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lettre n°

Lettre commune de 1859. 14 Juin. Nosseigneurs & Messieurs, Comme nous lavons fait les années précédentes, nous allons vous donner un précis des événements qui ont eu lieu depuis le 21 Juin 1858, tant sous le rapport politique que sous le rapport religieux. Nous commencerons par ce dernier.
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    Lettre commune de 1859. 14 Juin.

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Comme nous lavons fait les années précédentes, nous allons vous donner un précis des événements qui ont eu lieu depuis le 21 Juin 1858, tant sous le rapport politique que sous le rapport religieux. Nous commencerons par ce dernier.
    Lannée dernière nous vous avons dit le zèle et lactivité des Ministres des Autels à réveiller la foi et ranimer la piété parmi les populations tout occupées des biens de la terre, ou du bien-être corporel, ou trompées et dévoyées par laction et les doctrines dissolvantes des mauvais journaux et des mauvais livres. Ce travail intérieur se continue toujours et est bien secondé par des âmes pieuses qui se forment en sociétés soit pour aider laction sacerdotale dans les besoins de lEglise, dans la réparation, lornementation de nos temples, soit dans lédification ou linstruction des ignorants. On dirait et on peut lassurer, quil ny a pas une misère pas une plaie, soit morale, soit physique, qui nait un refuge, un remède ou une consolation, tant la piété est active et ingénieuse à trouver des moyens de guérir toutes les infirmités humaines. Luvre des Sanctuaires dédiés à la Reine des Cieux touche presque à sa fin, si lon en excepte Notre-Dame-de-France, qui sélève peu à peu ; comme le demande la grandeur du monument, et lornementation de quelques autres.
    Tous les sièges épiscopaux avaient leurs titulaires ; mais dans le courant de ce mois la mort vient den rendre deux vacants, celui de Bourges & celui dAire, qui ne seront peut-être pas si vite remplis.
    Le génie du mal nagit peut-être pas aussi ostensiblement ; mais son action latente, et souvent à peine déguisée, continue son uvre destructive et démoralisante.
    Après la France, nous passerons en Italie où le bien se faisait. Pie IX continuait après avoir cicatrisé les plaies faites par les démagogues, luvre de construction, damélioration quil porte toujours dans son cur. Mais la guerre, qui a été portée au cur de lItalie, narrêtera-t-elle pas les progrès et les projets de réforme que Notre Saint-Père poussait avec tant de zèle et tant de succès, malgré la main ennemie qui cherchait à entraver son action si douce, si paternelle, mais en même temps si sûre & si forte ? Ce que nous disons de lEtat de lEglise peut saffirmer de tous les autres Etats, si lon en excepte le Piémont, qui a été et est toujours le refuge & le bouge de tous les sicaires et démagogues. Aussi ne serez-vous pas étonnés si nous vous disons que lon continue à y insulter tout ce qui est pieux, à y outrager lEglise, à la dépouiller de ses biens, à détruire ses institutions, ces refuges de la prière ou des misères humaines, si toutes les faveurs sont pour les mauvais et les rigueurs sont pour les bons. Le royaume des Deux-Siciles, qui vient de perdre son Roi, continue à progresser vers le bien ; pourvu que la guerre ne vienne pas interrompre son action civilisatrice et bienfaisante. LAutriche pourra se ressentir de la guerre quelle a à soutenir en Italie ; car tous ces mouvements militaires pourront arrêter pour un temps son ascension vers un état toujours plus religieux et plus en harmonie avec les lois de lEglise. En Turquie comme en Perse et en Egypte, il y a toute liberté pour les ouvriers évangéliques détendre le domaine de lEglise, et son action civilisatrice porte partout la lumière et linstruction. Aussi il y a un travail lent, mais continu, qui fait rentrer des populations entières dans le giron de cette Mère des Chrétiens. LAbyssinie, qui a été si longtemps enserrée par lhérésie et couverte des ténèbres de lignorance, semble se réveiller. Lun de ses princes a député au Souverain Pontife deux délégués, lun ecclésiastique et lautre civil, pour se mettre en en relations avec lEglise Mère et Maîtresse. Les Missionnaires européens qui y travaillent ont déjà gagné bien des âmes à Dieu et arraché des prêtres au schisme. La Russie ne persécute plus ouvertement les Catholiques ; mais son action et ses moyens sont plus perfides et plus astucieux pour les pervertir, en empêchant les vocations religieuses et ecclésiastiques, de sorte que les populations, se trouvant sans pasteurs et sans guides, on les pervertira en mettant à leur tête des prêtres schismatiques. Cependant elle a recours de temps à autre à la violence et aux tortures, comme il est arrivé au commencement de lannée, lorsque quelques populations, qui croyaient que lon parlait sincèrement en publiant que toute liberté était laissée à chacun de pratiquer sa religion, voulurent laisser le schisme quon leur avait imposé de force. Tous ceux qui restèrent fermes, ou moururent sous les coups, ou furent exilés en Sibérie. Létat de la religion est à peu près le même dans toutes les principautés ou petits royaumes allemands. La Prusse a laissé plus de liberté à ses sujets, parce que le Régent a secoué le joug des piétistes en prenant pour premier ministre un bon catholique : Les habitants dAix-la-Chapelle ont pu jeter les fondements dune Eglise en lhonneur de lImmaculée Conception de Notre Sainte-Mère, ce quils navaient pu faire sous le gouvernement du Roi, qui est toujours incapable de gouverner. En Suède on suit toujours les mêmes errements à légard de ceux qui veulent embrasser le Christianisme, cest-à-dire, intolérance, persécution, prison & exil. La Norwège, qui semblait si tolérante, a aussi ses lois dintolérance et de persécution, dont elle sait faire usage lorsque quelques âmes choisies viennent à abandonner le luthéranisme. Cette année-ci le Curé de Christiania a été condamné à une forte amende pour navoir pas fait connaître la conversion dune institutrice qui avait abandonné lhérésie. Le Hanovre & le Hollande semblent laisser à lEglise sa liberté daction ; mais au fond il y a toujours des précautions préventives contre son influence. La Belgique est toujours sous le joug des loges maçonniques qui gouvernent par leurs adeptes : Aussi cette année lon a porté une loi qui sera funeste à lexercice de la charité : car on ne pourra faire ni legs ni donation sans que la chose donnée ou léguée ne tombe sous ladministration civile, cest-à-dire des bureaux remplis de francs-maçons ou dimpies.
