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lettre n°

Nosseigneurs & Messieurs, La répartition de la somme de 248,600 fr. alloués par les Conseils de la Propagation de la Foi, vous avait été annoncée dans notre circulaire du 16 avril 1841. Aujourdhui nous avons lhonneur de vous faire part de celle que nous venons de faire. La somme qui nous a été accordée est de 258,300 fr. que nous avons repartis de la manière suivante, daprès la connaissance que nous avions des besoins de chaque Mission. (suit un tableau des Missions)
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    Nosseigneurs & Messieurs,

    La répartition de la somme de 248,600 fr. alloués par les Conseils de la Propagation de la Foi, vous avait été annoncée dans notre circulaire du 16 avril 1841. Aujourdhui nous avons lhonneur de vous faire part de celle que nous venons de faire. La somme qui nous a été accordée est de 258,300 fr. que nous avons repartis de la manière suivante, daprès la connaissance que nous avions des besoins de chaque Mission.

    (suit un tableau des Missions)

    Nous croyons devoir vous avertir encore que, daprès le désir des Conseils de luvre, motivé par les raisons exprimées dans nos précédentes lettres, lallocation en faveur du Séminaire de Paris pour subvenir aux dépenses que nécessitent les envois de Missionnaires, ne doit point figurer sur le compte-rendu des Annales sous le titre dallocation pour le séminaire. Les 18,000 f. seront donc répartis cette année en portions égales sur nos 9 vicariats apostoliques, cest-à-dire, que leurs allocations respectives paraîtront augmentées de deux mille francs sur le n°. des Annales, tandis que dans la réalité elles ne seront que celles énoncées dans le tableau ci-dessus. Nous ajouterons que peut-être des sommes pour destination particulière pourraient réellement venir rendre plus fort le chiffre de lallocation de quelquune de nos Missions. Dans ce cas MM. les Procureurs seront avertis de payer ces sommes à qui de droit.
    Vous verrez peut-être avec peine que les allocations faites à chaque mission sont un peu moindres que celles de lannée passée, quoique la somme accordée par les Conseils soit plus forte ; mais les dépenses extraordinaires de la procure dans ces derniers temps nous ont forcés à lui faire une part plus considérable, et qui sera, sans doute, encore insuffisante pour couvrir le déficit. Lallocation du Yun-nan a dû diminuer aussi celle des autres.
    Nous osons espérer que les fonds qui nous seront alloués par les Conseils pour lannée prochaine seront plus abondants. Du moins il nous semble que, dans le mémoire que nous venons de leur adresser, nous navons omis aucun des motifs qui peuvent contribuer à obtenir ce résultat. Du reste nous devons dire quils continuent toujours de porter un intérêt bienveillant à nos Missions.
    Permettez-nous, Nosseigneurs et Messieurs, de vous faire part de ce qui sest passé dimportant pour notre société, et qui est à notre connaissance, depuis notre dernière lettre commune. Dabord quelques mots sur nos différents Missions.
    Dans le Vicariat apostolique de lInde tout va à peu près comme à lordinaire. Les lettres continuent à constater les succès des Missionnaires auprès des schismatiques et des hérétiques, succès que contribueront à soutenir et à accroître les livres que nos confrères impriment en langue indigène pour combattre lerreur. Quelques difficultés qui sétaient élevées, mais sans causer la moindre division, au sujet de la délimitation du vicariat, touchent à leur fin. Tout sera arrangé dun commun accord avec les PP. Jésuites, et nous avons la douce confiance que la bonne harmonie continuera à régner entre les Missionnaires des deux sociétés.
    Il y a eu du changement dans la Mission de Siam. Le vicariat vient dêtre définitivement séparé en deux, vicariat oriental et vicariat occidental. Le premier comprend les pas de Siam &e. et a pour vicaire apostolique Mgr de Mallos. Le second qui a à sa tête Mgr de Bides renferme Syncapour, Malacca, Pinang, la province Martaban, la Côte-Tennasserim &e.
    Linitiative de cette division appartient à la S. Congrégation. Il paraît du reste que nos confrères, qui travaillent toujours avec zèle et avec beaucoup de fruit dans ces contrées, nont pas été en général contrariés de ce partage, qui contribuera à activer encore le bien qui sy faisait. Cest lespérance de Rome, et nous aimons à nous y associer. Voici le passage du Bref relatif à la démarcation.

    (suit un texte en latin)

