Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

lettre n°

Lettre commune de 1861 sur les affaires de notre Congrégation. Nosseigneurs & Messieurs, Pondichéry.
Add this
    Lettre commune de 1861 sur les affaires de notre Congrégation.

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Pondichéry.

    La mission de Pondichéry a fait une perte immense ; Mgr de Drusipare est mort à Bénarès le 21 Mars dernier ; « Sa Grandeur a succombé victime de son zèle infatigable, dit Mr Dupuis son Provicaire. La dyssenterie avait commencé à lattaquer à Agra. Au lieu dapporter tous les soins convenables à sa guérison, il nusa que de faibles palliatifs qui suspendraient un peu le mal sans le guérir. Nayant presque jamais été malade, il ne comprenait pas la gravité du mal et ne savait pas ménager Je nai pas besoin de vous dire la grandeur de la perte que nous faisons en perdant un père si chéri & si digne de notre affection, un Prélat qui nous donnait si éminemment lexemple de toutes les vertus, et que non seulement son âge & sa dignité, mais encore ses belles qualités, ses longs travaux, sa rare prudence, son expérience consommée, sa piété et son zèle apostolique rendaient recommandable et vénérable à tout le monde. Vous savez combien le Seigneur a béni son long épiscopat, combien ce vicariat apostolique a prospéré sous sa sage administration, combien détablissements utiles se sont formés par ses soins et à quel haut degré destime et de considération il a élevé cette mission autrefois si insignifiante. Il meurt au milieu de la carrière la plus brillante aux yeux de Dieu et des hommes, car il meurt victime de son zèle et de son obéissance entière aux ordres du Vicaire de J.-C. sur la terre ; il meurt lorsque son mérite distingué, ses lumières ses travaux, sa droiture et toutes ses belles qualités lui ont acquis la plus haute estime à la Cour de Rome et la vénération de tout le monde, au point que sa visite apostolique était un vrai triomphe pour lui. »
    « Maintenant tous nos regards, après Dieu, se tournent vers Mgr Godelle que Mgr Bonnand a sagement choisi pour le remplacer. »
    Notre cher confrère, Mr Durieu, qui ne comptait encore que quelques années de mission, a précédé de peu de jours son vicaire apostolique dans la tombe.
    Dans le compte-rendu de ladministration fait par M. Dupuis, en sa qualité de pro vicaire, le nombre des chrétiens du vicariat apostolique de Pondichéry est porté à 102000. On y a baptisé, dans le courant de lannée dernière, 404 adultes, 1262 enfants dinfidèles en danger de mort et 14 enfants de protestants. Les conversions de protestants sont au nombre de 84 et celles des schismatiques de 23. M. Ligeon a eu de beaux succès dans ses prédications aux païens ; aussi nos chers confrères regrettent-ils vivement que leur nombre, qui nest pas même suffisant pour ladministration des chrétiens, ne leur ait pas permis de soccuper dune manière spéciale de la conversion des idolâtres. Cest pour remédier à cet inconvénient quils ont fondé un catéchisat qui leur donnera dexcellents auxiliaires indigènes.
    La Communauté du St et immaculé Cur de Marie, qui a pour but linstruction des filles et obtient dexcellents résultats, a envoyé cette année une nouvelle colonie fonder un cinquième couvent à Comboconam, et on en demande encore dans plusieurs autres localités.

    Mayssour.

    Il y a eu, pendant lannée dernière, dans la mission du Mayssour, 177 bapt. dadultes, 44 denfants dinfidèles in articulo mortis et 12 conversions de protestants.
    « Nous allons être obligés (nous citons Mgr Charbonneaux) dajouter un nouveau bâtiment à notre orphelinat-école anglais. Le Gouvernement layant agréé pour y recevoir des orphelines catholiques, le nombre des élèves va toujours croissant. De plus nous avons un noviciat de Frères de la doctrine chrétienne de St Joseph. Ce sont de pieux Irlandais jeunes et assez instruits qui ont pris leur décharge du service militaire et se livrent à luvre de linstruction. Ils sont déjà 7 européens, un indigène et 3 autres postulants Nous en augurons beaucoup de bien pour nos écoles anglaises. »

    Coïmbatour.

