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lettre n°

Lettre commune de 1862. Paris, le 16 Juin 1862. Nosseigneurs et Messieurs, Depuis plusieurs années nous vous avons annoncé une terrible recrudescence de persécution au Tonquin et en Cochinchine, mais bien que nous eussions de grandes craintes pour lavenir, nous espérons toujours que la liberté serait rendue à ces malheureuses missions avant quelles fussent venues à lextrémité où nous les voyons aujourdhui. Que de malheurs les accablent à la fois et les menacent dune ruine totale.
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    Lettre commune de 1862.

    Paris, le 16 Juin 1862.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Depuis plusieurs années nous vous avons annoncé une terrible recrudescence de persécution au Tonquin et en Cochinchine, mais bien que nous eussions de grandes craintes pour lavenir, nous espérons toujours que la liberté serait rendue à ces malheureuses missions avant quelles fussent venues à lextrémité où nous les voyons aujourdhui. Que de malheurs les accablent à la fois et les menacent dune ruine totale.
    Le traité de Pékin na pas non plus réalisé toutes les belles espérances quil nous avait fait concevoir dabord, et lédit que le nouvel Empereur a publié depuis laisse encore beaucoup à désirer pour ce qui touche notre sainte Religion ; il contient,nous dit-on un certain nombre de restrictions dont les Mandarins pourront encore abuser.
    Vous verrez dans les détails que nous allons vous donner sur chacune de nos missions quelle est sa position actuelle. Nous commencerons comme à lordinaire par nos missions de lInde.

    Pondichéry

    Cette mission continue, sous ladministration de Mgr Godelle, la marche progressive que lui avait imprimée son illustre et zélé prédécesseur, comme il découle de son dernier compte-rendu qui a donné 685 baptêmes dadultes et 2,787 denfants dinfidèles in articulo mortis. Sa Grandeur espère obtenir par la suite des fruits de salut encore plus abondants, surtout si le nombre de ses Missionnaires lui permet den consacrer spécialement quelques-uns à la conversion des païens. Nous laisserons Mgr Godelle exposer lui-même ses motifs despérance. « Ici, dit-il, nous avons un catéchuménat qui nétait fréquenté que par quelques personnes malheureuses, délaissés ; maintenant, depuis déjà un certain temps, il y a toujours plus dune centaine de personnes qui viennent en famille et par groupes, ce qui offre plus de garanties sur les dispositions et la persévérance de ces nombreux chrétiens et fait plus dimpression sur les autres païens, ce qui nous donne les plus belles espérances pour lavenir. Ces espérances jusquà ce jour sétaient bornées aux basses castes ; enfin quelques bonnes familles de diverses castes élevées, viennent heureusement douvrir le chemin, en recevant le baptême, à une nouvelle moisson parmi les hautes castes. Un riche païen Poussary (prêtre de sa caste) ayant eu le bonheur de céder à la grâce, est devenu lapôtre de sa caste ; plus de 60 païens apprennent les prières et le catéchisme pour recevoir le baptême. Dans une autre caste distinguée, un groupe se prépare pour se déclarer publiquement quand ils seront assez nombreux pour avoir moins à redouter les effets de la persécution. »

    Coïmbatour.

    Mgr Godelle, obligé de quitter cette mission pour aller remplir à Pondichéry le vide quy avait laissé la mort de Mgr de Drusipare, en a confié ladministration à Mr de Gélis, son Provicaire. Cest à une lettre écrite par ce cher Confrère, en date du 24 9bre dernier que nous empruntons les détails suivants :
    Le province du Coïmbatour est depuis 4 ou 5 ans en proie à une disette approchant de la famine et qui est occasionnée par une longue sécheresse. La misère du peuple est à son comble à cause de lexcessive cherté des denrées, et les Missionnaires ne pouvant plus se suffire avec leur viatique ordinaire, reçoivent des suppléments destinés à dautres besoins. De là vient que les travaux de plusieurs églises commencées dans certains postes des plus importants de la mission, sont interrompus faute des fonds nécessaires pour les continuer. Cest aussi pour cette même raison que bon nombre de chrétientés nont point encore de maisons pour recevoir les Missionnaires malgré les inconvénients qui en résultent souvent pour leur santé.
    Le Séminaire et les Ecoles sont une autre source de grandes dépenses pour la mission du Coïmbatour. Ainsi Mr de Gélis fait observer que la translation du Séminaire de Caroumatampatty à la ville de Coïmbatour lui a occasionné une dépense de plus de 8000 roupies dans le cours de ces deux dernières années. Mais les résultats ont dépassé les espérances quon avait fondées sur cet établissement auquel on a joint un externat. Il compte actuellement plus de 200 élèves de tout rang, de toute caste, de toute condition, de toute religion voire même des Protestants et des Turcs. Ces succès glorieux pour les Catholiques, ont été pour les Protestants, le sujet dune profonde humiliation, vu quun grand nombre de ces élèves ont quitté lécole quils entretiennent à grands frais dans la ville de Coïmbatour pour venir étudier chez nos Confrères, où ils trouvent des soins bien plus assidus et beaucoup plus consciencieux de la part des Professeurs. Cest un terrible échec pour la Propagande protestante qui na pas de plus puissant moyen que celui de ces mêmes écoles auprès des enfants catholiques. Il en serait de même dans tous les principaux centres de la population si les ressources de la mission permettaient dy ouvrir des écoles catholiques.

    Mayssour.

    Mgr Charbonneaux continue, daprès lordre quil en a reçu de Rome, la visite apostolique de toutes les missions des Indes, demeurée inachevée par la mort de Mgr de Drusipare. Nous navons rien trouvé dans le compte-rendu de Mr Jarrige, Provicaire de Mgr Charbonneaux qui demande une mention particulière. Le nombre des baptêmes dadultes est de 150, et celui des enfants in articluo mortis de 118.

    Birmanie.

    Le roi est toujours plein de bienveillance pour les Missionnaires et pour Mgr Bigandet en particulier, mais ce qui rend cette mission vraiment intéressante et lui permet despérer de grands succès pour lavenir, ce sont les nombreuses conversions quobtiennent ceux de ses Missionnaires employés plus spécialement à la conversion des païens.
    « Au Nord et à lEst de cette ville, nous écrit de Rangoon Mgr Bigandet, nos confrères qui évangélisent les peuplades demi-sauvages qui sont dans les bois, ont obtenu de bien satisfaisants et consolants succès. Un deux, le P. Naude, a baptisé pendant le cours de cette année plus de 400 adultes. Un autre en travaillant avec une admirable zèle, à établir sur de solides bases une nouvelle chrétienté de près de 900 âmes, a ajouté à son troupeau 60 adultes. »
    Depuis 2 ans, de nombreuses troupes de Shans, peuplades sauvages, sont venues sétablir sur le territoire anglais pour obtenir sécurité et protection. Le Révérend Père Da Cruz est parvenu à les fixer et à les établir en villages sur un terrain que le gouvernement lui a cédé. En cette année seule il a baptisé plus de 70 adultes. Ses efforts se sont aussi dirigés du côté des Birmans et il est parvenu à en baptiser un bon nombre dans les villages qui sont autour de la ville.
    Dans une lettre de fraîche date de Mgr Bigandet nous dit : « Nous avons reçu la visite de Mgr Charbonneaux le visiteur apostolique. Je puis vous assurer que cette visite a été des plus agréables pour moi. Je nai quà me louer des bons procédés du visiteur apostolique et de ses deux assesseurs. Ils ont laissé parmi nous limpression la plus favorable et la plus avantageuse. Ils ont passé 15 jours avec nous à Rangoon et sont repartis pour Madras.
    Le nombre total des baptêmes dadultes pendant lannée est de 598 et celui des enfants dinfidèles en danger de mort de 2910.
    Les écoles de garçons sont confiées aux Frères des Ecoles chrétiennes, et celles des filles aux Surs, de St Joseph de lapparition. Les unes et les autres donnent dexcellents résultats.

    Malaisie.

    De retour de sa visite pastorale, Mgr Boucho nous a écrit une lettre portant la date du 8 Mars de laquelle nous extrayons le passage suivant : « Nous espérons que le bon Dieu bénira toujours sa grande uvre de la Propagation de la Foi, même au milieu de ces jours néfastes, qui semblent devoir tout détruire et engloutir, et que la bonne part que vous nous ferez dans ces aumônes, nous permettra détendre nos travaux dans la presquîle malaise où il se trouve maintenant plusieurs centaines de mille chinois et Mautras dans les terres de Johor, non loin de Singapore. Mais pour commencer cette uvre il faut au moins de 8 à 10 mille francs. Déjà une partie des chrétientés chinois de Singapore ont été sy fixer dans lespoir bien fondé dy former de grandes plantations de poivre et de gambier, et Mr Paris qui a visité ces lieux, se propose dy fonder prochainement une belle mission. Dailleurs nous ne pouvons abandonner ces braves gens qui ne quittent Singapore que parce que le terrain y est épuisé. »
    Adultes baptisés en santé 238 ; à larticle de la mort 141 ; baptême denfants païens moribonds, 56, abjuration du protestantisme, 8.

    Siam.