    Point encore de nouvelles directes de nos chers confrères de Corée. Les lettres venues de la Tartarie nous font toujours appréhender une catastrophe. M. Ferréol arrivé sur les frontières de ce royaume a tenté inutilement toutes sortes de moyens pour avoir quelque connaissance certaine sur létat de cette mission. Malgré les conjectures douloureuses que porterait à faire labsence de toute nouvelle de la part de Mgr Imbert et de ses deux confrères, nous mettons notre confiance en Dieu, et nous espérons encore quelle ne sera pas entièrement trompée ; mais nous ne devons pourtant pas dissimuler que nous sommes vivement affectés de la situation présumée de ce vicariat. Nous avons pris les précautions que, dans cette occurrence, la sagesse et la prudence nous commandaient, pour quà tout événement une mission promettait une moisson si abondante ne soit pas délaissée.
    Nous avons appris lheureuse arrivée de Mgr Vérolles dans son vicariat. Quelques contrariétés, comme on devait sy attendre, lont accueilli de prime abord ; mais par sa sagesse et son bon esprit il na pas tardé à dissiper bien des soupçons. Cest avec bonheur que nous constatons ce fait, et nous avons lespoir fondé que les difficultés sévanouiront dès quon aura été informé dans ces pays de lérection de la Mongolie en vicariat apostolique, en faveur des Lazaristes.
    Les nouvelles du Sut-chuen continuent à être consolantes. La belle uvre pour procurer le baptême aux enfants dinfidèles à larticle de la mort y a pris un accroissement remarquable. 15 mille de ces petites créatures avaient été sanctifiées par les eaux du salut pendant le courant dune seule année. Sil nous était permis à ce sujet de manifester un vif désir de notre cur, ce serait de voir une uvre si agréable à Dieu, si consolante pour le Missionnaire, prendre encore, sil était possible, plus de développement dans tous nos vicariats.
    Nous avons déjà eu lhonneur de vous annoncer que la province de Yun-nan avait été érigée en vicariat apostolique, en continuant dappartenir à la société. Parmi le Missres partis lannée dernière, deux, comme vous lavez appris par notre lettre commune, étaient destinés pour cette nouvelle mission, ou devaient remplacer ceux qui y seraient envoyés du Sut-Chuen. Des Bulles ont été aussi expédiées à Mgr de Maxula pour désigner et sacrer un vicaire apostolique. Nous avons la ferme confiance que ce vénérable prélat se sera empressé daccomplir les intentions du St Siège : son désir ardent détendre le royaume de J.-C. nous en est un sûr garant.
    Nous avons la douleur de vous annoncer que les paquets de Cochinchine qui ont dû être mis, à Syncapour, au mois de mai, sur un navire partant pour lEurope, ne nous sont point parvenus. Il est bien probable que tout sera perdu. Les lettres du Tong-King que nous avons reçues dernièrement, et celles écrites de Macao nous confirment la mort de Minh-Mênh, ce cruel persécuteur de lÉglise Annamite, et nous représentent celui de ses fils qui lui a succédé, comme possédant, avec moins de talents réels, peut-être plus de méchanceté naturelle, plus de haine contre notre Religion que son père. Ce changement ne faisait donc prévoir aucun adoucissement dans la pénible situation de nos confrères et de leur troupeau. Et même, au moment où nous espérions des jours plus sereins, de nouveaux malheurs nous sont annoncés. Cest avec la plus profonde douleur que nous avons appris larrestation de MM. Galy et Berneux, qui étaient destinés , le premier pour la Cochinchine, et le second pour le Tong-King. Mgr Retord qui les avait conduits avec lui, a eu le bonheur, par un trait spécial de la Divine Providence, déchapper encore cette fois aux persécuteurs. Cest le St Jour de Pâques que nos deux vénérables confrères sont tombés entre les mains des mandarins, au Tong-king. Mis en cage, ils ont été transportés à la ville Royale. Il est bien probable quils sont appelés à cueillir les palmes du Martyre. Plusieurs prêtres indigènes, des catéchistes et quelques autres chrétiens, les avaient précédés dans le ciel, pendant lannée 1840, en donnant leur vie pour J.-C. dans la Mission du Tong-King. Nous navons pas de nouvelles bien précises sur létat actuel de la Mission de Cochinchine. Seulement, comme vous laurez déjà appris sans doute, trois Missionnaires, MM. Miche, Duclos & Chamaison se sont embarqués au mois de mai à Syncapour, sur une barque Cochinchinoise envoyée par Mgr Cuenot. Nous faisons des vux pour lheureuse réussite de leur généreuse, mais périlleuse entreprise.
    Nous nous empressons, Nosseigneurs & Messieurs, de vous informer que le prochain départ de M. LeGrégeois, pour aller occuper sont poste à Rome, a nécessité la nomination dun second procureur pour lassocier à M. Libois successeur de M. LeGrégeois. Notre choix est tombé sur M. Maistre que nous croyons digne sous tous les rapports doccuper cette place. Plus tard nous avons appris que M. LeGrégeois sétait en effet embarqué pour lEurope. Nous lattendons de jour en jour.
    Venons maintenant aux affaires du Séminaire.
    Nous sommes heureux, Nosseigneurs et Messieurs, de vous annoncer que la Providence nous a fourni loccasion et la facilité de faire lacquisition dune petite maison de campagne. Vous apprécierez, nous en sommes sûrs, et son utilité et son importance pour la Société, et vous approuverez notre conduite dans cette affaire. Dabord nous nous sommes proposé en faisant cet achat de procurer un lieu de promenade, hors de Paris, aux aspirants : car les fortifications du Mont-Valérien nous avaient enlevé le pied-à-terre que nous avions dans cet endroit. Vous comprenez tous, les inconvénients pendant les jours de vacances, de ces courses dans les rues de Paris,et de ces promenades isolées dans la campagne sans but fixe. Sous ce rapport il nous semble quil y a utilité à avoir une maison aux environs de la capitale. Nous pourrions ajouter que, sous ce point de vue, nous en avions presque reconnu la nécessité. En second lieu, cette acquisition nous a donné la possibilité de tenter lexécution dun projet qui faisait lobjet de nos désirs, mais que les difficultés nous avaient empêché jusquici de pouvoir réaliser entièrement. Cétait de former un petit noviciat où des jeunes gens qui nauraient point encore terminé leur théologie, ou même qui ne feraient que commencer leur cours, mais qui cependant donneraient des garanties suffisantes sur leur vocation pour les Missions, auraient pu, tout en se formant à la vie ecclésiastique et apostolique, faire leurs études théologiques ou les continuer. Car nous nous étions aperçus que nous perdions beaucoup dexcellents sujets en différant leur admission jusquà la fin de leur séminaire. Après de mûres réflexions nous avions commencé à mettre à exécution ce projet dans le Séminaire de Paris, lorsque lacquisition de cette maison est venue nous en faciliter laccomplissement, du moins nous lespérons. Plaise au Seigneur vouloir favoriser une uvre qui a été entreprise pour sa gloire : car, si nous ne nous faisons illusion, cest bien le témoignage que nous rend notre conscience. Lessai que nous faisons paraît promettre dheureux résultats pour lavenir, autant que nos prévisions bornées peuvent nous permettre den juger ; car nous savons que lhomme propose et que Dieu dispose. Depuis le mois doctobre 5 aspirants sy préparent par létude et les exercices spirituels à létat ecclésiastique et à la carrière des Missions. Ils donnent des espérances fondées quils seront plus tard de bons missionnaires. Ce petit noyau, nous en avons lespoir, augmentera et servira à alimenter le Séminaire de Paris, qui ne sera plus exposé à se trouver, par intervalle, sans sujets, comme cela est arrivé plusieurs fois, surtout maintenant quoutre ceux qui ont fini leur théologie on y reçoit ceux qui ne lont pas terminée ; car il ny a que les moins avancés quon envoie à la campagne. Vous saisissez tout de suite la raison de cette conduite. Il serait difficile en effet que les commençants pussent, avec beaucoup de fruit pour eux, être mêlés avec les prêtres ou avec ceux qui sont sur le point dêtre promus au sacerdoce, soit dans leurs exercices détudes, soit dans les instructions quils reçoivent : à chacun sa nourriture. Dailleurs le contact avec les étrangers qui se trouvent habituellement au Séminaire de Paris aurait nécessairement nui à lavancement de jeunes gens qui ont besoin de la solitude, de la retraite.
    La maison en question est située à lextrémité du village de Meudon. Son site heureux entre les bois de Fleury et de Meudon est tout-à-fait propice au but que nous nous sommes proposé en lachetant. Elle ne peut contenir quune douzaine de personnes environ ; mais elle est capable de recevoir tous les agrandissements que nous voudrions lui donner. Son jardin est beau & vaste. Elle nous a coûté 42 mille francs, et on convient que nous pourrons toujours en avoir cette valeur, dans les cas où cette acquisition nobtiendrait pas votre approbation. Nous ajoutons avec plaisir quune personne qui sintéresse à notre uvre nous a donné dix mille francs pour faciliter cette acquisition et la fondation de ce petit établissement qui contribuera à soutenir lhonneur et la considération de la société. Il est bon de vous dire aussi que le chemin de fer de Paris à Versailles, passant par Meudon, fournit au Directeur plus spécialement chargé du soin de cette maison le moyen de venir à Paris sans trop dinconvénients, pour assister au conseil et pour faire les commissions. Ce Directeur est M. Albrand. Nous aimons à croire quaprès ces explications vous vous féliciterez avec nous sur ce petit établissement que nous venons de fonder. Le nombre croissant de nos vicariats, et lobligation cependant où nous étions de répondre à la confiance du St. Siège, et de tâcher de nous élever à la hauteur de notre mission ont été pour nous de puissants motifs dans cette démarche.
    Il est un autre fait, Nosseigneurs & Messieurs, sur lequel nous tenons à vous instruire. Vous savez que quelques misérables constructions sélevaient sur la rue du Bac et de Babylone et formaient la cour devant léglise du séminaire. Elles menaçaient ruine, et la Police nous obligeait à les abattre. Il fallait donc ou les faire disparaître ou les relever. Nous avons pris ce dernier parti. Nous aurions cru faire acte de mauvaise administration, (acte que vous auriez désapprouvé) en laissant improductif un terrain si précieux, dautant que cela aurait mis trop à découvert notre séminaire du côté et de la rue du Bac et de la rue de Babylone. Nous avons donc pensé, après mûres délibérations, quil importait de rebâtir ces baraques. Cest ce qui a été fait. Nous leur avons donné plus délévation, cest-à-dire, quelles ont maintenant un premier. Cet ouvrage a nécessité une certaine dépense dont on vous donnera connaissance dans la reddition des comptes. Nous sommes sûrs que vous lapprouverez, surtout lorsque vous saurez quoutre lavantage immense de mettre le séminaire plus à couvert, largent employé pour cet objet donnera un revenu plus considérable que sil était placé sur les fonds publics.
    Les élections des différents officiers du séminaire ont eu lieu depuis notre dernière lettre commune. Ont été élus : Supérieur, M. Langlois ; assistant, M. Dubois ; procureur de la recette, M. Voisin ; de la dépense, M. Tesson ; secrétaire, M. Jurines.
    Cest avec bonheur, Nosseigneurs & Messieurs, que nous vous annonçons en finissant le départ de quatre Missionnaires. Deux, MM. Melchior de Marion Brésillac du diocèse de Carcassone, Joseph Antoine Triboulot du diocèse de St Diez vont sembarquer à Nantes pour Pondichéry. Deux autres, MM. Jean-Baptiste Vachal du diocèse de Tulles, Nicolas Barlier du diocèse de St Diez doivent sembarquer au commencement de Mai, à Bordeaux, sur un navire qui fera voile pour les mers de Chine. Leur destination nest pas encore fixée.
    Outre les cinq aspirants qui sont à Meudon, quatre restent encore à Paris. Nous en attendons dautres.
    Tous les Directeurs continuent à jouir dune bonne santé. Toutefois la vue de M. Dubois ne saméliore point.

