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lettre n°

Nos Seigneurs & Messieurs, Notre dernière lettre commune portait la date du 29 juillet 1853. Celle-ci vous fera connaître les nouvelles que nous avons reçues postérieurement à cette date, de toutes nos chères Missions, de nos établissements doutre-mer, ainsi que ce qui nous concerne nous-mêmes. Nous suivrons lordre que nous nous sommes tracé précédemment en commençant par nos Missions de lInde.
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    Nos Seigneurs & Messieurs,

    Notre dernière lettre commune portait la date du 29 juillet 1853. Celle-ci vous fera connaître les nouvelles que nous avons reçues postérieurement à cette date, de toutes nos chères Missions, de nos établissements doutre-mer, ainsi que ce qui nous concerne nous-mêmes. Nous suivrons lordre que nous nous sommes tracé précédemment en commençant par nos Missions de lInde.
    La Mission de Pondichéry compte 98,000 chrétiens, 38 Missionnaires dont 6 sont employés au collège colonial, qui va toujours très-bien, et 10 Prêtres indigènes. Il y a 10 élèves au Grand Séminaire, 44 internes au petit et 120 externes. Ces deux établissements étant beaucoup trop petits vont être considérablement agrandis. Il en est de même du couvent de Malabaresses, fondé par Mr. Dupuis, qui nest plus en rapport avec son personnel, même actuel, et le nombre de ses élèves. Voici comme Mgr de Drusipare nous parle de cette uvre pleine davenir : « Le succès que nous avons eu surtout depuis deux ans dans les écoles de filles de toutes les castes et les mesures que nous prenons, nous font espérer que cette uvre, auparavant entièrement inconnue, prendra un jour de laccroissement et deviendra prospère. » Sa Gr. espère pouvoir, dans un ou deux ans, consacrer plusieurs de ses Missres à la conversion des gentils, chose qui na pas encore été possible vu le petit nombre des ouvriers évangéliques, et leur donner pour auxiliaires des catéchistes formés dans un établissement spécial que les manque de ressources ne lui a pas encore permis de fonder. Il y a lieu despérer qualors le chiffre des Baptêmes annuels prendra un nouvel accroissement ; celui de cette année est, pour les adultes, de 313, et pour les enfants dinfidèles in art. mortis, de 720. Il y a eu en outre 44 abjurations de diverses sectes protestantes. Mais dun autre côté le schisme Indo-Portugais continue demployer, selon lexpression de Mgr de Drusipare, le fas et le nefas pour pervertir les néophytes et les attirer dans son parti. « Il y a encore, dit ce Prélat, dans le Vicariat 4 prêtres goannais schismatiques ; ils ont les églises de 4 chef-lieux de district, à la faveur des lois anglaises qui donnent droit au 1er possédant. Il nous a fallu, et il nous faut encore bâtir à grands frais des églises où il y en avait de suffisantes sans ce malheureux schisme. Nos chrétientés souffrent grandement du manque de chapelles et dEglises Les Missres des districts maccablent de demandes bien motivés pour des constructions dEglises et de chapelles, toutes plus pressantes les unes que les autres. »
    Mgr Charbonnaux ayant heureusement terminé les affaires importantes qui lavaient ramené en Europe et recouvré une parfaite santé, sest embarqué à Marseille au mois de Mars dernier pour retourner dans sa Mission par la voie la plus expéditive. Son départ avait été précédé e 2 mois par celui de 3 religieuses du Bon Pasteur dAngers se rendant au Mayssour par le cap de Bonne Espérance. Les conseils de la Propagation de la Foi ayant égard aux dépenses que ce Prélat aurait à faire à leur occasion ainsi quà certains besoins urgents de sa Mission, lui ont affecté une allocation particulière de 14,000 frs qui figurera sur notre Tableau de répartition.
    Le tableau dadministration de la Mission du Mayssour pour 1853 porte : « Baptêmes dadultes, 191 ; Protestants réconciliés, 17 ; Apostats réconciliés, une famille ; Enfants baptisés à lart. de la mort, 86. »
    Mgr de Brésillac, sur lautorisation quil en a reçu de la Propagande, sest rendu à Rome où il se trouve encore aujourdhui. Il nous a écrit ces jours derniers quil se rendrait prochainement dans sa famille. Il y a eu 143 baptêmes dadultes et 27 denfants dinfidèles en danger de mort. Mr. Parceval, jeune & excellent Missre a été enlevé subitement par le choléra.
    A la date de notre dernière Mr. Krick se trouvait chez les Abords, tribu sauvage dont le pays confinant avec le Thibet pouvait lui en faciliter lentrée : mais il ne put faire quun court séjour chez ce peuple tellement superstitieux quil le rendait responsable des accidents auxquels il était évident quil navait eu nulle part. A son retour des Abords, ce cher confrère, fut attaqué dune fièvre si violente quen moins de 12 heures il fut réduit lextrémité. Plusieurs mois après il nous écrivait : « Succomberai-je à cette maladie, ou en reviendrai-je ? Cest un doute que je ne puis décider. Je voudrais avoir pleine santé pour me mettre en route avec le cher Mr. Boury Tout le monde, même le Dr ; ce matin, me dit que je ne me rétablirai quen sortant pour quelque temps dAssam ; mais je leur réponds que si jen sors ce sera pour le Thibet et non pour le Bengale. Si je meurs, un autre me remplacera. Malgré les nombreuses difficultés, je crois quavec le temps, il y a grand espoir Assurez le conseil que nous ferons tout ce qui dépendra de nous pour réussir et que nous sommes prêts à faire le sacrifice de tout, de la vie même pour la gloire de Dieu. » Heureusement la santé de Mr. Krick sest rétablie, et il a pu, le 19 février, se remettre en route vers le Thibet, accompagné de Mr. Boury. Cette nouvelle tentative se fait, comme la précédente, par la tribu des Michemis et sous la conduite dun chef nommé Kroussa qui a promis de conduire ces chers confrères jusquau Thibet et de leur servir de courrier une fois quils y seraient installés. Le début de leur voyage na pas été heureux : « Aujourdhui 24 fév., nous écrit Mr. Boury, nous sommes arrêtés sur le sable à lembouchure de la petite rivière Doura-Monk ; nos bateliers ne veulent plus avancer à cause des dangers du fleuve qui coule comme un torrent et sur un lit tout de pierres quil a rapportées des montagnes. » Ce premier obstacle naura sans doute pas tardé à être surmonté.
