Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

lettre n°

Séminaire des Missions Etrangères, Paris, le 21 Juin 1858. NosSeigneurs & Messieurs, Nous commençons cette année notre lettre commune presque à la même époque où nous lécrivîmes lannée dernière. Nous allons donc continuer la narration des faits & des événements qui ont eu lieu depuis ce moment, tout en mentionnant quelques actes qui nous ont échappé. Nous suivrons le même ordre que précédemment, en débutant par ce qui regarde la Religion.
Add this
    Séminaire des Missions Etrangères, Paris, le 21 Juin 1858.

    NosSeigneurs & Messieurs,

    Nous commençons cette année notre lettre commune presque à la même époque où nous lécrivîmes lannée dernière. Nous allons donc continuer la narration des faits & des événements qui ont eu lieu depuis ce moment, tout en mentionnant quelques actes qui nous ont échappé. Nous suivrons le même ordre que précédemment, en débutant par ce qui regarde la Religion.
    En France, même activité, même zèle pour le bien, tant parmi le clergé séculier que parmi le clergé régulier & les Congrégations de femmes. Partout on continue à ériger à la Reine des Cieux de nouveaux sanctuaires, ou à faire revivre les anciens en les restaurant. Cette dévotion à Reine des Anges & des hommes sest étendue en Algérie & jusque dans nos colonies. Le sanctuaire du Puy, qui sera la merveille de notre siècle, et que lon nomme avec raison Notre-Dame de France, se continue encore & nest pas près dêtre achevé. Pour rendre ces sanctuaires, consacrés à Marie, plus vénérables & les rendre plus précieux à la piété des fidèles, lon fait couronner la statue de cette Immaculée Mère par le Souverain Pontife, ou on lui demande lautorisation de faire cette auguste cérémonie en son nom.
    La Grande Aumônerie est rétablie en France, et cest Mgr le Cardinal Archevêque de Paris qui en est le premier titulaire. La bulle dérection a si bien fixé chaque chose quil est impossible quil y ait contestation dans la suite entre lArchevêque à le Grand Aumônier.
    Trois sièges épiscopaux étaient devenus vacants, tous sont remplis par des sujets de choix. Il en reste encore un à remplir dans les colonies, mais ce nest que depuis une vingtaine de jours quil est vacant.
    Quoiquil y ait beaucoup de bien en France & beaucoup dardeur à travailler à luvre de Dieu, nous ne devons pas nous dissimuler que le génie du mal ne reste pas dans linaction. Les mauvais journaux, il est vrai, sont un peu contenus dans leurs attaques contre lEglise par crainte dêtre supprimés ; mais lorsquils peuvent attaquer la religion dune manière indirecte, ils ny manquent pas.
    Pour vous donner un échantillon de ce que veulent les communistes et autres suppôts de Satan, nous allons vous transcrire ce quécrivait lun deux, il ny a pas longtemps. Cest Proudhon qui dit tout haut ce que dautres disent tout bas dans le secret de leur cur : « Viens, Satan, viens, le calomnié des prêtres et des rois, que je tembrasse, que je te serre sur ma poitrine ! Il y a longtemps que je te connais, et tu me connais aussi. Tes uvres, ô le bien aimé de mon cur, ne sont pas toujours belles ni bonnes, mais elles seules donnent un sens à lunivers et lempêchent dêtre absurde. Que serait sans toi la justice ? un instinct. La raison ? une routine. Lhomme ? une bête ! Toi seul aimes et fécondes le travail. Tu ennoblis la richesse ; tu sers dexcuse à lautorité ; tu mets le sceau à la vertu. Espère encore, proscrit ! »
    Ce nest que le commentaire du cri vive lEnfer, quon a fait entendre en Belgique et en Suisse, la preuve de la trame qui sourdit partout contre J.C. et son Eglise. Voilà où en est aujourdhui non seulement la France, mais encore toute lEurope, mais toute lAmérique, plus ou moins ostensiblement.
    Le Saint-Père, après avoir parcouru ses Etats, soccupe daméliorer le bien-être de ses sujets, tout en soccupant des intérêts de lEglise, en portant partout où il a des ouailles sa sollicitude de toutes les Eglises. Ancône & Civita-Vecchia doivent être agrandies et en même temps il élève un monument en lhonneur de lun de ses prédécesseurs, St Alexandre, dont le sanctuaire sera élevé aux frais communs de tous les fidèles. Ce saint et illustre Pontife a eu la bienveillance de bénir toute notre Congrégation dans la personne de M. Albrand qui est allé à Rome dans lintérêt de quelques unes de nos Missions.
    La Toscane na pas encore fait de Concordat avec le Saint-Siège, quoique le Prince qui régit cet Etat soit très-dévoué à la Chaire de St Pierre et à la personne de Pie IX en particulier.
    Le Roi de Naples a prévenu le Souverain-Pontife en abrogeant, daccord avec le St Siège, certaines lois contraires à la liberté et à la discipline de lEglise, notamment sur le mariage.
    LAutriche, en jouissant des fruits de son concordat, vois surgir les établissements ecclésiastiques pour linstruction de la jeunesse, et les maisons religieuses pour le soulagement moral et physique des deux sexes.
    Le Clergé de la Bavière gémit toujours sous le joug des lois joséphismes, quoique cet Etat ait à sa tête un prince pieux.
    Les feuilles protestantes maçonniques gardent maintenant un profond silence sur le concordat conclu avec le Wurtemberg.
    On dit que le concordat projeté avec le Grand-Duché de Bade est très-avancé, mais lon ne connaît encore rien à ses conditions.
    En Prusse il y a toujours des faveurs pour les coreligionnaires du Roi, et lon naccorde aux Catholiques que ce que lon ne peut leur refuser sans iniquité flagrante & patente. La fameuse assemblée des Ministres, annoncée avec tant de pompe, a été la Tour de Babel, excepté sur un point, celui de résister aux Catholiques, de leur envoyer des injures, des invectives, de travailler à les pervertir par la propagande protestante.
    En Hollande, les Catholiques ne sont pas attaqués ouvertement, mais il est connu et démontré quil y a dans les loges maçonniques et les repaires de limpiété et de lincrédulité un parti qui travaille à la destruction de lEglise et de toute Foi, comme cela se fait actuellement en Belgique, où les prêtres & les Religieux sont insultés dans les rues & par les mauvaises feuilles quotidiennes.
    En Angleterre, lEglise continue en silence ses conquêtes malgré le mauvais vouloir des Ministres, qui nosent rien dire, rien faire de contraire à la religion, parce quils ont besoin des Catholiques dans lembarras où ils se trouvent maintenant dans lInde et ailleurs.
    LEspagne, comme nous le disions lannée passée, est bien revenue sur ses pas, quant à la vente des biens ecclésiastiques et quant au concordat. Mais avec linstabilité dun gouvernement constitutionnel, lon ne peut guères prévoir quand cette portion de lEglise sera solidement assise et suffisamment dotée pour accomplir son uvre à travers cette mer orageuse du monde.
    Il y a un projet de concordat avec le Portugal, par lequel lexistence de quelques unes de nos missions, sil avait abouti, cessait par le fait. Mais ce concordat nexistera jamais, parce que quelques uns le trouvent insuffisant et que les autres nen veulent pas. Car il faut bien le dire, le Royaume Très-Catholique et le Royaume Très-Fidèle ont leurs esprits forts comme partout ailleurs, quoique la masse de la population reste attachée à la religion de ses pères. Pauvre Espagne ! Pauvre Portugal !!
    En Amérique, aux Etats-Unis, le religion continue de sa dilater à droite et à gauche au milieu des mille sectes qui se condoient dans cette république modèle de temps modernes quon pourrait appeler la république des faillites et la sentine de tous les vices.
    Les Francs-maçons ne sont plus en état de persécuter lEglise.
    Le Mexique, blessé dans ses affections par la vente de biens ecclésiastiques, a chassé son Président Comonfort, lauteur de cette vente et le persécuteur de lEglise. Le nouveau Président sest aussitôt mis en devoir de réparer les fautes de son prédécesseur en rapportant les lois spoliatrices de lEglise et en se mettant en rapport avec le Saint-Siège. Mais lautorité de ce nouveau Président est fortement compromise par de nouveaux soulèvements. Cette ancienne possession de lEspagne, autrefois si heureuse sous ses Rois, est la proie et le jouet de tous les ambitieux qui surgissent de tous côtés, et finira par être envahie par les Etats-Unis qui depuis longtemps convoitent ce pays si fertile et en même temps si catholique.
    La république de lEquateur, en changeant de Président, a changé de sentiments à légard de lEglise, en rétablissant ses rapports avec le Saint-Siège.
    Le Chili, autrefois si catholique, semble vouloir imiter lEtat de la Nouvelle Grenade.
    Au Brésil, il y a eu une émeute contre les Surs de Charité, parce que limpiété et le libertinage ne trouvaient pas leur compte dans leur manière dagir si simple, si belle, si chrétienne.
    Dans les autres Etats du sud, calme plat pour les affaires de la religion. Ce qui nous remplit dune consolante espérance pour lavenir de tous ces pays autrefois si chrétiens, cest que le St Siège travaille à ranimer la foi, la piété de tous ces peuples en envoyant des ouvriers évangéliques plein de zèle et de ferveur, qui renouvellent la face de cette terre aujourdhui si inculte.
    Revenons en Europe. En Suède, le Roi a fait présenter une loi sur la liberté des cultes, qui ne modifie guères les dispositions hostiles au catholicisme. Cependant cette loi a été rejetée par deux états. Aussi, sept femmes qui avaient embrassé la religion catholique viennent dêtre condamnées à lexil pour leur croyance, après avoir passé trois ans en prison.
    En Norwège, quoique sous le même gouvernement, liberté complète pour les Catholiques. Aussi les missionnaires du Nord de lEurope profitent-ils de cette disposition pour étendre notre sainte religion sur ces pays autrefois si chrétiens.
    Pas dhostilité ouverte dans le Hanovre, où le siège épiscopal dOsnabruck vient dêtre rétabli, ni dans le Danemarck, où il se ferait beaucoup de bien si le clergé était plus zélé.
    En Saxe, cest un parti pris de sopposer à tous les établissements catholiques, même de charité. Ce quil y a de plus malheureux, cest quil y a là un Evêque qui laisse faire le gouvernement et lencourage même en éliminant tous les bons prêtres qui pourraient le brouiller avec les Minsitres.
    En Russie, quoique le gouvernement ait permis aux exilés de rentrer avec des conditions un peu dures, cependant il na encore rien fait pour le catholicisme, quil ne persécute pas ouvertement, mais quil mine sourdement.
    En Turquie, liberté entière de faire le bien° il y a bien quelques vexations ça et là, mais ce nest pas le fait du gouvernement. Aussi y a-t-il eu des Evêques qui sont rentrés avec leur troupeau dans le sein de lEglise Mère et Maîtresse.
    Les Pèlerinages en Terre-Sainte deviennent plus fréquents, et accroissent linfluence de notre sainte Religion dans ces lieux où elle a pris naissance. Les Russes ont voulu y avoir un Evêque avec son clergé : aussi ont-ils acheté près de Jérusalem un vaste terrain où ils vont bâtir un couvent. Les Grecs nont pas vu de bon il ces établissements, parce quils craignent de perdre de leur influence. Les Catholiques nauront-ils pas à en souffrir à cause de la rapacité et de lesprit envahisseur de cette nation ?
    En Mésopotamie, comme en Abyssinie, lon nourrit le doux espoir dy faire refleurir la religion catholique, comme nous avons la confiance de la voir un jour implanté dune manière solide dans le nord de lAfrique et de la Sénégambie. Nous pouvons donc dire avec lapôtre : « Notre Foi est annoncée dans tout lunivers » et nous annonçons aussi quelle souffre persécution partout, en Europe, en Amérique et en Asie, de la part des impies et des hérétiques, et dans les états payens de la part des infidèles.