    Nous avons lhonneur dêtre, en union de prières et SS. Sacrifices, et avec le plus profond respect,

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Vos très humbles, très obéissants serviteurs, & affectionnés confrères

    Paris, le 28 mars 1842.




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    Lettre commune.

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Un résumé sommaire des principaux événements qui se sont passés depuis notre lettre commune du 5 avril 1841, suffira, nous lespérons, pour vous faire apprécier la situation présente des affaires. Nous nous estimerons heureux si ce petit travail vous est agréable. Commençons par la France.
    A lextérieur la marche des événements na guères amélioré, à notre avis, sa situation à légard des puissances étrangères. Son isolement continue, et lesprit général des affaires nest guères plus favorable. Il y a toujours des nuages à lhorizon ; et, sans vouloir affirmer quils ne tarderont pas à grandir et à nous menacer dune tempête, il faut reconnaître quils doivent fixer, comme on le dit, lattention et éveiller la sollicitude des hommes détat et amis de leur pays. Mais, permettez-nous, Nosseigneurs et Messieurs, quelques mots de développement.
    Le ministère Soult-Guizot qui a continué de gérer les affaires, regardant létat disolement comme dangereux pour la France, crut quen bonne politique il devait tendre à le faire cesser. Cest pour atteindre ce but quil chercha à conclure un traité qui fit rentrer la France dans le concert Européen, et détruisît ou atténuât leffet du traité du 15 juillet qui, comme nous lavions dit dans notre précédente lettre, avait eu pour résultat la coalition des grandes puissances contre notre pays, ou plutôt contre sa politique. À tort ou à raison, il réussit. Le 10 juillet 1841, les plénipotentiaires de la Grande-Bretagne, de la Russie, de la Prusse, de lAutriche et de la Turquie, réunis au Foreing-office (à Londres) déclarèrent solennellement que les difficultés qui avaient amené leur alliance étaient aplanies, et que la convention du 15 juillet 1842 navait plus dobjet. Le même jour la France était invitée à reprendre sa place dans le concert Européen, et, trois jours après, M. de Bourgueney, notre chargé daffaires à Londres, par ordre de son gouvernement signait le traité du 13 juillet 1842, par lequel les détroits des Dardanelles et du Bosphore étaient fermés aux bâtiments de guerre des puissances étrangères. Le but est, on le conçoit, dempêcher une des grandes puissances de semparer, au préjudice des autres, de Constantinople, ou dy exercer une prépondérance exclusive. Notre gouvernement se proposait, en négociant le concert Européen, deux résultats, lun de faire prendre à la France, dans les affaires dOrient, une place convenable, sans lassocier à des actes auxquels elle na pas cru devoir concourir (la guerre contre le Pacha dEgypte) ; lautre de consolider en Europe la paix générale, de la rendre sûre et efficace, sans porter à la dignité, aux intérêts particuliers et à lindépendance de la politique de la France, aucune atteinte. Selon les uns le ministère a obtenu en partie cette fin ; selon les autres, ce nest quun pas de plus dans les voies de cet abaissement continu, signalé depuis longtemps par la presse qui se dit indépendante, et par les membres de lopposition dans les deux chambres. Quoi quil en soit de cette diversité de sentiments, il semble quil est plus sage de dire que la convention du 13 juillet est un acte assez insignifiant. Elle ne devait rien changer à la situation des puissances, et elle ny a rien changé en effet. Elle nempêchera pas lAngleterre de convoiter lÉgypte, comme la Russie Constantinople. Les Russes, maîtres de la Mer Noire, et par conséquent du Bosphore, pourraient être à Constantinople avant que la nouvelle de leur expédition fut arrivée en France. Et Dieu sait si, dans ce cas même, après avoir crié un peu, nous ne nous inclinerions pas devant le fait accompli, tandis que lAngleterre par un touchant accord avec la Russie se ferait une bonne part en Égypte. Ce traité na donc fait cesser ni lisolement de la France, ni la coalition des quatre cours contre elle. Il namène entre les puissances et nous, ni concert actif, ni même un concert passif. Après comme avant, nos intérêts ne sont ceux daucun autre état. La barrière qui séparait la France révolutionnaire de lEurope contre-révolutionnaire ne sabaisse point ; et lalliance occidentale, lunion de la France avec lAngleterre demeure aussi difficile que jamais. Ce traité est aux yeux de la plupart un prétexte que lon donnait à la France pour réduire ses forces, un prétexte que lEurope se ménageait pour demander notre désarmement. Car on sait bien que de la France dépend la paix du monde, ou la guerre générale. Toutefois le désarmement a été modéré, et le Maréchal Soult la conçu et exécuté sans porter atteinte à notre organisation militaire. Les cadres de tous les régiments ont été conservés, et peuvent, dans le cas de guerre, être promptement remplis. Dun autre côté les fortifications de Paris, et celles de quelques autres places frontières se poursuivent avec assez de vigueur. Quoiquon accuse le ministère de vouloir la paix à tout prix, il persiste à maintenir nos armements maritimes sur un pied respectable. Nos bâtiments à vapeur vont être même beaucoup augmentés : ce qui nest point du tout du goût de nos voisins, les Anglais qui, malgré leur fierté dédaigneuse, laissent souvent échapper sur ce point des signes de leur mauvaise humeur.
    Du reste un fait tout récent vient encore de prouver le peu dharmonie qui existe entre la France et les grandes puissances. Un traité sur le droit de visite pour labolition de la traite avait été négocié de concert par lAngleterre et la France auprès des trois autres grandes puissances. Déjà même il avait été signé. Mais avant la ratification, la chambre des députés ayant fortement désapprouvés plusieurs articles comme trop favorables à lAngleterre, le ministère na pas cru pouvoir passer outre, et a refusé de la ratifier sans quelques modifications. Cependant le cabinet Anglais, de concert avec les plénipotentiaires des autres puissances lont ratifié sans faire attention aux observations de la France, qui sest encore une fois isolée, mais sans danger présent de guerre.
    Lappréciation de cette politique à légard de létranger a été plusieurs fois loccasion dune vive lutte parlementaire, surtout dans la chambre des députés. Mais ces débats, en faisant briller un instant le courage et lhabileté des combattants, nont guères dautres résultats que de mettre plus à découvert lindividualisme qui paraît être une des maladies graves de notre époque. Le combat singulier qui, à plusieurs reprises, a eu lieu, sur ce terrain de la politique, entre deux orateurs éminents, M. Guizot et M. Thiers, a achevé de désunir ces deux hommes détat, dont la rivalité est désormais un fait ; si toutefois lambition qui a fait en partie leur désunion, ne les rapproche, car le désir de gouverner opère bien des changements par le temps qui court. Soit dit en passant, il y a quelque chose dhumiliant pour la France catholique dêtre, pour ainsi dire, dans la dure nécessité de subir tour à tour le despotisme de ces deux personnages, dont le premier est protestant, et lautre sans religion.
    Après ces grandes luttes personnelles, il paraît que la Chambre des députés va enfin soccuper des véritables intérêts du pays. Une question surtout de la plus haute importance pour lui est à lordre du jour, celle des chemins de fer. On espère que bientôt la France qui sétait laissée devancer sur ce point par dautres nations, aura plusieurs grandes lignes de chemin de fer en voie dexécution. Le gouvernement a aussi porté son attention sur les désastres causés encore une fois, dans les derniers mois de lannée dernière, par les inondations dans quelques-uns de nos départements où le Rhône avait rompu ses digues en plusieurs endroits. Les malheurs, quoique bien grands, nont pas été pourtant aussi considérables que ceux de lannée précédente. Cependant ils demandent de prompts secours. Ces dépenses extraordinaires jointes à celles que nécessiteront laffermissement et la sécurité de nos conquêtes dAfrique, et lexécution des chemins de fer &e., ne contribueront guères à diminuer le budget qui, en cette année 1842, était de 1 milliard, 600 millions. Malgré le calme dont nous jouissons, létat actuel de la France na rien de bien séduisant. Linstabilité des ministères (nous nen avons pas eu moins de 33 en onze ans), une politique peut-être trop timide et souvent incertaine à légard de létranger, labsence de principes religieux dans la plupart de nos hommes détat, par conséquent leur peu de zèle pour entourer de respect la Religion qui est le soutien des lois et de la morale, et dautres causes quil serait trop long dénumérer ici, ont eu un funeste résultat pour notre situation intérieure, celui daffaiblir la force conservatrice du gouvernement contre les factions et de donner un prétexte aux ennemis du pouvoir établi et de la tranquillité publique de sagiter et de conspirer. Des émeutes sérieuses, des tentatives fréquentes dassassinat sur le chef de lÉtat, sont venues souvent nous avertir du mal que la société renferme dans ses entrailles. Le temps qui sest écoulé depuis notre dernière lettre nest pas tout-à-fait stérile en événements et en enseignements de ce genre. Des insurrections inquiétantes pour lordre public ont éclaté dans plusieurs villes, mais surtout à Toulouse et à Clermont-Ferrand. Elles ont failli amener une affreuse collision entre la troupe et la populace qui sest trouvée en quelque sorte maîtresse de ces deux villes pendant plusieurs jours. Le prétexte de ces émeutes était le recensement ordonné par le ministre des finances. Quoique le mode dopérer ce recensement, ou de faire cette vérification, qui avait pour but légale répartition de limpôt, ne fut pas approuvé par un certain nombre de municipalités, la mesure en elle-même a été reconnue parfaitement légale. Mais comme les factions et les partis sont toujours à laffût de tous les accidents politiques qui peuvent faciliter laccomplissement de leurs projets, ils ne manquèrent pas de la présenter comme illégale et tyrannique. Le peuple fut induit en erreur et se mutina. Aujourdhui le calme le plus complet a succédé à lagitation. Le ministère par son énergique résistance ; et sa promptitude à faire punir les coupables et à destituer les autorités qui, dans ces circonstances difficiles, avaient semblé être au dessous de la mission qui leur était confiée, au dessous de leur réputation, ont produit un bon effet. Il est parvenu aussi à faire réprimer le dévergondage de la presse par les condamnations successives dont plusieurs de ses organes ont été frappés. Il continue dêtre soutenu dans sa politique de conservation et de résistance, comme on lappelle, par une majorité assez forte dans les chambres. Les craintes quinspirait laudace du parti anarchique enhardi par les progrès des sociétés secrètes, ont contribué à faire cette majorité au ministère.