    Mr.Renou chargé de diriger lexpédition qui se fait du côté du Yun-Nan sest avancé dans les principautés intermédiaires où il a le projet de fonder des chrétientés afin quelles lui servent comme de Jalons pour arriver jusquau Thibet proprement dit. La langue de ces principautés étant le Thibétain, notre cher Confrère a dû se préoccuper tout dabord den faire une étude sérieuse, et la Providence la admirablement secondé sous ce rapport en le conduisant à une grande Lamaserie, dont le Boudha vivant, homme très-capable, a consenti à lui donner lhospitalité t à devenir son maître de Thibétain quil possède admirablement, à la seule condition dobtenir pour prix de ses leçons une longue-vue appartenant à Mr. Renou et qui lui avait semblé une merveille dun prix inestimable. Notre cher Confrère ne tarda pas à sapercevoir quil avait fait un excellent marché. « Lexpérience de 6 semaines, nous dit-il, ma donné la preuve de sa science et de son zèle Ses leçons mont fait voir la langue Thibétaine sous un tout autre point de vue je navais pu lapercevoir auparavant. Je commence à découvrir les règles de grammaire que jignorais absolument, et jespère que je pourrai assez apprendre cette langue pour traduire les prières principales, et les éléments de la doctrine chrétienne, ce qui est surtout nécessaire pour le présent. La lettre dans laquelle Mr. Renou nous donne ces détails est du 3 décembre 1852, et depuis lors nous navons rien reçu de lui. Les choses seraient encore plus avancées du côté du Sut-Chuen sil sétait trouvé un Missre prêt à se rendre auprès de la Reine de So Mo, lorsquà la sollicitation de Mr. Papin, elle se montra disposée à recevoir le Lama dEurope dont il lui avait parlé, et auquelle elle avait déjà assigné une grande lamaserie pris de son palais. Dieu veuille quelle soit encore dans ces heureuses dispositions lorsquarrivera près delle le Missre que Mgr de Maxula vient dêtre chargé par la S.C. de lui envoyer.
    Mgr de Philomélie nous fait observer que les troubles causés par la guerre civile ont beaucoup retardé les progrès de notre Sainte Religion au Yun-Nan. Cependant il y a encore eu 105 baptêmes dadultes et 6,115 denfants dinfidèles in art. mortis. « Il y a plusieurs mois, dit S.G., que les Mahométans sont en pleine révolution dans cette province, ce qui nous gêne beaucoup pour les voyages. La plupart des routes sont interceptées ; on tue, on brûle, on pille, il ny a plus de commerce. » Cette difficulté de communication na pas permis à Mgr Chauveau et à nos autres confrères éloignés de la résidence de Mgr Ponsot, de profiter des derniers courriers pour nous faire parvenir leurs correspondances.
    La Mission du Koui-tchéou a fait une grande perte ; Mgr Albrand, Evêque de Sura, lui a été enlevé le 22 avril 1853, après une maladie de 8 jours. Ce Prélat avait nommé Mr. Fraurie pour lui succéder, mais ce cher confrère sétant empressé denvoyer sa démission à la S.C., il fallut, en attendant sa réponse, que Mr. Perny, du suffrage unanime de ses confrères, prît le gouvernement de la Mission. La S.C. vient de confirmer le choix de Mgr Albrand. Le nouveau Vicaire Apostolique porte le titre dEvêque dApollonie.