    Si nous passons en Espagne, nous trouverons que lEglise ny jouit pas encore de toutes ses franchises et de toutes ses garanties. Dailleurs en jouirait-elle, ce ne serait pas pour longtemps : car dans ces gouvernements constitutionnels ou parlementaires, où les ministres se succèdent si rapidement, où les uns renversent ce que les autres ont établi, quelle stabilité, quelle assurance peut-on se promettre ? Le Portugal a accepté le concordat, qui nest pas encore ratifié par le St-Siège. Mais sera-t-il jamais capable den remplir les conditions avec son clergé corrompu et dégradé, et avec ses dettes qui saccumulent chaque année ? Au reste son gouvernement est dans le même état que la Belgique ; car lon y crache au visage des surs de charité ; on les a fouettées dans les rues de Lisbonne, et lon est sous linfluence des loges maçonniques.
    Si nous passons en Amérique, nous trouvons notre Ste Religion en meilleur état que les années précédentes, faisant des progrès toujours plus sensibles, surtout aux Etats-Unis, & au Brésil la foi presquendormie se réveille par les ouvriers évangéliques qui lui sont envoyés, et par les congrégations de religieuses qui sy établissent, quoique les surs de charité qui y ont été envoyées aient été insultées dès le principe.
    Ce qui rend les gouvernements hostiles à la religion, ce qui lui suscite partout des persécuteurs, cest la franc-maçonne implantée partout, influençant tout et en en voulant surtout à laction bienfaisante et à la liberté de lEglise. Elle en veut aussi aux rois et aux princes, quoique quelques uns dentre eux en soient membres, comme le régent de Prusse. Elle vient dobtenir un grand succès en Russie où elle a obtenu droit de cité. Quest-ce qui rend lItalie si remuante, si ce nest cette force occulte de la franc-maçonnerie qui ne tend à rien moins quà lextinction de toute religion et de toute autorité ?
    Nous allons passer à la politique. Lannée passée lEmpereur alla visiter la Bretagne en passant par la Normandie. Jamais on navait vu une marche si triomphale. Partout des arcs de triomphe, partout des ovations et pour lEmpereur & pour lImpératrice qui était du voyage. Il est vrai quil sagissait de linauguration du port de Cherbourg où une grande partie de la flotte sétait réunie. Mais au fond le vrai but de lEmpereur était de voir la Bretagne et dattacher à sa personne les habitants si religieux de cette province. En bon chrétien il fit avec lImpératrice le pèlerinage de Ste Anne-dAuray, où les deux Epoux communièrent. Ce fut alors que le projet dériger Rennes en métropole fut formé ; et qui sest réalisé cette année : car le mois passé le Nonce & le Ministre des Cultes sont allés installer le nouvel Archevêque. Nous nessaierons pas dénumérer les bienfaits & les grâces qui furent accordées soit aux villes soit aux paroisses par lEmpereur & par lImpératrice. Pendant que lEmpereur était à Cherbourg, il reçut la visite de la Reine dAngleterre qui y vint avec quelques-uns de ses ministres et deux ou trois navires. Cette inauguration du port de Cherbourg jeta lépouvante en Angleterre, qui regardait ce port comme une menace pour elle et le signe dune prochaine invasion. Depuis cette visite en Bretagne, qui a fait tant de bruit, tout était rentré dans le calme, lorsquà la nouvelle année, lAmbassadeur dAutriche étant venu offrir ses vux à lEmpereur, celui-ci lui dit quil nétait pas daccord avec son gouvernement, quils ne marchaient pas ensemble, quoiquil estimât la personne de lEmpereur. Cette parole fut regardée comme une menace de guerre, que les journaux commentèrent à leur manière. Quelque temps après le Roi de Sardaigne, dans son discours douverture des chambres, fit clairement entendre quil aurait la guerre avec lAutriche. Celle-ci ne resta pas inactive ; menacée quelle était par deux souverains ; elle se prépara donc à la guerre en appelant ses soldats licenciés sous les armes et en faisant de nouvelles levées. Ces troupes étaient envoyées par chemin de fer en Lombardie pour être prêtes à tout événement. Le Piémont faisait un emprunt de 50 millions pour parer aux éventualités de la guerre, sans dire quil laurait, mais en faisant ses préparatifs pour entrer en campagne : cest ce quil voulait au fond. Les Etats européens, en voyant tous ces préparatifs, et craignant une guerre européenne, prirent lalarme et proposèrent un congrès, où tous les griefs seraient discutés & les difficultés aplanies. Ce fut lAngleterre qui prit linitiative de cette réunion. LAutriche y accéda moyennant quelques modifications quelle demanda & quon lui accorda. La Sardaigne voulut avoir sa place dans ce congrès ; lAutriche sy refusa, et voyant quon cherchait à lamuser pour gagner du temps et se préparer à la guerre, elle fit déclarer à la Sardaigne que si, dans trois jours, elle ne désarmait pas, elle passerait le Tessin avec ses armées et entrerait dans les Etats Sardes. LAutriche nexécuta pas sa menace au terme quelle avait donné au Piémont, soit quelle ne fût pas tout à fait prête, soit quelle voulût lui donner le temps de réfléchir sur les suites de la guerre. A cette nouvelle, la France, alliée du Piémont, se prépara à la guerre, à la voix de son chef, en faisant passer des troupes au-delà des Alpes, soit par la voie de terre, soit par la voie de mer, tout en déclarant quelle nen voulait quà lAutriche, et que son intention, en venant au secours dun allié, nétait point de sagrandir par la conquête, mais de rendre aux différents Etats de lItalie la liberté de se gouverner comme ils lentendraient. Le ministre des Cultes, en invitant les Evêques à faire faire des prières pour le succès de nos armes, leur déclara, par sa circulaire, que les Etats pontificaux seraient religieusement respectés. La déclaration de lEmpereur eut pour effet de déterminer tous les Etats à garder une stricte neutralité. Cependant tous se mirent sur un pied de guerre respectable, pour être prêts à toutes les éventualités. Depuis lentrée en campagne il y a eu trois batailles, qui se sont livrées à Marignan, Montebello et Magenta, où nos troupes ont toujours remporté la victoire. Cest dans la dernière surtout que larmée autrichienne a fait des