplisse son dessein et que sa conversion soit suivie de celle de 200 Siamois ses Talapoins, parents ou administrés qui ont promise de suivre son exemple. »
    Une lettre postérieure de Mr Dupond nous annonce quun terrible incendie a dévoré en un instant et sans quil fût possible de rien sauver, tant la maison de ce cher Confrère, où se trouvaient les archives, des ornements et des vases sacrés, que plusieurs établissements de la Mission et 45 maisons appartenant à des chrétiens.
    P.S. Mr Dupond, dans une lettre du 20 Avril que nous venons de recevoir nous annonce que le grand Talapoin a été baptisé le samedi saint avec quatre des siens, que beaucoup dautres ont voulu différer mais quon espère que tous nen resteront pas là : que cette conversion a mis le roi et les mandarins en grand émoi mais quactuellement tout paraît se pacifier.

    Cambodge.

    Vous verrez, Messieurs, par le catalogue de notre administration, nous dit Mgr Miche, que si nos progrès sont lents, toujours est-il que nous sommes en progrès. Quoique nos succès soient loin dêtre comparables à ceux de quelques autres missions où on travaille sur un sol plus fertile, le nombre des adultes baptisés a été plus que triplé. Aussi voyons-nos avec consolation que les diverses races qui nous entourent se rapprochent sensiblement de nous, et que les Cambodgiens eux-mêmes montrent bien moins déloignement pour la religion chrétienne que par le passé. On connaît partout les bonnes intentions sont le roi est animé à notre égard : il ne fait pas un secret du projet quil a conçu de me confier ses deux fils pour faire leur éducation,, les baptiser et les instruire comme je voudrai, sauf à leur faire faire quelquétude en France, car il veut en faire des Français. Il nous a donné une lettre royale revêtue de son sceau et de celui de ses ministres qui nous permet de prêcher la religion de J.-C. dans tous ses Etats, et à ses peuples de lembrasser librement. Cependant nallez pas conclure de là que la moisson soit déjà mûre ; ce serait une grande erreur. Tant que quelque prince ou quelque grand personnage nauront pas donné le branle aux conversions par leur exemple, le peuple sera toujours timide pour entrer dans cette voie de peur de déplaire à ses chefs : et parmi ceux-ci nous nen trouvons que trop, qui tout en nous prodiguant toutes sortes de signes de respect et damitié, font tous leurs efforts en secret pour faire avorter les conversions naissantes. Ces esprits arriérés tremblent de voir leurs subalternes venir à nous parce que ce sont autant dinfortuné quils ne pourraient plus opprimer. »
    « Mr Barreau qui a quitté Pinhalu depuis un mois est allé planter sa tente à deux lieues au-dessus de Phenompenh. Il a emmené avec lui à peu près 80 chrétiens dici, ; nouvellement baptisés, mais qui ne pouvaient pas y vivre faute de terres à cultiver. Son terrain est magnifique ; il est regrettable que plusieurs mandarins de ce lieu lui suscitent querelle sur querelle pour entraver son uvre. »
    « A six lieues plus bas il se forme une chrétienté annamite qui prend tous les jours de laccroissement. »
    « Chaque Missionnaire remplit lui-même les fonctions de maître décole à son poste, excepté à Pinhalu où nous avons un instituteur, mais son école est mixte faute de femmes capables pour instruire les petites-filles. Jespère que dans peu notre couvent de Phenompenh nous fournira des religieuses pour combler cette lacune. Dailleurs jai envoyé 3 jeunes Cambodgiennes à lorphelinat de Saigon pour se former sous la direction des religieuses de Chartres. »
    On compte actuellement dans la mission du Cambodge 2093 chrétiens. Le tableau dadministration, quoique incomplet, porte 200 baptêmes dadultes et 118 denfants dinfidèles in articulo mortis.

    Cochinchine septentrionale.