    Cest du sein de ces sociétés quau mois de 7bre sortit un successeur des Fieschi, des Alibaud, des Meunier, des Darmès Bientôt la mémoire ne suffira plus à retenir les noms des assassins du roi ou de sa famille, qui se succèdent depuis quelques années dans cette infâme carrière, et dont la Providence seule semble avoir pu déjouer les nombreuses tentatives. Voici le fait.
    Le duc dAumale, 4e fils du roi, après une campagne honorable en Afrique, rentre en France avec son régiment (le 17e léger) qui, pendant plusieurs années, sétait acquis une grande réputation de bravoure en Algérie. Le jeune colonel traverse toute la France jusquà Paris avec ce régiment qui est lobjet dune espèce dovation sur son passage. Cétait un honneur quon voulait rendre à notre intrépide armée dAfrique. Son entrée à Paris où, par ordre du roi, une brillante fête lui était préparée, avait attiré sur son passage une partie considérable de la population. Au moment où le duc dAumale, entouré des ducs dOrléans et de Nemours, et de plusieurs généraux, débouchait dans la capitale par le faubourg S. Antoine, un nommé Quénisset, homme de la lie du peuple, tira presquà bout-portant un coup de pistolet sur les princes. Heureusement le cheval dun officier supérieur, qui se trouvait à côté du duc dAumale, faisant en ce même instant un mouvement de tête, reçoit la bale, tombe raide mort, et le prince est sauvé. Lassassin fut aussitôt arrêté. Quelques-uns de ses complices ne tardèrent pas à le suivre en prison. Jugé par la cour des pairs, Quénisset fut condamné à mort avec trois de ses principaux coaccusés, et les autres à des peines plus ou moins graves. Le roi, à la sollicitation de ses fils a commué la peine de mort, pour Quénisset à celle de la déportation ; les trois autres condamnés à mort ont été envoyés aux galères perpétuelles. Linstruction de ce procès et les révélations de Quénisset ont prouvé lexistence permanente de misérables qui , se liant par les serments les plus terribles, spéculent sur la ruine de tout ordre social par la spoliation et lassassinat. Une des principales causes de ce mal, cest limmoralité du bas peuple, surtout dans certaines villes, telles que Paris, où la famille nexiste pas pour un grand nombre douvriers qui passent dans les cabarets les intervalles du travail et du sommeil. Le cabaret est le véritable domicile de ces hommes. Cest là quils pensent, quils rêvent, quils conspirent. Cest là où se recrutent les sociétés secrètes. On dirait quil ny a plus ni temple, ni fêtes pour ce pauvre peuple.
    Cependant à côté de ce mal il existe un bien. On continue toujours à constater quun mouvement remarquable de réaction en faveur des idées religieuses se fait dans les esprits. Et si, comme nous vous le faisons observer dans notre précédente lettre, plusieurs sont portés à sen exagérer la puissance, à se laisser éblouir sur ses résultats, il ne faudrait pas non plus le révoquer en doute. À notre avis, nous le répétons avec bonheur, il sest fait un notable changement dans les esprits et les murs, les idées se modifient et les jugements se transforment. Il ny a plus en général cette impiété dont nous avons été témoins en dautres temps. La Religion et ses ministères ne sont plus au même degré lobjet des railleries et des insultes. En un mot, il y a, ce nous semble, tendance vers la Religion et estime pour elle : ce qui est un grand point. Une nation comme la nôtre ne revient pas tout dun coup à pleines voiles dans les eaux quelle a longtemps abandonnées. La jeunesse studieuse aime à entendre les vérités religieuses, et shabitue, sans sen rendre trop compte, à respirer, sil est permis de sexprimer ainsi, lair du catholicisme, lair de la piété.
    Cependant il faut avouer avec douleur que lenseignement public est loin de répondre au besoin des idées religieuses de la nouvelle génération. Le monopole de lUniversité est une des sources les plus fécondes de lindifférence en matière de religion, qui pèse encore sur notre patrie. LEpiscopat presque entier a fait entendre avec énergie sa voix pour réclamer la liberté denseignement promise par la charte et pour protester contre un projet de loi e M. le Ministre de lInstruction publique qui était loin de réaliser les promesses de la charte. La presse religieuse est venue en aide aux évêques, et le ministre effrayé de cette opposition na point osé présenter sa loi. Mais voilà tout le succès obtenu jusquà ce moment, si ce nest davoir fait ouvrir les yeux à bien des familles sur les défauts de lenseignement de lUniversité. La lutte continue encore ; nous verrons plus tard quels seront les fruits de cette polémique engagée par la presse religieuse contre le monopole universitaire.
    LEglise de France a eu encore de nouvelles et douloureuses pertes à déplorer. Lune des plus sensibles a été celle de Mgr Frayssinous, évêque dHermopolis, qui est mort le 12 xbre dans le sein de sa famille.
    La Religion et les lettres ont perdu aussi M. Pïcot, ancien rédacteur en chef de lAmi de la Religion, ainsi que M. de Bonald, le célèbre philosophe. Cest avec plaisir que nous vous annonçons que lEglise de Cambrai, illustrée par tant de vertueux pontifes et notamment par Fénelon, après avoir été privée darchevêque pendant un demi siècle se trouve érigée en métropole. Mgr Giraud, évêque de Rodez, vient de prendre possession de cet archevêché au grand contentement des catholiques. Les choix qui ont été faits pour les autres sièges laissés vacants par la mort ou la démission des titulaires, ont reçu lapprobation du clergé et des fidèles.
    Passons à lAfrique Française.
    Après une suite de campagnes heureuses, nos avons enfin obtenu en Afrique des résultats sinon décisifs, du moins très importants. Toutes les places fortes dAbd-el-Kader ont été détruites ou sont occupées par nos troupes. La plûpart des tribus ennemies ont fait leur soumission à la France, et lémir paraît être réduit à lextrémité sur les frontières du Maroc. Les Arabes convaincus de leur impuissance commencent à croire que notre domination en Afrique est une fatalité à laquelle il ne reste quà se soumettre. Ce qui avait le plus nui à nos succès dans ce pays, ce qui nous avait rabaissé dans lesprit subtil et calculateur des Arabes, cest notre inconstance, cest le manque de persévérance dans nos projets, et de suite dans nos entreprises. Ils nont jamais douté de la brillante bravoure du soldat français, mais ils ont pensé que nous ne songerions pas à tirer parti de la victoire. Ils sétaient persuadé que les ravages du climat, que la guerre de détail nous fatigueraient et nous rebuteraient, et quà la longue nous quitterions un pays qui dévore les enfants de la France et ses millions. Cest là lopinion quil importait de détruire ; cest cette opinion qui tombe aujourdhui. Cest, il faut le dire, le mérite, la gloire de ladministration du gouverneur général, M. Bugeaud, et la gloire aussi des habiles généraux qui le secondent, et qui ont gagné presque tous leurs grades sur cette terre dAfrique. On a rarement vu un accord plus parfait, un concours plus intime que celui qui sest montré par les résultats entre M. Bugeaud et les généraux qui commandent sous ses ordres. Les affaires ont été conduites cette année avec une prévoyance, une activité, un esprit de suite qui leur fait le plus grand honneur. Espérons quenfin la France va recueillir le fruit de tant de sacrifices, et que la paix succédera à cette guerre si cruelle.
    La Religion a fait quelques conquêtes dans ce pays. Le clergé y est respecté par les Arabes qui ont confiance dans les prêtres chrétiens. Ils en ont donné des preuves bien frappantes, surtout dans léchange des prisonniers qui eut lieu, lannée passée, et dont Mgr Dupuch fut le négociateur auprès dAbd-el-Kader. On espère que la paix contribuera aux progrès de la foi sur cette terre jadis si illustre.
    En terminant larticle sur la France, nous ajouterons que le duc de Bordeaux qui réside toujours en Allemagne, éprouva un accident très grave, au mois de juillet 1841, par suite dune chute de cheval. Malgré tous les soins qui lui ont été prodigués, son Altesse a encore besoin dun bras ami et fidèle pour marcher. Cependant on continue daffirmer que le rétablissement parfait dun prince si cher à tant de curs français est certain.

