Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

lettre n°

Lettre commune de 1856 Nos Seigneurs & Messieurs,
Add this
    Lettre commune de 1856

    Nos Seigneurs & Messieurs,

    Lannée passée, à la date du 24 juin, nous eûmes lhonneur de vous adresser une lettre commune sur les événements religieux et politiques qui pouvaient vos intéresser. Nous allons reprendre la narration des faits qui ont eu lieu depuis cette époque, en commençant par ce qui regarde la Religion. Le St Père a enfin conclu un concordat avec lEmpereur dAllemagne, dont les dispositions nous sont bien connues aujourdhui, puisquil a été publié et même commenté dans certains journaux. LEglise a recouvré tous les droits qui sont de sa compétence, comme lenseignement ecclésiastique, linspection des écoles, lapprobation des livres pour lenseignement, reconnaissance et obligation du mariage religieux pour la validité, liberté complète pour léducation des clercs, leur promotion aux ordres et leur éligibilité aux différentes places et dignités de la hiérarchie ecclésiastique, établissement des ordres religieux, communication et correspondance libre des Evêques et des Ecclésiastiques avec le Souverain Pontife, en un mot, accord entre le pouvoir civil et ecclésiastique, tel quil est tracé dans le droit canon, sauf quelques concessions faites par le Souverain Pontife. Pour quil y eut uniformité dans linterprétation et lapplication des différents articles du concordat, les Evêques et Archevêques de la domination de lEmpire dAutriche se sont assemblés à Vienne sous la présidence du Nonce aujourdhui cardinal, pour sentendre à cet égard, et même se concerter avec le pouvoir civil sur les articles mixtes. Le St-Père leur a même adressé un Bref pour les engager à recourir à lui, toutes les fois quil y aurait quelques difficultés, ou quil surgirait quelques obstacles sur certains articles. Le monde catholique a applaudi à ce concordat, tandis que lhérésie et limpiété ont frémi en cherchant à dénigrer cet accord du pouvoir civil et ecclésiastique, et à en montrer lexécution impossible. Tandis que le St-Père accomplissait ce grand acte, il a couru un grand danger. Etant allé hors de Rome dans le couvent de Ste Agnès qui appartient aux chanoines de St Jean de Latran, pendant quil était dans une des salles du couvent où les élèves du collège Romain sont entrés pour être admis au baisement des pieds, le plancher sest enfoncé sous lui, la entraîné dans sa chute, Lui, sa suite et tous les élèves. En tombant il a donné sa bénédiction à tout les monde, et personne na péri, ni même a été blessé mortellement. Il ny a eu que quelques Elèves qui ont été blessés assez grièvement, mais sans danger. Les autres, cardinaux, Ambassadeurs, Prélats en ont été quittes pour quelques contusions. Pour perpétuer la mémoire de cette conservation extraordinaire du St Père et de sa suite, lon fait restaurer ce couvent qui sera accordé à un ordre religieux, et dans une salle du couvent un peintre distingué y représentera sur un grand tableau lévénement tout entier qui a fait courir à sa Sainteté un si grand danger. Le St Père fait ériger sur la place dEspagne une colonne qui sera surmontée de la statue de la Ste Vierge, en mémoire de la définition du dogme de lImmaculée Conception. On peut dire que le monde catholique concourt par ses largesses à lérection de ce monument. En ce moment-ci on dirait que lAngleterre et le Piémont, pour se dédommager de leur impuissance, déchargent leur haine contre le St Siège. Mais nous pensons que Napoléon arrêtera lexécution de leurs perfides projets. Toujours est-il quils entretiennent par leurs journaux et leurs discours à la tribune linquiétude dans les États Italiens, et enhardissent les révolutionnaires. Lannée passée nous avons laissé la France avec une tendance marquée vers létat religieux, par ses institutions, ses monuments qui se restaurent, sédifient, par les asiles ouverts au soulagement de toutes les misères, et enfin par le zèle et lactivité du clergé tant séculier que régulier, qui seconde, encourage toutes les bonnes uvres, sans parler de celles quil organise et féconde. Ce mouvement religieux se continue ; mais la mauvaise presse fait beaucoup de mal. Plusieurs Sièges Épiscopaux sont venus à vaquer, et ils viennent dêtre remplis par des sujets délite. LEvêque de la Rochelle a été nommé Cardinal et appelé à Rome par le St Père pour y résider, comme il a fait pour lArchevêque de Munich, et comme il fera pour le Cardinal Wiseman ; car lintention de sa Sainteté est davoir des Cardinaux de toutes les nations, afin de connaître par eux ce qui convient à chaque peuple. La Belgique en est au même point que lannée passée, toujours travaillée par la franc-maçonnerie. Le gouvernement de Bade en est venu à de meilleurs sentiments à légard des catholiques, du clergé surtout et du Vénérable Archevêque de Fribourg, Mgr Vicari. On dit quun concordat entre cet état et le St Siège sélabore maintenant.
    En Hollande le rétablissement de la hiérarchie catholique est un fait accompli ; il y a silence absolu sur ce point. Seulement le vieux parti protestant cherche par tous les moyens à rallumer le vieux et incurable fanatisme protestant. Ce quon remarque dans cet état, cest la partialité avec laquelle les places sont distribuées. En Prusse comme dans les autres petits Etats protestants on semble revenir à de meilleurs sentiments à légard du catholicisme. Cependant quoiquon ait nommé lEvêque de Breslau pour aumônier général des troupes qui sont catholiques, lon remarque comme en Hollande, comme en Angleterre, une grande partialité dans la distribution des places, et lon refuse toujours à remplir les engagements pris à légard des catholiques à raison des fondations pieuses ou charitables dont le gouvernement sest emparé. Au milieu de ce mauvais vouloir des gouvernements protestants, la Société St Boniface ne reste pas inactive. On dirait que son énergie et son activité redoublent partout, à mesure quelle rencontre plus de difficultés et quon suscite plus dobstacles à lextension du catholicisme. Nous vous avons dit lannée passée les uvres quelle opérait ou auxquelles elle coopérait. En Danemark comme en Suède, toujours même intolérance et même tracasseries contre les catholiques. Cependant nous savons que des Surs de St Joseph sont allées fonder une école à Copenhague, mais nous ne connaissons pas encore le résultat de leur pieuse entreprise. En Russie on espère que le nouvel Empereur sera plus favorable aux catholiques que son père, et quil accomplira les engagements pris avec Grégoire XVI. Cependant nous navons encore rien de certain à cet égard. Quant à lAutriche, le concordat nous dit tout ce que nous avons à espérer pour la religion. On remarque, comme en France, un grand zèle et une grande activité pour toutes les bonnes uvres et pour toutes les institutions qui sont établies ou quon réforme. Si lon rencontre dans cet empire quelque résistance pour le bien, elle ne vient que de la bureaucratie. Nous concevons les plus grandes espérances pour lextension du Christianisme dans lEmpire Ottoman, daprès les dernières concessions faites par le Sultan en faveur des chrétiens, qui doivent désormais être traités comme les Musulmans.
    Les petits Etats de lItalie, comme Naples et la Toscane, nont pas encore mis leur législation en harmonie avec les principes qui doivent régir lEglise, mais lon a de lespérance pour un meilleur avenir. Le Pïémont est toujours en hostilité ouverte avec le St-Siège, et, lon peut dire, avec tous les bons catholiques. La Suisse, quoique toujours travaillée par le radicalisme, présente des symptômes dun meilleur avenir, quoique lEvêque de Fribourg soit toujours exilé et que dans quelques cantons lon persécute encore les bons Prêtres. LEspagne est toujours dans un pitoyable état, tant sous le rapport religieux que politique. Le Portugal est à la veille de conclure un concordat avec le St Siège. En Angleterre même progrès de la religion, mais aussi toujours même haine des fanatiques contre les catholiques dont ils cherchent à ravir la liberté obtenue. Une université catholique vient dêtre fondée à Dublin. Si nous passons en Amérique, nous la trouvons à peu près dans le même état. Seulement les complications politiques ont un peu amorti les projets liberticides des franc-maçons contre lÉglise dans les États-Unis, où elle sépanouit toujours de plus en plus. Dans les autres États du Sud, lon peut dire que lEglise y languit à cause des bouleversements fréquents qui agitent cette partie des Indes Occidentales.
    Maintenant si nous passons à la politique, nous dirons de lAmérique ce que nous vous en marquions lan passé. La seule chose digne dêtre mentionnée, cest que les Etats-Unis ont été à la veille dune rupture avec lAngleterre, et laffaire nest pas encore arrangée. Dans les petits Etats, guerre les uns contre les autres, changements de Présidents et de constitutions. Si nous passons en Europe, nous pouvons vous annoncer que la paix est faite et a été signée le 30 Mars de cette année. Dans notre dernière lettre nous vous disions que les Français et les Anglais avaient déjà remporté sur les Russes deux victoires, celle de lAlma et celle dInkerman du 5 9bre 1854, où tant dennemis avaient été tué. Le 16 Août 1855, les alliés en remportaient une 3e, celle de Tratkir sur la rivière de la Tchernaia. Nous ne mentionnons pas les sorties, et les petits combats livrés autour de Sébastopol, où les armées alliées ont toujours obligé les Russes à rentrer avec des pertes plus ou moins grandes dans leur place forte toujours resserrée et toujours défendue avec courage et avec acharnement. Nous vous avons dit lan passé que les places situées sur les rivages de la Mer dAzzof avaient été occupées par les Alliés.
    Lannée passée les flottes sétaient emparés de Kinbuen, à lembouchure du Dniéper, et y avaient fait prisonniers tous les défenseurs de cette place. Enfin le 8 7bre Sébastopol est tombé au pouvoir des alliés, qui ont fait des pertes bien sensibles en sen emparant, et en sont restés les maîtres. Les Russes en labandonnant ont fait sauter tout ce quils ont pu, mais ils nont pas tout détruit, parce que les temps et les moyens leur ont manqué, puisque les Alliés y ont encore trouvé dimmenses approvisionnements. Ils ont eu à partager quatre mille pièces de canons. Cette victoire a eu un retentissement universel et a causé partout une immense joie, excepté en Prusse et aux Etats-Unis. Les Alliés se préparaient à continuer la guerre et faisaient dimmenses préparatifs, lorsque la Russie, par lintermédiaire de lAutriche, a consenti à entrer en conférence pour un accommodement. Les plénipotentiaires étaient tous arrivés à Paris pour le 1er Mars, et ils sont aussitôt entrés en conférence sur les conditions de la paix. Lon avait conclu un armistice qui expirerait au 31 Mars, dans le cas où lon naboutirait pas à un accommodement. Enfin, le 30, la paix a été signée, et la ratification des conditions a été faite en moins de trois semaines.
    Pendant que les conférences sur la paix avaient lieu, le 16 Mars lImpératrice est accouchée dun prince, dont la naissance a causé une joie indicible dans toute lEurope, même chez les Russes, dont le berceau a été salué par tous les plénipotentiaires réunies à Paris. Cet enfant qui rassure la France a été ondoyé le jour même où il est né, et aura pour parrain le Souverain Pontife qui se fera représenter par un cardinal. La cérémonie aura lieu le 15 du mois prochain. Si le congrès a eu lieu à Paris, cest que lEmpereur de Russie la désiré, parce que, a-t-il dit, cest Napoléon qui a été le plus juste à mon égard. Dans les protocoles on regrette dy trouver quelques phrases sur lItalie, dont les révolutionnaires peuvent tirer parti pour bouleverser la péninsule. Maintenant que lon jouit de la paix, dont tout les monde se réjouit, excepté peut-être lAngleterre qui ne la reçue que de mauvaise humeur, parce quelle na pas obtenu tout ce quelle voulait, et quelle a perdu de son prestige dans la guerre, il se tient un congrès agricole de toute lEurope à Paris, où il y a des animaux de tous les pays.

