Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

lettre n°

Lettre commune de 1857 NosSeigneurs et Messieurs,
Add this
    Lettre commune de 1857

    NosSeigneurs et Messieurs,

    Nous allons reprendre la narration des événements qui ont eu lieu depuis lépoque où nous vous écrivions notre Lettre Commune. Nous commencerons par ce qui regarde la Religion. En France même activité, même zèle pour le bien tant parmi le clergé séculier que parmi le clergé régulier et les Congrégations de femmes. Partout lon continue à ériger à la Reine des Cieux de nouveaux sanctuaires ou à restaurer les anciens. Celui qui, parmi ces monuments, excite plus ladmiration, cest celui du Puy, quon appellera pour cela Notre-Dame de France, sous deux points de vues : premièrement à cause du monument en lui-même qui sera vraiment grand entre tous ; secondement à cause du monument littéraire qui en sera lappendice, où lon relatera tous les sanctuaires et lieux de pèlerinage consacrés à la Très-Sainte Mère de Dieu. Tous les sièges vacants ont été remplis. Le siège de Paris a été rempli par la translation du Cardinal Morlot, archevêque de Tours qui est venu gouverner la Capitale privée de son premier Pasteur par un crime horrible qui a eu lieu le 3 Janvier, fête de Sainte Geneviève, dans léglise de St. Etienne-du-Mont, où Mgr Sibour officiait. Pendant la procession, un mauvais prêtre en habit laïc, du nom de Veger, qui était sous un mandat damener la police, sintroduisit dans léglise, sapprocha de larchevêque leva sa chape et lui plongea dans le cur un couteau catalan. Le coup fut si violent que le poignard perça létole du prélat qui saffaissa aussitôt, et quon transporta à linstant à la sacristie où il expira presquimmédiatement, sil nétait déjà mort auparavant. Lassassin a été condamné à mort et exécuté. Pendant les débats qui ont eu lieu à loccasion de son jugement, il a montré un cynisme révoltant qui a fait horreur à tout le monde. Il a insulté tout le monde, jusquà ses juges. Cependant le malheureux, voyant que son pourvoi en grâce était rejeté, sest reconnu et est mort vraiment repentant. Lon avait tant prié la Ste Vierge pour sa conversion quenfin Dieu sest laissé toucher par les prières de Marie. Ce crime horrible a épouvanté tout le monde chrétien.
    Quoiquil y ait beaucoup de bien en France et beaucoup de zèle pour travailler à luvre de Dieu, nous ne devons pas vous dissimuler que les mauvais journaux font un mal infini. Ne pouvant attaquer le gouvernement sans sexposer à être supprimés, ils attaquent tous les jours léglise soit dans ses ministres soit dans son institution, ou ses croyances ou ses pratiques. Ils savent fort bien quen attaquant la religion ils sapent le trône. On peut en dire autant du protestantisme qui envoie ses émissaires partout, et qui érige des écoles partout où le pouvoir le lui permet. Il a même érigé des temples où il ny avait pas ou presque pas de protestants. Largent ne leur manque pas ; ils en reçoivent dAngleterre, dAllemagne, de Suède &e.
    Actuellement le Saint Père parcourt ses États en se rendant à Lorette. Ses mains ont semé des bienfaits et des bénédictions pendant tout le cours de son voyage, où il a été partout fêté, où il na reçu que des ovations. Il est actuellement à Bologne. Larchiduc gouverneur général du royaume Lombardo-Vénitien est allé lui présenter ses hommages avec les généraux sous ses ordres. Le Grand-Duc de Toscane en a fait autant par son fils. Le Piémont, quoique ennemi des institutions de lÉglise, quil détruit chez lui, na pas cru devoir se dispenser de faire la même démarche.
    La Toscane, comme le royaume de Naples, sont en voie de faire un concordat avec le St Siège, comme lont déjà fait les autres petits États. Le Piémont est toujours à la persécution contre les religieux et religieuses quil chasse de leurs maisons dont il confisque les biens. La Suisse est revenue à de meilleurs sentiments ; car lÉvêque de Fribourg a pu rentrer dans son diocèse. Au reste cette mesure ne doit point surprendre quand on saura que plusieurs cantons ont renouvelé leur Conseils et mis à la tête du gouvernement des hommes dordre et bien pensant.
    LAutriche recueille les fruits de son concordat par la profonde paix dont elle jouit, les institutions religieuses qui surgissent de toutes parts, ou par les réformes qui sopèrent dans le sein des maisons pour se mettre en harmonie avec le traité si solennel fait avec le St Siège. Le gouvernement de Bavière nest pas trop favorable à la religion, quoique son Roi soit pieux et quil soit allé à Rome où il a passé assez longtemps. Cependant il nose aller trop loin à cause de lépiscopat qui est toujours vigilant et ferme. Le Wurtenberg vient de faire un concordat avec le St Siège, à linstar de celui dAutriche, ce qui a mis les protestants fanatiques en fureur. La persécution a cessé dans le grand duché de Bade, mais lon ignore encore où en est le concordat à faire. La Prusse, quoiquhostile au Catholicisme, nose manifester au dehors sa haine, excepté par sa partialité dans la distribution des places et son refus obstiné de faire droit aux justes demandes des Catholiques. Il doit se tenir à Berlin une assemblée générale où il y aura des députés de toutes les sectes protestantes. Le roi croit que cest pour mettre en communion tous les sectaires si divisés ; mais au fond, le but de cette réunion est de prendre des moyens pour résister au Catholicisme et lui faire la guerre. Comme il est arrivé déjà plusieurs fois, ce sera la Tour de Babel, surtout sils essaient de formuler un symbole de foi. En Hollande, le vieux parti protestant na pu mettre à exécution ses projets de persécution contre les Catholiques ; de sorte que ceux-ci, défendus et par la loi et par les dissidents modérés, continuent toujours leur course en savançant vers un meilleur avenir. Il y a toujours partialité dans la distribution des places et refus de faire de plus larges concessions. La Belgique est travaillée par la franc-maçonnerie. Aussi règne-t-il dans la presse un dévergondage qui ne respecte rien. Aussi dans le commencement de ce mois, à loccasion dune loi sur legs et donations pieuses en faveur des pauvres, la minorité de la chambre, composée de francs-maçons, a-t-elle commencée à menacer, les tribunes ont applaudi. De la tribune et de la minorité les menaces et lémeute ont passé dans les places publiques. Les bons députés ont été insultés, ainsi que le Nonce du St Siège ; lon a lancé des pierres contre les fenêtres des maisons religieuses non seulement à Bruxelles, mais encore dans plusieurs autres villes. Dans lune lon a maltraité les Frères de la Doctrine Chrétienne, lon a brûlé leur maison et leur chapelle. La police ne sest montrée que lorsque les dégâts ont eu lieu. Parmi les émeutiers il ny avait guère que des bourgeois, puisque la loi était en faveur des pauvres. Après les émeutes, les maires sont venus protester contre cette loi que la plupart du temps ils ne connaissaient pas. Le roi et les ministres ont eu la faiblesse de fléchir, en prorogeant la Chambre et en retirant la loi. Maintenant tous les mauvais sujets savent comment sy prendre pour obtenir ce quils voudront, lémeute ! Pauvre Belgique, qui était si calme et si heureuse ! En Angleterre, les conversions continuent toujours et se fortifient en se montrant plus résolues, et saffranchissent par leurs fondations, les érections déglises ou décoles. Le pouvoir, sans leur être hostile, au moins ostensiblement , ne leur accorde que ce quil ne peut raisonnablement leur refuser. Après le bouleversement de lannée passée, il y a eu un revirement dans le gouvernement dEspagne, mais sans effusion de sang. Tout ce qui était hostile à lEglise ou à lEtat monarchique a été éliminé ; lon a repris le Concordat quon avait déchiré six mois auparavant ; lon a suspendu la vente des biens ecclésiastiques ; enfin lon a convoqué de nouvelles Cortes. Tous le Evêques et prêtres qui avaient été exilés, ont été rappelés. Les nouveaux députés ont reproché au ministère de nêtre pas revenus franchement au Concordat, ce qui est vrai. Cependant le St Siège va y envoyer un nonce avec plein pouvoir ou pour lexécution de lancien Concordat, ou pour les bases dun nouveau, lancien étant incomplet. Pauvre pays, autrefois si catholique ! Le Portugal conserve sa foi, mais nest pas encore lié par un Concordat avec le Saint-Siège. Cependant on dit que le traité ecclésiastique est déjà très avancé. Je le souhaite pour le bonheur de ce petit royaume autrefois si florissant, et qui aujourdhui est presqueffacé de la cartes des Etats de lEurope. Voilà ce que lui a procuré la protection de la perfide Albion. Voilà ce qui attend le piémont ou tout autre Etat qui ira implorer la haute protection de cette alliée orgueilleuse et intéressée ou marchande. En Amérique, la religion fait des progrès dans le Nord soit au Canada soit dans les Etats-Unis où il y a actuellement quarante trois épiscopaux. Les Catholiques nont plus eu à souffrir dans cette république moderne la section de tous les vices et de toutes les erreurs, la persécution des francs-maçons. Dans le Mexique, où les révolutions sont si fréquentes, le nouveau pouvoir a commencé par spolier lEglise de ses biens. Delà mécontentement des populations toujours attachées à lEglise, surtout les anciens habitants ; protestation de la part de lEpiscopat et du clergé inférieur. Aussi le gouvernement, apercevant des oppositions a voulu le faire cesser en se faisant persécuteur. LArchevêque de Mexico a été exilé, dautres incarcérés, comme cela est arrivé dans la république de lEquateur les années précédentes. Nous ne savons pas encore comment tout cela se terminera. Dans les Etats du sud, il ny a pas de persécution, mais la religion y est dans un état déplorable par la disette de bons prêtres et par la corruption des murs. Nous allons revenir en Europe. En Suède et en Danemark il ny a pas de persécution, mais toujours la même intolérance. Cependant dans la Norwège il y a des missionnaires qui ont été bien accueillis, non seulement des particuliers, mais encore des autorités ; de sorte que les journaux de la localité, en faisaient le plus grand éloge. En Russie, depuis la mort de lEmpereur Nicolas, il ny a pas eu de persécution qui soit venue à notre connaissance ; il y a eu quelques nominations dEvêques à des sièges vacants, et voilà tout. Nous ne voyons aucune réparation des injustices commises et aucun indice quil y aura parfaite liberté pour le culte catholique. En Turquie, liberté parfaite de faire le bien. Les arméniens Catholiques viennent dobtenir un patriarche qui les gouverne sous lautorité du St Siège. Des populations entières dans lasie mineure sont rentrées sous la tutelle du Vicaire de J.C. Les RR. PP. Dominicains viennent dobtenir leur ancienne mission dIspahan sous la direction dun vicaire apostolique tiré de leur ordre. LEgypte a ses surs de charité, ses frères de la doctrine chrétienne comme Constantinople, Songine, et le Liban et Jérusalem et Chypre. Toutes les religieuses ne sont pas filles de St-Vincent, mais appartiennent à diverses congrégations. Quoique la mission dAbyssinie ait eu à supporter la persécution, que le vicaire apostolique ait été chassé avec ses missionnaires, que quelques-uns mêmes soient morts, lon ne perd pas courage, et lon a grande espérance de faire refleurir la foi dans ces vastes régions évangélisées par St Matthieu. Toutes les côtes nord de lAfrique ont leurs missionnaires, si lon en excepte le Maroc sur lequel nous navons aucun détail. Alger a son évêque avec son clergé, ses séminaires, ses établissements dinstruction religieuse et agricole. La Sénégambie est évangélisée et les missionnaires de cette partie ouest de lAfrique ne se découragent pas à la vue des obstacles qui surgissent de toutes parts ou de la mort qui vient les moissonner. Nous pouvons dire que la bonne nouvelle est annoncée dans tout lunivers malgré les persécutions qui lui sont suscitées. Mais nous devons aussi ajouter que lhomme ennemi sorti du protestantisme et chargé de ses largesses, va partout où il ny a pas danger de mort, semer livraie, par ses écoles, ses calomnies, ses persécutions. On dirait quil sent que son pouvoir va lui échapper et déteindre comme une lampe qui na plus dhuile.