    Mgr Godelle nous fait observer que ce vicariat apostolique, qui a été fondé en même temps que celui du Mayssour, et qui devrait être au même niveau que lui, se trouve, par des circonstances particulières, infiniment au-dessous et extrêmement pauvre. Le tableau dadministration porte 48 baptêmes dadultes et 46 denfants de païens en danger de mort ; 3 protestants sont rentrés dans le sein de lEglise Catholique.
    « A Coïmbatour, dit Mgr Godelle, on a construit quelques dépendances nécessaires au Séminaire. On a commencé et lon continue une habitation pour des religieuses indigènes. A Ootacamund, sur la montagne, on a jeté les fondements de lEglise et on fait cuire des briques pour continuer les travaux lan prochain A Pallapaléam, une petite église a aussi été commencée. Tous ces travaux se font avec largent de lallocation qui, quoique plus élevée cette année, ne nous suffira pas pour continuer tous nos travaux jusquà la prochaine : car la guerre des années précédentes et les chemins de fer quon fait exécuter dans toute la longueur de la presquîle ont fait augmenter le prix de toutes choses dune manière exorbitante. Le prix des choses nécessaires à la vie a presque doublé ; le salaire des ouvriers a augmenté en proportion ; mais le prix des matériaux, surtout des bois et des briques, est effrayant quand on a tant à bâtir. »

    Birmanie.

    « Cette année, nous écrit Mgr Bigandet, jai la satisfaction de vous annoncer quil y a progrès dans le nombre des conversions et amélioration dans plusieurs parties de la Mission. La mission parmi les Karians avance dun pas ferme, malgré les difficultés que rencontrent mes confrères pour les communications. Ces Karians vivent ça et là, en groupes de 4 à 5 maisons ; il est par conséquent très difficile de les visiter fréquemment, détablir des écoles, et surtout de pourvoir à leur administration spirituelle. »
    « Nous avons aussi commencé une mission parmi les Shans qui émigrent du pays Birman et viennent se fixer sur le territoire anglais. Nous avons établi dans un territoire qui nous a été concédé environ 40 familles dont presque tous les membres ont été baptisés. »
    « Cette année nous avons établi deux communautés de Frères de la Doctrine Chrétienne, une à Maulman et lautre à Rangoon. Celle qui est à Maulman a déjà 7 à 8 mois dexistence ; il y a 130 enfants. Cette institution forme en cette ville un digne pendant à celle qui est tenue, pour les filles, par les Surs de St Joseph de lApparition. A Rangoon nous avons aussi construit une belle et spacieuse maison pour un orphelinat et une école de filles. »
    « Il y a dans cette immense mission un très-grand bien à faire, surtout parmi les peuplades demi-sauvages que lon rencontre presque partout. »
    Le nombre des baptêmes dadultes et de 413.

    Malaisie.

    Mgr Boucho nous a annoncé quil a transformé son petit collège en maison déducation chinoise pour tous les petits chinois de la Malaisie, et des petits païens quil se propose dacheter lorsquils arriveront de Chine, afin de les instruire et de les faire chrétiens. Ces enfants recevront une éducation chrétienne dans leur langue, et après avoir fait leur 1er communion ils rentreront dans leurs familles. Déjà luvre est commencée. Cette maison servira aussi pour instruire les Catéchumènes des environs, et former des maîtres décoles et de bons catéchistes.
    Rien autre chose à signaler dans cette mission dont le tableau dadmin. ne nous est pas parvenu.

    Siam.

    Nous navons aucuns détails sur ladministration de cette mission ; sans doute quil se trouvaient dans les lettres que Mgr Pallegoix a adressées aux Conseils de la Propagation de la Foi et qui sont passées par nos mains ; mais comme elles étaient cachetées, nous en ignorons complètement le contenu.

    Cambodge.

    Mgr Miche a été retenu, pendant les mois de 9bre et Xbre, sur son grabat par une fièvre aigue continue qui la conduit aux portes du tombeau. Il nétait encore que convalescent quand il nous écrivit, dune main tremblante, sa lettre du 1er février dont nous allons extraire ce que nous allons dire de sa mission :
    « Jamais, dit Sa Grandeur, notre administration na été si entravée que cette année. Par suite de la guerre du Cambodge avec la Cochinchine, tous nos chrétiens ont été continuellement employés, soit à la corvée, soit à larmée, au point que nos églises étaient presque désertes : il ne restait que les femmes et les enfants. Malgré ces obstacles nous avons pu baptiser près de 40 adultes, tous Cochinchinois ; il reste encore une vingtaine de catéchumènes. Le nombre des enfants de payens baptisés in articulo mortis est de 400. Nous marchons lentement, comme vous le voyez, mais toujours est-il que nous allons de lavant. »
    « Il est certain, pour quiconque a vécu quelques années au Cambodge, quon ne pourra jamais obtenir quelques succès parmi les Cambodgiens, à moins que par le rachat des esclaves pour dettes ; mais cette voie est longue et très-dispendieuse ; il faut que cette race se fonde avec la race annamite, et alors tout ira bien. Si lexpédition française en Cochinchine aboutit, notre ministère sera immanquablement plus fructueux, car dans ce cas nous nous porterons vers la frontière où il y a beaucoup de villages cochinchinois placés sur le territoire du Cambodge. Je dis plus, si la barrière qui existait entre le Cambodge et la Cochinchine vient à être brisée par les Français, une ou deux provinces de la basse Cochinchine, où Mgr Lefebvre na presque pas de chrétiens, et où il y a beaucoup de Cambodgiens, pourraient être annexées à la mission du Cambodge. »
    « Dans le courant de lannée qui vient de sécouler, nous avons presque tous été éprouvés par la maladie, et tous nous avons recouvré la santé. Mr Cordier qui, depuis plusieurs années, était attaqué dune dysenterie chronique, est mieux portant que jamais. Mr Silvestre, en proie au même mal, a aussi recouvré ses forces par lemploi du même remède, un verre de vin de Porto à chaque repas, retenez la recette. »

