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lettre n°

Lettre commune de 1863. Paris, le 20 Juin 1863. Nosseigneurs et Messieurs, La Corée est la seule de nos missions dont la correspondance ne nous soit point encore parvenue, mais nous savons quelle est en route et nous lattendons très-prochainement. Quant à celles des autres missions, nous allons en faire le dépouillement comme à lordinaire, en commençant par nos missions de lInde. Pondichéry.
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    Lettre commune de 1863.

    Paris, le 20 Juin 1863.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    La Corée est la seule de nos missions dont la correspondance ne nous soit point encore parvenue, mais nous savons quelle est en route et nous lattendons très-prochainement. Quant à celles des autres missions, nous allons en faire le dépouillement comme à lordinaire, en commençant par nos missions de lInde.

    Pondichéry.

    Cette importante mission, dont Mgr Godelle est le Vicaire Apostolique, augmente chaque année le nombre de ses établissements religieux. Depuis notre dernière lettre commune, deux nouveaux couvents de religieuses de Lorette ont été fondés, lun à Karikal et lautre à Vellore, et une première colonie des Frères des Ecoles chrétiennes est débarquée depuis peu à Pondichéry.
    Les résultats de ladministration sont aussi en progrès ; le chiffre des baptêmes dadultes sest élevé à plus de 1000 ; 523 enfants de païens en santé, et 1635 in articulo mortis, ont aussi reçu le Sacrement de la régénération.
    Au nombre des faits les plus importants du rapport de Mgr Godelle, se trouve la conversion extraordinaire dun riche païen, grand sacrificateur de sa caste, conversion qui fit une telle sensation dans tout le voisinage, quavec lui et après lui, un assez grand nombre de Gentils reçurent la grâce du baptême. « Malheureusement, nous dit Sa Grandeur, diverses difficultés, suscitées par lennemi de tout bien, ont entravé pendant quelque temps le mouvement qui sétait produit, mais grâce à Dieu, ces obstacles ont été successivement surmontés, et nous avons lespoir de les voir bientôt tourner à la confusion du démon, à la plus grande glorification de J.-C. et au salut dun plus grand nombre dâmes. »
    Luvre des missions et retraites fondée en 1861 par Mgr Godelle et confiée à deux Missionnaires, a produit les plus consolants résultats, tant pour la conversion des païens que pour celle des chrétiens eux-mêmes. Au nombre de ces derniers se trouvent 15 à 20 mille pauvres parias qui, sous la dépendance de leurs maîtres païens, et en retour de certains avantages temporels, étaient tenus à des actes de participation formelle au culte idolâtrique. Le zèle des Missionnaires avait jusqualors toujours échoué devant ces obstacles, mais une fois convertis, ils sont allés en masse déclarer à leurs maîtres et propriétaires quils ne feraient plus aucun acte de participation au culte des idoles, et quils renonçaient aux revenus affectés aux services idolâtriques auxquels ils sétaient jusqualors prêtés. « Cette détermination, dit Mgr Godelle, a provoqué de la part des maîtres et propriétaires, comme on sy attendait, une opposition et des mesures de toute sorte contre les récalcitrants. Mais, heureusement lunion des chrétiens, la protection déclarée dun magistrat chrétien indigène, et même de quelques païens, ont permis à nos pauvres serfs de soutenir victorieusement tous le assauts livrés à leur constance, et nous avons bon espoir que cette affaire tournera à bien avec la grâce de Dieu. »
    Le catéchuménat, dinstitution assez récente, na donné dans les premières années que de très-faibles résultats, ce qui tenait à sa mauvaise position. Nos Confrères, qui le comprirent, le transférèrent lannée dernière à Pondichéry, et depuis lors les résultats ont dépassé leurs espérances. Mgr Godelle dit quil ne sy est jamais compté moins de 100 catéchumènes, et quactuellement il y en a environ 300 ; que ce qui frappe surtout dans ce concours de catéchumènes, cest que ce ne sont pas des individus isolés, mais des familles entières établies dans le pays. Or ces familles de néophytes, par cela même quelles sont établies, forment immédiatement des noyaux autour desquels viennent adhérer et sagglomérer, soit en raison des liens de parenté, soit par suite des relations de caste, de nouvelles familles de néophytes. La plupart de ces catéchumènes, nayant pour vivre que le travail de leurs mains, sont nourris par la mission pendant tout le temps de leur catéchuménat. Mais une fois instruits et baptisés ils reprennent leur condition et pourvoient eux-mêmes à leur subsistance.

    Mayssour.

    Mgr Charbonneaux, Vicaire Apostolique de cette mission, est sous le poids de vives préoccupations relativement à lavenir des missions de lInde et en particulier de la sienne. Voici de quelle manière il les exprime dans une lettre adressée aux Conseils de la Propagation de la Foi : « Le Portugal ayant perdu toutes ses possessions et par conséquent son influence dans lInde, sefforce de recouvrer au moins linfluence morale en faisant renouveler un concordat dont il ne put autrefois remplir les clauses, et quil pourra encore beaucoup moins remplir maintenant. Par ce nouveau Concordat nos missions anglaises devront être remises entre les mains des prêtres de Goa. Oh ! depuis 32 ans que je les ai vus à luvre, ces pauvres prêtres, dans le Sud de lInde et dans la visite apostolique que je viens de terminer, jai vu leurs uvres dans le Bengale. Avant Grégoire XVI, les missions abandonnées à ces pauvres Goanais dépérissaient. La butte « Multa proeclare » de ce Pontife, en établissant des Vicariats apostoliques partout, ranima et développa les Missions languissantes. Partout on vit les Catholiques se raffermir, les Séminaires, les Couvents, le Ecoles, se multiplier, mais tous sont condamnés à périr ! Le roi de Portugal sest engagé comme Patron à pourvoir à tous les besoins, mais il na ni les moyens pécuniaires ni les prêtres nécessaires. Cette église sera donc la proie dinnombrables prêtres noirs de Goa, ignorants, faméliques, &e, &e. Ils renouvellent dans les Missions tous les vices quon dit avoir été si communs dans la moyen-âge Oh ! sans doute, ils viendront vous demander des secours Pourquoi ont-ils trompé le St Siège en lui promettant tout, sil nont pas le moyen de remplir les charges du patronage ? Pauvre Inde ! »
    Les craintes de Mgr Charbonneaux seraient bien fondées si le concordat pouvait être établi dans toute son extension, mais comme dans son ensemble il est dune exécution moralement impossible, nous espérons que les changements partiels quil apportera dans certaines missions, et celle du Maÿssour paraît devoir être de ce nombre, ne préjudiciera en rien à ladministration actuelle et au bien qui se fait dans les autres.
    M. Dallet après un séjour denviron deux ans et demi en France, où il était venu chercher la santé, et où malheureusement il ne la pas trouvée, toujours rappelé vers sa chère mission par ses affections et son cur de Missionnaire, nous a quittés le 17 Mai pour aller sembarquer à Marseille. Dieu veuille que les prévisions dun très-habile médecin de Paris, qui lui a fait espérer une guérison complète dans un temps plus ou moins éloigné, ne tardent pas à saccomplir. Sa mission lui saura gré de lui avoir procuré, grâce à la générosité de la Propagation de la Foi et au bon vouloir de lImprimerie Impériale, auquel il na pas personnellement peu contribué, les matières nécessaires pour imprimer des livres dans les langues Canara, Télégon et Tamoul.

    Coïmbatour.

    Cette Mission nayant point encore de Vicaire Apostolique, Mgr Godelle, qui conserve son titre dAdministrateur, en a confié la supériorité à M. Pierrou, son pro vicaire. Cest au compte-rendu de ce cher Confrère que nous emprunterons les détails que nous allons mettre sous vos yeux.
    Au nombre des résultats de ladministration sont 81 baptêmes dadultes et 125 denfants dinfidèles à larticle de la mort, la conversion de 9 protestants et de 3 schismatiques.
    « Nous avons, dit M. Pierron, une douzaine décoles de garçons établies dans le Vicariat, cest-à-dire dans presque tous les endroits où il y a un nombre suffisant de chrétiens pour y faire réussir et prospérer une école. Outre les écoles Tamouls, il y a des écoles Anglaises à Coïmbatour, à Otacamond et à Palyhaut, lesquelles sont fréquentées par les enfants catholiques et par beaucoup denfants payens. »
    « Mgr Godelle, lors de sa dernière visite, a conféré lordre de la prêtrise à 3 diacres de notre Séminaire indigène. Ces nouveaux auxiliaires travaillent déjà avec zèle, chacun dans son poste à faire fructifier la partie de la vigne du Seigneur qui leur a été assignée. Notre Séminaire contient encore actuellement une douzaine délèves qui se distinguent tous par leur piété et leur régularité dans les exercices religieux. La formation dun clergé indigène étant la principale fin que se propose notre congrégation dans les pays infidèles, pour entrer dans ses vues, qui sont celles du St Siège, nous donnons tous nos soins à préparer au sacerdoce tous les jeunes gens jugés propres à ce saint état. Ainsi, depuis lérection du Coïmbatour en vicariat apostolique (1846), voilà 5 bons prêtres qua produits notre Séminaire. »
    « Nous avons à Coïmbatour un autre établissement des plus florissants, je veux parler du Couvent des Religieuses du Tiers-Ordre régulier de St François-dAssises. Ce couvent, établi depuis quelques années seulement, compte déjà 15 religieuses. Pendant la visite de Mgr Godelle, 8 religieuses ont fait leur profession, 5 ont pris lhabit, et deux autres jeunes personnes ont été reçues dernièrement comme postulantes Outre lOrphelinat des jeunes filles de la Sainte-Enfance, dont elles sont chargées, ces religieuses tiennent aussi une école pour les enfants de la ville et un pensionnat pour les jeunes personnes dont les parents peuvent payer la modique pension. Ces jeunes personnes, ayant reçu une instruction et une éducation chrétiennes, deviendront un jour de bonnes mères de famille, dont la pieuse influence se fera sentir non seulement au milieu de leurs proches, mais aussi contribuera grandement à relever la dignité de leur sexe dans un pays payen où la femme ne peut prendre aucune part dans les affaires les plus importantes de la vie. »
    « Depuis longtemps nous gémissions de ne pouvoir achever plusieurs églises commencées dans les principaux centres du Vicariat ; mais jai le bonheur de vous annoncer que bientôt cet état de choses va cesser ; car, pleins de confiance en Dieu et en sa belle uvre de la Propagation de la Foi, aussitôt que nous eûmes reçu la dernière allocation nous nous sommes mois à luvre avec courage et énergie. Ainsi, à Coïmbatour, résidence de lEvêque, on dit la Sainte Messe dans une chambre depuis plus de 10 ans. Heureusement, et je le dis avec bonheur, à nos jours dhumiliation vont bientôt succéder des jours de prospérité et dune glorieuse et légitime satisfaction. Dans ces trois ou quatre derniers mois, nous avons enfin couvert dune belle voûte et dun dôme élégant et gracieux la magnifique cathédrale commencée par Mgr de Brésillac. Ce monument fait ladmiration non-seulement des payens, mais aussi des Anglais protestants qui viennent le visiter. Encore quelques semaines, et nous espérons pouvoir la livrer au culte en y célébrant les saints mystères avec la plus grande pompe. »
    « A Palyhaut, chef-lieu dun district où nous avons 2.000 chrétiens, le Missionnaire dit aussi la sainte Messe dans une chambre de la maison quil habite lui-même, et dont il paie le loyer à une dame protestante. Cest humiliant, mais que faire ? Savoir patienter encore quelques mois. M. Bardon, Missionnaire du district de Palyhaut, vient de partir pour aller reprendre les travaux de son église à voûte commencée depuis 2 ans. Jespère que dici à 3 mois cette église sera entièrement finie. Quand Mgr Godelle est venu à Coïmbatour, il a aussi béni une église à Pallapaleam, où se trouvent 1800 chrétiens quadministrent deux prêtres indigènes. » Mr Pierron nomme ensuite un certain nombre dendroits où il est urgent de bâtir des églises ou des presbytères, puis il ajoute : « Du reste, Messieurs, nous sommes loin de perdre courage, malgré tout ce qui nous reste encore à faire, car nous avons la ferme confiance quavec laide de Dieu, dans 2 ou 3 ans, la mission du Coïmbatour sera florissante et prospère. Tous les Missionnaires, animés de lesprit de leur sainte vocation, travaillent avec zèle à la sanctification des Chrétiens et à la conversion des infidèles. Lorsquune fois débarrassés des travaux matériels ils pourront consacrer tout leur temps au saint ministère, alors luvre de Dieu fera des progrès rapides dans ces contrées encore assises in tenebris et in umbra mortis. »

    Thibet.

