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lettre n°

Messeigneurs et Messieurs,
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    Messeigneurs et Messieurs,

    Nous ne vous avons pas écrit depuis deux ans sur les progrès de la Religion, et les persécutions que lEglise a eues à supporter dans quelques états, ni sur la politique. Nous allons le faire cette année succinctement, en commençant par la capitale du monde chrétien. Lannée passée, 8 xbre Pie IX, heureusement régnant, proclama, au milieu de 200 de ses frères cardinaux, Archevêques et Evêques le dogme de lImmaculée Conception de la Mère de notre Dieu, Reine des Anges & des Saints. A cette proclamation il y avait des Evêques de toutes les parties du monde, et la promulgation sen est faite dans tous les diocèses, même parmi les Protestants, avec la plus grande solennité & avec les plus grands transports de joie et les élans de la piété la plus tendre de la part de tous les fidèles, dont la ferveur et la piété se sont ranimés à cette occasion, et leur dévotion à notre Mère Immaculée sest encore accrue. On attend les plus grands résultats de cette promulgation de ce Dogme de lImmaculée Conception. Il ny a eu que les hérétiques et les impies à faire de lopposition et à blasphémer. Pour les hérétiques, cette définition dun dogme cher aux âmes pieuses, a été pour eux un coup de foudre ; car il ne leur reste plus aucun dogme, et ils ne peuvent sentendre à formuler un symbole de vérités à croire. Ils sont comme un cadavre en putréfaction, dont les lambeaux se détachent et se dispersent les uns après les autres, pour ne pas dire quil ne leur reste plus rien. En France, la piété reprend partout. De tout côté lon bâtit des Eglises, lon répare les anciennes, lon reconstruit les anciens lieux de pèlerinage où Marie était honorée. La liturgie Romaine a repris dans un grand nombre de diocèses. Encore quelques années il ne restera plus que lhistoire de cette liturgie réprouvée par lEglise. De toute part surgissent des asyles pour lenfance, soit pour son instruction, soit pour la former au travail, ou la corriger des vices quelle avait contractés au milieu dun monde corrupteur et corrompu. Cest le clergé séculier ou régulier, en y comprenant même les Congrégations de femmes , qui se trouve à la tête de toutes ces uvres. De pieux laïcs, et surtout la société de St Vincent de Paul qui, née en France, étend ses ramifications partout jusquà Constantinople et à Jérusalem, viennent en aide aux Ecclésiastiques. Il y a des asyles pour toutes les infirmités, pour les orphelins, pour les aveugles, pour les sourds et muets, pour les filles repenties. Il a surgi, même aux portes de Paris, une Congrégation de femmes aveugles, comme en Bretagne une autre dite des Petites Surs qui prennent soin des vieillards infirmes des deux sexes. Les sujets lui manquent pour les différentes fondations quon lui demande de toute part. La 1ère fondatrice était une pieuse servante. Jajouterai que lImpératrice est la protectrice de toutes ces uvres de bienfaisance et de piété, comme elle est la Présidente de toutes les salles dasyle de lEmpire. A Rome lon travaille à la réforme des ordres Religieux qui sétaient relâchés. Celle des Dominicains savance dans les autres Etats. En Autriche les lois Joséphines ont été abrogées, et lEglise a recouvré sa liberté. Un nouveau Concordat vient dêtre passé avec le St Siège ; nous nen connaissons pas encore toutes les clauses, mais en attendant les Evêques sont sans entraves pour faire le bien, pour communiquer avec le St Père, et sont placés à la tête de toutes les maisons dinstruction. Dans le reste de lAllemagne, même au milieu des protestants, malgré les obstacles de tout genre et le mauvais vouloir des gouvernements, la piété et la foi renaissent & se raniment, grâce à lactivité et à la vigilance de lEpiscopat, et à la pieuse sollicitude de la Société de St Boniface, composée de laïcs pieux, instruits, qui, à linstar de la Société de St Vincent de Paul, étendent leurs soins à tout, non seulement aux pauvres, mais à lérection décoles Catholiques, dEglises, à leur ameublement et létablissement de Pasteurs ou de Missionnaires. Cette société a ses séances régulières, comme un congrès, où lon rend compte du bien qui sest fait, de celui qui reste à faire, et des moyens à prendre pour son exécution ou son extension. Les protestants, et surtout les gouvernements hétérodoxes naiment guère cette Société. Ils cherchent à lentraver en lui suscitant toutes sortes dobstacles, comme en interdisant ses séances ou réunions générales, ce qui vient darriver en Prusse. Dans le duché de Bade, le gouvernement a persécuté lEvêque de Fribourg, Mgr de Vicari, vieillard de 80 ans, pour lui faire accepter des lois contraires à la constitution et à la liberté de lEglise. Mais il a trouvé dans lui un Thomas Becket, inébranlable comme un roc. On a attaqué son clergé, ce clergé si tiède, il y a une 15aine dannées, quil demandait labrogation du célibat ecclésiastique. Mais lesprit de son saint Evêque avait passé dans son âme, de sorte que la plupart des Prêtres ont été incarcérés, condamnés à lamende, expulsés, sans quon ait pu obtenir une apostasie. Il nest resté que quelques Prêtres assez lâches pour ne pas suivre leur Evêque ; et encore cest par crainte de la prison et des amendes. Il ny a eu que le conseil ecclésiastique composé de deux prêtres, qui ait osé braver lexcommunication. La persécution est allée si loin quon a destitué des gens en place, quon a incarcéré ou châtié de simples femmes. Le gouvernement voyant que la persécution, au lieu de lui être avantageuse, lui nuisait, au contraire, a commencé