    En union de prières & de S. Sacrifices, nous avons lhonneur dêtre,

    Nos Seigneurs & Messieurs,

    Vos très-humbles et dévoués serviteurs

    Paris, le 28 Mai 1856.








    -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------








    Lettre commune de 1856 sur les affaires de notre Congrégation

    Paris, le 25 Juin 1856.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Ayant reçu des lettres de toutes nos Missions depuis notre lettre commune de lannée dernière, nous venons, selon quil est dusage parmi nous, en faire le dépouillement devant vous, non seulement pour mettre en commun nos joies et nos peines, nos craintes et nos espérances, mais encore afin que les succès déjà obtenus et les moyens employés nous servent dencouragement et de leçon pour ce qui nous reste encore à faire. Nous commencerons par nos Missions de lInde.

    Mission de Pondichéry.

    Cette Mission pleine de vie senrichit presque chaque année de quelque nouvelle et précieuse institution. Le nombre de ses chrétiens, daprès le dernier recensement, est de 99,826. 42 Missionnaires et 10 Prêtres indigènes composent son clergé. Il y a un grand et un petit séminaire à Pondichéry : le 1er nadmet que des élèves ecclésiastiques ; le second est mixte et reçoit des élèves internes et externes ; on y en compte aujourdhui 201, dont 32 seulement se destinent à létat ecclésiastique ; les autres sont des indigènes appartenant à différentes castes, y compris celle des Brames, et à lexclusion de celle des Parias. Au mois de 7bre dernier, un autre petit séminaire du genre de ce dernier a été ouvert à Karical ; il compte déjà 80 élèves.
    Un autre établissement dune grande importance a été inauguré le 3 Décembre dernier à Arancoupam près Pondichéry ; il est destiné, sous le nom de Catéchisat, à former des Catéchistes pour tous le Vicariat. Léducation des Malabaresses fait des progrès ; les Surs de St Jospeh de Cluny ont dans leur établissement de Karical plus de 100 jeunes filles dont les deux tiers environ sont indigènes. A Pondichéry, le couvent du St Cur de Marie, dont les religieuses sont indigènes, fondé il y a 11 ans dans le but de former des institutrices pour tout le Vicariat, sera bientôt, nous dit-on, en état détablir un certain nombre décoles dans les campagnes. Ces religieuses seront au moins deux dans chaque localité. Pondichéry possède en outre deux maisons dorphelines, dont lune est dirigée par des religieuses de caste pariate, qui tiennent en outre une nombreuse école de filles appartenant aux castes inférieures.
    Vous voyez par ces détails, Nosseigneurs et Messieurs, quelle importance nos chers confrères de Pondichéry attachent à léducation de toutes les classes et de toutes les castes. Ils ont compris que cest le seul moyen de triompher des préjugés des castes, de régénérer lInde et de la conquérir à lEvangile. Il ny a encore que 11 ans que, par la force de ces mêmes préjugés, toutes les jeunes Malabaresses étaient vouées à lignorance la plus complète, et aujourdhui leur ardeur pour linstruction se manifeste de toutes parts. Dun autre côté, limprimerie malabare que possède la Mission est un puissant moyen de propager les saines doctrines et les divins enseignements de notre sainte religion. Les livres qui sy impriment ne seront pas seulement utiles aux chrétiens du vicariat de Pondichéry, mais encore à ceux des vicariats du Maduré, de Coïmbatour, de Madras, de Jaffna &e.
    Ce nest que lannée dernière que la Mission de Pondichéry a été comprise dans la répartitions des fonds de la Sainte-Enfance, et pour une somme de 1,000 fs seulement. Néanmoins, encouragé par ce faible secours, Mr. Lehodey qui est chargé de la Chrétienté de Pondichéry, eut bientôt, avec lagrément de Mgr de Drusipare, recueilli 29 petites filles païennes qui ont été baptisées et sont élevées par des religieuses indiennes, plus 10 autres enfants confiés à de pauvres familles auxquelles il donne un petit secours mensuel, indépendamment de 8 à 9 autres qui sont élevées gratis. Mgr de Drusipare a aussi autorisé les surs de St Joseph de Cluny, établies à Karical, à ouvrir un Orphelinat pour y recevoir de petites païennes. Un troisième établissement dirigé et soigné par des religieuses indigènes, sera bientôt en voie dexécution. Voici quelles sont à ce sujet les intentions de Mgr Drusipare : « Entre deux montagnes assez rapprochées lune de lautre, dit-il, dont lune est Colimalé et lautre Patchiémalé, se trouve dans la plaine un village dit Cotépaléam, où il y a environ 600 chrétiens et une jolie église de chef-lieu de district. Lan dernier seulement nous commençâmes à implanter la foi à Colimalé. Quant à Patchiémalé, je suis résolu dy faire porter sans délai la bonne nouvelle. Mais cette montagne se trouvant malsaine et fiévreuse, les Missionnaires ne pourront y faire que des courses passagères. Il faudra prendre des moyens pour que nous puissions les seconder de la plaine même. Nous le ferons en établissant un orphelinat dans le village de Cotépaléam où lon recueillera les enfants des deux montagnes. On les baptisera, on les instruira et on les gardera jusquau temps où ils seront capables de gagner leur vie par le travail. Alors on les renverra au sein de leurs familles en prenant des précautions pour quils ne sy perdent pas, et pour quils soient comme dautres petits apôtres auprès de leurs concitoyens. » Il y a dautant plus lieu despérer que les éléments ne manqueront pas, que déjà cétait le projet du Missionnaire envoyé à Colimalé détablir une école dans la plaine pour y instruire les petits montagnards, quil baptise, et que souvent il rachète. Enfin, il est question de fonder un autre établissement, toujours dans le but de luvre de la Ste Enfance, à Vellore, ville située à 30 lieues Nord-Ouest de Pondichéry. Les deux missionnaires à qui est confiée cette chrétienté le désirent vivement et en attendent les meilleurs résultats.
    Les membres du Conseil de répartitions des fonds de la Ste Enfance, tout en payant un juste tribut déloges au zèle de Mgr de Drusipare et de ses Missionnaires, nont pas laissé dexprimer des craintes que le préjugé des castes ne fût un obstacle à lavenir des enfants élevés dans ces établissements, lesquels, à cause de leur contact avec des enfants de castes infimes, et même avec les Missionnaires à cause de leur rapports avec les paroisses, ne pourraient plus rentrer dans les castes auxquelles ils appartenaient par leur naissance. Nous avons essayé de dissiper ces craintes par ce qui se passe dans les séminaires et les écoles de la Mission fréquentés par des enfants et des jeunes gens de différentes castes, celles des Parias exceptée, ceux-ci recevant leur instruction de maîtres et de maîtresses de leur caste. La même chose pourra donc avoir lieu pour ce qui regarde les établissements de la Ste Enfance. Mgr de Drusipare ne manquera pas de donner au Conseil de cette uvre tous les renseignements dont il a besoin à ce sujet.
    La Mission de Pondichéry ne néglige pas non plus luvre du baptême des enfants dinfidèles in art. mortis ; nous en avons pour garant le chiffre de 1404 quelle a inscrits pour lannée dernière sur le tableau de son administration. Les conversions des payens se montent à 541, et celles des protestants rentrés dans le sein de lEglise à 58.

