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lettre n°

Lettre commune de 1860 sur les Affaires de notre Congrégation. Paris, 29 Juin 1860. Nosseigneurs et Messieurs, La Corée est la seule de nos Missions dont la correspondance ne nous soit pas encore parvenue mais nous espérons quelle nous arrivera sous peu. En attendant nous allons mettre sous vos yeux, comme à lordinaire, ce que nous avons trouvé de plus intéressant dans les nouvelles qui nous sont venues de nos autres missions.
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    Lettre commune de 1860 sur les Affaires de notre Congrégation.

    Paris, 29 Juin 1860.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    La Corée est la seule de nos Missions dont la correspondance ne nous soit pas encore parvenue mais nous espérons quelle nous arrivera sous peu. En attendant nous allons mettre sous vos yeux, comme à lordinaire, ce que nous avons trouvé de plus intéressant dans les nouvelles qui nous sont venues de nos autres missions.

    Pondichéry. Nous ne pouvons parler de cette mission sans mentionner tout dabord la conférence de Salem doù est sorti le nouveau projet de révision de notre Règlement, soumis actuellement à lexamen de tous les membres de notre Congrégation. Laissant à dautres le soin de le discuter et de lapprécier, nous ne désirons quune seule chose, celle davoir aussitôt que possible un règlement qui puisse satisfaire aux besoins actuels et futurs de notre Société, disposés que nous sommes dailleurs à donner notre approbation à tous les moyens qui tendront à ce but.
    Mgr Druispare ne manquera pas de vous donner les détails intéressants de sa visite pastorale qui paraît devoir être fructueuse en bons résultats. Ce Prélat nous a envoyé dernièrement la copie dune lettre de la Sacrée Congrégation, écrite dans le but de dissiper les craintes produites par la publication du dernier concordat de Rome avec le Portugal en ce qui concerne le Patronage, et doù lon peut conclure quil ne sera pas mis à exécution.
    En labsence de Mgr de Drusipare, cest M. Dupuis, son pro vicaire, qui est chargé de ladministration de la Mission. Il y a eu pendant lannée 1859, 393 baptêmes dadultes & 40 abjurations, et leau régénératrice a coulé sur le front de 3599 enfants de païens in articulo mortis. La Propagation de la Foi, établie dans plusieurs districts, compte déjà 33 décuries. La Ste Enfance a aussi ses associés à Pondichéry et à Karikal. Des extraits de ce quil y a de plus intéressant dans les annales françaises seront publiés en langue indienne, tant pour soutenir le zèle de ceux qui sont déjà enrôlés dans luvre que pour en augmenter le nombre. Les Ecoles mixtes de la Ste Enfance se multiplient de jour en jour et promettent dexcellents résultats. Pour y attirer encore davantage les enfants païens qui y ont déjà la supériorité du nombre, nos chers Confrères ont conçu le dessein déliminer de certains auteurs profanes les plus estimés dans le pays, ce quils renferment de dangereux pour les murs, et de les mettre, ainsi expurgés, entre les mains des enfants de leurs écoles conjointement avec les livres chrétiens qui les instruiront à fond des vérités du Christianisme, et leur montreront la supériorité de la morales évangélique sur celle des sages du Paganisme.
    « Cette année, nous dit M. Dupuis, deux nouveaux établissements ont été fondés à Pondichéry, ce sont deux maisons de refuge pour les femmes repenties, une pour les femmes de caste et lautre pour celles qui appartiennent à la classe des parias. Lune et lautre ont produit des fruits de salut. On y a recueilli plusieurs femmes païennes, qui ont été baptisées. Plusieurs filles chrétiennes y ont été mariées, les autres y font pénitence éloignées des occasions du péché. Le Couvent du St Cur de Marie, qui avait envoyé deux petites colonies former couvent et école pour les filles dans lintérieur du pays, en a envoyé une 3ème cette année et se propose den former encore dautres quand les moyens le lui permettront. Une des maisons dOrphelines, celles des Pariates, érigée en communauté religieuse du tiers ordre régulier de St François, compte aussi deux écoles de filles hors de Pondichéry, dirigées chacune par deux religieuses, une desquelles a été fondée cette année. »
    La mort et labsence de Mgr Drusipare, accompagné dans sa visite apostolique de MM. Laoüenan et Despommiers, avaient laissé dans cette mission un vide quil nous a fallu combler par lenvoi de 6 nouveaux Missionnaires.