pertes sensibles : plus de 20 mille hommes tués ou blessés & 7 mille prisonniers. De notre côté il y a eu aussi des pertes sensibles : trois généraux, plus de 60 officiers supérieurs tués, sans parler des officiers inférieurs et des simples soldats, dont le nombre sélève, daprès le bulletin officiel, à 7 mille, si lon peut sen tenir à ce rapport. On avait donné aux navires autrichiens un délai pour se retirer chez eux. Mais nayant pas attendu lexpiration du délai, en capturant un navire français, la marine impériale a capturé près de trente navires autrichiens grands ou petits. LEmpereur, après avoir séjourné quelques jours à Milan, sest avancé vers la Vénétie. Mais cest là quil rencontrera les plus grandes difficultés. Garibaldi, ce fameux condottieri, à la tête de quatre ou cinq mille hommes accourus de toute lItalie et ramassis de tout ce quil y a de plus taré, a été reçu en Piémont comme un allié, qui avait fait ses preuves à Rome où il faisait assassiner les prêtres et les prélats. Il a jugé à propos dagir seul en cherchant à tourner lennemi en côtoyant les frontières de Suisse et en semparant de Come, quil a quittée pour y revenir ensuite. Ce chef de bandits, dont on a voulu faire un héros, ne plaisait guère à nos officiers. Après la 1ère bataille, la Duchesse de Parme fut obligé de quitter son duché, où elle fut rappelée par ses propres sujets qui en avaient chassé les révolutionnaires. Ses enfants avaient été mis en lieu sûr et elle a tenu à son poste jusquau commencement de ce mois, où, voyant que la place nétait plus tenable, elle a délié ses troupes du serment de fidélité et sest retirée auprès de ses enfants. Mais ses troupes nont point voulu profiter de la liberté qui leur était donnée ; car elles lui sont restées fidèles et ont passé à Modène avec la permission du Duc. Le Grand-Duc de Toscane sest aussi retiré, et parmi ses anciens ministres il ny en a eu quun qui lui soit resté fidèle & qui lait suivi. Aussitôt il sest établi en Toscane un gouvernement provisoire qui sest mis sous la dictature du roi Victor-Emmanuel. Milan sest donnée à lui en le priant de gouverner la Lombardie. Le Parmesan est aussi sous le gouvernement du roi de Sardaigne. Les Autrichiens sétant retirés de Bologne, les Bolonais se sont constitués en gouvernement provisoire, qui a appelé Victor-Emmanuel pour les régir ; mais celui-ci osera-t-il occuper cette légation contre la résolution de lEmpereur ? Cest ce que lavenir nous dira. Naples, qui a perdu son roi, et qui est gouvernée par le fils du défunt, jouit de la paix & vient de renouer ses relations diplomatiques avec la France, & lAngleterre qui a envoyé quelques vaisseaux pour protéger cet Etat contre les coups hardis des révolutionnaires. La Turquie, qui croyait que la Moldavie & la Valachie auraient chacune son hospodar, sest vue fort embarrassée par le choix dun seul chef élu par les deux provinces. Elle a voulu casser cette élection ; mais, pressée par les puissances, elle a accepté le fait accompli pour cette fois seulement, moyen terme pour se tirer dembarras. La Bosnie remue toujours et le Monténégro linquiète par ses courses. Cest un pauvre empire qui sen va en lambeaux, qui a ses caisses vides malgré ses emprunts et qui serait déjà rayé de la carte des nations sans lappui des puissances. La Perse est pour ainsi dire à la merci de lAngleterre par le golfe persique et lInde, et de la Russie qui lavoisine et à louest & au nord. La Russie sagrandit tous les jours à lEst comme elle travaille à son amélioration intérieure. Elle vient de décréter labolition du servage des paysans ; mais ce projet, bon à jeter de la poudre aux yeux de létranger sur son prétendu libéralisme, restera lettre morte comme tant dautres qui nont été portés que pour tromper lEurope sur sa civilisation avancé et son progrès dans les arts & les sciences. Ce qui la mine, ce sont ses sectes, et ce qui achèvera de la détruire, ce sont les loges maçonniques quelle vient dadmettre dans son sein. Les autres Etats de lAllemagne, les puissances du Nord, sont calmes ; il ny a que la Prusse & la Confédération Germanique qui se soient mises sur le pied de guerre, comme la Russie pour écraser lAllemagne si elle vient au secours de lAutriche. La Belgique & la Hollande surtout jouissent dune profonde paix. Cependant il faut le dire, la Belgique, sous linfluence de la franc-maçonnerie, savance de plus en plus vers la démagogie. On en peut dire autant du Portugal, nation autrefois si catholique ; si les gens de la campagne, encore pleins de foi, ne la retenaient sur le bord de labîme, elle serait déjà au fond du gouffre. LEspagne nest pas encore bien assise pour résister aux chocs des partis qui la divisent, laffaiblissent et la déchirent.
    Si nous passons en Amérique, quy trouvons-nous ? Au nord une république ou plutôt une fédération toujours plus envahissante, quoiquen apparence très-libérale, cependant tout imprégné de lesprit dintolérance, comme elle le montre par ses aumôniers épiscopaliens au prêche desquels elle force ses marins & ses militaires dassister, et par ses maîtres décole qui travaillent à inoculer aux enfants catholiques le virus de lhérésie, même par la violence, comme cest arrivé dernièrement. Au centre de lAmérique, le Mexique est toujours agité par ses révolutions et ses changements de gouvernement. Au sud, toutes ces petites républiques, plus ou moins agitées comme aujourdhui Montevideo & le Paraguay.
    Repassons en Europe. LAngleterre, autrefois si unie et si compacte, est divisée par plusieurs partis qui font & défont les ministères. La chambre haute, jadis si prépondérante, perd tous les jours de son influence, reportée à la chambre basse qui, au lieu dêtre composée presque uniquement des cadets des familles puissantes, commence à se remplir davocats et de libéraux qui tous les jours demandent lextension du suffrage et le vote secret. Les affaires de lInde semblent à peu près terminées ; mais quelques uns pensent quelles ne sont quassoupies et que dun jour à lautre un soulèvement plus formidable peut créer à le reine Victoria les plus graves difficultés, quoiquelle ait été proclamée impératrice de toute lInde.