    « Ayant entendu dire, nous citons une lettre de Mgr Sohier en date du 15 Octobre dernier, que les ambassadeurs Français et Espagnols devaient arriver prochainement pour la ratification du traité, je me mis en route pour la capitale, afin de pouvoir les rencontrer et les prier dintercéder en faveur de nos malheureux Chrétiens Cette fois encore, je voyageai de nuit et à pied, selon ma louable habitude, ne voulant pas me faire connaître Les ambassadeurs arrivèrent à la capitale le 9 avril ; on les reçut avec la plus grande pompe et le traité fut ratifié sans discussion. » Mgr Sohier voyant quils soccupaient fort peu de religion, prit la résolution de ne point se manifester et se contenta de leur écrire pour leur recommander les chrétiens, dont la position était encore si précaire. Lamiral Bonnard lui répondit quil allait faire connaître sa présence aux premiers dignitaires du royaume, et que désormais il ne serait plus obligé de se cacher. Dès lors ce Prélat jugea quil ne pouvait plus se dispenser de se présenter devant les Ambassadeurs. Ceux-ci le reçurent avec la plus grande politesse et les plus grands honneurs, en présence des mandarins annamites fort étonnés de lapparition dun personnage dont ils ne soupçonnaient nullement lexistence. « Je mentretins familièrement avec les Ambassadeurs pendant une heure, dit Mgr Sohier, mais, le choléra, dont javais déjà ressenti les atteintes avant mon départ et pendant la traversée, ne cessant de me tourmenter, je fus obligé de me retirer Avant leur départ, lamiral Bonnard et le colonel Espagnol, accompagnés de leurs officiers, vinrent me faire une visite dadieux, ce qui redoubla encore létonnement des mandarins, qui étaient témoins de la bienveillance et des honneurs que ces Messieurs rendaient à un ministre de la religion. »
    A peine Mgr Sohier eut-il recouvré la santé que le roi, mécontent de ce que, malgré la rigueur de ses édits de persécution, il eût pu pendant si longtemps échapper à la surveillance de ses mandarins, les chargea de lui arracher des aveux qui auraient compromis les chrétiens dont il avait reçu lhospitalité. Voyant que, malgré leurs pressantes sollicitations souvent réitérées, il ny avait rien à faire de ce côté, ils recommandèrent aux prétoires de surveiller soigneusement sa conduite et de les en informer dans les moindres détails.
    « Ces précautions nont pas encore suffi pour tranquilliser leur conscience timorée, nous dit Mgr Sohier ; ils mont envoyé cinq grands gaillards sous le spécieux prétexte dapprendre le français, mais dans le but véritable de mespionner. Ils sont toujours à mes trousses et épient toutes mes actions, ce qui mest fort à charge ; aussi faut-il voir les belles classes que je leur fais ! Cela ne mempêche pas dexercer mon ministère tête levée ; tous les jours de grande fête je vais chanter dans les chrétientés voisines de la capitale des messes pontificales auxquelles assistent presquautant de païens que de chrétiens ; ils sy tiennent avec beaucoup de respect et admirent la gravité et la majesté de nos cérémonies. Un grand nombre témoigne le désir de se convertir ; il y en a même parmi les princes qui sont fort instruits de notre religion, et qui déclarent hautement que si le roi accordait une pleine liberté de conscience, ils se convertiraient immédiatement. Mais tout le monde est encore retenu par la crainte et la défiance, car le roi, bien loin de publier lart. 2e du traité qui accorde la liberté de religion, a publié dans le mois de Juin un autre édit qui ordonne aux mandarins de faire comparaître les chrétiens deux fois par an devant leur tribunal pour connaître ceux qui abandonnerait sincèrement leur religion. Cet édit a été mis à exécution pendant les mois de Juin, Juillet et Août, et à cette occasion les chrétiens ont eu beaucoup à souffrir des vexations des Préfets et Sous-Préfets. Mais cette tyrannie na tourné quà la honte des persécuteurs, car dans toute notre Mission il y a peut-être eu une quinzaine de mauvais chrétiens qui ont eu la faiblesse dapostasier une seconde fois, tous les autres qui avaient eu le malheur de tomber pendant la dispersion se sont relevés avec courage et ont déclaré devant les mandarins que désormais ils voulaient vivre et mourir dans la religion chrétienne. »
    « Des émissaires sont allés partout examiner les chapelles que les chrétiens avaient rebâties et un édit du roi ordonne de nen construire quune pour trois paroisses afin quil soit plus facile de surveiller les chrétiens pendant leurs réunions. »
    « Ce nest pas encore tout : un autre édit ordonne denrôler tous les chrétiens du sexe masculin depuis 2 ans et au-dessus afin de les grever des corvées les plus pénibles, tandis que du côté des païens il ny a peut-être pas un tiers des hommes inscrits dans les catalogues du roi, car sils y étaient tous compris, aucun village ne pourrait supporter les corvées, ni la milice, ni les impôts. Comment nos pauvres chrétiens qui sont déjà complètement ruinés pourront-ils sen tirer ? Comment les villages païens oseront-ils se convertir en voyant la manière dont les chrétiens sont traités ? »

    Cochinchine orientale.