    Maïssour. Il y a eu dans cette mission pendant lannée 149 baptêmes dadultes et 218 denfants dinfidèles in articulo mortis ; 23 protestants adultes et 5 enfants ont été admis dans le sein de lEglise Catholique. Le schisme a perdu les 17 partisans qui lui restaient encore.
    « Notre presse, nous dit Mgr Charbonneaux, a imprimé 500 exemplaires dune réfutation du Protestantisme en anglais in 12,400 pages, ouvrage composé par un des mes collaborateurs du Maïssour ; elle commence limpression à 100 exemplaires dun catéchisme anglais, continue limpression du Dictionnaire latin-canara qui aura 13 à 1400 pages, etc. »

    Coïmbatour. « La longue maladie de M. Fournier (nous citons une lettre de Mgr Godelle), les indispositions de deux autres Missionnaires, qui les ont empêchés de travailler pendant plusieurs mois, sont la cause pour laquelle le chiffre de ladministration des Chrétiens a peu augmenté et celui du baptême des adultes diminué ; plusieurs districts, à cause de ces maladies, nont pas été administrés comme ils devaient lêtre ; et les autres Missionnaires, surchargés, nont pu soccuper des païens malgré les espérances fondées que nous avions dy travailler avec fruit si nous étions plus nombreux. » Baptêmes dadultes 30, denfants de païens in articulo mortis 52, abjuration du schisme 2, du protestantisme 7.
    Mgr. Godelle nous a transmis dernièrement le compte-rendu de certaines délibérations qui ont eu lieu dans sa mission concernant la révision du règlement de notre Société. Nous ne dirons rien de cette pièce que nous conserverons soigneusement avec celles qui nous viendront de nos autres missions, afin dy puiser des renseignements utiles à luvre que nous avons en vue.

    Yun-nan. Nous lisons dans une des dernières lettres écrites de cette mission°« Je nai quà renchérir sur la triste relation que je vous faisais lannée dernière sur létat de nos affaires. Le mal na fait quaugmenter. Le malheur de cette province du Yun-nan est que les diverses races y sont trop nombreuses et que leur antipathie est sans remède. Cest une guerre dextermination, Dieu seul sait quelle en sera la fin. Au milieu de ce bouleversement général, plus dune chrétienté a disparu et ce qui reste nest guère en sûreté. Il ny a que lendroit de la résidence de Mgr le vicaire Apostolique, et celui où est bâti le collège de la mission qui offrent désormais quelque sûreté. On les a fortifiés de manière à protéger la vie des Chrétiens des environs et à soutenir au besoin les attaques des révoltés, qui, en fin de compte, sont des voleurs aussi lâches que coupables. Cela nous coûte cher, mais comment faire autrement ? Il faut bien garder un pied-à-terre ! Si nous sortions de la province, pourrions-nous jamais y rentrer ? Cest bien douteux ; et puis que deviendraient nos chrétiens qui ne pourraient pas nous suivre ? Et tant denfants qui sont sur nos bras ? A la volonté de Dieu ! Mieux vaut mourir aux postes quil nous a assignés, que de reculer dun pas devant ces obstacles que le démon nous suscite. Les confrères le comprennent tous ainsi ; aussi la plus grande partie des chrétiens a encore pu être visité malgré le bouleversement général. Il a fallu pour cela plus dune fois un courage héroïque. »
    Le nombre des baptêmes dadultes est de 346 et celui des enfants dinfidèles in articulo mortis de 14,700.

    Sut-chuen occidental. Mgr de Maxula a sacré Mgr Pinchon, son coadjuteur, sous le titre de Polémonium. Le tableau dadministration porte 160 baptêmes dadultes et 103,162 denfants dinfidèles in articulo mortis.
    « Dans les temps, nous dit Mgr Pinchon, on vous a écrit touchant les espérances que nous pouvions fonder sur la principauté de So-mo, pour y établir la foi chrétienne. Je suis heureux de vous annoncer que je vais moccuper moi-même de cette uvre sous peu, et faire toutes les tentatives possibles pour porter la foi dans les diverses tribus barbares qui se trouvent entre la Chine et le kokonor. Lan prochain jaurai lhonneur de vous faire part du résultat de mon entreprise. »

    Sut-chuen oriental. Mgr Desflèches, après avoir terminé dune manière satisfaisante, mais dont leffet sera annulé par des événements auxquels on navait pas lieu de sattendre, les affaires qui lavaient ramené en France, sest empressé de reprendre le chemin de sa mission. Il avait déjà franchi une grande partie de la province du Quang-tong quand il fut arrêté par une douane avec ses trois compagnons de voyage, jeunes missionnaires fraîchement arrivés dEurope. Il exhiba alors le passeport quil avait obtenu du vice-roi de Canton, et on lui permit de continuer sa route. Dieu veuille quil soit arrivé à bon port au milieu de son troupeau qui désirait vivement son retour. M. Pinchon, son pro vicaire, chargé de ladministration pendant son absence a consigné dans son compte-rendu le baptême de 454 adultes et celui de 60,263 denfants de païens.