    Nous allons passer à la politique. En France, nous avons oublié de vous dire dans notre dernière lettre, quen 1856, des sicaires avaient été envoyés dItalie pour assassiner lEmpereur, que leur projet fut dévoilé et les assassins condamnés, les mis à mort, les autres à lexil. Pareillement nous avons omis de vous marquer la belle conduite de lEmpereur lors des Inondations. Il alla lui-même pendant les inondations visiter en personne les lieux submergés, sexposa même à un véritable danger en se jetant sur un frêle esquif qui pouvait être emporté par limpétuosité des eaux débordées, pour se faire une idée juste de la grandeur des désastres, y apporter un remède proportionné aux dégâts et trouver des moyens de prévenir de si grands malheurs.
    La rupture avec Naples dure toujours, mais sans aigreur.
    En janvier de cette année, lEmpereur a échappé presque miraculeusement à un attentat dirigé contre ses jours par quatre sicaires venus dAngleterre, qui jetèrent sous sa voiture où se trouvait lImpératrice, des bombes fulminantes qui blessèrent cent cinquante six personnes, parmi lesquelles douze ont trouvé la mort, ou sur le coup, ou par suite de leurs blessures. La voiture fut effondrée, lun des chevaux qui y étaient attelés fut tué avec quelques autres montés par des gardes qui laccompagnaient ; lautre fut tellement blessé quon a dû labattre. LImpératrice na pas reçu la moindre égratignure, et lEmpereur na reçu quune légère blessure au front. Vous pouvez comprendre quel retentissement a eu cet attentat dans toute lEurope, et quelle impression profonde il a produite. De la part de toutes les Cours, il y a eu des adresses de félicitation à lEmpereur sur sa conservation toute providentielle au milieu de tant de blessés et de mourants. Cependant il y a en Piémont des journaux qui ont glorifier les assassins qui étaient Italiens et qui ont été, deux condamnés à mort et deux autres condamnés à dautres peines. Après avoir échappé à un aussi grand danger, lEmpereur nest pas resté inactif, mais il a dabord congédié son ministre de lintérieur et la remplacé par le général de lEspinasse, qui a fait marcher les choses un peu militairement, mais qui vient de se fourvoyer par une circulaire où il engage tous les administrateurs des Hospices et autres établissements de bienfaisance à vendre les immeubles qui appartiennent à ces refuges de la misère et de la pauvreté.
    LEmpereur ne sest pas contenté de cette mesure qui ne regardait que la France ; il sest encore adressé à tous les Etats voisins pour les engager à éloigner de leurs gouvernements tous ces sicaires ou gens sans aveu. Croiriez-vous que lAngleterre a renvoyé son ministère parce quil a voulu être juste à légard de la France en présentant une loi qui lautorisât à chasser du royaume tous ces assassins politiques ? Pendant que cela se passait, lon faisait le procès du principal agent du complot contre la vie de lEmpereur. Cet agent nommé Bernard, a été déclaré non coupable par les jurés anglais. Vous voyez là un échantillon de lamitié de lAngleterre pour la France, qui cependant na cessé dêtre sa fidèle alliée.
    En ce moment les ambassadeurs des diverses puissances sont assemblés à Paris pour mettre la dernière main au traité du 30 mars en réglant certains points qui restaient encore pendantes, faute de connaissance plus approfondie sur la matière.
    Lannée passée lEmpereur sest rendu à Stuttgard pour avoir une entrevue avec lEmpereur de toutes les Russies qui, en le quittant, est allé rendre visite au Rois de Prusse, quil a rendu imbécile en fumant dans sa voiture ; de sorte que depuis cette entrevue, cest le Prince de Prusse qui gouverne en son nom.
    Le Piémont, sans saméliorer sous le rapport religieux, senfonce de plus en plus dans le gouffre de limpiété et dans le tonneau sans fond des emprunts qui, au lieu de laider à sortir de sa gêne, finiront par écraser cet Etat autrefois si prospère. Si au moins ceux qui sont au timon des affaires savaient comprendre ce que leur vaut lalliance de lAngleterre, ils se rallieraient bien vite à ces Etats qui agissent franchement sans avoir toujours les yeux sur les intérêts qui leur reviennent de leurs traités. Cette petite puissance est sur le point de se brouiller avec Naples qui a capturé un navire qui avait porté sur son territoire des gens sans aveu venus pour soulever le peuple contre son propre souverain. Le capitaine et les mécaniciens étaient anglais et devaient être jugés daprès les lois du pays quils venaient soulever. Cependant daprès la représentation du gouvernement anglais, ils ont été relâchés. Une fois élargis, le gouvernement anglais a demandé une indemnité pour eux comme sils navaient pas été coupables. Nous ne pensons pas que le Roi de Naples se rende si facilement à des exigences si manifestement injustes. Toujours est-il que le Roi de Naples continue à se conduire comme un roi qui est maître chez lui ; il fait construire un port dans lintérieur des terres, et des navires qui le mettront à labri dun coup de main de la part des anglais. En outre il met en état de défendre les côtes de la Sicile pour être prêt à tout événement. Ce Roi, vraiment Bourbon, peut faire toutes ces dépenses, car ses finances sont des plus prospères et lui ont fourni le moyen de venir au secours des populations qui ont été victimes des tremblements de terre dans la partie sud de ses Etats de terre ferme, où des milliers de personnes ont péri et où pas un édifice nest resté debout.
    Pour les autres Etats de lItalie, ils jouissent de la plus grande tranquillité et en profitent pour se mettre en garde contre les conspirations qui pourraient venir les troubler, comme celle qui eut lieu en Juillet 1856, qui vint troubler Gênes, Naples, Livourne, et avorta contre les prévisions de Mazzini qui en était linstigateur et qui est lhôte de lAngleterre. Cette puissance se sert de pareils suppôts pour exciter des troubles, et elle trouve ainsi loccasion de simmiscer dans les affaires des autres Etats, sous le prétexte dy apporter la paix.
    LAutriche continue daméliorer le sort des peuples qui composent son empire. Nous navons rien à dire des autres Etats de lAllemagne, si ce nest que le conflit soulevé entre le Danemarck pour ses deux duchés et la Diète de Francfort, est toujours pendant.
    La Turquie trace des plans damélioration et de civilisation sans en réaliser aucun, et senfonce toujours dans le gouffre des dettes, par ses folles dépenses et la rapacité de ses gouverneurs. Dernièrement elle a failli soulever les grandes puissances contre elle, à cause de son attaque contre le Monténégro, petit Etat indépendant et limitrophe des possessions autrichiennes. Ses troupes ont été battues par ces vaillants montagnards ; et enfin elle a consenti à entrer dans les vues des puissances. Sans cette concession, les Conférences de Paris auraient pu manquer et la guerre recommencer.
    Si nous passons en Amérique, nous y voyons des républiques, démembrements de lempire Mexico-Espagnol, toujours agitées, leurs Présidents se culbutant les uns les autres. Lon doit cependant en excepter le Pérou qui conserve sa paix parce quil a su conserver ses traditions catholiques, et le Brésil dont les habitants sont trop indolents pour faire des révolutions. Dailleurs cet empire a toujours la forme monarchique.
    Quant aux Etats-Unis, ils sagrandissent toujours, et sous le rapport du territoire & sous le rapport du commerce où ses habitants napportent pas toujours une grande bonne foi : car cette année, et leurs banquiers & leurs négociants ont suspendu leurs paiements et ont fini par des faillites qui en ont amené de très nombreuses, soit en Angleterre, soit en Allemagne, soit dans le nord de lEurope. La France a eu peu à souffrir de cette crise, parce quelle avait peu dintérêts engagés avec lAmérique.
    De cette crise est sortie une défiance dans les transactions et une atonie dans le commerce, et lon ne sait quand le négoce sortira de cette langueur, qui ne vient pas du manque dargent, car il abonde sur les places. Après ces faillites, lune des familles américaines se félicitait de ce que son pays avait payé ses dettes sans rien débourser ; ce qui veut dire que les Américains ont fait des faillites frauduleuses en dépouillant les autres pays.
    Les Etats-Unis ont fini par se fatiguer de la résistance des Mormons, et de la honte qui rejaillissait sur le gouvernement de la tolérance de pareils sectaires sur son territoire, et ont envoyé une armée contre eux afin de les soumettre. Cette expédition était un peu compromise par la mauvaise saison et par les embarras que lui suscitaient les Mormons en soulevant les tribus sauvages contre le gouvernement fédéral, et en se mettant en état de défense pour ne pas subir le joug des Américains.
    Nous avons laissé lAngleterre à dessein, parce que ce qui se passe chez nos voisins doutre-manche touche à presque toutes les parties de lunivers. Revenus vainqueurs de la Crimée, non sans le secours de la France, qui les a humiliés en les sauvant, parce quelle a montré leur faiblesse et a fait voir à ceux qui ont des yeux que le prestige de puissance dont elle jouissait est sans fondement, les Anglais se sont mis à fortifier les places fortes qui gardent la mer du côté de la France. Pendant ce temps les honorables Directeurs de la Compagnie des Indes se sont adjugé contre tout droit le royaume dOude, dont le souverain vivait encore avec de nombreux héritiers. Pendant que la Reine dOude venait en Angleterre avec ses enfants et parents réclamer la restitution de ses Etats, il sest élevé dans le nord de lInde le plus formidable soulèvement contre la domination anglaise. Les généraux et officiers anglais ont été massacrés par les Cipayes quils commandaient. Quelques familles anglaises ont aussi trouvé la mort au milieu de cette révolte. Des villes bien fortifiées et bien fournies darmes & de munitions ont été occupées par ces prétendus rebelles qui ne cherchent quà recouvrer leur ancienne patrie en la délivrant du joug de John-Bull. Les Anglais ont gagné batailles sur batailles, repris des places fortes, tué des milliers & des milliers dennemis, pris des centaines et des centaines de canons, et voilà que les ennemis sont toujours en force, tenant la campagne, tandis que leurs adversaires occupent des villes désertes quils ne peuvent quitter sans rencontrer des ennemis. Voici la saison des chaleurs, fatale aux Anglais & favorable aux Indiens. Quarrivera-t-il de tout cela ? Lavenir nous le dira. Pendant ce soulèvement de lInde, les Anglais se mettent à guerroyer contre la Chine de concert avec les Français. Ils ont pris Canton dont ils sont maintenant embarrassés ainsi que des Français qui les empêchent davoir leurs coudées franches en semparant de ports à leur convenance. Les Français avaient dans cette guerre un but plus honorable et un motif plus désintéressé. Il sagit pour eux de demander à cette Chine orgueilleuse compte du sang des missionnaires massacrés. Pendant que lAngleterre sest battue en pure perte en Chine, les Russes ont été plus habiles en semparant de lembouchure de lAmour, sur les rives duquel ils ont bâti une ville, construit un port et continuent de sétendre vers lorient, tout en améliorant leur état intérieur par la construction de Chemins de fer et par la liberté qui sera, dans un avenir prochain, rendue à ses nombreux serfs.
    LAngleterre na pas encore vidé sa querelle avec le roi de Naples qui nest pas en mauvais termes avec notre Empereur, puisquil lui a fait demander sil agréerait son envoyé pour le complimenter sur lattentat auquel il a échappé si providentiellement. Notre souverain a eu pour agréable ce procédé, comme le roi de Naples avait agréé le compliment de graticulation de Napoléon au sujet de lattentat qui avait eu lieu de la part dun des militaires de larmée contre la personne du premier.
    Les anglais viennent encore de se faire de mauvaises affaires avec les Etats-Unis en visitant sans droit les navires de ceux-ci, qui sauront bien mettre les Anglais à leur place. Cependant les Anglais ne discontinuent pas de fortifier leurs côtes ; car la prospérité de la France & lhabileté de son chef les épouvantent.
    Nous apprenons aujourdhui que le parti de lordre prend le dessus aux Mexique, et que la Suisse saméliore peu à peu sous le rapport religieux.
    En nous recommandant à vos prières, nous avons lhonneur dêtre avec le plus profond respect,