    Mission du Mayssour.

    La Mission du Mayssour, confiée à Mgr. Charbonneaux, compte 16 Missionnaires et 17,000 chrétiens. Elle possède 1 séminaire, 2 orphelinats, 1 couvent, 1 cathécuménat, 8 écoles tamoules, 5 écoles canara, 3 écoles anglaises et 1 presse canara. On y a baptisé, dans le courant de lannée dernière, 110 adultes, et il y a eu 30 abjurations de Protestants. Quarante-trois enfants y ont reçu la grâce du baptême in art. mortis ; 10 ont été rachetés et 15 adoptés ; 36 sont élevés dans les orphelinats de Bengalon dirigés par des religieuses européennes. Ces établissements ont déjà attiré lattention du Journal protestant de cette ville qui les a recommandés à la charité publique.
    « Je vais être obligé, dit Mgr. Charbonneaux, daider un de mes Confrères à construire un petit orphelinat dans le fond dune campagne ; jy suis engagé à la vue dun nombre consolant de Gentils qui viennent se faire instruire ; il y a maintenant 22 catéchumènes. Il y a un avantage à ce que cet établissement soit placé à la campagne, les vivres &e y seront moins dispendieux, et il sera plus facile de placer ces enfants chez des laboureurs dès le bas âge, ou de les établir à lâge convenable. Jespère beaucoup de cet établissement. »

    Mission du Coimbatour.

    Depuis la démission de Monseigr. de Brésillac, la Sacrée Congrégation a confié provisoirement ladministration de Coimbatour à Mgr de Drusipare, Vicaire Apostolique de la Mission de Pondichéry. S. G. a chargé Mr Métral de continuer den prendre soin comme il le faisait déjà depuis le départ de Mgr de Brésillac. Ce cher confrère na avec lui que 10 Missionnaires, ce qui nest pas assez pour ladministration de ses 15,000 chrétiens et la direction de son Séminaire. Nous venons de lui envoyer un nouveau Missionnaire. Cette année nos chers Confrères du Coimbatour se sont tellement épuisés par létablissement des religieuses de Loretto (dont la maison mère est à Dublin), à Ootacamund dans les Neilghéries, quils ont été obligés de faire suspendre les travaux de plusieurs églises en construction, au grand détriment de ce qui existe déjà. Ils ont cru devoir simposer ce sacrifice en vue des excellents résultats quils attendent de ces établissements merveilleusement situé pour devenir importants. On trouve sur les montagnes des Neilghéries, au milieu des chaleurs brûlantes de lInde, la température et toutes les productions des pays les plus favorisés sous ce double rapport en Europe ; ce qui y attire un grand concours de malades de haut parage qui viennent y chercher la santé.
    Nous regrettons que le tableau dadministration et le renseignements dont nous avions besoin pour nos rapports aux Conseils de la Propagation de la Foi ne nous soient pas parvenus ; nous y avons suppléé de notre mieux.

    Mission du Thibet.

    Nous avions la douleur, Nosseigneurs et Messieurs, de vous annoncer dans notre lettre de lannée dernière, le triste événement qui mit fin aux jours de MM. Krick et Boury au moment où nous commencions à avoir confiance au succès de leur voyage. Voici ce qui est arrivé depuis. Le gouvernement anglais fit saisir leur principal assassin, et déjà une sentence de mort avait été prononcée contre lui, quand le Tribunal, prenant en considération une lettre que nous avions écrite à Mgr Carew, Archevêque de Calcutta, et qui exprimait le vu que la mort de ces chers confrères ne fût point vengée, commua la peine de mort en celle des travaux forcés à perpétuité.
    Demeuré seul, Mr Bernard nest pas resté oisif ; il sest transporté chez les Abords et les Boutaniens, mais ni les uns ni les autres nont voulu lui promettre leur concours pour son introduction au Thibet. Il a depuis écrit au Raja de Sikim, pays situé entre le Népal et le Boutan, pour lui demander la permission de passer sur son territoire, et il navait pas encore de réponse lorsquil fut rejoint par Mr Desgodins, jeune Missionnaire que nous lui avions envoyé dici. Ces deux chers confrères prirent alors de concert la résolution daller trouver le Raja de Sikim. La lettre par laquelle ils nous font connaître cette détermination porte la date du 8 février dernier. Ce sont les dernières nouvelles que nous ayons eues de leur part.
    Les choses sont plus avancées du côté de la Chine. Une lettre de Mr Renou, du 4 décembre 1854, nous apprend quil a pénétré jusquà Tsa-rong, pays limité à louest par le Yun-nan et ne relevant que du rois de Lassa. Un riche propriétaire a consenti à lui louer une belle vallée restée inculte faute de bras pour la cultiver : « Avant-hier (2 décembre 1854), nous dit ce cher confrère, jentrais en possession de la vallée dite Bonga, doù le propriétaire ne peut me chasser, daprès des conventions écrites, quen me donnant un fort dédommagement. Si Dieu bénit ces arrangements, je crois avoir trouvé le point que je cherchais depuis plusieurs années. Nous aurons pour nous un pied à terre indépendant et éloigné de tout village. Le terrain est assez vaste pour occuper au moins 10 familles. De là nous pourrons nous avancer peu à peu, faire connaissance avec les Thibétains de lintérieur, acheter des enfants qui, une fois entre nos mains, pourront facilement recevoir les instructions chrétiennes. Cest là mon but, car je ne crois pas quil nous soit possible dici à longtemps de prêcher publiquement. »
    Dans une lettre subséquente en date du 2 Novembre 1855, que nous avons reçue dernièrement, M. Renou nous dit, entre autres choses : « Si Dieu permet que les secours pécuniaires nous arrivent à temps (Mr Fages lavait rejoint), il y a tout à espérer que nos affaires iront à bonne fin. »
    Mgr Chauveau nous parle dune 3e lettre de Mr. Renou à notre adresse, expédiée par Hong-Kong et que nous navons pas encore reçue. S. G. nous en donne la substance. Voici ce que nous y avons remarqué de plus important : « En Avril et Mai de cette année (1855), un violent orage sest élevé contre Mr Renou à loccasion, je présume, de la mort de nos confrères dAssam, et cet orage a failli renverser tout ce que ce cher confrère na fondé quà force de courage et de prudence : le propriétaire du terrain qui nous appartient maintenant ou à peu-près, a été accusé devant le gouverneur de la province de Dzong-riga-Kieu-Dzong, de recevoir chez lui des étrangers à figure singulière, qui étaient, sans doute, frères de ceux morts dernièrement dans la province du midi et dont les intentions paraissent mystérieuses ; la longueur du nez de M. Renou était surtout un énorme scandale pour les accusateurs de son propriétaire. Notre-Seigneur la protégé dans toute ses entraves avec les agents du gouvernement Thibétain ; il a même obtenu un écrit qui lautorise à demeurer dans sa vallée de Bonga, et à voyager dans toute la province sans aucun empêchement. Doù il résulte que ces Messieurs sont aujourdhui plus solides que jamais dans leur 1er établissement. »

    Mission du Yun-nan.

    De grands troubles et des brigandages inouïs ont eu lieu dans plusieurs districts de cette Mission. «On dirait, écrit à ce sujet le Prêtre Lolo qui a précédemment si bien mérité de la religion en confessant courageusement la Foi au milieu des plus cruelles tortures, que les signes précurseurs du jugement dernier se manifestent autour de nous ; des villages entiers sous la proie des brigands qui ne respectent rien Si les peuples se montrent si peu soucieux de donner appui au gouvernement, cest que les mandarins usent injustement de leur pouvoir. Les exactions ont soulevé des districts entiers qui se sont réunis en armes et sont allés briser les portes mêmes des prétoires de plusieurs districts. » Mgr Chauveau, de son côté, nous fait part de ce qui sest passé dans son district : « Beaucoup de payens ont péri, un grand nombre de maisons ont été incendiées, une foule dinnocents ont été massacrés, surtout parmi les enfants dont le sort ma arraché des larmes plusieurs fois. Notre collège de Pieu-Kio a été cerné à plusieurs reprises par les Mahométans (principaux auteurs de tous ces désordres) ; mais nous étions de force à nous défendre, et dailleurs tous les payens des environs sont venus à notre secours. Nos chrétiens, Dieu merci, nont comparativement souffert que très-peu de chose ; je pourrais même dire quils nont rien souffert, &e. »
    « Mr Dumont nous écrit Mr Huot, est toujours à la capitale du Yun-nan. Je dois lui rendre le témoignage quil a travaillé jusquà présent avec une grande bénédiction Ses chrétiens sot peu nombreux, mais dispersés sur une surface de 15 journées du Nord au Midi, et de 10 de lEst à lOuest Plusieurs de ses chrétiens sont encore dans les fers sans quil puisse les secourir autrement que par des aumônes qui souvent ne leur parviennent pas, &e. »
    Malgré toutes les perturbations quelle a eues à souffrir, la mission du Yun-nan na point été stérile en fruits de salut, comme le prouve le chiffre de ses baptêmes qui est de 118 adultes et de 6,897 enfants dinfidèles in art. mortis. Mgr de Philomélie a dû ordonner 3 de ses élèves revenus de Pinang ; ils seront dun grand secours dans une mission où ladministration présente des difficultés toutes particulières provenant de létendue et de laspérité de son territoire.

    Mission du Koui-tchéou.