    Thibet. Lintéressant établissement formé par MM. Renou et Fage dans la vallée de Bonga, se composait déjà de 37 personnes quand une furieuse tempête, soulevée par la jalousie des Lamas, vint renverser leurs espérances. Les choses commençaient à être en fort mauvais état lorsque Mr Fage, appelé par Mgr Thomine, eut la douleur de se séparer de Mr. Renou qui ne tarda pas à être chassé. Le 10 août dernier, Mr. Fage nous annonçait que ce cher confrère avait été assez heureux de rentrer à Bonga dans le courant de Juin, et quil y avait lieu despérer que son uvre allait prendre un nouveau développement. De plus, Mgr Thomine a fait acheter par M. Goutelle une terre au milieu des Sisans Thibétains dans le dessein dy former un établissement sur dautres bases Bonga. Sa Grandeur annonçait dans une lettre du mois de Mai 1859, quon avait déjà commencé à bâtir.
    MM. Desgodins et Durand, destinés lun et lautre à la mission du Thibet, ont été arrêtés successivement dans la province du Sut-Chuen et ramenés à Canton. Nous espérons quils auront été plus heureux dans une seconde tentative.

    Koui-tcheon. M. Perny, parti une première fois de Hong-Kong avec plusieurs nouveaux missionnaires pour se rendre dans sa mission, avait été obligé de revenir à son point de départ pour ne pas tomber entre les mains des nombreux rebelles qui lui barraient le passage, mais il a été plus heureux dans une nouvelle tentative et nous avons appris avec une vive satisfaction quil est actuellement à son poste.

    Quang-tong. La mort a enlevé à cette mission deux excellent missionnaires, MM. Bish & Fontaine. Ladministration, entravée dans plusieurs districts par les troubles qui ont désolé la province, a donné de bons résultats à Canton° « Le jour de lAssomption, nous écrivait Mgr. Gullemin, au mois dAoût dernier, jai conféré le baptême à 41 païens adultes, ce qui, joint aux 82 que javais déjà baptisés depuis le commencement de lannée, nous donne pour le district de Canton seul 123 baptêmes dadultes. »

    Mandchorie. Rien dextraordinaire à signaler dans cette mission dont le compte-rendu ne nous est pas encore parvenu.

    Corée. Nous attendons de jour en jour la correspondance de cette mission qui nest pas arrivé non plus.

    Japon. M. Girard, Supérieur de cette mission, a accompagné à Jeddo M. Duchêne de Belcourt, Consul général de France au Japon, et a été présenté par lui aux autorités locales en qualité dinterprète et de prêtre catholique.
    M. Mermet, entré plus tard au Japon, est allé établir sa résidence à Acodadé ; autre port du Japon ouvert aux Européens. Accueilli favorablement par les autorités locales, il a obtenu delles un bel emplacement que dautres avaient sollicité en vain avant lui. Ce cher Confrère exercera, ainsi que M. Girard, son ministère auprès des Européens et autres étrangers, et sefforcera, par de saintes industries, davoir quelques rapports avec les indigènes sur la question religieuse quil na pas encore osé aborder, en attendant quil puisse le faire en pleine liberté au jour marqué par la Providence. Il jouit déjà dune grande popularité et reçoit de fréquentes visites même des classes élevées de la société. Les bonzes, qui ne sont pas des moins assidus, paraissent fort effrayés de sa présence au Japon.
    La position de MM. Mounicou et Furet, à Lou-tchou, est la même que précédemment. Ces chers confrères ne peuvent avoir de rapports quavec les maîtres de langue que leur envoie le gouvernement et quil surveille pour les soustraire au danger dune influence quil redoute par dessus tout. « Nous avons perdu le japonais de Saxuma, sur lequel nous comptions un peu, nous dit M. Furet dans sa lettre du 8 Xbre 1859 On vient de nous annoncer aussi la mort de linterprète qui venait avec lui et qui était sur le point dêtre nommé ministre Est-il mort ? Ne lest-il pas ? cest difficile à décider avec nos menteurs Toujours est-il quil est mort pour nous. Cest une perte, parce quil était plus large que les autres et avait de lautorité. »

    Siam. « Rien de remarquable na eu lieu dans cette mission pendant le cours de cette année, nous dit Mr Pallegoix . » On y a baptisé 108 adultes et 1717 enfants dinfidèles in articulo mortis.