par relâcher lArchevêque, puis les autres Ecclésiastiques, et a enfin envoyé un ambassadeur à Rome pour terminer cette grosse affaire, qui est, dit-on, en voie darrangement. Dautres gouvernements protestants voulaient marcher sur les traces de celui de Bade ; mais, ayant vu les embarras que celui-ci sétait créés, ils se sont ravisés. La Prusse avait la main dans toutes ces affaires, mais elle se gardait bien de se montrer. La Bavière, autrefois si catholique, a, pendant quelque temps vexé ses Evêques, mais aujourdhui cet Etat est revenu à de meilleurs sentiments. La hollande protestante a aussi jeté les hauts cris à loccasion du rétablissement de la hiérarchie Ecclésiastique, faite par notre St. Père le Pape. Mais tout ce tapage et ces menaces se sont dissipés avec le temps, et le gouvernement fait un traitement aux 5 Archevêques & Evêques. La chose est allée encore plus loin en Angleterre, à loccasion du rétablissement de la hiérarchie Ecclésiastique ; car on a brûlé le Pape en effigie, ainsi que le Cardinal Wiseman, qui est à la tête de lEpiscopat en Angleterre seulement. Mais cela sest calmé. On a fait un procès au P. Newman, comme calomniateur dAchilli, religieux apostat Italien. Il a été condamné à une forte amende, qui a été payée par les souscriptions faites en France et ailleurs, comme on la fait également pour Mgr Vicari, Evêque de Fribourg. La sentence inique portée contre le P. Newman a été flétrie même par les Journaux protestants. Egalement on a fait un procès au Cardinal Wiseman ; mais la 1ère fois, il a été traité honorablement et acquitté. Le mauvais prêtre, auteur de ce procès, en a appelé, et le Cardinal a été condamné, mais à peu de chose. Cependant la 2de sentence a été soumise à la révision pour défaut de forme et autres vices ; nous ne savons pas encore quelle sera lissue de ce procès. A part cela, la levée de boucliers qui a eu lieu à loccasion du rétablissement de la hiérarchie Ecclésiastique, a fait place au calme, et lEglise dAngleterre, composée de 12 Archevêques et Evêques, marche dun pas assuré à sa maturité. Aussi des églises sy bâtissent et des écoles sans nombre sy érigent tous les jours. Quoique lEcosse ne soit encore gouverné que par des Vicaires apostoliques, cependant la Foi y fait des progrès, malgré les persécutions que lui suscitent lhérésie, et surtout le Méthodisme. Le Portugal végète toujours, parce que, sans avoir rompu avec le St Siège, il ny a pas de concordat. La pauvre Espagne est dans un triste état. Lannée passée, quelques Généraux, à la tête desquels était le G. Odonnel, se révoltèrent, sous prétexte quon avait violé la constitution ; le mouvement se propagea rapidement dans toutes les provinces : Marie-Christine fut chassée, les cortès constituantes furent convoquées pour élaborer une constitution. Une des bases de cette constitution est la vente des biens du clergé, des communes, lexpulsion des Religieux et des Religieuses, la suppression de quelques Séminaires : par là par conséquent est déchiré le concordat qui venait dêtre passé avec le St Siège. Les Evêques ont protesté, quelques-uns ont été exilés, des Prêtres incarcérés ou mis à mort. Isabelle II est forcée de signer des décrets contraires à sa conscience. Des soulèvements partiels ont déjà eu lieu par suite des mécontentements des populations, qui voient de mauvais il la tolérance des cultes établie sur la constitution. Que sera ce lorsquon voudra en venir à lexécution de tous ces décrets ou impies ou injustes ? Voilà ou en est, à lheure quil est, la malheureuse Espagne. La Suisse catholique est toujours sous la pression de la démagogie, et lEvêque de Fribourg toujours exilé. Lon continue à vendre ce qui reste de biens ecclésiastique. Cependant il y a une lueur de revirement dans lopinion, et les catholiques retrempés par ladversité se sentent plus forts. Le Piémont va toujours de mal en pis. Avec des ministres impies et un roi imbécile, que peut-on attendre ? Cette année a été votée la loi qui décrète la suppression de certains ordres religieux et la vente de leur bien. Le St.-Siège proteste, et lon passe outre. Lon travaille à protestantiser le Piémont, mais le Seigneur arrêtera les impies dans leurs projets infernaux. Parme, depuis lassassinat de son Duc, marche bien sous la conduite de la Duchesse, qui ne fait rien sans laveu du St.-Père. La Toscane est toujours sous le régime des lois Joséphines ; cependant on espère que le Grand-Duc va les abroger, et ce qui nous confirme dans cette espérance, ce sont les difficultés survenues à loccasion de la prise de possession de son Siège par lArchevêque de Sienne, et qui ont été levées par le Souverain lui-même. Naples se ressent toujours plus ou moins des anciennes lois anti-chrétiennes, qui asservissent les Evêque et les ordres religieux au gouvernement. Aussi un grand Séminaire tenu par les RR. PP. Jésuites a été fermé par suite de ces lois iniques. Du reste, le Monarque est très-pieux, ainsi que le Grand-Duc de Toscane.