    Mr Faurie ayant refusé pour la 2e fois la dignité épiscopale, la mission du Koui-tchéou continue dêtre administrée par M. Perny, secondé par 4 Missionnaires et 2 prêtres indigènes. Nous avons bon espoir que la Sacrée Congrégation fera bientôt cesser cet état de veuvage. Bien que le nombre des Chrétiens ne dépasse guères 2000, les résultats de ladministration ont été des plus consolants, comme ont peut le voir par le chiffre des baptêmes qui est pour les adultes de 253, et pour les enfants dinfidèles in articulo mortis, de 15,924 sur lesquels 3836 sont morts. Encore ce nombre aurait pu être plus élevé si linsurrection neût mis des obstacles à la libre circulation des baptismes dans certains districts. » Quelques uns ont été arrêtés et mis en prison où ils ont beaucoup souffert, dit Mr Perny Ils ont été mis en liberté après une captivité de quelques mois. Deux ou trois de nos pharmacies ont été fermées par ordre des mandarins Nos asyles nont pas été troublés. »
    « Jai eu lhonneur de vous mander quune tribu Miaotse avait reçu la bonne nouvelle du salut, nous écrit encore Mr Perny. Cette tribu donne beaucoup despérance. Jai recueilli déjà quelques uns des enfants à Tchang-Kia-tre pour faire leur éducation. Nous sommes fort satisfaite de leur piété et de leurs progrès dans les lettres chinoises Voici un autre district qui vient de surgir sous laction dune de ces grâces merveilleuses. Il compte près de 400 néophytes pleins de ferveur : un missionnaire au milieu deux pendant quelque temps triplerait bientôt leur nombre. » Et dans une autre lettre, le même confrère nous dit : « Notre cher confrère M. Lyons a failli périr sous les coups dune bande de malfaiteurs qui a fait une razzia complète dans la maison où il se trouvait : Livres, ornements, vêtements, provisions de bouche, tout en un mot jusquaux objets les plus minimes, est devenu la proie des brigands. La perte de M. Lyons, lincendie de loratoire, sont évalués à près de 300 taëls »

    Mission du Sut-chuen.

    Un décret de la Sacrée Congrégation que nous avons reçu les mois dernier, nous a annoncé la division du Sutchuen en deux vicariats apostoliques, auxquels elle a donné les noms de méridional et de septentrional. Le 1er est confié à Mgr Desflèches, et comprend environ 18,000 chrétiens ; le second qui en compte une quarantaine de mille, reste à la charge de Mgr de Maxula : Il y a dans la mission du Sut-chuen 15 missionnaires, 33 prêtres indigènes, 3 séminaires, 1 grand et 2 petits. Le dernier recensement a donné 58,789 chrétiens. On a baptisé dans lannée 590 adultes, et 173,593 enfants dinfidèles in articulo mortis, près de 21 mille plus que lannée dernière. Le nombre des baptiseurs à gages sest augmenté de 42 et celui des pharmacies de 12.
    Mgr de Maxula et M. Delamare sattachent à prouver par des chiffres que des résultats beaucoup plus considérables pourraient encore être obtenus avec un nombre proportionnel de baptiseurs, lun et lautre prenant pour base de leurs raisonnements les naissances et les décès des enfants chrétiens, chiffres connus, et estimant au-dessus de 30 millions la population du Sut-chuen. Mais ces baptiseurs ne se tromperont-ils jamais sur le danger de mort et ne succomberont-ils point souvent à la tentation dexagérer le nombre des enfants régénérés par eux ? Cest contre ce double inconvénient que Mgr de Maxula a cru devoir prendre les précautions suivantes : « Chaque année, dit-il, jenvoie aux Missionnaires le tableau général de ladministration des sacrements, des confessions, des communions &e ; il y a une case pour les enfants dinfidèles baptisés en danger de mort. Les confrères peuvent communiquer ce tableau aux prêtres voisins ; chacun peut y voir son nombre denfants baptisés. Sur la somme totale, je retranche chaque année depuis 10 ans, 5, 6, ou 8 mille, et depuis 4 ans 10,000. Ainsi cette année je vous annonce 173,593, tandis que la somme du tableau est de 183, 593. Ces 10,000 retranchés réparent lerreur probablement commise (par la fausse estimation du danger de mort) Nombre de fois, par écrit et de vive voix, jai recommandé aux Missionnaires et aux prêtres de répéter souvent aux baptiseurs de ne baptiser quen cas de danger ; jai défendu de témoigner du mécontentement à ceux qui baptisent peu denfants en faisant leur possible, de peur que, réprimandés, ils en baptisent sans danger ou naugmentent le nombre. Sil y a des baptiseurs qui fraudent en augmentant, ils sont en petite quantité, je pense, si même il y en a. Nous leur recommandons de ne dire que le vrai nombre. Leur piété doit nous rassurer, et leurs fraudes ne monteraient pas à 10,000 par an. »
    Nous aimons à croire que ces courriers méritent le bon témoignage que leur rend Mgr de Maxula et quils prennent toutes les précautions possibles pour ne pas baptiser plusieurs fois le même enfant ; mais comme cela doit arriver quelquefois même sans quil y ait de leur faute, ils ont lordre de ne conférer le baptême que sous condition.
    M. Delamare nous écrit en date du 22 9bre dernier : « Mgr de Maxula approuve et désire beaucoup mécrit-il aujourdhui, lécole normale des maîtres décole. Il y a tout lieu despérer que nous pourrons bientôt mettre la main à luvre. »

    Mission du Quang-tong.

    A la date du 25 avril 1855, M. Guillemin rendant compte des résultats de son administration, inscrivait sur son tableau 137 baptêmes dadultes, et 2,155 denfants dinfidèles in articulo mortis, chiffres inférieur à ceux de lannée précédente. Ce cher confrère attribue la cause de cette diminution à létat de bouleversement dans lequel sest trouvée la province du Quang-tong, et qui na pas permis à lui ni à ses missionnaires daller visiter les chrétiens comme ils lauraient voulu. Postérieurement nous avons appris que M. Chapdelaine a réussi au-delà de toute espérance au Kouang-si où il était allé ouvrir une mission. En peu de mois, dans un pays tout payen, il a converti près de 200 personnes.
    Cette mission a subi et subit encore en ce moment de cruelles épreuves. M. Jacquemin, après avoir vu piller et brûler son habitation, a été retenu pendant 5 mois dans un affreux cachot, et M. Leturdu livré à ses satellites par des chrétiens à linstigation dun prêtre indigène, sest vu obligé, pour éviter de plus grands maux, de racheter sa liberté pour un somme de 100 pts, et dabandonner son poste de Etchaou-tcheou. En butte aux vexations incessantes du clergé indigène, nos chers confrères ont adressé à Rome des instances pressantes et réitérées pour obtenir un affranchissement complet de la juridiction de lEvêque de Macao comme lunique remède aux maux quils ont à souffrir. Les réponses de la Sacrée Congrégation témoignent le désir et limpossibilité de faire droit à leur requête en présence des grandes difficultés où elle se trouve. En effet, il sagit de la conclusion dun concordat depuis longtemps débattu entre le St Siège et la nation portugaise, si susceptible en ce qui touche de près ou de loin à ses prétendus privilèges. Or, soustraire la mission du Quang-tong à la juridiction de lEvêque de Macao quand les négociations sont encore pendantes, ne serait-ce pas sexposer au danger den compromettre le succès, et peut-être donner lieu aux plus fâcheux résultats ? Néanmoins en ajournant cette mesure, la Sacrée Congrégation ne la perd pas de vue, comme le prouve ce quelle écrivait à M. Albrand le 29 avril dernier : « Per gratum fuisset rem de cantonensi Praefectura definitam Dni T. nunchaku. Ex incerto tamen adhuc pernotae negociationis exitu, dilatam scias volumus. Ot primum tamen fieri poteris absolvendam curabinus. » An attendant, nos chers confrères auront grand besoin de ce courage et de cette patience dont ils ont donné jusquici tant de preuves, pour ne pas se porter à des extrémités qui pourraient avoir de funestes conséquences pour lavenir de leur mission.

    Mission de la Corée.

    Nous avons reçu récemment une lettre de M. Maistre en date du 3 9bre 1855. Le dernier recensement a donné 13,638 chrétiens. Il y a eu 516 baptêmes dadultes, et 1,194 denfants dinfidèles in articulo mortis, dont 835 sont morts. Ce cher confrère donne des détails fort intéressants sur les enfants qui sont élevés au compte de la Ste Enfance depuis plusieurs années. La moisson est abondante, mais les ouvriers sont en bien petit nombre, 2 missionnaires européens dont lun, M. Daveluy, a une faible santé, et un prêtre indigène pour un si grand nombre de chrétiens dispersés çà et là et souvent dans des lieux dun abord fort difficile ! Mais un secours puissant et ardemment désiré leur sera enfin arrivé, nous lespérons du moins. Mgr Berneux a pu sembarquer le 17 Janvier à Chang-hai avec 2 missionnaires sur une barque chrétienne qui, en se rendant au Leao-Tong, devait les déposer en Corée. Dieu veuille quils y soient arrivés à bon port : il est probable quils y auront trouvé toutes choses en paix, car M. Daveluy nous dit, dans une lettre du 1er Novembre 1855 : « Pendant le cours de ladministration, rien de marquant ne sest passé ; ce fut presque partout grande tranquillité ; on ne nous inquiète pas ; que pouvons-nous désirer mieux pour le moment ? chaque année quelques faits révèlent une tolérance et un esprit inconnus autrefois ; doù les payens prennent occasion de dire que tel ministre ou tel grand personnage sont aussi des tsien-tsai-hae, car cest ainsi que les payens nomment la religion° nous en rions sous cape, mais il nen est rien, &e. »
    Nous avions écrit ce qui précède lorsque nous est arrivée la lettre de M. Libois du 9 Mai dans laquelle il nous dit : « Je suis heureux de vous apprendre que jai des lettres de Mgr Berneux qui mannonce son heureuse arrivée en Corée avec ses deux confrères Il restait encore 40 lieues à faire les long de la côte, mais le difficile était fait, et le reste offrait peu de dangers Jai des nouvelles de Janvier de la Corée : tout y était en paix. »

    Mission de la Mandchourie.