    Mr Herrengt qui, depuis la glorieuse mort de Mgr Cuenot administrait la Mission en qualité de Provicaire a succombé lui-même le 20 Juin de lannée dernière. Donc de toutes les qualités requises dans un chef de Mission, il semblait destiné à relever les ruines de celle à laquelle il sétait complètement dévoué. Mais Dieu avait dautres desseins. Mr Herrengt vit avec le calme et la résignation du juste les approches dune mort prématurée et remit ses pouvoirs à Mr Roy que la S. Congrégation a depuis nommé Provicaire de la Mission. Une lettre de ce dernier Confrère, en date du 25 Août 1863, nous donne les détails suivants : « Les conversions seraient nombreuses si on avait confiance dans lavenir, malheureusement il nen est pas ainsi et les actes du gouvernement ne tendent quà inspirer de la défiance. Je me borne à vous citer les actes officiels du ministère. Tout dabord il y eut un édit qui permettait aux chrétiens de retourner chez eux, ordonnant aux mandarins de leur rendre leurs propriétés, et défendait sévèrement aux païens de se convertir ; si quelquun se convertissait, les mandarins devaient le forcer à apostasier. En vertu de cette défense aux païens de se convertir, tous ceux qui ont apostasié pendant la persécution tombent sous lordre donné aux mandarins de forcer les païens qui se seront convertis à apostasier ; un apostat est censé redevenu païen. Puis tous les chrétiens qui ont échappé à lincarcération, et ne sont pas marqués des lettres infamantes religion perverse, se trouvent dans le même cas ; ils ne sont pas admis à se déclarer chrétiens ; ces deux catégories forment la moitié des fidèles, cest donc la moitié de nos chrétiens qui sont absolument privés de la liberté religieuse. »
    « De plus, on a publié dans tous les villages du royaume une lettre du Ministre avertissant les chrétiens quils sont toujours libres dapostasier, et ordonnant à tous les maires de réunir tous les chrétiens tous les 6 mois pour les inviter à lapostasie. Il y a aussi ordre du Ministre de défendre aux chrétiens de se réunir plus de 100 et par conséquent de bâtir des chapelles. Un très-grand nombre de chrétiens sont encore en prison et ne seront pas relâchés dit-on. »
    « Quant aux Européens, ils ne pourront pas être deux dans une même province ; ils devront habiter près de la ville dans une maison bâtie par le Roi ; ils nen pourront jamais sortir pour plus de quatre à cinq jours ; et à chaque sorite il faudra une permission du mandarin. Les chrétiens ne peuvent se réunir plus de 100 chez le Missionnaire Européen, laccès de sa maison est interdit à quiconque nest pas marqué des lettres religion infamante, et le village est chargé de la surveillance en ce point. Il nest pas permis denseigner la religion que dans cette maison. Ce serait là par conséquent quil faudrait avoir son collège, son séminaire ; alors un mandarin viendrait demander à chaque élève ses noms et qualités, puis il ordonnerait à son village de le réclamer pour en faire un soldat ou le mettre à la corvée. Tout ceci, Messieurs, est du positif, et sans aucun doute vient de la capitale même, jai vu de mes yeux les édits. »

    Cochinchine occidentale.

    Aucun compte-rendu de ce qui sest passé dans cette Mission ne nous est parvenu. Il y a actuellement 17 Missionnaires, et nous pouvons espérer quil sy fera beaucoup de bien quand tous ces chers Confrères sauront suffisamment lannamite pour se livrer à ladministration.

    Tonquin méridional.