    Nos espérances ne se sont pas réalisées. Lopposition que Mgr Thomine et les deux Missionnaires qui laccompagnaient rencontrèrent à la continuation de leur voyage vers Lassa à Tchamonto, ville située à 32 jours de marche dans lintérieur du Thibet, nétait pas, comme ils le pensaient, momentanée. « Après 7 mois darrêt dans cette ville, dit ce Prélat, actuellement au milieu de nous, les dépêches de Pékin et des mandarins supérieurs se montrant de plus en plus graves, je dus, pour sauvegarder mes missionnaires, céder aux instances des mandarins locaux et aller à Pékin réclamer la liberté qui nous était acquise par le traité de paix, assurée par nos passeports et garantie par la bienveillance de Sa Majesté lEmpereur des Français au nom duquel la Légation mavait écrit des lettres qui en étaient le gage. »
    Le 11 Mars 1862, annoncé officiellement au gouvernement de Pékin par ses subalternes comme allant réclamer contre la violation des traités, muni du nouveau passeport qui atteste la cause de mon renvoi du Thibet par les Délégués Impériaux en vertu de lordre reçu du ministère de Pékin, je quittai Tchamouto, avec une santé profondément altérée par la vie de mission et le climat du Thibet, et près de ma soixantième année, après un voyage pénible de 1400 lieues, je suis arrivé à Pékin. »
    « Ma demande, présentée au gouvernement chinois par la Légation française, consistait 1° à faire sauvegarder la vie et la liberté des 5 Missionnaires que javais laissés dans lintérieur du Thibet, ainsi que la liberté de nos communications avec la Chine et entre nous, et 2° à ce quon me reconduisit officiellement au Thibet comme on men avait proscrit. »
    « La réponse qui me fut faite six semaines après le chargé daffaires était que, par une convention passée depuis 15 jours avec le gouvernement chinois, la Légation Française sétait obligée à ne rien traiter officiellement avec le gouvernement chinois relativement au Thibet, mais seulement officieusement ; que ledit gouvernement allait écrire pour sauvegarder la vie et la liberté de mes Missionnaires, que quant à lEvêque, il allait être éloigné de Pékin et quon ne soccuperait pas de lui avant 8 mois ou un an. »
    « Cest en vertu de cette convention que, afin de ne point donner prétexte pour violer les promesses quon me faisait de veiller sur la vie de mes Missionnaires, la Légation refusant de me laisser retourner, même en secret à ma mission, et déclarant quelle ne donnerait point de passeports aux nouveaux Missionnaires que je dois faire pénétrer dans le Thibet, sur son invitation pressante jai dû me résoudre à revenir en France. » (Extrait dune note de Mgr Thomine présentée à son retour à Paris au Ministre des Affaires Etrangères).
    Sa Grandeur était encore à Pékin lorsquElle nous annonça la conclusion de laffaire de Bonga portée devant les tribunaux civils par MM. Renou et Fages, injustement dépossédés de la jouissance de cette vallée doù ils avaient été chassés par la force armée. Voici comment ce Prélat nous fit part de cette nouvelle au moment où il venait de la recevoir de ses Missionnaires : « Les accusés ont été convaincus non-seulement des tentatives que les Missionnaires avaient signalées contre les établissements de Bonga, et la vie de Mr Renou, mais encore de crimes bien plus graves. Lun deux était sous le poids de 17 accusations de meurtres différents. On a crevé les yeux à plusieurs coupables, coupé le bras à lun deux. Un autre avait prévenu le jugement par le suicide, tous ont été condamnés à lexil. Les Missionnaires nont pu obtenir grâce pour eux que de la bastonnade de 100 à 200 coups auxquels on en avait condamné quelques uns. On a voulu faire recevoir le prix de la propriété de Bonga, mais comme il était convenu, les Missionnaires ont refusé de manière à empêcher quon insistât, et le 22 Octobre la Légation Française à Pékin a fait envoyer par le gouvernement chinois, lordre de laisser les Missionnaires libres, et de nous assurer la jouissance légale de la location perpétuelle de cette propriété conformément aux conventions originelles. »
    Mgr Thomine, de retour en France sest empressé de se rendre à Rome afin de sentendre avec la Sacrée Congrégation pour quil fût pourvu le plus tôt possible aux besoins spirituels de sa mission, à laquelle il conserve toujours la plus vive affection, mais qui demande plus de force et de santé quil ne lui en reste.
    Ce Prélat a reçu dernièrement la nouvelle que Mr Biet est très-bien à Ta tsien lou, avec les autorités chinoises, et que le Prince Suzerain de ce pays de Mintchen, dont Ta tsien lou est la capitale, aurait permis à ses administrés Thibétains dembrasser la religion chrétienne et dans cette ville il commence à se faire de nouvelles conversions. Quant à MM. Renou et Desgodins, pris par la famine et empêchés par les Lamas, à 3 jours au-dessus de Tchamouto, davancer vers Lassa, ils ont obtenu seulement de se retirer à Bonga. Ainsi voilà tous les Missionnaires du Thibet, moins Mr Biet, concentrés dans cette vallée.

    Birmanie.

    Nous ne ferons quabréger les détails intéressants que Mgr Bigandet nous donne de sa mission. « Pendant le courant de lannée dernière, dit ce Prélat, nos Confrères ont travaillé avec un zèle ardent sur tous les points de la mission. Le bon Dieu bénit leurs efforts. Nous comptons 370 baptêmes dadultes et 1075 denfants dinfidèles in articulo mortis. La bonne nouvelle continue dêtre écoutée avec joie par les Carians. Mr Nande, dans son district qui est fort étendu, ne peut suffire au travail ni répondre aux demandes qui lui sont adressées. Si les Carians vivaient comme les Birmans groupés en gros villages, le travail des Missionnaires deviendrait comparativement facile, mais ils sont dispersés ça et là en groupes de 3,4,5 et 6 maisons, ce qui occasionne au pauvre Missionnaire des courses et des fatigues extraordinaires. Indépendamment de cet inconvénient, qui est particulier à lexercice du ministère chez les Carians, il y en a un général à toute la mission provenant de six mois de pluie abondante que nous avons ici chaque année. Alors pas dautre moyen de voyager que dans de petites pirogues fort incommodes et peu sûres. Les pluies torrentielles qui tombent alors sans presque aucune intermittence entretiennent une humidité excessive qui souvent est très-dangereuse pour la santé des Missionnaires. »
    « Après avoir réfléchi sérieusement à toutes ces difficultés beaucoup moindres pour les indigènes que pour nous, nous avons pensé, mes Confrères et moi, que le moyen le plus efficace à employer pour assurer la propagation de la Foi dans ces pays-ci, cétait de nous appliquer à préparer des jeunes gens pour le sacerdoce et pour les importantes fonctions de maîtres et de catéchistes. Cest dans ce dessein que nous avons envoyé successivement 14 élèves au Séminaire général de Pinang et que nous sommes parvenus à fonder un établissement considérable dans la ville de Bassein dont le but est délever de jeunes Carians et Birmans dune manière spéciale afin de les mettre en état de devenir des maîtres décoles et des catéchistes, et aussi de préparer ceux des élèves qui montreraient le plus de dispositions à aller au Séminaire de Pinang étudier un peu de philosophie et de théologie. Cet établissement est confié à Mr Dumollard qui a pour le seconder 3 frères des Ecoles chrétiennes ; cest au mois de Mai dernier 1862, que ces chers Frères se sont établis à Bassein. Ils ont répondu parfaitement à nos espérances et il ny a pas de doute à présent quavec laide du bon Dieu, cette précieuse institution ne devienne lâme de la mission Cariane et Birmane. Nous avons une presse attachée à cet établissement pour imprimer les livres qui nous sont nécessaires soit en Birman, soit en Carian. »
    « La maison et létablissement des Surs de St Joseph de lApparition qui étaient construits en bois, menaçaient ruine et tombaient de vétusté. Il a fallu reconstruire le tout en briques. Une grande partie de la reconstruction est faite, mais il est actuellement impossible daller de lavant faute de fonds. Il faudrait encore une somme denviron 18,000 francs pour terminer cette grande entreprise. Permettez-moi, Messieurs, de solliciter auprès de votre charité une extra-allocation pour nous mettre à même dachever ce qui est commencé. »
    « A Rangoon, lorphelinat qui est attaché au pensionnat des Surs de St Joseph est terminé. Cette maison sera dune grande ressource pour la mission, non-seulement pour retirer les jeunes filles qui sont sans ressources, mais surtout pour y élever de jeunes Carianes qui deviendront plus tard des maîtresses décole dans leurs villages, et qui, ayant reçu une bonne éducation, pourront travailler utilement à répandre une connaissance plus complète de la religion parmi les jeunes personnes de leur sexe. »
    « Un traité vient dêtre conclu entre le roi de la Birmanie et le gouvernement anglais. En vertu de ce traité le chemin au Yun-nan par la Birmanie devient libre. Les Européens pourront sétablir où bon leur semblera. Ce nouvel état de choses va changer notre position en Birmanie. Un grand nombre dEuropéens parcourront bientôt ce pays en tout sens et lui imprimeront une activité jusquici inconnue. Sous le rapport religieux il y aura de grands avantages. Nous pourrons relier cette mission avec la Chine occidentale et probablement ouvrir une voie sûre pour les Missionnaires qui se rendront dans ce pays et pour les articles à leur faire parvenir. »
    « Le roi de la Birmanie continue à nous montrer un vif intérêt et à nous procurer ses marques de la plus grande bienveillance. Son frère qui est lhéritier présomptif de la couronne en use de même. Pendant ma visite pastorale jai eu loccasion de rendre à Sa Majesté quelques services pendant la négociation du traité avec le gouvernement anglais. Cela a été pour le roi une nouvelle raison de faire voir combien il nous estimait et quels égards il avait pour nous. Il a voulu payer tous les frais de mon voyage et toutes les dépenses que je pourrais faire pendant mon séjour dans la capitale. »

    Malaisie.

    Rien dextraordinaire na eu lieu dans cette mission depuis notre dernière lettre commune. Le tableau dadministration porte : baptêmes dadultes en santé, 240 ; id in articulo mortis, 165 ; enfants de païens baptisés en danger de mort, 44 ; hérétiques convertis, 7.
    Les établissements des Frères des Ecoles chrétiennes et ceux des Dames de St Maur sont toujours en voie de prospérité et laissent bien loin derrière eux les Ecoles des Protestants. Malheureusement, ces beaux établissements sont menacés de tomber très-prochainement entre les mains des Portugais remis en possession de leurs anciennes missions par le concordat de 1858 entre la Cour de Rome et celle de Lisbonne. Les sérieuses préoccupations de Mgr Boucho et de ses Missionnaires à ce sujet ne paraissent que trop bien fondées relativement à Singapore et à Malacca.

    Sut-chuen oriental.

    Copie dune note que nous avons reçue tout dernièrement de Mgr Desflèches et qui est intitulée : Situation de la mission du Sut-chuen oriental à la fin de ladministration de 1862.
    Plusieurs bandes de rebelles ayant passé soit au Chensy soit au Koui-tcheou, nous sommes plus tranquilles. Seulement on sent que ce nest que du provisoire, les brigands pouvant reparaître dun moment à lautre.

    P.S. « Jai reçu ses jours derniers une lettre de Mgr Desflèches du 1er Avril dernier dans laquelle il me dit : « Une tempête épouvantable vient de se déchaîner contre nous à Tchong-Kin. Un nouveau Tao-tay, fort mal disposé, a voulu renouveler ici les scènes du Hou-nan doù il venait. Il a excité par dessous main une attaque de la milice des Braves. Pendant 3 jours nous avons été tellement pillés que nous avons absolument tout perdu : tous nos objets et ceux de la mission, mobilier, vêtements, argent, ornements, vases sacrés, livres &e &e. Je nai pu sauver une épingle : les grands mandarins de Tchen-tou promettent de nous rendre justice, et ont commencé par casser le Tao-tay &e. » Extrait dune lettre de Mr Libois portant la date du 12 Mai 1863.