    En Turquie, comme en Egypte, les catholiques jouissent de toute espèce de liberté, de sorte quil y a un collège près de Constantinople, à Smyrne, un séminaire à Jérusalem, un collège près du Liban tenu par les PP. Jésuites, et des écoles de filles dans toutes ces villes, à Nazareth & à Alexandrie, dirigées par des Surs de la Charité, qui soignent aussi les malades. Aussi les conversions sont-elles nombreuses parmi les schismatiques. Nous avons maintenant dans notre maison le Patriarche dAntioche du rit Syriaque, qui est rentré dans lEglise, il y a quelques années. Cependant lon ne permet pas encore en Turquie la conversion des Musulmans. Mais lon espère que cela arrivera un jour. Ce quil y a plus beau, cest le pèlerinage qui se fait à Jérusalem dune manière régulière par un paquebot frêté à cet effet par une compagnie qui a son siège à Paris et est dirigée par des hommes de foi. Il sen est établi une semblable en Allemagne pour le même but, de sorte que les personnes pieuses peuvent, à peu de frais, visiter en toute sûreté les lieux sanctifiés par N.-S. En Russie, comme en Pologne, les catholiques souffrent toutes sortes de persécutions de la part de lautorité, qui cherche par tous les moyens qua inventés lEnfer à y éteindre le catholicisme. Il en est de même en Suède, où 7 personnes du sexe gémissent dans les prisons de Stockholm pour avoir abjuré lhérésie. Au moins lon connaît ce que souffrent nos frères dans la Foi, tandis quen Russie lon cherche et lon sefforce détouffer la voix des victimes des tortures exercées sur elles par le schisme.
    Si nous passons en Amérique, nous trouvons lEglise des Etats-Unis aujourdhui si florissante et si radieuse par son Episcopat qui compte plus de 40 membres, bien exposée aux persécutions des francs-maçons, qui se multiplient tous les jours, qui ont déjà brûlé plusieurs couvents et plusieurs églises. Cette république-modèle semble tomber en dissolution, par le dévergondage qui y règne en fait de doctrine et de murs. Il nen peut-être autrement ; car cest le réceptacle de tout ce quil y a de mauvais, de corrompu et de pervers en Europe. Nous y voyons la polygamie tolérée chez les mormons ; et peut-être elle sera bientôt autorisée par la loi dans les Etats de lUnion, comme certains rapports nous le font pressentir. Dans les autres Etats du nouveau-monde lEglise nest guère florissante, à cause des bouleversements politiques qui sont si fréquents dans cette partie de notre globe. Il ny a que le Canada qui la voit sépanouir par ses Missions et ses établissements religieux qui deviennent tous les jours plus nombreux. Ce nest pas seulement en Amérique que la franc-maçonnerie pèse sur le gouvernement, nous la voyons également influencer quelques Etats dEurope, comme la Belgique, la Hollande et la Prusse. Partout où elle peut exercer quelque pouvoir, elle sen sert ou pour persécuter lEglise, ou paralyser son action en lui suscitant toutes sortes dobstacles. Pour la politique, nous pouvons vous dire que la France, placée à la tête des Etats dEurope par Napoléon III, est aujourdhui en guerre avec la Russie, de concert avec lAngleterre qui nous suit, nous accompagne et combat avec nous. Nicolas avait, sous prétexte dobtenir, par la crainte, la liberté de ses coreligionnaires les schismatiques et le droit de devenir leur protecteur dans lempire ottoman, envahi les Principautés Danubiennes, menaçait Constantinople, et allait par lanéantissement de lEmpire Turc rompre léquilibre Européen. La France et lAngleterre sinterposent entre le Czar et le Sultan en envoyant leur flotte dans la Mer-Noire, et prêtent ainsi pendant quelque temps leur appui moral à cet empire chancelant des Osmanlis. Cet appui de lAngleterre & de la France ranime le courage des Turcs qui résistent aux Russes, les arrêtent dans leur course triomphale par plusieurs avantages remportés sur eux, mais surtout par la défense de Silistrie, contre laquelle la puissance Moscovite vient se briser ; car larmée Russe fatiguée et décimée par la valeur et lhabileté des Généraux Turcs fut obligée de lever le Siège de cette ville si vaillamment défendue. Pendant ce temps la France et lAngleterre ne restaient pas oisives ; car elles se préparaient à la guerre en envoyant des troupes qui campèrent dabord à Gallipoli, où le choléra vint les décimer. LEmpereur créait trois flottes en épargnant dix millions sur le budget de la Marine. Lune de ces flottes fut envoyée en Orient avec de nouvelles troupes, lautres dans la Baltique, la 3e dans les diverses stations de lAmérique, et la 4e dans les ports de France, ou dans les divers arsenaux lon travaillait avec la plus grande activité à la construction de nouveaux bâtiments de guerre, de chaloupes canonnières. Cette année-ci le Gouvernement a fait un emprunt de cinq cent millions, et on lui a offert un milliard quil na pas voulu accepter, parce que la somme demandée lui semblait suffire. Lannée passée, lorsquon a été bien préparé, larmée campée à Gallipoli fut transportée en Crimée et débarqua à Enpatoria où les Russes ne lattendaient pas. Cependant ceux-ci sétaient fortifiés sur lAlma où le Maréchal de St. Arnaud, déjà malade, les attaqua de concert avec les Anglais, les défit si complètement quon crût quelques jours après que Sébastopol avait été pris le lendemain ou le surlendemain. Toujours est-il que les troupes alliées marchèrent jusque sous les murs de Sébastopol sans rencontrer aucun ennemi. Le Maréchal de St Arnaud ne survécut que quelques jours à sa victoire ; car il avait déjà la mort dans le corps, la sentait sapprocher, sy prépara par la réception des sacrements, se rembarqua avec un aumônier pour revenir en France quil ne devait pas revoir, car il mourut dans sa traversée de Crimée à Constantinople avec les sentiments les plus chrétiens. Avant de quitter larmée, il en remit le commandement au Général Canrobert, qui la conduite sous les murs de Sébastopol, où elle est encore, où elle a supporté les plus dures épreuves pendant les froids de lhiver. A cette nouvelle toute la France sest émue à la nouvelle des souffrances de ses enfants. Aussi de tout côté on a envoyé, qui du vin, qui des conserves, qui des confitures, qui des cigares, qui de la charpie, qui de largent. Le Gouvernement a envoyé des vêtements en peaux et des baraques en bois, de sorte que larmée sest trouvée