    Quelques lettres de Mr. Perny sont les seules qui nous soient parvenues par les derniers courriers, les mandarins sétant emparés de toute la correspondance de la Mission expédiée précédemment. Voilà pourquoi sans doute nous navons pas reçu le Tableau dadministration de la Mission. Nous savons seulement que 8,844 enfants dinfidèles in art. mortis y ont reçu la grâce du Baptême, et que 12 enfants, 6 garçons & 6 filles ont été adoptés. « Les 6 petits garçons annoncent les meilleurs dispositions, nous dit Mr. Perny. Deux ont commencé létude de la langue latine en automne. » Mais ces succès de luvre de la Ste Enfance ayant attiré lattention des mandarins, la persécution sest élevée en plusieurs endroits contre les baptiseurs. « Voilà dix mois, nous écrit Mr. Perny, que nos baptiseurs de Fou-Yun-fou sont dans les fers pour le St nom de J.-C. Nos efforts pour les faire délivrer nont fait quaugmenter la fureur de leur persécuteur Nous avons perdu lespoir dobtenir leur élargissement à moins dintenter un procès fort dispendieux et même dun succès incertain. »
    Les bruits de guerre, dit Mgr de Maxula, les calomnies contre les chrétiens comme amis des insurgés, terrifient, indisposent les payens, diminuent le nombre de ceux qui embrassent la religion, en font ajourner lépoque. Cest pour ces raisons que cette année nous navons que 493 néophytes admis au catéchuménat et seulement 591 adultes baptisés. » Quant aux Baptêmes denfants dinfidèles en danger de mort, ils ont atteint le chiffre de 128,445, ce qui suppose des moyens daction extraordinaires. En effet la Société Angélique a transformé bon nombre de chrétiens en baptiseurs aussi zélés que désintéressés ; et comme ils ne suffiraient pas à recueillir la moisson abondante des grands centres de population, et ne pourraient en faire leur occupation spéciale dans le lieu de leur résidence, ils ne sont que les auxiliaires de baptiseurs titrés et rétribués dont 54 sont ambulants et 230 à poste fixe. Il y a, en outre, dans la Mission, 14 pharmacies pourvues de remèdes pour les enfants malades quon y apporte chaque jour en grand nombre, et où ceux qui sont en danger de mort reçoivent la grâce du Baptême. Mgr de Maxula, toujours plein dardeur pour accroître les succès de cette belle uvre, écrit à Mr. Jammel Directeur de la Ste Enfance : « Jai pressé tous les Missres et prêtres indigènes daugmenter le nombre de leurs baptiseurs, hommes & femmes. Je leur ai envoyé et fait envoyer une plus forte somme dargent. Jespère donc que nous aurons 40 à 50 baptiseurs de plus en quelques mois Mon grand désir est davoir en peu dannées 1000 baptiseurs Les dépenses de 1000 baptiseurs surpasseraient 100,000 frs par an, mais ils baptiseraient au moins 400,000 enfants chaque année. »
    Cette assertion nétait guère propre à dissiper les doutes fâcheux, dont lexpression avait mainte fois frappé nos oreilles, relativement au chiffre annuel de ces baptêmes et du dernier en particulier. Désirant y mettre un terme nous présentâmes dans notre rapport aux Conseils de la Ste Enfance les observations suivantes qui paraissent avoir complètement atteint ce but, et qui, nous lespérons, seront confirmées par nos chers confrères du Sut-Chuen. Cest dans cette intention que nous les reproduisons, pensant dailleurs quelles feront plaisir à ceux de nos chers confrères qui jusquici ne se sont peut-être pas bien rendu compte de la possibilité dun nombre si considérable de Baptêmes.
    « Nous ne nous préoccuperons pas de savoir sil est possible ou non de réaliser un tel désir sorti dun cur tout apostolique ; mais comme nous avons entendu dire que des doutes se sont élevés contre la réalité du chiffre actuel des Baptêmes, Mgr de Maxula pouvant, dit-on, avoir été trompé sur les rapports exagérés de ses baptiseurs, vous nous permettrez, Monseigneur et Messieurs, de vous soumettre quelques observations qui vous feront apprécier la valeur de ce soupçon. Il est hors de doute que les baptiseurs du Sut-Chuen, à quelque catégorie quils appartiennent, ainsi que les pharmacies, désignées sous le nom de boutiques où lon baptise un si grand nombre denfants parmi environ une centaine de petits malades quon apporte à chacune tous les jours, ne soient sous la direction et la surveillance des Missres et des prêtres indigènes, auxquels ils doivent rendre compte de leurs opérations. Nous ne sachons pas quon prenne ailleurs dautres précautions contre lexagération des baptiseurs. Si on les juge insuffisantes, elles doivent lêtre également pour toutes les Missions, car le grand nombre de Baptêmes naccuserait de lexagération quautant que les moyens ne seraient pas en rapport avec la fin, ce qui na pas lieu pour le Sut-Chuen, comme nous venons de le voir.
    « On dit encore : pourquoi ce nombre si prodigieux de Baptêmes nest-il mentionné que dans les lettres de Mgr de Maxula ? Par une raison bien simple, cest que sa position de V. Apostolique le met seul à même de connaître le résultat général de ladministration particulière de chaque district, et que dailleurs il est le seul correspondant officiel en semblables matières. Mais au moins son coadjuteur ou quelques-uns de ses Missres pourraient-ils faire part au Conseil de la Ste Enfance des résultats particuliers de leurs efforts pour le Baptême des enfants et ajouter leur autorité à celle de leur Vicaire Apostolique. Eh bien ! Voici Mr. Latry qui écrit à lun de nous dans une lettre du mois de 7bre 1853 : « Jai eu dans mon district environ 5 mille baptêmes denfants dinfidèles en danger de mort. Cest ma plus grande consolations. » Cette simple assertion de Mr. Latry, qui navait point été provoquée, vient, ce nous semble, puissamment en aide à Mgr de Maxula, et voici comment. Il y a 56,000 chrétiens dans la Mission du Sut-Chuen, divisés actuellement en 46 districts. Celui de Mr. Latry compte 1500 chrétiens. Supposé donc que dans tous les autres districts, proportion gardée, ont eût baptisé autant denfants moribonds que dans celui de ce cher confrère, le nombre de ces baptêmes se serait élevé à plus de 200,000, et cependant le chiffre donné par Mgr de Maxula nest que de 128,445. Donc loin de le croire exagéré, on doit penser quil peut encore saccroître de beaucoup. Mais, peut-être dira-t-on encore, où trouver un nombre si extraordinaire denfants moribonds dans une seule province ? Il ny a dans le vaste empire de la Chine, auquel on attribue 300 millions dhabitants, que 18 provinces dune étendue et dune population fort inégales, et le Sut-chuen est une des principales sous ce double rapport. Sa population, assure-t-on, surpasse celle de la France ; mais dût-elles