    Les conversions parmi les païens semblent vouloir devenir plus nombreuses, et en bien des endroits lopposition violente de nos ennemis est tombée. Il est vrai quailleurs lopposition surgit, mais ce sera pour tomber à son tour. Si on ne rencontrait pas lopposition ce serait lindifférence et nous préférons lopposition à lindifférence. Le département de icouiang tcheou était le plus abandonné à cause de son éloignement et des dispositions hostiles des habitants. Toujours nos baptistes, nos prédicateurs y avaient été maltraités, battus, chassés. Impossible de prendre pied sur cette terre ennemie ou il ny a pas de chrétiens. Enfin, voulant emporter la place dassaut, je chargeai Mr Camard de lexpédition, lui adjoignant un nombreux personnel pour laider à défricher ce pays inculte. Mais ce cher Confrère ne put parvenir au terme de son voyage. Trouvant sur sa route une douane qui lui refusa le passage et malgré tous ses papiers en règle, fit même entendre des menaces, il crut prudent de revenir avec tout son monde. Quelques mois après je fis un nouvel envoi dirigé par un prêtre chinois pouvant plus facilement voyager incognito et vivre caché. Il a eu mille difficultés pour parvenir à son poste, désespérant plusieurs fois de jamais réussir et étant sur le point de revenir à Tchong-kin. Enfin il a pu acheter une maison au chef-lieu du département et sy établir par le moyen dun païen influent qui la pris sous sa protection, le défendant même contre les mandarins du lieu. Maintenant donc que nous avons là un pied-à-terre, je vais y placer un Confrère. Autre bonne nouvelle le gouvernement chinois vient de maccorder, pour dédommagement de nos pertes passées une vieille pagode ayant un vaste emplacement vide, pour bâtir une église. Elle est de peu de valeur quant aux bâtiments, mais quant à la renommée et à la situation, cest la première de la ville après celle des lettrés. Une telle concession a donc une grande portée pour le bien de la religion en ce vicariat. Aussi lennemi qui le sent bien excite-t-il contre nous en ce moment les mandarins, les lettrés, les chefs du peuple, etc. On parle même de me tuer et on jure que jamais je naurai cette pagode ; cest chose toute naturelle et je my attendais. Avec le temps et la grâce de Dieu tout cela passera et la pagode nous viendra. Inutile de dire que cest après Dieu, à Mr le Comte de Klezkowski que nous sommes redevables dun tel bienfait. Cest Mr le Comte qui a bien voulu présenter ma demande et lappuyer auprès du prince Kong.
    La mission compte outre le Vicaire Apostolique, 10 Missionnaires, 25 prêtres indigènes et 95 élèves ecclésiastiques. Les résultats de ladministration sont 29682 confessions, 18052 communions, 547 catéchumènes, 505 baptêmes dadultes et 38617 denfants en danger de mort.

    Sut-chuen occidental.

    Plus de 300 adultes ont reçu le baptême dans le courant de lannée, plus de 400 le catéchuménat et 97000 enfants de païens ont été baptisés à larticle de la mort. Pour bien apprécier ces résultats il faut connaître la position de cette mission. Mgr Pinchon va nous lapprendre. « Depuis 15 ans que je suis en Chine, dit-il, je nai jamais été aussi malheureux que depuis les affaires de Pékin. De tous côtés nous apprenons que nos chrétiens sont traqués et vexés. Le vieux paganisme chinois qui paraissait endormi depuis des siècles se réveille comme en sursaut, se dresse contre nous, nous barre partout le passage, entrave toutes nos bonnes uvres ; et lorsquil a épuisé tous les moyens de la fourberie et de la mauvaise foi il recourt à ses moyens ordinaires, au pillage, à la dévastation, au fer et à la flamme. La secte des lettrés surtout nous poursuit à outrance. Les mandarins grands et petits se font un honneur dappartenir à cette secte, quon pourrait appeler la secte des Pharisiens Chinois. Aussi sont-ils les premiers à nous poursuivre de leur haine. Le peuple proprement dit est assez bien disposé, et écouterait avec plaisir la doctrine chrétienne sil nétait intimidé dabord par les méchants, et poussé ensuite par eux dans des désagréments lamentables. Cest ce qui est arrivé dans plusieurs localités où quelques centaines de païens avaient embrassé le christianisme. » Nous ne suivrons pas Sa Grandeur dans les détails quElle donne à ce sujet, non plus que dans lexposition des vexations dont Elle a été personnellement lobjet « Sans ces entraves, dit Mgr Pinchon, il nous serait donné de faire plus de bien quautrefois, vu que sous certains rapports nous avons réellement plus de liberté quautrefois. Mais le méchant esprit de plusieurs met des obstacles partout. Nous sommes actuellement dans un moment de transition, dans une crise où le paganisme est en convulsion. »

    Sut-chuen méridional.

    Nous trouvons inscrits sur le tableau dadministration 238 baptêmes dadultes et 51,152 denfants dinfidèles in articulo mortis.
    Les épreuves nont pas manqué à cette mission comme nous le voyons dans une lettre de Mgr Pichon. « Sur 58 villes quelle compte, nous dit Sa Grandeur, il nen est pas une qui nait plus ou moins à souffrir. Plusieurs, tombées au pouvoir des rebelles, eut été livrées au pillage, puis son devenues la proie des flammes. Le nombre des bourgades qui ont eu le même sort est incalculable. Les troupes, ou mieux les bandits, venus des autres provinces pour combattre cette canaille, quon dirait vomie par lenfer, tant elle commet datrocités, loin de livrer bataille, font cause commune avec elle quand ils y trouvent leur compte. Nos braves mandarins, voyant leur autorité méconnue, abandonnent les villes et les peuples confiés à leurs soins et se sauvent à toutes jambes à lapproche des rebelles. Dautres moins heureux se donnent la mort dans leurs palais. Bien que saffublant du titre pompeux dEmpereurs, les chefs des révoltés de cette province se sont bornés jusquici à piller, incendier, massacrer, et renouveler des scènes dhorreur inouïes. Du moins, dans la province du Yun-nan, les Mahométans établissent un gouvernement régulier dans les villes dont ils se rendent maîtres, mais ici rien de tout cela. Le meurtre, le pillage, lincendie et les jouissances de brutales passions, voilà tout le but et la fin de ces pauvres aveugles. Inutile dajouter quau milieu dune telle anarchie, la misère va croissant parmi les survivants. En effet le commerce est nul, la terre demeure sans culture et la désolation est à son comble. Un certain nombre de nos chrétiens ont été pris et impitoyablement massacrés, dautres sauvés du carnage se sont vus et se voient dépouillés de tout. Sans asile, sans riz pour apaiser leur faim, ils sont réduits à mendier une pénible existence. »

    Yun-nan.

    Les horreurs de la guerre civile et des brigandages qui sont en permanence depuis 1856 dans cette malheureuse province ont apporté beaucoup dobstacles à lAdministration de lannée dernière. Néanmoins Mgr Ponsot nous annonce encore le baptême de 145 adultes, 218 nouvelles conversions de payens, 10.646 baptêmes denfants dinfidèles en danger de mort et ladmission dun bon nombre denfants payens dans les orphelinats.
    « Dans une lettre que jeus lhonneur de vous écrire il y a peu de temps, nous dit M. Huot, je vous annonçais que nous étions toujours sans nouvelles de Mgr Chauveau. Sa Grandeur vient de nous en apporter enfin. Elle est arrivée depuis deux jours auprès de Mgr de Philomélie, heureuse davoir échappé la vie sauve des mains des cruels Mahométans qui lont dépouillée de tout ce quelle avait. Les malheurs que nous craignions pour nos Chrétiens de lOuest confiés aux soins de Mgr Chauveau, sont tombés sur eux de tout leur poids. Qui sait si dès maintenant la grande majorité nest pas morte de misère ou par le fer. Lorsque ce Prélat sest éloigné deux, il laissait M. Leguilcher et le grand nombre de ses néophytes à peu près environnés par leurs ennemis. A moins dun miracle de la Providence, tous doivent être morts aujourdhui.
    « Les Mahométans se mettent bien peu en peine de ce que lon dit et de ce que lon fait à Pékin. Il se regardent avec raison comme les maîtres du Yun-nan. Sur les 14 villes de 1re classe que lon compte dans cette province, nous savons que 11 sont entre leurs mains, la capitale entre autres. Des 3 qui restent, 2 ne tiennent que faiblement, et pour la 3e, nous ne pouvons en rien dire parce quelle est trop éloignée pour que nous en entendions parler. On se demande comment un si petit nombre de Mahométans (ils ne sont pas plus du 20e de la population entière) ont pu subjuguer et tiennent en respect un si grand pays. Tout en admettent que leur armée est mieux disciplinée, mieux entretenue et plus encouragée que celle de lEmpereur Chinois, on ne peut pas sempêcher de voir le doigt de Dieu qui châtie ce malheureux peuple dune manière si frappante quelle devrait faire ouvrir les yeux aux moins clairvoyants. En fin de compte, ce sont des Chinois qui se battent contre des Chinois, et cela au profit dun ennemi que tous détestent également. Dans une armée de 1000 hommes aux ordres des Mahométans, il ny a pas quelquefois plus de 20 disciples du Coran. Ce sont les Chinois qui leur fondent leurs canons, fabriquent toutes les armes, confectionnent la poudre, etc et avec cela sentretuent pour leur plus grand bien, tant les idées de patriotisme sont tombées bas dans lâme de ces peuples abrutis par une religion toute matérielle En attendant que ce chaos séclaircisse, nous sommes presque tous rassemblés dans un petit coin de terre, voisin du Sut-chuen, et qui tient encore pour lEmpereur, quoiquil serait plus vrai de dire quil est sous la main des hordes barbares qui descendent fréquemment de leurs montagnes. La crainte quils inspirent est telle quau premier bruit de leur arrivée cest une déroute générale. Tout le monde fuit vers les endroits de refuge, et on nose en sortir que longtemps après leur passage. On ne nous laisse pas un instant de repos. Nos maisons commencent à peine à se vider quon voit de nouveau ceux qui ont été les plus hardis revenir en toute hâte et effrayer de plus en plus ceux qui sont restés. Vous comprenez aisément combien cela nous cause dembarras, de misères et surtout de dépenses. Beaucoup de ces pauvres gens séchappent sans rien emporter. La charité ne permet pas de les laisser mourir de faim. »
    Une autre lettre du même confrère de plus récente date (1er Janvier 1863) nous donne de bien tristes détails. « Depuis bientôt 50 jours, nous dit M. Huot, des bandes extrêmement nombreuses de longs-cheveux se sont jetées tout autour de nous et y exercent leurs ravages de manière à faire croire quils ne veulent laisser par où ils passent aucune trace de lancien régime, et quils ne veulent plus voir des gens dune autre religion que la leur. Le jour et la nuit, les maisons, dont quelques-unes sont très rapprochées de nous, deviennent la proie des flammes les unes après les autres. Ces malfaiteurs ne laissent debout que celles qui leur servent dabri. Comme dans tous ces pays les maisons sont éparses, ce triste spectacle dincendie nen finit jamais. Cest surtout la partie du Sut-chuen qui nous avoisine, et dont le séminaire de la Mission nest séparé que par une petite rivière, qui a souffert jusquà ce jour. Une partie des chrétiens qui y étaient établis sont venus avec plus de 100 familles païennes nous demander un abri contre cette terrible tempête. Larrivée de ces hordes a été si prompte que tout le monde a dû séchapper au plus vite et nous est arrivé sans aucune ressource. Nous les nourrissions comme nous pouvons, sur la parole de nous rendre plus tard sils en ont les moyens La mission a perdu 1000 fr. qui se trouvaient dans un marché qui a été pillé complètement. Serons-nous assez heureux nous-mêmes pour échapper aux recherches de ces impitoyables brigands ? Dieu seul peur mettre des bornes à leurs ravages. Les hommes que la Chine a à leur opposer ne sont pas de force à lutter contre eux. Leur dessein bien connu est de traverser le fleuve bleu qui sépare presque tout le Sut-chuen du Koui-thcéou et doccuper les provinces de louest. Une bande séparée de celle qui nous environne est déjà à luvre dans lintérieur de notre pauvre Yun-nan. Il ne manquait plus que cela pour achever de le dépeupler. »
    Mgr Chauveau qui avait laissé ses chrétiens de louest dans une position fort critique, sest hâté de retourner à son ancien poste sans se laisser effrayer par les dangers, la longueur et les difficultés dun voyage quil ne pouvait accomplir quà travers de hautes montagnes et au cur de lhiver. Voici quelques fragments de la lettre quil nous a écrite le 20 Décembre dernier : « Le 6 Novembre dernier, à la petite pointe du jour, je partais de notre collège de Tchen fong chan pour revenir dans les pays qui me sont plus spécialement confiés. Létat du Si-tao est à peu près ce quil était il y a 8 mois. Les Mahométans ont perdu dun côté, mais ils se sont fortifiés sur plusieurs autres ; nos Mahométans occidentaux ne veulent de paix à aucun prix ; ils ont publié leur code civil ; bâtissent des villes, publient leur calendrier, chose très-grave en Chine et le signé dune indépendance absolue ; nos Mahométans font du prosélytisme maintenant, et, si le bon Dieu ny met pas la main le jour viendra où ils forceront tous leurs sujets à embrasser lIslamisme. Espérons que ce danger dapostasie ne sera pas sérieux pour nos chrétiens. »
    Mr Leguilcher vivait encore le 17 Juin dernier ; exposé, traqué, tracassé, mais assez bien portant et guéri dune très grave maladie. Le Père Chinois qui se trouve de lautre côté de la montagne, dans la maison que jhabitais avant mon dernier voyage est comparativement beaucoup plus tranquille. Mais partout le peuple est dans une extrême indigence ; 96 de nos chrétiens sont morts de faim en 4 mois ; jugez du nombre des idolâtres. Le district de Mr Proteau est en meilleur état, quoique la guerre, une guerre atroce, en désole la plus belle partie. Malheureusement la dernière récolte a été mauvaise dans les pays que visite ce cher Confrère.
    « Mon pauvre district de Houang kia pin, ce district naguère si beau et dont jétais si fier, citons une lettre de Mr Leguilcher, est presque anéanti sans quil me reste lespoir de pouvoir le relever. Vous ne sauriez vous faire une juste idée de labrutissement dans lequel est tombé notre pays. Oh ! non, nous ne sommes plus des sujets, nous sommes des esclaves et pire que cela des bêtes de somme. Un Mahométan arrive chez vous, quelque objet lui plaît dans votre maison, il le prend, ou sil craint ses supérieurs, lachète à vil prix, et cest vous qui que vous soyez qui devrez le lui porter à domicile. Il en est de même en plein marché ; quelquun vend 100 livres de sucre, un Mahométan lui en offre la moitié de la valeur, aucun chinois ne sera assez hardi pour les lui refuser. Un cheval lui plaît, il le touche avec la pointe de son sabre, il lui est acquis pour la moitié de son prix. Et cela se passe à Houang-kia pin où jai vu quelque peu de vigueur contre les attaques du croissant, et le pauvre peuple souffre tout cela et bien dautres injustices encore. »