munie de tout en abondance. Les troupes Anglaises ont été encore plus maltraitées, par linsuffisance des médecins, des subsistances alimentaires au point quelles étaient, pour ainsi dire, anéanties, quil a fallu en faire venir de lInde, et que nos voisins ont été obligés davoir recours aux pays étrangers pour avoir des soldats, faute den trouver dans leur propre pays. Pendant que larmée dOrient remportait la victoire de lAlma, les deux flottes anglaise et française semparaient des îles dAland dans la Baltique, faisaient sauter la forteresse de Bomarsund, ce Gibraltar des Russes dans ce groupe dîles. Une des lampes de la chapelle de cette forteresse est suspendue à Notre-Dame-des-Victoires devant lautel de la Ste Vierge, et la croix qui la surmontait couronne le clocher dune de nos églises du midi. Vers la fin de lannée passée, larmée Russe voulut se mesurer avec celle des Alliés, mais elle fut si bien battue, que Lord Raglan disait que, quoiquil eut assisté à plusieurs batailles, il navait jamais vu autant de cadavres entassés. Le succès de nos armes ne nous étonne pas, car larmée était sous la protection de la Ste Vierge, lImpératrice ayant envoyé deux beaux tableaux de Notre-Mère-Immaculée, aux 2 flottes, celle de la Mer-Noire et celle de la Baltique, qui ont été solennellement placés sur chacun des vaisseaux que commandait lAmiral de lune et de lautre. Larmée comme la flotte a ses aumôniers, dont quelques-uns sont morts martyrs de leur dévouement & de leur charité. Les blessés comme les malades ont été soignés par les Surs de la charité, dont les vertus & le dévouement ont fait une grande impression sur les Protestants et sur les Turcs, et sur les Russes prisonniers quelles soignaient indistinctement. Les Anglais ont voulu y envoyer des Dames protestantes de charité, mais elle ne peuvent soutenir le parallèle avec nos Surs. Dès le commencement de la guerre lEmpereur a porté à la connaissance de tous les Etats que les droits des neutres seraient respectés, même les navires pris dans les ports ennemis, pourvu quils neussent pas de munitions de guerre : ce qui a été applaudi par tous les Gouvernements, même ceux qui penchaient pour la Russie, comme les Etats-Unis et la Prusse. LAutriche a fait un traité particulier avec les deux puissances belligérantes, en vertu duquel elle a occupé les deux principautés Danubiennes, mais elle nest pas allée plus loin. Le petit royaume de Grèce a voulu prendre part à la lutte en faveur du Czar ; mais les français & les Anglais se sont emparés dAthènes, la capitale de ce petit Etat ; et peu à peu tout est rentré dans lordre parmi les schismatiques grecs. Cependant il y a toujours des troupes françaises campées près dAthènes pour prévenir toute agression, et des navires ont sillonné lArchipel pour le purger des pirates qui linfestaient. Cette année-ci, le Général Canrobert a donné sa démission du commandement de larmée, parce quil nétait pas assez fort pour dominer et Lord Raglan commandant larmée Anglaise et les autres Généraux placés sous ses ordres, de sorte que pendant quelque temps il a été question du départ de lEmpereur pour lOrient, afin de mettre de lunité dans la conduite de la guerre. Mais le Général Pélissier, ayant été nommé Général en chef, a pris dune main ferme le commandement de larmée, a poussé la guerre avec vigueur, sest déjà emparé de plusieurs ouvrages avancés de Sébastopol, a envoyé la flotte avec 12 mille français, trois mille Anglais & 5 mille Turcs, qui se sont emparés de plusieurs places, ont coulé plus de 200 navires, détruit toutes les provisions des Russes, pris 80 canons & quelques bateaux à vapeur.
    A Sébastopol, en semparant des ouvrages avancés, il a fait plus de 500 prisonniers et pris 73 pièces de canons, de sorte quon sattend dun jour à lautre à la réédition de cette place forte. Avant les derniers succès lEmpereur Nicolas est mort et allé rendre compte à Dieu des tortures quil a fait subir aux catholiques. Le roi de Sardaigne a aussi perdu sa mère, sa femme (deux saintes) et un de ses fils, et ces coups redoublés dont Dieu la frappé dans sa miséricorde, ne lont pas fait revenir de ses injustices à légard de lEglise. Quoiquil ait déclaré la guerre à la Russie en se joignant aux puissances occidentales et en envoyant en Orient 15,000 hommes pour les aider dans la guerre, cela ne le justifiera pas aux yeux de Dieu et au jugement de la postérité qui le jugera sévèrement. On a tenté à Vienne plusieurs voies daccommodement. Mais les Russes & leur nouvel Empereur Alexandre 11 nont pas voulu accepter les conditions qui leur étaient proposées, de sorte que la guerre continue. Mais daprès ce qui a été dit plus haut, vous pouvez vous apercevoir que la Russie na pas gagné grand chose, et quelle nen retirera pas de grands avantages ; car son commerce est ruiné, sans parler de ses navires capturés ou coulés dans la Baltique, et des lieux que lui enlève Chamil, ce chef circassien qui lui a tenu tête pendant la paix. Cest une chose admirable en France ! Cet Empire est en guerre avec la Russie quil attaque et à lEst et au Nord, et il a son exposition universelle où tous les produits de lunivers sont exposés ! Chacun vaque à ses affaires, comme si lon était en pleine paix. Ailleurs il ny a pas de guerre, excepté dans lAmérique-Méridionale, où les petites républiques sont bouleversées pour passer dun Président à un autre, ou dune constitution dun jour que le lendemain renversera. Au milieu de tous ces bruits, il ny a que les communistes, les Prussiens et les Etats de lUnion qui fassent des vux pour le triomphe du Czar. Voilà à peu près toutes les nouvelles qui peuvent vous intéresser.