    NosSeigneurs & Messieurs,

    Vos très humbles & obéissants serviteurs :

    P.S. Laffaire du navire le Cagliari vient dêtre terminée, comme le Voyageur termine son affaire avec le brigand qui lui demande la bourse ou la vie. Cest une honte pour lAngleterre.






    ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------







    Lettre commune de 1858 sur les affaires de notre congrégation.

    Paris

    NosSeigneurs et Messieurs,

    Nous avons reçu cette année des lettres de toutes nos Missions. Elles contiennent, comme toujours, de bonnes et de mauvaises nouvelles ; en voici le résumé.

    Mission de Pondichéry.

    Rien dextraordinaire ne nous a été signalé dans ladministration de cette mission. Mgr de Drusipare se préoccupe toujours daugmenter le nombre de ses églises ; il y en a en ce moment 17 en voie de construction. Le chiffre des Baptêmes est en progrès : il sélève pour les adultes à 518, et à 2096 pour les enfants dinfidèles en danger de mort. Le nombre des enfants rachetés est de 35, celui des adoptés de 42 et celui des élèves de 95. Une partie de ces enfants ont été placés dans les deux orphelinats de Pondichéry et ceux de Karikal et de Vellore ; les autres, en plus grand nombre, restent dans la maison maternelle ou se trouvent chez des parents qui les élèvent comme leurs propres enfants, moyennant un secours mensuel ou annuel provenant de la Sainte-Enfance. Là ils sont formés au travail, et plus tard on les mariera dans des familles chrétiennes.
    « Jai déjà donné les raisons qui nous portent à croire que cest là le mode le plus avantageux, dans ce pays, pour laccroissement de la religion par la Sainte-Enfance, dit Mgr de Drusipar, cela tient aux murs & aux usages de lInde. »
    Dans une lettre adressée à Mgr le Président de la Sainte Enfance, le même prélat développe avec une certaine étendue une pensée qui lui semble devoir être féconde en heureux résultats. Il ne sagit de rien moins que de saper le paganisme par sa base, et linstrument dont il désire se servir nest autre que la Sainte-Enfance elle-même. Il établirait, avec les fonds de luvre, dans chaque chrétienté qui présenterait des chances de succès, des écoles primaires gratuites pour les enfants chrétiens, mais qui seraient en même temps ouvertes aux enfants païens. Or, lexpérience du passé, et ce qui se pratique encore aujourdhui ne permet pas de douter que ces derniers ny vinssent en grand nombre, surtout si on y enseignait les choses nécessaires pour obtenir un emploi dans le Gouvernement. Les maîtres de ces écoles, formés dans un établissement spécial qui est déjà commencé, et pourvus de toutes les qualités dinstituteurs religieux et capables, donneraient un soin tout particulier à linstruction religieuse des enfants chrétiens, dont les enfants païens ne pourraient manquer de profiter, puisquelle se ferait en leur présence. Quels en seront les résultats ? Mgr de Drusipar va nous lapprendre : « Leurs jeunes curs non encore flétris par les passions, ou pervertis par lintérêt matériel, recevront ainsi chaque jour des impressions qui se traduiront un jour en faits de conversion. Ceci nest pas une utopie ; je ne dis que ce qui se passe continuellement. Presque toutes nos petites écoles comptent un nombre plus ou moins grand denfants païens. Dautres écoles, tenues par des Chrétiens en comptent également. Les élèves qui en sortent montrent en général de bonnes dispositions pour le Christianisme pour peu que les maîtres aient mis de zèle à leur en inspirer. A lavenir les maîtres étant plus sous la dépendance des Missionnaires, et recevant deux une direction plus précise vers le but dont je parle, ils ne manqueront pas dy tendre plus uniformément, et lon ne peut douter quils ny parviennent. » Ces écoles auraient encore limmense avantage dempêcher ces enfants daller échanger absurdités du paganisme contre les erreurs du protestantisme dont les écoles leur seraient ouvertes.
    Le Conseil de la Sainte Enfance nayant point encore tenu sa séance annuelle pour la répartition des fonds de luvre, nous ne saurons que plus tard si la demande de Mgr de Drusipare a été prise en considération.

    Mission de Coimbatour.

    Mgr de Drusipare a pourvu aux besoins spirituels de cette Mission, en la confiant à Mgr Godelle, supérieur de son grand séminaire. Le nouveau prélat Evêque de Thermopyle, est en même temps Coadjuteur de Pondichéry et administrateur du Coimbatour. Des difficultés de plus dun genre lattendent au début de sa nouvelle carrière. La mort et les maladies ont laissé dans les rangs de ses Missionnaires des vides très regrettables, et 12,000 roupies, qui formaient toutes les avances de la Mission, ont été absorbées par létablissement dun couvent de religieuses européennes aux Nilghuéries, sur lequel on avait fondé de grandes espérances, et qui na pas réussi. Il est vrai que tout nest pas perdu puisque la maison existe et quil sera peut-être possible de la vendre plus tard. Mais en attendant, la Mission aura à souffrir : car 25,000 roupies seraient à peine suffisantes pour achever les églises déjà commencées et bâtir celles qui sont durgence. En outre, la plupart des chrétientés nont pas une petite maison à offrir au Missionnaire qui vient leur administrer les sacrements. « Jai visité dernièrement le district de Mr LeFeuvre, nous dit Mgr Godelle ; nulle part il ny a de maison pour le prêtre ; les églises sont on ne peut plus misérables ; et tous les districts se ressemblent sous ce rapport. »
    Le tableau dadministration présente 54 baptêmes dadultes, et 232 denfants dinfidèles en danger de mort.

    Mission du Mayssour.