    A lextrême orient, les Anglais & les Français ont obtenu des Chinois par les armes un traité plus avantageux que le premier. La Russie, qui na pas tiré lépée du fourreau, a retiré de ce traité les plus grands avantages. Son ambassadeur et déjà à Pékin où il se fait bâtir un beau palais. Lembouchure de lAmour lui a été cédée et elle sy fortifie en y créant un beau port. Le traité de Tien-tsin a été suivi de celui du Japon, où personne ne pénétrait que les Hollandais en se soumettant à une foule davanies. Ce sont les Américains qui ont fait disparaître le privilège des Hollandais. Après eux sont venus les Anglais & les Français, qui ont fait leur traité chacun à part, mais sans larracher par la crainte somme celui de Chine. Nous ne pouvons encore parler du Tong-King ni de la Cochinchine, car rien ny est encore terminé.
    Nous allions oublier de vous parler de linfluence toujours croissante que la Russie acquiert à Jérusalem où le Grand-Duc Constantin est allé cette année, quil a visitée avec un grand apparat et une grande pompe. A son occasion la mosquée dOmar sest ouverte pour plus de mille personnes qui y sont entrées sans se déchausser. Le prince avait à ses ordres un évêque grec et un évêque russe, qui sont allés le recevoir à lentrée de Jérusalem avec le consul de St Pétersbourg. Tout ce cortège, toute cette pompe, tout cet éclat ont grandement frappé limagination des orientaux.
    Daprès tout ce qui se passe, et cela dans tous les Etats de lEurope, lon voit avec peine que tous les jours nous sommes plus enlacés par la franc-maçonnerie, qui travaille à miner & à détruire toute autorité. On dirait que nous approchons du règne de la bête prédit par Saint-Jean.`
    Nous avons lhonneur dêtre avec respect & en union de très-saints sacrifices,

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Vos très-humbles & obéissants serviteurs,






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    Lettre commune de 1859. 12 Juillet 1859.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Depuis notre dernière circulaire nous avons reçu des nouvelles de toutes nos Missions ; vous en trouverez le résumé dans ce que nous vous dirons de chacune delles.
    Il ne sest passé rien dextraordinaire dans la Mission de Pondichéry. Il y a eu 422 baptêmes dadultes, 36 abjurations et 3029 baptêmes denfants païens en danger de mort. Ses dépenses en 1858 ont atteint le chiffre de 49,330 fr., et celles de lannée courante seront, daprès ses prévisions, encore plus fortes. Il ne faudrait pas moins de 25000 fr. pour terminer les travaux déglises en voie de construction. « Rappelez-vous, nous dit Mgr de Drusipare, quoutre nos travaux déglises, nous avons beaucoup dautres uvres qui coûtent beaucoup et qui doivent nécessairement être entretenues. »
    Le tableau dadministration du Mayssour porte 183 baptêmes dadultes, 498 denfants de païens en danger de mort et 27 abjurations du protestantisme. La mort de deux missionnaires et la maladie de trois autres ont été cause que six villages chrétiens nont pas été visités, ce qui rend la statistique dadministration incomplète. Tout est si cher actuellement dans cette mission que Mgr Charbonneaux a été obligé daugmenter le viatique de ses missionnaires en le portant de 660 fr. à 900. Il reste encore de fortes dépenses à faire pour la construction dune chapelle & lachèvement dune église.
    Le besoin de nouvelles églises se fait fortement sentir au Coïmbatour, et le manque de résidence pour les Missionnaires est presque général ; ce qui, daprès Mgr Godelle, est souvent la cause des maladies dont ils sont atteints. « Pendant ma visite qui a duré deux mois, nous dit ce Prélat, la meilleure habitation que nous ayons trouvée était une chambre de 8 pieds carrés pour deux et nos effets ; à peine pouvions-nous y étendre nos nattes ; mais comme elle était aérée, cétait notre meilleure demeure. On peut dire que tout est à faire sous ce rapport. »
    Pour ce qui concerne les écoles, la Mission na presque rien, et se trouve sous ce rapport, vis-à-vis des protestants, dans un état dinfériorité très-préjudiciable à la religion. Les catéchistes manquent absolument.
    Le compte-rendu de ladministration donne 70 baptêmes dadultes, 6 abjurations du schisme et 2 du protestantisme. Le nombre des enfants païens baptisés est de 137.
    Voici, daprès Mgr Bigandet, la statistique de la mission de la Birmanie : Population païenne 4,500,000, catholique 4980, indépendamment de 1000 soldats européens et Cipayes. Baptêmes dadultes 345. Personnel du Clergé 1 Evêque, 10 Missionnaires français, 5 Italiens oblats, 1 Italien prêtre séculier, et un prêtre indigène élève de la Propagande.
    « Nous nous occupons activement, dit Mgr Bigandet dans une lettre du 1er Mars dernier, à réparer les maux que la guerre (entre les Anglais et les Birmans) nous a faits il y a quelques années, à rebâtir les églises, à reformer les chrétientés dispersées et à en établir de nouvelles chez les Karians Je reçois de toutes parts des nouvelles consolantes : nos Confrères qui travaillent avec un admirable zèle à la conversion des Karians, se sont occupés une partie du temps à bien instruire leurs nombreux néophytes et à former des catéchistes et maîtres décole. »
    La moisson de la Malaisie ayant sacrifié presque toutes ses ressources à létablissement de ses écoles, confiées aux Frères des Ecoles Chrétiennes et aux Dames de St Maur, se trouve actuellement dans une véritable gêne. « Ici tout est devenu extraordinairement cher, dit Mgr Boucho. Nos catéchistes demandent aujourdhui 7 piastres par mois, et plusieurs de nos confrères les paient à ce taux. Ils donnent donc chaque mois 2 piastres de leur viatique qui nest pas déjà suffisant pour leur misérable nourriture. Il ny a dexception que pour les Missionnaires de la ville de Pinang et de Singapore qui peuvent se suffire. Tous les autres sont dans la misère malgré le supplément de 36 piastres que la Mission a donné jusquà présent. » Léglise de Malacca, qui a déjà absorbé des sommes considérables, reste encore inachevée faute de ressources.