    Mr Dupond nous donne des détails fort intéressants sur une chrétienté quil est sur le point de fonder à Prickprie, lieu charmant, où le roi de Siam fait bâtir en ce moment une magnifique villa. La Providence a préparé les esprits à recevoir la bonne nouvelle du salut par les prédications dun excellent chrétien chinois entrepreneur dune partie des travaux de ce palais, lequel on écoute dautant plus volontiers, quon sait quil jouit de la faveur du roi et des grands mandarins. Le roi a permis à nos Confrères de sy établir et dy prêcher notre Sainte Religion. Mr Dupond y a déjà passé 14 jours pendant lesquels il a baptisé 7 catéchumènes, bénit un mariage et disposé un bon nombre de Chinois à recevoir plus tard la grâce du baptême. « Sous le rapport physique, nous dit ce cher Confrère, ce pays est le paradis de Siam ; bon air, des montagnes et des plaines magnifiques. Le Gouverneur y organise tout à lEuropéenne ; on peut sy promener à pied, à cheval, en voiture, chose impossible dans le reste du royaume. Le bazar est mieux fourni quà Bankok ; aussi depuis que les Européens ont découvert ce pays de cocagne, ils y font de fréquentes visites et y restent le plus longtemps quils peuvent. »
    Nous trouvons sur le tableau dadministration 128 baptêmes dadultes, et 1164 denfants de païens in articulo mortis.

    Cambodge.

    « Pendant les 6 premiers mois de lannée, le Cambodge a eu la guerre avec létranger, et pendant les six autres mois il a été en proie aux horreurs de la guerre civile, nous dit Mgr Miche dans une lettre portant la date du 26 Décembre dernier. Jai cru un moment dans cette dernière période que toute la mission allait être anéantie, mais celui qui sait tirer le bien du mal même, et qui, en dépit de la volonté des hommes, dirige tous les événements vers le but quil veut atteindre, achèvera son ouvrage, et tout annonce que la mission du Cambodge loin de gémir sur les tribulations passagères qui lont éprouvée, naura quà sen réjouir. Aujourdhui il faut être chrétien pour être respecté. Des païens, les plus riches commerçants de Pénonysiub, se réfugient auprès de nous, et cherchent à Pinhalu un asile quils ne trouveraient pas si assuré partout ailleurs. »
    « Depuis un mois les chrétiens de Basse Cochinchine arrivent ici par centaines ; persécutés par les Mandarins, pillés, dévastés par des bandes de brigands, ils viennent chercher près de nous une sécurité quils ne peuvent plus trouver dans leur patrie. Tous les jours je fais des distributions de riz à 8 ou 9 cents de ces infortunés dont un bon nombre na apporté au Cambodge que ses quatre membres, mais mon grenier sépuise, et la faim renaît tous les jours. Ajoutez à cela que nous avons la perspective dune disette pour lannée prochaine. »
    Dans une lettre de Mr Osouf, en date du 7 Mars dernier, nous trouvons les nouvelles suivantes : « Mr Cordier (Provicaire de Mgr Miche) est toujours à Mitho en Basse Cochinchine. Je viens de recevoir une lettre de lui dans laquelle il mannonce quil a reçu des nouvelles du Cambodge. Mgr Miche avait envoyé dans la 1e quinzaine de Janvier, une barque pour porter des lettres en Cochinchine. La barque, ses deux rameurs et les lettres ont été saisis par les pirates des Mandarins ; lun des deux rameurs sur lesquels on a fait jouer le rotin pour tacher den obtenir des révélations, a réussi à séchapper, et cest de lui que Mr Cordier me dit avoir appris beaucoup de nouvelles toutes extrêmement tristes. Une lettre de Mgr Miche, datée du 15 Janvier et arrivée à Mi-tho par une barque chinoise païenne confirme ces nouvelles. Le bruit qui avait couru à Compot et dont je vous parlais dans ma dernière lettre est bien exact ; les rebelles voulaient semparer de Mgr Miche, de ses Missionnaires et même de ses chrétiens pour les emmener à Chaûdoé et les livrer aux Mandarins annamites.

    Cochinchine occidentale.

    Nous emprunterons aux lettres de Mgr Lefebvre les détails que nous allons donner sur cette mission.
    « La seule ville de Saigon où se sont réunis huit à dix mille chrétiens, nous dit ce Prélat, est le seul point où ils jouissent dune certaine sécurité contre la persécution ouverte, et au point de vue de la moralité, la situation y est devenue pire quailleurs. A certaine distance de la ville, les chrétiens sont encore tous les jours exposés à être traqués, pourchassés et massacrés par les païens non sincèrement soumis, et par les insurgés excités par les anciens Mandarins ou officiers civils qui ont perdu leur place. Depuis quelques mois seulement, nous avons eu 20 chrétiens de la province de Saigon emmenés captifs par les émissaires des mandarins de Bien-hoa et massacrés après. »
    « Vous parlerai-je de ces horribles massacres de nos chrétiens qui avaient cru pouvoir rester dans cette province de Bien-hoa, voisine de Saigon ? Hélas, je ne puis y songer sans ressentir une cruelle douleur. A loccasion de la prise de la ville principale de cette province 300 fidèles réunis dans une même prison ont été la proie des flammes par ordre des mandarins, au moment où ils évacuaient la ville, et si, bon nombre dentre eux ont pu retirer leur pieds des entraves qui les retenaient et échapper à lincendie, ils ont été percés de lames par les soldats et les gardes nationaux païens ; cest à peine si on peut en compter 8 ou 10 qui sont arrivés près de moi couverts de plaies et dans létat le plus déplorable, et quelques uns sont morts après. »
    « Cependant ce nétait que le prélude de maux plus grands encore. Après la prise de Bien-hoa, restait à soumettre une Sous Préfecture où les Mandarins sétaient retirés comme dans le dernier rempart de la province ; on la nomme Baria. Quatorze cents chrétiens étaient là renfermés dans 4 prisons nouvellement construites avec les ruines de leurs propres maisons. Les matériaux avaient été enduits de bitume et dautres matières inflammables dans un esprit de prévision diabolique On a vu se renouveler sur une plus grande échelle la scène navrante de Bien-hoa, quoique quelques geôliers et petits mandarins aient eu assez dhumanité pour ouvrir eux-mêmes les portes de la prison, et quun chef de canton nait pas craint de se compromettre gravement en donnant un ordre dans ce sens, il est cependant trop vrai quenviron la moitié de ces Confesseurs de la foi a été livrée aux flammes, ou massacrée Un Missionnaire qui a suivi lexpédition minforme quil menvoie un convoi de 200 veuves et orphelins atteints par les flammes plus ou moins gravement. Le gouvernement vient un peu à mon aide, mais dune manière insuffisante.
    « Il ny a plus de place dans lhôpital que jai fondé, car il ne peut contenir que 45 lits. Les païens et les chrétiens y sont admis indifféremment. Nous avons la consolation de voir quaucun des païens qui meurent là ne refuse le baptême. Cinquante-cinq ont été baptisées dans cette maison dans le courant de lannée. Un village entier, situé non loin de la ville de Saigon a demandé ou demande à se convertir, cest ce qui nous a fait obtenir le chiffre de 980 baptêmes dadultes. Mais ailleurs, les infidèles ne trouvent pas que létat actuel des choses offre assez de sécurité pour se faire chrétien, au risque dêtre ensuite exposés aux vexations des partisans de lancien gouvernement et à la vengeance des anciens mandarins, sils pouvaient jamais revenir. »

    Cochinchine orientale.

    Les détails suivants nous ont été communiqués par Mr Herrengt dans une lettre portant la date du 31 Janvier dont nous ne donnons quun extrait.
    « Bientôt Mgr Cuenot, dont je vous ai annoncée larrestation, fut attaqué dun diarrhée violente qui lépuisa dautant plus rapidement, que pendant toute la durée de sa détention il ne put absolument rien prendre de la nourriture quon lui préparait, aussi dès le 14 Novembre expirait-il dépuisement. A peine avait-il rendu le dernier soupir de quelques heures, quun ordre du Roi arrivait, ordonnant de le décapiter immédiatement Personne ne put approcher de ce Prélat pendant sa détention pour recueillir ses dernières volontés ; sil les avait consignées quelque part, ce testament aura été détruit avec les autres papiers, livres et effets de la mission qui ne possède plus le moindre objet de cette nature. La débâcle est plus terrible encore que je ne la croyais en vous écrivant ma dernière lettre. Javais laissé dans la mission 22 prêtres indigènes : 13 sont tombés entre les mains des mandarins ; 2 sont disparus sans quon sache ce quils sont devenus, 6 sont à errer sur les montagnes ; un seul a pu séchapper et arriver jusquici (à Saigon) à travers les plus grands périls. La moitié des élèves du Séminaire, tous ceux du petit Collège toutes les religieuses au nombre de 250 et les 13,000 chrétiens que compte la seule province de Binh-Dinh sont entre les mains des Mandarins. Tous sont marqués sur la figure des lettres infamantes (Ta dao) religion perverse ; tous ont au cou la cange ou la chaîne, parfois les deux ; tous sont disséminés dans les villages païens par fractions proportionnées à limportance du village, et parqués dans de misérables hangards autour desquels on a entassé toutes sortes de matières combustibles pour brûler les prisonniers quand le jour en sera venu. Au moment du départ de la barque sur laquelle est venu le prêtre qui ma communiqué ces détails, la nouvelle se répandit que deux villages avaient brûlé leurs prisonniers pour se délivrer de la corvée de devoir veiller à leur garde et quils sétaient excusés auprès du mandarin en donnant lincendie comme le résultat dun accident. Voilà, Messieurs et chers Confrères létat pitoyable où se trouve notre pauvre mission. Quel remède à des maux si grands et si cruels ? En vérité je nen vois plus. Un miracle du ciel peut seul sauver quelques débris de cette mission jadis si justement fière de ses belles chrétientés et de ses 35 000 chrétiens. »
    « On vient de décapiter au Phu-Yen six chrétiens qui avaient été condamnés avec sursis. »

    Cochinchine septentrionale.

    Mgr Pellerin attend avec une vive anxiété à Singapore le moment où il lui sera donné de rentrer dans sa chère et malheureuse mission. Hélas ! que de ruines ny trouvera-t-il pas amoncelées ! Plus près du pouvoir qui a lancé les terribles édits de persécution, elle aura dû être moins épargnée que les autres. Nous ignorons, il est vrai ce qui sy est passé depuis la dernière lettre de Mgr Sohier, qui est de vieille date, mais nous pouvons juger daprès ce quil disait alors du passé quels ont été les maux de lavenir qui lui causait déjà de si vives appréhensions.