    « Cette année a été une suite dépreuves, nous dit Mgr Chabonneaux : deux Missionnaires morts du Choléra et cinq autres tombés dangereusement malades, ont privé de leur visite annuelle cinq ou six chrétientés.
    Le Protestantisme multiplie plus que jamais ses écoles.
    Les Chemins de fer, les lignes télégraphiques-électriques et un établissement nouveau pour le travail des routes, des étangs, etc., requéraient une foules demployés, soit descendants dEuropéens, soit indigènes. Tous couraient donc à ces écoles corruptrices pour recevoir linstruction nécessaire à ces différents genres demplois.
    « Depuis longtemps les Catholiques Européens nous suppliaient douvrir une école un peu supérieure pour leurs enfants : jai cru devoir entreprendre cette bonne uvre, et maintenant nous avons une école dune quinzaine denfants irlandais. Ils habitent dans une aile que nous avons fait ajouter à notre séminaire indigène. Nos séminaristes Indiens apprennent tous lAnglais, et les Irlandais apprennent les langues indigènes avec eux. Mais les bâtiments ne suffisent plus. De tous côtés on nous offre des enfants qui nauraient pas le moyen de payer la pension du Collège colonial de Pondichéry ou de Nagapatam. Je vais donc être obligé de bâtir de nouveau et de prendre de nouveaux maîtres. Les dépenses seront considérables ; mais elles seront compensés par lavantage de pouvoir élever au sacerdoce quelques descendants dIrlandais, et de préserver nos chers Indiens chrétiens du danger de tomber dans le Protestantisme ou dans une extrême pauvreté inévitable pour eux sans cette éducation catholique. »

    Mission du Thibet

    MM. Bernard et Desgodins ayant perdu tout espoir dobtenir lautorisation, plusieurs fois promise, mais jamais accordée, de passer sur les terres du Raja de Si-Kim pour se rendre au Thibet qui en est limitrophe, se sont décidés à essayer la voie des Hymalayas quon leur avait dit être facile. Ils se rendirent dabord à Agra, et reçurent un excellent accueil de la part de Mgr Persico, vicaire apostolique de cette Mission, avec la promesse de leur faciliter lentrée du Ladak qui est sous sa juridiction. Mais tandis quils jouissaient des douceurs de la plus cordiale hospitalité, les Cipayes (soldats indiens) semparèrent dAgra quils pillèrent et livrèrent aux flammes. Nos chers Confrères restèrent enfermés dans la forteresse avec Mgr Persico et les autres Européens pendant près de 6 mois. Agra ayant alors été délivré, MM. Bernard et Desgodins se mirent en route pour Simlak, station de lHimalaya où ils arrivèrent sans difficulté. Mais ils ne furent pas toujours aussi heureux : « La route à travers les Hymalayas, nous dit Mr Bernard, est une succession continuelle dimmenses abîmes au fond desquels on se trouve un moment pour commencer immédiatement une nouvelle ascension de plusieurs milliers de pieds, sautant dune rocher sur lautre au risque de se précipiter vingt fois par jour, souvent sur des pierres glissantes, couvertes quelles sont de neiges glacées. » Après bien des fatigues, nos chers Confrères arrivèrent à Chini, à quatre-vingts lieues dans lintérieur des Hymalayas, où ; contrairement à ce quon leur avait fait espérer, ils ne trouvèrent aucun thibétain. Parfaitement accueillis par le raja et les habitants de cette petite ville, ils y ont passé lhiver en attendant la fonte des neiges qui rendent les routes impraticables pendant quatre mois de lannée. Ils nous ont écrit plusieurs lettres fort intéressantes sur leur voyage et leur séjour à Chini. La dernière de ces lettres porte la date du 20 avril. Ils venaient de recevoir la nouvelle de la nomination de Mgr Thomine au vicariat apostolique du Thibet, et de la disposition où il était de ne pas les laisser plus longtemps perdre le fruit de leurs efforts dans des tentatives sans résultats du côté de lInde. Disposés, comme ils le disent eux-mêmes, à obéir au moindre signe de la volonté de leurs supérieurs, ils se sont néanmoins crus autorisés par les circonstances à différer de se rendre aux désirs de Mgr Thomine jusquà ce quil puisse juger en connaissance de cause. « Nous sommes, nous dit Mr Bernard, dans un pays où, suivant toutes les apparences, on ne peut nous inquiéter, je dirai plus, dans un pays ami ; un pays dont le raja ou roi mécrit des lettres aussi soumises quil le ferait au gouverneur général des Indes ; dans un pays où nous pouvons vivre au milieu de populations toutes thibétaines, où nous pouvons, chaque jour presque, aller en nous promenant jusquà la frontière du Thibet sans que personne nous demande où nous allons. Je parle ici de la position que nous nous proposons doccuper immédiatement, et qui se trouve à huit journées de Chini où nous sommes encore, mais que nous allons quitter immédiatement. Apparemment il ne nous sera pas possible de passer immédiatement la frontière, mais nous pourrons bâtir, du moins cest mon impression actuelle, notre hutte sur ce côté-ci du ruisseau. Nous serons en pays tout thibétain ; nous pourrons nous procurer au moins des enfants, à défaut de quelque chose de mieux. »
    Quant à MM. Renou et Fage, ils ne sont pas restés inactifs dans la vallée quils ont choisie pour en faire le centre de leurs opérations. « En arrivant à Bonga, nous dit Mr Fage, nous avions tout à faire : immenses forêts à abattre, terres délaissées depuis longues années à défricher, maison à bâtir, habitants à chercher et à nourrir du moins durant la première année. Or, comme vous le savez fort bien, nos ressources nétaient pas considérables, nos allocations ne nous arrivaient que fort tard, et considérablement rognées par les frais des voyages des courriers qui nous les apportaient. Dans notre détresse, Mgr de Sinite et Mgr de Sébastopolis nous ont avancé une certaine somme que nous leur rendrons lorsque nous serons plus riches. Avec ce secours nous avons pu poursuivre nos plans, et nous voilà aujourdhui logés dans une belle maison chinoise suffisante pour quatre Missionnaires et une vingtaine délèves. Nos terres cultivées sont déjà considérables, et nous espérons les augmenter encore dans le courant de lannée prochaine.
    Le jour de la Purification de Marie, leau sainte a coulé sur la tête des Thibétains ; le nombre de nos nouveaux baptisés sélève à 5, et nous avons lieu despérer quil sera doublé avant la fin de lannée.
    Nos huit enfants, rachetés de lesclavage, nous donnent beaucoup de contentement, et nous trouvons en eux un efficace allègement à nos peines. »
    Ecoutons maintenant M. Renou : « Ayant, dit-il, commencé notre uvre sous la forme dune colonie agricole, ainsi que le permettait le terrain que nous avons loué, lautorité nen a pris aucun ombrage. La manière douce dont nous agissons envers ces pauvres enfants, qui, partout ailleurs, sont si maltraités, et sous le rapport physique et sous le rapport moral, linstruction que nous avons commencé à leur donner, et dont ils profitent très-bien, étonne, il est vrai, mais en bonne part. Que denfants voudraient tomber entre nos mains ! Pauvres petits, à peine couverts de quelques haillons, ne recevant de leurs parents ou de leurs maîtres quune nourriture à peine suffisante pour les empêcher de mourir
    «Quant à ceux que nous avons réunis autour de nous, il ny en a pas un seul qui ne soit content de son sort. Tous prient, étudient, font leur petit travail manuel avec joie, apprenant à connaître le Dieu qui les a crées, à laimer, eux qui, il y a quelques mois, nen avaient jamais entendu parler. »
    Deux mesures fort importantes sont venues augmenter les chances de succès de ces heureux commencements. Mgr Desflèches, autorisé à donner un vicaire apostolique à la mission du Thibet, a fait choix de Mgr Thomine quil a sacré sous le titre dEvêque de Sinope ; et, comprenant tout ce quil y avait dinsuffisant dans cette première mesure, il sest entendu avec Mgr de Maxula pour ladjonction provisoire des chrétientés du Sut-Chuen, les plus rapprochées du Thibet, au vicariat apostolique de Mgr Thomine. Rome sest empressée de confirmer cet arrangement qui fournit au nouveau prélat un pied à terre assuré, et tous les éléments nécessaires au succès de sa difficile mission, tels que courriers, catéchistes, prêtres indigènes, familles chrétiennes transportables où besoin sera, et qui deviendront plus tard les noyaux de nouvelles Chrétientés.

    Sut-Chuen.

    Daprès larrangement que nous venons de mentionner, cette province se trouvera divisée entre trois Evêques à peu près dans les proportions suivantes, que Mgr Desflèches nous a fait connaître. Mgr de Maxuta, vicaire apostolique du Sut-Chuen septentrio-occidental, aura environ 29 mille chrétiens. Mgr Desflèches vicaire apostolique du Sut-Chuen méridio oriental 21 mille, et Mgr Thomine 8 à 9 mille, qui feront retour à ce dernier vicariat quand le Thibet pourra se suffire à lui-même. Quand cette division aura été effectuée, chacun de ces prélats rendra compte du résultat de son administration. Cest encore Mgr de Maxula qui nous a fait connaître ceux de toute la mission pendant lannée dernière. Le nombre des adultes baptisés est de 592 et celui des enfants dinfidèles in articulo mortis de 174,444.
    « Le bon Dieu conserve en paix la province du Sut-Chuen, nous dit Mgr de Maxula. Il y a quelques mois deux séditions ont éclaté dans la partie orientale. Elles ont été promptement comprimées ; la tranquillité règne partout. »
    En novembre, trois mandarins ont cruellement fait frapper des Chrétiens pour les faire apostasier ; aucun na faibli. Nous trouvons dans une lettre de Mgr Vinçot les détails de leurs supplices : « Dix ont été battus ; les uns ont reçu 500 soufflets, les autres 1800, et en outre 40 coups de bâton qui ont mis leur chair en lambeaux. Six ont été après cela chargés dun cangue de 80 livres pesant et un autre a été revêtu dune chemise de bois qui lui descendait jusquaux genoux et ne lui permettait pas de sasseoir, ni de se coucher. Deux planches à échancrure ovale, clonées à louverture supérieure de la chemise, lui serraient fortement le cou. Pendant la nuit deux fortes planches se fermant en forme de tenailles, leur tenaient les pieds assujettis et ne leur permettaient pas de se remuer. »

    Yun-Nan.