    Ce nest pas sans de grandes difficultés de la part du Gouvernement de Tu-Duc que Mgr Gauthier a pu enfin obtenir la permission de rentrer dans sa Mission. Nous regrettons beaucoup quune lettre que nous avons reçue de Sa Grandeur en date du 23 Octobre ne nous donne que fort peu de détails sur sa position actuelle ; la voici tout entière : « Je vais avoir bientôt 15 nouveaux prêtres dont ma mission a le plus grand besoin. Si les bonnes dispositions que nous trouvons chez les chrétiens et les païens nous font espérer beaucoup pour lavenir de notre mission, dun autre côté, la haine que Tu-Duc et sa Cour portent aux Européens occasionnera infailliblement une nouvelle guerre, donc lère du martyre nest pas passée. Le roi et ses mandarins, pour montrer au public le peu de cas quils font de nos passeports, nous tiennent consignés dans un village situé sur la rive gauche, à lembouchure du Song-gianh, qui sépare le Tonquin de la Cochinchine. Tout le monde, chrétiens et païens, a libre accès auprès de nous, sed non vice versa. Les mandarins viennent darrêter un de mes prêtres. »
    Le même Prélat a écrit postérieurement à M Patriat : « Je renvoie le P. Croc à Saigon, afin de le conserver pour des temps meilleurs, car nous sommes à la veille dun massacre général. La persécution recommence déjà sous nos yeux avec une violence inouïe ; il est donc urgent pour lavenir de ma Mission davoir une petite réserve à Pinang, cest pourquoi je vous adresse 12 élèves que je recommande à votre obligeance. »

    Tonquin occidental.

    Nous navons que quelques mots sur létat actuel de cette pauvre mission ; ils sont extraits dune lettre de Mgr Theurel portant la date du 28 Octobre et adressée à M. Libois : « Nous avons reçu toutes les lettres envoyées par Saigon, dit ce Prélat, mais encore aucun objet. Aujourdhui loccasion est imprévue et précipitée. Je ne puis écrire de lettres. La persécution est au Tonquin en pleine vigueur, surtout à légard des simples chrétiens Vu le peu de cas que le roi fait du traité Bonnard, nous ne voulons pas que ces Messieurs (Galy et Mathevon, alors à Saigon) prennent de passeport, cest lavis de Mgr Jeantet comme le mien. »

    Corée.

    « Depuis ma dernière lettre, rien de nouveau ne sest passé ; nous avons continué à être tranquilles, nous dit Mgr Berneux dans une lettre portant la date du 24 Novembre 1863. Notre Ste uvre va son petit train. Le bon Dieu nous bénissant de ses deux mains nous avons eu cette année plus de consolation encore que les précédentes et nous devons bien des actions de grâces à sa divine bonté. On se remue de tous côtés, on veut connaître la religion, on lit nos livres , on se convertit. Les hautes classes nont plus de mépris pour ceux qui embrassent la religion ; on sattend quelle va être autorisée comme elle lest en Chine. Le district le plus remarquable pour les conversions est celui de Mgr dAcônes, où nous avons eu 230 adultes baptisés. Après ce district vient le mien où jai baptisé 203 personnes adultes. Lannée dernière une province qui navait pas de chrétiens souvrit à lEvangile. Il nen restait plus quune où le bon Dieu neût pas dadorateurs ; au mois de Mai dernier, sans que jeusse reçu à lavance aucune nouvelle, voilà 8 hommes de cette province éloignée qui marrivent à la capitale, ayant bien appris les prières et le catéchisme, et auxquels jai donné le baptême. Ils travaillent maintenant à convertir leurs voisins. La province de Hoang-hai qui depuis 8 ans navait que quelques femmes chrétiennes dans une ville, sest remuée plus que toutes les autres ; une quarantaine de personnes presque tous des hommes remarquables, ont été baptisés ; une centaine de catéchumènes y restent encore. Le bruit de toutes ces conversions devait exciter des persécutions contre ces néophytes. Un certain nombre en effet ont été chassés de leur district par le mandarin, ou ont vu leurs maisons démolies par les païens du village. Ces vexations nuisent un peu aux progrès de la foi en effrayant les catéchumènes peu solides encore. Jaurais bien des faits édifiants, admirables à vous citer, mais le temps me manque. »
    Le tableau dadministration porte : baptêmes dadultes 829, enfants de païens ondoyés in articulo mortis 860, catéchumènes 1399, population chrétienne environ 20,500.
    La mort de MM. Joanno et Landre, lun et lautre excellents Missionnaires, a laissé un grand vide dans la Mission et les survivants en trop petit nombre, et dont plusieurs ont été rudement éprouvés par la maladie et la fatigue, sont loin de pouvoir suffire aux besoins ordinaires de ladministration et de favoriser le mouvement religieux qui se manifeste dune manière si merveilleuse.