lui être inférieure de quelques millions, il pourrait encore se faire que le chiffre des naissances y fût aussi élevé que chez nous ; car, soit par la raison dune plus grande fécondité, ou parce que ces peuples, tout corrompus quils sont, nont pas encore appris à enfreindre une loi de haute moralité qui, chez nous, reçoit de si fréquents atteintes, la supériorité numérique des naissances leur est assurée. A Siam, nous dit Mgr Pallegoix, la proportion des naissances (parmi les chrétiens) est denviron un sur vingt-cinq individus, ce qui établirait une très-grande disproportion avec la France où le nombre des naissances ne sest élevé en 1847 quà 918,581. Nous avons donc de bonnes raisons pour penser que, quand bien même la population du Sut-Chuen serait de plusieurs millions inférieures à celle de la France, elle pourrait marcher avec elle de niveau pour le nombre des naissances. Supposons quil en soit ainsi, et quayant multiplié 918,581 par le nombre des années qui précèdent lusage de la raison, nous avons un total de plus de 6 millions denfants sur lequel peut planer le danger de mort. Ici encore nous aurons une proportion bien différente entre la France et le Sut-Chuen. Si nous supposons quen France un dixième denfants courront ce danger, il faut que nous en mettions un 8e au Sut-Chuen où linfanticide est pratiqué dune manière si effrayante, comme nous le voyons dans une lettre de Mgr Desflèches, insérée dans le 2e vol. des Annales de la Ste Enfance, et où ce crime est constaté par les aveux mêmes des coupables. Dun autre côté, la petite vérole, contre laquelle les Chinois ne savent point encore faire usage de la vaccine, les famines si fréquentes dans ce pays, la misère si profonde et les mauvais traitements ne peuvent manquer de faire un grand nombre de victimes. Il est donc facile de croire que sur plus de 6 millions denfants chinois, non encore parvenus à lâge de raison, 7 à 8 cent mille se trouveront chaque année en danger de mort, et par conséquent dans le cas de pouvoir recevoir le Baptême. Nous ne trouvons donc point étonnant que nos chers Confrères du Sut-Chuen aient pu, avec les moyens quils nous ont fait connaître, conférer cette grâce à 128,445 de ces pauvres créatures, non plus que la promesse quils vous font encore, Monseigneur & Messieurs, daugmenter considérablement ce nombre. »
    Mr. Libois, qui nétait que provisoirement Préfet Apostolique de la Mission de Quang-tong, ayant fait agréer sa démission à la S. Congrégation, Mr. Guillemin la remplacé dans cette charge. Les difficultés dadministration sont toujours les mêmes à cause de la double juridiction qui, grâce à Dieu, parait toucher enfin à son terme. Malgré ce grand obstacle au bien il y a eu dans le courant de 1853, 214 baptêmes dadultes et 2,218 denfants dinfid. in art. mortis. Onze enfants ont été rachetés, 52 baptisés et 67 sont élevés. « Nous avons toujours quelque chose à souffrir de la part des mandarins, nous dit Mr. Libois. Un de nos meilleurs catéchistes du Kia-in a été arrêté et est mort en prison pour avoir prêché notre Sainte Religion. Dernièrement un chrétien est mort dans les prisons de Canton pour avoir reçu chez lui un de nos Missres. Maintenant même les chrétiens de Hay-nan sont persécutés par les payens pour avoir refusé de contribuer aux frais de comédies obscènes et superstitieuses. »
    Postérieurement ce cher Confrère nous a annoncé lheureuse issue de cette dernière affaire qui, grâce à lintervention de Mr. de Bourboulon, ministre plénipotentiaire de la France en Chine, a tourné à la honte et au détriment des persécuteurs qui ont reçu lordre du vice-roi de Canton de réparer le dommage quils avaient fait aux chrétiens. Ceux-ci sont sortis triomphants de prison, après toutefois avoir donné 800 pts au mandarin, somme énorme pour ces pauvres gens. Quant au dommage, il na pas été réparé.
    Après la démission de Mgr Forcade de Vicaire Apostolique du Japon, la S.C. a mis toute la diligence possible pour pourvoir cette Mission dun nouvel administrateur. Elle nous chargea pour cet effet de transmettre des pouvoirs de Vicaire Pontifical à Mr Colin, Missre de la Mandchourie, et nous devons le dire à la louange de Mgr Verrolles, ce Prélat, bien que fort sensible au sacrifice dun si excellent ouvrier, non seulement a donné une pleine adhésion à la sagesse de cette mesure qui ne compromet pas la position de ce cher Confrère et ne rompt pas entièrement le lien qui lattachait à sa 1ère Mission, mais encore a promis son concours pour lui faciliter les moyens de parvenir au Japon. Mr. Colin vient de nous écrire que son intention est de se rendre avec un Confrère à Lou-tchou, qui est comme un avant-poste pour le Japon. Ils pourront apprendre le Japonais quon parle dans ces îles, où les Américains ont actuellement une résidence, et se tiendront prêts à tout événement qui leur fournirait loccasion daller en avant. Nous espérons, vu les efforts persévérants de plusieurs nations puissantes, que cette occasion ne tardera pas à se présenter ; louverture du Japon nest plus désormais quune question de temps.
    Nous commencions à avoir de vives inquiétudes sur létat de la Mandchourie, quand sa correspondance que nous attendions depuis longtemps nous est enfin parvenue. La cause de ce retard est due à la guerre civile qui a fait manquer les occasions. « La rébellion, nous dit Mgr Berneux, na pas encore envahi notre Leao-tong, mais en craint pour cette année ; on déserte les villes pour se dérober aux désastres de la guerre ; le commerce languit, et la misère est à son comble. Préoccupés par les évènements qui agitent lEmpire et ceux qui se préparent, nos chrétiens redoublent de ferveur généralement, tandis que les payens se montrent peu disposés à entendre parler de Religion. » Une autre cause démigration est signalée par Mgr Verrolles : « Un quart de la population, dit-il, pour échapper à la disette a émigré en Mongolie, et nos chrétiens presque dans la même proportion. Pendant 8 mois de lannée nous avons été dévastés par des hordes de pillards qui parcouraient le pays dans toutes les directions. » Mr. Vénault a été le seul de nos chers confrères qui soit tombé entre leurs mains ; ils lont dépouillé ainsi que son catéchiste de tout ce quils avaient sur eux. La perte quils ont faite est évaluée par Mgr Verrolles à plus de 1500 frs. Cest aussi dans le district de Mr. Venault que quelques chrétiens ont été arrêtés à loccasion de la construction dun oratoire ; mais cette affaire suscitée par la malveillance des payens, na pas eu de suite, et ce cher confrère en a été quitte pour une somme assez ronde de 3000 frs.