    Les Mahométans, nombreux dans la partie du sud-ouest continuent leur uvre dextermination. Quiconque nest pas mahométan est impitoyablement massacré. Mgr Ponsot nous dit quon ne peut guère estimer à moins de 500 000 le nom des victimes de cette affreuse révolution. Les Chinois ont été tellement glacés par la peur quils nont opposé jusquici quune faible résistance. Cependant la grande supériorité de leur nombre finira par triompher de leurs cruels ennemis quils extermineront sans doute jusquau dernier. Nous avons eu pendant longtemps des craintes très sérieuses au sujet de Mgr Chauveau et de Mr Leguilcher qui sont sur les lieux de ces terribles luttes, mais des nouvelles venues récemment du Yun-Nan, et une petite lettre de Mr LeGulicher portant la date du 11 Septembre 1857, ont dissipé nos appréhensions pour le passé. Quant à lavenir, il ne se présente pas encore sous un aspect fort rassurant. Voici ce que nous dit Mr LeGuilcher : « Je nen puis plus de fatigue. Déjà jai fui trois fois devant les Mahométans ; je me prépare à déguerpir une quatrième fois. Depuis sept mois je suis occupé jour et nuit à visiter nos chers malades. Dans ce laps de temps il en est mort cent dans mon district qui ne compte pas mille chrétiens. Le bon Dieu nous envoie tous les genres dépreuves à la fois : cest sans doute parce quil nous aime beaucoup. Aussi espérons-nous de sa bonté quil voudra bien ensuite nous rendre une paix nécessaire et ardemment désirée. Au milieu de toutes mes afflictions, jai été consolé davoir cette année près de cent nouveaux catéchumènes, un peu moins quil nen faut pour combler les vides que la mort a faits dans nos rangs ; mais nous en aurons encore beaucoup dautres cette année. »
    La partie du Yun-Nan où réside Mgr Ponsot na pas été soumise à ces dures épreuves ; ladministration sy est faite comme à lordinaire. Le chiffre des baptêmes est, pour les adultes, de 249, et pour les enfants dinfidèles in articulo mortis, de 15741, indépendamment dune cinquantaine denfants qui sont élevés. En 1856, le Yu-Nan navait encore que 6597 baptêmes denfants dinfidèles in articulo mortis. Lan dernier il en présentait 10 000, et cette année il nous en annonce 15741. Le chiffre des baptiseurs, tant hommes que femmes, dépasse deux cent, nous dit Mgr Ponsot.

    Mission du Koui-tchéou.

    Mr Perny, de concert avec ses confrères du Koui-tchéou, a jugé à propos de venir en France pour expliquer son plan dadministration et obtenir les moyens de le réaliser, cest-à-dire , des Missionnaires et des secours pécuniaires. Nous ferons tout notre possible pour favoriser les projets de ce cher confrère, sans préjudice toutefois pour les besoins de nos autres missions. Voici les principaux points sur lesquels Mr Perny appelle lattention des Conseils de la Propagation de la Foi, de la Sainte-Enfance, et la nôtre. « Tous ceux qui connaissent la langue chinoise, dit-il, savent combien son étude est longue et combien elle est un obstacle à la propagation de la Foi. Les maîtres chinois nenseignent que les lettres. Sans écoles religieuses, nos chrétiens tombent bien vite dans lignorance. Pour former nos Magistres, nous avons ouvert une école normale. Mais, faute de secours, et surtout de confrères, elle est restée en germe. Il en est de même pour lécole des vierges chinoises que nous chargerons de léducation des filles.
    « Une autre uvre qui surpasse toutes les autres, est celle de notre clergé indigène. Nous nattendons plus que des secours pour édifier notre grand séminaire. Nous avons 4 élèves en théologie et huit en philosophie. La formation de notre grand séminaire est donc fort urgente. »
    Mr. Perny a adressé un mémoire particulier au Conseil de la Sainte-Enfance. Luvre est susceptible de grands développements et dexcellents résultats dans le Koui-tchéou, puisque le tiers de la province nest pas encore exploré par les baptiseurs, et que déjà le chiffre des baptêmes sest élevé à 30,553. Pour lui donner plus dextension, trois choses sont nécessaires : 1° augmenter le nombre des baptiseurs ; 2° établir annuellement cinq à six pharmacies ; 3° établir lasile de la capitale du Koui-tchéou avec les trois divisions quil comporte : 1re division, les enfants depuis lâge le plus tendre jusquà 6 ans ; 2e division, ceux de 6 ans et au dessus ; et 3e division les sourds-muets.
    Mr. Perny a commencé à consigner, dans un journal mensuel, tous les évènements religieux de la mission. Le nombre des adultes baptisés est de 300. Le vicaire apostolique nest pas encore nommé.

    Mission du Quang-tong.

    Mgr de Guillemin était allé faire une visite à la famille de notre glorieux martyre, M. Chapdelaine, et hâtait les préparatifs de son retour dans sa mission, heureux de penser quil naurait plus à lutter contre les inconvénients dune double juridiction, Quand, à sa grande surprise, il apprit, par la voie des journaux, quun concordat, ruineux pour beaucoup de missions et pour la sienne en particulier, avait eu lieu entre le Portugal et le saint-siège, le 2 février 1857, cest-à-dire, peu de jours après que le Saint-Père lui-même avait imposé les mains, et que quatre mois après cette date, les ratifications devaient être échangées à Lisbonne. Daprès un des articles de ce concordat, la province de Quang-tong, Hay-nan et toutes les autres îles adjacentes, excepté Hong-Kong qui continuerait dêtre administré par la Propagande, appartiendraient exclusivement à lEvêché de Macao, un an après la ratification de ce même concordat, et cela, en vertu du patronat de la couronne portugaise, reconnu par le Saint-Siège. La province du Quang-si, arrosée récemment par le sang de trois martyrs, mais où tout est à fonder puisquil ny a pas même une seule chrétienté, restait seule à Mgr Guillemin. Sa Grandeur sempressa dexprimer sa surprise et sa douleur au Saint-Père et à Son Eminence le Cardinal Barnabo, en leur peignant sous les couleurs les plus vives les malheurs qui résulteraient pour la Religion dun pareil concordat. Nos confrères de la Malaisie et de lInde écrivirent dans le même sens au Saint-Siège. Aux premiers, il ne devait rester que Pinang, et aux seconds que les possessions françaises, vu quil était formellement déclaré dans lannexe B que le territoire du patronat de la couronne de Portugal dans les Indes, comprendrait tous les pays soumis médiatement ou immédiatement au Gouvernement Britannique.
    Quelle fut la réponse de Rome aux lettres de ces Prélats et de tous les autres intéressés dans cette grande affaire ? Une circulaire du 4 Juin, écrite au nom du Saint-Père, va nous lapprendre :

    (suit un texte en latin)

    Pour ce qui nous concerne, bien que nous neussions point été mis au courant de la correspondance échangée entre nos Vicaires apostoliques (celle de Mgr Guillemin exceptée) et le Saint Siège, voyant que les choses tramaient en longueur, et désirant vivement aider ces Prélats à sauvegarder les intérêts de la Religion et ceux de notre Société gravement menacés, nous députâmes notre cher confrère M. Albrand à Rome. Le Concordat, cette uvre de la politique du Cardinal Antonelli, y était déjà apprécié à sa juste valeur, de sorte que les raisons que M. Albrand put donner de vive voix ou par écrit, pour en démontrer les inconvénients, ne durent servir quà confirmer une résolution, déjà prise, de chercher les moyens de dégager une parole donnée, chose fort difficile, et quil faut attendre du temps et des circonstances. En attendant, le Saint-Père se contente de dire, dans sa circulaire précitée du 4 Juin, adressée à tous les vicaires apostoliques des Indes intéressées dans cette affaire :

    (suit un texte en latin)

    Quel ne sera pas le désappointement des prêtres Indo-Portugais à la réception de cette circulaire, eux pour qui la publication du Concordat du 2 février avait été un véritable triomphe, qui lavaient traduit en langue vulgaire et répandu à profusion, en affirmant quil avait été ratifié, et témoignant leur impatience de le voir mettre à exécution ?
    Pour ce qui est de nos vicaires apostoliques, rassurés par des engagements si solennels, ils continueront avec leur zèle accoutumé à donner tous leurs soins au troupeau qui leur est confié, selon la recommandation que leur en a faite le Prince des Pasteurs : (suit un texte en latin)

    Quant à Mgr Guillemin, il va sempresser de retourner à son poste pour faire, à la voix du successeur de Pierre, ce quil fit lui-même à la voix de son divin Maître, in verbo autem tuo laxabo rete.
    Les événements qui ont eu lieu à Canton, et ceux qui se préparent encore, peuvent amener dheureux résultats pour le bien de la Religion. Déjà les chefs de lexpédition française ont eu la pensée de bâtir dans cette ville une église Catholique capable de faire honneur à la Religion et au nom français.

    Mission de la Mandchourie.

    Les poursuites dirigées contre Mgr Verrolles, lui firent prendre le parti de se retirer à Chang-haï. Il nous apprend, par sa lettre du 22 février dernier, quil est de retour dans sa mission depuis le 8 Septembre : « La persécution qui mavait forcé de finir sétait apaisée, nous dit Sa Grandeur. Les visites des Mandarins ont constaté que Notre Dame des Neiges était tout-à-fait légale. Sa forme de croix ? Mais cest tout naturel, se sont-ils dit ; les Chrétiens nadorent-ils pas la croix ? Ils se sont convaincus que ses murs ne recelaient dans leurs flancs aucune armée et quil ny avait point darsenal magique. Depuis longtemps en ce pays je passe en effet pour mélever dans le vide, et filer tout joliment à travers les airs, à volonté. »
    MM. Mesnard et Franclet, dénoncés aux mandarins comme coupables de magie, de conspiration etc., etc., ont eu à subir pendant longtemps des visites domiciliaires, des interrogatoires et des investigations absurdes ; après quoi ils ont été retenus chez le mandarin comme prisonniers, sans cependant être soumis à aucun mauvais traitement. Au bout dun certain temps ils furent conduits à Chang-haï avec les égards convenables, et délivrés entre les mains de M. de Montigny, Consul de France. Ils nattendent lun et lautre que la première occasion de retourner à leur poste. Ils ont en toute occasion parlé de Dieu et de la Religion aux païens avec une liberté tout apostolique.
    Mgr Verrolles persiste dans son projet denvoyer deux Missionnaires à Nicolaïef, ville nouvellement fondée par les Russes à lembouchure de lAmour-Saghalien° « Ce sera, dit ce Prélat, le centre du commerce de tous ces pays du Nord-Est, et un point de départ et de ralliement pour lévangélisation de nos sauvages longs poils et peaux de poisson. » Mgr Verrolles craint un peu que lintolérance russe ne mette obstacle à laccomplissement de son dessein.
    Le tableau dadministration porte 15 baptêmes dadultes et 860 denfants dinfidèles in articulo mortis.

    Mission de la Corée.