    Koui-tchéou.

    Vous vous rappelez sans doute, NosSeigneurs et Messieurs, létrange conduite du général Tien ta gen qui, au mépris du traité de Pékin, fit trancher la tête à 4 chrétiens dont deux étaient élèves du Séminaire. Une légère indemnité et la publication du susdit traité, voilà tout ce que le vice-roi de Canton chargé darranger cette affaire, demandait en punition dun pareil forfait. Un autre crime beaucoup plus grave encore et dont Tien ta gen était linstigateur, ne tarda pas à être commis. Notre cher Confrère Mr Néel et quatre de ses néophytes furent décapités le jour même de leur arrestation (18 Février 1862), le premier comme prédicateur et les autres comme sectateurs dune religion perverse. Mgr Faurie députa successivement MM. Mihière et Vielmon à Pékin pour demander par lintermédiaire de la Légation française, raison de cette double et atroce violation du traité fait entre la France et la Chine. Nous verrons plus tard quel a été le résultat de cette démarche. En attendant Mgr Faurie va nous dire ce qui sest passé au Koui-tchéou jusquau 24 Août, date de la lettre quil nous écrivit à ce sujet : « Les affaires vont ici lentement parce quelles vont tortueusement. La médiation du vice-roi de Canton na eu aucun résultat. Tien ta gen na pas voulu quon reçut les exemplaires du traité envoyés par le susdit vice-roi, ni entendre parler dun accommodement. Le Gouverneur du Koui-tchéou voyant les dispositions du général na pas osé le contredire ; mais en bon chinois et pour mettre sa responsabilité à couvert, il a répondu au vice-roi médiateur quil avait tout reçu et remplirait ses intentions en temps opportun. Ainsi nous navons encore aucune réparation. Toutefois ne croyez pas que ces affaires nous arrêtent ou nous inquiètent le moins du monde. La besogne marche comme à lordinaire, partout où les rebelles nont pas envahi le terrain, et nous avons converti cette année dans cette métropole, à la barbe de Tien ta gen, quelques familles considérables qui nont bien connu la religion quà loccasion de nos misères. Nous allons toujours partout comme à lordinaire. Le peuple nous respecte et nous aime. Nous navons à souffrir que de lentourage de Tien ta gen. Il nous procure de temps en temps les insolentes visites de ses soldats, ou des autres gens de sa suite. Il y a un mois environ plus de 20 de ses secrétaires et des ses comédiens, en compagnie de deux de ses concubines, se sont précipités ex abrupto dans lEglise et la maison et ont enlevé tout ce quils ont pu Il y a 15 jours une douzaine de soldats arrivent. On a le temps de fermer la porte aux verrous. Ils ont frappé à coups de pieds, à coups dépaules en hurlant comme des forcenés. Les gonds étaient déjà forcés et la porte allait tomber sur ceux qui sefforçaient de létayer, quand Dieu permit quils se décourageassent. Mais en revanche ils lancèrent des pierres sur la maison et dans lasile des filles de la Sainte-Enfance qui est près de lEglise. Ce qui nempêcha pas que le soir même je montasse à cheval pour aller au collège, afin que tout le quartier sût bien que je suis toujours là et que jai confiance en mon bon droit. Et en effet le peuple nen doute pas. Une lettre de Mr Drouyn de Lhuys nous apprit, peu de jours après son entrée au Ministère des Affaires Etrangères, que la Légation française avait demandé la peine capitale contre Tien ta gen, le mandarin qui avait fait décapiter Mr Néel et ses compagnons et celui qui avait ordonné le sac du Séminaire et que lEmpereur y avait donné son approbation.
    De son côté notre cher Confrère, Mr Vielmon, nous donna dans une lettre en date de Pékin du 25 Novembre 1862, la nouvelle suivante : « Le gouvernement chinois a envoyé au Koui-tchéou ordre de saisir Tien ta gen et de le conduire à la capitale du Sut-chuen pour de là être amené à Pékin où il devra recevoir le châtiment dû à ses crimes. Il est condamné à mort ainsi que celui qui a fait décapiter Mr Néel et celui qui a pillé notre Séminaire. »
    Mgr Faurie nous dit dans une lettre du 15 Novembre : « Nos affaires sont toujours dans le statu quo. Les Chinois trompent notre Légation tant quils peuvent, je dirai presque tant quils veulent. Le gouvernement chinois écrit les plus belles dépêches pour exiger les réparations convenables, mais on nen fait rien, ce qui laisse soupçonner que les mandarins ont des instructions secrètes de nen rien faire. Cependant ce régime, nous lespérons, ne pourra pas durer longtemps et tournera probablement à notre avantage ; premièrement parce que Dieu ne favorise pas le mensonge, secondement, parce que la France finira par y voir clair, et comprendra quavec les Chinois il ne faut pas sendormir sur la foi dun traité. La France pourra ici ce quelle voudra si elle veut résolument. Mais si elle use trop de ménagements ; la Chine croira quon la craint et elle deviendra insolente. Les Chinois, du plus grand au plus petit, ne respectent et nadmirent que ceux quils craignent. »
    Voici les nouvelles les plus récentes, nous les trouvons dans une lettre de Mr Lions portant la date du 18 Février, anniversaire du martyre de Mr Néel. « Toute cette malheureuse province, dit ce cher Confrère a été visitée par les rebelles avec plus ou moins de dégâts, jusquà une journée de la capitale qui du reste nest guère plus heureuse que le reste de la province à cause de la rapacité des soldats. Jusquà une lieue aux environs la vue ne rencontre plus un arbre, pas même un arbuste, même aux environs des pagodes dont les alentours étaient si bien boisés Les insurgés sont maîtres au moins des deux tiers de la province. Tout mon ancien district de Hyny fou est complètement soumis. Les beaux parages de Tsenny fou, Louong-ping, viennent aussi dêtre ravagés, brûlés, soumis, il ne reste guère que la ville. Les meilleures de nos chrétientés se trouvent aussi détruites. Il ne reste guère que la capitale et quelques noyaux à peu près insignifiants aux environs. Nous soupirons depuis longtemps après la publication de la liberté religieuse, mais lorsque je réfléchis à létat actuel de la province, je suis à me demander quelle utilité nous pourrons en attendre. Supposez quen public le traité, (la chose nest pas très-difficile) dans combien de villes pourrait-il être publié ? et quel avantage peut on en attendre, lorsque dun jour à lautre on peut tomber sous la domination des insurgés ? »
    Ce qui précède était écrit depuis plus dune quinzaine quand nous avons reçu lintéressant journal de Mgr Faurie. Quil nous soit permis de dire à ce sujet que nous verrions avec une extrême satisfaction toutes nos missions revenir à cet ancien usage qui aurait lavantage denrichir nos archives de documents précieux et de faciliter lhistoire de nos missions que nous nous proposons de faire un jour à venir.

    Quanf-tong, Quang-si, Ile de Hainan.

    Le nombre de baptêmes dadultes, qui en 1859 nétait que de 245, sest élevé progressivement jusquà 740 chiffre de la dernière administration. 3000 enfants dinfidèles en danger de mort ont reçu la grâce du baptême dans le cours de lannée. « Parmi les enfants baptisés dans cet état, dit Mgr Guillemin, il en est toujours un certain nombre qui échappent au trépas ; et comme par leur régénération spirituelle, ils sont devenus membres de la grande famille chrétienne, cest pour nous un devoir de les nourrir et de les élever du moins jusquà ce quils puissent se suffire à eux-mêmes. 120 enfants de cette catégorie sont aujourdhui placés chez nos chrétiens et entretenus à nos frais. 80 autres dun âge plus avancé, cest-à-dire de 12 à 15 ans sont logés dans lorphelinat que nous avons à Canton et forment le personnel de cet intéressant établissement. »
    Actuellement que le nombre des Missionnaires est plus grand, que la liberté religieuse commence à senraciner peu à peu dans le sol chinois là où elle peut être protégée par les Gouvernements Européens, les résultats de ladministration ne peuvent manquer de présenter une augmentation de plus en plus consolante. Mais avant que Mgr Guillemin et ses zélés coopérateurs puissent soccuper dune manière toute spéciale de la conversion des païens il leur reste encore bien des choses à faire. « Luvre principale, celle qui nous occupe le plus en ce moment, dit Sa Grandeur, cest la construction de notre église. Oh ! quil sera bau, quil sera glorieux et utile à la religion que sur cette terre de Chine depuis si longtemps envahie par les folles superstitions du paganisme, parmi tant de pagodes et de bonzeries qui sélèvent au milieu de cette immense cité, le vrai Dieu ait enfin son temple et sa demeure ! Aussi est-ce là notre uvre de prédilection, celle que je recommande le plus à Dieu. Les travaux suspendus quelque temps par un fâcheux incident ont été repris et se poursuivent avec une nouvelle ardeur : plus de 100 ouvriers travaillent du matin au soir. »
    Mgr Guillemin mentionne ensuite avec une joie facile à concevoir la nouvelle concession qui lui a été faite par le vice-roi de Canton dun bel et vaste emplacement voisin de celui où il bâtit son église. Il est dune convenance parfaite pour un établissement de religieuses Européennes dont Sa Grandeur attend de merveilleux avantages pour sa mission. Déjà le plan de la maison des Surs est fait, le bois et les pierres sont prêts, et très-prochainement doit avoir lieu la pose de la première pierre.
    Le vice-roi de Canton, si libéral envers Mgr Guillemin ayant été destitué de ses fonctions et appelé à Pékin, son départ fut pour les mandarins subalternes et le peuple le signal dune réaction contre nous, dit Sa Grandeur. Jugeant le moment favorable tous se liguèrent pour nous susciter des difficultés ; on lança dans le public des affiches malveillantes : trois de nos familles chrétiennes furent maltraitées sur différents points de la province ; on les dépouille de leurs biens, on les chasse de leurs maisons, et aujourdhui encore elles restent sous le poids de ces injustes vexations sans que nous ayons pu obtenir quon leur rendit justice. Cependant, à la demande de Mr de Kleczkowski, le prince Kong consentit non-seulement à ce que le vice-roi de Canton conservât la prérogative de son globule de 1er degré, mais encore à ce quil fût envoyé au Koui-tchéou en qualité de Plénipotentiaire de lEmpereur afin darranger les affaires de cette mission. « Cette mesure produisit le meilleur effet la population cantonaise, dit Mgr Guillemin. Les petits mandarins et le peuple voyant linfluence que notre Légation conservait à Pékin, neurent garde de rien tenter de plus. Enfin Mr de Kleczkowski voulant tirer de cette circonstance le meilleur parti possible pour le bien de la mission, eut la délicatesse de demander que jaccompagnasse notre Consul allant annoncer au vice-roi sa réintégration dans tous ses droits. Je fus donc présenté pour la deuxième fois à Son Excellence en habit épiscopal et en présence de toute la ville de Canton qui put voir dans cette circonstance lhonneur rendu par notre gouvernement à un de ses Evêques missionnaires. Je remerciai Son Excellence de tout ce quElle avait fait pour nous, je lui exprimai mon regret bien sincère de La voir partir, et lui remis à sa demande une lettre pour Mgr Faurie, Vicaire Apostolique du Koui-tchéou avec lequel Elle devra nécessairement se mettre en rapport au sujet de laffaire du meurtre de Mr Néel. Cette visite faite dune manière solennelle, en compagnie de notre Consul, au moment où notre influence à Pékin se relevait du prétendu échec quelle avait reçu, na pas laissé dêtre bien remarquée par la population° Dieu veuille la bénir et men faire retirer tout lavantage que nous pouvons désirer. »
    « Lannée dernière a été pour nous marquée de plusieurs désastres qui nous ont enlevé une partie de nos ressources, nous dit encore Mgr Guillemin. Le typhon a renversé notre chapelle, détruit plusieurs murs et habitations quil nous a fallu relever, brisé quantité de meubles et dobjets qui ont dû être remplacés, et ces pertes seules qui retombent sur luvre de la Propagation de la Foi ne sélèvent pas à moins de 12 mille francs. Mr Gennevoise a perdu dans son naufrage, tout le chargement quil apportait pour lui et pour sa mission, et malheureusement le deux caisses principales, estimées chacune à 1500 fr., je ne sais par quel malentendu, nont pas été assurées, en sorte que nous avons perdu tout ce qui nous a été expédié par cet envoi. »