    Mgr Verrolles vient de nous envoyer quelques renseignements à la date du 25 Janvier dernier. Il a 5000 chrétiens et 8 missionnaires. On a baptisé 49 adultes dans le courant de lannée. Le baptême des enfants dinfidèles est annuellement de 12 à 15 cents. On a commencé à adopter des enfants dinfidèles, mais en petit nombre, vu les dépenses plus grandes, là quailleurs, et linsuffisance des allocations de la Ste Enfance. Cette mission toute nouvelle, placée jusquici dans des circonstances difficiles et désastreuses, sort à peine du chaos, dit Mgr Verrolles. Avec un peu de liberté tout pourra marcher. Les préjugés sont déjà bien diminués. Nous élevons des oratoires propres qui relèvent la religion aux yeux des payens. Celui des Pins coûtera 12,000frs, celui du Pars 15,000frs. Les autres (il en faudrait encore 12 ou 15) coûteront à proportion. Cest quici tout est fort cher, &e. »

    Mission du Japon.

    Cette mission se compose de 4 missionnaires, savoir : de Mrs Girard et Mermet qui sont depuis le commencement de lannée dernière aux iles Loutchou, dépendantes du Japon, et partie intégrante de la mission ; et de Mrs Mounicou et Furet, dont M. Libois nous donne les nouvelles suivantes dans sa lettre du 14 avril dernier : « Mrs Mounicou et Furet sont partis le 6 de ce mois pour le Nord, le premier sur la Virginie et le second sur la Sybille (corvettes de guerre françaises). M. lAmiral Guérin sest montré dans cette circonstance on ne peut plus bienveillant. Cependant il ne ma pas dissimulé quil ne croyait pas pouvoir, à moins de circonstances imprévues, les établir encore cette fois au Japon° les Japonais ny consentiraient pas, et nos autorités françaises ne voudraient pas les indisposer maintenant, dans la crainte de nuire au traité quelles se proposent de faire prochainement mais comme le but principal actuel de nos confrères est dapprendre la langue, ils espèrent avoir des relations avec des Japonais, et peut-être même passer quelques mois à terre, si lon établit, comme lan dernier, un hôpital à Akodadé. Or, avec ce quils savent déjà, ils pourraient profiter beaucoup dans ce peu de temps, puis ils pourraient peut-être avoir quelques renseignements sur les anciens chrétiens. Sils sont obligés de revenir avec la division, M. Guérin les portera à Napa (lieu de résidence de Mrs Girard et Mermet) où il a promis daller lui-même pour sassurer si son traité est exécuté. » Les autorités locales sétaient engagées envers lui à avoir tous les égards possibles pour nos chers confrères, à leur fournir tous les moyens nécessaires pour apprendre la langue, et à leur assigner un terrain et à Mrs Leturdu et Adnet, toujours sous lil de la police et sans aucun moyen de communication avec les indigènes, qui fuyaient à leur approche pour ne pas encourir la peine de mort prononcée contre ceux qui saboucheraient avec nos chers confrères. Cet isolement ne les a pas empêchés de faire beaucoup de progrès dans létude de la langue quils parlent déjà avec beaucoup de facilité. M. Mermet travaille à la composition dun Dictionnaire et dune Grammaire qui sont déjà fort avancés.

    Mission de la Cochinchine orientale.

    Mgr Cuenot a 7 missionnaires qui tous, excepté un quil retient près de lui, travaillent chez les sauvages. Ses prêtres indigènes sont au nombre de 24. Il a 2 séminaires en Cochinchine, et 24 élèves au séminaire de Pinang. Le nombre des chrétiens est de 32,731 ; 1201 adultes et 20,354 enfants dinfidèles in articulo mortis ont été régénérés dans les eaux du baptême dans le courant de lannée.
    Pour ce qui est de la mission des sauvages, voici ce quen dit M. Dourisboure dans une lettre du 7 9bre 1855. Les progrès de la religion sont très lents chez nos pauvres Cantranais ; ce qui provient en partie de la difficulté de parler aux sauvages, qui sont presque toujours aux champs ; et aussi des attaques de lennemi de tout bien contre les efforts que nous faisons pour enseigner notre sainte religion. Cependant jai versé leau sainte sur la tête de quelques adultes ; ils sont au nombre de 9 dont 3 pères de famille, 3 jeunes gens en âge dêtre mariés et 3 jeunes garçons de 14 à 17 ans. Le jour de la cérémonie, 3 enfants en bas âge ont aussi été régénérés dans les eaux du baptême. Nous avons actuellement un petit nombre de catéchumènes qui se préparent à la même grâce. Nous navons encore aucune femme chrétienne. Il y en a pourtant actuellement quelques unes qui étudient, mais elles sont si légères. Chez M. Combes, la religion est bien mieux vénérée quà Can-Trong ; la raison en est que chez lui les familles étant plus nombreuses, le chef devenu chrétien, les superstitions cessent. » Mgr Cuenot, en citant cette lettre de M. Dourisboure, ajoute : « M. Combes a aussi baptisé plusieurs adultes, et son petit troupeau saccroît petit à petit. Un de nos pères avait aussi ouvert la mission chez les Gia-rai qui paraissaient on ne peut mieux disposés à embrasser notre ste religion. Mais ayant été attaqués dune épidémie sur ces entrefaites, ils se sont persuadés que cétait leur divinité abandonnée qui se vengeait, et ils ont repris les superstitions quils avaient abandonnées en grand nombre. » Dans une lettre précédente, S.G. portait ce nombre à 8 ou 9 cents.
    « Lédit de persécution, dit encore Mgr Cuenot, na pas eu toute les mauvaises suites quon avait lieu de craindre, et voilà près de 6 mois quon nous laisse assez tranquilles. Le bruit court que le roi veut enfin accorder la liberté de religion, mais cest un bruit qui nest pas fondé ; et sil se réalisait, je crierais au miracle. »

    Mission de la Cochinchine Septentrionale.

    « Le Clergé de la Cochinchine septentrionale, dit Mgr Pellerin dans sa lettre du 22 décembre 1855, se compose de 3 européens dont deux Evêques et un missionnaire, de 17 prêtres indigènes, 2 diacres, 4 sous-diacres, 6 minorés, 12 tonsurés. Les autres élèves de la Mission qui sont avec nous, sont, au moment présent, en assez petit nombre. Nous navons pas encore osé réunir tout notre monde, et plusieurs sont ou chez eux ou à la suite des prêtres. Au collège de Pinang nous avons 23 élèves. Nos catalogues de cette année portent que la population chrétienne a augmenté denviron 300. Cependant nous laissons toujours pour le nombre de nos chrétiens le chiffre rond de 25,000. Adultes baptisés 68, Enfants dinfidèles baptisés à larticle de la mort 593. Nous avons de plus une centaine denfants de payens que nous avons achetés et dont nous surveillons léducation qui, pour plusieurs, est à nos frais. »
    « Bien que les craintes inspirées par le nouvel édit de persécution ne se soient pas réalisées, il a néanmoins donné lieu a bien des misères, dit encore Mgr Pellerin ; le ministère surtout a été entravé ; ladministration des sacrements na pu se faire que très difficilement : dans plusieurs endroits elle na même pas pu être faite du tout : cest ce qui explique pourquoi notre catalogue est assez faible. Mais on regarde comme une protection visible de notre bonne mère immaculée que lexécution de lédit publié en octobre nait pas été pressée, et que les grands mandarins semblent ny pas faire attention ; quon nait rien exigé des mandarins chrétiens. Pour ce qui regarde nos chrétientés, si elles ont eu des tracasseries, sil a fallu dépenser de largent, ca été le fait de quelques chefs de cantons ou chefs villages mauvais sujets, ou de quelques autres petits mandarins ruinés. Le roi et les grands mandarins ne soccupent plus de la religion chrétienne, et les chrétiens peuvent respirer. Le bruit court même partout que nous aurons la liberté dans peu ; ce bruit nest fondé sur rien, mais il indique quon est las de persécuter, et évidemment le saint et immaculé Cur de Marie nous protège. Aussi jespère que lannée qui vient sera meilleure que les précédentes. »
    Mgr Pellerin nous annonce lenvoi des corps des vénérables martyrs Paul Baong, et André Trong, Antoine Nâm et Simon Boa, les seuls qui restassent dans sa mission. Nous serons heureux de leur donner place au milieu des précieuses reliques que de nombreux fidèles sont toujours si avides de vénérer.

    Mission de la Cochinchine Occidentale.