    Tonquin méridional.

    Mgr Gauthier a quitté Hong-Kong avec les élèves de son Séminaire pour se rendre à Saigon afin dêtre tout prêt à rentrer dans sa mission, aussitôt que la chose sera possible. Il est bien à craindre quil nattende encore longtemps. Sa Grandeur nous écrivait tout dernièrement : « Je nai pas reçu de nouvelles de ma mission depuis le mois de Mai dernier. A cette époque Mr Bailier mécrivait que toutes nos propriétés, par suite de la trahison de quelques faux frères avaient été confisqués, que deux de nos prêtres indigènes avaient été décapités pour la foi, quun autre était mort en prison et quun quatrième était encore détenu dans les prisons du chef-lieu de la province ; il nous parlait aussi, mais sans donner de chiffre, du grand nombre de chrétiens qui souffraient dans les prisons. »
    Depuis lors les choses ont bien changé de face, et le manque total de nouvelles pendant un si long espace de temps ne peut être que dun très-mauvais augure.

    Tonquin occidental.

    Les nouvelles les plus récentes qui nous soient parvenues de cette mission sont du mois de Juillet 1861. La persécution suivait son cours mais elle navait pas encore poussé les choses aux dernières extrémités. « Vous voyez, nous disait à ce sujet Mgr Theurel, que notre état actuel est le même que celui de lan passé, cest-à-dire que nous sommes toujours agonisants sans mourir jamais. Hier je me suis laissé dire quun nouvel édit dune rigueur infinie venait dêtre publié, mais comme je ne lai pas vu, et que dans ce pays souvent centics auditum non sicut semel visum, je ny ai pas encore ajouté foi. »
    Il paraît cependant que la publication de cet infernal édit nétait que trop vraie à en juger par les déplorables événements qui sont venus depuis lors à notre connaissance par une voie indirecte. « Nous avons reçu de bien tristes nouvelles du Tonquin, nous écrivait Mr Libois le 31 Janvier. Mgr Hermosilla a été arrêté le 20 octobre et conduit à la capitale du Tonquin. Sa Grandeur errait sur le fleuve dans une barque : Elle navait plus de refuge à terre, car au Tonquin comme en Cochinchine, les chrétiens sont dispersés chez les païens qui se partagent les biens des chrétiens à condition quils paieront les impôts que devaient payer les chrétiens, et quils fourniront les soldats quils devaient fournir. Cinq païens répondent dune famille chrétienne. »
    « Il est bien à craindre que tous les Missionnaires qui sont dans lintérieur ne soient pris et mis à mort, car ils nont plus de refuge chez les chrétiens et comment en trouver chez les païens ? Errer sur les fleuves et dans les forêts, cest aussi bien difficile et bien dangereux pour la santé ; puis, qui leur procurera de quoi vivre ? Nous navons reçu aucune lettre de nos Confrères du Tonquin occidental ; les communications sont devenues impossibles entre eux et les Pères Espagnols, par conséquent, ils nauront pas reçu les 3000 piastres que javais adressées à Mgr Alcassar pour quil les leur fit passer. »
    Quelle triste position pour nos pauvres Confrères qui, éloignés de la mer, nont pas comme les Dominicains lespoir de pouvoir senfuir, ou dêtre secourus par celui de leurs confrères qui réside à Lafou, chrétienté chinoise très-voisine de leur Mission du Tonquin de laquelle elle dépend.

    Sut-chuen occidental.

    Mgr de Maxula, après un apostolat de 40 ans est allé recevoir la récompense de ses longs travaux et de ses rares vertus. Sa mort a eu lieu le 6 Mai 1861, et il a été remplacé par Mgr Pinchon son Coadjuteur. « Létat actuel du Sut-chuen occidental, nous dit ce Prélat, est déplorable à navrer le cur ; plus de 300,000 rebelles ou scélérats le ravagent en tous sens. Partout les maisons de campagne, les petites villes, les marchés etc. sont réduits en cendres. Les habitants pourchassés, massacrés ; les femmes soumises aux derniers outrages, emmenées captives, et puis tôt ou tard massacrés. Partout des populations immenses sont sans maisons, sans habits, sans nourriture.
    Nous sommes cruellement éprouvés de plusieurs façons et cela au moment où nous avions lieu despérer que nos maux allaient cesser pour toujours. Les rebelles, les brigands, le peuple, les Mandarins, tous se soulèvent contre les chrétiens. Néanmoins la Providence veille sur nous dune manière toute spéciale et nous continuons de faire notre uvre au milieu e toutes les tempêtes. Tout en souffre il est vrai, mais quy faire ? »
    « Comme nos pertes sont immenses, que beaucoup de nos prêtres ont été dépouillés de tout et quil faut les remonter malgré la crainte de les voir encore perdre ce quon leur donne ; que notre Collège de Mo-pin a été pillé par les barbares ; que nos chrétiens sont pour la plupart réduits à la mendicité, ayant perdu maisons, habits, céréales etc etc. je vous prie de vouloir bien augmenter notre allocation ; sans cette précaution il nous est impossible de faire face à nos affaires courantes. Au moins la moitié de nos pauvres chrétiens accourent à nous pour nous dire quils nont ni riz, ni habits, ni argent pour en acheter. La misère est incalculable. »
    Le nombre des baptêmes dadultes est de 212.

    Sut-chuen oriental.

    Mgr Desflèches na rien négligé pour tirer le meilleur parti possible des concessions faites à Pékin en faveur des Missionnaires et des chrétiens, mais les bons résultats nont répondu que faiblement à ses efforts. Il a trouvé dans certains mandarins et même dans le peuple une grande opposition au traité de Pékin qui, dans certaines localités na fait que susciter une recrudescence de haine contre les chrétiens et donner lieu à de nouvelles vexations : Cest ainsi que deux prédicateurs de Sa Grandeur ont été fustigés au point dêtre laissés pour morts sur la place.
    Voici quelques détails relatifs à létat de cette mission que nous extrayons dune lettre de Mgr Vinçot en date du 28 Octobre 1861. « Jattendais la paix pour vous donner de bonnes nouvelles. Elle est venue cette paix tant désirée ; mais la province est dans un tel état de désolation que nous ne pouvons en jouir ; les ravages croissants des rebelles qui sont encore une fois à une journée Tchong-Kin et qui peuvent nous surprendre à limproviste, nous jettent dans de terribles angoisses. Les Mandarins civils sont devenus militaires ; les militaires refusent de se battre et samusent en ville pendant que le peuple des environs est pillé et massacré ; cest le monde renversé. Depuis 6 mois je ne visite pas les chrétiens, jai été chargé par Sa Grandeur daller voir les Mandarins de tout le Vicariat (sans doute pour les engager à publier le traité de Pékin et à le faire observer). Jen ai vu la moitié seulement, les troubles mempêchant daller plus loin. Quatre fois le peuple ameuté a voulu me battre, mais le bon Dieu ne la pas permis ; on na pas osé me toucher. Maintenant encore les païens nous molestent et même plus quauparavant par haine contre les Européens. Les conversions sont difficiles et rares. Les lettres et la secte des Tsin lien Kiao (espèce de Francs-maçons) que suivent presque tous les globules un peu distingués, nous font une guerre à mort. Ils disent que notre but unique est danéantir leur secte et leur doctrine et ne cessent dexciter le peuple contre nous. Dans ! endroits les chrétiens ont été battus ou maltraités ; les Mandarins nous donnent raison, mais ils ne punissent pas les coupables par mauvaise volonté ou impuissance. Partout ce nest que malheur ; le tiers de nos chrétiens ont eu leurs maisons brûlées etc. etc.

    Sut-chuen méridional.

    Cette nouvelle mission dont Mgr Pichon, Evêque dHélénopolis, est Vicaire apostolique a aussi passé par le creuset des tribulations. « Je me bornerai à vous dire que nos angoisses sont grandes et nos calamités extrêmes. Les campagnes se changent en déserts ; les bourgs, les villes mêmes sont livrés aux flammes. Des milliers et des milliers dinfortunés sont actuellement massacrés ; dautres se donnent eux-mêmes la mort ; des femmes et de jeunes personnes se précipitent dans les eaux des fleuves ; ceux-ci vont chercher un asile au fond des cavernes ; ceux-là succombent à la faim. » Tel est le navrant tableau que nous présente Mgr Pichon. Il se plaint aussi de ce que les Mandarins ne se pressent pas de publier le traité de Pékin.
    « Il est à propos que nous fassions observer Nosseigneurs et Messieurs que la mission du Sut-chuen méridional compte actuellement 3000 chrétiens de plus que lannée dernière et quelle sest accrue de tout le territoire annexé alors à la mission de Mgr Thomine, Vicaire apostolique du Thibet. Ce Prélat voulant profiter des concessions du traité de Pékin autorisant la libre circulation des Missionnaires, munis dun passeport, se mit en route avec ses Missionnaires, (un seul excepté) pour Lassa, capitale du Thibet, et laissa à la charge de Mgr Pichon la partie du Sut-chuen dont il navait accepté ladministration que provisoirement et autant quelle lui serait utile pour se rendre au Thibet. Nous allons vous faire connaître maintenant ce que nous avons appris de cette tentative.

    Thibet.