    Missions Annamites.

    Un traité de paix, arraché au roi Tu-Duc par la peur que lui inspirait la révolte du Tonquin, fut conclu le 5 Juin 1862, entre les représentants de sa Majesté Cochinchinoise et le vice-amiral Bonard, plénipotentiaire de lEmpereur des Français. Nos Confrères, mêmes ceux qui avaient le titre officiel dinterprètes, ne furent ni consultés ni employés dans cette circonstance. Un officier français qui savait lannamite servit dinterprète. Quelles furent les conditions relatives à notre sainte religion ? On les devina plutôt quon ne les apprit, car le texte de ce traité ne fut point livré à la publicité. M. Herrengt, qui nous écrivit 7 jours après sa conclusion, nous annonçait, sans doute sur un ouï-dire, quun article statuait quà lavenir les Annamites seraient libres dembrasser la religion chrétienne, sans quon pût ni les y forcer ni les en empêcher, et que, quant aux Missionnaires, il leur serait permis de circuler dans le pays et dy annoncer lévangile.
    Mgrs Gauthier et Pellerin & M. Herrengt, Provicaire de la Cochinchine Orientale, voulant souder les dispositions de Tu-Duc sur ce double article, résolurent denvoyer 3 Missionnaires à Hué pour demander à Sa Majesté quelle voulût bien, en vertu du traité fait avec la France, les faire conduire dans leurs missions respectives. Les 3 Confrères choisis pour cette mission étaient MM. Croc, du Tonquin méridional ; Roy, de la Cochinchine Orientale, et Desvaux, de la Cochinchine Septentrionale. « LAmiral Bonard, nous citons M. Herrengt, tout en regrettant de ne pouvoir, avant la ratification du traité, leur donner une recommandation officielle, leur avait cependant donné une recommandation officieuse près du ministère et quelques petits présents pour des mandarins venus jadis à Saigon. Le colonel commandant les forces espagnoles avait fait de même. La veille du départ, lamiral, craignant, dit-il, de se compromettre, redemanda lettres et présents. » Dès lors linsuccès de leur tentative ne dut plus paraître douteux. Néanmoins, tous les préparatifs étant faits, nos chers Confrères partirent de Saigon le lendemain 23 Juillet, et le 5 août ils parvinrent à lembouchure de la rivière de Hué. Leur arrivée réjouit fort peu les autorités annamites. Le mandarin du port fit administrer 50 coups de rotin aux deux capitaines qui les conduisaient. Le lendemain un mandarin vint de la capitale pour prendre leurs lettres. Ces Messieurs ne purent lui remettre que celles du colonel espagnol, ce qui les fit prendre dabord pour des espagnols, mais ils parvinrent, non sans peine, au moyen de quelques explications, à faire constater leur nationalité française. On leur demanda pourquoi ils nétaient pas munis dun passeport de la part de leur gouvernement. Ils répondirent que, venant uniquement pour prêcher la religion, et nullement pour soccuper de politique et de commerce, ils navaient pas cru cette formalité essentielle, et conclurent par demander aide et protection pour se rendre chacun dans leur mission respective. Ce ne fut quaprès être revenus bien des fois à la charge quils obtinrent en partie ce quils désiraient, MM Desvaux et Croc furent débarqués à Dong-hoi. Le premier était là dans sa mission, et on avait promis au second de le transporter ensuite au Tonquin méridional, promesse qui na jamais été exécutée. Quant à M. Roy, on le conduisit au Binh-Dinh ainsi quil lavait demandé.
    Que se passa-t-il ensuite ? « MM. Croc et Desvaux, nous écrivit Mgr Lefebvre sont en quelque sorte prisonniers à Dong-hoi. Une garde soi-disant dhonneur les empêche de se mettre en rapport avec les gens du pays, soit payens, soit chrétiens. M. Roy, se tire un peu mieux daffaire au Binh-Dinh. » - « Somme toute, dit à son tour M. Herrengt dans sa lettre du 30 novembre dernier, M. Roy est passablement content de sa position, bien quelle se fasse très-lentement, dit-il, auprès des mandarins. Ils continuent de témoigner pour lui beaucoup de mépris, de le traiter comme un manant sans importance et indigne de sasseoir en présence dun maire. Lui de son côté tâche de se passer deux et se donne la courroie aussi longue quil peut la tirer sans la casser, mais cette déconsidération est un grand obstacle au bien, parce quelle donne aux payens autant darrogance quelle inspire de timidité aux chrétiens.
    Cette conduite des mandarins, bien instruits des intentions de la Cour à légard de nos chers Confrères, prouvait déjà combien on devait faire peu de fond sur la bonne foi de Tu-Duc relativement au Traité, mais sil restait encore quelque doute à ce sujet, les événements qui suivirent étaient bien de nature à les dissiper entièrement. A peine ce monarque eut-il remporté des avantages considérables sur les rebelles du Tonquin, que dans des lettres quil sempressa dadresser à lAmiral Bonard, il prétendit que la bonne foi de ses plénipotentiaires avait été surprise, et que leur intention navait pas été de céder 3 provinces aux Français, mais seulement 3 ports sur le littoral, et en même temps quil faisait cette déclaration, un soulèvement général, organisé par son ordre contre les Français, éclatait dans les 3 provinces dont ils étaient déjà en possession. Peu de jours après cette levée de boucliers, M. Wibaux nous écrivait : « Les Français, ne se trouvant pas en force pour protéger les populations dispersées sur tous les points, ne peuvent en ce moment que garder les positions militaires en donnant la chasse aux bandes quand elles sont signalées, mais le plus souvent elles ne peuvent lêtre assez tôt pour prévenir lincendie, le pillage des maisons, et trop souvent la mort de nos chrétiens, car cest sur eux que les maux de la guerre tombent de tout leur poids. Au moment dune alerte ou après une invasion, nous les voyons arriver à Saigon sans riz, sans ressources, entassés dans des barques, où ils vivent comme ils peuvent jusquà ce que quils aient pu se faire un asile sous quelques feuilles de palmier jetées à la hâte sur des bambous. Que de familles ont été obligées de changer ainsi trois ou quatre fois de demeure depuis le commencement de la guerre. Heureux encore lorsquils peuvent échapper aux coups de ceux qui ne voient dans les chrétiens que des amis dévoués des Français. De fait, les Français, dans le soulèvement de ces derniers jours, ont trouvé la trahison partout, même dans ceux qui avaient accepté de leurs mains des charges ou des dignités, excepté chez les Chrétiens. Plusieurs de ces derniers ont porté la fidélité jusquau dévouement. Je puis citer entre autres un sous-préfet annamite et chrétien qui est mort avec plusieurs de ses gens en se battant bravement pour les Français. »
    Ce contraste de la conduite des Chrétiens avec celles des payens est dautant plus honorable aux premiers que jusqualors leurs intérêts avaient été fort négligés, et quils avaient été eux-mêmes comptés pour fort peu de chose dans lopinion des chefs de lexpédition française. Réhabilités par une circonstance qui les a fait voir tels quils sont en réalité, ils ont donné par leur fidélité à la France un enseignement dont on sest empressé de profiter, si toutefois il est permis den juger par le choix du nouveau chef de lexpédition et de son état major, qui sont des hommes religieux et résolus à suivre une ligne de conduite diamétralement opposée à celle du passé. Cest du moins lassurance que nous en a fait donner M. de la Grandière, parti au mois de février pour remplacer lamiral Bonard. Ce dernier avait à couronner sa mission par un acte suprême, celui dobtenir de Tu-Duc la ratification du Traité. Il la accompli avec un plein succès et toutes les formalités désirables, daprès son rapport qui vient dêtre publié dans les journaux. Dieu veuille que la paix quil a conclue soit solide ! Ceux qui conservent le souvenir du passé ny ont pas une pleine confiance. Lavenir fera connaître si leurs prévisions sont fondées.
    Quoiquil en soit, nos Vicaires Apostoliques et leurs Missionnaires ne manqueront pas daller occuper le plus tôt possible les maisons que le Gouvernement Annamite leur a destinées, et de réclamer pour le libre exercice de leur ministère le bénéfice du traité en ce qui les concerne. Nous avons la confiance quils ne sadresseront pas en vain à M. de la Grandière pour lever toutes les difficultés qui pourraient se présenter de ce côté. Lui de moins, nous en sommes bien sûrs, il ne fera pas de proclamations pour dire aux payens quils peuvent rester ce quils sont, il sait trop quelle différence il y a entre les payens et les chrétiens, même au point de vue politique, pour leur accorder une égale confiance. Dailleurs nous les avons vus à luvre les uns et les autres lors du soulèvement dont nous venons de parler, et la conclusion que nous pouvons en tirer est que notre Gouvernement peut compter sur la fidélité des Chrétiens en toute occasion, et se tenir en garde contre la trahison des payens, même de ceux qui ont le plus de part à ses faveurs.
    Nous ne parlerons point de chacune de nos Missions dAnnam en particulier ; nous espérons le faire lan prochain avec une grande consolation. MM. Charbonnier et Mathevon, après être resté 11 mois en prison, ont été rendus à la liberté peu de temps après la conclusion du traité. Ce dernier Confrère est actuellement à Saigon, doù il ne tardera pas sans doute à retourner dans sa mission. Quant à M. Charbonnier, atteint dune maladie fort grave, il sest retiré à la procure de Singapore, où il néprouve aucun mieux. Nous désirons son rétablissement dautant plus vivement que nous sommes bien persuadés que, sil pouvait rentrer dans sa mission, le bon Dieu répandrait dabondantes bénédictions sur son ministère.
    La Cochinchine septentrionale a fait une perte bien regrettable dans la personne de Mgr Pellerin, mort le 13 7bre dernier au Collège de Pinang, quil a grandement édifié par sa patience et sa résignation à la volonté de Dieu. Mgr Sohier, qui lui a succédé va soccuper très-activement de réorganiser sa mission.
    Nous attendons prochainement la nomination du Vicaire Apostolique de la Cochinchine orientale.
    Il y a eu 2000 baptêmes dadultes dans la Cochinchine occidentale ces deux dernières années. Trois villages païens des environs de Saigon voulaient se faire chrétiens en masse, mais la proclamation de lAmiral Bonnard dont nous venons de parler, les a, dit-on, beaucoup refroidis.

    Cambodge.