    Maintenant nous allons passer à la politique et autres faits temporels. En France il ny a rien qui mérite une mention, si ce nest sa rupture diplomatique avec Naples, qui a eu lieu pour une cause en apparence légère, mais qui, au fond, est très habile. LAngleterre, qui convoite la Sicile, se plaignait du roi de Naples, parcequil gouvernait despotiquement ses sujets. Au fond cette question ne regardait pas le gouvernement britannique, puisquil na pas le droit de simmiscer dans le gouvernement dun état indépendant. Cependant cest sous ce prétexte que la Grande Bretagne a rappelé son ambassadeur de Naples, avec lintention secrète de susciter des troubles en Sicile, et sous le prétexte spécieux de venir les apaiser, de semparer de ce joyau de la couronne de Naples. Napoléon rappela aussi son ambassadeur parce que le roi de Naples navait pas permis lexportation des céréales et autres substances alimentaires pendant la guerre de Crimée. Ce dernier avait le droit de faire cela pour le besoin de son peuple. Mais dans la conduite de Napoléon nous ne voyons rien dhostile à lEtat des Deux Siciles, puisquen sassociant à lAngleterre et en prenant réciproquement lengagement de ne rien faire lun sans lautre, il a empêché lAngleterre darriver à son but, la possession de la Sicile. Cette rupture dure toujours sans savoir quand elle finira. Dans ces deux derniers mois a eu lieu à Paris dabord larrangement pendant entre la Prusse et la république helvétique pour la principauté de Neuchatel aujourdhui canton faisant partie de la confédération, ensuite la délimitation des frontières entre la Moldavie dun côté et la Bessarabie de lautre pour la Russie. Lannée passée, du 30 mai au 2 juin, des inondations ont eu lieu par le Rhône et la Saône dans leur cours, et par la Loire, le Loiret, et au midi par lAdour. Toutes les digues ont été rompues, toutes les campagnes environnantes ont été ravagées, les récoltes perdues. Linondation était si grande que la Loire et le Loiret ne formaient quun seule fleuve. LEtat est venu aussitôt au secours des inondés en votant 6 millions. Les souscriptions volontaires ont dépassé 12 millions. Tout lunivers civilisé a ressenti pour ainsi dire ce grand désastre, car tout le monde est venu au secours de ceux qui avaient tout perdu. Je ne fais pas entrer en ligne de compte les sommes que la charité a fait passer aux évêques sans les faire passer par les mains de la commission instituée pour effacer les traces de linondation.
    La France a reçu la visite du roi de Bavière, qui est reparti pour la fête-Dieu. Nous navons pas besoin de dire laccueil quil a reçu et les honneurs quon lui a faits. Dans ce moment, larmée dAfrique est occupée à soumettre la Kabylie à la couronne de France. Le succès nest pas douteux, car une première victoire décisive a été remportée sur ces tribus pour ainsi dire indomptables et toujours remuantes. Quelques unes des plus fortes et des plus mutines viennent de faire leur soumission. Le corps législatif vient dêtre renouvelé en entier par des élections générales. Les démocrates ont voulu se remettre sur les rangs. Ils ont eu deux candidats à Paris, et trois autres dans la même ville qui sont encore douteux à cause du ballottage qui doit avoir lieu par suite du défaut de majorité dans le premier scrutin. En somme il ny aura guère que huit à dix députés de lopposition.
    Le Piémont, tout en restant lennemi obstiné de lEglise, sendette tous les jours davantage sans pouvoir dire quil y aura un jour amélioration. Les Etats dItalie apportent tous les jours quelque réforme ou amélioration à leurs gouvernements pour assurer le bonheur de leurs sujets, comme par exemple Parme, et surtout Rome et Naples. Le roi de Naples a failli être assassiné par un de ses militaires pendant une revue, mais il na pas été atteint. Lassassin, qui était gagné par les sociétés secrètes, a été condamné à mort. Il y a eu une révolte en Sicile, à la tête de laquelle se trouvait un homme haut placé, qui venait dêtre gracié. Mais cette échauffourée na pas eu de suite, puisque ces révoltes ont été aussitôt pris ou dispersés. A Matera, province de la Basilicate, sur terre ferme, a eu lieu lintention du même crime qui a ensanglanté, le 3 Janvier, léglise de St Etienne du Mont. Cétait le 26 Juin de lannée passée qua eu lieu cette tentative du plus horrible forfait. Le malheureux prêtre qui a tenté le coup était gagné par les émissaires protestants. A Naples, une poudrière, ainsi quun bateau à vapeur, chargé de poudre, ont sauté en lair. On attribuait cela à la malveillance des émissaires ennemis de tout bien. Mais cest plutôt le fait de lincurie des officiers. Du reste, malgré la rupture diplomatique, le roi travaille tous les jours à améliorer le sort de ses peuples et il y réussit. Son état est florissant et ses finances sont hors de ligue pour la prospérité.
    LEmpereur dAutriche a visité au printemps ses états dItalie ; par son affabilité, ses grâces, ses remises de peines ou dimpôts, il a gagné le cur de ses sujets italiens. Aussi a-t-il reçu partout des ovations et les acclamations les plus chaleureuses. Ce valeureux et jeune Empereur avait commencé la visite de son royaume de Hongrie, lorsque le seigneur la frappé dans ses affections en lui enlevant sa fille aînée. Cependant on peut dire que sa douleur a du être bien adoucie par laccueil si solennel et si chaleureux quil a reçu de tous les magnats et de tous les fiers magyars qui aidèrent tant Marie Thérèse à se défendre contre tous ses voisins qui désiraient tant partager ses états entre eux. Dés que la blessure que son cur a reçue sera à peu près fermée, il reprendra sa visite et la poussera jusquen Bohême. La Russie soccupe de réparer ses pertes, daméliorer ses vastes possessions par des chemins de fer, de les étendre dans le centre de lAsie et de se créer des ports à lextrême orient. Il lui reste encore le Caucase à acquérir. Jusquà cette entière soumission, elle ne sera pas parfaitement tranquille sur ses possessions dAsie. Mais pour dompter ces fiers circassiens, que dhommes naura-t-elle pas encore à sacrifier. Elle vient de faire un traité de commerce avec la France, très-avantageuses pour les deux Etats. Le Grand Duc Constantine est venu en France dot il a visité tous les ports, ainsi que la capitale où il a été fêté comme un prince dune puissance amie. Sa mère, limpératrice douairière, est allée habiter Nice, et de là sest rendue à Rome où elle a été bien accueillie par Pie IX et où elle a pu visiter tous les monuments de la capitale du monde chrétien. Lannée passée, quelques mois après la paix conclue, lempereur de toutes les Russies est allé se faire couronner avec limpératrice à Moscou, lancienne capitale. Il ne sest rien passé de bien remarquable dans le reste de lEurope, excepté que lAngleterre a déclaré la guerre au Schah de Perse pour avoir pris Herat, mais enfin la paix est conclue avec des conditions un peu dures pour la Perse, qui a dû lui céder quelque territoire sur le golfe persique. La paix faite avec cette puissance, elle va commencer une nouvelle campagne contre la Chine, avec laquelle elle ne fera la paix quaprès avoir obtenu de grands avantages, un prêt ou deux, ou peut-être davantage. Les grandes puissances tiennent toutes à avoir un ambassadeur à Pékin où elle sont déterminées à employer la force pour avoir cet avantage dont la Russie jouit déjà. Le Danemark a cédé aux puissances le droit de péage pour le passage du Sund pour une indemnité une fois payée qui est plus ou moins forte selon le commerce de chacun. Cet état est un peu brouillé avec la diète de Francfort pour ses deux duchés allemands le Holstein et le Schleswig ; mais jusquaujourdhui il ny a pas eu déclat. LEspagne semble vouloir revenir à un état plus stable. Mais rien dassuré encore dans cet état autrefois si florissant et si puissant. La Turquie, sauvée par les puissances des serres de la Russie, fait tous les jours de beaux projets de réforme qui ne se réalisent pas. Ses finances sont épuisées et rien nest consolidé. Les affaires de Valachie et de Moldavie ne sont pas encore parfaitement assises, quoiquen dehors du protectorat de la Russie ; cet état se meurt faute dhommes qui sachent le gouverner. Au contraire ses fortes têtes, au lieu de sunir et de se concerter, cherchant à se supplanter les unes les autres et hâtent ainsi la ruine de lEtat.
    Si nous passons en Amérique, nous trouverons les Etats-Unis toujours plus florissante et sagrandissant toujours même par des voies qui ont lapparence de la justice. Cette vaste république de marchands et de banqueroutiers est à la veille dune rupture avec celle de Grenade pour refus de réparation dinjure de la part de celle-ci, que lautre a provoquée par sa hauteur. Nous verrons ce qui résultera de tout ceci. Cette république, sortie dAngleterre et faisant trembler sa mère, lorsquelle parle haut et ferme, est cependant incapable de chasser de son sein une secte impure quelle déteste avec raison, puisquelle est lopprobre de lhumanité par ses murs impures. Cette secte qui se nomme la Société des Saints et quon nomme mormons, habite sur le lac salé et admet la polygamie. Elle envoi de ses émissaires non seulement en Amérique, mais encore en Europe où elle gagne bien des sujets, surtout parmi les protestants. Si les Etats de lUnion ny prennent garde et ne les chassent du grand lac salé, comme ils lont déjà fait une première fois dun autre local, ils rencontreront en eux de redoutables adversaires, si même leur république ny trouve sa ruine. Les autres Etats de lAmérique ne se font remarquer que par leur dissentions intestines, par leurs constitutions qui changent comme leurs présidents qui se culbutent dun mois à lautre. Le Brésil ne fait pas parler de lui. Si cet empire ne se régénère, il est bien à craindre quil ne sabîme dans la boue de la corruption.
    En nous recommandant à vos prières, nous avons lhonneur dêtre avec le plus profond respect,

    NosSeigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et obéissants serviteurs,

    Paris, 26 Mai 1857.






    -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------







    Lettre commune de 1857 sur les affaires de notre Congrégation.

    Paris, le 7 Juillet 1857.

    NosSeigneurs & Messieurs,

    Voici le résume des nouvelles que nous avons reçues de nos missions depuis le 25 Juin 1856, date de notre dernière lettre commune.

    Mission de Pondichéry.

    Aux nombreux établissements de cette mission qui continuent dêtre en voie de prospérité, trois nouveaux orphelinats de filles rachetées pour le compte de la Sainte-Enfance ont été ajoutés, lun à Pondichéry, lautre à Karical et le 3e, à Vellore. Ce dernier et celui de Pondichéry sont confiés à des religieuses pariates, et celui de Karical aux surs de St. Joseph de Cluny. « Dans lorphelinat, dit Mgr de Drusipare, on enseigne à ces enfants la doctrine chrétienne, on leur apprend le travail que doit savoir une femme de ménage, on leur apprend aussi à lire, et on vise à les établir dès quon peut afin de leur faire une position dans le monde Il nous est presque impossible de faire des orphelinats pour les garçons, fautes de personnes qui puissent nous aider en cela. Dun autre côté les orphelinats de garçons présentent plus de difficultés que ceux des filles. Il nous semble quil est plus avantageux de les faire élever séparément dans des familles qui les forment au travail commun de leurs propres enfants, et plus tard visent à les marier dans des familles chrétiennes. Cependant nous avons commencé un établissement où nous pensons pouvoir former des jeunes gens à la vie religieuse et au dévouement. Ils pourront nous être en aide pour la formation dorphelinats pour les garçons. M. Dupuy, mon pro vicaire, qui est chargé de pourvoir à léducation des filles de caste, fait construire un couvent à Pratacondy dans les terres, chef lieu dun district de plusieurs milliers de chrétiens ; une fois quil y aura installé ses religieuses malabaresses, jai lieu de croire que nous aurons bientôt à côté du couvent un orphelinat au compte de la Ste Enfance. »
    Le nombre des adultes baptisés dans le courant de lannée dernière est de 487 ; celui des enfants dinfidèles in articulo mortis, de 1117, celui des rachetés douvriers 150, des adoptés 80, des educandi 91.

    Mission de Mayssour.

    Deux pertes bien sensibles viennent daffliger cette mission, la 1ère est celle de M. Montandreau, missre accompli sous tous les rapports, qui a succombé à une attaque de choléra. Déjà indisposé, il était allé à une grande distance porter les secours de son ministère à un pauvre cholérique, et comme il était dévoré par une soif ardente, il but de leau à plusieurs reprises. Cen fut assez pour provoquer la maladie qui lemporte. Lautre victime du choléra est Mr Lahore, jeune et pieux missre.
    Mgr Chabonneaux est toujours vivement préoccupé du souci daugmenter le nombre de ses écoles, mais il y trouve deux grands obstacles provenant, lun de la difficulté de trouver des maîtres, surtout pour langlais, et lautre de pourvoir leur donner un salaire convenable et qui au quelque proportion avec celui quoffrent les ministres protestants. « Ceux-ci profitent de leurs avantages sous ce rapport pour nous faire une concurrence acharnée, dit Mgr Charbonneaux, ils viennent détablir une école de filles tout près de la nôtre ; ils construisent une belle chapelle, ont établi de belles écoles près du mur de notre séminaire : cest ainsi quil tendent leurs pièges et leurs filets tout autour de nous. Nos écoles anglaises de filles et lorphelinat vont bien. Mais hélas ! trois de nos religieuses (les dames du bon pasteur dAngers) sont mortes ! Il faut nécessairement un nouveau renfort ; mais ces dames nont pas le moyen de payer le passage. Il y a certitude que dans quelques années elles pourront se soutenir par elles-mêmes, mais les commencements sont trop au-dessus de nos moyens. » Il y a eu dans lannée 231 baptêmes dinfidèles petits et grands, 21 abjurations de protestants, et 30 schismatiques réconciliés.

    Coimbatour.

    Nous espérons que cette mission, privée de son vicaire apostolique depuis la démission de Mr de Pruse, sortira bientôt de son veuvage. Mgr de Drusipare, à ladministration duquel elle a été provisoirement confiée, y a fait une visite dans le courant de lannée dernière, et a eu la consolation de donner les sous-diaconat à 2 élèves du séminaire et les ordres mineurs à 4 autres. « Cette ordination, nous disait à cette occasion M. Métral, pro vicaire de Mgr de Drusipare, est dune très grande importance pour le Coimbatour. Nous avons maintenant la douce espérance davoir bientôt des prêtres indigènes dans ce vicariat. Ce nest pas sans peines et sans sueurs que nous en sommes arrivés là. Dieu veuille continuer à bénir nos efforts ! »
    Ce cher confrère était peu éloigné du terme de sa carrière apostolique lorsquil écrivait ces mots. Regardé comme un saint par ses confrères et les chrétiens, il est allé recevoir au ciel la récompense de ses travaux et de ses vertus apostoliques.
    41 adultes et 80 enfants dinf. in art. mortis ont reçu la grâce du baptême.

    Mission du Thibet, Tentative du côté de lInde, confiée à Mrs. Bernard & Desgodins.

    Le zèle persévérant de ces chers confrères na encore pu venir à bout de se frayer une route jusquà cette inabordable mission. La voie aurait été courte et facile par Sikim, pays situé entre le Népaul et le Boutan, si leur passage sur ce territoire avait été favorisé par le raja dont il dépend ; mais leurs instances à ce sujet ayant été sans succès, ils se sont déterminés, après une longue attente, à tenter la voie de Ludak ou petit Thibet qui est sous la juridiction du Vic. Ap. dAgra. « Daprès tous les renseignements que nous avons reçus, disent-ils à ce sujet, il serait assez facile de pénétrer, peut-être même de nous établir dans ce pays indépendant, mais personne ne nous a dit quil serait facile de passer de là au Thibet, proprement dit qui est notre mission. »

    Expédition du côté de la Chine, confiée à Mrs Renou et Fagel.

    Les lettres que nous avons reçues de ces chers confrères depuis lannée dernière sont du mois de Juillet 1855, et par conséquent antérieures à celles du 2 9bre de la même année dont nous donnâmes un court extrait dans notre dernière lettre commune. Ils sont donc toujours dans la vallée de Bouga dont ils veulent faire le centre de leurs opérations. Cette vallée est située au milieu de hautes montagnes couvertes de neiges pendant 6 mois de lannée, et éloigné dune journée de marche de toute habitation humaine. « De la farine de maïs cuite à la vapeur, un peu de lard une fois par semaine seulement, et des herbes sauvages que nous recueillons nous-mêmes la plupart du temps, forment toute notre nourriture, dit M. Fage ». « Des privations de tout genre soffrent donc à nous dès notre entrée à Bouga, dit à son tour M. Renou, et il était facile de prévoir quil faudrait bien des années avant de les voir diminuer. Cependant cette perspective un peu sombre pour la nature, ne me déconcertait pas, ou plutôt était tout à fait dissipée par lidée que javais enfin atteint un des buts que je me proposais dans ce dernier voyage sur la terre du Thibet, savoir, de préparer un pied-à-terre aux missres qui viendraient plus tard, un autre doù nous puissions communiquer facilement avec le Yun-nan et les autres parties du Thibet, enfin un séjour tranquille où nous puissions instruire les adultes dont nous pourrions obtenir la conversion, et éleva dans les principes de notre religion le plus denfants quil nous serait possible de nous procurer. Or Bouga me paraissait renfermer tous ces avantages. »

    Mission du Yun-Nan.