    Cambodge et Laos. Malgré son zèle et ses efforts réitérés Mgr Miche na pu encore faire évangéliser le Laos. La dernière expédition, qui se faisait dans des conditions meilleurs que les précédentes, a encore eu une issue plus fâcheuse, comme nous lapprend Sa Grandeur : Dans ma dernière, dit-Elle, je vous ai informés du départ de Mrs Aussoleil et Triare pour le Laos ; ils avaient levé lancre le 6 8bre 1858, munis dune lettre en bonne forme que javais demandée au roi de Siam. Leur voyage, pour arriver à la ville Muongnan, où ils voulaient se fixer, a été denviron 2 mois, et leur séjour en ce lieu néfaste a été fort court. Le 26 Xbre, M. Triare, sur lequel je fondais les plus belles espérances pour la réussite de cette entreprise, fut attaqué de la fièvre. M. Aussoleil crut dabord que cette maladie naurait aucune suite fâcheuse, mais le mal fit en peu de jours des progrès si alarmants quil se hâta dadministrer les derniers sacrements à son infortuné compagnon de voyage qui mourut le 9 Janvier 1859. Trois de ses conducteurs le suivirent de près dans la tombe. Restaient 3 petits serviteurs avec M. Aussoleil. Ce cher confrère, en sa qualité dancien missionnaire, plus aguerri et mieux acclimaté, tint bon quelque temps, malgré la triste position où il se trouvait, mais bientôt il fut pris lui-même de cette fièvre si meurtrière aux étrangers, qui népargne pas davantage les 3 jeunes gens restés avec lui. M. Aussoleil, comprenant alors quil ne devait pas se sacrifier en pure perte, prit le parti de revenir à Bankok, à petites journées, avec ses malades, emportant avec lui une maladie qui a ruiné sa forte constitution, et dont il ne pourra peut-être jamais se délivrer entièrement. »
    Pour ce qui est du Cambodge, on y a baptisé dans lannée 55 adultes et 360 enfants dinfidèles in articulo mortis.

    Birmanie. « Lannée qui vient de sécouler, nous dit Mgr Bigandet que nous ne faisons quabréger, ma fourni dabondants sujets de consolation. Il y a un progrès bien marqué sur tous les points de ce vicariat. A Moulmani, ville importante, jai béni en juin dernier une assez belle église bâtie en briques. La ville de Rangoon, capitale du Pégu, a vu aussi sélever et se terminer dans le cours de lannée une église également belle et vaste, avec une tour qui domine tous les édifices de la ville, proclamant le triomphe de la Croix sur lidolâtrie. Dans la Birmanie proprement dite, on a presque terminé une petite église en briques à Nabeck, village chrétien, et à Mandole, la nouvelle capitale de la Birmanie, le roi nous a accordé un magnifique emplacement. Lors de mon voyage à la capitale, en 8bre dernier, le roi ma promis de nous faire bâtir une belle église en briques à ses frais ; en ma présence même il a donné des ordres pour que lon transportât sans délai les briques nécessaires pour commencer lédifice. S.M. ma donné des marques dune véritable affection et de la plus grande confiance. Elle a voulu que je lui cédasse un Missionnaire qui serait chargé de léducation des jeunes princes, ses enfants. Jai accédé à cette demande dans lespérance quun grand bien pourra résulter de cette démarche pour lavenir de la religion.
    La mission qui est établie dans les forêts du Pégu habitées par la tribu des Karians, prospère et promet les plus heureux résultats. Ces gens demi-sauvages se font instruire par les missionnaires et lun deux écrit à Mgr Bigandet quil espère que bientôt un millier dentre eux pourront recevoir la grâce du baptême. Un autre missionnaire qui travaille aussi à la conversion de ce peuple, manifeste à peu près les mêmes espérances.
    Il y a eu pendant lannée 370 baptêmes dadultes et 550 denfants dinfidèles in articulo mortis ; on a placé 25 enfants nés de parents infidèles dans des familles chrétiennes.