    Sut-chuen méridional.

    Un nouveau vicariat apostolique a été érigé dans la province du Sut-chuen sous la dénomination de Sut-chuen méridional. Le nouveau vicaire apostolique est Mgr Pichon, précédemment pro vicaire général de Mgr Desflèches ; son sacre ne devait avoir lieu que dans le courant de cet été ; il portera le titre dEvêque dHelénopolis. Cette nouvelle mission compte de 10 à 11 mille chrétiens qui étaient en grande partie sous la juridiction de Mgr Thomine.
    Mgr Pichon na pour le seconder dans son ministère quun missionnaire et 5 prêtres indigènes. Le chiffre des baptêmes de son vicariat sest élevé, pour les adultes, à 110, et pour les enfants de païens à larticle de la mort, à 27,472.

    Sut-chuen oriental.

    Voici les renseignements que Mgr Desflèches nous donne de ce vicariat qui lui est confié : 1 Evêque, 10 missionnaires, 13 prêtres indigènes, 2 séminaires et 100 élèves, dont 30 environ appartiennent à la nouvelle mission du Tchouân lân (Sut-chuen méridional). Il y a eu pendant lannée 518 bap. dadultes et 41,892 denfants dinfidèles in articulo mortis. Ce vicariat comprend seulement le Tchouan tong (Sut-chuen oriental), divisé en 5 départements. Daprès le recensement de 1855 il y avait 18000 chrétiens ; le recensement de cette année en donne 21,000.
    Le même Prélat nous écrit, en date du 2 Janvier : « Nous commençons à recevoir des nouvelles favorables de Pékin. Le Curé de Tchen-tou, chef-lieu de notre province, mécrit quil vient dy arriver (1er Xbre) un édit impérial permettant lexercice de notre Ste religion. Cette bonne nouvelle, si longtemps attendue, mengage à vous presser de nouveau de nous envoyer un bon nombre douvriers. »

    Sut-chuen occidental.

    Des 3 vicariats apostoliques actuels du Sut-chuen, ce dernier est le plus considérable par le nombre des chrétiens qui est denviron 30,000. Il a pour vicaire apostolique Mgr Perocheau, Evêque de Maxula, et pour coadjuteur Mgr Pinchon, évêque de Polémonium. On y compte 6 missionnaires européens et 19 prêtres indigènes. Il y a eu dans le courant de lannée 209 baptêmes dadultes et 110,291 denf. dinfidèles en danger de mort.
    Plusieurs bandes de brigands ont porté la dévastation et la mort dans cette belle province du Sut-chuen. Elles ne respectent ni lâge ni le sexe et se rendent coupables des plus affreux excès en tout genre. « La panique est générale, nous dit Mgr Desflèches, tout le monde afflue à Tchon-Kin (la capitale de la province) ; les troubles augmentent chaque jour de gravité, et vu la lâcheté des mandarins & des soldats, nous navons aucune espérance de voir apporter un remède prompt & efficace à tant de calamités Mr de Mabileau a la douleur de voir son district ravagé, ses chrétiens dispersés et réduits à la misère. »

    Thibet.