    « Cette année a été entre toutes une armée de bénédictions pour cette chère Corée ; cest Mgr Berneux qui parle ainsi. Aucune arrestation nest venue nous contrister : des neuf Confesseurs saisis lannée dernière, deux ont été exilés ; les autres, après cinq ou six mois de prison et divers supplices, ont été relâchés. Cette indulgence inaccoutumée du Gouvernement envers les Chrétiens, donne un nouveau courage aux néophytes et dispose les païens à se convertir. Dieu veuille nous continuer cette paix. Un événement récent fait craindre quelle ne dure pas, et pressentir de nouveaux orages ; cest la mort de la Reine-mère. « Cette femme, qui jouissait dune grande autorité dans le royaume, sest opposée plus dune fois aux mauvais desseins des ennemis de notre sainte Religion ; si, maintenant quelle est morte, ils arrivent au pouvoir, la persécution ne se fera pas attendre : ce sera alors une affreuse boucherie, car les Chrétiens sont connus partout. Je rends grâces au seigneur de la paix quil nous accorde ; mais sil entrait dans ses desseins que nous eussions encore la guerre, ne désirant que laccomplissement de sa sainte volonté, nous crierions vive la guerre ! »
    Parmi les autres excellentes nouvelles que nous donne encore Mgr Berneux dans sa lettre du 11 Novembre 1857, se trouve celle du sacre de Mgr Daveluy quil a choisi pour son Coadjuteur. Il porte le titre dEvêque dAcônes. Ce Prélat, qui a fait une étude toute particulière du Coréen, vient de terminer un Dictionnaire Coréano-Sinico-français, et soccupe très activement à recueillir les documents qui concernent les martyrs de la Corée a principio, travail aussi difficile quimportant. Lentrée de M. Féron en Corée, sans être attendu, est un événement tout providentiel et presque miraculeux.
    Citons encore Mgr. Berneux : « Nos Chrétiens, pleins dune bonne volonté admirable, font pour sinstruire des efforts qui dépassent tout ce que je pouvais attendre, la ferveur augmente, et ce mouvement paraît se communiquer aux Païens. Cest à nous à entretenir et augmenter ces heureuses dispositions qui sont leffet de la grâce, en leur procurant les moyens de recevoir les sacrements dont ils sont saintement avides. Cette terre de Corée ne demande quà produire ; mais il faut des bras pour y jeter la divine semence et la cultiver, et ces bras nous manquent encore. » Quelle ne sera pas la joie de ce Prélat quand il verra arriver MM. Landre et Johannot que nous lui avons destinés !
    « Chrétiens et Missionnaires sont contents, nous dit M. Féron. Le nombre des Catéchumènes est tel que Sa Grandeur ne peut plus sen rendre compte ; et cependant nous navons que 500 baptêmes dadultes (Le tableau dadministration en porte 518) cette année, doù vous pouvez de la sévérité quon met à les admettre. »
    Le nombre des enfants dinfidèles baptisés en danger de mort est de 804, et celui des orphelins élevés pour le compte de la Ste Enfance de 60.

    Mission du Japon.

    Dans une lettre du 12 Avril dernier, Mr. Libois nous dit : « M. Mermet, qui doit aller au Japon avec M. le Baron Gros, ne sait encore quand il partira dici. Nous attendons pour voir quelle tournure prendront les affaires de Chine. » En attendant, ce cher Confrère continue ses travaux sur la langue japonaise ; il met la dernière main à un dictionnaire Japonais-Français qui aura environ 15,000 mots, prépare une grammaire et plusieurs autres ouvrages.
    De leur côté MM. Girard, Monnicou et Furet, qui sont à Lou-tchou, se préparent par létude du Japonais à profiter des occasions qui leur ouvriront les portes de leur chère mission. LAmiral Rigault, en partant pour le Nord-Est de la Chine, a promis à M. Libois de faire passer par Lou-tchou au retour un des navires qui doivent aller au Japon, après que laffaire de Chine sera terminée, pour prendre celui ou ceux de nos chers Confrères qui auront été désignés pour aller au Japon, et il a bon espoir quils y seront reçus. Voici ce que M. Libois nous écrivait à ce sujet le 28 Janvier dernier : « La nouvelle rapportée par un navire hollandais que le Japon vient douvrir ses portes de lui-même aux Européens ; le traité fort avantageux conclu dernièrement par lAmiral Russe avec cet empire, tout nous fait espérer que cette mission ne tardera pas à souvrir, surtout lorsque les Français et les Anglais sy présenteront avec les forces quils ont ici. Lou-tchou suivra évidemment la même ligne de conduite que le Japon.
    Mais ce ne serait pas assez pour nos chers Confrères de pouvoir résider au Japon et dy être traités avec toute espèce dégards, il faut encore quils puissent y prêcher la religion et remplir toutes les fonctions de leur ministère. Si on ne stipule rien à ce sujet dans le traité de commerce que la France veut conclure avec le Japon, nos chers Confrères pourraient bien ne pas y être dans de meilleures conditions que les trois qui sont actuellement à Lou-tchou. On leur prodigue des marques de bienveillance ; on leur donne de bons maîtres pour apprendre la langue ; ils reçoivent des présents des ministres et des invitations à dîner ; mais ils sont tellement surveillés par la police quils ne peuvent avoir le moindre rapport avec les indigènes qui fuient à leur approche pour ne pas encourir les peines sévères dont ils sont menacés.

    Mission de la Cochinchine Occidentale.

    « Pendant lannée qui vient de sécouler, nous dit Mgr Lefebvre, nous avons joui dun peu plus de calme que les autres missions de Cochinchine. Seulement vers la fin de lannée jai été dénoncé, ainsi que le petit Séminaire où je résidais, par plusieurs lettres anonymes semées jusque sous les yeux des mandarins. Cela ma obligé de disperser une partie des élèves, et moi-même jai été pourchassé de retraite en retraite, jusquà ce que jaie cherché un refuge plus sûr dans une province éloignée où je suis encore loin de jouir dune sécurité parfaite : car une nouvelle complication vient de sajouter à la première. Deux hommes que jenvoyais porter des provisions chez les sauvages où je jette les fondements dune nouvelle mission, ont été arrêtés sur le territoire du Cambodge, et livrés aux mandarins cochinchinois, avec des lettres et plusieurs objets compromettants. Un de ces hommes, qui a été déjà deux fois frappé de verges, se montre très-ferme à confesser la foi. Cette affaire est encore pendante devant les tribunaux, et peut entraîner des conséquences graves : car elle indique manifestement ma présence dans les lieux voisins de lévénement. Dieu y pourvoira.
    « Un édit plus sévère que les précédents a encore paru dernièrement : il ordonne aux mandarins de rechercher plus activement les Missionnaires, les Prêtres et les principaux Chrétiens. Un mandarin ad hoc doit être spécialement préposé à cette charge dans chaque province. Hélas ! mon Dieu, si le Gouvernement Français nintervient pas prochainement avec des forces imposantes, nous pouvons bien dire que ce que nous avons souffert nétait que le commencement et le prélude des maux qui nous sont réservés. Nous attendons chaque jour la nouvelle de lenvoi dune flotte venant demander à Tu-Duc raison du sang quil a versé. »
    Les baptêmes dadultes se sont élevés à 877, chiffre quils navaient pas encore atteint. Celui des enfants moribonds à 2455 ; le nombre des rachetés est de 139, celui des adoptés de 352 ; 2 recevront une éducation.

    Mission de la Cochinchine Orientale.

    Mgr Cuenot nous annonce, dans sa lettre du 9 mars 1858, larrivée de M. Roy, heureusement débarqué au Binh-Dinh, le 24 Juin 1857, et la mort de M. Combes qui est allé recevoir la récompense de ses travaux. « Vous savez, nous dit Sa Grandeur, que cest lui qui a ouvert et fondé la mission des sauvages, et avant de mourir il a eu la consolation de voir son village entièrement chrétien. »
    « La fin de lannée dernière (annamite) a été marquée par larrivée de deux nouveaux édits de persécution, mais dont la promulgation a été remise à cette année. Jignore encore ce qui en arrivera. »
    Le relevé de ladministration a donnée 282 baptêmes dadultes, et 19,074 denfants dinfidèles in articulo mortis.

    Mission de la Cochinchine Septentrionale.

    « Le dernier recensement de nos Chrétiens, nous dit Mgr de Gudare, a donné pour total 26275 chrétiens. Avant que Tu-Duc ait abattu toutes ces têtes, il lui faudra encore du temps.
    « Comme cette année nos prêtres ont été obligés de se cacher presque continuellement, ils nont pour ainsi dire pu rien faire ; jamais le catalogue de notre administration navait été si pauvre. » Il ny a que 25 baptêmes dadultes et 515 denfants dinfidèles in articulo mortis.
    « Sans compter les pertes que nos Chrétiens ont faites de leur côté, dit encore Mgr Sohier, cette année la communauté a dépensé 6381 ligatures (la valeur de la ligature est denviron 1f25) par suite de la persécution ; nous sommes menacés de perdre nos champs des environs de la capitale, qui valent une somme à peu près égale. De plus, nous serons obligés de faire de nouvelles dépenses pour lentretien de nos Confesseurs qui sont enfermés dans les prisons de la capitale et pour ceux qui sont exilés. »
    Mgr Pellerin nous a quittés dans le commencement du mois de mars pour retourner dans sa mission ; il était accompagné de M. Raymond de St. Flour, destiné à la Cochinchine septentrionale qui navait pour Missionnaire européen que M. Choules. Pendant son séjour en France, Mgr Pellerin sest fort peu préoccupé des besoins pécuniaires de sa mission, et on la vu plusieurs fois, après des sermons qui avaient vivement impressionné son auditoire, renvoyer avec un scrupuleux désintéressement, à la Propagation de la Foi, les offrandes de la charité des fidèles. Une pensée dominante labsorbait tout entier, celle de voir mettre un terme à la persécution de lEglise annamite. A peine des promesses lui furent elles faites à ce sujet quil se hâta de dire adieu à la France le cur plein de joie et despérances. Dieu veuille que les circonstances permettent bientôt à nos braves marins de faire une visite au roi de Cochinchine, et de réparer par une démonstration digne de la France tout ce quil y a eu de défectueux dans celles du passé.

    Mission du Cambodge et du Laos.