    Malaisie. Nous navons rien dextraordinaire à signaler dans cette mission. Le tableau dadministration de 1859 porte : baptêmes dadultes en santé 145, au lit de mort 189 ; enfants dinfidèles baptisés en danger de mort 36 ; hérétiques convertis 6.

    Missions annamites. Que dirons-nous de nos pauvres missions du Tonquin et de la Cochinchine ? Mgr Theurel nous écrivait le 22 mars 1859 : « Notre affliction est au comble à notre détresse extrême. Matériellement nous sommes ruinés ; spirituellement, hélas ! que de blessures portées à cette pauvre mission annamite ! La sainte Messe ne se dit presque plus & personne ne lentend ; les malades meurent en grand nombre sans sacrements. Que de temps et de fatigues il faudra pour réparer daussi larges brèches ! » Que de nouveaux maux seront venus sadjoindre à ceux qui existaient déjà à la date de cette lettre !
    Les choses ne vont guère mieux dans le Tonquin méridional, à en juger par les nouvelles qui nous ont été communiquées par Mgr Gauthier. Voici ce quil nous écrivait de Hong-Kong le 29 Janvier dernier : « Les deux prêtres de ma mission, arrêtés dans le courant des mois de Juin et Juillet, étaient encore en prison le 1er Novembre. Lun des deux catéchistes est mort en route. On annonce encore la mort du Botoan et de Caitri son fils, les deux plus riches chrétiens de mon vicariat, arrêtés en vertu de lédit qui ordonnait dincarcérer les chrétiens les plus influents par leurs richesses et leur autorité. Bon nombre dautres ont été incarcérés et un plus grand nombre sont en fuite, ruinés jusquà la mendicité. Le Can thanh, curé de la capitale, écrivait le 11 du courant quil venait de paraître un nouvel édit pour ordonner dincarcérer tous les principaux chrétiens, et de disperser tous les autres dans des villages païens, dont les chefs veilleront à ce que ces chrétiens observent exactement toutes les prescriptions de la religion véritable du royaume et quils sabstiennent de tout acte de christianisme. »
    Mgr Sohier, dans une lettre de 31 août dernier, nous donne les détails suivants sur la Cochinchine septentrionale : « Tu Duc samuse à composer des chansons quil communique à ses troupes et dans lesquelles il traite les Français de viles canailles ; on ne peut rien dire de plus méprisant. Il a fait mettre des croix dans tous les ports et sur les routes comme autrefois au Japon ; tous les passants sont obligés de profaner le signe auguste de notre rédemption, de sorte que nos pauvres chrétiens ne peuvent sortir de chez eux sans sexposer à lapostasie, et ils sont obligés de renoncer à la pêche et à tout commerce. Les païens simaginant que ce sont eux qui ont appelé les navires français, les considèrent comme les auteurs de tous leurs maux et ne cessent de les vexer et de les harceler de mille manières. On leur fait supporter les frais de la guerre (du moins dans notre mission) et on leur a imposé des contributions énormes. Il semble que toutes les calamités soient venues fondre sur nous en même temps : les deux dernières moissons ont été perdues et la prochaine le sera encore, car on ne peut pas faire les semailles à cause de la sécheresse extrême ; jamais les chaleurs navaient été aussi grandes ni aussi longues que cette année, de sorte que le peuple est réduit à la plus grande misère, et, si le bon Dieu na pitié de nous, les pauvres mourront de faim par centaines. De plus, depuis 4 mois le choléra fait de tous côtés de très-grands ravages ; dans des villages de 7 à 800 habitants il en a emporté 70 à 80.
    « Les prisons de la capitale regorgent de chrétiens, auxquels on fait chaque jour dhorribles tortures parce quils ne veulent pas apostasier Toutes les communications sont interrompues à cause de la sévérité avec laquelle on garde les routes et tous les passages. Cest pour cela que vous connaissez mieux à Paris ce qui se passe à Tourane que moi qui suis dans le voisinage. » « Je viens de recevoir une lettre de la capitale du 30 Janvier qui me consterne, nous dit le même Prélat dans un P.S. du 10 février dernier. Il paraît quil y a un nouvel édit qui ordonne de diviser les chrétiens et de les disséminer au milieu des villages païens &e. Quallons-nous devenir ? Que vont devenir nos pauvres chrétiens ? Cest, je pense, le nec plus ultra. Il vaudrait mieux que Tu Duc ordonnât de nous massacrer tous ; il y aurait moins de péchés commis. Cen est fait, si nos compatriotes diffèrent encore dagir dune manière efficace, il ne restera plus de trace de christianisme dans ce pays. Le roi et les mandarins disent entre eux : il faut faire disparaître les chrétiens ; quand il nen restera plus, les navires sen iront : aussi cest à cela quils sappliquent uniquement. Hier, à la préfecture de Dong hoi, on a travaillé avec des tenailles rougies au feu, un élève revenu du collège de Pinang nommé Biéch. Il a refusé dapostasier ; on la porté de force sur la croix ; il a crié quon lui faisait violence. On le presse vivement pour savoir où il a été étudier. »
    Voici, daprès M. Herrenght, un résumé des novelles de la Cochinchine Orientale : « Nous fumes sous le pressoir pendant les 8 premiers mois qui suivirent larrivée des Français à Tourane, nous dit ce cher confrère. On nentendait parler que de visites domiciliaires, arrestations, mesures arbitraires de tout genre contre les chrétiens. Dans la province de Quang-nam un capitaine et deux ou trois soldats furent décapités pour refus dapostasie ; dans celle de Binh Thuan, un prêtre tonkinois nommé Cat, qui était en exil depuis 6 ou 7 ans, fut décapité avec un des ses parents et trois prisonniers quil avait gagnés à la Foi et quil instruisait pour le baptême. La persécution se calma alors un peu, mais depuis le mois de 7bre elle a recommencé avec une nouvelle fureur. Le 15 7bre un grand mandarin parti de la capitale, passa par les chefs-lieux de toutes les provinces pour y communiquer aux gouverneurs un édit secret du roi contre les chrétiens. On dit quil sagit darrêter tous les chrétiens et de sen servir pour couvrir les troupes annamites dans la première affaire quils auront avec les Français, dautres disent que cest pour les décapiter tous à un jour fixe fixé par le roi. Dans trois provinces, après larrestation des principaux membres de chaque chrétienté, on obligea tous les villages qui comptaient des chrétiens à en faire le recensement, puis les sous-préfets se rendirent dans ces villages, assemblèrent à la commune tous les hommes depuis lâge de 16 ans ; les uns furent jetés en prison, la chaîne et la cangue au cou, les autres furent disséminés un à un dans les villages païens, on en envoya dans les forteresses qui bordent la frontière des sauvages à louest. Il ne reste que plus dhommes que quelques uns qui ont pu fuir ou que les villages ont omis dans leur recensement. Les femmes et enfants sont laissés sans protection aux vexations des païens qui volent, pillent, ravagent tout. On dit quon va faire pour les femmes ce quon vient de faire pour les hommes. Le 15 Janvier dernier un prêtre et deux élèves ont encore eu la tête tranchée et chaque jour on fait de nouvelles arrestations. En même temps les pirates, le choléra et la famine ravagent cette pauvre mission. »
    « Vous me demanderez où nous en sommes actuellement, nous dit Mgr Lefebvre dans sa lettre du 16 mars dernier. La guerre traîne en longueur ; la persécution redouble partout le royaume : jamais encore il ny avait eu dans lespace dune année tant de confesseurs de la foi & tant de martyrs Notre mission, qui a été la plus favorisée, na pas laissé, même depuis la prise à loccupation de Saigon, dêtre en proie à toutes les horreurs de la persécution, excepté à Saigon même où les chrétiens mont suivi dabord au nombre de 2000, et ensuite, la persécution augmentant, lors de larrivée de lamiral Page, jen ai fait venir environ 3000 de plus Nous avons dépensé beaucoup pour les malheureux chrétiens qui ont été obligés de quitter leurs habitations pour sétablir à Saigon sans pouvoir rien apporter avec eux. Ils ont trouvé de belles maisons vides, mais ils navaient rien à manger ; il a fallu les nourrir, et encore plus les confesseurs de la Foi qui gémissent dans les prisons sous le poids de la cangue et des fers dont ils sont chargés. Ces derniers sont au nombre de 396. »