    Mgr Delamare avait apporté de Pékin deux passeports autorisant MM. Renou et Fage, anciens Missionnaires du Thibet à se rendre à Lassa ; autorisation qui ne pourrait manquer de paraître étrange si on ne savait pas quun certain nombre de principautés qui séparent la Chine du Thibet appartiennent exclusivement à la Chine, quelle a sur plusieurs autres une autorité mixte et quelle exerce à Lassa même, au moyen de son ambassadeur une influence à laquelle le faible gouvernement thibétain na pas encore essayé de se soustraire. Le vice-Roi du Sut-chuen instruit par Mr Fage du dessein quavait Mgr Thomine daller établir sa résidence dans la capitale du Thibet consentit à lui donner un passeport général et porta même la bienveillance jusquà faire annoncer sur toute la route Mr Fage et ses compagnons de voyage.
    La petite caravane sétant organisée à Ta tsien lou en partit le 7 Mai accompagnée de soldats chinois et indigènes nécessaires à sa sécurité ; elle était précédée du drapeau français porté par un chrétien officier dans larmée chinoise, en habit dordonnance et portant son globule de mandarin. Grâce à cet attirail et aussi sans doute à leurs passeports, nos voyageurs reçurent partout de la part des autorités un accueil honorable et bienveillant excepté à Kiang-Xa petite ville en bourgade résidence dun mandarin chinois et du gouverneur thibétain de la province du Kam. Informés lun et lautre de la prochaine arrivée de la petite caravane, non seulement ils ne firent point préparer le Kong-Kouang ou hôtel des mandarins en voyage, comme tout cela sétait pratiqué sur toute leur route, mais encore ils essayèrent dameuter le peuple contre eux. Voici ce que nous écrit à ce sujet Mgr Thomine : « Comme cétait là que nous attendaient les consolations du cur, la Providence avait permis que là aussi lhorizon se rembrunît pour nous. Là nous devions trouver Mr Renou, ce Missionnaire courageux et qui a fondé létablissement de Bonga dans une vallée sauvage, où poursuivi par la malveillance dhommes ennemis de la religion qui avaient formé le dessein de semparer de cet établissement, il était demeuré imperturbable au milieu des balles tirées sur lui, sétait vu frapper, renverser à terre, et le sabre appliqué sur son cou prêt à lui donner la mort ; maintenant à Kiang-Ka depuis 20 mois, réclamait avec énergie et persévérance une justice quon lui refuse, des garanties pour son établissement menacé et pour la sécurité de sa propre vie ; nous allions le serrer dans nos bras, le féliciter de sa noble conduite de Missionnaire et des souffrances réitérées que depuis 5 ans il avait endurées pour lamour de Dieu et pour commencer la mission du Thibet, dont il avait tenté lentrée dès 1849. »
    Dieu fit tomber une pluie battante qui nous dispensa des honneurs et des dangers de la réception mandarine et populaire et nous permit darriver sans encombre à la demeure de Mr Renou dont la cordialité nous dédommagea abondamment de nos peines et des fatigues de notre voyage dont javais eu ma bonne part, vu létat de maladie dans lequel je métais mis en route et le défaut total dune nourriture convenable. Nous remîmes à ce cher Confrère les pièces officielles qui le concernaient, et je le chargeai de tous les rapports civils et obligés avec les Mandarins. Maintes conférences publiques eurent lieu tant avec le mandarin chinois quavec le gouverneur thibétain qui furent toujours mis au pied du mur et vaincus en raison, mais qui en actes demeuraient toujours nos ennemis Etant restés deux mois à Kiang-Ka sans pouvoir rien obtenir nous jugeâmes quil était temps de partir pour Tchamouta et Lassa afin de traiter laffaire de Bonga devant les Mandarins qui sont les supérieurs immédiats du Théoupi (nom du Gouverneur thibétain de Kiang-Ka, tout en accomplissant nos projets pour la mission du Thibet. »
    Mgr Thomine prit avec lui MM. Renou et Desgodins quil destinait à Lassa et laissa à Kiang-Ka MM. Fage, Gontelle et Durand qui devait se rendre à Bonga dès que Sa Grandeur aurait pu obtenir la sécurité pour eux et leur établissement des mandarins de Tchamouts.
    Voici comme Mgr Thomine parle de ce second voyage : « Pour faire contraste avec la froideur de Kiang-Ka et les peines que Mr Renou y a endurées, les chefs indigènes qui avaient eu occasion de le connaître sont venus au-devant de nous, se sont empressés de nous faire fête, de nous accompagner, de nous conduire eux-mêmes chez les autres chefs leurs parents ou amis, en sorte que de station en station nous avons eu les plus vives sympathies et le plus cordial accueil ; ainsi pendant les 6 jours où il faut voyager sur le territoire de Tchaia, indépendant du gouvernement de Lassa et qui fait acheter le droit de passage aux mandarins chinois, nous navons trouvé que de la bienveillance, des attentions, des procédés amicaux qui nous ont forcé dy séjourner deux jours de plus, au point que même un Boudha vivant de la Lamazerie qui est le Suzerain du pays ma demandé dy fixer des Missionnaires français. La route ainsi était facile ; partout le Tchang-tchou-la de la Lamazerie de Tchaia gouverneur du pays avait envoyé préparer les oulas pour les transport de nos effets et nous faisait accompagner par son interprète outres les soldats qui nous étaient partout donnés en cortège »
    « Le 19 Août nous arrivâmes heureusement à Tchamouto. Cétait là que Mr Renou avait en 1849 été arrêté, jugé et delà reconduit à Canton ; cest là aussi que la Providence sest plue à multiplier les honneurs et la bienveillance qui nous a été constamment témoignée jusquà ce jour au-delà de tout ce que nous avons trouvé quelque part que ce soit. Le mandarin militaire au grade de colonel, le mandarin civil, tous leurs subordonnés, toute la garnison viennent nous recevoir en dehors de la ville, et nous offrir le thé sous une tente préparée pour nous faire honneur. Puis on nous fait conduire à la maison préparée et ornée tout exprès pour nous, où les repas mandarins composés de ventres de poisson, ailes de requin etc, des mets les plus chers et les plus recherchés en Chine nous sont offerts. Viennent aussi les offrandes de la grande Lamazerie. Cest un mouton tout écorché monté sur ses quatre pattes, un demi-buf couché sur une longue civière, des sacs de riz, de farine et autres comestibles. Ces hommes, ces bons procédés qui nont pas cessé pendant les 10 jours que nous devions passer ici, ne pouvaient manquer dêtre le prélude de quelque mésaventure. En effet comme nous faisions nos préparatifs de départ pour le lendemain matin, le 28 Août, le mandarin civil qui a été jusquà présent pour nous un ami dévoué et à qui nous devons tout ce qui sest fait de bienveillant pour nous dans ce pays, vint nous prévenir que sur le midi était arrivé au Tchang-tchou-ba (le Boudha vivant qui nous avait fait un accueil si bienveillant) un courrier thibétain portant des lettres émanées des 3 grandes Lamazeries de Lassa par lesquelles des menaces de guerre, de destruction, de peines terribles sont intimées à tous les chefs indigènes et à toutes les Lamazeries qui se trouvent sur la route conduisant à Lassa depuis Lanten à Kiang-Ka si quelque indigène que ce soit vend, donne ou fournit bois, eau, vivres, quoi que ce soit, aux Missionnaires français annoncés comme devant se rendre à Lassa. Ces menaces ont jeté la frayeur dans la Lamazerie de Thcaia, car celles de Lassa lui ont déjà fait éprouver de graves dommages étant beaucoup plus nombreuses et par conséquent plus puissantes. Le Tchang-tchouba sengage à nous conserver ses bons procédés, mais il refuse les oulas (bêtes de somme) promises pour le lendemain. »
    Nos chers Confrères protestaient énergiquement contre ces ordres des grandes Lamazeries de Lassa et leur bienveillant ami, le mandarin militaire de Tchamouto se hâta denvoyer leurs protestations tant aux Délégués impériaux résidant à Lassa quau vice-roi du Sut-chuen qui a la haute direction sur eux. A peine ces dépêches étaient-elles parties, quarrive un courrier accéléré, apportant un ordre officiel des délégués impériaux de Lassa, de bien traiter nos Confrères et de leur fournir les moyens darriver en sûreté au terme de leur voyage. Cette nouvelle leur causa une grande joie, néanmoins ils crurent prudent, vu lexaspération des Lamas, dattendre la réponse à leurs protestations que la poste accélérée devait apporter dans 20 jours. « Pendant notre attente dit Mgr Thomine, passent ici de nouvelles lettres de Pékin et du Sut-chuen en notre faveur. La poste est fort occupée pour nous. Mais le 11 Septembre les deux premiers mandarins viennent nous donner communication officielle des pièces quils reçoivent à linstant même de Lassa, de ces mêmes délégués impériaux qui précédemment leur avait écrit dune manière si favorable en notre faveur. Ces Messieurs ordonnent que nonobstant les traités et pièces impériales en vertu desquelles nous sommes venus, on nous reconduise au Sut-chuen comme on fit il y a quatorze ans pour MM. Huc et Gabet. Les deux mandarins chargés de nous communiquer ces ordres venaient en même temps pour nous engager avec politesse sur nos pas. Avant de leur laisser le temps de nous faire cette invitation, nous commençâmes par protester contre lordre et la conduite des délégués impériaux, et déclarer que nous allions envoyer nous mêmes notre protestation au Vice-roi du Sut-chuen par les mains de qui toutes ces pièces doivent passer avant quelles soient envoyées à Pékin. Ces mandarins qui sont fort bien avec nous et nous traitent avec tous les égards possibles, comme de grands personnages, ont mis la poste à notre disposition et se sont chargés de transmettre nos protestations. »
    « Nous, à Thcamouto nous avons été constamment lobjet des attentions des autorités locales et du peuple qui a demandé lui-même à venir monter la garde à notre porte contre les envoyés mal intentionnés de Lassa. Mais il nen a pas été de même de nos Confrères que nous avions laissés à Kiang-Ka. Ils se sont trouvés dans une situation extrêmement critique qui a montré leur foi et leur courage. Ces lettres et ce tapage des Lamazeries de Lassa étaient dus originairement au gouverneur indigène de Kiang-Ka qui, dans son mauvais vouloir contre nous, avant notre départ de cette localité, avait envoyé un courrier à Lassa pour provoquer ces mesures. Cétait là que les réponses de Lassa devaient surtout être mises à exécution. En effet, ce gouverneur affiche une ordonnance par laquelle il défend sous de très-graves peines de fournir à nos Confrères, soit à prix dargent, soit en don, de quelque manière que ce soit, eau, bois, comestibles, ou autres choses nécessaires à la vie. Là nous avons bien des amis. On apporte à nos Confrères trois charges de bois. Les bêtes de somme étaient encore à la porte, le chef thibétain les fait saisir, et empoigner celui qui le conduit et lui fait asséner 30 coups de bâton. Une veille femme, le second jour leur apporte quelques petites provisions. On en a connaissance, on larrête et elle est également maltraitée. La maison sans cesse est épiée, il faut que les Missionnaires partent ou meurent de faim. En vain vont-ils trouver le mandarin chinois qui a si longtemps dénié la justice à Mr Renou ; sa mollesse nobtient du gouvernement thibétain, auteur de lordonnance, que cette réponse : « Jai reçu deux fois des ordres des grandes Lamazeries de Lassa dafficher cet édit contre des hommes qui ne sont ni sujets de lEmpereur, ni de sa religion et je ne le retirerai point. » Les pauvres Missionnaires dont les provisions allaient bientôt être épuisées, déclarent au mandarin quils ne quitteront point leur poste, quils ont des ordres des Empereurs de France et de Chine (leurs passeports), quils tueront leurs mulets pour soutenir leur vie, et que quand ils nauront plus rien à manger, ils iront mourir à sa porte. Puis, comme sur toutes la route les soldats se sont déclarés nos amis, nos Confrères nous font parvenir par un courrier accéléré du Gouvernement des lettres qui nous décrivent leur triste position. Mais Dieu qui ne laisse jamais ses enfants sans consolation, dun côté leur envoie un chef indigène des environs qui soffre à leur faire parvenir en secret ce dont ils auront besoin ; ce Quentchra qui nous a reçu à notre passage avec tant de cordialité, qui nous a forcés de séjourner chez lui un jour, qui nous a fait fêter par ses amis avec lesquels il nous a accompagnés pendant 3 jours, cet homme à qui Dieu jespère fera la grâce un jour dembrasser la foi. Dun autre côté un jeune thibétain dune bourgade voisine vient nous offrir ses services, tandis que la pauvre femme qui était avant cela notre fournisseuse ne rencontre jamais un serviteur de nos Confrères sans se mettre à pleurer. Après quelques jours aussi arrivèrent au prétoire des lettres de Pékin et du Sut-chuen. Cest le grand ministre des affaires étrangères, cest le vice-roi du Sut-chuen qui envoient des ordres pour nous bien traiter, nous citant par nos noms sept Missionnaires du Thibet, déclarant que nous pouvons aller partout et quon nait point à nous en empêcher, mais que partout on nous reçoive comme il convient. Il semblait aussi, daprès ce qui nous a été rapporté, que le mandarin chinois de Kiang-Ka aurait été menacé une de ces lettres au moins de perdre sa place. Cest alors quil a agi près du gouverneur avec plus defficacité, mais encore dune manière fort bornée, car lordonnance qui défend de procurer quelque nourriture aux Missionnaires est restée affichée, seulement le chef thibétain a placé au-dessus une ordonnance qui permet de leur vendre ce dont ils auront besoin ; mais nos chers Confrères ne purent encore rien se procurer sans la permission donnée à chaque fois par le dit gouverneur. La bonne Providence avait ses vues en nous faisant rester à Tchamouto. Non seulement il nous a été possible de donner quelquefois des ordres, des conseils, des prières au gouverneur de Kiang-Ka par ses supérieurs qui nous montrent ici tant de bonne volonté, mais dans cette dernière circonstances, le Tong-lui qui a le rang de colonel à mis à notre disposition son aide-de-camp et la envoyé avec un de nos hommes pour venir au secours de nos Confrères. Un des grands généraux thibétains qui se trouve en mission extraordinaire à Tchaia a aussi écrit sur la demande que lui en adressait Mr Renou au gouverneur de Kiang-Ka qui est son inférieur de plusieurs degrés. De sorte quaprès larrivée des porteurs de ces lettres les ordonnances ont disparu et nos Confrères sont redevenus libres. Cest aujourdhui, 29 Octobre que jen reçois la nouvelle par le retour de nos envoyés. »
    Dans une autre lettre, Mgr Thomine sexprime ainsi : « Notre retard ici nest que passager, nous avons autant de garanties quon peut en avoir que nous irons à Lassa, mais ce retard qui nous a contrariés sans doute est ici une préparation à lEvangile et ce point qui est un des plus importants du Thibet pour les communications avec toutes les petites principautés du Kam, avec le Kokonor, le Sut-chuen, le Yun-nan etc., est un de ceux qui demanderont au plus tôt des Missionnaires. On men a demandé à Thcaia, divers chefs indigènes qui ont entendu parler de notre Sainte-Religion à Kiang-Ka, sont ébranlés. Malgré ce que nos ont à souffrir dans cette localité nous avons des amis dans la garnison et surtout dans le peuple quon a cherché en vain à ameuter contre nous. Aux environs de Bonga un village entier nattend que la fin du procès pour se donner à nous, trois autres sont fort ébranlés. Déjà deux Thibétains, malgré labsence des Missionnaires ont déclaré vouloir se faire chrétiens et ont commencé à apprendre les prières. A Lassa le peuple est pour nous, dans les 3 grandes Lamazeries on est même fort partagé, ce qui rend furieux les Lamas zélés pour leurs diableries. Partout on parle de nous, des chefs indigènes qui ne nous ont point encore vus nous font des avances, jusque de Djachilomba on nous fait adresser le désir de nous voir. Ainsi une grande porte est ouverte à lEvangile. Donc je vous prie et vous supplie de nous envoyer des Confrères. »
    « Nous sommes à bout de finances, et si nous ne recevons pas promptement des secours, nous allons nous trouver fort embarrassés. Je comptais sur le capital avancé à nos marchands de Lassa, mais la persécution nous a fait tout perdre. Ainsi toute la réserve de la mission se trouve épuisée, mes ressources particulières lont été en Chine. Voyez notre état et tachez dy pourvoir. Ce nest pas sans argent quon peut commencer une mission comme la nôtre. »
    Nos chers Confrères sont encore à 35 ou 40 journées de Lassa et cest la partie de la route la plus difficile. Une fois arrivés à Lassa, nous dit Mr Desgodins, une de nos premières occupations sera certainement de faire imprimer les livres de religion imprimés par Mr Renou qui sait la langue thibétaine en maître. Sont déjà prêts à être mis sous presse un recueil de prières, le petit et le grand catéchisme, un abrégé de la doctrine chrétienne et la vie de N.-S. J.-C. Cest une petite bibliothèque mais que dargent ne faudrait-il pas pour faire graver toutes les planches nécessaires. Ces livres répandus dans le peuple et les Lamazeries feront certainement grand bruit et donneront un mouvement prononcé à notre sainte cause. »
    Nous avons déjà commencé tout en voyageant luvre de la conversion de ce bon peuple. Quatre jeunes gens sont venus soffrir à nous pour nous suivre jusquà Lassa où ils allaient faire un pèlerinage, et nous servir pendant la route. Maintenant ils savent déjà quelques prières chrétiennes quils récitent matin et soir, ils apprennent leur catéchisme et sont décidés à rester avec nous. »