    Voici les renseignements que Mgr Pallegoix nous donne de la mission de Siam : « Dans ses conversations avec les Missionnaires et autres européens, le Roi a dit souvent quil laissait ses sujets libres de suivre telle religion quil leur plairait ; mais il na encore publié aucun édit à cet égard, et le peuple craint toujours de se convertir de peur dêtre en butte à de nouvelles persécutions de la part des mandarins, dautant plus que la forme du gouvernement a changé : le roi nest plus maître absolu et despote ; il ne peut rien faire dimportant sans le consentement de son conseil, composé dun grand prince et de quatre ministres, lesquels ne sont pas toujours de son avis et prennent le titre fastueux de gouvernement. Sil y avait liberté les conversions seraient nombreuses sans doute, tandis que dans létat actuel des choses on nobtient des conversions que parmi les Chinois (qui sont libres), parmi les femmes (qui sont exemptes de tout service), et parmi les familles annamites, siamoises & cambodgiennes qui sont soumises aux chefs chrétiens. Daprès le traité conclu entre la France & Siam, nous avons la liberté daller fonder des missions dans tout le royaume ; mais je nai pas de prêtres disponibles. Le royaume de Ligor, par exemple, où il y a quelques chrétiens, me paraît être un poste très-avantageux ; la capitale est une grande ville et les Chinois y abondent. Jespère que sous peu jaurai les moyens dy fonder une mission. »
    Baptêmes dadultes 113, denfants dinfidèles in articulo mortis 2500.
    Mgr Miche nous annonce avec bonheur que les succès de sa dernière administration ont dépassé ceux des années précédentes : il a baptisé 75 adultes à Pinhalu, lieu de sa résidence. « Jamais, dit Sa Grandeur, nous navions atteint ce chiffre pour toute la Mission. Mais aussi cest à peu près toute la récolte. La raison en est que mes Missionnaires sont placés dans des conditions moins favorables que moi pour évangéliser les païens. Ils seront plus heureux lannée prochaine, car plusieurs dentre eux donnent linstruction à des Catéchumènes. Encore quelques années, et nous pouvons avoir ici une maison dAmantes de la Croix. Jai envoyé en Basse Cochinchine 6 jeunes filles qui y font leur noviciat. Dès quelles seront formées à la vie religieuse, je leur bâtirai un couvent à Pinhalu. Si cet établissement projeté prospère, il me donnera des maîtresses décole et, je pense, aussi des baptiseuses. »
    Mgr Miche nous annonce ensuite quil a expédié MM. Ausoleil & Friare au Laos dans le courant de lannée dernière. Ils sont passés par Siam qui est la voie la plus directe, et le Roi, fidèle à la promesse quil avait faite précédemment à ce Prélat, leur a délivré un passeport en bonne et due forme qui leur a valu un bon accueil de la part des autorités des lieux par où ils sont passés.
    Selon que nous lavons dit précédemment, le Sut-chuen est actuellement divisé entre trois vicaires apostoliques, savoir : Mgr de Maxula, Mgr de Sinite et Mgr de Sinopolis. Le 1er est vicaire apostolique du Sut-chuen occidental qui compte 3000 chrétiens, le second du Sut-chuen oriental qui en compte 21000, et le 3e, vicaire apostolique de Lassa, a sous sa juridiction la partie du Sut-chuen la plus rapprochée du Thibet, qui compte 9000 chrétiens. Cette année pour la première fois, chacun de ces Prélats a rendu séparément compte de ladministration de sa mission.
    Mgr de Maxula a inscrit sur son tableau 211 baptêmes dadultes & 96000 denfants dinfidèles in articulo mortis. « Létat actuel du Sut-chuen occidental est très-précaire, nous dit ce prélat. Nous craignons les révoltes qui causent tant de maux ; massacres, incendies, dévastations dans plusieurs provinces, même celles qui touchent au Sut-Chuen. » A Mopin, nous dit à son tour M. Pinchon, supérieur du Séminaire, nos troubles sont à leur comble. Depuis 3 ou 4 mois nos chercheurs dor sont en guerre. Comme une fraction a été chassée des mines, et quelle est venue établir son quartier général tout près de notre établissement, elle nous met en grand danger. Nous avons là sous les yeux plus de 2000 forcenés qui nont rien à manger, qui incendient les maisons & massacrent tous ceux qui leur résistent. »
    Le nombre des baptêmes dans la mission de Mgr Desflèches a été pour les adultes de 549, et pour les enfants dinfidèles in articulo mortis de 56973. Ce Prélat, que des raisons graves de santé avaient ramené à Hong-Kong, nous écrivit en date du 26 Janvier : « Un marchand chrétien ma remis ici une lettre écrite de mon vicariat sous la date du 29 9bre, qui mannonce que le mandarin de Fong-tou-hieu, dans le Sut-chuen Oriental, continue à persécuter les chrétiens. Sa réponse à une supplique des néophytes a été que la religion chrétienne est défendue par les lois, daprès lesquelles, dit-il, les propagateurs de cette religion doivent subir la peine de la strangulation, et ceux qui lembrassent être condamnés à lexil et à y rester en servage sous les Mahométans. »
    Craignant, daprès cet exposé, que les conditions du traité du Baron Gros avec lEmpereur de Chine ne restassent sans les garanties suffisantes vu que la France & lAngleterre avaient décidé dun commun accord de ne pas envoyer dambassadeurs à Pékin, ce qui permettrait aux mandarins de lintérieur de continuer leurs vexations contre les missionnaires & les chrétiens, comme par le passé, Mgr Desflèches est venu en France solliciter ladoption de certaines mesures dont il attendait un excellent résultat. Sa demande, présenté à lImpératrice actuellement Régente, et au ministre des affaires étrangères, a été accueillie favorablement, et des instructions conformes à ses désirs ont dû être transmises à qui de droit.
    Mgr Desflèches doit aller à Rome et être de retour en Chine pour le mois doctobre.
    La mission de Lassa, confiée à Mgr Thomine, comprend le Thibet et la partie du Sut-chuen qui confine avec les principautés situées dans limmense chaîne de montagnes qui sépare la Chine du Thibet proprement dit, et rendent leur communication mutuelle extrêmement difficile. Cest dans une de ces principautés, indépendantes de la Chine & ne relevant que du Thibet, que se trouve la vallée de Bonga, où MM. Renou & Fage ont formé un établissement fort intéressant et destiné à avoir une grande importance sils ne sont pas entravés dans leur entreprise. Mgr Thomine, plein de sollicitude pour ces chers confrères, sempressa de se mettre en rapport avec eux, mais ses tentatives furent longtemps infructueuses, et il nous écrivait le 22 Juillet 1858 : « Que de dépenses déjà faites pour obtenir cette seule communication ! jen suis au 11e envoi Jai encore deux courriers qui vont partir ; je leur donnerai commission de faire un établissement à Patang, ville qui, dans un pays tout thibétain, se trouve près de la frontière actuelle du Thibet ; censé indépendant de la Chine. Cest le chemin de Lassa et de Bonga Je ne parle pas de notre 1er établissement à Ta-tsien-lou que je ne puis soutenir quà frais considérables ; mais cest là notre 1er échelon pour monter à Lassa & dans le haut Thibet. »
    Voici des nouvelles plus récentes : « Une bourrasque sest élevée à Bonga contre MM. Renou & Fage, excitée par les Lamas. On a tout pillé, mais sans oser attenter à la vie des deux européens. M. Fage est de retour auprès de Mgr de Sinopolis. » (Lettre de M. Pichon à M. Libois du 24 Janvier 1859).