    Mgr Thomine, vicaire apostolique de cette mission, na plus actuellement quenviron 3,000 chrétiens au Sut-chuen au lieu des 9000 qui étaient à sa charge avant lérection du vicariat apostolique méridional. Loin de regretter cette diminution de son troupeau il en témoigne une vive satisfaction. « Ce sera assez, dit-il, pour occuper mes Missionnaires et les former au chinois jusquà ce quils puissent être envoyés dans les pays tibétains, ce qui ne tardera pas beaucoup pour un ou deux des nouveaux venus. Je nattends que des nouvelles de Mr Renou pour prendre ma détermination. »
    Nous espérons, Nosseigneurs & Messieurs, que vous lirez avec intérêt les détails que nous donne Sa Grandeur sur la position de ce cher confrère : « Mr Renou, obligé de quitter Bonga et daller chez les sauvages Lout-sé mettre sa vie en sûreté, attendait depuis le commencement de Dbre 1858 que les autorités thibétaines lui rendissent justice ou au moins lui donnassent une garantie suffisante pour retourner à son cher orphelinat. Le changement du Sous-Préfet qui avait excité et encouragé les vexations exercées contre nos confrères MM. Renou & Fage, donnait lieu despérer une solution favorable. La charge enlevée à celui-ci était confiée à deux administrateurs nouveaux animés des meilleures intentions. Agissant conjointement et de concert, ils envoyèrent le frère de lun deux ramener à Bonga le pauvre exilé. Mr Renou, le 8 Juillet 1859, revoyait donc ses pauvres enfants. Sa consolation ne fut pas de longue durée. Après 17 jours il se rendit auprès des nouveaux Sous-Préfets pour régler toutes les affaires. Les promesses étaient rassurantes et les intentions des administrateurs ne laissaient rien à désirer ; mais divers incidents qui les menaçaient eux-mêmes, firent prendre une tout autre tournure à létat des choses, et ils eurent des motifs fondés de craindre quen leurs propres mains il narrivât à Mr Renou de graves accidents quils ne pourraient empêcher, se trouvant sans aucun moyen daction contre ses ennemis. Après de grandes perplexités les 2 sous-préfets enjoignirent à notre confrère daller se présenter devant le commandant chinois de Kiang-Ka, résidant à une distance considérable de Bonga. Reçu avec distinction comme un personnage du plus haut rang, qui par son attitude digne & ferme met le mandarin chinois dans de très-graves embarras, notre confrère nen est pas moins lobjet des roueries chinoises qui font traîner laffaire en longueur tout avec lapparence de passer et de donner les ordres les plus formels pour en hâter la solution. »
    Mgr Thomine lui-même nest pas exempt de vexations, au milieu de son petit troupeau du Sut-chuen. « Le Préfet de Tsen-Ki, animé des plus mauvaises intentions contre les chrétiens, a envoyé, dit Sa Grandeur, entre nombre despions, ses officiers subalternes visiter 5 fois officiellement notre maison sous prétexte que partout il nest bruit que du soulèvement des chrétiens de Talin-peu. Averti à temps, jai toujours évité ses perquisitions. Pour ce qui regarde les chrétiens, on nen est venu à aucun acte de persécution directe, mais les précautions extraordinaires prises soit pour empêcher tout prêtre daller les visiter, soit pour connaître chaque famille chrétienne et le nombre de ses membres, hommes, femmes & enfants &e, toutes ces mesures nous laissent entrevoir un sombre avenir. »
    Quand Mgr Thomine traçait ces lignes, il ne connaissait pas encore le résultat de lexpédition franco-anglaise à Pékin.

    Koui-tchéou

    Cette mission est enfin sortie de son long veuvage ; Mgr Faurie a reçu la consécration épiscopale le 2 7bre dernier des mains de Mgr Desflèches, et a enfin accepté un fardeau quil avait déjà refusé deux fois. « Je prends possession de mon vicariat, nous écrit ce nouveau Prélat, dans des circonstances difficiles : toute la province est bouleversée par des rebellions incessantes. Nos pauvres chrétiens fugitifs nont dautres ressources que dans les modiques aumônes que nous pouvons leur faire. Ces aumônes, dautres dépenses imprévues, et surtout les pertes énormes éprouvées par nos courriers de Canton ici par des routes infestées de voleurs, ont mis la mission dans les dettes, et plusieurs années sécouleront avant que nous soyons au niveau de nos affaires Nous avons renvoyé la moitié de nos baptiseurs et prédicateurs et nous userons de la plus grande économie pour ne pas nous endetter davantage. »
    Le Conseil de la Ste Enfance a pris en considération les pénibles circonstances dans lesquelles se trouve Mgr Faurie, et bien que sa lettre ne soit arrivée quaprès la répartition, il lui a voté une allocation supplémentaire de 14,000 fr.
    Sa Grandeur ne donne point le tableau de son administration, vu que beaucoup de chrétiens ont été dispersés et que dautres nont pu être visités à cause de la difficulté des routes infestées par les insurgés. »

    Yun-nan

    « Tout est encore en débâcle dans cette province, nous dit Mgr de Philomélie. Le gouvernement chinois na pu encore reprendre le dessus. Les Houci-tsé, les brigands, les barbares du Nord y causent toujours de grands ravages. Cependant dans cette partie-ci nous sommes beaucoup plus tranquilles depuis que les hordes dévastatrices qui lont ravagée sont allées chercher au Sut-chuen un butin quelles ne trouvaient plus ici. Leur séjour dans nos parages a causé de grandes calamités, et élevé nos dépenses à un chiffre considérable. M. Barriod, déjà précédemment si maltraité par ces brigands, en a été quitte une seconde fois pour le pillage complet de sa maison. Bon nombre de ses chrétiens nont pas été aussi heureux que lui : environ 30 de leur maisons ont été livrées aux flammes. »
    « Quant à ladministration, bien que nous nayons pu la faire que dune manière fort incomplète, nous avons encore eu la consolation de donner la grâce du baptême à 206 adultes et à 10,052 enfants de païens en danger de mort. »

    Quang-tong, Quang-si et Hainan.