    Angleterre & Irlande.

    Jamais peut-être la guerre entre les deux grands partis qui divisent lAngleterre na été plus excessive dans ses moyens. La lutte a été des plus acharnées. Sir Robert Peel et Lord John Russel ont fait jouer, avec rudesse même, les ressorts les plus délicats du gouvernement constitutionnel. Le premier pour simposer à la couronne et faire arriver les Tories au pouvoir ; le second pour sy maintenir avec le parti libéral. Le ministère Whig, après plusieurs échecs consécutifs dans les deux chambres, tenta un dernier moyen° il fit prononcer la dissolution des chambres. Les espérances furent encore trompées ; les élections faites en faveur des Tories lobligèrent à se retirer, au grand regret de la reine, pour faire place à un ministère Torie dont Robert Peel est le chef. Quoique lavènement dun ministère Torie ne puisse avoir ses sympathies, le gouvernement français ne vit pas sans un plaisir secret succomber un ministère Whig qui avait profondément blessé notre esprit national par ses procédés peu délicats dans la question dOrient. En arrivant au pouvoir, Peel exigea une réforme dans la maison de la reine, qui fut obligée de se séparer de ses dames dhonneur pour lesquelles elle avait un vif attachement (les dames du cur étaient catholiques), et recevoir malgré ses répugnances celles quon lui imposait. Les Tories ont une majorité considérable et promettent au ministère quelque chance de durée. Cependant lopposition est redoutable, et il faudra à Peel une manuvre bien habile pour éviter tous les écueils qui peuvent le briser. Il travaille sur les deux grandes questions de la politique intérieure qui divisent les esprits, la réforme sur la loi des céréales, et les concessions à faire à lIrlande, à arriver à des mesures conciliatrices qui donnent aux intérêts lésés une satisfaction suffisante, sans jeter le pays dans la perturbation. Mais cette mesure est difficile à trouver et peut-être plus difficile à faire accepter. Laudace des Chartistes ou anarchistes donne aussi de lembarras au ministère, embarras quune grande détresse commerciale et un développement effrayant de la misère dans les classes manufacturières, viennent encore augmenter ; et cependant un déficit annuel augmente la dette publique. Le budget de 1842 à 1843 présente avec la recette un déficit de 60 millions, sans compter les dépenses extraordinaires nécessitées par les guerres de Chine et de Kaboul. Mais ces difficultés ne peuvent arrêter lAngleterre dans ses vastes projets dagrandissement, dexploitation et de commerce. En qualité de nation essentiellement marchande, ce quelle veut ce sont des marchés, partout des marchés couverts de consommateurs, des marchés où lindustrie anglaise nait pas à redouter la concurrence. Dans les cinq parties du monde rien néchappe à son attention, à ses efforts, à son audace, à son admirable persévérance. Les défaites ne la découragent pas, parce que le jour où elle sera obligée de reculer, ce sera le jour de sa déchéance. Elle le sait. Toutefois elle vient déprouver un échec, par la perte de son armée dans le Kaboul, qui a fait une grande sensation dans les esprits. Bien des millions avaient été dépensés pour cette conquête quelle vient de perdre ; bien dautres seront nécessaires pour la reprendre ; mais on ne croit pas que le gouvernement recule devant les sacrifices.
    La lutte avec la Chine est loin dêtre terminée. Les Chinois sont de pauvres soldats, et toutes les fois quun régiment Anglais pourra les rencontrer, il en aura bon marché. Mais il nest pas moins vrai que lAngleterre a sur les bras une longue et difficile entreprise : les distances à franchir, les maladies, les tempêtes, la résistance passive de lennemi sont des obstacles plus difficiles à vaincre quune armée nombreuse et aguerrie.
    À la fin doctobre un événement heureux est venu faire une espèce de diversion aux graves préoccupations de la politique. La naissance dun prince de Galles a rempli de joie lAngleterre. De grandes réjouissances eurent lieu en cette occasion. Plus tard la cérémonie de son baptême sest faite avec une pompe remarquable. La présence du roi de Prusse, qui avait accepté le titre de parrain que lui avait offert sa bonne cousine la reine Victoria, y a ajouté un nouvel intérêt : touchant accord du chef de léglise protestante de lAllemagne et de la papesse de léglise anglicane ! On serait tenté de croire à une ligue dune nouvelle espèce. Mais le côté le plus piquant de laffaire, cest que de graves ecclésiastiques anglicans vont maintenant jusquà douter de la validité du baptême de leur futur souverain, parce que le roi de Prusse a été parrain. Et dautres personnes influentes ont osé soupçonner sa Majesté Prussienne davoir la prétention de devenir en Europe le chef religieux des différents cultes protestants, comme il est parvenu à être le chef politique des petits états dAllemagne par lunion douanière. Inde iro Par hasard, le jour de la naissance du prince, avait lieu à Dublin linstallation de Daniel OConnell en qualité de Lord-maire. Devenu premier magistrat de la capitale de lIrlande, le Grand Agitateur poursuit avec plus de zèle le rappel de lUnion, cest-à-dire, luvre de lémancipation de lIrlande. Justice et égalité de droits pour elle, voilà ce que demande OConnell. On peut dire que cet homme est en quelque sorte le roi de fait de lIrlande par lascendant quil exerce sur ses concitoyens. En attendant que la postérité lui décerne le nom de grand, les Irlandais reconnaissants se plaisent à lui donner le nom honorable et populaire de Libérateur de lIrlande.
    LAngleterre semble se rappeler quelle a été jadis lIle des Saints. La tendance vers les idées catholiques devient un fait évident. De nombreuses conversions, même parmi les ministres Anglicans, ne permettent plus de douter du mouvement catholique qui sopère. Léglise anglicane sinquiète de cette réaction vers les saintes et antiques traditions ; et cest avec une douleur mal dissimulée quelle voit ses docteurs dOxford propager ces tendances vers le catholicisme. Les ouvrages récents de plusieurs de ces docteurs, notamment de MM. Pusey et Newman ont donné beaucoup de faveur et de crédit aux idées dunion avec Rome. Un assez grand nombre de ministres qui partagent les mêmes idées nattendent, dit-on, comme ces deux chefs, quune circonstance favorable pour faire abjuration.