    Mgr Thomine réside dans la partie chinoise de sa mission qui ne comprend quenviron le 7e des chrétiens du Sut-chuen, mais qui, en étendue, embrasse au moins le tiers de la province. Les Chrétiens, plus disséminés, rendent ladministration plus pénible et plus coûteuse. Le tableau dadministration porte 18 baptêmes dadultes et 21,476 denfants de païens in articulo mortis.
    Pour ce qui est de MM. Bernard & Desgodins, ces chers confrères ayant trouvé des difficultés insurmontables à lexécution de leur dernier projet de se rendre au Thibet par lHimalaya, ils se sont vus, avec un extrême regret, dans la nécessité dy renoncer. Dieu, sans doute, leur tiendra compte de ces longues années de souffrances morales et physiques, de cette persévérance et de ces efforts quon pourrait presque appeler héroïques, dont la gloire de Dieu & lextension de son règne ont été le motif. M. Bernard, épuisé par les fatigues & les maladies, sest attaché, sur notre avis, à la mission de la Birmanie, et M. Desgodins est allé se mettre à la disposition de Mgr Thomine.
    La mission du Yun-nan a été soumise aux plus dures épreuves, et bien quelle ait beaucoup souffert, il y a lieu de sétonner que de plus grands maux ne soient pas venus fondre sur elle. Grâces en soient rendues à la Providence qui a veillé sur elle dune manière toute particulière. « Cette province, nous dit Mgr Ponsot, est plus que jamais abandonnée à une anarchie complète dont on ne peut prévoir le terme. La guerre continue avec un horrible acharnement ; les villes, les bourgs, les villages, les maisons dans la campagne sont sans cesse la proie des flammes. Les pillages, les massacres sont continus ; dans bien des lieux les habitants sont dispersés et les terres demeurent incultes, ce qui donne lieu à une effroyable famine. La capitale, toujours cernée par les Mahométans, voit mourir ses habitants par milliers. Le riz est énormément cher. Les pauvres qui ne peuvent en acheter meurent de faim. Dans certaines parties de la province, la peste se réunissant à la famine et à la guerre, enlève beaucoup de monde. Les Mahométans occupent toujours Taly-fou et un grand nombre dautres villes de louest. Ajoutez à cela que des hordes de brigands, venus pour la plupart du Sut-Chuen, et armés de pied en cap, parcourent le pays & commettent toutes sorte de désordres ; ils brûlent, pillent les maisons et tuent quiconque leur oppose la moindre résistance. Cest deux que nous avons le plus à craindre. Jai été obligé de quitter momentanément ma résidence habituelle pour ne pas tomber entre leurs mains. Nos mandarins, sans soldats et sans argent, ne peuvent leur opposer aucune résistance.
    Mgr Chauveau, qui réside à lextrémité ouest de la province, nous écrit en date du 30 août 1858 : « Les conversions continuent parmi nous de manière à nous embarrasser, parce que nous manquons de tout. La famine désole ces contrées ; les voleurs sont dune audace incroyable ; les Mahométans ne nous laissent pas respirer ; les diverses familles qui partagent ce pays sont continuellement en guerre avec les Chinois, et les Chinois attaquent indifféremment tout le monde. »
    Non seulement la mission a peu souffert en égard aux circonstances, mais encore elle a pu inscrire sur le tableau de son administration 273 baptêmes dadultes et 12000 denfants dinfidèles en danger de mort.
    Les lettres du Koui-tcheou ne nous signalent rien dextraordinaire dans cette mission. M. Perny, dont une lettre de M. Osouf en date du 1er mai nous annonce larrivée à Singapore, suivra de près les nouveaux missionnaires qui doivent le seconder dans le développement de ses plans.
    Quant à la mission de Quang-tong, voici ce que Mgr Guillemin nous en écrivait en date du 13 février. « Nos affaires de mission sarrangent, Dieu merci, aussi bien que nous pouvions lespérer Les Chrétiens et les prêtres chinois paraissent fort disposés à ne faire aucune opposition, et hier je recevais une réponse des grands vicaires de Macao qui mexprimaient quils étaient loin de vouloir nous gêner en rien, de manière que nous avons lespoir de nous voir avant peu de temps complètement maîtres de la mission. »
    Peu de jours après la réception de cette lettre, nous apprenions par les journaux que le concordat de Rome avec le Portugal, relativement au droit de patronage, avait été voté par les Cortès à la majorité de 15 voix, et par la chambre des Pairs presquà lunanimité ; et plus tard nous sumes encore par la même voie que ce concordat avait reçu la sanction royale. Le texte reproduit par les journaux est identiquement le même que celui dont faisait mention notre circulaire de lannée dernière, et ne laisse par conséquent à Mgr Guillemin que la province du Kouang-si où il ny a point de chrétiens. Quel terrible coup pour ce Prélat qui venait de publier le rescrit du souverain Pontife déclarant que toute juridiction était enlevée à lEvêque de Macao sur les provinces de Quang-tong & de Quang-si, et sur lîle de Haynan, lesquelles désormais ne devraient reconnaître dautre autorité spirituelle locale que celle de Mgr Guillemin ! Quelque fâcheuses que soient cette admission du concordat par les chambres portugaises et sa nouvelle publication dans les feuilles publiques, nous aimons à croire que les dispositions du rescrit accordé par Pie IX aux sollicitations de Mgr Guillemin, seront maintenues. Outre notre conviction personnelle, nous en avons pour garant une lettre écrite par le correspondant de Mgr dArras à Rome, ecclésiastique distingué & en position dêtre bien informé. En voici un extrait : « Le concordat avec le Portugal na pas encore été ratifié par le Souverain Pontife. Il y a à ce sujet dissentiment entre la Propagande et la Secrétaire dEtat. Si la ratification est donnée, elle ne le sera que sous certaines réserves, principalement en ce qui regarde Quang-tong, de manière à ce que le statu quo soit maintenu, cest-à-dire la juridiction de Mgr Guillemin demeure libre de toute entrave et ne relève que du St Siège, en vertu de son titre de Vicaire Apostolique. Au reste, dans tous les cas, le patronage du Portugal ne sexercera que quand les sièges seront dotés & pourvus, ce qui, pour longtemps, réduit à une lettre morte les droits du Portugal. »
    La mission de la Mandchourie est actuellement en paix. MM. Mesnard et Franclet sont revenus à leur poste. Nos chers confrères trouveront désormais une garantie contre le retour de nouvelles vexations dans la protection des pavillons européens qui, daprès les conditions du traité, auront un port-ouvert dans sa mission. Le zèle de Mgr Verrolles ne manquera pas de profiter de cette circonstance favorable pour augmenter son troupeau. Il espère être bientôt en mesure de pouvoir envoyer deux missionnaires à Nicolaïef, ville nouvellement bâtie par les Russes à lembouchure de lAmour.