    En union de prières et de S. Sacrifices, nous avons lhonneur dêtre,

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Vos très-humbles et dévoués serviteurs

    Paris, le 24 juin 1855.





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    Lettre commune de 1855.

    Nos Seigneurs & Messieurs

    Un vide immense sest fait au milieu de nous, Dieu nous ayant enlevé le 25 janvier dernier le cher Mr. Barran qui rendait des services si importants à notre uvre. Après plusieurs années de souffrances, longtemps ingénieusement dissimulées, bien que toujours croissantes, il se détermina à subir lopération dune fistule, cause de ses douleurs. Il doutait dautant moins du succès, que le chirurgien à qui il avait donné sa confiance avait fait preuve dune grande habileté et dun rare bonheur dans un grand nombre de cas semblables. Hélas ! ses espérances qui étaient aussi les nôtres, furent malheureusement trompées. Six jours après lopération quil navait pas sentie, ayant été endormi par le chloroforme, il rendait sa belle âme à Dieu au milieu des regrets & des larmes de la communauté quil navait pas moins édifiée par sa patience pendant sa maladie que par ses rares vertus et ses pieuses et savantes instructions lorsquil était en santé. Huit jours après ce douloureux événement nos suffrages unanimes désignaient Mr. Albrand comme successeur du cher défunt dans la charge de Supérieur de notre Séminaire. Le même accord présida aux autres changements nécessités par les circonstances. Mais la force que nous puisions dans cette union morale ne nous empêchait pas de sentir notre faiblesse réelle, et le besoin de nous prémunir au plus tôt contre les éventualités de lavenir. Cest ce que nous avons fait en rappelant Mr. Delpech qui remplissait au Séminaire de Pinang les fonctions de Directeur, et pourra immédiatement après son retour, qui se fera par la voie la plus expéditive, se livrer à lenseignement de la Théologie. En associant ce cher confrère à nos travaux nous navons point prétendu préjudicier au droit quont les Missions de la Corée, de la Mandchourie et du Japon denvoyer collectivement un député au Séminaire de Paris pour y gérer leurs intérêts et y tenir le rang de Directeur, nous désirons au contraire quelles usent de ce droit qui leur est assuré par les articles additionnels au règlement général. Il faut ici des hommes spéciaux, modèles de vertu et de dévouement à notre uvre, capables de remplir avec distinction les emplois importants qui leur seront confiés et de donner une idée avantageuse de notre Congrégation au-dedans et au-dehors. Nous ne répéterons point ici ce qui est dit dans les Articles sus-mentionnés et qui se trouvent dans notre lettre du 22 Av ; 1847, concernant le nombre des Directeurs députés des Missions, le mode et lordre de leur élection. Ces articles ayant été admis par les Missions, le nombre des Directeurs députés est définitivement fixé à 6. Mais comme plusieurs missions, même de celles dont les communications mutuelles ne sont pas faciles, doivent concourir à lélection du même député, nous nous permettrons de recommander à toutes de sentendre sur le mode et lordre de lélection, afin que, le cas dune élection imprévue échéant, ce qui aura presque toujours lieu, le temps ne soit pas perdu à sentendre sur des difficultés quil était facile daplanir davance.
    Nous passons maintenant au dépouillement de la correspondance de nos Missions.
    Une lettre de Mr. Maistre en date du 20 8bre 1853 nous annonce la mort de Mgr Ferréol arrivé le 3 février de la même année. Une longue à douloureuse maladie lavait préparé au passage du temps à léternité. Sa Gr. avait laissé entre les mains de Mr. Libois un papier cacheté qui désignait Mr. Berneux, Missre de la Mandchourie, pour être son successeur. Ce choix a été confirmé par la S. Congrégation. Nous espérons que ce Prélat pourra bientôt se rendre à son poste et y opérer des fruits abondants de Salut. Il sera secondé par de dignes confrères, MM. Maistre, Daveluy, Jansou et le Prêtre indigène Thomas Tshoey. Le dernier tableau dadministration portait 458 baptêmes dadultes et 550 denfants dinfidèles in art. mortis. Le nombre des chrétiens est de 12,175. « Létat de notre Mission, nous dit Mr. Maistre, nest ni la guerre, ni la paix ; à la capitale et aux environs tout sest passé sans fracas Le gouvernement est vivement préoccupé des événements de la Chine et na pas lintention de persécuter les chrétiens pour le moment. Nous sommes loin cependant de pouvoir compter sur la paix, et si, par quelque mésaventure, un Missionnaire venait à tomber sous la griffe du Gouvernement, je ne sais pas trop quel parti il prendrait. »
    Mr. Colin, Missre de la Mandchourie, se disposait à obéir à la voix du Souverain-Pontife qui lappelait à la direction de la Mission du Japon, quand la mort est venue le frapper presque subitement. Il est mort saintement entre les bras de Mgr Verrolles le 23 mai 1854. Sa Gr., à qui ce cher confrère avait remis ses pouvoirs sur le Japon, les a communiqués à Mr. Libois qui se trouve ainsi provisoirement chargé de pourvoir à lorganisation de cette Mission. Ce cher confrère sest mis promptement à luvre, et dans une lettre du 14 avril dernier il nous dit : « MM. Girard, Furet & Mermet sont débarqués heureusement à Nasa (îles Lou-tchou). Le Gouverneur a fait mille objections pour ne pas les recevoir, et les débats ont duré 8 heures ; à la fin il a consenti à ce quils restassent trois mois, jusquà ce que lAmiral Français vint les chercher, et il leur a donné pour habitation la bonzerie où Mgr Forcade, Mrs Leturdu & Adnet avaient demeuré pendant leur séjour dans ces îles. » LAmiral Laguerre, informé de ce qui sétait passé, a envoyé des ordres aux commandants de la Constantine et de la Sibylle, non pour aller chercher nos confrères à Nasa, mais pour voir comment ils y sont traités. La bienveillance que ces officiers témoignent généralement à tous les Missres, à une cause particulière pour ce qui regarde nos confrères ; ils espèrent quils leur serviront dinterprètes dans leurs prochains rapports avec les Japonais.
    39 adultes et 1272 enfants dinfidèles en danger de mort ont reçu la grâce du Baptême dans la Mission de la Mandchourie. Les résultats de ladministration auraient sans doute été beaucoup plus consolants, si, comme le dit Mgr Verrolles, la visite des chrétiens neût pas été contrariée en plusieurs endroits par la disette qui, depuis 3 ans, ravage le Leao-tong. Les chrétiens, poussés par la faim, se dispersent et vont à laventure. Depuis 2 ans la chrétienté doù ce Prélat nous écrit a perdu 60 chrétiens par lémigration, et ce nest pas le seul inconvénient que la Mission ait eu à déplorer comme résultat de la disette et des horreurs de la guerre civile. « Le désordre occasionné par la guerre civile et la misère qui chaque année va croissant, nous dit Mgr Berneux, a multiplié considérablement le nombre des voleurs ; ils infestent toutes les routes, pillent ce quils rencontrent et massacrent quiconque oppose résistance. » Mr. Vénault était tombé entre les mains dune bande de ces brigands, ils lont complètement dévalisé ainsi que son domestique. Cette mésaventure & larrestation de plusieurs chrétiens au sujet dun oratoire que ce même confrère avait fait élever dans une petite chrétienté formée par ses soins, ont coûté 3000 frs à la Mission.