    Dans une lettre que Mgr Verrolles a écrite dernièrement au Conseil de la Ste Enfance il porte à plus de 2000 le nombre des enfants dinfidèles in art. mortis qui ont reçu la grâce du baptême ces années dernières dans sa Mission. Quant au chiffre du Baptême des adultes, il nous est inconnu. « Je ne pourrai guère envoyer quau printemps, nous dit S.G., ladministration de cette année qui nest pas encore terminée. » Ce Prélat nous annonce quil vient de choisir Mgr Berneux pour son Coadjuteur.
    Nous avons reçu le 23 juin les lettres de la Corée dont les plus récentes sont du mois doctobre 1853. Elles nous annoncent la mort de Mgr Ferréol arrivée le 3 février de la même année, après une longue et douloureuse maladie soufferte avec la patience et la résignation dignes de la piété de ce Prélat. Bien que le personnel de la Corée ne se composât que de MM. Maistre, Daveluy, et Thomas Thsoey prêtre indigène, ladministration de lannée dernière présentait pour résultat 458 baptêmes dadultes et 550 denfants dinfidèles in art. mortis. Nous venons dapprendre que Mr. Jansou a été assez heureux pour rencontrer au rendez-vous indiqué la barque que Mr. Maistre avait envoyée pour le prendre. Cette barque a amené 4 élèves Coréens pour le Séminaire de Pinang. « Létat de notre mission, nous dit Mr. Maistre, nest ni la guerre ni la paix ; à la capitale et aux environs tout sest passé sans fracas ; en province, sur deux ou trois points les chrétiens ont été inquiétés, dispersés, emprisonnés ; je nai pu encore obtenir des détails bien exacts : il y a toute apparence quaucun ne sera condamné à mort. Le gouvernement est vivement préoccupé des évènements de la Chine et na pas intention de persécuter les chrétiens pour le moment. Les arrestations ont eu lieu par suite des rixes avec les payens. Nous sommes loin cependant de pouvoir compter sur la paix ; et si, par quelque mésaventure, un Missre venait à tomber sous le griffe du gouvernement, je ne sais pas trop quel parti il prendrait. »
    Mgr Boucho mentionne comme accroissements de sa Mission la formation du catéchuménat chinois dans la ville de Pinang, létablissement dun catéchiste et décoles dans une autre chrétienté de la même île, lachat dun terrain et la construction dun maison servant de chapelle dans une petite chrétienté du continent vis-à-vis de Pinang, la construction dune magnifique Eglise, avec les aumônes recueillies par Mr. Favre, dans la ville de Malacca, et la fondation dune école et dune chapelle dans un des quartiers de la même ville. Les pauvres chrétiens qui nont pas le moyen de se vêtir décemment les jours de Dimanche vont entendre la Messe et recevoir le pain de la parole dans cette petite chapelle.
    « La Mission chez les Mantras ou les sauvages habitant la presquîle Malaise, dit Mgr Boucho, prend de plus en plus de la consistance et des accroissements Le nombre des chrétiens dans cette intéressante Mission se monte à 206. »
    « Les établissements placés sous la direction des Dames de S. Maur et des frères de la Doctrine chrétienne me donnent la plus vive satisfaction et obtiennent les plus heureux résultats. Jai la confiance quavec la bénédiction den haut ces premiers succès ne feront que saccroître de plus en plus dans la suite. Il y a un établissement de frères et un de Surs à Pinang et autant à Singapore. » Le nombre des adultes baptisés pendant lannée se monte à 280.
    Le Dictionnaire de Mgr Pallegoix, qui doit être dune si grande utilité pour ses Missres, est enfin sorti de la presse impériale qui en a fait les frais. S.G ; vient aussi de publier un ouvrage intéressant sur Siam, en 2 vol. in-12. Nayant plus, après cette double publication, de raisons qui le retiennent au milieu de nous, ce Prélat va se hâter de se rendre auprès de son troupeau. Pour ce qui concerne sa Mission, voici la note quil nous a remise : « Les nouvelles que les Missres de Siam ont transmises à leur Vicaire Apostolique, actuellement à Paris, lui apprennent quon a déjà baptisé un certain nombre des 3000 captifs annamites que le roi a remis entre les mains du mandarin chrétien ; on leur a fait une chapelle ; on a organisé deux nouvelles écoles pour leurs enfants. Ladministration des Néophytes dans les provinces se fait avec pleine liberté. Le mandarin chrétien a écrit de la part du roi au V. Ap. quà son retour à Siam le roi sentendrait avec lui pour envoyer une ambassade en France. » La Mission de Siam a eu à regretter la mort de Mr. Claudet, Missre instruit et zélé. Baptêmes dadultes en santé, 167 ; dadultes moribonds, 72 ; denfants dinfidèles moribonds, 1230.