    Mandchourie.

    « Depuis mon arrivée dans cette Mission que le St Siège menvoyait fonder il y a déjà 25 ans, en 1838, nous navons cessé de nous occuper selon nos faibles moyens et la possibilité des circonstances, de la partie nord de la Mandchourie. Dès mon arrivée en 1841, dans cette partie de la Mission, jenvoyai vers le nord un catéchiste pour my préparer les voies : mais inutilement ; il fut impossible dy aller. En 1845, Mr de la Brunière, dont la nomination de Coadjuteur neut lieu par le fait quaprès sa mort, voulut y pénétrer ; dès Juillet 1846 il avait été massacré par les sauvages qui lavaient pris pour un Russe. En 1849 jai envoyé Mr Venault à la recherche de Mr de la Brunière, et pour visiter, parcourir le pays per circuitum. Il y a séjourné une année avec dimmenses périls, privations et fatigues, et il fut forcé de revenir. Il ny avait pour le moment rien de possible à tenter. Depuis est survenue la guerre avec les Russes puis avec la France. Pendant tout ce temps il nous fallait rester au gîte. En 1861, sitôt que nous eûmes reçu la nouvelle du traité de Pékin, jengageai 2 Missionnaires à tenter chacun de son côté quelque chose. Ils crurent devoir se réunir et lun deux poussa jusquà Nicolaiet près de lembouchure de lAmour ou Saghalien. Lun deux revint et je fus forcé de rappeler lautre. Une nouvelle expédition se prépare prochainement. Que si nous obtenons quelque bon résultat je me hâterai de lexposer à la S. Congrégation. »
    « Lan dernier nous avons eu 3718 enfants dinfidèles baptisés in articulo mortis : 78 adultes faits catéchumènes et 72 adultes baptisés. Le choléra nous a enlevé 361 chrétiens. » (Extrait dune lettre de Mgr Verrolles à Son Eminence le Cardinal Barnabo, 1er Novembre 1863).

    Japon.

    « De retour au Japon, nous dit Mr Girard, nous avons trouvé dans le peuple la même faim et soif de la justice, même avidité pour le pain de la parole sainte. Ils appellent de tous leurs vux le jour où leurs autorités maintenant aveugles, mieux instruites de notre but et du bienfait que nous apportons à leur pays, cesseront de les éloigner de nous par les menaces les plus terribles, et on les entend dire ouvertement : lorsque les difficultés présentés seront aplanies, et que les rapports entre notre pays et les gouvernements étrangers seront établis sur des bases plus solides, nous demanderons quil nous vienne de France beaucoup de ces maîtres dont nous avons déjà goûté les enseignements, et quils nous redisent les leçons quils nous ont déjà fait entendre, car nous voulons tous adorer le Dieu quils adorent, et de la manière quils nous apprendront à le faire. »
    « Dans létat de crise où nous nous trouvons au Japon, et malgré linterdit qui pèse sur notre église de Yokohama, nous voyons encore bien des personnes venir la visiter, soit quelles ignorent la défense, soit quen étant instruites elles ne craignent pas daffronter les châtiments dont elles sont menacées. »
    « Le Gouvernement Japonais se dispose à envoyer prochainement une ambassade auprès de notre Empereur pour lui présenter des excuses et prévenir sa colère au sujet de lassassinat du lieutenant Camus. »
    « Le souvenir de mes prières et de mes démarches auprès de Sa Majesté et de son Gouvernement sera, jespère, assez présent pour lengager à profiter de cette circonstance en faveur de notre Sainte Religion. Néanmoins, je me ferai un devoir de faire suivre cette nouvelle ambassade dune nouvelle supplique et de renouveler mes instances auprès du Ministre des Affaires Etrangères, chez qui javais déjà trouvé des dispositions si favorables. »
    « Je termine cette lettre à Nagazaki, où je suis venu visiter la sainte montagne de nos martyrs, et mes Confrères, MM. Furet et Petitjean, qui résident dans cette ville. Nous navons eu ici jusquà présent quune très-petite et très-modeste chapelle ; nous allons commencer incessamment les travaux dune église semblable à celle de Yokohama. Une offrande de 3000 fr. de notre Impératrice nous est arrivé très à propos pour nous aider dans cette Entreprise. »

    Procures de Hong-kong, Singapore et Chang-hay.