    Il a peu de mois, Mgr Guillemin nous annonçait avec bonheur limportante cession qui venait de lui être faite par le gouvernement chinois de Canton à la demande du ministre plénipotentiaire de France, Mr de Bourboulon. Sa Grandeur se trouvait mise en possession du magnifique emplacement du palais de Yé, vice-roi des deux quang lors de la prise de quang-tong par les forces franco-anglaises, et nous parlait en détail de tous les bons résultats quElle en espérait au point de vue religieux & politique. Maintenant Mgr Guillemin est occupé de la réalisation du plan quil nous faisait connaître. Elever au milieu de ce vaste emplacement une église qui donne une haute idée du Dieu des Chrétiens et de la munificence du chef de la nation française, qui a promis den supporter les frais, et grouper autour de ce 1er édifice plusieurs établissements religieux qui soient, dans leur ensemble, pour les habitants du céleste empire, cette ville bâtie sur la montagne, où ils viendront chercher la vérité et la vie éternelle qui ne se trouvent quau sein de lEglise catholique.
    Nous remarquons avec une vive satisfaction sur le tableau dadministration que les baptêmes dadultes et denfants de païens moribonds sont en progrès, et quil a été créé dans le courant de lannée dernière 8 écoles de garçons et 2 de filles.

    Mandchourie

    Nous sommes depuis longtemps sans aucune nouvelle de cette mission ; quelle en peut-être la cause ? nous lignorons complètement.

    Corée.

    Les nouvelles de cette mission nous sont arrivées cette année beaucoup plus tôt quà lordinaire : en voici le résumé que nous trouvons dans une lettre de Mgr Berneux en date du 24 8bre 1860. « Je vous ai rendu compte lan dernier de létat de ce vicariat : du moment où les Missionnaires menvoyèrent leur compte-rendu particulier jusquau commencement de lhiver, le nombre des catéchumènes avait encore considérablement augmenté et dépassait 2000, dont plus de 800 eussent été baptisés sans la persécution qui éclata à la fin de décembre et renversa nos espérances. Larrestation de 50 chrétiens, le pillage et lincendie de quantité de villages, la misère où se trouvent réduites plus de 200 familles, tout cela a répandu une terreur qui ne seffacera pas dici à longtemps et empêchera bien des conversions. Les excès contre nos chrétiens ont été tels que les païens & les grands eux-mêmes en ont été indignés. Leur improbation hautement manifestée a obligé le chef de la police qui, sans ordre du gouvernement, a suscité cette persécution pour enrichir un de ses parents des dépouilles de nos chrétiens, à prescrire à ses satellites de se borner à rechercher les Européens et de laisser les chrétiens tranquilles. Sans un pareil ordre aucun de Missionnaires neût échappé. Maintenant tout est fini : il sagit de réparer les maux que nous avons soufferts, la chose est difficile : léveil donné aux païens par cette persécution ne permettra pas de visiter les lieux qui ont le plus souffert Je nai rien fait de toute lannée ; lannée prochaine se passera de même dans linaction. »
    Espérons que les grands événements qui ont eu lieu depuis en Chine et dont le retentissement na pu manquer de se faire sentir en Corée, auront découragé les persécuteurs et ranimé la confiance des païens qui se sentiraient attirés vers notre sainte religion.
    Nous venons dapprendre que MM. Landre & Joanno, partis dici au mois de Mars 1858, et qui jusquici nont fait que des tentatives inutiles pour se rendre dans leur mission, se sont embarqués de nouveau avec deux autres confrères destinés comme eux à la Corée.

    Japon.