    Mgr Ponsot a porté sur son tableau dadministration 160 baptêmes dadultes, 10,234 denf. dinf. in art. mortis, indépendamment de 15 rachetés et de 25 adoptés. « Nous venons encore de passer une nuée bien orageuse, nous dit ce prélat, persécutions locales dun côté et révolutions de lautre. Une famille chrétienne dépouillé presque totalement de sa petite fortune, sest exilée volontairement pour conserver sa foi. 8 chrétiens sont encore en prison. Il est vrai quils pourraient en sortir sils voulaient prêter loreille aux insinuations indirectes qui leur sont faites de racheter leur liberté ; mais ces généreux confesseurs qui savent quils seraient remplacées en prison par dautres chrétiens, que les avides mandarins exploiteraient de la même manière, aiment mieux être privés de leur liberté que de lavoir à ce prix. » M. Huot, après avoir donné les plus affligeants détails sur les fléaux qui ravagent cette malheureuse province, ajoute : « La pauvreté des montagnes au milieu desquelles Mgr de Philomélie a sa résidence et le collège de la mission, nous a préservés de la plus grande partie des maux qui affligent le reste de la province. En compensation nous avons été comme envahis par les émigrants venus du Sut-chuen, par suite de la sécheresse qui a fait manquer complètement la récolte. Le nombre des malheureux qui sont venus demander un refuge au Yun-Nan sélève à plus de cent mille La charité nest pas connue des payens. Ces maux soufferts par dautres les attendrissaient peu, lidée de les soulager ne leur vient même pas. Les aumônes des fidèles dEurope nous ont fourni les moyens de montrer que le christianisme ne ressemble en rien aux fausses croyances. Nous avons racheté ou recueilli dans nos écoles le plus que nous avons pu de ces malheureux, et nos baptiseurs, en parcourant les routes, ont ouvert la porte du ciel à un bon nombre denfants qui allaient mourir. » « Une lettre de Mgr Ponsot, nous écrit M. Rousseille, annonce la mort de M. Dumont. A loccasion des troubles excités par les mahométans, il avait été obligé de fuir. Exténué par un voyage de 27 jours pendant lesquels il marchait comme un pauvre portant lui-même ce qui était nécessaire à ses besoins, il na pas tardé à succomber à une terrible attaque de nerfs, dans le sémre dirigé par M. Huot. Jusquau moment de son agonie, dû à ce cher confrère, il na pas cessé dinvoquer les Sts noms de Jésus, Marie, Joseph, et de montrer la plus grande foi. »

    Mission du Koui-tchéou.

    Le veuvage de cette mission na pas encore cessé, mais nous avons lieu de penser quil touche à sa fin. En attendant elle continue dêtre administrée par M. Perny et de produire des fruits abondants de salut, nonobstant les circonstances pénibles où elle se trouve. « Les troubles qui désolent cette province sont loin dêtre apaisées, nous dit M. Perny. Le vice-roi du Yun-Nan a remporté déjà de grands avantages sur les rebelles. Les païens manifestent des dispositions favorables en faveur de la religion. Dès que la paix nous sera rendue, les conversions seront plus nombreuses. Quoique ces troubles entravent singulièrement notre action, nous avons bien des actions de grâces à rendre à Dieu. Sa providence a veillé sur nous de la manière la plus touchante, surtout dans nos courses apostoliques. Comme pour soutenir notre courage et nous dédommager de plus de souffrances endurées sa grâce sest répandue sur nos travaux. Jamais nous navons eu la consolation de procurer le St baptême à un si grand nombre dâmes : 291 adultes ont eu ce bonheur, et 20,085 enf. dinf. ont aussi été baptisés in extremis. » Ces succès, quelque consolants quils soient, ne satisfont pas encore les vux de M. Perny ; il veut, en augmentant le nombre de ses baptiseurs de ses pharmacies, et la création de nouveaux asiles pour les enf. rachetés, arriver à des résultats beaucoup plus considérables. Le moyen est infaillible pour atteindre ce but. Quel bien ne résulterait-il pas en effet de létablissement dune pharmacie dans chacune des 12 villes de 1er ordre, des 15 du 2d et des 37 du 3e que lon compte au Koui-tchéou, si lon en juge par le bien quopère celle qui existe à la capitale ? On y a baptisé pendant lannée 3105 enf. dinf. en danger de mort et donné des remèdes à 10565 autres dont la maladie noffrait pas assez de gravité pour quon pût leur conférer le St baptême. Les soins et les remèdes étant donnés gratuitement , cette générosité de la part des chrétiens font une vive et salutaire impression sur lesprit des païens de toutes les classes et sont pour plusieurs le moyen dont Dieu se sert pour les amener à la connaissance de la vérité. Un ou plusieurs nouveaux asyles procureraient aussi de grands avantages. « On commence à savoir que nous recueillons les enfants trouvés, dit M. Perny. Cela produit un excellent effet sur les Gentils. Notre asile compte en ce moment 32 garçons et celui des filles 11 enfants. Nous les faisons élever avec soin sous nos yeux. »

    Mission du Sut-Chuen.

    Le décret de la S. Cong mentionné dans notre lettre commune de lannée dernière, et qui divise le Sut-Chuen en deux vicariats ap., nétait pas encore connu dans cette mission à la date des dernière lettres que nous en avons reçues, les courriers qui étaient à Yong-Kong nayant pu effectuer leur retour à cause des graves événements de Canton. Lun deux néanmoins faisait ses préparatifs de départ et allait sabandonner entre les mains de la providence, lorsquil fut arrêté, jeté en prison, et cruellement torturé comme chrétien. Il na été relâché quaprès plusieurs mois de prison. Le chiffre des baptiseurs dadultes est de 676, et celui des enf. dinf. in art. mortis de 168,608. Une centaine denfants, dont les deux tiers sont des garçons, ont été recueillis et sont élevés pour le compte de la Ste Enfance. « Par la protection du Seigneur, par lintercession de Marie Immaculée, dit Mgr de Maxula, la province du Sut-Chuen est restée en paix ; nous avons put tranquillement administrer tous les chrétiens, ouvrir nos écoles, envoyer nos nombreux baptiseurs, et sauvés bon nombre de dâmes. Veuillez nous aider à remercier Dieu et Marie, à obtenir la conservation de si grands bienfaits et la conversion générale. »

    Mission du Quang-Tong.

    Les inconvénients de la double juridiction à laquelle cette mission était soumise ne sétaient jamais fait sentir aussi vivement que dans le courant de lannée dernière. Ils furent signalés à la S. Cong. par une mémoire de Mgr Guillemin qui, de lavis de ses missres, se décida bientôt après à venir lappuyer lui-même pour mieux en assurer le succès. Il se croisa avec la lettre qui lui annonçait laffranchissement de sa mission de la juridiction de lévêque de Macao et ses bulles qui le nommaient Evêque de Cibystra et préf. ap. du Quang-Tong. A peine le préfet de la propagande eut-il connaissance de sa prochaine arrivée quil nous écrivit dans les termes les plus bienveillants pour lengager à faire le voyage de Rome. Il reçut la consécration épiscopale des mains du St Père lui-même, qui voulut sans doute, par ce témoignage de bienveillance, le dédommager des souffrances du passé et lui donner un gage de sa paternelle protection pour lavenir. S.G. na eu aussi quà se louer du bon accueil quelle a reçu en France, et tout particulièrement de lEmpereur et de lImpératrice. Tout cela, nous lespérons, tournera à lavantage de notre Ste religion que Mgr Guillemin cherche avant tout. Impatient de revoir son cher troupeau et dêtre témoin des grands événements qui se préparent en Chine, ce prélat ne restera plus que peu de temps parmi nous. Il ny a plus aucun de nos confr. dans la ville de Canton. Obligés de quitter à limproviste la maison qui leur servait de résidence, ils ont eu la douleur dapprendre quelle était devenue la proie des flammes avec tout son mobilier, les ornements de la chapelle, et certain nombre dobjets appartenant à dautres confrères. La chapelle flottante de Wampon a dû lever lancre comme tous les navires étrangers qui sy trouvaient et aller chercher un lieu de sûreté dans la rade de Hong-Kong. Quant aux missres de lintérieur, ils sont restés fermes à leur poste, et Dieu semble avoir voulu les en récompenser par des succès inespérés. Lun deux a conféré le baptême à 159 adultes. Heureux confrère ! Cest ainsi que notre bon maître le dédommage des souffrances endurées pour son nom pendant les 6 mois de sa dure captivité.

    Mandchourie.

    Dans une lettre du 14 Janv. dernier, Mgr Verrolles nous dit : « Cette année nous avons bâti au village des Sins, le seul qui nous reste dans louest de la mission en Mongolie, un collège plus ample et plus commode que celui que nous avions au Leao-tong. Ce collège étant au sud de la mission, nous aurons plus délèves. Déjà nous en avons recruté 8 nouveaux. A coté nous avons élevé une chapelle, longue de 92 pieds sur 30 de large, à N.D. des Pins. Elle sera assez bien, à lintérieur surtout, car pour lextérieur nous avons conservé la forme chinoise, nosant élever au-dessus de 25 pieds. Nous avons aussi élevé N.D. des Neiges avec son élégance transept ; longueur 60 pieds, largeur 24, hauteur 23 à 24. Cette année nous allons encore construire un autre oratoire aux saules, N.D. des Saules, qui sera fort élégant. Nous avons encore, joubliais de vous le dire, élevé loratoire des ours sur le golfe de Leao-tong. Nous avons pensé, vu létat de mépris où est tombée notre Ste religion depuis bien longtemps dans ces pays, vu surtout la timidité ridicule des chrétiens et celle plus grande encore des prêtres chinois de Pékin qui visitaient ces provinces, le seul moyen de nous relever quelque peu aux yeux des païens était délever des oratoires fort propres, et, autant que possible bien ornés. »

    Corée.