    Les Cambodgiens se divisent en trois classes, les Talapoins, les Riches et les Esclaves. « Cest dans cette 3ème classe, nous dit Mgr Miche, que nous recrutons la plupart de nos néophytes. Le joug écrasant quils subissent de la part des infidèles leur fait tourner leurs regards vers une religion dont les lois sont plus équitables et qui prend les pauvres et les malheureux sous sa sauvegarde. Pour pouvoir instruire et baptiser ces pauvres esclaves, il faut avant tout les délivrer de lesclavage en acquittant leurs dettes qui en ont été la cause, puis pourvoir à leurs besoins jusquà leur baptême et souvent au-delà. Il est rare quun de ces infidèles régénérés dans les eaux du baptême nous coûte moins de 100 francs, et il nous coûte quelquefois davantage. »
    « Chargé par le Saint-Siège dévangéliser les différentes provinces du Laos situées au nord de Siam et du Cambodge, dans lesquelles nous navons pas pu pénétrer par lEst, je me vois forcé denvoyer deux Missionnaires à la capitale du royaume de Siam, doù ils se dirigeront vers le Laos. Ils devront acheter ou faire construire un bateau qui leur serve de véhicule et de résidence, ainsi quà toute leur suite, non seulement pendant le voyage, mais encore lorsquils seront arrivés à leur terme, jusquà ce quils puissent se fixer et se construire une cabane qui sera tout à la fois leur manoir et leur chapelle. »
    Le nombre total des Chrétiens qui tous sont au Cambodge est de 701. On y a baptisé pendant lannée 46 adultes.

    Mission du Tonquin occidental.

    Plusieurs fléaux sont venus fondre sur cette mission. Voici comme Mgr Retord en parle : « De linondation qui a fait périr toute la moisson de la 10e lune de lannée dernière et de la sécheresse qui a fait que dans bien des endroits on na pas pu planter le riz pour la moisson de la 5e lune de cette année, a surgi une troisième misère, celle de la famine qui est très-grande dans ce moment-ci ; tellement quon assure que dans plusieurs endroits beaucoup de gens meurent de faim. Mais ce qui a le plus entravé nos travaux, cest sans contredit la persécution. Après avoir sévi assez fortement au commencement de lannée, elle avait presque cessé à lépoque de linondation ; mais elle a recommencé plus fortement que jamais depuis 3 mois. »
    Dans une autre lettre portant la date du 9 Septembre 1857, le même Prélat nous annonce le glorieux martyre du catéchiste Pierre Van, âgé de 75 ans, et celui plus glorieux encore de Paul Thinh, prêtre annamite. La mission a éprouvé de nouvelles pertes à cette occasion, beaucoup de maisons de Dieu et dEglises ayant été détruites et grand nombre de vases sacrés pris ou perdus. Malgré ces entraves, le tableau dadministration présente encore de beaux résultats : Baptêmes dadultes, 642 ; denfants dinfidèles in articulo mortis 19586 ; enfants rachetés et élevés 239. Mgr Retord nous dit en parlant de ces derniers : « Nous trouvons ici facilement les moyens de placer ces enfants dans des familles chrétiennes qui les élèvent comme leurs propres enfants, les exercent et les habituent à une vie de travail et de peine qui conserve leurs murs et sera leur gagne-pain jusquà la mort ; tandis que dans nos établissements ils coûteraient beaucoup plus à entretenir, auraient beaucoup moins doccupations, et plus tard quand ils seraient obligés de sortire de nos maisons, pour chercher fortune dans le monde, nayant point de chez-eux, étant peu faits à la vie dure des gens pauvres, que deviendraient-ils ? Cela nempêchera pas néanmoins que si la liberté religieuse nous est donnée, nous ne puissions faire quelques effais.
    « Le projet de Mgr Jeantet détablir des fermes pour élever les enfants de payens, quon pourrait acheter, et celui de M. Castex de fonder des crèches pour ceux de ces enfants qui sont encore à la manuelle, nont pas encore pu être mis à exécution à cause des épreuves auxquelles nous avons été soumis et que jai mentionnées plus haut. »
    Une lettre postérieure nous a appris la mort de M. Castex dont la jeunesse, les vertus et la capacité promettaient encore de longs et importants services à la mission du Tonquin occidental dont il était pro vicaire. Il a succombé le 6 Juin 1857.

    Mission du Tonquin méridional.

    « Depuis le mois de janvier, nous dit Mgr Gauthier dans une lettre du 18 Mars 1857, les païens du voisinage de notre communauté se montrent assez disposés à se convertir. Un autre village et plusieurs portions de villages, dont une partie est déjà chrétienne, viennent de se convertir. Tout me porte à croire que si le bon Dieu nous donnait un peu de paix, les conversions seraient nombreuses. Mais loin davoir cette paix, nous sommes actuellement sous le coup dune terrible persécution. Dans la nuit du vendredi au samedi-saint, un catéchiste a été arrêté avec plusieurs Chrétiens, ce qui a occasionné une dépense de 500 francs. Quelques mois plus tard un prêtre allant aux malades, a été pris, et racheté 140 francs. Les Païens sont si acharnés contre les Prêtres, que les Curés de cette paroisse ne peuvent pas même y trouver un gîte pour se cacher. Dans plusieurs autres paroisses les vexations des mandarins effraient tellement les Chrétiens, que cest à peine sils osent aller chercher le prêtre pour les malades. Les mandarins ont reçu des ordres très-sévères contre nous ; cest pourquoi nous avons été obligés de disperser nos élèves et dabattre notre collège. »
    Le nombre des baptêmes est, pour les adultes, de 166, et pour les enfants dinfidèles in articulo mortis, de 2646.

    Mission de Siam.

    « Depuis la guerre civile de Chine, dit Mgr Pallegoix, il vient à Siam bien peu de Chinois chaque année ; cest ce qui fait que les conversions Chinoises sont moins nombreuses quautrefois : car cétait surtout parmi les nouveaux venus quon recrutait des chrétiens ; les anciens chinois étant presque tous devenus francs-maçons, ce qui est un obstacle à leur conversion. »
    Le nombre des baptêmes dadultes en santé est de 110, celui des moribonds de 30, et celui des enfants dinfidèles in articulo mortis de 2600. Rachetés 50, adoptés 45, élevés 49.
    Mgr Pallegoix nous apprend que deux grandes Eglises sont en construction, lune à Bangkok pour une chrétienté de 2200 âmes ; et lautre à Chantabun pour une population de 1000 âmes. « En somme, ajoute ce Prélat, la mission fait des progrès malheureusement très-lents. Les Siamois paraissent bien moins attachés à leurs superstitions, et déjà nous avons un petit nombre de convertis et de baptisés parmi les femmes et les enfants. »

    Mission de la Malaisie.

    Mgr Boucho, après avoir assigné les causes de lexcessive cherté des denrées dans sa mission, se plaint de linsuffisance de son allocation qui lui permet à peine de faire face aux besoins les plus pressants des Missionnaires. Léglise de Malacca, commencée depuis bon nombre dannées, nest pas encore achevée et se détériore de jour en jour. Une dépense de deux mille piastres serait encore nécessaire, et Sa Grandeur ne sait où les trouver, tous les moyens auxquels on a eu recours jusquici étant épuisés.
    Cette mission vient de faire une perte bien sensible. Le cher M. Manduit qui était chargé du soin dune chrétienté chinoise dans lintérieur de lîle de Singapore, a été enlevé subitement à laffection de ses néophytes. Il sera dautant plus difficile à remplacer que les chinois qui composent cette chrétienté ne parlent pas tous le même dialecte.
    Le tableau dadministration porte : Adultes baptisés en santé 182 ; Adultes baptisés à larticle de la mort dans les hôpitaux 180 ; Enfants dinfidèles baptisés à larticle de la mort 27 ; Protestants convertis 9.

    Mission de la Birmanie.

    Dans une lettre du 26 Janvier, Mgr Bigaudet donne des détails fort intéressants sur son vicariat apostolique quil a visité dans toute son étendue et sur tous ses points. Ce vaste champ est habité par une grande variété de tribus qui toutes noffrent pas les mêmes espérances de conversion. Mgr Bigaudet parle dabord de celles dont il attend le moins, puis il ajoute : « A côté de ce sol, que (humanum dico) jappelle mauvais, le bon Dieu a daigné en placer dautres qui semblent nattendre que la main douvriers laborieux et zélés pour produire une abondante récolte. Je mets au premier rang les Sarrians, et surtout ceux qui habitent le delta de lIrawady. Là, la divine Providence a déjà béni les travaux dun vénérable et zélé collaborateur, le R.P. D. Tarolli, prêtre italien, qui se voit entouré de 1000 disciples, et ceux du P. Lacrampe, qui lannée dernière a baptisé 500 adultes
    Mgr Naude, qui vient de visiter un district quelque peu au nord de celui de M. Lacrampe, mécrit quil a les plus belles espérances, et que dès quil pourra sétablir en ce lieu, la récolte sera abondante. Je suis convaincu que chez les Küns, Carinins et Kaküns, on obtiendrait également de grands succès, si javais assez douvriers à ma disposition pour les envoyer parmi ces enfants des montagnes. La mission chez ces derniers me tient singulièrement à cur, et sous plus dun rapport est des plus intéressantes. Dabord elle ouvrira la voie pour annoncer lEvangile aux tribus sauvages les plus reculées ; ensuite elle facilitera et rendre aisé le passage au Yun-Nan et au Thibet par la Birmanie ; ce qui est pour les missions de ces deux pays de la plus haute importance. Le Roi des Birmans nous est bien dévoué, et lors de mon séjour à Amérapoura, il me promit de faire tout ce qui dépendrait de lui pour nous aider. Mais sa bonne volonté nest pas suffisante pour éloigner tous les obstacles et lever toutes les difficultés Ce monarque ma promis de bâtir à ses frais une église catholique dans sa nouvelle capitale, sur un beau terrain quil nous a concédé et quil a fait environner dune forte palissade. »
    Population païenne 4,500,000, Catholique 4667 ; soldats européens et Cipayes catholiques 1250. Baptêmes dadultes 706.

    Procures de Hong-Kong, et de Singapore.