    Yun-nan.

    Mgr de Philomélie ayant chargé Mr Huot son Provicaire de nous rendre compte de ce qui sest passé dans cette mission dans le courant de lannée dernière nous allons donner un extrait de sa lettre :
    « Sur la fin de lannée dernière et au commencement de celle-ci, nous dit ce cher Confrère, ces barbares (les Mant-sé) sont sortis de leurs montagnes beaucoup plus nombreux quils ne leussent jamais été, aussi se sont-ils étendus très-loin et nous ont-ils enveloppés de tous côtés. Au premier bruit de leur arrivée, toute la population des alentours sest réfugiée chez nous. Mgr de Philomélie a reçu dans sa résidence plus de 2000 personnes sans distinction de païen ou de chrétien. (a) Au collège nous en avions près de 1000. Malheureusement tous nont pas eu le temps darriver, les femmes surtout. Nous avons perdu ainsi 60 chrétiens dont 20 ont été massacrés de suite. Je ne puis pas dire le nombre de païens tombés entre leurs mains, seulement on peut croire quil a été très-considérable, puisque la population a diminué de moitié. Lennemi est venu jusquà nos portes, sans oser toutefois les forcer. Ils ont pour sen dédommager, mis le feu à la plupart des habitants qui, dans ce pays-ci sont disséminés dans toute la campagne. Hélas, mon bien cher Confrère, que de misères sont passées sous nos yeux dans ces jours de malheurs !
    « Après le départ des barbares, nous avons été visités pour la disette dabord, cela était immanquable ; ensuite par la peste, cest à peine si une famille sen est sauvée. Nous avons perdu 250 chrétiens, grands ou petits. Nos écoles ont été diminuées de moitié. Celle des petites filles que nous avons ici a perdu la moitié, les autres les deux tiers de leur population. Grâce à linépuisable charité des chrétiens dEurope, et à luvre quon ne peut trop louer et bénir de la Propagation de la Foi, aucun de nos chrétiens nest mort de faim. Oh ! que de bénédictions nous avons reçues des païens mêmes dans ces jours de malheur ! Nous ne les avons pas prises pour nous : elles ne pouvaient nous revenir. Par lentremise de nos anges gardiens, nous les avons envoyées au trône de Dieu afin quelles retombent en pluie de grâces et de mérites sur ces âmes généreuses et pleines de foi, qui ne se contentent point de soulager leurs frères dEurope, mais viennent encore au secours des plus anciennes misères. Nos dépenses ont été grandes, mais nous sommes sûrs davance que le conseil de luvre nous saura gré de les avoir faites généreusement puisquelles ont sauvé plus de 3000 personnes. »
    « Depuis plus dun an nous ne savons rien de Mgr Chauveau, ni de Mr Leguilcher, ni de

    (a) Cette résidence est très-isolée et protégée par des montagnes dun accès fort difficile ; en outre nos chers Confrères lont fait environner dun mur et se sont procuré quelques armes à feu très-redoutées de ces sauvages pour se défendre en cas dattaque.

    personne de la moitié de notre mission.
    Nous avons reçu une lettre fort intéressante de Mr Fenouil nous annonçant son arrestation par les terribles Mant-sé, qui le mirent dans un état de nudité complète, malgré la rigueur du froid, et ne lui rendirent la liberté quaprès 48 heures de souffrances passées au milieu deux, faveur quil nest pas dans leurs habitudes daccorder à leurs prisonniers qui nont à attendre deux que lesclage ou la mort.