    « Je viens de terminer la visite des chrétiens de cette capitale, nous écrit Mgr Berneux en date du 6 9bre 1856. Cest la partie de la mission la plus pénible à administrer, les persécutions quil faut prendre sont gênantes à lexcès : à 2h du matin la messe, après la messe le catéchisme, les confessions jusquau soir ; même travail le lendemain dans une autre maison, et cela pendant un mois entier. Ma santé a tenu bon et je me propose daller dans quelques jours faire mission dans la province ; ma tournée sera de 4 mois. » « Grâces à Dieu nous sommes en paix pour le moment. Nous avons eu au printemps 9 Chrétiens mis en prison pour la foi, mais la tranquillité na pas été troublée dans les autres parties de la mission, par une protection toute spéciale de la divine providence. Un mauvais sujet, qui connaît un grand nombre de chrétiens et plusieurs missres, menaçait depuis longtemps de susciter une persécution dans le cours de la 3e lune, il se présente chez un des ministres avec une longue liste de chrétiens quil demande lautorisation darrêter. Heureusement que ce ministre nest pas très hostile à la religion, et craint, en persécutant, de mauvaises affaires avec les puissances européennes. Il chassa cet individu comme étant atteint de folie. Des bruits circulent que ce malheureux ne se tient pas pour battu, et que dans le courant de lhiver il va se mettre à la poursuite des missres dont il connaît litinéraire. » Les adultes baptisés sont au nombre de 446 et celui des enf. dinf. in art. mortis de 1280. La mission élève et entretient aux frais de la Ste Enf. 52 de ces petites créatures.

    Mission du Japon.

    M. Libois est encore supérieur provisoire de cette mission qui compte 4 missres, savoir, MM. Girard, Mermet, Mounicou et Furet. Ces deux derniers confrères sétant embarqués sur deux frégates françaises se rendant sur les côtes du Japon, ne trouvèrent pas un seul européen à Akodadé où une de ces frégates avait fait un assez long séjour lannée précédente, et lautorité japonaise sy montra plus hostile qualors. Cependant nos chers confrères purent faire quelques petites excursions à terre, accompagnés de la police qui les suivait partout pour empêcher toute relation des habitants avec eux. Malgré cela ils purent parler à quelques Japonais ; les gardiens subalternes eux-mêmes épiaient le moment où ils nétaient pas vus par leurs supérieurs pour échanger quelques paroles avec ces étrangers qui entendaient et parlaient leur langue. En général, le peuple paraît fort bien disposé, mais il est dominé par la crainte des mandarins. Les moments marqués par la providence nétant pas encore venus, MM. Furet et Mounicou durent séloigner de nouveau avec un regret inexprimable, dune mission quil leur tarde tant dévangéliser ; et revenir à Lou-tchou près de Mrs Girard et Mermet, se préparer par létude du Japonais à une nouvelle tentative aussitôt que loccasion se présentera. Quelle a été la position de ces deux derniers Confrères à Lou-tchou ? Ils ont quitté la bonzerie dAmicou où ils étaient isolés et sous la surveillance continuelle de la police pour se rendre dans une maison du centre de la ville de Nafa, dont le gouvernement leur avait permis de faire lacquisition, et où ils espéraient trouver plus de liberté. Vain espoir ! « Nous y vivons comme dans un désert, dit M. Mermet. Cétait autrefois un lieu de promenade très fréquenté, aujourdhui les herbes et les épines obstruent le chemin ; les maisons qui regardent la nôtre nous ont tourné le dos et souvrent du côté opposé. Défense de nous approcher sous les peines les plus graves. Tous les deux ou trois jours seulement deux mandarins, choisi parmi les plus rusés et les plus fourbes du pays, viennent pour un court espace de temps déterminé, nous traduire tant bien que mal quelque livre de la Chine et du Japon. Pendant longtemps ils ont eu mission de nous amuser, de nous tromper, et par là de nous faire renoncer à létude de leur langue. Cependant après avoir mis à nu leurs fourberies, après bien des combats, nous sommes parvenus à obtenir des livres japonais ; et ainsi, à leur grand regret, nous leur arrachons et le dialecte de Lou-tcheou, et la langue parlée et écrite du Japon. Quant à nos domestiques, ils sont changés aujourdhui tous les mois et ne peuvent nous parler que pour le service. Malgré cette rigoureuse surveillance, lun de ces domestiques parvint à se faire instruire de la religion chrétienne et reçut le baptême à linsu de ses parents. Son père sétant aperçu quil était chrétien, menaça de le dénoncer lui-même au mandarin sil napostasiait, et comme depuis lors nos chers Confrères nont plus jamais en de ses nouvelles, ils pensent quil a cueilli la palme du martyre. » « Nonobstant le triple cordon de satellites qui nous entourent, nous sommes en rapport avec un père de famille, dit encore M. Mermet ; sil persévère dans ses bonnes dispositions, sa conversion amènera celle de toute sa famille. Mais après le baptême, il faudra les préparer au martyre, car ici aucun chrétien, à moins de transiger avec sa conscience, ne peut vivre ignoré ; il doit opter entre lapostasie et le martyre. » Lentrevue a lieu dans un tombeau. M. Mermet, dont la santé était altéré par lexcès du travail dans létude du lou-tchouanais et du japonais, est revenu réparer ses forces à Hong-Kong. Il sy occupe à mettre la dernière main à une grammaire et un dictionnaire japonais quil a composés lui-même.

    Mission de la Cochinchine occidentale.

    Nous exprimons nos regrets, dans notre lettre commune de lannée dernière, de navoir point reçu la correspondance de Mgr Lefebvre. Nous apprîmes plus tard quelle avait été perdue dans le naufrage de sa barque, dont le personnel seul avait été sauvé par un navire anglais. Même malheur est encore arrivé cette année à la nouvelle barque que S.G. envoyait de Cochinchine à Singapore, et cette fois-ci encore, par un trait tout particulier de la providence, il sest trouvé un capitaine anglais pour recueillir son personnel à bord de son navire. La cause de ce double naufrage est due, à ce quil paraît, au peu de solidité de ces barques. Cette fois du moins les lettres nont pas été perdues. « Quoique la persécution nait pas été moins violente que les années précédentes, nous dit Mgr Lefebvre, nous avons cependant baptisé un plus grand nombre dadultes quà lordinaire. Le tableau dadministration porte ce nombre à 616 ; celui des enf. dinf. baptisés in art. mortis, à 2136, les rachetés à 228 et les adoptés à 130. Luvre de la propagation de la Foi et celle de la Ste Enf. ont été établies dans cette mission, la 1ère a produit une somme de 1534 fr. et la seconde 362. »

    Cochinchine Orientale.

    Mgr Cuenot a fait une longue et très sérieuse maladie dont il nétait pas encore entièrement remis au départ de sa barque pour Singapore, cest-à-dire le 20 mars, M. Herrenght, chargé de le suppléer pour la correspondance, fait connaître dans une lettre du 27 février, les résultats de ladministration qui sont un peu inférieurs à ceux de lan dernier. « Les circonstances politiques dans les 4 derniers mois de lannée, la maladie de Mgr, la mort de deux de nos meilleurs prêtres indigènes et les longues maladies de plusieurs autres ont surtout contribué à amener cette diminution, dit M. Herrenght. » Le chiffre des baptêmes dadultes est de 622, celui des enf. dinf. in art. mortis, de 15,787, rachetés 298, adoptés 63, educandi 92. Ces résultats ne comprennent pas ceux de la mission des sauvages dont les courriers ne sont pas descendus.

    Cochinchine Septentrionale.