    Russie, Prusse, Autriche et autres États du Nord.

    Tandis que dans les Gouvernements constitutionnels les ambitions individuelles cherchent à se supplanter, et que les hommes dÉtat soccupent trop souvent plus de leurs intérêts personnels que de ceux de leur pays, la Russie voit arriver à maternité les projets immuables de sa lente et ferme politique. Cest un géant qui grandit : son influence saccroît en Asie comme en Europe. Ce que la Russie pourrait tenter un jour (humainement et politiquement parlant, bien entendu), on le conçoit facilement. Sa tendance vers lOrient est notoire. Cependant il est un peu humiliant pour le despote de toutes les Russies de rencontrer tant de difficultés pour soumettre les peuples du Caucase et de la Circassie qui ont encore, daprès des nouvelles qui semblent mériter confiance, fait éprouver tout dernièrement plusieurs échecs aux Russes.
    Toutefois le Czar prenant foi dans son infaillibilité continue à porter une main sacrilège sur la conscience de ses sujets et sur la liberté de lEglise catholique de ses états. Fier dêtre à la tête dun empire continental des plus redoutables, on dirait quil se croit tout permis dans sa haine contre lhéroïque, mais malheureuse Pologne. Les dernières nouvelles annoncent que le système qui tend à fondre entièrement ce malheureux pays dans lempire Russe, système poursuivi avec tant dardeur et dacharnement depuis 1830, est arrivé à une période qui peut faire présager quel en sera le résultat final. Lunité des monnaies pour les deux pays, linstallation de lArchicathèdre du culte schismatique à Varsovie, lintroduction de la langue Russe dans les actes administratifs et dans tous les collèges, lobligation imposée aux élèves de porter le costume russe font assez pressentir que la nationalité religieuse & politique de la Pologne sont fortement menacées.
    Il y a eu, cette année, peut-être plus que de la froideur entre les deux gouvernements de Russie et de France. On a été jusquà quelques bouderies quon a fini par trouver ridicules, et les représentants respectifs de chaque cour ont cessé de prétexter des indispositions ou des voyages pour ne pas se trouver aux palais les jours de réception, et où linexorable étiquette demandait la présence de ces diplomates. Ces MMres ont repris leurs allures ordinaires.
    La Prusse semble marcher de son côté à une glorieuse nationalité. Tout récemment encore, par le vaste système commun de douanes allemandes quelle a eu lhabileté de faire adopter par la Confédération Germanique, elle a groupé autour delle les Allemands, et par là elle est devenue dune unité morale qui pourra devenir un jour une grande unité politique. Elle se prépare par son habile politique un grand avenir en Allemagne. Sa voix ne peut manquer de peser fortement dans les décisions de la diète germanique ; et elle pourrait bien revendiquer linfluence politique au préjudice de lAutriche.
    On a cherché à insinuer, dans ces derniers temps, quelle nétait pas éloignée de se rapprocher de la France ; mais il est bien difficile de supposer une alliance vraie et solide entre la France de juillet et quelquune des puissances du Nord, qui sont presque toutes unies et par des liens de familles et par des intérêts communs. Dailleurs les guerres de la république, de lempire, le retentissement qua eu dans ces pays la révolution de 1830, sont des événements trop récents.
    Soit par politique, soit par tolérance, le nouveau roi de Prusse paraît vouloir améliorer le sort des catholiques de ses états. Les affaires de Cologne, qui préoccupaient si vivement le monde chrétien depuis quatre ans, sont enfin terminées. Ce monarque avait honoré les premiers jours de son règne par des égards pour le vénérable Clément-Auguste. Aujourdhui nous pouvons annoncer que les justes réclamations du S. Siège ont été entendues. Rome qui, dans les fortunes les plus diverses, a toujours soutenu avec une constance héroïque le grand principe quun évêque ne peut être privé de son siège par lautorité temporelle la fait triompher encore. Clément-Auguste conserve le titre dArchevêque de Cologne. Mgr de Geissel, auparavant évêque de Spire, a été nommé son coadjuteur et administrateur de son diocèse avec future succession. Clément-Auguste sest retiré à Munster. Cest une concession que Rome daccord avec ce vénérable archevêque a cru devoir faire. Du reste il a été justifié sur tous les chefs daccusation portés contre lui.
    Lempire dAutriche, mélange dAllemands, de Hongrois, de Slaves, dItaliens &e. na rien de compact, rien dhomogène ; mais cest peut-être létat Européen, comme nous avons eu lhonneur de vous le faire observer dans nos précédentes lettres, qui est le moins exposé aux commotions politiques. Et si les possessions dItalie murmurent tour bas le mot de Liberté, elles nont pas déchos. La Sage politique du célèbre prince de Metternich sait préserver ce vaste empire de cette fièvre des révolutions qui agitent la plupart des autres états. La mort de cet homme sera une calamité pour lAutriche.
    La Religion sans être persécutée dans ce pays y est en souffrance sous bien des rapports. Le gouvernement na pas renoncé entièrement à ces mauvaises tendances quil tient de Joseph II. Il nose entrer dans cette voie large et droite qui assure à léglise catholique sa nécessaire indépendance.
    La Bavière qui avait paru se placer à la tête du mouvement catholique dAllemagne, et qui pouvait y exercer une influence si grande et si salutaire, semble se montrer infidèle à sa glorieuse Mission. Le roi dont on se plaisait à louer le zèle pour lextension du catholicisme cède beaucoup trop aux inspirations du roi de Prusse, son beau-frère. La protestantisme trouve maintenant un accueil plus favorable à la cour de Bavière. Il est malheureusement notoire que la sur du roi sest faite protestante, depuis quelle a épousé le prince royal aujourdhui roi de Prusse. Et en ce moment il est question du mariage du prince royal de Bavière avec une princesse protestante de la maison de Prusse. Il ne faudrait plus que quelques événements de cette nature pour ébranler sérieusement lestime et la considération dont jusquà présent le roi de Bavière jouissait dans toute lAllemagne catholique.
    Nous navons point de nouvelles intéressantes à vous donner sur les autres états du Nord. Seulement on prétend quen Suède et en Norvège le gouvernement sera peut-être obligé, grâce au zèle constant des catholiques, de leur accorder le droit dexercer librement leur religion. Dans ces deux contrées, jusquà ce jour leurs constitutions opposaient une barrière presquinsurmontable aux progrès du catholicisme. La question religieuse va maintenant forcer le pouvoir à soccuper delle. Cest avec bonheur que nous pouvons constater que les catholiques y gagnent du terrain ainsi que dans le pays de Wurtemberg.
    Nous ajoutons que les idées constitutionnelles excitent toujours une légère fermentation dans le Hanovre. Le peuple réclame les garanties qui leur ont été enlevées ; mais le roi oppose toujours lentêtement et la violence à ses légitimes réclamations. Heureusement pour lui, les Allemands sont un peuple plus patient et plus résigné que les Français.

    Hollande, Belgique, Suisse, Sardaigne, Italie.