    « Nous avons cette année, nous dit Mgr Verrolles dans une lettre du 29 décembre 1858 ; 2038 enfants dinfidèles baptisés, 41 adultes et 49 catéchumènes. Environ 6000 chrétiens. Nous continuons à élever sur tous les points des oratoires. »
    M. Maistre est mort le 20 décembre 1857. « Dans ce jour, nous dit Mgr Berneux, les chrétiens de Corée perdaient un père, un apôtre, les missionnaires un modèle de toutes les vertus, et moi de perdais un ami dont les conseils mont été plus dune fois utiles dans cette mission. M. Maistre a laissé parmi nos chrétiens une réputation bien méritée dune grande sainteté. Toutes les vertus dont il na cessé dédifier avaient pour principe un entier abandon à la volonté de Dieu, auquel, dès son entrée dans la carrière apostolique, il sétait donné sans réserve. Dieu seul connaît ce quil eut à souffrir pendant dix ans de courses incessantes et inutiles pour entrer dans cette mission. Au milieu de tant et de si grandes souffrances, son calme et son aménité ne se sont jamais démentis un instant. Dernièrement, lorsque, à la prière des chrétiens, je lui offrais un office qui me semblait devoir répugner à ses goûts, il mécrivit ces mots digne dun saint missionnaire : « Je fais tout par devoir, rien par plaisir, mais tout avec plaisir. »
    « Une famille des plus nobles du royaume a embrassé la foi ; le chef de cette famille, beau-père dun prince cousin issu de germain du roi actuel, a été baptisé pendant lhiver. Sa fille, femme de ce prince, a commencé à se mettre en rapport avec les Chrétiens. Bien dautres conversions suivront celle de cette famille, si elle devient fervente. Dans la ville où résident les Japonais, nous avons un catéchumène habile & plein de zèle. Huit nouvelles chrétientés se sont formées dans le district du P.Th.Tshoey et sept autres sannoncent pour lan prochain. »
    Le nombre des baptêmes dadultes est de 486 et celui des enfants de païens baptisés à larticle de la mort de 921. Il est à présumer que le baptême des adultes atteindra un chiffre beaucoup plus élevé, car celui des catéchumènes est de 1200.
    Mr. Girard, supérieur actuel de la mission du Japon, a quitté Lou-tchou pour venir à Hong-Kong afin de pouvoir suivre la marche des événements, et prendre des dispositions analogues aux circonstances. Là se trouve aussi M. Mermet qui a accompagné le baron Gros au Japon et lui a servi dinterprète dans le traité que la France a fait avec cet empire. Vous en connaissez les principales dispositions, Nosseigneurs et Messieurs ; 7 ports seront ouverts aux étrangers ; qui ny seront point inquiétés dans lexercice de leur religion ; mais, ce que nous désirions avant tout, la liberté de prêcher lEvangile aux indigènes, a été obstinément refusée. Les Japonais sont encore aujourdhui dans la fausse persuasion qui amena jadis la ruine du Christianisme parmi eux, savoir, que les étrangers nont dautre but, en les exhortant à embrasser leur religion, que de semparer de leur pays quand ils se seront faits chrétiens. Peut-être parviendra-t-on à faire tomber ce préjugé et à leur persuader que leur opiniâtreté à refuser la liberté qui leur est demandée les expose bien davantage au danger quils veulent éviter par ce refus ; mais tant quils persisteront dans leur système de défiance et dinterdiction, il ny aura que très peu de bien à faire parmi eux.
    Il nest personne parmi vous, Nosseigneurs et Messieurs, qui ignore la triste position de nos belles missions annamites et les mesures prises par notre Gouvernement pour leur venir en aide. Nos chers compatriotes, sous la conduite de chefs aussi habiles que vaillants, ont fait en Cochinchine, comme partout ailleurs, des prodiges de valeur. La prise des forts de Touranne et celle de la ville de Saigon, le plus fort boulevard de la Cochinchine après la capitale, en sont une preuve éclatante. Cependant en présence de faits si humiliants pour lui, le souverain annamite est resté impassible, et la persécution, loin de diminuer dintensité, a continué avec plus de dacharnement et de fureur à faire couler le sang des Chrétiens et à donner de nouveaux martyrs à lEglise. La prise de la capitale par laquelle lamiral Rigault sest proposé de couronner son expédition, amènera-t-elle de plus heureux résultats ? Nous le désirons dautant plus vivement que sans cela nos chères missions annamites sont menacées dune extinction complète : car à quels excès de fureur ne devons nous pas supposer que le roi de Cochinchine se portera contre les Chrétiens si lescadre française se retire sans avoir pu obtenir de lui aucune des conditions de nature à améliorer leur position ?
    Notre Séminaire de Pinang, dirigé avec zèle par les six confrères auxquels il est confié, continue dêtre en souffrance sous le rapport pécuniaire malgré les suppléments considérables que nous lui avons faits chaque année depuis 1855, son allocation de 30 000 frs étant insuffisante. Sa dépense de lannée dernière a atteint le chiffre de 37,707 fr., et le 31 décembre 1858 son reste en caisse nétait que de 437 piastres 20c. Il nous a donc encore fallu lui venir en aide cette année par un fort supplément. Cette gêne est due à linsuffisance des allocations faites à cet établissement dans les années qui ont précédé 1855, et à lextrême cherté des vivres qui a toujours été augmentant depuis cette époque. Dailleurs ses ressources se trouvent réduites à un chiffre très-minime depuis la vente de ses rizières et la maladie qui a fait périr ses plantations de muscadiers.