    Procures de Hong-Kong et de Singapore. Nous avons été obligés daugmenter les allocations de nos Procures dont les dépenses deviennent de jour en jour plus considérables. Voici les renseignements que nous avons reçus de M. Libois à ce sujet : « Vous navez pas oublié sans doute que nous avions en 1858 un déficit de 600 piastres, et quil restait à payer pour la nouvelle procure de Singapore et lachat de son mobilier environ 1400 piastres. Pour lannée 1859 je ne puis vous donner encore un chiffre certain, mais daprès le chiffre des dépenses faites jusquà la fin doctobre, je crois que le déficit de cette année sélèvera à 1000 ptres au moins (il sest élevé à 2000) sans compter les dépenses des réfugiés annamites, qui devront nécessairement figurer ailleurs. La principale cause de cet excès de dépense vient des nombreuses expéditions de missionnaires qui ont eu lieu cette année pour des missions éloignées, 2 pour la Corée et 8 pour louest de la Chine, avec cela ces voyages ont été beaucoup plus coûteux quà lordinaire à cause des rebelles chinois qui rendent les routes très-difficiles et les routes ainsi que les moyens de transport beaucoup plus chers par leur dévastation. Outre cela les routes sont tellement difficiles, que sur 12 Missionnaires que jai expédiés cette année, 11 sont revenus à la procure et plusieurs jusquà 2 fois, après avoir fait déjà une partie du voyage ; à peu près tous sont repartis, mais il est résulté de tout cela que les dépenses de ces voyages ont été doublées. »
    « Une autre cause de laugmentation de nos dépenses a été, comme lan dernier, la cherté des vivres à Hong-Kong, où viennent sapprovisionner les divisions française et anglaise. Dans les temps ordinaires le viatique dun missionnaire suffit ici pour son entretien ; dans les circonstances actuelles la dépense est augmentée du double. Or, nous avons eu cette année en moyenne à la procure, de 12 à 15 missionnaires constamment. Il y a, il est vrai, daucuns missionnaires qui nous laissent leur viatique, mais le surplus de leur dépense retombe sur la procure. »
    Quant à la procure de Singapore, nous pouvons juger de ses dépenses par les quelques mots que nous en dit M. Osouf dans une lettre du 20 avril dernier : « Vous avez fait une bonne uvre daugmenter lallocation des procures. Vous avez vu comme lannée dernière jai dépassé celle qui métait faite et je ne me vois quen trop bon train den faire autant cette année. Nous avons toujours été en assez grand nombre à la procure ; nous sommes encore actuellement 17, non compris les Domestiques, savoir : 9 missionnaires et 8 annamites. »