    Le roi de Hollande se montre toujours bienveillant pour les catholiques. La liberté religieuse a obtenu de nouvelles et importantes garanties sur linstruction publique. Toutes les sectes dissidentes qui pullulent dans ce royaume, comme dans tous les pays de la réforme, font masse dans une sorte dunion pour sopposer aux progrès du catholicisme, et pour repousser de toutes les places les enfants de lÉglise romaine. Le roi qui, avec la plus loyale équité, cherche à tenir de son mieux la balance égale, répare beaucoup dinjustices : mais il est trop entravé dans laccomplissement de ses bonnes intentions. Cependant il y a amélioration réelle dans le sort de nos frères Néerlandais.
    Sous le rapport politique et matériel ce pays est dans un état prospère. Le gouvernement cherche à alléger, par lactivité quil imprime au commerce et par ses économies, les charges que lentêtement de lancien roi avait fait peser sur la nation, en tenant une trop forte armée sur pied, dans le vain espoir de reconquérir la Belgique, datâ occasione. Cest peut-être en ce moment létat en Europe, si on excepte la Belgique, qui entretient les rapports les plus amicaux avec le gouvernement français. Un traité de commerce vient encore de cimenter cette union.
    La Belgique profite de la paix dont elle jouit pour perfectionner son industrie et donner de nouveaux débouchés à son commerce. Elle élabore en ce moment, de concert avec la France, un important traité commercial qui ne tendrait à rien moins quà la fusion des deux pays sous le rapport des douanes. Mais cette association commerciale rencontre de graves difficultés ; et il est douteux si on parviendra à la conclure. Le peuple dont lesprit a une tendance marquée vers les objets matériels soccupe peu maintenant daffaires politiques. À peine si la nation a porté une légère attention sur une conspiration qui fut découverte à Bruxelles dans le mois de novembre, où figuraient quelques officiers supérieurs. Quoique des nuages couvrent encore cette affaire, il paraît que les conspirateurs avaient pour but dopérer une contre-révolution en faveur de la Hollande. Cette ridicule entreprise a échoué complètement par larrestation et la punition des coupables. Lexercice du saint ministère nest point entravé dans ce pays ; les catholiques y jouissent de la plus grande liberté.
    Tous les cantons de la Suisse sont en travail. La fièvre des révolutions et contre-révolutions les tourmente. Une république démocratique sest établie à Genève. Des changements ou remaniements de constitution ont eu lieu dans plusieurs cantons ; et dautres se préparent encore. La confédération helvétique se rapetisse aux yeux de létranger, tout en perdant à lintérieur lunion qui faisait sa force politique. On serait tenté de dire quun mauvais génie préside de nos jours aux confédérations. On a dit que les rois sen vont ; on sest peut-être trompé : ce sont les confédérations qui paraissent vouloir sen aller. Les catholiques font dénergiques efforts pour soutenir leurs droits. Mais dans plusieurs cantons ils sont opprimés dune manière révoltante. Cependant il faut le dire, en envisageant avec impartialité les événements que la Confédération a vus saccomplir dans son sein pendant cette année, on doit convenir que, tandis quen certains cantons les catholiques sont victimes de la force brutale des hérétiques, dans dautres la fidélité à lantique foi se consolide, et des germes dune révolution religieuse y sont déposés. Les changements opérés à Lucerne et à Genève, par exemple, sont en faveur des catholiques et font espérer des jours plus heureux. Le prince héréditaire de Sardaigne a épousé la princesse Adélaïde dAutriche, fille de lArchiduc, vice-roi de Milan. Il paraît que ce jeune prince, héritier du trône, marche dignement sur les traces de son père.
    Nous navons point, NosSeigneurs et Messieurs, de détails intéressants à vous donner sur le royaume de Naples ni sur les autres états dItalie. Aucun fait important ne sest passé dans ces pays, depuis notre dernière lettre commune. Seulement un pèlerinage que le Pape Grégoire XVI a fait à Lorette en visitant plusieurs villes dItalie, a prouvé lamour que lui porte le peuple par lenthousiasme avec lequel il la reçu partout. La santé du S. Père se soutient toujours. Sa vigilance sétend avec une tendre sollicitude dans tous les lieux où lÉglise est en souffrance, et son zèle se porte avec un soin tout particulier sur les pays infidèles. LÉglise fera une grande perte le jour où ce pape cessera de vivre.

    Espagne & Portugal.

    LEspagne offre un spectacle toujours bien affligeant pour tous les amis dune liberté régulière et surtout pour des curs catholiques.
    Le gouvernement quavait fait surgir la contre-révolution qui avait renversé Marie-Christine, et à la tête duquel se trouvaient trois régents, ne tarda pas à subir des modifications. Espartero réussit à se faire nommer seul régent. La tutelle de la jeune reine Isabelle et de linfante sa sur fut enlevée par les Cortès à Marie-Christine leur mère, réfugiée en France, pour être donnée à Arguelles, vieux et fougueux révolutionnaire. La reine Christine protesta. Sa protestation habilement rédigée fit quelque sensation sur les esprits. Mais elle était vaincue et fugitive ; elle dut accepter, bon gré, mal gré le fait accompli. Le gouvernement semblait, après ces orages, se consolider entre les mains du régent, et lEspagne commençait à goûter un peu de cette paix qui lui était inconnue depuis longtemps, lorsque, au mois doctobre, elle fut encore le théâtre dune lutte sanglante entre les partis qui se disputent le pouvoir. Espartero lheureux soldat na pas tardé à apprendre que le pouvoir nest pas une tente dressée pour un doux sommeil. À peine avait-il commencé à goûter ce repos superbe quun nouveau parvenu croit trouver au milieu des pompes de la royauté, que lorage a éclaté au sein même du palais habité par Isabelle, cette enfant dont Espartero a voulu se faire le protecteur intéressé. Cétait une tentative de contre-révolution (car les contre-révolutions y sont depuis un certain temps à lordre du jour) en faveur de Marie-Christine. Elle avait pour but darracher la jeune reine des mains dEspartero, de sen emparer et de rappeler Marie-Christine. Mais cette tentative des Christinos échoua complètement à Madrid, par le courage des hallebardiers qui défendaient bravement le palais jusquà ce que des renforts leur arrivassent. Le mouvement qui avait éclaté dans la capitale était combiné avec celui qui, plus sérieux, se fit à Pampelune. Le général ODonnel qui sétait rendu maître de la citadelle avait organisé une insurrection qui donna pendant quelque temps les plus sérieuses inquiétudes à Espartero. Mais le manque dunité, de dévouement et dénergie dans le parti des Christinos fit bientôt prévoir le triste dénouement de cette affaire. Les généraux qui avaient pris la direction du mouvement cherchèrent leur salut dans lexil, ou tombèrent sous le glaive des vainqueurs. Diégo Léon, jeune général fort distingué, quon appelait à cause de sa bravoure et sa belle figure le Murat Espagnol, fut une des premières victimes de la réaction qui suivit. ODonnel fut assez heureux pour se retirer sur le territoire français, lasyle des vaincus. Le parti exalté et victorieux sagita vivement. Effrayé des dangers qui, selon lui, avaient menacé la liberté par lagression dODonnell, il ne tarda pas à franchir les bornes dans lesquelles il devait se renfermer après la victoire. Des juntes démagogiques surgirent à Barcelonne, Valence, Alicante et dans dautres villes, où lautorité du régent ne tarda pas à être méconnue. À la vue de ces graves symptômes de désordres qui faisaient craindre de terribles commotions, Espartero partit de Madrid et savança à la tête de forces imposantes pour arrêter, dans la Catalogne surtout, les excès des juntes qui avaient autorisé en plusieurs villes la démolition des citadelles. Il a réussi à réprimer momentanément ces mouvements populaires. Mais lEspagne avec toutes ses pâles et imparfaites imitations de la révolution française, a-t-elle passé par toutes les phases de la sienne ? Cest ce dont il est permis de douter. Toutefois la réaction du parti démagogique sest ralenti. Espartero a opposé une résistance énergique à ses emportements. Lempire des lois sous le rapport de la politique paraît se raffermir. Mais on craint toujours que la guerre civile ny secoue tout-à-coup ses torches. Il paraît que les Christinos et les Carlistes se remuent beaucoup. Le gouvernement français, sans favoriser ouvertement les desseins et les entreprises de ces premiers, ne serait pas fâché de les voir opérer une contre-révolution. Aussi le pouvoir actuel dEspartero qui nignore pas ces sympathies, nest pas en très bonne intelligence avec nous, et même un fait récent a été sur le point damener une espèce de rupture entre les deux pays. Un ambassadeur que la France avait envoyé en Espagne a refusé, daprès les instructions de son gouvernement, de céder à lexigence dEspartero qui voulait que ses lettres de créance fussent présentées à lui premièrement, et non à la jeune reine. Il a demandé ses passeports et sest retiré, en laissant seulement un chargé daffaires à Madrid. On espère que ce différent naura pas de suite. Du reste notre influence est à peu près nulle dans ce pays depuis la chute de Christine. Espartero est lhomme de lAngleterre. On lui reproche dêtre presque son lieutenant
    LÉglise dEspagne voit augmenter ses douleurs et ses malheurs. Après avoir subi la spoliation violente de son patrimoine, elle continue à pleurer sous la plus oppression. Ses prélats fidèles partent pour lexil volontaire ou forcé, et les défenseurs courageux des saints canons gémissent dans les cachots. Toutefois une consolation bien grande reste. Si elle a à déplorer tant de maux, et même, ce qui est plus poignant, la défection de quelquun de ses soutiens, la fidélité du clergé en général la réjouit et la remplit de consolation. Oui, le clergé pris dans son ensemble sélève à la hauteur des graves devoirs qui lui sont imposés dans ces circonstances difficiles. Les yeux invariablement tournés vers Rome, il oppose la constance et la résignation aux illégalités, aux injustices, aux outrages quon exerce contre lui et quon lui prodigue. Cest ce qui nourrit lespérance pour la conservation de la Religion dans ce pays où le gouvernement croit affermir sa puissance en la fondant sur les ruines de léglise. Ces actes tendent ouvertement à précipiter lEspagne dans le schisme. Le St. Siège vient encore délever la voix contre cette tentative criminelle, production du délire et de la folie. Le Souverain Pontife par ses lettres apostoliques ordonne des prières publiques, à cause du triste état de la Religion dans le royaume dEspagne, avec indulgence plénière en forme de Jubilé. On espère que les accents de cette puissante voix qui est partie de Rome pour se faire entendre dans les différentes parties du monde, produiront leur effet, et que des jours plus sereins luiront enfin sur la catholique Espagne. Pourtant il faut lavouer, un grand mal est déjà fait. On ne peut se dissimuler les ravages du protestantisme protégé par linfluence Anglaise. Cest lui qui développe dans la péninsule les germes du schisme et de limpiété.
    On a lespoir fondé que la situation de léglise de Portugal va saméliorer. Des négociations avec la cour de Rome sont ouvertes pour aviser aux moyens de faire cesser le schisme qui avait porté le trouble et la désolation dans tous les diocèses. Il y aura de graves difficultés sans doute pour arriver à un résultat heureux. On doit sattendre à une forte opposition de la part des évêques intrus ; mais on a une grande confiance dans la prudence et lhabileté de lenvoyé du St. Siège ; Mgr Capaccini, qui a été reçu à Lisbonne avec tous les égards dûs à son rang, et avec une attention toute particulière par la cour. Le Pape a reçu pareillement avec honneur lambassadeur de Portugal près du St. Siège. Il paraître même que déjà on serait tombé daccord sur les bases du concordat. Ce pays vient encore déprouver une espèce de contre-révolution ; mais heureusement sans effusion de sang. Un mouvement dirigé par un des ministres de Dona Maria, en faveur de lancienne constitution de Dom Pedro, qui avait été remplacée par une plus démocratique, sest prononcé dernièrement à Oporto. Le reste de la nation y a adhéré après quelques hésitations. On est persuadé que la cour nest pas étrangère à ce revirement. En vérité, par le temps qui court on change, en certains états, de constitution comme on change dhabits. Le Portugal sera-t-il maintenant plus heureux ? cest fort douteux. Ce quil y a de plus certain cest que des ambitions seront satisfaits pour un moment au préjudice dautres qui seront aux aguets pour épier le moment favorable de prendre leur revanche.