    Mgr Miche, ainsi que nous le disions lannée dernière, nayant que peu à faire au Cambodge, a tourné principalement ses efforts et ses espérances vers le Laos qui fait aussi partie de sa Mission. Déjà des chances de succès lui avaient apporté quelques consolations quand un événement très-fâcheux vint, sinon détruire entièrement, du moins retarder laccomplissement de ses espérances. Voici comme il nous lannonce dans une lettre du 9 janvier dernier : « Je vous ai donné avis en 8bre dernier, dit-il, de la mort de Mr. Beuret, décédé à Stéing-tring le 14 7bre 1853. Cette mort prématurée ma dautant plus affligé que le cher Confrère que nous pleurons avait toutes les qualités requises pour réussir au poste qui lui était assigné, et que son décès, joint à la grave maladie de Mr. Cordier, son collaborateur, nous a fait rétrograder dune année. Ne pouvant laisser Mr. Ausoleil seul au Laos, vu la faiblesse de sa santé, je lui ai adjoint Mr. Silvestre. Dans 2 ou 3 mois Mr. Cordier dont la santé est parfaitement rétablie, ira reprendre son ancien poste. Je ne crois pas que le Laos soit plus malsain que les contrées que jhabite. Avec un peu de prudence et quelques précautions, ces MM. se prémuniront contre un coup semblable à celui qui nous a frappés lannée dernière. » Nombre des chrétiens, 600 ; Baptêmes dadultes, 42 ; denfants dinfidèles in art. mortis, 160.
    Une perte bien sensible a laissé de profonds regrets dans la Mission du Tonquin Méridional ; Mgr Masson est mort subitement sur la fin de lannée dernière. Sa longue expérience, jointe à des qualités personnelles peu ordinaires, la considération dont il jouissait tant auprès des chrétiens que des payens eux-mêmes feront sentir longtemps le vide quil laisse dans une Mission quil a cultivée pendant longues années. La réputation de sainteté quil a laissée parmi son troupeau, et le pouvoir dont il jouit actuellement auprès de Dieu semblent se manifester dans le trait suivant que nous trouvons dans une lettre de Mgr Gauthier en date du 20 8bre 1853. « Un des chefs de la chrétienté où se rendait Mgr Masson lorsquil fut frappé de mort, souffrait depuis 2 ans dune maladie rebelle à tous les remèdes. La difficulté de respirer le fatiguait au point de ne pouvoir se tenir assis sans être appuyé, et lavait réduit à létat de squelette. Sétant fait porter auprès du corps de Mgr Masson, il sest trouvé complètement guéri, pouvant vaquer aux travaux les plus pénibles de la pêche et de lagriculture. Aujourdhui il jouit encore dune parfaite santé. »
    Dans la même lettre Mgr dEmaus nous donne sur létat actuel de sa mission les détails suivants : « Depuis quelque temps, dit ce Prélat, nous sommes sous le poids dune foule de vexations. Au Bô-Chinh une chrétienté de 1600 âmes est à se débattre contre un tas de vauriens qui voudraient la forcer à construire une pagode ; depuis 2 mois 17 chrétiens sont en prison à ce sujet. Les deux partis ont déjà dépensé 2000 ligatures. Cependant on espère que lissue du procès sera honorable à la Religion. Déjà les ennemis des chrétiens, honnis par tout le monde, sont obligés de se déguiser pour paraître en public. Dans la province de Ha-tinh le mandarin vient de faire abattre 3 églises et 3 maisons de Dieu, à cause de quelques mauvais sujets qui menaçaient de lui intenter procès à ce sujet. » Ailleurs un chef de canton et un maire tiennent garrottés un prêtre et 4 catéchistes, en exigeant une forte rançon pour leur rachat. Le tableau dadministration porte 281 baptêmes dadultes, et 2,412 denfants dinfidèles in art. mortis.
    « A part quelques vexations locales pour extorquer de largent des chrétiens, nous dit Mgr Retord, nous navons cessé de jouir, depuis le martyre de Mr. Bonnard, de la belle liberté religieuse que nous avons prise, nous-mêmes, voyant quon ne voulait pas nous la donner. Le grand Tuong gioi, premier mandarin du Tonquin, a témoigné le désir de me voir, mais il craint la réputation que notre entrevue pourrait lui faire. Il ma envoyé un homme de confiance pour me présenter ses hommages et ses regrets de ne pouvoir me voir ; ajoutant que je pouvais être tranquille, que ses sentiments envers nous étaient bons & sincères. »
    « La famine dure depuis 6 mois, dit encore S.G. : elle est affreuse. Nous sommes accablés de pauvres. Nous en nourrissons 5 à 6 cents tous les jours, depuis 8 mois à Ke Vinh ; leur nombre augmente et augmentera encore jusquà la fin de la 3e lune. A Vinh nous dépensons la valeur de 50 frs et 1000 mesures de riz par jour, et le P. Monde nous dit que cela ne suffit plus. Nos Prêtres sont aussi très à la gêne. Ils sont ruinés par les pauvres, ont beaucoup de monde à nourrir, et depuis longtemps presque point dhonoraires de Messes. Le terrible choléra a surtout fait un mal épouvantable spécialement dans les deux belles paroisses de Dong-Chuoi et de Trai-nhoc. Dans les autres endroits cest la fièvre typhoïde qui a fait le plus de mal. Aux maux sus-mentionnés ajoutez les désastres de plusieurs incendies. »
    Terminons ce qui regarde cette mission par des détails plus consolants. Baptêmes dadultes, 1210, denfants dinfidèles en danger de mort, 15,216. « Un grand nombre de payens, dit Mgr Retord, paraissent de plus en plus mieux disposés à embrasser la Religion. Voici ce que mécrit notre bon P. Câm qui est censé prisonnier, mais qui exerce publiquement et librement toutes les fonctions de son ministère à Ke-cho et dans les environs : « Le cur des payens, dit-il, se tourne de plus en plus vers la Religion° ils paraissent dégoûtés de leurs antiques superstitions : ils croient bien moins cette année que par le passé. Beaucoup demandant à connaître la Religion, veulent en lire les livres, désirent venir me voir. Déjà plusieurs personnes importantes et très-lettrées ont embrassé la foi, et avec beaucoup de ferveur. La mère et loncle du Sous-préfet de Thai-ngu-yen, qui habitent Ke-Cho sont venus me voir par 2 fois avec beaucoup de respect et dhumilité pour me demander des livres de religion, résolus à se faire chrétiens. Deux grands bonzes de la pagode du grand Mandarin, homme très-lettrés se préparent aussi à embrasser la foi. La grande bonzesse de la pagode Ke là sest aussi convertie et se prépare avec ardeur au Baptême. »
    La Mission chez les sauvages de la Cochinchine Orientale a déjà donné de précieux résultats. Voici ce que nous en dit Mgr Cuenot dans une lettre du 6 février 1854 : « Mr. Combes a enfin baptisé le chef de sa bourgade, et Mr. Dourisboure a baptisé le fils du Chef de la sienne et sapprêtait à baptiser 4 ou 5 autres jeunes gens. Nos Confrères de la Mission des sauvages nont pu menvoyer leurs lettres pour lEurope, parce que les communications entreux et nous viennent dêtre interrompues. Les mandarins sapprêtent même à envoyer voir ce que font nos confrères chez les sauvages ; mais jespère quils ne pourront pas arriver jusquà eux. » Déjà précédemment S.G. nous avait annoncé que le P. Vân avait formé une petite chrétienté de 38 personnes, et que ce nombre devait être doublé au moment où il écrivait sa lettre (10 fév. 1853), parce que Mr. Fontaine et ce prêtre indigène instruisaient, chacun de leur côté, un certain nombre de sauvages auxquels ils se proposaient de conférer bientôt la grâce du Baptême.