    Nous regrettons beaucoup de navoir point reçu cette année de lettres de Mgr Lefebvre, ni pour nous ni pour les Conseils de la Propagation de la Foi ni pour Rome. S.G. dont nous connaissons lexactitude, aura certainement écrit mais que sont devenues ses lettres ? Cest ce que nous ignorons. Celles de Mrs Borelles et Pernot nous sont parvenues, ce nous pouvons juger, daprès les détails quils nous donnent, que les choses se sont passées dans cette mission à peu près de la même manière que dans les deux précédentes : « Par la vertu de la proclamation du dogme de lImmaculée Conception (du moins nous aurons à le penser), nous dit M. Pernot, la persécution que je vous annonçais dans mes lettres de Février, et qui paraissent devoir être si furieuse, a été douce, et même dans la province du vice-roi, à Saigon, lédit na pas été publié ; dans toutes les autres provinces il a été solennellement affiché, et par ci par là quelques mandarins ont déployé un certain appareil pour intimider les chrétiens. Dans lendroit que jhabite en particulier, un mandarin est venu, qui, pendant 2 ou 3 jours, a couru les environs, mais partout les hommes sétaient sauvés, ne laissant que les vieilles femmes au logis Il ny eut point darrestation. En se retirant il avait menacé pour le 6e mois, mais alors, voyant quon ne lui portait rien, il sest abaissé à faire demander quelques ligatures quon lui a bien a regret, octroyées, et la chose a été finie par là. »
    Dans sa lettre du 9 Mai que nous recevons aujourdhui 29 Juin, M. Libois nous donne les nouvelles suivantes : « La barque de Mgr Lefebvre a fait naufrage ; heureusement le personnel a été recueilli par un navire anglais qui sest trouvé dans ces parages. La capitaine ma remis 5 élèves dont il a pris le plus grand soin, et a refusé de recevoir aucune compensation pour les dépenses. Tout a été perdu, même les lettres, excepté quelques unes de Mgr Lefebvre. »

    Mission du Cambodge et du Laos.

    Nous avons sous les yeux une lettre de Mgr Miche en date de 30 Janvier dernier. S.G. ayant rapporté des passeports de la part du roi de Siam pour MM. Ausoleil et Silvestre dont la première tentative sur le Laos navait pas réussi à cause de lopposition et du mauvais vouloir des autorités Laotiennes, sempressa dy expédier de nouveau ces chers Confrères, qui espéraient pouvoir, grâce à la haute recommandation de Sa Majesté Siamoise, pénétrer jusquau cur du pays quils étaient destinés à évangéliser. Mais les choses tournèrent bien autrement quils ne lavaient pensé : « Ils remontèrent le Mécon jusquà Khong, chef-lieu de la province de ce nom, où ils eurent mille déboires à dévorer de la part du gouverneur qui ne cherchait quà entraver leur marche, dit Mgr Miche. Cependant, à force de démarches et de persévérance, nos confrères purent louer une barque pour remplacer celle quils venaient de quitter. De là, remontant toujours le grand fleuve, et sondant les dispositions du peuple envers la religion chrétienne, ils se rendirent à Bassac. Ce fut là le terme de leur course. Les mandarins de Bassac firent si bien jouer les ressorts de la politique siamoise, que sans défendre positivement à nos confrères de continuer leur marche, ils les mirent dans limpossibilité de le faire. Ils défendirent à leurs subordonnés de leur louer des barques ; et par leurs menaces ils intimidèrent si bien ceux qui auraient pu leur prêter aide et secours, quils se virent dans la nécessité de revenir sur leur pas faute de guides et de rameurs pour les conduire plus loin. Connaissant depuis longtemps la politique des mandarins Siamois, je mattendais à ce triste dénouement. Qui sait ? Peut-être quune lettre secrète partie de Bankok a prescrit aux gouverneurs de Khong et de Bassac la conduite quils ont tenue envers nos Confrères : cela sest vu plus dune fois dans ce pays. »
    Les obstacles à la conversion des Laotiens sont, daprès M. Ausoleil :
    1°. LEsclavage : « Si la proportion du nombre des esclaves est la même dans toutes les provinces du royaume que dans celles que nous avons visitées, on peut dire sans exagération quil y a au moins la moitié de la population qui est esclave. Lautre moitié comprend lees hommes de corvée et les maîtres des esclaves. Quoique les hommes de corvée ne soient pas proprement des esclaves, leur conversion offre les mêmes difficultés que celle de ces derniers, à cause de la dépendance servile où ils sont par rapport à leurs chefs, et des droits tyranniques que la loi accorde à ceux-ci sur leurs subordonnés. »
    2°. Le manque de liberté religieuse : « Il ny a aucune loi qui défende aux Laotiens de se faire chrétiens, mais les mandarins, soit pour plaire au roi de Siam, soit par préjugé ou par haine contre le Christianisme, ou peut-être encore par crainte doffenser les croyances populaires, détournent leurs administrés de se faire chrétiens &e. »
    3°. Lindifférence de ce peuple, son indolence, son attachement obstiné à toutes les superstitions du Boudhisme. « On dirait que Dieu, pour les punir de labus déplorable quils ont fait des lumières de la raison, les a plongés dans cet affreux aveuglement. Ils conviennent tous que la religion chrétienne est belle ; la plupart avouent même quelle est la seule vraie, or cependant nous nen avons pas vu un seul parmi eux qui fut convaincu de la nécessité de lembrasser.
    4°. La difficulté de circuler librement pour pouvoir prêcher. « Quand bien même on obtiendra du roi de Siam des lettres en bonne et due forme, les mandarins trouvent toujours l moyen de les rendre nulles, assurés quils sont que leur conduite sera toujours approuvée en haut lieu si les missionnaires vont se plaindre. »
    M. Basset, qui travaille à la conversion des Chinois ; na pas jeté en vain la semence de la divine parole comme nos chers confrères du Laos : il en a déjà baptisé un bon nombre. « Mais ce qui le désole, nous dit Mgr Miche, cest que ses néophytes lui échappent. À peine régénérés dans les eaux du baptême, ils se dispersent ; les uns se rendent en Cochinchine, et les autres à Singapore ou en Chine. »
    Le relevé de ladministration porte 54 baptêmes dadultes, et 25 enfants dinfidèles in articulo mortis.
    « Nous sommes toujours en très bons rapports avec les autorités, nous dit encore Mgr Miche, et le voyage que jai fait à Bankok na pas peu contribué à les consolider Jespère que petit à petit et avec un peu de zèle et de persévérance dans nos efforts, nous pourrons encore faire quelque bien sur ce terrain ingrat et stérile. »

    Mission du Tonquin occidental.

    Deux Evêques, 9 missionnaires, 74 prêtres indigènes, 190 élèves ecclésiastiques dont une trentaine étudient la Théologie ; plus de 200 catéchistes patentés ; près de 700 élèves catéchistes ou domestiques de la maison de Dieu ; 24 couvents de religieuses renfermant 509 sujets, et près de 139,000 chrétiens « qui, à part un petit nombre, dit Mgr Retord, observent tous les préceptes de la religion avec une exactitude, une assiduité et une constance capables de faire rougir les vieux chrétiens dEurope : tels sont les éléments de cette belle & importante mission.
    Le tableau dadministration porte : payens adultes convertis à la foi, instruits et baptisés, 1451, enfants dinfidèles baptisés in articulo mortis, 19 676 ; enfants dinfidèles rachetés et baptisés, 553. Tous ces enfants, dit Mgr Retord, ont été placés dans nos maisons de Dieu ; chez nos religieuses et surtout dans des familles chrétiennes qui les adoptent et les élèvent comme les leurs propres. Nous recevons peu de ces enfants dans nos collèges parce que les enfants des chrétiens valent ordinairement mieux. Il est préférable pour ces enfants quils soient élevés dans des familles chrétiennes où ils sont habitués aux travaux de la vie champêtre. »
    Le baptême des enfants moribonds offre dans certaines localités de la mission des difficultés particulières dont la charité des baptiseurs, réchauffée par le zèle toujours si ardent de Mgr Retord, est ingénieuse à triompher : «Nous exerçons tous nos chrétiens à savoir baptiser, dit S.G., et nous les exhortons tous à rechercher les enfants dinfidèles en danger de mort et à les baptiser. A la fin de lannée, tous ceux qui ont baptisé quelques enfants viennent le déclarer au prêtre annamite ou au missionnaire européen de leur paroisse. Le nombre des personnes qui ont baptisé quelques uns de ces enfants est très considérable. Il y a bien quelques personnes que lon nourrit, et qui soccupent spécialement du baptême des enfants dinfidèles, mais ces personnes ne sont pas en grand nombre, et ce ne sont pas elles qui baptisent le plus. »
    « Ici, dit encore Mgr Retord, nous navons point dasile spécial, point dorphelinat pour ces enfants. Mr. Castex néanmoins avait établi à la capitale du Tonquin une maison spécialement destinée à recevoir les enfants achetés jusquà ce quon eût pu trouver des maisons chrétiennes qui consentissent à sen charger ; nous pensions peu à peu établir quelques-uns de ces maisons, mais voilà quune nouvelle persécution est venue paralyser nos efforts, détruire nos projets. »
    Mgr Retord fait ici allusion, 1° au blocus et au pillage de son collège de Ké-nou, qui a occasionné une perte si considérable à la mission, dispersé les élèves et obligé Mgr Jeantet de fuir de village en village, ou daller chercher une retraite dans les autres méphytiques des montagnes ; et 2° à la publication de lédit de persécution qui demanda de nouveaux sacrifices, puis il ajoute : « A toutes ces misères, ajoutez la famine dont jai parlé, et la peste qui, dans certains endroits, sévit avec une telle force quun de nos prêtres écrivait il y a peu de temps, quil avait 30 à 40 malades à administrer chaque jour ; ajoutez encore beaucoup dautres misères quil serait trop long dénumérer en détail, et que ceux qui connaissent ces pays et la vie des missionnaires comprennent bien &e » Et dans une autre lettre postérieure ; S.G. nous dit encore : « Cette année sera très-mauvaise pour ladministration à cause de la persécution ; nous naurons pas la moitié du travail des années précédentes, mais nos dépenses seront plus que le double des autres années. En Janvier nous allons abandonner un de nos séminaires de Lan-Doan et diminuer une quarantaine de nos élèves ; car il nous est absolument impossible dy tenir sur le pied où nous sommes, avec ce quon nous alloue, sans faire banqueroute. »

    Mission du Tonquin Méridional.