    Orient.

    Lhorizon ne séclaircit guère en Orient, malgré le calme apparent que les puissances Européennes y ont établi.
    Lagonie de lempire turc se prolonge, parce que lEurope semble décidée en ce moment à ne le rappeler à la vie que le jour où cette résurrection ne paraîtra pas compromettre la paix Européenne. Il faut quil se résigne à vivre au jour le jour de la vie terne et précaire que lui a fait la diplomatie Européenne. Il faut quil se tienne accroupi dans sa misère jusquà ce quil plaise à loccident de lui donner le coup de grâce. En attendant, Constantinople est avec un vaste théâtre dintrigues. La Porte est tour à tour le jouet et la dupe de tel ou tel ambassadeur Européen. Elle est incapable de sortir des embarras dans lesquels sa faiblesse la jetée. Les révoltes se sont multipliées dune manière effrayante. Après les insurrections de Candie, de la Macédoine, de la Thessalie, réprimés avec beaucoup de peine, sont venus les désordres affreux de la Syrie. Les Druses payens se sont livrés à toutes sortes dexcès contre les Maronites catholiques. Lincendie, le pillage, le viol, le massacre ont été à lordre du jour. Malheureusement lanarchie continue encore sur ces montagnes. Ainsi les populations chrétiennes de la Syrie ont en quelque sorte le droit de maudire le jour où des pavillons Européens ont paru sur leur côtes pour les délivrer de la domination des Égyptiens.
    Tandis que des agitations violentes et convulsives présagent des catastrophes plus ou moins prochaines pour lempire Turc, les Anglais qui ont contribué pour leur bonne part à ce travail de décompositions intérieure, tâchent de tirer profit de leur uvre et détendre leur influence. Daccord avec la Prusse, ils viennent de nommer un patriarche avec le titre dévêque à Jérusalem. Cest un juif Prussien qui a embrassé le protestantisme en Angleterre. Une riche dotation a été faite à cet évêque anglican, à frais communs, par les deux puissances ses protectrices. La frégate anglaise la Dévastation (sic) vient de le débarquer avec sa femme et ses enfants sur les côtes de la Palestine ; et le 21 janvier ce délégué de la reine Victoria a fait son entrée solennelle à Jérusalem. Sa mission est de se déclarer le protecteur suprême des colporteurs de Bibles. Mais il sera plus, on le conçoit, le représentant de la Couronne Britannique que celui de la religion protestante. La France qui voit ainsi chaque jour diminuer son influence en Orient, a fait des représentations sur lérection de cet évêché anglican près du tombeau de J.C., érection qui est pour elle, en politique, dune haute gravité. Mais il paraît que ces protestations ont fait peu dimpression.
    En Égypte, Méhémet-Ali cherche à réparer la perte de la Syrie par lextension quil donne au commerce et à lindustrie. Pour être toujours prêt à tout événement qui lui offrirait une occasion favorable de reprendre ce quon lui a enlevé, il met ses soins, de concert avec Ibrahim son fils, à organiser son armée. Mais les exigences des Anglais le contrarient beaucoup. Ces redoutables insulaires ne négligent rien pour exercer leur influence sur ce pays, qui est le passage naturel pour les vastes possessions des Indes Orientales.

    Etats-Unis & Amérique du Sud.

    Le général Harisson, qui avait remplacé Van-Buren dans la présidence, na pas joui longtemps de sa dignité. La mort a mis une prompte fin à sa nouvelle vie politique. M. Taïler lui a succédé. Il y a toujours quelque mésintelligence entre les Etats-Unis et lAngleterre. Mais il ne peut y avoir dans ce moment aucune crainte sérieuse dune guerre entre les deux pays. LUnion na pas envie daugmenter ses embarras pécuniaires par de grandes dépenses. LAngleterre de son côté, dans la situation politique compliquée où elle se trouve, fera toutes les concessions que sa dignité nationale lui permettra, pour éviter un conflit qui aggraverait ses affaires, et porterait un coup terrible à son commerce.
    Notre Sainte Religion fait toujours des progrès dans cette contrée. Chaque jour de nouvelles conquêtes viennent augmenter le nombre des fidèles.
    Tous les autres États de lAmérique du Sud continuent à se déchirer les uns les autres par des guerres continuelles. Les révolutions sy succèdent sans interruption.

    Nous avons lhonneur, Nosseigneurs et Messieurs & très chers confrères, dêtre avec les plus profond respect et lattachement le plus vrai, en union de vos prières et SS. Sacrifices,

    Vos très humbles, très obéissants et affectionnés serviteurs & confrères,

    Paris, le 3 avril 1842.



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