    Nous navons rien de particulier à signaler relativement aux Procures de Hong-Kong et de Singapore, qui, par leur bonne administration, continuent à mériter lestime générale. Quant à celle de Chang-hay, voici ce que M. Libois nous en a écrit à son retour à Hong-Kong, dans une lettre du 30 mars : « Notre nouvelle procure de Chang-hay est ouverte. Les murs des deux gondons sont arrivés à létage, et les travaux du quai sont en train, M. Cazenave, qui a surveillé les travaux dès le commencement, terminera, jespère, sans difficulté, ce qui reste encore à faire »

    Séminaire général de Pulo-Pinang.

    Le personnel des élèves nétait, lors du dernier compte-rendu, que de 120, et il devait encore diminuer, mais ceux qui étaient attendus prochainement devaient lui faire reprendre son ancien niveau, et peut-être même le lui faire dépasser. Nous sommes dautant mieux fondés à le croire que M. Patriat nous a annoncé le 2 avril larrivée à Singapore de 30 élèves annamites pour le collège de Pinang, dont 12 appartiennent à la mission de Mgr Gauthier et 18 à celle de Mgr Sohier.
    Depuis plusieurs années, à cause de lexcessive augmentation du prix des objets de consommation, nous avons été obligés délever le chiffre de son allocation à 42.000 fr, et cest encore le maintien de cette somme que nos chers Confrères nous demandent dans leur dernier rapport. « Vous savez, sans doute, Messieurs et chers Confrères, nous disent-ils, que les étoffes et les vivres sont de plus en plus chers, et comme du reste le nombre de nos élèves, selon toute apparence, ne sera pas moindre que par le passé, nous comptons que vous aurez la bonté de nous accorder une allocation qui ne sera pas moindre que les années précédentes. » Vous connaissez trop, Nosseigneurs et Messieurs, limportance de cet établissement pour certaines de nos missions, qui aujourdhui ont besoin plus que jamais dun nombreux clergé indigène, pour ne pas approuver les sacrifices que nous faisons pour le maintenir.

    Séminaire de Paris.

    Laugmentation du personnel de nos aspirants, que notre dernière lettre commune vous faisait pressentir, Nosseigneurs et Messieurs ; sest réalisée. Nous avons eu la satisfaction de voir leur nombre sélever au chiffre de 85. Cette abondance de sujets, bienfait de la Providence, mérite assurément de notre part une vive reconnaissance, car de la prospérité de notre Séminaire dépend celle de nos Missions, que nous désirons avant tout. Nous sommes heureux de penser que les envois que nous leur ferons désormais seront plus en rapport avec leurs besoins que ceux du passé, et que, grâce à la nouvelle bâtisse accolée à notre séminaire du côté du Nord, nous sommes en mesure de seconder les vues de la Providence sil entre dans ses desseins daugmenter encore le nombre de nos aspirants. Nous regrettons néanmoins beaucoup quun voisin peu complaisant nous ait empêchés délever cette nouvelle construction au niveau de lancienne, ce qui nous mettra dans lobligation de bâtir de nouveau si laugmentation de notre personnel ne se tient pas dans les limites assez restreintes.

    Tableau de répartition et Propagation de la Foi.