    Voici les nouvelles que vient de nous transmettre Mgr Sohier, coadjuteur de Mgr Pellerin. « Un navire à vapeur arriva à Tourane le 17 7bre (1856), et quelques jours après il se présenta au port de Thuân-an, situé en face de la capitale, et apporta des lettres, mais le roi et les mandarins refusèrent de les accepter. Le 26 7bre ce navire a bombardé 3 forts sur la rade de Tourane et encloué les canons qui y étaient. Vers le 25 9bre, une corvette ou une frégate à voiles est venue rejoindre le navire à vapeur. Depuis lors ces deux navires demeurèrent à lancre dans la rade de Tourane sans rien faire de bien remarquable Depuis lapparition de ces navires, la colère du roi va toujours croissant. Il croit que ce sont les chrétiens qui ont appelé des étrangers à leur secours pour les délivrer de la persécution qui pèse sur eux depuis si longtemps. Malheureusement des déclarations qui ont été faites lont confirmé dans ce soupçon. Il y avait à la cour un mandarin chrétien du 3e degré nommé Ho-din-hy. Le 8 9bre, les censeurs publics ont présenté une requête au roi pour laccuser de ce quil pratiquait toujours la religion chrétienne, malgré le dernier édit du roi qui ordonnait à tous les chrétiens dapostasier au bout dun certain temps. Il y avait donc tout lieu de craindre quil neût des intelligences avec les navires et ne leur fit connaître les intentions et les mesures prises par le gouvernement &e. Le roi ayant lu cette requête, loua les censeurs davoir bien rempli leur devoir le mandarin Ho-din-hy fut arrêté le 8 9bre, le jour suivant il fut mis à la question et du le frapper cruellement ; la crainte et la violence de la de la torture lui arrachèrent des aveux mêlés de mensonges qui ont attiré sur nous toutes sortes de malheurs. Entre autres choses il dit quil connaissait un prêtre nommé Oai, donna son signalement, indiqua le lieu de sa résidence, et dit que ce prêtre faisait tous les ans le catalogue des chrétiens et lenvoyait en France ; que voyant les souffrances des chrétiens à la suite de lédit du roi, il avait écrit en France pour implorer du secours et avait confié sa lettre à un navire chinois ; que lannée dernière il avait reçu une réponse où lon disait quon viendrait nous délivrer tôt ou tard &e Mais ce mandarin a toujours refusé dapostasier quoiquon le lui ait ordonné bien des fois. Maintenant il se repent beaucoup de ce quil a fait, et pleure continuellement. Ces déclarations allumèrent un incendie épouvantable. Neuf des plus proches parents du prêtre Oai furent arrêtés dans le lieu de sa naissance, leurs biens pillés et confisqués ; et 49 personnes dans celui de sa résidence. Quant à lui, averti à temps, il prit la fuite sur les montagnes. Ces arrestations jetèrent lépouvante parmi les Chrétiens. Jamais la terreur navait été plus grande même sous le règne de Ming-Mang. Il nest pas encore possible dévaluer les pertes que cette débâcle nous a causées. Cependant la sentence des prisonniers na pas encore été portée : la présence des français intimide le roi et les mandarins Avant lapparition des navires français, nous jouissions dune espèce de calme qui nous a permis de nous livrer à lexercice du ministère plus que les années précédentes. Cependant notre petit tyran a encore envoyé au ciel deux martyrs (Ce sont deux prêtres annamites du Tonquin appartenant lun à la mission de Mgr Retord, et lautre à celle des Dominicains.) Dans le mois daoût, 12 de nos Chrétiens furent livrés par les païens de leur village aux mandarins. Lun deux apostasia au bout de quelques jours, mais les autres tinrent toujours bon. Enfin à la mi-8bre les mandarins les renvoyèrent chez eux après avoir essayé de nouveau de les faire apostasier. » Le nombre des baptêmes est pour les adultes de 361 et pour les enf. dinf. de 634. Les deux navires français dont parle Mgr Sohier avaient été envoyés en Cochinchine par M. de Montigny qui devait sy rendre lui-même aussitôt quil aurait terminé ses négociations avec les rois de Siam et du Cambodge pour un traité de commerce avec la France. Les choses ne sétant pas faites aussi promptement quil lespérait, une avarie et la mousson contraire lobligèrent de retourner à Singapore pour réparer son navire, après quoi il dut prendre la voie des Moluques pour se rendre en Cochinchine. Il ny trouva plus les deux navires quil y avait envoyés et revint sans avoir osé rien faire. A la 1ère nouvelle de larrivée des navires français dans la rade de Tourane, Mgr Pellerin, prenant avec lui M. Jaspin, nouvellement arrivé dans sa mission, sembarqua pour aller les trouver, mais une tempête brisa leur frêle barque et ils furent jetés dénué de tout à la côte non loin de la baie de Tourane. A la faveur de la nuit ils gagnèrent les montagnes sans être aperçus, et après y avoir erré pendant 4 jours, ils arrivèrent mourant de faim et de fatigue dans une communauté de religieuses, quils durent bientôt quitter pour chercher un asyle sur les montagnes contre les poursuites des mandarins. Cétait là que la mort attendait le cher M. Jaspin qui semblait destiné à fournir une longue carrière. En quelques jours la fièvre des bois lemporte, et ainsi sévanouirent les belles espérances que ses talents distingués et sa solide piété avaient fait concevoir. Quant à Mgr. Pellerin, il se rendit à bord des navires français où il servit dinterprète à nos compatriotes dans leurs rapports avec les mandarins. Dans limpossibilité absolue de rentrer dans sa mission, ce prélat vint à Singapore sur ces mêmes navires, et profita du bateau à vapeur de Suez pour venir jusquen France. Son arrivée était vivement désirée au Ministre des affaires étrangères, vu que le Baron Gros, qui avait été nommé ministre plénipotentiaire en Chine avait hâte de sembarquer. S.G. eut une 1ère conférence avec une commission chargée de soccuper de la question annamite, et lui présenta ensuite un mémoire. Quelles résolutions ont été prises ? Quelles instructions données à M. Gros ? Cest le secret du Cabinet. Jusquici il na été expédié pour la Chine que 7 navires de guerres dont plusieurs bateaux à vapeur. Ils formeront, avec les trois qui sont déjà en station dans les mers de Chine, et celui qui porte le plénipotentiaire par la voie du Cap et qui est parti il y a à peine 2 mois, un effectif de 11 navires de guerre. Les motifs avoués de cette expédition sont de demander raison de la mort de M. Chapdelaine et de faire un traité de commerce avec le céleste empire. Aucune mention na été faite de la Cochinchine, mais il est bien probable que M. Gros a des instructions particulières pour ce qui la concerne. Mgr Pellerin, reçu ces jours derniers en audience particulière par lEmpereur, est revenu fort satisfait des bonnes paroles tombées des lèvres de S.M.
    Après le départ des navires du port de Tourane, il est bien probable quune recrudescence de persécution générale et terrible a enveloppé tout lempire annamite, Mr. Herrenght nous écrivait le 19 Mars : « Le vice-roi et le mandarin de la justice de notre province, qui laissaient les chrétiens assez tranquilles, viennent dêtre disgraciés et remplacés cette semaine ; cest dun bien mauvais augure ; aussi nous attendons-nous à une prochaine débâcle. » « Dès le 18 décembre, dit M. Libois, Mgr Retord mécrivait que la persécution redoublait dans la Cochinchine septentrionale et dans le Tonquin méridional, et il sattendait à la voir arriver chez lui.

    Tonquin Occidental.

    « Vers la fin de Juin (1856), dit Mgr Retord, huit des principaux chrétiens du village Nghiate sont partis pour lexil ; leur affaire leur a coûté plus de 1000 ligatures. Ils laissèrent 400 ligatures de dettes que nous paierons pour honorer leur courage à confesser la foi. Nous leur avons donné 244 ligatures au moment de leur départ pour lexil. Nous avons donc maintenant dix confesseurs de la foi à nourrir, car les deux Catéchistes arrêtés avec M. Bonnard sont encore en prison. Laffaire du père Huong (martyrisé le 27 avril) ne nous a coûté quenviron la somme de 600 ligatures, mais le mandarin Phu, où se trouve notre communauté de Vinh-tri, nous a fait payer 20 barres dargent la paix religieuse dont il laisse notre établissement jouir. Cette année nous avons à vous offrir une calamité beaucoup plus considérable et plus désastreuse que les précédentes : cest une inondation telle que de mémoire dhomme on nen avait vu de semblable. Leau sest élevée jusquau toit de presque toutes les maisons ; tout le riz de la moisson dautomne, qui était récemment planté, a péri ainsi quune grande partie de celui qui était en grain. Presque tous les arbres fruitiers sont morts, grand nombre de maisons ont été démolies et emportées par leau, et plusieurs milliers de personnes sont mortes de faim ou ont été noyées, ainsi quun nombre considérable danimaux domestiques. Quelle effrayante famine nous allons avoir dans quelques mois ! De quel désolant nombre de pauvres nous allons être entourés ! Nos prêtres nont presque plus dhonoraires de messes ; nos religieux ne peuvent aller nulle part faire leur petit commerce pour gagner leur vie. » Lettre de Mgr Retord, 7bre 1857.
    Au milieu de tant et de si graves préoccupations, ladministration na pas laissé de donner de bons résultats, comme les chiffres suivants lindiquent.
    Enfants dinfidèles baptisés à larticle de la mort, par les prêtres, les catéchistes, les médecins, les sages-femmes, les religieuses ou les simples chrétiens18,899
    Enf. dinf. achetés, baptisés, nourris par nous, par nos religieuses ou par nos chrétiens294
    Adultes convertis, instruits et baptisés574

    Tonquin Méridional.

    Le dernier compte-rendu qui nous soit parvenu de cette mission se trouve dans deux lettres de Monsgr. Gauthier en date du 26 Mars à notre adresse, et du 4 Avril à ladresse de M. Jammes. Le nombre des baptêmes dadultes était de 143, et celui des enfants dinfidèles de 2758, indépendamment de 81 autres qui sont élevés dans des familles chrétiennes.
    «Malgré linsuccès et les suites malheureuses des deux tentatives que nous avons faites les années précédentes pour annoncer le nom de Jésus-Christ aux nombreuses peuplades qui habitent les montagnes occidentales de cette province, dit Monseigneur Gauthier, nous avons cru en devoir faire une troisième que le bon Dieu semble vouloir bénir. M. Taillandier, notre pro vicaire, deux prêtres annamites et plusieurs catéchistes occupent en ce moment les maisons que les Chefs de ces peuplades ont fait construire pour eux. Ces bons sauvages paraissent être dans les meilleurs dispositions en faveur de notre sainte religion ; leurs talopoins ou bouzes qui sont allés rendre visite à M. Taillandier, ont fait les plus belles promesses. Le mandarin de ces peuplades, qui est un mandarin de second ordre, quoique païen, nous favorise par tous les moyens dont il peut disposer. Il est venu me voir lan dernier ; sa femme et ses enfants viennent dassister aux fêtes de Pâques que jai célébrés dans notre belle église, et lui-même ma fait dire quil viendra dans quelques jours, en compagnie des principaux chefs de ses sauvages, et cela afin de nous inspirer leur confiance et leur estime.
    « Dautres peuplades, sous la dépendance dun autre mandarin, nous ont promis de se convertir si leur mandarin ne sy opposait pas. Or ce mandarin a dit à lun de nos clercs qui est allé lui parler de cette affaire, que nous pouvions agir en toute assurance, que nous navions rien à craindre de sa part. »
    Une lettre du même prélat, portant la date du 21 Xbre 1856, et adressée à lun de nous, annonce la mort de M. Taillandier. Il a succombé à une fièvre typhoïde. Cétait un bien excellent missre. Les païens eux-mêmes, qui assistaient à ses funérailles, témoignaient un vif regret de sa perte. Il avait autrefois enduré de grandes souffrances dans les prisons de Canton. « Cette fièvre typhoïde, dit Mgr. Gauthier, nous a fait perdre beaucoup de chrétiens, et tous les prêtres que jai envoyés pour les administrer ont été malades à mort avec leurs gents pendant plusieurs mois. Ce qui a achevé dentraver encore ladministration, cest lédit que le roi a lancé contre les chrétiens. Il faut des ligatures et des ligatures. Le père Bao, ou Bochinh ne peut pas même trouver une cachette dans sa paroisse ; il a été pris en allant aux malades et racheté 140 ligatures. Laffaire du père Triem a coûté plus de 500 ligatures. M. de Montigny est arrivé, Tu Duc sest fâché ; des ordres très sévères ont été donnés contre nous ; plusieurs mandarins ont été mis à la chaîne, ce qui a tellement effrayé les chrétiens que les gens de Trangnia et Xa doai allaient coucher la nuit dans les champs à la belle étoile. Jugez sil nous était facile de trouver des gîtes. Il a fallu abattre notre Collège et disperser nos élèves. Si les mandarins se mettaient tous debout à notre poursuite, il nous serait impossible de leur échapper. »

    Cambodge & Laos.