    Collège de Pinang. Notre Collège de Pinang a été soumis à de rudes épreuves. Mr. Dupin, après avoir langui quelque temps à Pinang, est allé mourir à Singapore, et M. Martin, atteint dune dyssentrie chronique, a dû, sur le conseil des médecins, entreprendre un voyage jugé nécessaire au recouvrement de sa santé. Ce cher confrère sest rendu en Birmanie au mois de Septembre dernier, et le 10 Janvier, date de sa dernière lettre à ses collègues de Pinang, il leur écrivait que sur lordre des médecins et les instances de Mgr Bigandet, il était sur le point de partir pour Ava.
    Nos quatre confrères, restés à la tête du collège, nont négligé aucune des mesures que la prudence et le dévouement peuvent suggérer pour que leur établissement souffrit le moins possible de leur petit nombre, jusquà ce que nous pussions leur envoyer du renfort. Déjà nous leur avons expédié M. Navech et nous leur réservons encore un autre confrère qui sembarquera prochainement.
    Le nombre des élèves est de 129 sur lesquels il y a 56 théologiens dont plusieurs ont déjà fini leur cours et ne sont retenus au séminaire quà cause des troubles et de la persécution qui leur ferment la porte de leurs missions. Cest aussi pour cette raison quil vient peu de nouveaux élèves.