    Permettez-nous, Nosseigneurs et Messieurs, dappeler votre attention sur notre dernier tableau de répartition, et de vous rendre compte de la diminution que présentent les allocations particulières comparativement à lannée dernière. Cette diminution provient : 1° du prélèvement de 5000 fr. que, sur la recommandation des Conseils de la Propagation de la Foi, nous avons dû faire en faveur de M. Delamare sur notre allocation générale de 700.000 fr. ; 2° dun autre prélèvement de 24000 fr. destiné à couvrir une partie des frais de construction de la nouvelle procure de Chang-hay, et 3° des pensions que nous servons aux Missionnaires revenus en France pour des raisons approuvées par leurs missions respectives, et qui, à compter de cette année, seront déduites de lallocation générale afin de diminuer les charges énormes du Séminaire, qui les avait payées jusquici. Le montant de ces pensions, fort peu considérable actuellement, figure sur notre tableau au viatique de chacune des Missinos auxquelles ces chers Confrères appartiennent. Nous continuerons den faire lexpédition à leurs destinataires, mais au compte de leurs missions respectives, et cela sans quelles en souffrent aucun dommage, puisque ces diverses sommes seront comprises dans les viatiques et non dans les suppléments.
    Les Conseils de la Propagation de la Foi continuent à se montrer bienveillants à notre égard, mais ils nous ont plusieurs fois manifesté leur regret de navoir pas des détails plus précis et plus complets sur les besoins de nos missions. « Nous avons accueilli, comme toujours, avec le plus vif intérêt, le rapport que vous nous avez fait lhonneur de nous adresser sur létat de vos missions, nous dit M le Président du Conseil de Paris dans une lettre du 9 Octobre dernier. Bien que nous eussions désiré pour plusieurs dentre elles des détails plus précis et qui nous eussent permis den apprécier plus exactement les besoins et les ressources, nous avons compris les difficultés qui sopposaient souvent à de plus amples communications. Il nous est resté de notre examen un sentiment de respect et de pieuse admiration devant lensemble de ces travaux apostoliques, qui tendent à établir le règne de J.-C. dans toutes les contrées infidèles, &e, &e. »
    A loccasion dune lettre si pleine de bienveillance et dencouragements, quil nous soit permis de prier de nouveau Nosseigneurs les Vicaires apostoliques, les supérieurs des missions et établissements de notre Congrégation, de vouloir bien redoubler dexactitude pour nous faire parvenir au commencement de chaque nouvelle année, sil est possible, un exposé détaillé de tous leurs besoins, du compte-rendu et des résultats de leur administration, ainsi que des événements les plus marquants qui ont eu lieu dans le cours de lannée. Ces lettres peuvent être adressées soit à nous, soit aux Conseils de la Propagation de la Foi, mais, dans ce dernier cas, il faut quelles nous arrivent ouvertes, afin que nous puissions les faire copier, ou en extraire les passages propres à être insérés dans notre rapport. Larticle des besoins étant le point principal, puisquil sert plus que tout autre à déterminer le chiffre de notre allocation, il est dans lintérêt général de notre Congrégation quil soit fait avec beaucoup de soin.

    Sainte-Enfance.

    Luvre de la Sainte-Enfance voit augmenter chaque année le chiffre de ses recettes, ce qui lui permet de se montrer généreuse dans ses répartitions. Nous lavons éprouvé cette année, car les allocations quelle a faites aux différentes missions de notre Congrégation ont atteint la somme de 487.000 fr. Le Conseil Central, animé des intentions les plus louables, a compris dès le principe quil ne pouvait procéder à ses répartitions avec connaissance de cause et de la manière la plus profitable à luvre sans certains renseignements que les missions intéressées pouvaient seules lui donner. Il a donc demandé à chacune delles compte de ses opérations et de ses dépenses ordinaires et extraordinaires, pour en faire la base de ses allocations. Quelques missions se sont conformées en tout point au désir du Conseil, mais le plus grand nombre ne lui ont transmis que des renseignements incomplets et insuffisants, ou se sont abstenues de lui en donner aucun. Une nouvelle circulaire va être lancée dans le but dobtenir, sous peine dexclusion de la répartition, ladoption complète de la mesure précédemment proposée, et nous avons promis de lappuyer autant que possible auprès des Missions de notre Congrégation, bien persuadés dailleurs que ces Messieurs prendront en considération les difficultés de la correspondance ou létat de persécution dans lequel se trouvent plusieurs dentre elles.
    Nous présentons ici comme modèle le résumé du compte-rendu de la Mission du Kiang-Nan, appartenant aux PP Jésuites.
    Baptisés14.913. Dépense 13.500fr.
    En nourrice655
    Dans les Orphelinats669 ) Dépense 75.487
    Dans les Ecoles1.254..Dépense 17.523
    Confiés à des familles5.193.Dépense 113.766
    PharmaciesDépense 5.000
    OrphelinatsDépense 11.972
    TOTAL236.248fr.
    Son allocation nétait en 1863 que de 230.000
    Donc excédant de dépense 6.248fr.