    Cette Mission, confiée à Mgr Gauthier, compte 75,000 chrétiens, cinq missionnaires, 44 prêtres indigènes et 90 élèves étudiant dans ses séminaires, indépendamment de ceux qui sont au séminaire de Pinang. Le nombre des baptêmes dadultes sest élevé pendant lannée à 225, et celui des enfants dinfidèles in articulo mortis à 2,142.
    « Les bruits avant-coureurs de lédit de persécution qui se publie, nous dit Mgr Gauthier, larrestation de Mrs. Taillandier et Colombet ; le procès intenté au mandarin qui a relâché ces deux confrères, répandant la terreur, ont mis de grands obstacles à la visite des chrétiens et à la conversion des payens. La perte successive de plusieurs récoltes nous menace dune famine affreuse. Des bandes de brigands qui brûlent les maisons quils ne peuvent pas piller, ne font que mettre le comble à la grandeur du fléau qui désole ce pauvre peuple. Nous allons reprendre la mission des sauvages qui offre beaucoup de chances de succès. Moyennant quelques petits cadeaux, nous avons pu faire connaissance avec le mandarin annamite qui gouverna ces peuplades. »
    Dans une lettre du 23 mars adressée à M. Jammes, le même Prélat donne les détails suivants : « Nous avons acheté 26 enfants de payens que nos chrétiens se sont fait un grand plaisir dadopter. Depuis le mois de février, nous en avons déjà adopté 30, et jespère pouvoir en faire acheter plus de 100 avant la fin de lannée. Permettez-moi une question à ce sujet : Puisque les chrétiens se chargent de tous les frais déducation de ces enfants en les adoptant, pourrait-on, en retour, adopter au nom de la Ste Enfance un nombre égal ou moindre denfants de parents chrétiens quon élèverait à ses frais pour former de bons prêtres ou de bons catéchistes ; car les enfants des chrétiens sont les seuls que nous ayons vus jusquici persévérer dans leur vocation ? Nous venons de nous charger délever aux frais de luvre de la Ste Enfance, 2 enfants chrétiens, fils uniques et seuls successeurs légitimes de leur père quune peuplade très nombreuse reconnaît pour souverain. Je me propose encore de faire élever aux frais de luvre un certain nombre denfants payens appartenant aux principales familles dune autre peuplade, que le frère du chef de cette peuplade, que nous venons de disposer au baptême, doit mamener bientôt. Cependant je désirerais savoir si, en agissant ainsi, je ne fais rien contre lintention des donateurs. »
    Les membres du Conseil de la Ste Enfance faisant partie de la commission de répartition, ont pensé que Mgr Gauthier pouvait faire, sans scrupule, lemploi quil mentionne des fonds de luvre.

    Mission de Siam.

    Mgr Pallegoix est de retour à Bankok depuis la fin du mois de Juin 1855. Nous navons point reçu de ce Prélat les renseignements ordinaires sur son administration. Dans ceux quil a communiqué à la Ste Enfance, nous voyons que 2,173 enfants dinfidèles ont été baptisés en danger de mort, que 58 ont été achetés et 26 adoptés. S.G. dit dans la lettre qui accompagne ces renseignements, et qui porte la date du 16 Décembre 1855 : « Le embarras que je viens davoir mont empêché jusquici détablir la Ste Enfance, mais je ne tarderai pas à le faire. Je viens daugmenter considérablement le nombre des baptiseurs, et jai acheté un bon nombre denfants payens des deux sexes ; jai établi 2 orphelinats, un pour les petits garçons et lautre pour les petites filles. »

    Mission de la Malaisie.

    Le tableau de ladministration annuelle ne nous est pas parvenu. Néanmoins nous ne doutons pas que le bien ne se soit fait comme à lordinaire dans cette mission, à en juger par le zèle qui caractérise nos chers confrères. M. Borie, dévoué de cur et dâme à la conversion des sauvages de la presquîle malaise dont un bon nombre ont déjà embrassé notre sainte religion, a adressé à la Ste Enfance une demande de secours en faveur des enfants sauvages quil désire, dit-il, rassembler, habiller, nourrir, humaniser et enfin baptiser. Si ce cher confrère neût pas été le frère de notre glorieux martyr Mgr. Borie, sa demande naurait pas été prise en considération, vu que le Conseil de cette uvre sest fait une loi de navoir aucun égard aux demandes qui ne lui viendraient pas personnellement des vicaires apostoliques ou des Supérieurs de Mission eux-mêmes.
    Nous avons maintenant, NosSeigneurs et Messieurs, à vous faire connaître une mesure dune grande importance. Mgr Balma, vicaire apostolique du Pégu et dAva, appartenant, ainsi que presque tous ses missionnaires, à la Congrégation des Oblats de la Sainte Vierge établie à Turin, désirant, par des raisons de santé, et aussi sans doute par la crainte de manquer de sujets dans les tristes conjonctures où se trouve le Piémont sous le rapport religieux, se décharger en partie, en attendant quil pût le faire en totalité, du fardeau qui pesait sur ses épaules, avait, à plusieurs reprises, fait des propositions à Mgr Boucho, tendant à ce double but. Invités par ce dernier prélat à lui donner notre avis, voici en quels termes nous lui répondîmes : « Monseigneur, nous nous empressons de répondre à votre lettre du 10 mars dernier, relative aux propositions qui vous ont été faites par Mgr Balma, Vicaire apostolique du Pégu et dAva. Ces propositions consistent en ce que vous cédez à ce Prélat, Tavay, Merguy et Kaday sur la côte de Tenasserim, où vous avez 200 chrétiens, et que vous receviez en échange la partie Nord-Est de la Birmanie qui confine avec le Yun-nan et renferme 1360 chrétiens. Vous désirez savoir, Monseigneur, si nous approuverions cet arrangement qui pourrait avoir de grands avantages pour lintroduction de nos Missionnaires dans les missions de lOuest de la Chine et du Thibet. Sil sagissait dune nouvelle mission, vous ne pourriez laccepter sans le consentement des autres missions, à moins quelle ne vous fût imposée par la Sacrée Congrégation ; mais sil nest question que dune adjonction à votre mission, cette difficulté disparaît. La presquîle malaise adjointe à la mission de Siam avant quelle fût séparée de la Malaisie, 55,000 chrétiens donnés dune seule fois à la mission de Pondichéry, et Assam adjoint au Thibet, en sont une preuve, puisque cela sest fait en dehors de toute participation des autres missions. Votre Grandeur pourrait donc ce nous semble, accepter les propositions de Mgr Balma, provisoirement et avec la condition que, si plus tard vous ne jugez pas à propos de vous charger de tout son vicariat, quil a lintention de vous céder, il vous sera facultatif de rétablir les choses sur lancien pied. En attendant, vous feriez administrer cette partie de la haute Birmanie par un Provicaire. Dans tous les cas nous pensons quil est convenable de ne rien statuer dune manière définitive sans lagrément de la Sacrée Congrégation. »
    En conséquence de la réponse de Mgr Boucho, le supérieur de la dite Congrégation des Oblats, de concert avec Mgr Balma, écrivit à la Sacrée Congrégation, laquelle, par un décret du 19 Septembre dernier, confia à Mgr Boucho ladministration provisoire des missions du Pégu et dAva. Sa Gr, considérant dans cette concession plutôt le bien général de notre Congrégation que le bien particulier de sa mission, a fait généreusement le sacrifice de 3 sujets dont il connaissait tout le mérite, et après avoir sacré Mgr Bigandet son coadjuteur, il la placé à la tête de la nouvelle mission, en lui adjoignant Mrs Ducotey et Lacrampe. Mgr Bigandet a pris officiellement possession de la mission à Moulmain, résidence de Mgr Balma dont la santé se détériore de plus en plus. Par suite de cet état maladif du vicaire apostolique, toutes les choses ont langui dans cette mission. Il y a un besoin urgent de missionnaires et de secours pécuniaires auquel nous nous sommes empressés de satisfaire de notre mieux par le double envoi de trois nouveaux missionnaires et de la dernière allocation de la Propagation de la Foi, qui lui avait été faite en dehors de celles de nos autres missions. Il paraît que Mgr Balma et ses missionnaires, qui sont au nombre de 10, désirent rester en Birmanie comme auxiliaires de nos chers confrères, lesquels, nous nen doutons pas, sestiment heureux de mettre en commun leurs travaux et leurs ressources avec de si excellents ouvriers. Nous navons pas oublié de faire observer à Messieurs de la Propagation de la Foi que cette augmentation de personnel accroîtrait de beaucoup le chiffre des dépenses de cette mission, et de les prier de vouloir bien continuer de lui faire une allocation à part ; tout en la faisant figurer au nombre de celles qui sont confiées à notre congrégation.
    Nous attachons beaucoup dimportance à cette mission à cause de la facilité quelle donne à nos communications avec nos missions de lOuest de la Chine et du Thibet (aujourdhui si difficile et si dangereuses par Hong-Kong), que lEmpereur de la Birmanie a promis de favoriser de tout son pouvoir. Déjà nous avons reçu deux fois des lettres du Yun-nan et du Thibet par cette voie, que Mgr Chauveau avait ouverte avant de connaître les démarches que faisait Mgr Balma pour nous mettre en possession de cette mission. Dans sa dernière lettre qui est du 25 novembre dernier, Mgr Chauveau nous disait : « Le général dOrgoui vient de ladresser une lettre très-obligeante, assurant quil a ordre de Napoléon lui-même de travailler dans les intérêts des missions de louest de la Chine et du bas Thibet. » Le Général Français dOrgoui et le général en chef des armées de lEmpereur Mendoh-men, souverain de la Birmanie. De son côté, ce monarque nous a fait exprimer la satisfaction quil ressentait davoir des missionnaires français dans son empire, et comme il est très-aimé de ses sujets qui le regardent comme un père, nous pouvons espérer que sa bienveillance ne sera pas inutile à nos chers confrères pour le succès de leur ministère. Ils seront aussi en contact avec les Anglais maîtres de tout le littoral depuis la guerre quils ont soutenue il y a quelques années contre lEmpereur Mendoh-men. Dans Amarapoura qui est la capitale de la Biramnie, se trouvent un grand nombre de Chinois qui offriront, nous lespérons du moins, une abondante moisson au zèle de nos chers Confrères, lesquels ne manqueront pas, dans le principe, de demander au Yun-nan le secours de quelques bons Catéchistes. Mais nulle part leur ministère ne paraît devoir être accompagné de plus de consolations que chez les Cariants de la Birmanie, quun vieux missionnaire évangélise avec beaucoup de succès. Il sera désormais secondé par M. Lacrampe qui sest déjà beaucoup occupé de ceux qui faisaient partie de la mission de la Malaisie, mais qui noffraient pas les mêmes espérances.