    Nous avons sous les yeux une lettre du Mgr Miche portant la date du 15 Février ; en voici des extraits : « Accablé, et presque anéanti par une fièvre qui me travaille depuis plus de deux mois, je fais un effort sur moi-même pour vous tracer ces lignes dune main tremblante. »
    « Je ne reviendrai pas dans la présente sur les événements politiques dont le Cambodge a été le théâtre depuis le commencement de 1862. Jamais nous navons eu tant à souffrir que dans les deux premiers mois de la susdite année et nous nous sommes vus à la veille du renouvellement des scènes sanglantes de la Syrie de la part de nos voisins les Malais : sed ab omnibus bis liberavit nos Dominus.
    A cette époque les choses allaient de mal en pis en Cochinchine : on brûlait les chrétiens, on les pillait, on les assassinait impunément. Espérant trouver mieux ici, ils sy sont réfugiés au nombre de 1200 et il en arrive encore tous les jours. Profitant de la panique du moment, je demandai au roi, et jen obtins une belle terre dune lieue détendue et abandonnée par ses habitants. M. Aussoleil a planté là sa tente avec 800 Cochinchinois chrétiens. Cest la plus belle de nos chrétientés, mais il faudra batailler pour conserver ce beau poste. Nous avons 3 pagodes enclavées dans notre terrain, et les Talapoins, voyant la paix rétablie remuent ciel et terre pour rentrer en possession de leurs terres. Ils mettent les mandarins dans leurs intérêts et assiègent le roi de leurs suppliques. Celui-ci, mal assis sur son trône craint les Bonzes et les Mandarins, mais comme il me craint plus encore, parce quil sait que sans moi il naurait jamais revu le Cambodge, nous avons eu le dessus jusquà présent : reste à savoir ce qui arrivera plus tard. »
    « Depuis 2 ans nous avons été visités par trois fléaux, la guerre, le choléra et la famine. Le premier de ces fléaux a passé et a fait peu de victimes ; le second décimé nos chrétiens, et le troisième pèse encore sur nous de tout son poids. Le riz qui se vendait ici, année commune, 4 francs le pieul, est monté à 25 francs. Les paiens qui ne sont pas morts de faim, nont conservé leur vie quà laide des plantes sauvages de la plaine et des forêts. Nos néophytes nont pas éprouvé les horreurs de la faim, mais notre bourse est à sec. Cette année sera pire que lannée dernière. Quoique nous soyons au temps de la moisson, le riz se vend 3 piastres le pieul, ce qui veut dire que dans les 6 derniers mois il sera à 6 piastres. »
    17 Mars. « La fièvre ma forcé dinterrompre cette lettre pendant un mois et demi. Je reprends ma narration comme un convalescent, prêt à retomber. Tous nos Missionnaires ont passé par cette épreuve qui a moins épargné les indigènes que nous. Notre chrétienté de Battambong (territoire Siamois) navance pas et ne fera jamais aucun progrès, dautant plus quil y a là quelques mauvais Français scandaleux. A Compot il y a eu un mouvement en faveur de la religion. Les services que nous avons rendus aux Chinois les rapprochent de nous et ils comprennent que nous serons leur appui : un bon nombre demande à se faire instruire. Ici notre chrétienté est doublée par la même raison° cest déplorable de voir que ce sont toujours des vues humaines qui nous attirent des néophytes ; on voit que le pouvoir nous aime et nous respecte ; on voit les vapeurs français venir ici et jeter lancre sur le seuil de notre porte, et cela suffit pour nous faire grandir, mais le caractère du peuple na pas changé. Dans les affaires difficiles, dans les moments de troubles, tous se réfugient auprès de moi comme dans un asile assuré : cette confiance dure autant que les troubles. »
    « En dépit des circonstances, le résultat de ladministration de la mission est à peu près le même que les années précédentes. Le nombre des confessions est de 3000, celui des communions de 2800. 48 baptêmes dadultes. Confirmations, 60. Baptêmes des enfants de païens in articulo mortis 70 et à peu près 50 enfants rachetés et confiés à des chrétiens. Le total des chrétiens de la mission est de 1.770. »
    « Mr Aussoleil est occupé actuellement à bâtir un couvent pour des religieuses annamites. Cela fait, il mettra la main à la construction de son église. Cela demande du temps et de grandes dépenses, car avant tout il faut élever la terre pour échapper à linondation. Les réfugiés annamites continuent à être à notre charge cette année comme lannée précédente. »

    Siam.

    Cette mission a fait plusieurs pertes très-douloureuses pendant le courant de lannée dernière ; Mgr Pallegoix et MM. Ducat & Georgel lui ont été enlevés. Le roi de Siam, profondément touché de la perte dun Prélat quil honorait de son amitié, voulut donner une preuve éclatante de lestime et de laffection quil avait pour lui par la pompe extraordinaire dont il fit accompagner ses funérailles. Le successeur de Mgr Pallegoix nétant point encore nommé, cest M. Clémenceau, son pro vicaire, qui le remplace.
    Au nombre des résultats de ladministration, nous voyons figurer 23 baptêmes dadultes in periculo mortis, 160 dadultes en santé et 1100 denfants dinfidèles in articulo mortis.
    M. Clemenceau nous fait part dun fait historique que nous aimons à recueillir ; le voici :
    La mission de Siam ayant été détruite de fond en comble avec le royaume de Siam lui-même, par les Birmans, en 1767, tous les chrétiens furent emmenés en captivité avec le Vicaire apostolique au Pégu et à Ava, et ne revinrent jamais dans leur ancienne patrie. Plus tard quelques centaines de chrétiens, qui avaient pu échapper au désastre en se sauvant dans les forêts, se rallièrent près de M. Cores, missionnaire de Siam, qui lui aussi avait pu échapper aux Birmans. Ce cher Confrère rassembla tous ces chrétiens à Bankok, devenue la capitale de Siam depuis que Juthia avait été détruite par les Birmans. Ce petit troupeau saccrut peu à peu par larrivée de quelques centaines de chrétiens, tant du Cambodge que de la Cochinchine, qui, fuyant la persécution, vinrent sétablir à Chantabun, province Siamoise, sur le golfe de Siam. Cette nouvelle Mission resta bien des années stationnaire, ne saccroissant que par la naissance denfants chrétiens et par quelques rares conversions dinfidèles. Le manque de missionnaires et de tout autre secours était la cause de cette stagnation. Ce ne fut que quelques années après létablissement de ladmirable uvre de la Propagation de la Foi que cette mission commença enfin à se développer un peu. »
    Les Chinois formant plus du tiers de la population du royaume de Siam, et étant plus faciles à convertir que les Siamois, nos chers Confrères se proposent de redoubler defforts pour les amener à embrasser en grand nombre notre sainte religion.

    Mandchourie.

    Mgr Verrolles nous dit dans une lettre portant la date du 18 février 1862 : « Nous venons dacheter un terrain à Moukden (où jusquici nous navions point doratoire) 3000 taëls, avec le prix du change, soit 30.000 fr. On pourra installer un hospice dans les maisons quil renferme, un orphelinat, une pharmacie. Cest un palais mandarinal. Lenclos a 150 mètres de long sur 45 de large. »
    « La tentative de Mrs Franclet et Venault ayant échoué, nos 3 confrères du Nord feront des reconnaissances dans la Daourie, chez les Solons, les Petonés, toute cette Mandchourie à lOuest du Songari et au sud du Saghalien et de lAmour. Nous ne négligerons pas lEst du Songari jusquà la rive gauche de lOussouri, Ningonta, &e. Lexpédition faite, chez les Tondus, ou Peaux-de-poisson, coûte environ 3.000 fr., et elle na pas réussi. »

    Corée.

    « Lambassade Coréenne annuelle est venue à Pékin comme dhabitude pour le nouvel an chinois, nous dit M. Mihière, pro vicaire du Koui-tchéou, chargé de traiter à Pékin les affaires de cette mission. Nous avons vu un chrétien qui a apporté les lettres. Mgr Mouly en a reçu une dans laquelle Mgr Berneux dit que bien quils ne soient pas dans un état de persécution ouverte, il sen faut pourtant de beaucoup quils aient la paix. Les chrétiens sont encore souvent molestés. Sa Grandeur ajoute que le gouvernement Coréen craint beaucoup que la France ne vienne venger la mort des trois Missionnaires martyrisés en 1839. Elle dit en même temps que loccasion serait très-favorable pour faire un traité très-avantageux à la cause catholique. Les Coréens sestimeraient très-heureux den être quittes à si peu de frais. Sa Grandeur écrit à Mr de Kleczkowski pour le prier de tâcher davoir des passeports pour Elle et ses Missionnaires. Je ne sais pas ce que fera Mr le Chargé daffaires. »
    Voilà tout ce que nous savons de cette intéressante mission dont nous espérons recevoir très-prochainement les lettres annoncées par Mr. Mihière.

    Japon.