    M. de Montigny, en quittant Siam, prit à son bord, comme interprête, notre cher confrère M. Fontaine qui était resté longtemps dans la mission de Mgr Cuenot et devait accompagner le plénipotentiaire en Cochinchine conjointement avec Mgr Miche. De retour à Singapore, ce prélat nous donne quelques détails dans une lettre portant la date du 21 mars, sur linsuccès de la mission de M. de Montigny au Cambodge.
    En voici quelques extraits : « Lorsque je sus, par M. Beurel, que M. de Montigny passerait au Cambodge avec lintention de saboucher avec le roi lui-même, me trouvant alors à Pampon, jen donnai avis à sa Majesté, et je lui dis quil nétait pas probable que S.G. allait jusquà Udong, parce que le temps pressait pour quil se rendit en Cochinchine. Tous les mandarins sopposaient a départ de S.M. pour Campot, de peur de porter ombrage à la Cour de Siam, qui craint toujours que le monarque Cambodgien ne sappuie sur les Européens pour se rendre indépendant. Malgré cela, le roi me fit dire secrètement quil viendrait lui-même, et il envoya un mandarin à Campot pour lui préparer des appartements, ainsi quà sa nombreuse suite. Je fus chargé moi-même de préparer chez moi un manoir pour M. le Plénipotentiaire et sa famille. M. de Montigny arriva accompagné dun mandarin siamois, soi-disant passager, mais au vrai ce nétait quun mouchard, chargé par le roi de Siam despionner et M. de Montigny et le roi de Cambodge lui-même. Tandis quun courrier partait pour Udong, portant au roi la nouvelle de larrivée de lenvoyé de lEmpereur. M. Ausoleil mécrivait que le roi, malgré son désir, ne pourrait pas aller à Campot, parce quil venait de recevoir une lettre foudroyante de la Cour de Siam : on laccusait de haute trahison et dappeler les Français dans son royaume pour se rendre indépendant. A larrivée de M. de Montigny à Campot, le roi prétexta un malaise quil navait pas, et ne vint pas ; il envoya ses trois premiers ministres à Campot avec quelques présents en sucre et poisson sec pour les bâtiments français, et en ivoire et en soie pour lEmpereur. M. de Montigny leur demanda sils avaient des lettres de pleins pouvoirs pour traiter ; leur réponse fut négative. Ne pouvant pas traiter avec le roi personnellement, ni avec ses mandarins qui se montraient fort mal disposés, et qui dailleurs navaient pas de pleins pouvoirs, M. de Montigny prit le parti de faire seul un traité commercial et religieux (qui, sous ce dernier rapport ne laissait rien à désirer), et de lenvoyer au roi par M. Hestrest, avec commission de presser S.M. de lapprouver et dy apposer son sceau. Voilà où en étaient les affaires lorsque je membarquai à Campot sur le Marceau pour accompagner M. de Montigny en Cochinchine. Vous trouverez le reste dans les lettres de M. Hestrest. » (Nous navons pas besoin de dire que ce cher confrère na pu, malgré tous ses efforts, réussir dans une négociation où le plus habile diplomate aurait nécessairement échoué.) « Presque tous les chrétiens de Pinhalu mont écrit : leur récit est des plus affligeants ; peut-être exagèrent-ils un peu. Ils me disent que le roi et les mandarins sen prennent à eux, et quils sattendent à bien des tribulations. De son côté, M. Silvestre mécrit de Battambang quun des grands mandarins de cette ville a aussi rempli loffre despion à la Cour dUdong, quil a assisté à laudience dont parle M. Hestrest, et quà son retour, pour prouver quil na pas peur des Français et quil nest pas leur esclave, il a forcé tous les chrétiens de cette ville de prendre part à des actes superstitieuses. Comme cette ville est soumise à la domination siamoise, jen référai au roi de Siam. Je prévois ce qui arrivera : dans le cas même où ce monarque, conformément au traité conclu avec la France, fera droit à mes réclamations, nos pauvres chrétiens seront vexés dune autre manière. La tactique de ces mandarins nest pas inconnue. Le compte-rendu de ladministration, auquel il manque celui de 2 missionnaires, porte : Baptêmes dadultes, 33 ; denf. dinf.,60. »

    Mission de Siam.

    Un certain nombre de conversions ayant lieu chaque année parmi les païens annamites, une église et deux écoles ont été construites depuis peu dans le camp où ils sont agglomérés au nombre de 2.000, et cela avec la permission du roi et du premier ministre. « Le chiffre des enf. dinf. baptisés in artic. Mortis pendant lannée 1856 est de 2.500 ; ils sont presque tous morts. Environ 100 ont été rachetés depuis lage de 5 à 14 ans. 26 ont été adoptés et 69 sont élevés. « Jai encore deux orphelinats à construire dans deux quartiers populeux de la capitale, dit Mgr Pallegois ; ils seront destinés à recueillir de petites orphelines païennes sous la direction de deux ou trois religieuses dans chaque maison. » « Nous avons possédé ici près de deux mois, dit encore S.Gr., M. de Montigny et sa famille ; il a été reçu avec les plus grands honneurs possibles à Siam, et le 15 août (1856) un traité très avantageux à la religion a été conclu au bruit du canon. M. lambassadeur montre beaucoup de zèle pour la religion. »

    Mission de la Malaisie.

    Mgr Boucho nous a envoyé depuis peu le compte-rendu de son administration de 1855 et 1856. En 1855, le baptême des adultes en santé sest élevé à 277 ; celui des malades baptisés dans les hôpitaux à lart. de la mort à 127, et celui des enf. dinf. en danger de mort à 35. En 1856, adultes baptisés en santé : 293 ; dans les hôpitaux et à lart. de la mort : 121 ; enf. dinf. qui ont reçu la même grâce : 42. « Malgré notre bon désir détendre nos travaux sur dautres points de la Péninsule, nous sommes forcés de nous borner à lentretien des postes déjà établis, dit Mgr Boucho, et cela faute de moyens pécuniaires, puisque lallocation que nous recevons annuellement suffit à peine à lentretien des missres dans les postes déjà existants. Les viatiques de 120 Pts par an sont absolument insuffisants dans des pays occupés par des Anglais, or cest précisément le cas où se trouvent tous nos missres sans exception Quant aux autres dépenses, je dois vous faire observer dabord que la même raison qui rend un si grand nombre de missres nécessaires dans cette mission nous oblige aussi à multiplier les catéchistes, les écoles et les catéchuménats ; or tous ces catéchistes, les maîtres et maîtresses décole et lentretien des catéchuménats sont entièrement aux frais de la mission, à la seule exception des frères de lécole de Pinang, à qui le gouvernement anglais fait une allocation mensuelle, mais qui ne suffit pas à la moitié de ses dépenses, si lon y comprend les passages des frères et les autres frais jusquà leur arrivée dans ce pays, et lentretien de létablissement. »

    Birmanie.