    Notre procure générale de Hong-Kong, bien quextrêmement entravée par les événements qui ont eu lieu en Chine, et les dangers que courent les voyageurs, na pas cessé ses envois de missionnaires et dargent. Ses opérations, sous ce dernier rapport, ont réussi au-delà de toute espérance ; mais il nen a pas été de même des missionnaires. M. Muller, qui se dirigeait vers le Koui-tchéou lieu de sa destination, fut arrêté une première fois dans le nord de la province de Quang-tong, dépouillé de tout et livré au mandarin qui le fit reconduire à Canton. Expédié de nouveau par une autre route, la même aventure lui arriva dans le Quang-si ; mais cette fois il était en compagnie de M. Courbon qui se rendait au Sut-chuen. Le mandarin ne leur fit subir aucun mauvais traitement, et se contenta de les renvoyer à Lafou, chrétienté de lextrémité ouest de la province de Quang-tong.
    M. Libois partit de Hong-Kong au mois de Mars de lannée dernière pour aller fonder une succursale de procure à Singapore. Il était accompagné de M. Osouf quil devait y installer en qualité de Procureur. Ces chers Confrères mirent toute la diligence possible à laccomplissement de leur dessein, et réussirent parfaitement. Le 18 octobre dernier, M. Libois sen retournait à Hong-Kong, laissant M. Osouf terminer seul le peu qui restait encore à faire à la nouvelle procure. Déjà un certain nombre de Missionnaires y ont été reçus et sy sont bien trouvés. Elle est dailleurs dans des conditions très-avantageuses, tant sous le rapport de la construction qui ne laisse rien à désirer, que sous celui de la salubrité du site. On peut y loger bon nombre de personnes, et elle sera dun grand secours lors de la réunion de 1860 pour la révision du règlement qui, daprès la majorité des suffrages, soit se tenir à Singapore.

    Séminaire de Pinang.

    Linsuffisance de ses précédentes allocations, et lexcessive cherté des denrées pendant ces dernières années ayant placé ces établissements dans un état de souffrance qui saggravait de jour en jour, il nous a fallu combler son déficit par une somme de 20,000 fr. Nous espérions que nos chers Confrères, remis à flot par ce secours, pourraient, à laide de leur allocation annuelle, que nous nous proposions de maintenir à 30 000 francs, marcher désormais sans encombre. Malheureusement nous nous sommes trompés : les dépenses de 1857 se sont élevées à 42 000 francs, et un nouveau supplément de 4000 piastres a dû être expédié en attendant la prochaine allocation. Cela est dautant plus fâcheux que, dans létat actuel de notre séminaire, il nous est impossible de lui faire supporter ce double supplément.
    Le personnel du séminaire de Pinang se compose de 6 confrères et de 132 élèves dont 2 sont employés à lenseignement.

    Séminaire de Paris.

    Laugmentation que notre dernière lettre commune faisait pressentir dans le personnel de notre Séminaire a dépassé nos prévisions. Nous comptions 70 aspirants au commencement de lannée scolaire, nombre consolant, mais dont nous ne tardâmes pas à éprouver les inconvénients. En effet, notre chapelle et notre salle des exercices étant devenues trop étroites, il en résulta un encombrement qui, au dire des médecins, fut la principale cause de lenvahissement de notre séminaire par lépidémie. En fort peu de jours 16 de nos aspirants, dont un ne tarda pas à succomber, furent atteints par la fièvre typhoïde. Pour en arrêter les progrès, nous primes le parti de denvoyer à notre maison de Meudon ceux qui se portaient bien ou qui nétaient pas nécessaires pour le soin des malades. Ce moyen réussit, mais ce ne fut quaprès plus de deux mois que nous pûmes nous réunir de nouveau. Il fallait éviter lencombrement, cause présumée de lépidémie. Pour cela nous changeâmes notre Chapelle en salle dexercices, et comme nous ne pouvions rentrer en possession de notre église (dont le bail finissait le 1er Janvier) vu que la paroisse navait pu trouver un autre local, nous consentîmes à renouveler le bail pour trois ans, et nous transformâmes notre bibliothèque en chapelle, qui depuis lors se trouve avoir une double destination.
    Lordination de la Trinité nous a donné 18 nouveaux prêtres qui partiront prochainement pour les missions. Plusieurs autres envois auront encore lieu dans le courant de cette année ; et comme les dépenses que nous occasionne le départ de chaque missionnaire se montent à près de 3000 francs, nous pouvons bien présumer que les 80,000 francs que nous avons prélevés pour cet objet sur lallocation générale, seront à peine suffisants pour y faire face. Cependant il eût été très à propos quil nous en restât une bonne partie pour couvrir le déficit fort considérable que nous occasionnera laugmentation de notre personnel.

    Propagation de la Foi.

    Le chiffre des aumônes recueillies en 1857 a atteint la somme de 4,191,716 fr. 27c, et dépassé de 286,648 fr. 56c celui de lexercice 1856. Laumône du dernier Jubilé, appliquée à la Propagation de la Foi, permet despérer une augmentation beaucoup plus considérable encore pour lannée courante.
    Messieurs les Membres des Conseils de la Propagation de la Foi, toujours désireux daugmenter la prospérité de luvre, et persuadés que rien ne peut y contribuer davantage que la lecture des Annales, désirent vivement que tout ce qui se rattache aux missions et est capable de rendre cette lecture intéressante, soit de leur domaine exclusif. Pour cela il ne suffit pas que les lettres dignes dintérêt leur soient adressées puisquil arrive que des journaux livrent à la publicité des lettres qui semblent nêtre que le duplicata de celles quils ont reçues eux-mêmes, mais quils ne peuvent pas publier sitôt, leurs annales ne paraissant que six fois par an. Ils nous en ont témoigné leur peine, comme aussi de navoir connu que par la publicité que leur ont donnée les journaux certaines autres lettres communes contenant des nouvelles fort intéressantes de nos missions.
    Voici entre autres, un extrait de ce quils nous écrivirent le 9 avril dernier : « Luvre de la Propagation de la Foi, vous le savez trop, Messieurs, pour quil soit nécessaire de le rappeler, ne vit que pour les Missions ; ses intérêts sont les leurs, et si nous désirons quelle fasse de nouveaux progrès, cest dans le but unique daider dune manière plus efficace ces hommes apostoliques dont les vertus sont pour les fidèles un objet inépuisable dadmiration. Cependant pour continuer à croître, pour se soutenir même, luvre de la Propagation de la Foi a besoin de tout lintérêt que les annales peuvent inspirer. Là est sa vie ; et si cette vie importe aux Missions, cest à elles à la perpétuer, en alimentant lintérêt dun recueil dont limportance est si grande. Le publicité que les journaux donnent aux lettres venant des Missions est stérile ; comment se fait-il néanmoins quils en aient presque toujours la primeur ? »
    « Tel est, Messieurs, lexposé des faits que nous avons cru devoir vous communiquer. Dans le cas, et nous ne pouvons en douter, où les quelques réflexions qui les accompagnent vous paraîtraient graves, il nous resterait à vous prier de vouloir bien examiner si votre qualité de Directeurs de létablissement central de votre Congrégation et de représentants des Missions que cette même société embrasse, ne vous permettrait pas dadresser aux vénérables chefs de ces Missions lexpression de nos respectueuses instances, afin quavertis par eux, leurs missionnaires respectifs veuillent bien réserver désormais pour luvre de la Propagation de la Foi les récits dun intérêt général ; ou bien ne pourraient-ils point encore vous adresser leur correspondance, en vous autorisant à en extraire ce qui concerne leurs familles et à nous communiquer ce qui serait de nature à procurer aux Annales lintérêt dont nous avons parlé plus haut ? »
    Nous navons pas besoin de vous dire, NosSeigneurs et Messieurs, que vous nous trouverez toujours disposés à favoriser les mesures que vous croirez devoir adopter pour vous conformer aux désirs de ces Messieurs.


    Sont partis pour les Missions :

    MM.

    27 Août 1857 :

    Robert Jean-François, de Gap Tonquin méridional
    Barreau Jean-Baptiste, de Bordeaux Cambodge
    Triare Henri, de Nimes Cambodge
    Chevalier Joachim-Auguste, de Rouen Mandchourie
    Dupin Michel, de Lyon Semr de Pinang

    7 Mars 1858 :

    Reynaud Antoine-Marie, de St Flour Cochinchine Septentrionale

    21 Mars 1858 :

    Landre Jean-Marie, dAuch Corée
    Joanno Pierre-Marie, de St. Brieux Corée
    Mabileau François, de Nantes Sut-chuen méridional
    Camart François-Mathurin Sut-chuen méridional

    Partiront prochainement :

    MM.

    Fourcy François-Fulgence-Jospeh, dArras Koui-tchéou
    Durand Pierre-Gabriel-Marie, de Montpellier Thibet
    Bergez Jules-François, de Langres Pondichéry
    Puginier Paul-François, dAlby Tonquin occidental
    Chicard Pierre-Célestin-Godefroy, de Poitiers Yun-nan
    Riencau Antoine-Cyprien-Jacques, de Rodez Pondichéry
    Berthon Louis-Jospeh-Adolphe, de Bourges Coïmbatour
    Sabattier Claude-François, de Moutier (Savoie) Koui-tchéou
    Tassy Auguste-Marie-Jean-Baptiste, dAix Coïmbatour
    Andreu Diez, de Saint-Dié Coïmbatour
    Vielmon Léonard, de Périgueux Koui-tchéou
    Martin Jean-Pierre, de Toulouse Siam
    Chommilier Jean-Baptiste, de Clermont Pondichéry
    Cazenave Pierre-Xavier, de Bayonne Tonquin occidental
    Wyckaert Louis-Joseph, de Cambrai Pondichéry
    Delsohut Jacques, de Cahors Quang-tong
    Larcher Frédéric-Pierre, de Tulle Sut-chuen oriental
    Néel Jean-Pierre, de Lyon Koui-tchéou
    Bardou Joseph-Louis-Auguste-Etienne, de Toulouse Coïmbatour

    Par un décret du 27 Décembre dernier, Pie IX a autorisé lintroduction de la cause de 94 nouveaux martyrs, dont 83 appartiennent à la Corée, 5 à la Cochinchine, 2 au Tonquin, 3 à la Chine et 1 à lOcéanie, le Père Chanel, mariste, martyrisé à Futuna.
    Nous avons lhonneur dêtre avec un profond respect,

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs

    Paris, le 15 Juillet 1858.
    None
    Aucune image