    Mr. Girard, supérieur de cette mission, persuadé que le peuple Japonais se convertiraient en masse sil était possible de faire entrer le gouvernement de ce pays dans la voie de la tolérance religieuse, est venu en France faire part de ses espérances et de ses désirs au gouvernement de lEmpereur. Accueilli avec bienveillance il servit dinterprète aux Ambassadeurs Japonais à leur retour à Paris, mais dans les rapports officiels qui eurent lieu entre eux et le gouvernement français la question religieuse fut complètement mise de côté. Nous ne connaissons pas assez le résultat des démarches faites postérieurement par ce cher Confrère auprès du ministère des Affaires Etrangères, pour en parler pertinemment, mais ce que nous nignorons pas, cest que les Japonais ne sont nullement disposés faire bénévolement des concessions aux Européens de quelque genre quelles soient et surtout en matière religieuse. « Croiriez-vous, nous écrivait récemment Mr. Mounicou, que le gouverneur de Yocohama a prié Mr Dury de faire disparaître les trois caractères qui se lisent au frontispice de notre chapelle, sous prétexte que les Européens, pour qui seuls elle a été bâtie, ne savent pas lire le chinois, et quils sont trop tentants pour les Japonais ? Voilà le résultat des concessions faites aux ambassadeurs Japonais par les différentes cours quils ont visitées. » Quelle est la politique du gouvernement Japonais ? nous dit un autre confrère. Cest tous les jours une politique dexclusion. On dirait quil se repent davoir fait des traités, quil voudrait renvoyer les étrangers de son royaume, ou au moins les amener à être dans les ports ouverts au commerce comme létaient jadis les Hollandais dans lîlot de Désima. Pour arriver à ses fins le Gouvernement multiplie ses policemen et ne cesse de demander aux représentants des nations étrangères des concessions de toute espèce. Que font les représentants des nations étrangères ? Malheureusement ils ne sentendent pas, ou bien, ce qui est plus fâcheux, sils sentendent, cest pour faire concessions sur concessions, cest là ce qui explique leffronterie du Gouvernement Japonais à ne point sarrêter dans ses demandes. » « Enhardis par les concessions faites en Europe à leur ambassade, nous dit à son tour M. Petit-Jean, nos Japonais deviennent de jour en jour plus exigeants. Dabord on a fait courir le bruit que la ville allait être incendiée et saccagée. Maintenant tout étranger qui sort de la ville à la campagne est menacé de mort. »
    Ce système dintimidation ne peut convenir aux Gouvernements Européens et moins encore à leurs représentants, dont la vie se trouve à la merci dun assassin, assuré dailleurs de limpunité de la part de son gouvernement, dont il nest que lagent. Le 6 Juillet 1861, La Légation britannique manque de tomber sous le sabre dune foule dassaillants, que les gardes japonais avaient laissé passer librement pour commettre le crime projeté. Elle ne fut sauvée que par un bonheur presque miraculeux. Le gouvernement japonais, obligé de sexpliquer sur ce fait, ne se justifia que par le mensonge.
    Notre cher Confrère M. Mermet a déjà manqué 3 fois de périr par le poignard dun assassin. Les choses ne peuvent donc marcher sur ce pied : il faut une guerre qui change cette intolérable position. Voici ce que M. Mounicou nous écrit à ce sujet : « Je vous ai déjà dit dans une de mes lettres que les Japonais couraient tête baissée à une guerre avec létranger, et quavant 5 ans ils auraient reçu une bonne leçon de ceux quils traitent avec tant de mépris. Mes prévisions seront probablement devancées ; les choses vont se compliquant de plus en plus. Dimanche dernier (14 7bre 1862), quatre Anglais, parmi lesquels une dame, dirigèrent leur promenade à cheval du côté de Kanagarva. Arrivés à cette localité, ils rencontrèrent le cortège dun des intendants de la maison du prince de Saxuma, qui retournait à sa province. Dans ces circonstances, tout le monde est obligé dévacuer la rue et de tenir les portes fermées, par respect pour ces personnages haut huppés. Le Gouvernement Japonais a voulu soumettre les Européens à cette loi détiquette, mais comme elle est diamétralement opposée aux idées dEurope, les ministres ont tenu pour la liberté, assurant du reste que leurs nationaux savaient assez bien vivre pour laisser la place dhonneur à qui de droit, et seffacer de leur mieux pour ne pas gêner la marche des convois. Nos amateurs auraient pu reculer en voyant le cortège, mais, pensant quon ne les maltraiterait pas en continuant leur chemin sur le bord de la rue, ils avancèrent, la dame en tête. Les Yakougnins ne pouvant supporter que des étrangers contrevinssent ainsi à un système dont ils sont si jaloux, lun deux tira le sabre et en porta un coup à la dame, qui lesquiva en baissant la tête ; un second coup lui fut porté, elle lévita avec le même bonheur. Ses compagnons, voyant le danger quelle courait, se précipitent entre elle et son agresseur ; le premier tombe mortellement blessé, le second reçoit une entaille au ventre, le troisième a le bras cassé. Désarmés comme ils létaient, il fallut battre en retraite, laissant leur camarade baigné dans son sang. Les deux blessés sen retournèrent au petit pas, mais la dame mit son cheval au galop pour annoncer à Yokohama le malheur qui venait darriver, &e, &e. Le lendemain 15, lAmiral anglais réunit à son bord tous les commandants des navires de guerre pour les consulter sur la conduite à tenir dans cette circonstance critique. Quest-il résulté des délibérations du Conseil militaire ? Probablement lavis contraire à bien du monde, celui de linaction, du recours aux voies diplomatiques, pour demander au Tay-Koun une réparation quon nobtiendra point. »
    Ce nest donc que par la supériorité de leurs armes sur les Japonais que les Européens doivent demander la réparation du passé et se créer une position convenable pour lavenir. Dieu veuille que la liberté de religion, exclue par lintolérance japonaise du premier traité, soit une des conditions principales de celui qui sera fait alors. « Notre ministère ne serait pas stérile, nous dit M. Mounicou, si un bras de fer ne retenait lélan de la foule vers la vérité que nous sommes venus lui apporter. Elle en a une soif dautant plus marquée que les mille et une sectes en vogue dans le pays la laissent dans un vague inexprimable sur toutes les questions dogmatiques quil importe de connaître, et dont lignorance affecte terriblement une âme inquiète de lavenir. Dans ce flot derreur qui les emporte, les Japonais saisiraient avec le plus grand empressement la branche de salut quils entrevoient, tout comme lhomme qui se noie se cramponne à tous les objets quil rencontre et qui lui paraissent une planche de sauvetage. Donnez-leur la liberté et les conversions se feront par milliers. » Nous en avons une preuve dans le spectacle quont donné plus de 10.000 Japonais pendant les quelques jours qui suivirent louverture de la modeste chapelle construite par nos Confrères à Yokohama, près de Yédo, capitale du Japon. Quel empressement à la visiter, à demander des explications sur chaque objet quelle renferme, quelle sympathie pour les enseignements de notre sainte religion dans ces personnes qui se disaient les interprètes des sentiments de la nation entière ! Malheureusement ces manifestations ne furent pas de longue durée : le gouvernement ne tarda pas à mettre fin à cet élan par la prison et les menaces.
    Monsieur Girard a appelé au Japon Messieurs Furet et Petit-Jean qui pendant le long séjour quils ont fait à Lou-tchou on ou se convaincre de limpossibilité où ils étaient dannoncer la bonne nouvelle du salut aux indigènes tant que la liberté religieuse ne serait pas proclamée au Japon dont le gouvernement de ces îles reçoit ses inspirations dintolérance absolue. Désormais donc les Missionnaires du Japon, y compris celui que Mr Girard emmène avec lui, seront au nombre de 6 et pourront être répartis deux à deux dans les trois ports ouverts au commerce étranger, Yokohama, Nagazaki et Acodaté. Ceux qui iront à Nagazaki auront à se pourvoir dune résidence et dune chapelle ou oratoire. Monsieur Furet qui sy est rendu dernièrement avec le consul français, a eu beaucoup de peine à trouver un logement. Monsieur Mermet possède une maison à Acodaté, mais il na ni chapelle ni oratoire. Or dans les ports de mer du Japon, plus que nulle part ailleurs, tout est exorbitamment cher. En outre nos confrères sont obligés de payer une très-forte redevance annuelle au gouvernement Japonais pour les terrains quil leur a concédés. Laugmentation de leur personnel et ce quil leur reste à faire dans les nombreux postes quils vont occuper feront monter bien haut le chiffre de leurs dépenses.
    Des lettres de Mr Mounicou, en date du 23 Mars, annoncent larrivée dans le port de Yokohama de lamiral Kuper avec 3 navires de guerre qui, dit-on, seront suivis dune dizaine dautres. On croit quil est chargé par son gouvernement de réclamer une grosse amende et lextradition du chef de la bande qui a massacré Mr Richard et blessé ses compagnons sur le chemin du Tocaïdo, et quen cas de refus de la part du gouvernement Japonais, il doit semparer des îles Lou-tchou et les déclarer possession anglaise. Ce résultat serait fort heureux pour la religion vu que nos chers Confrères auraient alors toute la liberté possible pour lexercice de leur ministère auprès des indigènes.

    Procures.

    Des changements se sont opérés dans le personnel de nos procures. A la tête de celle de Hong-Kong est toujours Mr Libois dont lassistant est Mr Osouf. Ce dernier Confrère a été remplacé à Singapore Mr Cazenave qui a pour assistant Mr. Patriat.
    Nous allons avoir très-prochainement une 3e procure à Chang-hay. Dès 1855, Mgr Verrolles et Berneux nous écrivirent de concert pour nous demander létablissement dune procure dans cette ville comme devant être dun très-grand avantage pour leurs missions et celle du Japon. Nous crûmes avoir de bonnes raisons pour ajourner lexécution de ce projet ; il nous semblait que, dans une affaire de cette importance, il était à propos dy voir aussi clair que possible, de peser les avantages et les inconvénients, dattendre que les événements auxquels ce temps de transition avait donné lieu eussent acquis une stabilité suffisamment rassurante, et de savoir où prendre les fonds nécessaires pour lachat du terrain et la construction de la procure.
    Le traité de Pékin ayant facilité les voies de communication en Chine, de telle sorte que nos Missionnaires et les objets destinés à nos Missions de lOuest pussent être embarqués à Chang-hay, et arriver en peu de temps directement à Tchong-Kin, résidence de Mgr Desflèches, ce Prélat nous a instamment demandé, de concert avec cinq ou six de nos Vicaires Apostoliques, dont il avait demandé et obtenu les adhésions, le prompt établissement dune Procure à Chang-hay. Le moment nétait pas favorable ; un terrain convenable ne devait pas coûter moins de 12 à 14 mille taëls. Néanmoins nous écrivîmes à M. Libois de se mettre en mesure de pouvoir profiter de la première occasion favorable pour faire lacquisition dun emplacement, lautorisant à se rendre sur les lieux sil le jugeait à propos. Avant que ce cher Confrère eût reçu notre réponse, il sétait rendu à Chang-hay sur une invitation bienveillante de M. Breiner, agent de la Compagnie des Messageries, lequel lui promettait des conditions favorables pour la cession du terrain dont il avait besoin pour bâtir une Procure. Ce Monsieur, qui porte un véritable intérêt à notre Congrégation et à M. Libois en particulier, a tenu la promesse quil lui avait donnée en se contentant de la moitié du prix actuel pour le terrain, qui est très-convenable et parfaitement situé, et de moins de la moitié pour le prix de location pendant 10 ans.
    Voici les principales clauses de ce contrat :
    1° La Compagnie des services maritimes des Messageries Impériales, propriétaire dun terrain bâti et non bâti sis à Chang-hay sur la concession française, &e, loue à la Société des Missions-Etrangères, qui laccepte, la partie de ce terrain désignée sur le plan par une teinte rouge et par les lettres a, b, c, d, le dit lot de terrain mesurant quinze mille-sept cent-cinquante pieds anglais superficiels pour un mon, 2 mons, 3 fans et 6 lis.
    7° Le présent bail est fait pour une période de 10 ans à partir du 1er Mai prochain (1863), et moyennant un loyer de 500 taëls par an.
    8° A lexpiration de la période de dix ans, le locataire aura la faculté dacheter, à raison de 3000 taëls, le mon de terrain désigné à lart. 1er. Si le locataire nuse pas de cette faculté, le bail sera renouvelé de plein droit aux mêmes conditions pour une nouvelle période de 10 ans, après laquelle la propriété du terrain, avec les additions qui y auront été faites et celle des constructions qui y auront été élevées, resteront au propriétaire du terrain avec une juste indemnité, évaluée par les experts et représentant la valeur des constructions dans létat où elles se trouveront.
    9° Le présent Contrat ne sera exécutoire que sil est approuvé par les Directeurs de la Société des Missions-Etrangères et par le Conseil dAdministration de la Compagnie des Services maritimes des Messageries Impériales.
    Cette double approbation a été envoyée aussi promptement que possible.
    « Les Procureurs de Chang-hay massurent, nous dit M. Libois, que jai fait un excellent marché, un marché dor, comme ils disent, et je ne puis en douter ; seulement ils auraient mieux aimé une vente quun loyer, et moi aussi, mais M. Brenier ma toujours dit quil ne pouvait pas vendre actuellement ; du reste, peut-être ne serez-vous pas fâchés de navoir pas à débourser de suite une si forte somme, dautant plus que les frais de construction, qui sont en rapport à Chang-hay avec le prix des terrains, nous emporteront déjà bien près de 12.000 taëls, me disent les Pères de Chang-hay. »
    M. Libois pensant quil est fort à propos de commencer de suite la construction de la nouvelle Procure, nous navons pas hésité à lautoriser à se rendre de suite à Chang-hay avec M. Cazenave, sur lequel il compte pour laider. Ainsi nous pouvons espérer avoir sous peu, dans ce grand centre du commerce européen en Chine, une Procure très-convenable, tant par sa position, qui est des plus avantageuses, que par les bonnes conditions de sa construction.
    Permettez-nous, Nosseigneurs et Messieurs, dappeler votre attention sur un point essentiel de notre comptabilité avec vous. Déjà plusieurs de nos missions et dautres se proposent de les imiter, ont pris linitiative de tirer directement sur nous à compte de leurs allocations, sans tenir notre Procureur général au courant du montant de leurs traites, de sorte quil ignore ce dont il leur est redevable, ce qui entrave ses opérations avec elles, lexpose à de grands mécomptes, et le met dans limpossibilité de régler da comptabilité par le défaut de ces données indispensables, comme il est arrivé cette année pour deux de nos Missions. Nous nignorons pas que ceux de nos Vicaires Apostoliques qui tirent directement sur nous nont en vue que lavantage de leurs Missions, et nous sommes loin de les en blâmer, mais, à en juger après lexpérience, nous pouvons bien les assurer que jusquici ces opérations ont été plus préjudiciables quavantageuses, et quil est telle mission qui, après avoir fourni un très-grand nombre de traites sur nous, est revenue delle-même à lintermédiaire de la Procure. Il nous semble donc que, tant quil ny aura pas de changement dans létat actuel des choses, il est de lintérêt général de nos Missions de ne rien changer dans le mode de transmission de leurs allocations par lintermédiaire de la Procure.

    Séminaire général de Pinang.