    Koui-tcheou.

    Mr Mihière nous écrit de Hong-Kong en date du 26 Avril : « Jai à vous annoncer des nouvelles plus tristes encore que les précédentes. Une lettre de Mgr Desflèches nous dit que notre mission a encore à compter 5 nouveaux martyrs, parmi lesquels est un de nos Confrères, Mr Néel. Sur leur refus dapostasier, ils ont été juridiquement décapités sur la place publique par le mandarin de Kay-tcehou, ville de 3e ordre. Notre cher Confrère, interrogé sur ses noms et titres, a répondu quil était Français et prédicateur de la Religion chrétienne, et en preuve il a exhibé son passeport, mais le mandarin a répondu que cette pièce émanant dun pouvoir étranger, navait aucune autorité auprès de lui. Quand jaurai de plus amples détails, je mempresserai de vous les communiquer.
    Le traité de Pékin qui assure aux chrétiens du Céleste Empire le libre exercice de leur religion a excité chez certains mandarins un redoublement de haine contre eux et les Européens. Un jeune général en chef des troupes impériales du Koui-tcheou sest signalé sous ce rapport entre tous les autres. Non seulement il sest refusé à la publication de ce traité, mais encore il en prit prétexte pour commencer contre nos Confrères et leurs néophytes une série de vexations qui ont abouti aux glorieux martyre de quatre de ces derniers. Ce fut alors que Mgr Faurie dont les protestations contre de pareils actes avaient été dédaignées, se décida à députer Mr Mihière, son Provicaire, à Pékin, pour porter ses plaintes au représentant de notre gouvernement. Nous laisserons ce cher Confrère raconter lui-même ce qui se passa dans ce voyage.
    « Ayant appris, dit-il, du Consul français résidant à Tien-tsin qui nest quà deux ou trois journées de la capitale, que la légation française ne voulait absolument pas que personne se rendît à la ville impériale sans une autorisation expresse, jécrivis de suite à Mr Bourboulon pour lui demander cette permission ; le consul appuya ma demande, mais malheureusement pour notre affaire, larrivée de ma lettre coïncida avec le départ de Mr Kleskowski de cette capitale de lEmpire pour Canton. Son voyage était nécessité par différentes affaires à arranger. Il neut que le temps daller de la part de Son Excellence le Ministre auprès du Prince Koug, demander de pleins pouvoirs pour le Vice-roi de Canton où les affaires du Koui-tcheou devaient être traitées. Le Vice-Roi a accordé à peu près tout ce que demandait Mr Kleskowski. Voici quelles sont les conditions de cet arrangement.
    1° Il faut restituer tous les objets, ornements, livres etc. encore existant ;
    2° Si on ne peut pas tout restituer (ce qui est certain) on devra payer à lEvêque une indemnité de 500 taëls ;
    3° De plus une somme de 250 taëls sera payée pour chaque chrétien mis à mort, en tout 1000 taëls.
    4° Les persécuteurs devront élever un monument ou tombeau à chacun des chrétiens décapités.
    Ce châtiment tout léger quil soit, natteindra probablement pas le coupable qui, rusé et méchant saura bien trouver les moyens de sy soustraire. Aussi ne sommes-nous pas sans crainte que le recours à Pékin, qui cependant était indispensable dans une circonstance aussi grave, ne serve quà rendre les chrétiens et les Missionnaires de plus en plus odieux et ne donne lieu à de nouvelles vexations contre eux. Ce quil y a de certain, cest quimmédiatement après lexécution des 4 martyrs, il y a eu des menaces terribles dexterminer tous les chrétiens et tous les Diables dEurope. Aussi un de nos Confrères du Koui-tchéou nous écrivait-il alors : Notre position est beaucoup pire quavant ; depuis quelques mois on ne peut ni prêcher, ni baptiser, ni presque rien faire nulle part. Joignez à cela tout ce que nous avons à souffrir des insurgés, puis jugez de notre position. »
    Des nouvelles postérieures nous ont appris que la mission du Koui-tchéou était assez tranquille.

    Quang-tong et Quang-si.

    « Les uvres que nous avons faites dans le courant de cette année 1861 se réduisent aux suivantes, nous dit Mr Guillemin.
    1° Indépendamment du bel emplacement qui nous a été accordé pour élever une église et y grouper nos uvres, nous avons encore acheté une cinquantaine de maisons ou baraques, pour rendre le terrain régulier et pouvoir nous renfermer chez nous. »
    2° Nous avons acheté en outre un bel emplacement dans lintérieur de lancienne ville, afin de conserver un pied dans cette partie importante de la Cité, et nous y établirons plus tard une chapelle pour les chrétiens, une salle dinstruction pour les païens et une petite pharmacie pour faciliter le baptême des enfants trouvés ;
    3° Nous avons retiré des mains des païens un beau et vaste terrain situé à une demi-lieue de la ville, lequel comprend environ 4000 pieds de circonférence, et servait de cimetière aux anciens chrétiens, nous lavons environné dun talus, dune belle haie et nous lavons rendu à sa première destination, après y avoir élevé une petite chapelle et un village chrétien pour la sûreté du lieu ;
    4° Nous avons récupéré un autre terrain servant de tombeau à un ancien Père Jésuite avec des terres données par lEmpereur Kang-hy pour son entretien. Nous avons réparé le tombeau et il forme un des monuments les plus honorables pour la religion et pour la France dans ces contrées.
    5° Nous avons élevé quelques nouvelles chapelles dans lintérieur de la province et pour cela nous avons dû en acheter le terrain ;
    6° Nous venons de jeter les fondements dun orphelinat qui doit trouver place à lun des coins de lemplacement que nous occupons. Il contiendra 120 enfants de 12 à 18, et cette uvre de charité due à la Sainte Enfance fera, jespère le meilleur effet sur la population chinoise. »
    Postérieurement à ce qui précède, Mgr Guillemin a encore obtenu du Vice-Roi de Canton plusieurs autres concessions importantes, tant dans cette ville que dans lintérieur de la province.
    Le tableau dadministration donne 543 baptêmes dadultes et 3212 denfants dinfidèles en danger de mort.

    Mandchourie.

    Nous avons appris avec une vive satisfaction que Mgr Vérrolles sétait empressé de profiter des concessions du traité de Pékin pour réaliser un projet quil nourrissait depuis plusieurs années, celui denvoyer deux Missionnaires pour visiter les établissements fondés récemment par les Russes dans le Nord de la Mandchourie et sassurer sil y aurait quelque bien à faire parmi eux ou les indigènes de ces contrées. Les deux Missionnaires choisis pour cette tentative furent MM. Venault et Franclet.
    Ayant envoyé aux Annales une longue et très-intéressante relation de ce dernier Confrère, nous nous contenterons de citer ici quelques passages de la lettre quil nous écrivit, via St Pétersbourg, en date du 30 Août dernier ; voici ses paroles :
    « Sur lAmour dans tout son cours, et sur lOnsouri jusquà la Corée, de 7 en 7 lieues de distance, le gouvernement russe a formé des stations ou colonies militaires, des villes où lon voit partout déjà des églises et des Popes. La population de la colonie sélève à 20,000 hommes, parmi lesquels peuvent se trouver disséminés cinq à six cents catholiques de tout grade et de toutes classes absolument sans prêtres. »
    « Je madressai à lamiral Kasakewicht, gouverneur de cette colonie, pour savoir sil nous serait permis, comme par le passé dexercer notre ministère auprès des peuplades idolâtres actuellement soumises au gouvernement de la Russie et en outre si nous pourrions nous occuper des catholiques polonais, bâtir des Eglises, etc. Il me répondit dune manière à ne me donner aucune espérance, à moins que par le moyen de lAmbassade Russe à Paris, et de lAmbassade Française à St Pétersbourg, on obtint du gouvernement Russe la permission ou lautorisation que lui même nose pas accorder, parce que son gouvernement pour ces pays, a pourvu aux besoins des Infidèles, et par ses prêtres catholiques polonais peut pourvoir tôt ou tard aux besoins de la colonie catholique. »
    Ce fut alors que Mr Venault retourna près de Mgr Verrolles pour lui rendre compte de ce qui sétait passé et savoir ce quil se proposait de faire par la suite.
    « En attendant, nous dit Mr Franclet, je passe lhiver au confluent de lOussouri, à Kabarovka, dans une maison que le gouvernement russe, sous tous les rapports bienveillant pour moi, ma offerte gratuitement ; je suis même venu et je vais men retourner gratuitement sur un vapeur russe à Kabarovka où je me propose de me reposer en apprenant le Russe et le Mandchou, peau de poisson. »
    Nayant point reçu de nouvelles de Mgr Verrolles depuis le retour de Mr Venault, nous ignorons quelle aura été sa détermination.