    Mgr Pallegoix sest embarqué à Suez sur la fin du mois de février. Ses Missres qui lattendaient depuis longtemps et pensaient sans doute quil arriverait assez tôt pour nous donner, lui-même, les nouvelles de la Mission, ne nous ont envoyé aucuns renseignements sur ladministration de lannée dernière. Nous savons que nos chers confrères de la Malaisie travaillent avec leur ardeur accoutumée à la conversion des Chinois et des sauvages, mais nous ignorons les résultats de leurs efforts depuis lannée dernière. Les écoles des Surs de St Maur et des Frères des Ecoles chrétiennes leur donnent dabondantes consolations. Nous avons appris tout récemment la mort de Mr. Bourlier, jeune & pieux Missionnaire.
    Mgr Miche, Vicre Apque. Du Cambodge, sest rendu à Siam dans le but dobtenir du roi par lintermédiaire de Mgr Pallegoix des passe-ports pour les Missres quil se propose denvoyer au Laos. Nous ne connaissons pas encore le résultat des démarches de S.G., et nous regrettons que son absence nous ait privés du compte-rendu de ses succès et de ses espérances. Nous avons sous les yeux une lettre de Mgr Lefebvre, Vicre Apque de la Cochinchine Occidle, en date du 28 janv. dernier. Les chiffres des adultes et des enfants dinfid. baptisés ont dépassé ceux des années précédentes ; le 1er est de 651 et le 2d. de 1928. Trois-cent dix-sept de ces derniers, revenus des portes de la mort, ou achetés en santé, sont élevés par les chrétiens. Ces succès auraient été encore beaucoup plus grands sans les troubles qui ont agité plusieurs chrétientés, et lavenir se présente sous un aspect si peu rassurant , que S.G. craint dêtre condamnée à laisser tout-à-fait de côté cette année luvre de la conversion des payens. Les paroles suivantes indiquent assez combien ces craintes sont fondées : « Je viens dapprendre, dit ce Prélat, que le terrible édit de persécution qui nous menaçait depuis 3 ou 4 ans est arrivé à Bien-hoa, celle des provinces de la Mission qui se trouve le plus au Nord : il ne tardera pas à être publié partout, après toutefois les réjouissances du commencement de larmée Annamite qui sannonce bien triste pour nous selon la chair, mais qui ne manquera pas dêtre fertile en heureux fruits de sanctification. Cet édit a déjà été publié dans les provinces moins éloignées de la capitale. » Mgr Pellerin, Vic. Apost de la Cochinch. Sept. Vient de nous envoyer la traduction du nouvel édit de persécution. La tête des Missres Européens et celle des Prêtres indigènes y est mise à prix. Les élèves, les catéchistes & les servants seront marqués et envoyés en exil. Lédit ne détermine pas le genre de peines quauront à subir les simples fidèles, sils ne renoncent pas à leur Religion. Son apparition a donné lieu à de grandes craintes, mais on nen a point encore pressé lexécution. « Il a été envoyé dans tous les chefs-lieux des provinces, nous dit S. Gr., mais aujourdhui 16 xbre il nest point encore envoyé dans les cantons & dans les villages. Le nombre des Baptêmes dadultes est de 53 et celui des enfants dinfidèles in art. mortis de 588. Mgr Cuenot nous écrit le 28 Août 1854. La Mission des sauvages continuait de prospérer, et les nouveaux convertis, sans être encore fort nombreux, faisaient preuve de beaucoup de ferveur. La barque que ce Prélat avait envoyée à Singapore ayant été dénoncée aux Mandarins à son retour en Cochinchine, il nous annonce quil a cru devoir donner lordre de la couler à fond pour la soustraire aux recherches du Vice-roi. « Jaurais pu absolument la conserver, nous dit S. Gr. ; mais les dépenses auraient dépassé de beaucoup sa valeur, et le danger aurait été plus grand. Le même Prélat nous annonce dans une lettre de février la disgrâce du Vice-roi de Binh-Dinh, cet ennemi et ce persécuteur si acharné des chrétiens. Il a été envoyé à la capitale chargé de chaînes pour avoir contre la défense du roi vendu du riz à des Chinois. S.G. nous donne aussi quelques détails sur le nouvel édit de persécution. Le chiffre des Baptêmes est pour les adultes de 1040, et pour les enfants dinfidèles de 14,802.
    Les nouvelles de nos Missions de louest de la Chine nous sont arrivées cette année beaucoup plus tard quà lordinaire, par la raison que les courriers voulant éviter la province de Canton exploitée par les voleurs en même temps que bouleversée par les désordres de la guerre civile, se sont rendus à Hong-Kong par la voie de Chang-hay. Le chiffre du Baptême des enfants dinfidèles in art. mortis saccroît chaque année dune manière prodigieuse au Sut-chuen. Le nombre des baptiseurs doffice sest augmenté de 43, et une nouvelle pharmacie a été ajoutée aux 14 qui existaient déjà. Mais les moyens daction ne sont pas seuls nécessaires pour faire recevoir avec confiance des succès si extraordinaires ; et les incrédules sont nombreux même dans nos propres missions. Les baptiseurs et les pharmacies doivent donc être soumis à un contrôle sévère ; Mgr de Maxula le comprend comme nous. Si plus tard on était obligé davouer quon sest laissé tromper, quel fâcheux effet nen résulterait-il pas pour toutes les Missions ! S.G. aura pris à ce sujet, nous nen doutons pas, toutes les mesures que sa prudence ordinaire naura pas manqué de lui suggérer Le nombre des adultes baptisés est de 529. «Dans le courant de lannée nous navons pas eu de graves persécutions à déplorer, nous dit Mgr de Maxula. Presque tous les mandarins ont renvoyé comme innocents et victorieux, les chrétiens que des ennemis particuliers avaient, dans quelques localités, dénoncés pour cause de Religion. » Une lettre de Mgr de Philomélie dont la dernière date est de 7bre nous apprend quon a baptisé au Yun-Nan 425 adultes et 6560 enfants dinfidèles in art. mortis. Tout est en paix dans la partie quhabite S.G., mais il nen est pas de même dans le district de Mr. Dumont : 17 chrétiens y ont été arrêtés et jetés en prison. Jusquici ils se sont montrés inébranlables au milieu des fréquentes et cruelles tortures quils ont eu à subir. Notre cher confrère a pour eux les entrailles du Père le plus tendre et sest imposé de durs sacrifices pour les soulager. La S.C. na point accepté la démission de Mgr Faurie, choisi par Mgr Albrand pour lui succéder dans la charge de V. Ap. du Koui-tcheou, et nous espérons annoncer dans notre lettre de lannée prochaine quil a reçu la consécration épiscopale. Il portera le titre dEvêque dApollonie. Sous lactive et intelligente direction de Mr Perny, la Mission du Koui-Tchéou a continué de prospérer depuis la mort de Mgr Albrand. « Malgré la difficultés des temps, nous dit ce cher confrère dans une lettre du 10 7bre 1854, nous avons eu la consolation de procurer cette année linestimable bienfait du Baptême à 160 adultes et à 12,608 enf. dinf Mes plus grands soins ont été pour lorganisation de notre collège. Nous avons à présent 18 élèves, au nombre desquels sont 2 enfants Miao-tsé dune grande espérance. Cette maison-commence à marcher parfaitement et nous donne de la consolation. La guerre civile, en faisant de la province du Quang-Tong un vaste théâtre de désordre et de brigandage, naura pas permis à Mr. Guillemin de se procurer les renseignements nécessaires au compte-rendu de son administration. Cette Mission est toujours sous un double juridiction malgré les espérances que des promesses réitérées du changement prochain dun état de choses si préjudiciables au bien, nous avaient fait concevoir. Dieu le veut que les obstacles qui en retardent encore lexécution soient bientôt levés. Les perturbations civiles ont dû nécessairement influer sur les résultats de ladministration. Le Séminaire qui, par sa position dans lîle de Hong-Kong, navait rien à craindre de ce côté, est dans un état prospère et donne de belles espérances.