    Pour ce qui est de la Mission dans lintérieur de la Cochinchine, elle a été soumise à de rudes épreuves. Les horreurs de la famine, le choléra, les inondations se sont à la persécution. Celle-ci, suscitée par le Vice-roi, a été dirigée dabord contre les catéchumènes et les nouvelles chrétientés. Dix de ces dernières, élevées aux frais de la Mission, ont été condamnées à être rasées. La sentence avait déjà été exécutée contre 4, à la date du 4 février dernier. Une autre chose qui a attiré lattention et les vexations du vice-roi, ce sont les rapports des Missres et des chrétiens avec les sauvages ; il a pris toutes les mesures possibles pour les empêcher. Les chrétiens des ports de mer ont aussi eu leur tour ; il a défendu aux douanes de laisser sortir aucune barque chrétienne et a fait arrêter et mettre à la cangue celui des patrons de barque quil soupçonnait le plus de faire les voyages de Singapore pour le service de la Mission. « Voilà plus de 2 mois, dit Mgr Cuenot, quil tient à la cangue, il la même fait torturer une fois. Enfin on mannonce que pour 22 barres dargent il sera relâché. Cette affaire nous coûtera près de 4,000 frs. »
    Le même Prélat nous annonce encore que depuis plus de 3 mois il erre de cabane en cabane, et que MM. Barbier et Arnoux, les seuls Missres quil ait retenus en Cochinchine, ont aussi été obligés de quitter leur gîte. Les Baptêmes dadultes se sont élevés pendant lannée à 1548, et celui des enfants dinfidèles en danger de mort, à 11,106.
    Mgr Pellerin, Vicaire Apost. de la Cochinchine Septentrionale, a de grandes craintes pour lavenir ; il croit que la tempête qui gronde de nouveau sur la tête des pauvres chrétiens sera beaucoup plus terrible que les précédentes. Dénoncé lui-même aux Mandarins, il a dû disperser les élèves de ses séminaires, prendre la fuite avec Mgr Sohier son coadjuteur, et errer dun lieu dans un autre. Ce Prélat dit que les Ministres de Tu-Duc travaillent depuis 2 ans à la confection dun édit auquel il ne manque plus que la sanction royale, et que sil est une fois promulgué il entraînera infailliblement la ruine de la Religion. Cest à une lettre du 29 Dbre 1853, adressée par Mgr Pellerin à la S. Congrégation, que nous empruntons ces détails. Ce Prélat ne nous a pas écrit ; la maladie fort sérieuse dont il a été atteint avant le départ de la barque ne lui ayant point permis de faire sa correspondance ordinaire. Il y a eu dans cette Mission 279 baptêmes dadultes et 649 denfants dinfidèles in articulo mortis.
    Mgr Lefebvre, V. Apost. de la Cochinchine occidentale, après nous avoir présenté le chiffre de 629 adultes baptisés, ajoute : « Le nombre des catéchistes ayant augmenté, nous avons pu baptiser plus dadultes que les années précédentes ; mais le chiffre de ces baptêmes est encore bien minime, comparé à celui que nous pourrions atteindre si nous jouissions de la paix, et si nous possédions un personnel et des ressources plus considérables. Quoique la persécution ait pesé sur nous plus que sur aucune partie du royaume annamite, nos travaux ont été rarement interrompus Mes essais du côté des sauvages nont pas encore été couronnés de succès : il faut du temps pour ces grandes affaires. » Mgr LeFebvre na que 2 Missres, MM. Borelle et Pernot. Lun et lautre soccupent de léducation dun certain nombre délèves et de la direction des Prêtres indigènes. Ces derniers, à cause de la persécution, portent tout le poids de ladministration. Cest de leurs rangs quest sorti notre dernier Martyr Philippe Minh. Le nombre des enfants dinfidèles baptisés in art. mortis est de 1,398.
    Tel est, Nosseigneurs & Messieurs, le résumé des nouvelles que nous avons reçues de nos chères Missions. Vous avez dû y remarquer une augmentation considérable dans les résultats de ladministration. Lannée dernière, en effet, le nombre des Baptêmes dadultes nétait que de 3,854, et celui des enfants dinfidèles in art. mortis de 150,560, tandis que cette année nous avons 7,159 baptêmes dadultes, y compris 71 protestants réconciliés, et 181,042 enfants dinfidèles en danger de mort, sur la tête desquels a aussi coulé leau régénératrice. Au nombre de ces derniers, y compris les chiffres des années précédentes ; 1,025 ont été rachetés ; 1,076 adoptés, et 275 sont élevés.