    Nous ferons observer en terminant que ces Messieurs du Conseil de la Sainte-Enfance demandent instamment que lon veuille bien mettre sur une feuille séparée ce qui concerne les comptes, afin déviter linconvénient de les faire chercher parmi les détails dune lettre dont il faudrait les extraire.

    Indemnité chinoise de 600.000 fr., applicable à nos Missions de la Chine, et particulièrement à celle du Quang-ton et Quang si, à la Mandchourie et au Thibet, daprès les instructions qui nous ont été transmises par M. Drouyn de Lhuys, Ministre des Affaires Etrangères. En voici la répartition :
    A la Mission du Quang-ton et Quang-si..200.000 fr
    Au Sut-chuen Oriental.54.000
    A reporter..254.000 fr

    Au Sut-chuen méridional.54.000
    Au Sut-chuen occidental.50.000
    Au Koui-tcheou50.000
    Au Yun-nan50.000
    Au Thibet50.000
    A la Mandchourie50.000
    Pour la chapelle commémorative du martyre M. Chapdelaine42.000
    TOTAL.600.000fr.

    Désirant rendre aussi complet que possible notre cahier de Décrets, dont limportance est très-grande, il nous serait très-avantageux davoir des copies authentiques tant des bulles de Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques que des autres pièces quils ont reçues directement de Rome, ou par notre intermédiaire mais cachetées. Serait-ce trop présumer de leur bienveillance à notre égard que de leur en faire la demande ?

    Voici les noms et la destination des Missionnaires que nous avons expédiés depuis notre dernière lettre commune.

    Sont partis le 16 Juillet 1863 :

    Messieurs

    Montmayer, Louis-Philippe, de Tarantaise. Cambodge.
    de Noioberne, Oscar-Auguste-Victor, de Cambrai. Cochinchine occidentale.
    Vancamelbeke, François-Xavier, de Nantes. Cochinchine orientale.
    Dangelzer, Louis-Etienne, de Strasbourg. Cochinchine septentrionale.
    Errard, Jules, de St-Dié. Cochinchine occidentale.
    Péguet, Jean-Claude, dAutun. Cochinchine occidentale.
    Colombert, Isidore-François, de Laval. Cochinchine occidentale.
    Pontvianne, Martin-Jean, du Puy. Cochinchine septentrionale.
    Schmitt, François-Joseph, de Strasbourg. Siam.
    Dumoulin, Marie-Denis, de Lyon, Tonquin occidental.

    Sont partis le 16 Août 1863 :

    Messieurs

    Bringaud, Jean-Baptiste, de Tulle. Birmanie.
    Gorse, Jean-Baptiste, de Tulle. Sut-chuen oriental.
    Gourdin, Edouard-François, de Beauvais. Sut-chuen méridional.
    Prigéant, François-Marie, de St. Brieux. Pondichéry.
    Bourdon, Charles-Arsène, de Sées. Birmanie.
    Thobois, Henri-Auguste-Joseph, de Cambrai. Pondichéry.
    Jaïmes, Alexis, de Bayonne, Sut-chuen méridional.
    Seegmüller, Maximilien, de Strasbourg. Pondichéry.

    Sont partis le 14 Février 1864.

    Messieurs

    Mellac, Jean-Antoine-Marie, de Toulouse, Siam.
    Bossard, Paschal, de Poitiers, Cochinchine orientale.
    Lemée, Henri-Louis, de Laval. Cochinchine occidentale.
    Chabrier, Jean-Baptiste-Charles-Xavier, de Marseille. Cochinchine occidentale.
    Roustant, Alfred, de Fréjus. Cochinchine occidentale.

    Sont partis le 15 Mars 1864.

    Messieurs

    Cosserat, Jean-Joseph, de St Dié, Thibet.
    Dubernard, Jules-Etienne, de Tulle. Thibet.
    Landais, Joseph-Michel, de Laval. Thibet.
    Biet, Félix. de Langres. Thibet.
    Lebrun, Jean, de Tulle, Koui-tcheou.
    Bourgeois, François-Xavier, de Poitiers. Yun-nan.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un profond respect et un entier dévouement,

    Nosseigneurs et Messieurs, Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,


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