    Corée.

    MM. Landre et Joanno, après plus de 3 ans de tentatives inutiles et fort dispendieuses ont enfin pu entrer dans leur mission avec deux autres nouveaux Confrères. Cest par la barque qui les a portés jusquau rendez-vous où les attendait celle de Mgr Berneux que ce Prélat nous a fait parvenir une lettre portant la date du 16 Février 1861, dans laquelle il se contente de répondre à celles quil a reçues de nous, se réservant à nous faire connaître les résultats de son administration et létat actuel de sa mission dans la lettre quil nous écrit chaque année par lambassade Coréenne à Pékin. Voici cependant un fait remarquable que nous trouvons dans sa lettre : « Lorsque les conditions du traité de Pékin ont été connues à Geoul (capitale de la Corée) la terreur sest répandue dans tout le royaume ; on sattend à la guerre avec les Européens ; cette appréhension a fait tomber tout le commerce ; on ne songe quà fuir dans les montagnes. Au milieu de ce désordre, des bandes de voleurs se forment, la guerre civile est imminente. Pour prévenir tant de maux, jai essayé de rassurer les esprits contre la crainte dune guerre étrangère, en faisant proposer aux Ministres de faire accorder par le Roi la liberté de religion comme on la accordée en Chine, mais personne nose se charger de mon message. »

    Japon.

    Mr Girard, Supérieur de la Mission, sert toujours dinterprète au Consul français chargé daffaires ; il réside tantôt à Yado, la capitale, tantôt à Yokohama, petit ville à quelques lieues de Yedo, qui est devenue un des comptoirs des commerçants étrangers. Cest dans cette ville que MM. Girard et Mounicou viennent de construire la première Eglise du Japon. « Vous apprendrez avec plaisir, nous écrit Mr Girard, que notre église de Yokohama, après 14 mois de travaux incessants, vient dêtre terminée. Nous lavons bénite et inaugurée le 12 Janvier au milieu dune affluence nombreuse de résidents de tous pays et de toutes religions Les Japonais visitent notre église du matin au soir. » Dans une lettre postérieure, le même Confrère ajoute : « Notre église continue à être le but des visites, je dirai presque des pèlerinages dune foule de Japonais, non seulement de Yokohama, Kanogaoua, Yedo et leurs environs, mais même des provinces les plus reculées. La curiosité si naturelle aux Japonais est assurément la cause première ou plutôt unique de ces visites, mais toujours est-il quelles nous offrent loccasion dannoncer Dieu, Jésus-Christ et son Saint Evangile à une foule de gens qui nous écoutent avec le plus grand intérêt et qui ne peuvent manquer de rapporter aux autres Japonais les choses pour eux si nouvelles et si frappantes, que nous leur apprenons. Je puis vous dire à la lettre, Messieurs, que depuis un mois lEglise ne désemplit pas du matin au soir, et que depuis cette époque nous exposons chaque jour au moyen des tableaux qui la décorent, labrégé de notre sainte Religion à des centaines de personnes. On nous a dit que notre église avait dès le principe tellement frappé les Japonais quil en avait paru un dessin à Yedo, dont on avait tiré de nombreuses copies qui se répandaient partout. Nous sommes grandement étonnés de voir que jusquà présent le gouvernement Japonais na mis aucun obstacle à ce concours de visiteurs qui, non contents de nous écouter dans lEglise, viennent encore nous adresser des questions dans notre habitation. Ce concours est encore trop nouveau pour que nous puissions en conclure quelque chose sous le rapport des conversions ; mais sil continue, nous ne pourrons nous empêcher den espérer en Dieu dheureux résultats, et sil cesse, nous y verrons clairement lopposition du gouvernement. »
    « Le gouvernement a constamment lil sur nous, écrit Mr Mounicou, à la date du 6 Décembre 1861 ; il épie toutes nos démarches ; nos domestiques nous sont enlevés après quelques mois de services et nous savons de source certaine que deux individus ont été envoyées dans les prisons de Yedo pour nous avoir vendu deux livres sans lautorisation spéciale de leurs chefs. »
    A Yedo même et dans les campagnes environnantes, on trouve encore des colonnes de pierre sur lesquelles sont mentionnés les édits de persécution ; on y voit la croix, et le peine de mort est décrétée contre celui qui donnera à ce signe la moindre marque de respect. Malgré ces obstacles les Missionnaires ont lespérance davoir bientôt deux chrétiens. « Avant lachèvement de notre église, écrit Mr Girard, un vieillard de 76 ans que nous avions rencontré dans une de nos promenades, et à qui nous avions dit quelques mots de la bonne nouvelle, a continué depuis ce temps à venir de deux lieues chercher auprès de nous à des époques réguliers de nouvelles explications sur le culte du vrai Dieu. Sil continue encore quelque temps à montrer la même assiduité et le même désir de sinstruire, nous nhésiterons pas à le baptiser bientôt. »
    « Ces jours derniers, (lettre de Mr Mounicou du 1er Février 1862,) nous est arrivé un Japonais dune soixantaine dannées qui venait visiter lEglise ; Mr Girard, frappé de son maintien religieux, lui demanda en sortant sil connaissait celui à qui il venait dadresser sa prière. Sur sa réponse négative il lui dit quil le lui ferait connaître quand il aurait le temps de venir lécouter. Pas plus tard que maintenant, lui répondit le Japonais. Mr Girard le prit au mot et lentretint assez longtemps. Je reviendrai demain, dit-il en sortant. En effet, quoique le lendemain fut le premier jour de lannée Japonaise, et quil tombât de la neige en abondance, le nouveau prosélyte reparut, désireux davancer dans la connaissance de la doctrine dont on lui avait parlé la veille. Le jour suivant il vint encore, et le quatrième jour il vint jusquà trois fois. Il écoute avec une docilité denfant, et toutes les fois il sen va avec la résolution de revenir sinstruire de nouveau. De pareilles dispositions nous font espérer que nous pourrons ladmettre prochainement au catéchuménat et bientôt après au baptême. »
    Mr Girard a reçu labjuration dune Dame protestante qui a été baptisée avec ses quatre enfants. Plusieurs autres conversions se préparent parmi les Protestants et parmi les Chinois.
    Mr Mermet est toujours à Hakodaté dans lîle de Yesso, où il soccupe à composer et à traduire en Japonais des livres sur la religion qui seront très-utiles aux Missionnaires.
    « Les Japonais assurent que Mr. Mermet parle et écrit le Japonais aussi bien que les indigènes qui ont reçu la meilleure éducation. Les gouverneurs de lîle le traitent comme peut être aucun autre étranger nest traité au Japon. Les fonctionnaires et les marchands parlent de lui avec le plus grand respect. Quant à ses élèves et à leurs parents, ils le regardent comme une espèce de divinité. » Voilà ce quécrivait dernièrement à un journal anglais qui se publie en Chine, son correspondant de Hakodaté. Puissent ces bonnes dispositions des Japonais à légard de Mr Mermet occasionner quelques conversions.
    Les deux Missionnaires qui résident à Nafa dans les îles Loutchou, MM. Furet et Petitjean, voyant quil leur était impossible de faire des chrétiens à cause de lopposition du gouvernement, se sont décidés à faire une démarche officielle. Ils ont écrit une lettre au roi pour lui demander lautorisation de prêcher lEvangile, et ils ont joint à leur lettre une apologie de le religion chrétienne. Cette démarche na pas été couronnée de succès, au moins jusquà présent. Les autorités Lout-chouanes ont pris connaissance de la lettre, mais ils ont répondu aux Missionnaires que la religion de Confucius était suffisante pour Lout-chou.
    Une lettre de Mr Libois en date du 31 Mars et que nous avons reçu dernièrement nous donne les nouvelles suivantes : « Vous savez déjà que Mr Girard a terminé sa chapelle à Yokohama et quil la ouverte au public. Les Japonais sy sont portés en foule pour lexaminer dans ses plus petits détails. Nos Confrères nont rien dit les premiers jours, mais voyant que les visites continuaient Mr Girard sest mis à prêcher ; les Japonais lont écouté avec plaisir et ne se sont montés que plus empressés de venir à lEglise pour lentendre. On ne parlait plus dans toute la ville que de la nouvelle doctrine et beaucoup paraissaient convaincus ; déjà plusieurs demandaient la formule des prières pour les réciter et parlaient de renoncer au Camis. Le gouvernement paraissait laisser faire et nos Confrères étaient dans la jubilation, « mais voilà que le 18 Février, mécrit Mr Mounicou dans un P.S., les Mandarins se réveillent de leur assoupissement, ont répandu la terreur de tous côtés en emprisonnant une trentaine dindividus pris sans doute parmi ceux qui sétaient montrés les plus assidus. » (a)

    (a) Dans une lettre du 25 Février, Mr Girard vient de nous annoncer que 33 personnes avaient été arrêtés le 1er Jour et 22 le second ; mais que sur les vives instances de Mr de Bellecourt, notre Consul au Japon, le gouvernement avait consenti à leur rendre la liberté à la condition quil engagerait nos chers Confrères à ne plus prêcher en Japonais. Il nest pas nécessaire de faire observer que MM. Girard et Mounicou nont rien promis, et quils ne tiendront compte de la recommandation du gouvernement quautant quil sera nécessaire pour ne pas compromettre le succès de leur ministère.