    La mission du Japon commence à sorganiser. Larrivée de 4 nouveaux ouvriers apostoliques va permettre à nos chers confrères de sétablir deux à deux dans les 3 ports ouverts au commerce : Kanagaoua, Nagazaki et Hakodaté. Mr. Mermet, déjà établi dans cette dernière ville, nous écrivait à la date du 15 8bre de lannée dernière : « que je serais heureux si je pouvais vous annoncer quelques baptêmes pour cette année ! Si je nai pas le bonheur de réjouir votre cur par une si bonne nouvelle, du moins aurai-je la satisfaction de vous dire que jespère beaucoup, que la traduction de nos livres marche rapidement et de pair avec nos autres essais sur la langue japonaise. Jai avec moi deux jeunes scribes japonais très-intelligents et très-instruits ; mon école augmente de jour en jour.
    Sur la demande des deux princes de lîle de Yesso et avec le concours du 1er Docteur de la Cour de lEmpereur, Mr. Mermet se dispose à établir un hôpital européen et japonais. Il espère un grand bien de la réalisation de ce projet. Le médecin français qui sera mis à la tête de cet établissement fait déjà les préparatifs de son départ.
    La position des Missionnaires des Iles Lou-tchou est toujours la même. Ils font des travaux sur la langue du pays et sur la langue japonaise, et ils attendent le moment où ils pourront prêcher librement lEvangile aux Lou-tchouans. Les mandarins sont remplis dégards et de prévenances pour eux extérieurement, mais ils empêchent toujours le peuple davoir des relations avec les missionnaires.

    Tonquin occidental

    Nous avons sous les yeux une lettre de Mgr Jeantet en date du 24 Juin 1860, nous en donnerons une courte analyse : « Cette année nous avons fait une nouvelle perte dans la mort de Mr Titaud, lun des deux Provicaires de cette mission. Ce cher confrère, épuisé par le régime cellulaire très rigoureux auquel nous sommes réduits depuis 2 ans, et rendu son âme à Dieu le 29 Janvier à lâge denviron 42 ans Depuis le mois de 7bre 1858 jusquà ce présent jour, 12 de nos prêtres ont été décapités et 7 autres attendent encore en prison leur sentence. Dans le même espace de temps cinq de nos chrétiens ont été étranglés aussi pour la foi. Plusieurs sont morts en prison par suite du mauvais traitement quils avaient eu à souffrir Trois de nos religieuses amantes de la Croix ont aussi confessé la foi dautant plus glorieusement que leur interrogatoire eut lieu dans une circonstance très-solennelle, et en présence dune foule immense ; ne pouvant les vaincre, le mandarin les fit jeter en prison où elles sont encore présentement Quant à nos jeunes gens de la maison de Dieu, ils ont été admirables de courage dans les tourments. Plusieurs ont reçu des centaines de coups de rotin ; un grand nombre ont été soumis à lépreuve des tenailles tantôt froides tantôt rougies au feu. Grâces à Dieu ils ont fait partout bonne contenance Mais voici le sujet de notre plus vive douleur : sur un nombre denviron 350 matadors chrétiens arrêtés dans les 6 départements de ce vicariat occidental, il ny en a eu que 45 ou 50 qui ont eu ou vont avoir lhonneur de lexil, tous les autres ont apostasié. Ces prudents du siècle prétendaient quils étaient nécessaires à leurs villages pour les protéger contre les vexations des païens. Leur prudence diabolique se trouve bien déjouée, car tandis quils étaient retenus en prison, les populations chrétiennes étaient menacées de lanéantissement.
    « Plus tard nous apprîmes larrestation de Mr Néron qui eut lieu au mois daoût, et tout dernièrement nous est arrivée la nouvelle de son glorieux martyre, dont les détails se trouveront dans les Annales de la Propagation de la foi. Un autre de nos chers confrères se trouve encore présentement en prison, cest Mr Vénard, qui sestime très-heureux de porter les chaînes des martyrs avec lespérance de partager prochainement leur bonheur dans le ciel. »

    Tonquin méridional.

    « En mars dernier, nous dit Mgr Gauthier dans une lettre du 30 Dbre, cinq de nos plus nombreuses chrétientés nexistaient plus que de nous et toutes les autres étaient menacées du même sort par suite dun édit publié en 1859. Cependant on espérait que les mandarins, pour ne pas perdre la poule aux ufs dor, se contenteraient dexploiter nos chrétiens, déjà, hélas ! si pauvres & si malheureux. En vertu dun autre édit, la plupart des chefs de chrétientés, au nombre denviron 600, étaient entassés dans les prisons sans prévoir quel serait le terme de leur captivité. Depuis la prise de Touranne par lamiral Rigault, ma mission a déjà eu 4 prêtres décapités pour la foi Les premiers jours de Mai, Mathias Khoa et Laurent Tang, lélite de mon clergé indigène, attendaient encore dans les prisons le moment où le glaive du bourreau les mettrait en possession du bonheur éternel Un excellent clerc minoré et plusieurs catéchistes ont fait ladmiration de tout le monde en confessant J.C. au milieu des plus affreuses tortures. »

    Cochinchine occidentale.