    Il ny avait dans cet établissement le 8 Février dernier que 125 élèves ce qui fait dix de moins que lannée dernière. Cette diminution est due à ce que plusieurs Cochinchinois qui avaient terminé leur cours de théologie et que la persécution avait empêchés de retourner dans leur pays, ont été dernièrement rappelés par leurs Vicaires Apostoliques.
    Les dépenses sont toujours fort considérables ; celles de lannée dernière ont atteint le chiffre de 7868 f. Dans cette somme ne sont pas compris les frais dune nouvelle chapelle auxquels nos chers Confrères ont pu pourvoir par des moyens providentiels. Mais cette construction a donné lieu à de nouveaux besoins dont le principal est, pour le moment, une infirmerie pour remplacer celle qui, se trouvant sur lancienne chapelle, a dû disparaître avec elle. « Vous avez vu dans notre lettre commune, nous disent nos chers Confrères, que les maladies épidémiques nous ont atteints cette année, et malheureusement nous navons pour infirmerie provisoire quune salle de récréation cachée sous les arbres, sans air et sans lumière. Si nos craintes ne se sont pas réalisées, du moins est-il urgent que vous nous veniez en aide afin que nous ne laissions pas plus longtemps la santé de nos chers élèves exposée à de nouveaux dangers. »
    Les maîtres nont pas été comme quelques uns de nos élèves atteints par la contagion, mais presque tous ont été plus ou moins éprouvés par dautres maladies. Mr Languereau a vu jusquà deux fois la mort de très-près et son médecin prévoyant une rechute prochaine à laquelle il aurait succombé, sest hâté, aussitôt quil est entré en convalescence de lexpédier pour lEurope. Cest aussi par son ordre que Mr Martin, retombé déjà depuis longtemps dans son ancienne maladie, la diarrhée qui le minait peu à peu, est venu avec Mr Languereau chercher sa guérison en France. Leur voyage a eu de très-bons résultats et nous espérons que nous serons assez heureux pour vous annoncer lan prochain quils sont retournés, avec une bonne provision de santé, reprendre leurs fonctions du Séminaire doù il a fallu pour ainsi dire les arracher de force.

    Séminaire de Paris.

    Le nombre de nos aspirants a atteint cette année un chiffre inaccoutumé : nous en avions 80 avant le départ des 7 que nous expédiâmes le 16 mars dernier. Nous nous réjouissons dautant plus de cette augmentation extraordinaire que nous la regardons comme lindice de quelque dessein de miséricorde de la part de Dieu sur nos chères Missions, qui se trouveront ainsi mieux pourvues douvriers évangéliques, et pourront obtenir de plus consolants résultats.
    Vous savez déjà sans doute, Nosseigneurs et Messieurs, que le Gouvernement Français a pris des mesures avec les Directeurs de la Compagnie des Messageries Impériales pour le transport des Missionnaires et des Religieuses sur leurs bateaux à vapeur sans autres frais que ceux de la nourriture et du transit dAlexandrie à Suez. Cet arrangement diminuera de beaucoup les dépenses des voyages sans doute, mais comme, selon toute probabilité, nos envois et les retours pour raison de santé seront plus nombreux que par le passé, et que dailleurs les frais déquipement seront les mêmes quauparavant, la somme totale de ces dépenses ne sera pas très-considérablement diminuée. Nous devons vous faire observer aussi que, le nombre de ces passagers privilégiés étant limité à 10 par mois, nous pourrons bien nous trouver quelquefois exposés à des retards regrettables, si la Compagnie des Messageries sen tient littéralement à son engagement.
    Quant à laugmentation du personnel de nos aspirants, elle a eu une influence considérable sur le chiffre de nos dépenses tant parce que nous devons pourvoir à tous leurs besoins, que parce quils nous mettent dans la nécessité de faire des agrandissements considérables à notre Séminaire devenu insuffisant à nos besoins actuels. Les travaux que nous faisons faire en ce moment et qui sont déjà bien avancés, nous occasionneront une dépense de plus de 100,000 frs, vu lextrême cherté des matériaux et de la main duvre.
    Plusieurs de nos Vicaires Apostoliques ayant remarqué que le chiffre de leurs dernières allocations était moins fort que ceux des années précédentes, se sont plaint de cette diminution comme si elle eût été particulière à leurs missions respectives. Quil nous soit permis de leur faire observer ici que les allocations particulières étant subordonnées à lallocation générale qui est faite annuellement par les Conseils de la Propagation de la Foi, elles doivent en suivre les variations. Ainsi en 1859 et 1860, grâce à laumône du dernier Jubilé, notre allocation générale subit une augmentation considérable qui nous permit délever dans la même proportion les allocations particulières. Laumône du Jubilé se trouvant épuisée en 1861, notre allocation générale tomba de 880,000 francs, chiffre de lallocation précédente, à 700,000 francs non compris les dons particuliers, et cest à ce chiffre quelle sest maintenue depuis lors. La diminution des allocations particulières qui sen est suivie proportionnellement pour toutes nos missions, nest donc que le résultat nécessaire de celle de notre allocation générale.
    A ce sujet, Nosseigneurs et Messieurs, veuillez nous permettre de vous faire part dun mal entendu qui a été profitable à nos missions et préjudiciable à notre Séminaire. Voici le fait. Pendant deux années consécutives 1858 et 1859, les Conseils de la Propagation de la Foi, pour des raisons à eux particulières, retinrent sur notre allocation générale telle quelle parut sur les Annales, une somme de 60,000 francs qui ne figura pas et ne devait pas figurer dans notre répartition, comme nous eûmes lhonneur de vous en prévenir. Il nen fût pas de même en 1860. Pensant quaucune retenue de ce genre ne serait faite sur notre allocation,nous la répartîmes intégralement entre nos missions, et ce ne fut que postérieurement et quand il ny avait plus moyen dy rien changer, que nous nous aperçûmes par le solde de cette même allocation que nous avions compris dans les allocations particulières une somme de 60.000 francs qui ne nous avait pas été payée. Lespoir de faire rentrer peu à peu cette somme dans notre caisse par les boni que, grâce aux concessions de la Compagnie des Messageries, nous comptions pourvoir faire chaque année, nous empêcha de vous donner connaissance de cet incident. Si nous vous en parlons aujourdhui cest que nous avons acquis la presque conviction que, même avec ces boni, nous pourrons à peine arriver à la fin de lannée sans déficit, et dun autre côté, il ne sagit plus seulement de nous rembourser dune somme de 60,000 francs, mais encore de rechercher comment il nous sera possible de faire face à la dépense de plus de 200.000 francs que nous occasionneront tant la nouvelle Procure de Chang-hay que les agrandissements de notre Séminaire. Y appliquerons-nous les économies que nous pourrons faire sur les 80,000 francs que nous prélevons chaque année sur les fonds de la Propagation de la Foi pour le passage et léquipement des nouveaux Missionnaires ? Nous le ferions volontiers si linsuffisance de nos ressources qui saugmente en proportion du nombre de nos aspirants, ne devait les absorber.
    Dun autre côté nous ne pourrions accepter lidée qui nous a été suggérée par plusieurs de nos Vicaires Apostoliques de vendre nos Procures de Hong Kong et de Singapore pour fournir à létablissement de celle de Chang-hay, tant parce que cette Procure ne serait peut-être pas dans des conditions de sécurité assez rassurantes que parce quavant den venir là il faudrait, ce qui nest pas, quil fût bien constaté quelle peut suppléer aux deux autres devenues désormais inutiles. Quoi quil en soit, Nosseigneurs et Messieurs, soyez bien persuadés que nous aviserons aux moyens de faire honneur à nos affaires, qui sont aussi les vôtres, de la manière la moins onéreuse possible pour nos missions.
    Le 30 Janvier dernier nous reçûmes de Mr Drouyn de Lhuys, Ministre des Affaires Etrangères, une lettre dont nous reproduisons ici le texte, elle est adressée à Mr Albrand :
    Monsieur, Jai lhonneur de vous informer quen vertu dune décision approuvée par lEmpereur, une somme de 600,000 francs a été allouée à votre communauté sur les fonds de lindemnité chinoise. Cette somme est spécialement destinée à la construction de la Cathédrale de lEglise de lEvêché, de lEcole et du Collège à Canton, aux Missions du Sut-chuen, de la Mandchourie, du Thibet, de la Mongolie orientale et à lérection dune chapelle commémorative dans le Quang-si, sur le lieu même où fut martyrisé le R.P. Chapdelaine. Il est, du reste, bien entendu que les avances déjà faites par la Légation Impériale de Pékin à Mgr de Guillemin, viendront en déduction des 600,000 francs susmentionnés. Quant au reliquat il vous sera ultérieurement payé par les soins du Ministre de France en Chine, au fur et à mesure des rentrées opérées sur les Douanes Chinoises.
    Jespère, Monsieur, que votre communauté verra, dans cette allocation, relativement très-considérable, une nouvelle preuve de la constante sollicitude du Gouvernement de Sa Majesté pour la protection de la Religion et des intérêts français dans les parages de lextrême Orient.
    Son Excellence écrivit le 30 Mars une nouvelle lettre au même Confrère, voici ce quelle lui disait :
    Monsieur lAbbé, Jai lhonneur de vous informer, quen exécution du décret qui a alloué à votre Congrégation une somme de 600,000 francs sur les fonds de lindemnité de Chine, je viens dinviter le Ministre de lEmpereur à Pékin, à faire verser entre les mains de Monsieur lAbbé Libois, Procureur de vos missions, résidant à Hong Kong, la somme de 150.000 francs représentant le premier quart de votre allocation totale. Dans cette somme sont comprises bien entendu les avances faites par la Légation à Mgr Guillemin et destinées à la construction de la Cathédrale à Canton.
    Dans la lettre que jai eu lhonneur de vous écrire le 30 Janvier, comme dans la dépêche que jai adressée au Ministre de lEmpereur le même jour, lemploi de lindemnité allouée à la Congrégation des Missions Etrangères se trouve nettement déterminée, et je vous prie de vouloir bien transmettre au Procureur de vos missions les instructions les plus précises afin que les sommes soient réparties entre les établissements religieux et les provinces ecclésiastiques que vous administrez en Chine, conformément aux intentions du Gouvernement Impérial.
    Pour nous conformer aux recommandations de Mr le Ministre qui en désignant les Missions qui auraient part à cette indemnité, nous invite à donner à Mr Libois des instructions bien précises pour fixer la quotité de la somme qui doit revenir à chacune delles, ne layant pas fait lui-même, voici en quels termes nous avons écrit à ce cher Confrère : « Dans le cas où la Légation naurait rien statué à ce sujet, vous auriez la bonté de prier les parties intéressées de vous envoyer une copie des pièces quelles ont présentées pour avoir part à la susdite indemnité. Si le total de leurs demandes particulières forme celui de lindemnité accordée, alors plus de difficulté, sinon, il faudra établir une proportion basée sur les pertes plus ou moins grandes quauront souffertes les missions intéressées selon lévaluation de leurs Vicaires Apostoliques. Nous espérons que nos Vicaires Apostoliques apporteront tant de loyauté et de bonne volonté dans cette affaire quelle se terminera dune manière prompte et convenable. »
    Comme à compter de cette année nous espérons pouvoir vous envoyer un Ordo dans lequel se trouvera la nécrologie de ceux de nos Confrères quil aura plu à Dieu dappeler à lui chaque année, nous nen ferons plus désormais mention dans nos lettres communes. Le même ordo contiendra aussi le catalogue des Missionnaires vivants.
    Voici les noms et la destination des Missionnaires que nous avons expédiés depuis notre dernière lettre commune.

    Sont partis le 10 Août 1862 :

    Messieurs

    Drouillard, Jean-Théophile, de la Rochelle. Pondichéry.
    Recton, Pierre-Juien, de Laval. Pondichéry.
    Triquet, François, de la Hte Savoie. Coïmbatour.
    Cirou, Victor-Etienne, de Chartres. Mayssour.

    Sont partis le 18 Août 1862 :

    Messieurs

    Dugrité, Anatole, dAngers. Sut-chuen occidental.
    Patriat, Charles-Edmond, de Dijon. Sous-Procure de Singapore.
    Thiriet, Julien, de Nancy. Basse-Cochinchine.
    Rabardelle, Alfred, de Beauvais. Siam.
    Kieffer, François-Xavier, de Strasbourg. Siam.
    Aumaître, Pierre, dAngoulême. Corée.
    Chausse, Augustin, du Puy. Canton.
    Péan, Alexis-Adolphe, de Laval. Siam.
    Hue, François Pierre, de Coutances. Sut-chuen occidental.
    Mouroux, Charles-Marie-Louis, dOrléans. Canton.
    Gillié, Louis-Marie Magdelain, de Nantes. Mandchourie.

    Sont partis le 16 Mars 1863.

    Messieurs

    Provôt, Paul-Pierre, dAngers. Sut-chuen méridional.
    Chataignon, Marc, de Lyon. Sut-chuen méridional.
    Tarbes, Jean-Alphonse, de Tarbes. Pondichéry.
    Laucaigne, Joseph, de Tarbes. Japon.
    Patard, Jules-Marcel, de Séez. Pondichéry.
    Hoüery, Victor-Jean, de Nantes. Canton.
    Verchère, Jean-Marie-Philippe, dAutun. Canton.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un très-profond respect,

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et très-dévoués serviteurs,
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