    « Vous savez déjà, nous dit M. Libois, que le personnel de notre Procure de Hong-Kong a été fort nombreux pendant 1858 : nous avons eu jusquà 3 évêques, 10 missionnaires, près de 40 indigènes dont la plupart annamites, élèves, courriers, catéchistes et autres réfugiés qui attendent ici le retour de la paix en Cochinchine. Nous avons eu jusquà 50 personnes à nourrir en même temps. Avec cela lapprovisionnement des troupes et des navires anglais et français, qui se fait en grande partie à Hong-Kong, a presque doublé le prix des vivres et de tout ce dont on a besoin dans le ménage. Nous avons payé la viande commune, v.g., le buf jusquà 33 centièmes de piastre la livre ; le vin jusquà 30 centièmes la bouteille ; le pain 12 à 13 centièmes la livre et ainsi du reste. Vous comprenez quelle a été la conséquence dun si nombreux personnel. Nous avons dû, par la même raison, augmenter les dépendances de notre Procure et construire un magasin pour les nombreux bagages de nos missions et de tous ces voyageurs. Aussi aurons-nous cette année un déficit pour 1858, et je ne sais si nos dépenses seront moindres en 1850 ; car le prix des vivres, quoiquun peu moins élevé, lest cependant beaucoup trop, et je ne sais quand nos réfugiés annamites pourront rentrer chez eux. Avec cela nous allons recevoir un bon nombre de Missionnaires à lentretien desquels il faudra pourvoir et payer les frais de voyage pour se rendre à leur destination° ce seront par conséquent deux années extraordinaires ; veuillez y avoir égard dans votre allocation. » Malheureusement ces renseignements ne nous arrivèrent quaprès notre dernière répartition et par conséquent lallocation que nous fîmes alors à la Procure ne sera pas suffisante pour faire face a de si nombreuses dépenses. M. Libois nous dit aussi quil reste encore environ 1000 pts à payer pour la nouvelle Procure de Singapore. Cet établissement fonctionne admirablement, et outre les services quil rend comme procure, il offre encore aux Missionnaires épuisés par la fatigue ou les maladies un lieu de repos où ils pourront refaire leur santé et se préparer à de nouveaux travaux, comme le fait observer M. Osouf qui en a la direction.
    Le personnel de notre Séminaire de Paris, un peu moins nombreux que lannée dernière, a varié de 55 à 60. Nous avons lieu despérer quil se maintiendra encore lan prochain à ce niveau, si toutefois il ne le dépasse pas, ce qui serait grandement à désirer, car de nombreuses et pressantes demandes de nouveaux ouvriers nous sont adressés par bon nombre de nos missions ; et plus la liberté religieuses gagnera de terrain, plus aussi ces demandes, auxquelles nous ne pouvons déjà satisfaire quen partie, se multiplieront. Aussi désirons-nous vivement que Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques viennent au secours de notre impuissance par la formation dun nombreux clergé indigène. Certaines de nos missions doivent en sentir dautant plus le besoin quil sy trouve des localités très-funestes à la santé des Européens et dont il faudrait confier ladministration à des prêtres indigènes. Nous avons à déplorer cette année la perte de M. Sérougne dans la mission de Pondichéry, de MM. Bigot & Mauduit dans le Mayssour, de M. Fournier dans le Coïmbatout, de M. Couellan dans la Malaisie, de M. Raynaud, mort en rade de Touranne sur lun des navires de lexpédition, de Mgr Retord, de si regrettable mémoire, et de M. Maistre en Corée.
    Pour ce qui est de létat de nos finances, il suffira, pour lapprécier, de savoir que si nous avions eu un aspirant de plus dans le courant de lannée dernière, nous aurions été en déficit. Les avances considérables que nous avons faites au collège de Pinang, et les pensions que nous servons aux Missionnaires revenus en France, sur nos fonds de réserve, ont fini par les épuiser.
    Les recettes de la Propagation de la Foi en 1858, se sont élevées à 6,683,567 fr., chiffre qui dépasse celui de lannée précédente de 2,500,000 fr. Cette augmentation est due à laumône du dernier Jubile, dont le Saint-Père a voulu que lapplication fût faite à la Propagation de la Foi. Cette somme nayant point encore été répartie, nous pouvons espérer que nous y aurons une bonne part.
    Le Conseil Central de Lyon vient de nous informer, avec laccent de la plus profonde douleur, de la perte quil a faite dans la personne de son vénérable Président M. Terret, enlevé à son affection après une courte maladie. Ses derniers moments, nous dit-on, ont été dignes dune vie passée dans la pratique de la vertu. Ses excellents Collègues espèrent que tous les membres de notre Congrégation voudront bien prier de concert avec eux pour le repos de son âme.
    M. Terret est remplacé par M. de Prandière, qui, depuis plusieurs années déjà, exerçait la charge de Vice-Président.

    Epoques du départ, Noms & Destinations des Missionnaires partis depuis notre dernière lettre commune.

    29 Août 1858.

    Saintourens, Victor Manulphus, Agen, Coïmbatour
    Desvaux, Jean Patrice, St Brieux, Cochinchine Sept.

    20 février 1859.

    Ponard, Sylvain, St Claude, Cochinchine Orient.
    Barou, Jean-Joseph, Lyon, Cochinchine Occid.
    Bernard, Théodore-Prosper, Langres, Cochinchine Sept.
    Besombes, Jean-Baptiste, Rodez, Cochinchine Orient.
    Wibaux, Théodore Louis, Cambrai, Cochinchine Occid.
    Poret, Jean-Pierre, Coutances, Cochinchine Sept.
    Philippe, Pierre-Marie, Vannes (incorporé à Nantes) Canton.

    10 Juillet 1859.

    Goutany, Fleury, Lyon, Canton
    Tardy, Charles-Ernest, Metz, Canton
    Biet, Alexandre, Langres, Thibet
    Périé, Auguste, Cahors, Malaisie
    Couillard, Marie-Paul Fleury, Coutances, Procure de Hong-Kong
    Blettery, Laurent, Lyon, Sut-chuen mérid.
    Féchoz, Pierre, Chambéry, Sut-chuen sept.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un profond respect,

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Vos très-humbles & très-obéissants serviteurs

    12 Juillet 1859.


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