    Le nombre des élèves du Séminaire de Pinang qui nétait lannée dernière que de 107 sélève actuellement à 135. Le personnel des maîtres est le même que précédemment, 1 Supérieur, 4 Directeurs, 2 indigènes, lun chinois et lautre annamite, tous donnant des leçons. « En général, nous dit Mr. Martin, nous sommes satisfaits de nos élèves sous tous les rapports. Plusieurs dentreeux sont de bons sujets. Leur application, leur piété et leurs bonnes dispositions nous permettent despérer que, plus tard, ils seront dexcellents auxiliaires pour les églises indigènes. »
    Nous navons pas besoin de faire observer que laugmentation du personnel a amené celle des dépenses. Nous y avons eu égard dans notre dernière répartition ; mais nous avions calculé sans la disette qui a fait monter les vivres à un prix exorbitant, et obligé nos chers Confrères dès le 1er mai, à contracter un emprunt jusquà larrivée de notre dernière allocation ; et, comme dans les circonstances actuelles, cette allocation est bien insuffisante, nous ne pouvons nous dispenser de faire une avance considérable à cet établissement en attendant la prochaine répartition.
    Les troubles de la Chine ont influé dune manière très-fâcheuse sur le cours du change qui a été constamment très-mauvais depuis 1850, et nous a fait éprouver de grandes pertes, malgré toute lhabileté de Mr. Libois pour profiter des occasions les plus favorables. Aucune amélioration prochaine nest à espérer à cet état de choses qui peut encore se prolonger pendant bien longtemps. A cet inconvénient vient se joindre la difficulté de faire parvenir les Missres à leurs destinations respectives, difficulté dautant plus grande aujourdhui que toutes les routes du céleste Empire sont infestées de brigands. De là surcroît dembarras, dinquiétude et de dépenses pour notre procureur, tant à cause du séjour prolongé des Missres à la procure que des accidents qui arrivent en route à ceux quil expédie à leur destination° deux de ces derniers ont été dépouillés jusquà 2 fois de tout ce quils avaient.
    Nous avons autorisé Mr. Beurel à faire des accroissements à la maison qui sert de procure à Singapore, et qui était beaucoup trop petite pour cet usage. Nous ne savons pas encore sils sont terminés ; La Providence continue à nous pourvoir de bons sujets. Nous en avons 33 en ce moment, et une dizaine dautres postulants déjà admis nous arriveront avant la fin des vacances. Six de ceux qui ont terminé leur temps de probation sembarqueront prochainement à Anvers.
    Nos rapports avec les deux Conseils de la Propagation de la foi sont toujours très-satisfaisants. Nous pourrions en donner comme preuve le chiffre de notre dernière allocation qui était de 510,447 frs, 77c. Bien que celui de cette année doive lui être de beaucoup inférieur, tant parce que laumône du jubilé qui figurait encore dans le précédent pour 100,000 frs., est épuisée ; que parce que de nouvelles Missions et de nouveaux besoins surgissent chaque année, et que la gêne générale causée par la disette naura pas manqué dexercer une fâcheuse influence sur le chiffre de la dernière recette, néanmoins nous avons lieu despérer que nous serons proportionnellement bien partagés si nous en jugeons par les témoignages dune estime particulière dont on honore nos chères Missions.
    Quant au Conseil de la Ste Enfance, NosSeigneurs & Messieurs, il a aussi rendu hommage aux beaux résultats de votre administration par le chiffre de vos allocations. Nous nous permettrons encore de rappeler ici que ces Messieurs se sont fait une loi de naccorder des secours quaux Missions qui se sont mises en rapport direct avec le Conseil, et quils demandent chaque année des réponses à la Série des questions dont des exemplaires ont été envoyés à tous les Vicaires Apostoliques.

    Noms & destinations des Missionnaires partis depuis notre dernière lettre commune.

    19 Avril 1853
    MM. August. Louis Mallet, du MansMandchourie. Auguste-Théodore Furet, du MansSut-chuen. Jean-Marie LeGuilcher, de S.-BrieuxYun-Nan. Charles-Ferdinand Herrengt, de CambrayCochinchine Orientale. (Ces 4 Confrères avaient été oubliés dans notre dernière circulaire.)

    16 Dbre 1853
    Mr. Stanislas-Marie Choulex, dAnnecyCochinchine Septentrionale.

    26 Janvier 1854
    MM. Antoine Lap, de NancyPondichéry. Pierre Lahore, de BayonneMayssour. Alexandre Badenier, de MeauxPondichéry.

    16 Mars
    Mr. René Clémot, dAngersMayssour.

    22 Mars
    MM. Yves-Marie Croc, de St. BrieuxTonquin Méridional. Jean-Baptiste Mathevon, de LyonTonquin Occidental. Charles Fontaine, de GapQuang-Tong. Victor Pelletier, dAngersSut-Chuen. François-Timothée Marc, de ToulouseTonquin Méridional.

    Sur la fin de ce mois (Août) sembarqueront à Anvers
    MM. Eugène-Emmanuel Mermet, de St ClaudeJapon. Joseph Biet, de LangresMandchourie. Guy-Roy, dAutunMandchourie. Jean-Blaise Georgel, de St DiéSiam. Philippe Bernadou, dAlbyQuang-Tong. Arsène-Charles-Bernard Hestret, de SoissonsCambodge.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un profond respect et en union de prières,

    Nos Seigneurs & Messieurs,

    Vos très-humbles & très-obéissants serviteurs,

    Paris, le 12 Août 1854.
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