    MM. Taillandier & Colombet ayant été arrêtés dans le Tonquin Méridional, Mgr Gauthier sest empressé de sacrifier une somme assez ronde pour soustraire sa Mission aux suites fâcheuses que cette affaire pouvait entraîner. Le dernier de ces chers confrères qui avait contracté une maladie très dangereuse en prison, na survécu que quelques jours à son élargissement. Le Tonquin Occidental, grâce à son admirable organisation et au zèle actif de Mgr Retord, a obtenu des succès plus grands encore que les années précédentes. Le chiffre des Baptêmes dadultes est de 1535, et celui des enfants dinf. in art. mortis de 15,368. « Outre cela nous avons acheté, nous dit ce Prélat, 665 enfants en santé que nous avons baptisés et placés ensuite dans nos maisons de Dieu, dans nos couvents de Religieuses ou dans des familles chrétiennes. Cela fait donc en tout 16,031 enfants dinfidèles qui, dans une seule année, ont été arrachés aux griffes de Satan. » La Mission du Coïmbatour se trouve privée de son Vic Apostque, le St Père ayant accepté la démission de Mgr de Brésillac. S.G. sest retirée depuis environ 2 mois chez les capucins de Versailles. Nous lui faisons une pension alimentaire, jusquà ce quil jouisse de son patrimoine. Avant de se séparer de nous, Mgr de Brésillac nous témoigne le désir dêtre toujours considéré comme membre de notre Congrégation ; nous lui répondîmes que nous renvoyions la décision de cette question à nos Missions. Nous espérons que la Mission du Coïmbatour ne restera pas longtemps veuve. On y a baptisé dans le courant de lannée dernière 127 adultes et 604 enf. dinf. in art. mortis.
    Le Tableau dadministration de la Mission du Mayssour nous présente 144 bapt. dadultes, 7 protestants et 3 enfants, 15 familles schismatiques réconciliées. Le nombre des enfants dinfidèles baptisés in art. mortis est de 63. « La sécheresse de lannée dernière fit monter le prix des denrées à un prix exorbitant, nous dit Mgr Charbonneaux. Cette année nous aurons plusieurs chrétientés dans une pénurie très grave ; les moissons ont entièrement manqué. Nos orphelinats se remplissent, mais nos bâtiments ne suffisent pas. Une de nos Religieuses (Surs du Bon-Pasteur dAngers) est morte lan dernier, deux autre sont nécessaires. » Le chiffre des Baptêmes de la Mission de Pondichéry navait pas encore été aussi élevé que cette année. Il est pour les adultes de 520 et pour les enfants dinfid. in art. mortis de 762. Il y a eu 33 abjurations de différentes sectes protestantes. Un Séminaire-Collège va être construit à Karikal : il sera un appendice des deux qui existent déjà à Pondichéry et sont en voie de prospérité. A côté des écoles pour les filles, innovation qui doit avoir de si heureux résultats, va sélever un catéchisat dont le but se trouve indiqué dans les paroles suivantes de Mgr de Drusipare : « Les difficultés que nous rencontrons pour la conversion des Gentils viennent de la constitution politique & religieuse des castes, de notre impuissance à agir sur lesprit des payens qui rejettent et repoussent tout ce qui nest pas Indien, même en fait de religion. Nous espérons que le catéchisat que nos allons former en mai, nous fournira des hommes instruits de la religion et de la mythologie indienne, des hommes que nous enverrons partout où nos Missres Européens et nos Prêtres indigènes ne peuvent pénétrer. »
    Mr. Krick nous écrivait le 29 juillet dernier : « Nous arrivons à linstant à Sommeu, village Thibétain ou jai résidé 3 semaines, il y a 2 ans cest le moment dunir vos puissantes prières aux nôtres pour le succès dune si grande entreprise. Jai confiance. Nous entrâmes dans le Thibet le jour de la St Jacques Apôtre. Nous arrivons aujourdhui à notre 1ère destination un Samedi, jour de Marie, à qui jai consacré la Mission du Thibet, et le jour de Ste Marthe que Jésus aimait. » Cette nouvelle nous aurait causé une vive satisfaction si elle neût été accompagnée dune lettre de Mr Bernard nous annonçant le massacre de Mr Krick & Bourry par Kaïssa, un des chefs de la tribu des Michemis qui convoitait leurs dépouilles. Lhorreur que la perpétration dun tel crime excita dans le pays, les marques de sympathie dont nos chers confrères ne cessèrent dêtre lobjet dans les deux villages tibétains où ils étaient restés deux mois ne nous font pas perdre tout espoir du succès dune nouvelle tentative. Nous comptons en conséquence envoyer prochainement un confrère pour accompagner Mr. Bernard qui se sent toujours plein de courage et despérance. Le Gouverneur général des Indes a fait saisir le meurtrier de nos chers Confrères dans sa propre maison et lui fera sans doute subir le châtiment quil mérite. Quel sera leffet de cette intervention du Gouvernement Britannique, que nous aurions voulu conjurer ? Nous lignorons. Dieu veuille la faire tomber à laccomplissement de son uvre !
    Nous avons reçu dernièrement des nouvelles de Mr. Renou en date du 27 février 1854. Après avoir pendant plus dun an étudié le Thibétain dans la Grande Lamaserie où il avait pour Maître le Supérieur même des Lamas, sans être connu pour ce quil était, il a dû, à la fin, pour se soustraire aux soupçons qui sélevaient de tous côtés sur son compte, revenir au Yun-Nan auprès de Mr. Fage. Cest de là quil nous a écrit la lettre doù nous extrayons ces quelques détails, et dans laquelle il nous annonce quil pense faire, de concert avec ce cher confrère, un 1er essai dans une des principautés intermédiaires relevant directement de Lassa. Il a plu à Dieu dappeler à lui Mr. Latry, sur lequel nous avions fondé des espérances pour une expédition par le Sut-chuen.
    Notre Séminaire de Pinang a éprouvé une crise financière assez sérieuse. Après avoir épuisé son allocation et son fonds de réserve, qui était dailleurs fort peu considérable, il a été obligé de recourir à un emprunt qui aurait été fort onéreux si nous ne nous étions empressés de venir à son secours par une avance de 10,000 frs sur lallocation de cette année qui, à cause de cela, figurera sur notre tableau de répartition pour un chiffre de 30,000 frs. Cette crise est due à laugmentation du personnel, dune part, et de lautre à lextrême cherté des denrées provenant de la disette. Le nombre des élèves est de 133. Nos 5 confrères qui se dévouent avec un zèle au-dessus de tout éloge, à les former à la science et à la piété en sont généralement fort satisfaits sous ce double rapport. Mais comme ils sont surchargés de besogne, nous avons cru à propos de leur donner un nouvel auxiliaire : ce qui portera leur nombre à 6.