    Cette mission, annexée à celle de la Malaisie, continue dêtre sous la juridiction de Mgr Boucho, qui en a confié ladministration à Mgr Bingandet, Evêque de Ramathey, son coadjuteur. Ce dernier prélat en prit possession au mois davril 1856, et, désireux de connaître par lui-même les principaux points du vaste champ confié à son zèle, il en voulut faire la visite. Arrivé à Amarapoura ; capitale de lempire Birman, il reçut un accueil très-bienveillant de la part de lEmpereur, qui lui fit de vives instances pour lengager à se fixer dans cette ville. DAmarapoura, Mgr Bigandet savança vers les confins du Yun-nan pour explorer la voie de communication entre la Chine et la Birmanie, qui serait dune si grande importance pour nous, dans les circonstances actuelles, si elle était praticable. Voici ce que S.G. nous écrit à ce sujet : « Le P. Barbe et moi sommes partis pour Bhamo le 11 novembre (1856) sur une barque que le roi a bien voulu nous fournir, et nous sommes arrivés à Bhamo le 27 du même mois. Bhamo est une petite ville sur la rive gauche de lIrawady, séparé de la chaîne Est des montagnes par une magnifique plaine large denviron 2 lieues. Les montagnes sont habitées par une tribu sauvage appelée Kaküngs. Au-delà de ces montagnes est une vallée habitée par des Shans, tributaires des Chinois, et au-delà se trouve la véritable frontière de la province du Yun-nan. Il faut trois jours pour traverser. 4 ou 5 jours pour parcourir le pays des Shans, en tout 7 à 8 jours pour arriver à Monien, la première ville chinoise sur la frontière. De Monien à Talifou, la distance est environ 8 jours. La difficulté de communiquer avec la Chine ne vient pas de la longueur du chemin, cela est une bagatelle, mais elle vient de la difficulté traverser en sûreté les montagnes des Kaküngs. Ces sauvages vexent étrangement les Caravanes de toutes les manières, et dans le cas dhostilités le passage devient impossible. 2°. Les quelques Chinois qui sont à Bhamo et à Amarapoura forment un seul Cong-si ou association pour exploiter le commerce de la Birmanie : ils ne verront quavec peine des Européens paraître de ces côtés-là. Vous savez combien est grande la jalousie et susceptibilité des Chinois. 3°. Le gouvernement birman à présent bien disposé, peut changer dun jour à lautre, et refuser ce quil nous accorde en ce moment. 4°. Il faut que les Missres entrent incognito en Chine. Or, cela est très-difficile de ces côtés-ci, parce que le nombre des Chinois est peu considérable, et la présence dun Européen à Amarapoura et surtout à Bhamo fait une grande sensation qui empêche de garder lincognito. 5°. Il est à craindre que le roi birman vienne à savoir que nos missres sont persécutés en Chine. Dans ce cas il ny a pas de doute quil ne nous fermât le passage en Chine par des Etats. 6°. Le transport des objets de la mission de Bhamo en Chine sera toujours très-difficile et dispendieux. Tout se transporte à travers les montagnes sur le dos des mulets et des chameaux. Voilà les principales difficultés qui rendent le passage de la Birmanie en Chine, non pas impossible, mais au moins très-compliqué, douteux et coûteux. Pour obvier à quelques-uns des inconvénients signalés plus haut, il faudrait que Mgr Chauveau envoyât quelque Chinois pour sétablir à Amarapoura ou à Bhamo. Par leur entremise, les missres venant dEurope pourraient trouver moyen de pénétrer en Chine. Sans cela, mon opinion bien fixe est que le passage en Chine est presque impossible. Il est bon que vous sachiez que la guerre ayant lieu entre les tribus Shans soumises à la Chine, et les Chinois, il est très-probable que les caravanes ne pourront arriver de la Chine. Le temps où jétais à Bhamo est celui de larrivée des marchands chinois ; mais non seulement ils navaient pas encore paru, mais même on désespérait de les voir arriver cette année. » Quant aux nouvelles de sa mission, voici ce que Mgr Bigandet nous en dit : « Je viens de recevoir des lettres de M. Lacrampe qui mannonce que les Cavians de lendroit où il est allé se fixer montrent les meilleures dispositions. Près de 2000 se sont fait inscrire comme catéchumènes, désirant entendre la doctrine pour se faire chrétiens. Le P. Domingo, qui est déjà à la tête dune nombreuse chrétienté de Carians, mécrit quil est occupé lui-même à instruire 50 familles païennes. Il est nécessaire davoir en ce lieu plusieurs écoles, non seulement pour les enfants chrétiens, mais aussi pour les enfants païens presque tous deviendraient chrétiens en fréquentant ces écoles. On peut aussi très-facilement acheter un grand nombre denfants dans certains temps de lannée pendant lesquels la disette se fait sentir. Avec les ressources immenses quont les missres anabaptistes américains, ces propagateurs de lerreur ont obtenu de grands succès en suivant la marche dont je viens de parler. On pourrait aussi entretenir des Catéchistes pour baptiser les enfants malades, et dans le temps de choléra et de petite vérole on pourrait faire une abondante moisson. Dans la Birmanie proprement dite on peur avoir presque autant denfants que lon veut. Dans la visite que jai faite de chrétiens qui habitent des villages situés au N.O. et à lO. de la capitale, jai acheté plus de 10 enfants et jeunes gens qui étaient esclaves chez les païens, et qui, placés chez les chrétiens, deviendront tous chrétiens. Mes chers confrères qui ont soin de ces chrétientés mont assuré quavec des ressources pécuniaires on pourrait obtenir un grand nombre denfants et même de jeunes personnes des deux sexes qui tous deviendraient chrétiens. Comme ces zélés missres ont tous quelque pratique dans la médecine, ils ont accès, eux et leurs disciples, chez les païens, et parviennent à baptiser, surtout dans le temps de petite vérole, un grand nombre denfants. Lannée dernière ils en baptisèrent plus de 500. »

    Séminaire de Pulo-Pinang.

    Le personnel de cet établissement se compose dun supérieur, de 5 directeurs et de 130 élèves, appartenant à dix de nos missions, et dont 2 sont retenus provisoirement comme professeurs. Nous recevons chaque année des témoignages satisfaisantes de leur conduite et de leur application à létude, à peu dexceptions près. Quelques uns sont dexcellents sujets. Nous nous occuperons prochainement de tirer cet établissement de la crise financière où il se trouve depuis quelques années et dont nous avons indiqué la cause dans nos lettres précédentes.

    Procure de Hong-Kong.

    M. Libois, accompagné de M. Osouf, sest embarqué pour Singapore au commencement du mois de mars pour mettre à exécution le projet dune succursale de procure, dont la direction serait confiée à M. Osouf. Un terrain a été acheté immédiatement dans une bonne et saine position, et il y a déjà près dun mois que M. Libois nous a annoncé que les ouvriers avaient mis la main à luvre pour y bâtir la nouvelle procure. Les dépenses quelle entraînera seront couvertes par 1°. 2884 pts 65c produit et remboursement de nos cens à Macao en 1855, et qui se trouvent actuellement presque entièrement éteints ; 2° par le boni de la procure de Hong-Kong de cette même année, c.à.d. 618 pts 73c, et 3° par les 3934 f que nous avons prélevés dans cette intention sur lallocation de la Propon., comme il conste du tableau de la répartition qui se trouvera à la fin de cette lettre.
    M. Libois est remplacé à Hong-Kong par M. Rousseille qui y remplit depuis son arrivée les fonctions de sous-procureur. Il ne sest rien passé dextraordinaire depuis lannée dernière dans cette procure ; et presque tous les Missres venus dEurope ont pu être acheminés vers leurs destinations respectives. Il nen a pas été de même des courriers porteurs de largent, des lettres et des effets ; des craintes bien fondées en ont empêché plusieurs de se mettre en route.

    Séminaire de Paris.

    Le personnel de nos aspirants sest maintenu presque constamment au chiffre de 50 et au-dessus, et il doit recevoir une telle augmentation dici à la fin des vacances, si tous ceux que nous avons admis nous arrivent, que, malgré lexpédition prochaine dune douzaine de missres, nous manquerons de chambres et quil faudra en faire quelques unes dans les combles. Nous sommes loin de nous plaindre de cette nécessité, car il sen faut de beaucoup que nous puissions satisfaire à toutes les demandes de nouveaux ouvriers qui nous arrivent de nos missions. Cette année nous ne serons pas ainsi lannée prochaine. Nous avions 17 sous-Diacres à lordination de la Trinité, et un bon nombre dautres seront prêts comme eux à partir lan prochain.

    Propagation de la Foi.

    Les membres des Conseils de cette uvre continuent de nous donner des marques de leur bienveillance, comme le prouve le chiffre de leur dernière allocation. Cette année ils nous ont demandé au mois de mars, comme à lordinaire, notre rapport annuel sur les besoins de nos missions, et malheureusement la position tout exceptionnelle de quelques unes et les circonstances difficiles où se sont trouvées plusieurs autres par suite de la persécution et de la guerre, navaient pas encore permis à leurs correspondances darriver jusquà nous, comme nous navons pas manqué de le faire observer à ces messieurs. Nous navons pu faire valoir la même excuse en faveur de plusieurs autres missions dont nous navions reçu aucuns renseignements bien quelles aient toute facilité de communication avec nous. Nous espérons quelles prendront les précautions nécessaires pour que leurs renseignements nous parviennent désormais en temps opportun, c.-à-d. au plus tard dans le courant de Mars. Nous insistons dautant plus sur ce point que nous savons combien les susdits Conseils attachent dimportance à ces renseignements qui ont une grande influence sur la détermination du chiffre de notre allocation. Nous savons quun grand nombre de nos missions sont dans limpossibilité de nous transmettre leurs comptes-rendus pour lépoque de notre rapport annuel ; aussi ce nest quà celles qui en ont la facilité que nous faisons cette recommandation. Quant aux autres, il suffira quelles nous les expédient chaque année quand elles en trouveront loccasion.

    (suit un tableau des allocations)

    Sainte Enfance.

    Cette uvre a fait une perte vivement sentie dans la personne de son incomparable Directeur M. Jammes, mort le 19 Janvier dernier. Il a été dignement remplacé par M. Levasseur, supérieur gal. Des Pères de la Miséricorde (autrefois les missionnaires de France), qui faisait partie du conseil depuis lorigine de luvre. Comme les devoirs de sa charge ne lui laissent que peu de loisir à consacrer à la Ste. Enfance, il a pour assistant M. labbé de Doue, ecclésiastique distingué et indépendant qui sera sous-Directeur.
    Les recettes de cette année excédaient celles de lannée dernière de 40,000 frs. Le tableau ci-dessous indiquera la part que nous avons eue à la somme de 800,000 frs quelle avait à partager. On y remarquera une allocation extraordinaire de 20,000 frs faite à Mgr Guillemin pour fonder des écoles et des asyles pour les enfants païens baptisés et élevés pour le compte de la Ste Enfance. Mgr Boucho a obtenu une augmentation de 3000 f. pour lexécution dun projet quil a fait connaître au Conseil. Toutes les autres allocations ont été maintenues au chiffre de lannée dernière.

    Sont partis pour les Missions.

    MM.

    Métayer, Isidore, de Séez, parti le 1er Juin 1856, oublié sur la dernière liste. Mandchourie.
    incorporés à Orléans, partis le 29 7bre 1856 :
    Bourjaillat, André, de lIsère. Pondichéry.
    Giraud, Jean-Marie, de Lyon. Pondichéry
    Bourdiat, François, de Lyon. Pondichéry.
    Desaint, Armand-Constant, de Beauvais. Maÿssour.
    partis le 17 avril 1857 :
    Bertail, Jean-Nicolas, de Lyon. Coïmbatour
    Lemarchand, Julien-Fr.-Aimé, de Laval. Coïmbatour.
    Besson, Jean-Félix-Elie, de St. Claude. Mayssour.

    Doivent partir dans le courant du présent mois de Juillet :

    MM.

    Gasmer, Edouard, dAngers. Maÿssour.
    Taquet, Paulin, de Tulle. Birmanie.
    Rappart, Jules-Eugène, de Besançon. Maÿssour.
    Barreau, Jean-Baptiste, de Bordeaux. Cambodge.
    Robert, François, de Gap. Tonquin méridional.
    Dupin, Michel, de Lyon. Collège de Pinang.
    Chevalier, Joachin-Auguste, de Rouen. Mandchourie.
    Triaire, Henri, de Nîmes. Cambodge.
    Bertrand, Pierre, de Rhodez. Birmanie.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un profond respect,

    NosSeigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et obéissants serviteurs,
    None
    Aucune image