    Séminaire général de Pulo-Pinang.

    Le personnel de cet établissement se compose dun supérieur, de 5 directeurs et de 128 élèves. Son allocation de lannée dernière, qui était de 30,000 francs, na pu le tirer de la crise financière mentionnée dans notre lettre commune de lannée dernière, et dès le 31 décembre dernier, il avait déjà un déficit de 144 piastres 4c. En nous donnant cette nouvelle dans une lettre du 18 Janvier dernier qui accompagnait leurs comptes, nos confrères nous disaient : « Vous savez, Messieurs, les 3 points qui pourraient modifier favorablement cette situation° une économie plus sévère, la baisse à espérer dans les provisions et enfin le revenu des jardins du séminaire. Mais ces 3 points sont également en dehors de notre pouvoir. Pour une économie plus stricte, nous avons acquis lexpérience quen tenant les élèves plus modiquement, nous économiserions véritablement aux dépens de leur santé, sil sagit de table, et aux dépens de lindispensable propreté sil est question de leur tenue. Quant à la tenue et à la table des Directeurs, il nest missionnaire par toute la contré qui soit si pauvrement costumé que nous, et, à table, tout retranchement quon y ferait la rendrait vraiment insuffisante. »
    Touchant la diminution des prix dans les approvisionnements, la disette en Europe, ou nous ne savons quoi, se fait grandement sentir ici. Le riz qui se payait autrefois de 30 à 40 piastres, et à 80-90, et cest tout au plus encore si les navires européens ne nous larrachent pas à ce prix. Tout le reste est monté à proportion, et le pire de tout, cest quà voir la marche des choses, rien ne donne à espérer une diminution de ces prix pour lavenir. »
    Mais les Jardins du Séminaire, en 3e lieu, quel espoir donnent-ils ? A la vérité ils sont en meilleur état que par le passé ; mais le rapport en sera toujours trop modique pour pouvoir opérer une diminution de lallocation qui nous est faite annuellement. Ce qui achève de nous ôter tout espoir dêtre remis à flot par nos propres efforts, ou quelque revenu à venir, cest que désormais lillusion dautrefois nest plus possible : les plantations sont frappées dune fléau alarmant par toute lîle. Dans la nôtre, à la vérité, les arbres ne sont point encore frappés de mortalité, mais les noix blanches annoncent déjà limminence du danger. »
    Les 30,000 frs de notre dernière allocation entamés pour combler le déficit de 1855, pourront à peine suffire pour atteindre la fin de 1856 ; de sorte quil nous faudra encore venir au secours de nos chers confrères par une avance sur la prochaine allocation. La gêne continuera donc encore longtemps à se faire sentir.

    Procure de Hong Kong.

    M. Mounicou, qui a rempli pendant environ 7 ans les fonctions de sous-Procureur, se trouvant définitivement attaché à la mission du Japon, nous avons pourvu à son remplacement en mettant à la disposition de M. Libois deux sujets qui nous ont semblé pourvus de toutes les qualités requises pour ce poste ; ce sont Mrs Rousseille et Osouf. Quand M. Libois les aura suffisamment formés, il en retiendra un avec lui, à titre de sous-Procureur, et il enverra lautre à Singapore, où nous avons résolu, daprès le vu que nous en ont exprimé plusieurs de nos vicaires apostoliques, de fonder une succursale de procure. Jusquici le missionnaire de Singapore avait rempli les fonctions de sous-Procureur, mais comme cette charge demande actuellement des soins trop assidus, nous avons jugé à propos de séparer la procure du presbytère et de la mettre sous la direction dun missionnaire qui en sera spécialement chargé. Cette procure sera dépendante de celle de Hong-Kong à laquelle elle rendra compte de ses opérations et sous la direction de laquelle elle agira.

    Séminaire de Paris.

    M. Delpech est arrivé fort à propos pour commencer le cours de Théologie morale dont il est chargé. Nous avions dautant plus besoin de son secours, que le personnel de notre séminaire a atteint cette année un chiffre auquel il nétait encore jamais parvenu : nous avons eu jusquà 53 aspirants, et bien que depuis un an nous ayons expédié 24 nouveaux missionnaires, il nous en reste encore aujourdhui 43. Un bon nombre dautres sont admis, et viendront sous peu non seulement combler le vide dune envoi qui aura lieu prochainement, mais encore probablement atteindre le maximum de cette année. Nous avons donc lieu despérer que la Providence nous fournira les moyens de pourvoir aux besoins quont nos nombreuses missions douvriers évangéliques. En sera-t-il de même pour les secours pécuniaires ? Après plusieurs années de souffrances qui semblent encore devoir se prolonger avec une nouvelle recrudescence cette année, après le fléau des inondations qui ont causé dimmenses ravages, il faut bien nous attendre à ressentir les effets dune gêne si générale. Néanmoins nous osons encore espérer que la Providence viendra à notre secours, et que les Conseils de la Propagation de la Foi nous conserverons la bienveillance dont ils nous ont donné une marque sensible cette année en maintenant notre allocation au chiffre de lannée dernière ; tandis que les autres subissaient une diminution . Luvre de la Ste Enfance nous a aussi donné une bonne part dans la répartition de ses aumônes dont le chiffre augmente chaque année, et elle est environné de trop de sympathies pour se ressentir dune manière considérable des circonstances pénibles où nous nous trouvons.
    Mgr de Ségur, qui avait bien voulu être le postulateur de la cause de nos martyrs, menacé depuis plusieurs années dune cécité, qui est actuellement presque complète, ayant donné sa démission dauditeur de Rote, est revenu en France. Nous allions être dans lembarras de pour trouver un autre postulateur, quand Mgr le Prince de Hohenlohe, neveu du Thumaturge, et camérier secret de Sa Sainteté, nous ayant fait une visite à Paris, nous offrit de la meilleure grâce du monde ses services que nous fumes très-heureux de pouvoir accepter. Ce Prince, fidèle imitateur des vertus de son oncle, mettra tout le zèle et lactivité dont il est capable au succès de la cause de nos martyrs, si nous en jugeons par le vif intérêt quil porte à notre Congrégation.
    Le Cardinal Fransoni, Préfet de la Propagande, est mort. Il a été remplacé par S. Em. le Cardinal Barnabo, ancien secrétaire de cette même Congrégation.

    Voici les noms et les destinations des Missionnaires que nous avons expédiés depuis lépoque de notre dernière :

    15 Juillet 1855, MM.
    Desgodins, Auguste de VerdunThibet
    Durieu, Jean-François, de LyonPondichéry
    21 Septembre 1855, MM.
    Vacant, Jean-Louis, de MetzPondichéry
    Bally, Jean-Pierre, de ChambéryPondichéry
    Valas, Jacques, de CahorsPondichéry
    23 Janvier 1856 MM.
    Féron, Stanislas, de SéezCorée
    Guillon, Jean-Marie, de St BrieuxCochinchine Occid.
    Rousseille, Jean-Joseph, de BordeauxProcure de Hong-Kong
    1er Juin 1856 MM.
    Osouf, Pierre-Marie, de CoutancesProcure de Hong-Kong
    Dumollard, Marie-Pierre-Paul, de LyonBirmanie
    Guérin, Alphonse-Félix de St DiéBirmanie
    LeComte, Auguste, de St DiéBirmanie
    Journiac, Alexandre, de RouenSut-chuen
    Muller, Jean-Victor, de BeauvaisKoui-tchéou
    Proteau, Lucien-Pierre, de LuçonYun-nan
    Fournier, Hyppolite-Eugène, de RouenCoimbatour

    Partiront le 9 Juillet 1856.
    MM.
    Louis-Claude Manissol de LyonMalaisie
    François Hab de MetzMalaisie
    Jean Roy de BesançonCochinchine Or.
    None
    Aucune image