    Mgr Lefebvre nous disait, dans une lettre portant la date du 1er Janvier de cette année : « Dans la partie soumise aux Français, nous avons une église assez belle pour le pays et 3 chapelles provisoires en attendant quil soit possible de construire dautres églises. On nous fait espérer que le Gouvernement Français ayant accepté officiellement létablissement de la colonie nouvelle, fera construire une cathédrale et quelques églises. Je viens de fonder un hôpital où il se trouve déjà 42 malades, car il y en a beaucoup ici ; je crains de manquer les fonds nécessaires pour le soutenir. Il est vrai que lhôpital français fournit gratis les médicaments, grâces au bon vouloir de Mr le Commandant Supérieur ; mais les dépenses pour la nourriture & lentretien dun si grand nombre de personnes, nombre qui ne peut quaugmenter de jour en jour, sont encore très-considérables. Javais appelé deux religieuses dEurope pour soigner les malades de cet hôpital, mais elles ont été réclamées pour le service de lhôpital militaire, et je naurais pu les refuser sans blesser gravement MM. les Officiers supérieurs qui sont pleins de bonté pour nous. »
    « La misère de nos chrétiens établis à Saigon au nombre denviron 6000 est encore excessive et exige des secours abondants Nous avons encore 67 Chrétiens et 3 prêtres qui gémissent sous le poids des fers dans les prisons : plus de 15,000 chrétiens sont exilés dans des villages païens et confiés à la garde du chef du village qui en répond sur sa tête. Ils doivent se présenter devant lui tous les jours. »
    Malgré cet état de persécution incessante, le chiffre des baptêmes sest encore élevé pour les adultes à 301, et pour les enfants dinfidèles en danger de mort à 1654. Quatre chrétiens ont cueilli la palme du martyre, et un autre, après avoir confessé glorieusement la foi, est mort en prison par suite des mauvais traitements. Mais lère des persécutions paraît toucher à son terme dans la Basse Cochinchine qui, presque tout entière, a fait sa soumission au gouvernement français.
    Nous avons à signaler ici la mort de Mr Borelle, Provicaire de cette mission, qui a excité de justes et vifs regrets.

    Cochinchine Septentrionale.

    Nous trouvons le peu de détails que nous avons sur la Cochinchine Septentrionale dans une lettre de Mr Choulex en date du 23 Mai 1860. « Depuis que Touranne a été évacué, nous dit-il, nous sommes un peu plus en paix, et nos prisonnier un peu plus au large. Nous en comptons en ce moment environ 254 qui tous ont refusé lapostasie ; ils seraient bien plus nombreux si beaucoup, qui nétaient pas encore livrés au ministère, navaient pas été mis en liberté par ordre des grands mandarins eux-mêmes Au Tonquin on vient encore de martyriser 4 prêtres et den arrêter 6 autres. On peut sans crainte derreur dire que 50 prêtres indigènes ont reçu ou recevront la couronne du martyre. Cest une gloire pour lEglise annamite. Il ny a pas eu une seule défection parmi eux. Tous se sont montrés et se montrent dignes du caractère sacerdotal. » Mr Choulex, à qui nous devons ces renseignements, est depuis plusieurs années cloué sur son grabat et privé de tout ce qui pourrait contribuer à sa guérison.

    Cochinchine orientale.

    Nous savons que cette Mission a aussi eu sa bonne part de la persécution, mais les détails nous manquent absolument. Depuis longtemps Mgr Cuenot ne nous a donné aucun signe de vie ; nous le croyons malade.
    Nous venons bien tard réparer un oubli qui ne nous a été signalé que tout dernièrement. Il paraît que nous avons omis de mentionner dans nos lettres communes la mort dun excellent confrère, Mr Lafitte. Il partit dici en 1855 avec destination pour la Cochinchine Orientale. Il passa par le Cambodge et de là se rendit chez les sauvages quil devait évangéliser de concert avec dautres confrères de la Cochinchine Orientale ; mais a peine y fut-il arrivé quil fut saisi par la fièvre des bois et mourut peu de jours après. Nous le recommandons instamment à vos suffrages.

    Procures de Hong-Kong et de Singapore.