    Séminaire de Paris. Nous avons en ce moment 53 aspirants dont 16 ont été ordonnés prêtres à la Trinité et pourront être expédiés prochainement ainsi que quatre autres qui sont sur le point de terminer le temps de leur probation. Le vide quils laisseront parmi nous, à en juger par les demandes dadmission qui nous ont été adressées, ne sera pas complètement rempli à lépoque des vacances, mais peut-être le sera-t-il plus tard. Quoiquil en soit, nous espérons que la divine Providence qui nous a si bien servis jusquici, continuera de proportionner le nombre des ouvriers à celui des besoins.
    M. Chamaison ayant donné sa démission de Procureur de la Cochinchine, et les circonstances actuelles ne nous permettant pas despérer quil pût être remplacé prochainement, nous avons rappelé au milieu de nous M. Rousseille que ses antécédants comme vice-Procureur à Hong-Kong pendant près de 4 ans nous avaient fait juger apte à remplir dans notre séminaire une place de Directeur. Ce cher Confrère, considérant lexpression de nos désirs comme celle de la volonté de Dieu, na pas hésité à sacrifier lespérance bien fondée et si chère à son cur daller très-prochainement évangéliser une mission qui avait toutes ses affections.
    En outre, nous avons appris, par des lettres arrivées récemment de la Cochinchine, lélection de M. Pernot en remplacement de M. Chamaison. Ce cher Confrère, qui depuis environ 9 ans exerçait le ministère dans la Cochinchine Occidentale, a été assez heureux pour pouvoir se rendre à Saigon. Les navires français le transporteront de là à Singapore ou Hong-Kong, ce qui nous procurera la satisfaction de le voir prochainement au milieu de nous.
    Nous espérons que ce renfort ne mettra point dobstacle à lenvoi du député des Missions de la Mandchourie, de la Corée et du Japon dont le poste restera encore vacant. Il aura abondamment de quoi soccuper ici avec avantage pour notre uvre, car notre petit nombre nous a obligés de négliger plusieurs choses fort utiles, et dautres se feraient mieux si le travail était partagé. Dailleurs les fonctions que le plus grand nombre dentre nous ont à remplir ici demandent une étude continuelle et un certain temps de préparation.

    Depuis notre dernière lettre commune, qui était du 12 Juillet 1859, nous avons expédié les Missionnaires dont nous allons faire connaître les noms et les destinations.

    Sont partis le 22 Août 1859 :

    Messieurs

    Pottier, Jean-Marie-Eutrope de Rennes pour le Coïmbatour
    Martin, Armand-Marie de Nantes pour la Birmanie
    Guilhon, Pierre-Jean-Joseph de Luçon pour le Maïssour
    Darras, Jean-François de Cambrai pour Pondichéry
    Lefebvre, Réné de Laval pour Maïssour

    Le 9 Mars 1860 sont partis

    Messieurs

    Rimet, Joseph-Victor de Besançon pour le Sut-chuen septentrionale
    Berthet, Jean-Edouard de Besançon pour le Japon (Mort à Bordeaux)
    Navech, Joseph-Adrien de Rhodez pour le Collège de Pinang

    Le 13 Mars 1860, pour remplacer M. Berthet :

    Monsieur Petitjean, Bernard-Thadée dAutun pour le Japon

    Le 16 Avril 1860, sont partis :

    Messieurs

    Bottero, Hugues-Madelain de Chambéry pour Pondichéry
    Brochéry, Auguste-Emmanuel dAvignon pour Pondichéry
    Daugaron, Gabriel de Bordeaux pour Pondichéry

    Messieurs

    Hautière, Jean-Baptiste de St Brieux pour Pondichéry
    Renevier, Pierre-Marie-Louis de Besançon pour Pondichéry
    Lequeux, Léonard dAutun pour Pondichéry

    Doivent partir sous peu de jours :

    Messieurs

    Rèmes, Jean-Pierre de Bayonne pour la Malaisie
    Janin, Constantin de St Claude pour le Cambodge
    Boyer, Antoine de Lyon pour le Collège de Pinang
    Daguin, Louis-Armand de Sées pour Malacca
    Ridel, Félix-Clair de Nantes pour la Corée
    Calais, Adolphe-Nicolas de Nancy pour la Corée
    Aussourd, François-Alfred de Bourges pour la Mandchourie
    Guinard, Charles de Poitiers pour la Mandchourie
    Sonnet, Napoléon-Alphonse-Félix de Sées pour le Japon
    Sécher, Pierre-Marie de Nantes pour le Japon
    Giers, Adrien-Jean de Breda (Hollande) pour le Japon
    Meunier, Césaire de Lyon pour le Sut-chuen méridional
    Foucard, Pierre-Noé-Joseph dOrléans pour le Quang-tong
    Drouet, Pierre-Auguste de Nantes pour le Quang-tong
    Chouzy, Jean-Benoît de Lyon pour le Quang-tong
    Joly, Louis de Poitiers pour le Quang-tong
    Proteau, Alexis-François de Luçon pour le Quang-tong
    Alibert, Joseph-Etienne de Paris pour le Quang-tong

    Nous avons lhonneur dêtre avec le plus profond respect,
    Nosseigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles & très-obéissants serviteurs

    P.S. Nous ne ferons point cette année le résumé des nouvelles religieuses & politiques ; on en devinera aisément la raison.
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