    Une ambassade Japonaise a déjà fait un assez long séjour à Paris et doit y revenir de nouveau avant de quitter lEurope. « On a été fort surpris en France quelle ne fût pas accompagnée dun interprète tandis que nous avons au Japon plusieurs Missionnaires très-capables de remplir cette fonction avec distinction. Le gouvernement lui-même a paru très-désappointé et mécontent. Les rapports avec les Japonais ont dû en effet être grandement gênés, la communication ne pouvant se faire que par lintermédiaire dun interprète étranger qui ne pouvait pas même sexprimer en français.
    Cette faute, car cen est une, nest nullement imputable à nos chers Confrères ; ils ont le cur trop français et lâme trop apostolique pour navoir pas accepté avec bonheur, si elle leur eut été faite, une proposition qui leur aurait fourni loccasion de se rendre utiles à leur pays et de faire honorer notre sainte Religion par le peuple le plus intolérant du monde.

    Séminaire général de Pulo-Pinang.

    Le personnel des élèves est de 135, nombre qui dépasse de 5 celui de lannée dernière. Les dépenses de cet établissement continuent à être très-fortes à cause de lexcessive cherté des denrées. Cette année elles devront encore subir une augmentation tant à cause du personnel plus nombreux que de la construction dune nouvelle chapelle, devenue indispensable, dont une partie des frais pourrait bien rester au compte du Séminaire, vu linsuffisance des secours qui ont été recueillis jusquici. Quoi quil en soit, nous ferons tout notre possible pour maintenir sur un bon pied un établissement dont nous navions jamais si bien compris toute limportance que dans les circonstances actuelles où le clergé indigène du Tonquin et de la Cochinchine a déjà été en grande partie victime de la persécution et est menacé dun anéantissement total. Puissent ces jeunes élèves, dont la grande majorité appartient au royaume dAnnam, être les dignes successeurs de ces prêtres si recommandables par leur zèle et la fermeté de leur foi pour laquelle un grand nombre dentre eux ont fait le sacrifice de leur vie.

    Procures de Hong-kong et de Singapore.

    Nous navons rien de particulier à dire sur ces deux établissements qui fonctionnent toujours de la manière la plus satisfaisante sous la sage, prudente et intelligente direction des Confrères qui sont à leur tête.

    Séminaire de Paris.

    Le nombre de nos aspirants depuis les vacances sest maintenu à une moyenne de 60, mais nos envois ont été beaucoup moins nombreux que les années précédentes. Depuis le 9 Août 1861 jusquau 31 Mars 1862, nous navons expédié que 13 Missionnaires. Cela tient à ce quil nous est arrivé peu de sujets déjà prêtres, et à ce quun petit nombre des autres ont été élevés au Sacerdoce à lordination de Noël. Après la Trinité, nous serons en mesure de pouvoir envoyer une quinzaine de nouveaux Missionnaires, dont huit ne feront que remplacer ceux qui partirent de Bordeaux sur la Mercédès en juillet 1860, dont jusquici nous navons pas eu de nouvelles. Ils seront ainsi que les autres expédiés là où les besoins nous sembleront le plus urgents. Ils nest presque aucune de nos missions qui ne nous ait adressé des demandes vives et pressantes daugmenter le nombre de ses ouvriers. Celles qui nont rien à craindre de la persécution, notamment celles de lInde, se plaignent de navoir pas assez de Missionnaires pour en consacrer quelques-uns exclusivement à la prédication aux païens ; en Chine, bien que la proclamation de la liberté religieuse laisse encore beaucoup à désirer, il est absolument nécessaire daugmenter considérablement le clergé si on veut tirer quelque avantage des concessions déjà obtenues par les traités, et qui seront suffisantes pour procurer dimmenses succès à notre sainte Foi, si comme il est permis de lespérer, notre gouvernement en poursuit lobservation exacte. Dun autre côté, si le bon Dieu permet dans sa miséricorde que la persécution cesse enfin en Cochinchine et au Tonquin, quy trouvons-nous, sinon quelques rares débris de ces 200 prêtres indigènes que comptait encore naguère le royaume dAnnam, et dont une partie encombre actuellement les prisons, doù ils ne sortiront, si on ne les brûle pas vifs, que pour aller livrer leur tête au bourreau, tandis que presque tous leurs autres malheureux Confrères errent sans feu ni lieu jusquà ce que la faim vienne mettre un terme à leur pénible existence ou quils tombent entre les mains de leurs persécuteurs qui ne leur feront pas grâce. Qui donc relèvera de leurs ruines ces belles missions qui comptaient près de 500 000 chrétiens aujourdhui sans asile et esclaves des païens possesseurs de leurs propriétés ? Cest là, Messieurs, le principal objet de nos préoccupations, celui pour lequel nous implorons instamment le secours de vos prières. Ah ! puisse Celui qui nafflige que pour consoler nous permettre denvoyer bientôt à ces âmes si profondément désolées des Missionnaires au cur de Père qui mettent le baume sur leurs plaies, et réparent, autant que possible, les ravages de la plus terrible des persécutions. » (Extrait de notre dernier rapport aux Conseils centraux de la Propagation de la Foi.)
    Un de nos Vicaires Apostoliques, qui a grand besoin daugmenter le nombre de ses Missionnaires, nous recommandait tous dernièrement de faire tout ce qui dépendrait de nous pour seconder les voies de la Providence et attirer chez nous un plus grand nombre de vocations, nous lui avons répondu : « Nous croyons, Monseigneur, pouvoir nous rendre le témoignage que nous navons rien négligé sous ce rapport. Les annales de la Propagation de la Foi ont fait connaître à leurs lecteurs nos besoins et nos vux à ce sujet, et de plus nous aplanissons, autant que possible, les voies aux demandes dadmission, quand dailleurs elles offrent de bonnes garanties. Nos Vicaires Apostoliques comprendront sans doute que nous ne pouvons pas faire davantage et voudront bien unir leurs efforts aux nôtres. »
    Depuis le 24 Octobre 1860 jusquau 31 Mars 1862 nous avons expédié 18 Missionnaires dont voici les noms et la destination.

    Sont partis le 24 Octobre 1860

    Messieurs

    Pageau, Sylvain dAutun, pour le Coïmbatour.
    Graby, Théodule Etienne de Besançon, pour le Coïmbatour.

    Sont partis le 5 Mars1861

    Messieurs

    Tardivel, Jean Baptisite de St Brieux, Birmanie.
    Chevillon, Emile Bernard dAire, pour la Birmanie.
    Devos, Benoît Louis de Cambrai, pour la Birmanie.

    Sont partis le 9 Août 1861.

    Messieurs

    Crabouillet, François Louis Victor de Nancy, Sut-chuen méridional
    Lepley, Jules de Bayeux, Tonquin occidental.
    Braud, François Auguste dAngers, Canton.
    Lizé, François-René de Rennes, Cochinchine occidentale.
    Azemar, Henri Jean Antoine de Rodez, Cochinchine occidentale.
    Gernot, Charles Joseph de Metz, Cochinchine occidentale.
    Eveillard, Donatien de Nantes, Cochinchine occidentale.

    Sont partis le 31 Mars 1862.

    Messieurs

    Dubail, Constant de Strasbourg, Mandchourie
    Chabauty, Ludovic Charles de Poitiers, Sut-chuen méridional
    Rigaud, Jean François de Besançon, Sut-chuen oriental.
    Houillon, Jean-Baptiste de St Dié, Sut-chuen méridional.
    Cambier, Désiré Edouard de Cambrai (agrégé à Orléans) Sut-chuen oriental.
    Genevoise, Félix Chrysostôme Joseph du Nord, Canton.

    Nécrologie.

    MM. Drouet, Sécher, Giers, Sonnet, Guignard, Meunier, Aussourd et Proteau, partis de Bordeaux sur le navire la Mercédès, au mois dAoût 1860, nayant point encore jusquà ce jour donné de leurs nouvelles, il paraît indubitable quils ont fait naufrage et que leur navire sest perdu corps et biens.
    Mgr de Maxula est mort le 6 Mai 1861. Il avait contracté sa maladie sur une montagne où il avait été obligé de se réfugier pour ne pas tomber entre les mains des rebelles.
    Mgr Cuenot, mort en prison le 14 Novembre 1861 peu dinstants avant larrivée de son arrêt de mort qui le condamnait à avoir la tête tranchée.
    Mr Courbon, mort le 2 Octobre 1861, dans la Maison du Sut-chuen Oriental.
    Mr Georgel, mort du choléra, dans la mission de Siam, le 1862.
    Mr Besson, Missionnaire du Mayssour mort à Bangalore, le 7 Janvier 1862, dun coup de soleil.
    Mr. Néel, Missionnaire du Koui-tcheou, décapité pour la Foi le 17 Février 1862.

    Liturgie.

    Plusieurs de nos Missions ayant demandé à Rome la permission de réciter quelques offices privilégiés qui sont entrés aujourdhui dans le calendrier dun grand nombre déglises, nous avons cru à propos, pour maintenir luniformité, de demander la concession de ces offices pour tous les membres de notre Congrégation. Layant obtenue, nous en avons fait imprimer la liste à la suite de celle des offices déjà concédés, et nous envoyons un exemplaire de cette liste complète à chacun des membres de notre Société.

    Catalogue des membres de notre Congrégation actuellement existants.

    Nous avons pensé, Nosseigneurs et Messieurs quil vous serait agréable de recevoir un catalogue de tous les membres dont se compose actuellement notre Congrégation. Nous en envoyons un exemplaire pour chacun de vous en vous priant, si vous y trouvez des rectifications à faire, de vouloir bien nous les indiquer dans vos lettres. Nous avons laissé du blanc après chaque Mission afin quon puisse insérer les nouveaux Missionnaires, et comme dans notre lettre commune nous donnerons la liste de ceux que le bon Dieu aura appelés à lui pendant lannée, chacun de vous pourra marquer exactement les changements qui auront eu lieu dune année à lautre jusquà ce que nous en fassions faire une nouvelle édition.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un très-profond respect, et en union de prières,

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,
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