    Nos procures de Hong-Kong et de Singapore nont pas cessé de puis plusieurs années dhéberger un nombreux personnel, ce qui nous a obligés de prendre des mesures pour que le surcroît de dépenses qui en résulterait ne fût pas pris sur leurs allocations que nous naurions pu dailleurs augmenter sans nous exposer de nouveau à de pénibles observations. Néanmoins cette précaution na pu les mettre entièrement à labri dun déficit. Voici ce que nous dit à ce sujet Mr Libois dans les notes qui accompagnent ses comptes de lannée dernière : « Lexcédent de la dépense particulière de notre Procure sur la recette particulière est de 2115 piastres En examinant les détails de nos comptes, vous verrez que cet excédent vient des dépenses extraordinaires et principalement des frais de voyages qui sont indépendants de notre volonté. Lallocation de nos 2 procures sélève à 5217 piastres 39c ; nos dépenses extraordinaires sont de 4,174 piastres : il ne nous reste donc, pour lentretien de nos deux procures, que 1,043 piastres 21c, somme évidemment très-insuffisante dans les circonstances où nous nous trouvons, dautant plus quil faut encore déduire de la 200 piastres pour les impôts que nous payons au gouvernement de Hong-Kong. »
    « Dans ma lettre du 21 Juin 1859 je vous ai exposé les raisons pour lesquelles je tiendrais à avoir toujours une année davance, et si nous ne lavons plus aujourdhui, cela vient de ce que, vu les circonstances exceptionnelles où nous sommes depuis 2 ans,nous avons eu un excédant de dépenses de 2,716 piastres sur nos allocations et de ce que nous avons pris sur notre avoir au moins 4,000 piastres pour achever de payer la nouvelle procure de Singapore. »

    Collège de Pinang.

    Il y a actuellement au collège de Pinang un supérieur & 6 Directeurs Missionnaires, 2 magisters, lun chinois & lautre annamite, et 129 élèves appartenant à 10 de nos missions. Les allocations supplémentaires que nous lui avons faites lont remis à flot ; mais lexcessive augmentation du prix des denrées et du salaire de la main duvre se maintenant toujours, nous avons été obligés de porter à plus de 40,000 f son allocation annuelle. Les notes quon nous a données sur la conduite & lapplication des élèves sont généralement satisfaisantes. Ils pourront être des ouvriers fort utiles dans leurs missions respectives surtout si la liberté religieuse y est proclamée. Cet établissement a dailleurs lhonneur de compter au nombre des derniers martyrs de la Cochinchine plusieurs de ses élèves, devenus prêtres. Si, comme nous lespérons, la paix est bientôt rendue à lEglise annamite, nous ne doutons pas que Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques de ce pays ne redoublent defforts pour multiplier le clergé indigène, bien persuadés que nous serons dans limpossibilité absolue de leur fournir dici même le dixième des ouvriers dont ils auront besoin pour recueillir labondante moisson qui se présentera à eux. Et ce que nous disons de la Cochinchine a aussi son application en Chine où la proclamation du traité de Pékin donnera sans doute lieu à un grand nombre de conversions.

    Séminaire de Paris.

    Nous navons rien dextraordinaire à signaler relativement à notre Séminaire de Paris. Bien que le personnel de cette année ait été un peu inférieur à celui des années précédentes, nous avons encore eu la consolation de pouvoir expédier 23 Missionnaires depuis le 15 Juillet 1860 jusquau 5 Mars 1861 ; et si nos prévisions ne nous trompent pas, nous dépasserons ce chiffre dici à un an. Nous le désirons dautant plus vivement que de presque toutes nos missions, et de la Chine en particulier,nous arrivent des demandes pressantes de nombreux renforts. Et si lexpédition de la Cochinchine est couronnée de succès, que de vides naurons-nous pas à remplir, et combien douvriers ne seront-ils pas nécessaires pour moissonner ces champs fertilisés par le sang de tant de martyrs !
    La cause de nos martyrs est toujours dans le statu quo ; Rome attend pour la faire avancer les informations qui doivent être prises sur les lieux, selon les instructions quElle a données à nos Vicaires Apostoliques. Nous espérons que Leurs Grandeurs voudront bien soccuper de cette importante affaire aussitôt que possible ; car plus ils différeront, plus la difficulté de trouver des témoins oculaires deviendra grande, si toutefois ce nest pas déjà une vraie impossibilité pour plusieurs cas.
    Le projet de Salem pour la révision du règlement, na pas jusquici obtenu la majorité. Dailleurs plusieurs de nos missions nont pas encore envoyé leur vote, et dautres lont donné dune manière irrégulière, cest-à-dire sans mentionner positivement celui des missionnaires, ce qui le rend nul.
    Nous croyons devoir vous prévenir, Nosseigneurs et Messieurs, que sur les 880,000 fr de lallocation de la Propagation de la Foi dont nous vous envoyons le tableau, 180,000 fr proviennent des aumônes du Jubilé de 1859 qui se trouvent actuellement épuisées. Il ne faut pas par conséquent vous attendre à ce que le chiffre de lallocation prochaine soit aussi élevé. Quant au tableau de répartition de la Ste Enfance, nous nous sommes conformés aux intentions du Bureau dadministration de cette uvre en le faisant copier tel quil nous la remis.
    Agréer, Nosseigneurs & Messieurs, lassurance des sentiments du plus profond respect avec lequel nous avons lhonneur dêtre

    Vos très-humbles & tout dévoués serviteurs,

    Paris, 5 Juin 1861.
    None
    Aucune image