    Le cours du change à Hong-Kong, loin de saméliorer depuis lannée dernière, est encore devenu plus mauvais. La procure aurait donc une perte très considérable à subir si, comme précédemment, il lui fallait fournir la piastre aux Missions à 5frs50c. Nous avons en conséquence écrit à Mr. Libois de la compter à son prix de revient, selon le cours de change.
    Le personnel de notre séminaire a pris et conservé pendant toute lannée une marche ascendante. Nous avons eu jusquà 42 aspirants. Il doit nous en venir encore un bon nombre dici à la fin des vacances, mais alors nous aurons fait des vides. 7 Missres vont sembarquer dans quelques jours, et plusieurs autres les suivront prochainement. Nous navons pas seulement lieu de bénir la Providence pour le nombre, mais encore pour les bonnes dispositions des sujets quelle nous envoie. Une lettre du Conseil de la Propagation de la Foi à Lyon, en date du 2 janvier dernier, nous a fait part de la mort de son Président, Mr. le Baron de Jessé et du désir quil fût recommandé aux prières de nos Missions. Il a été remplacé dans ses fonctions de Président de luvre par Mr. Terret qui, depuis près de 18 ans, exerçait la charge de Vice-président. Quelques jours plus tard ces MM. et les Membres du Conseil de Paris nous témoignèrent dune manière fort touchante toute la part quils prenaient à nos justes regrets pour la perte de si douloureuse que nous venions de faire, et depuis lors ils nont pas cessé un seul instant dêtre aussi bienveillants à notre égard quauparavant. Nous en avons une preuve dans le chiffre de notre dernière allocation qui est de 460,000 frs, bien que leur dividende fût beaucoup inférieur à celui des deux années précédentes, sur lesquelles avaient été reportés les aumônes du Jubilé, et que chaque année il surgisse de nouveaux besoins et de nouvelles demandes auxquelles il est presquimpossible de ne pas faire droit. Vous nignorez pas, Nos Seigneurs & Messieurs, que le chiffre de notre allocation dépend beaucoup des renseignements que vous nous fournissez sur vos besoins et les résultats de votre administration ; nous nen avons eu que fort peu à présenter cette année, tant à cause des événements de la Chine qui avaient retardé les courriers, que par lomission de cette partie importante dans les lettres de plusieurs autres Missions qui nous étaient parvenues à lépoque de notre rapport. Cest ordinairement dans la 1ère quinzaine de Mars que le Conseil de Lyon nous demande ce rapport, et cest presquen même temps que nous avons été requis cette année de présenter celui que le Conseil de la Ste Enfance attend de nous. Une indisposition du rapporteur de la commission de répartition, Mr. le Marquis de Gabriac, na pas encore permis au Conseil de cette dernière uvre de soccuper de son opération. Le dividende net sera de 600,000frs.
    MM. les Membres du Conseil de la Propagation, après nous avoir donné avis du chiffre de notre dernière allocation, ajoutaient : « Permettez-nous de profiter de cette circonstance pour vous exprimer le désir de voir luvre de la Propagation de la Foi sétablir aussi dans les chrétientés qui dépendent de vos différentes Missions. Si laccomplissement de ce vu, que nous vous prions de transmettre de notre part aux respectables supérieurs de ces Missions na pas pour résultat peut-être daccroître, quant à présent, dune manière fort notable les ressources dont luvre peur disposer, du moins serait-il comme un signe sensible de lunité desprit qui existe entre les fidèles des différentes contrées et qui les porte à contribuer, selon la mesure de leurs forces, à lextension du règne de Dieu dans ce monde. En voyant ceux-la même qui ont besoin de secours simposer des privations dans ce noble but, le zèle des fidèles dEurope en recevra une impulsion nouvelle dont, à leur tour, les Missres ressentiront les salutaires effets. »
    Certains de nos Vicaires Apostoliques ont désiré que nous appelassions votre attention, Nos Seigneurs & Messieurs, sur un article du Réglt. qui nest pas généralement observé ; cest le 2d. du chapitre 5. Voici ce quil porte : « Les nouveaux Missres seront reçus par les Directeurs du Séminaire de Paris. Ces nouveaux Missres, quoique reçus et envoyés dans les Missions, ne seront agrégés au Corps dAssociation quaprès avoir travaillé pendant 2 ans, et sur lattestation quenverront les Supérieurs des Missions, daprès laquelle ils seront inscrits sur les registres, comme Membres du corps. » Il ny a que 2 ou 3 de nos Vicaires Ap. qui soient dans lhabitude de nous envoyer cette attestation quils accompagnent dune demande dinscription° ce qui nous met dans lembarras. Nous désirons donc quil y ait uniformité dans lobservation de ce point du Règlement, disposés que nous sommes à faire ce qui est requis de notre part.
    Nous avons obtenu depuis environ 8 ans la franchise de notre correspondance, mais on se plaint beaucoup au ministère de la grosseur de nos paquets. Ce mécontentement sest manifesté surtout à loccasion de ceux qui nous sont parvenus par la dernière malle et qui, pour cette raison, y ont fait un séjour dune 10e de jours, personne ne voulant nous les envoyer. Il serait très-fâcheux quon nous retirât ce privilège qui nous épargne plusieurs milliers de francs par an. Nous vous recommandons en conséquence, Nos Seigneurs et Messieurs, de nous écrire, autant que possible, sur du papier mince les choses les plus importantes, et de mettre à part celles qui le seraient moins et pourraient, sans inconvénient, être expédiés par la voie du Cap, en ayant soin den prévenir Mrs le Procureurs.
    Le pouvoir dindulgencier les chapelets, croix et médailles a été renouvelé à tous les Membres de notre Congrégation, pour dix ans, à compter du mois de juillet 1855 ; mais la faculté dappliquer aux croix les Indulgences du chemin de la croix na été renouvelée quen faveur des Vicaires Apostoliques.
    Voici les noms & les destinations des Missionnaires expédiés en 1855.

    5 mars 1855.

    MM.

    Jean-Baptiste Pierron, de Metz, Coïmbatour.
    Alphonse-Hilaire Avrial, de Carcassonne, idem
    André Lapanne, de Verdun, id.

    Viennent de sembarquer

    MM.

    Jean-Baptiste Arnal, de Toulouse, Sut-Chuen
    Charles-Antoine Pourthié, dAlby, Kouei-Tchéou
    Jules-Constant Paspin, de Verdun, Cochinchine Septle.
    Jean Laffitte, dAire, Cochinchine Orientle.
    Pierre Paris, de Besançon, Malaisie
    Martin-Louis Greiner, de Metz, Collège de Pinang
    Eugène Lemonnier, de Coutances, Collège de Pinang
    (celui-ci soit partir prochainement & passer par la Mer-Rouge).

    Nous avons lhonneur dêtre, en union de prières et de Saints Sacrifices,

    NosSeigneurs & Messieurs,

    Vos très-humbles et très-dévoués Serviteurs,

    Paris le 28 juin 1855.


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