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lettre n°

J.M.J. Nos Seigneurs & Messieurs,
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    J.M.J.

    Nos Seigneurs & Messieurs,

    La lettre sur les affaires politiques na pas été envoyée lan dernier dans les Missions, parce que les évènements noffraient rien de remarquable sur ceux qui sétaient accomplis pendant lannée précédente. Nous reprenons aujourdhui cette relation annuelle, bien quelle ne puisse rien apprendre de nouveau à la plupart de nos confrères, qui voient avec détails dans les journaux envoyés de France, ce que nous devons exprimer dune manière succincte & fort abrégée. Cette considération nous a fait juger un instant que la lettre politique pourrait être supprimée désormais sans grand inconvénient. Mais comme toutes les Missions ne peuvent jouer des avantages de ces communications régulières avec lEurope, et qu dailleurs plusieurs Missionnaires nont ni le loisir, ni loccasion peut-être de lire les journaux qui parviennent dans leurs régions, nous voulons continuer lenvoi de cet aperçu rapide, qui sera agréable à tous, nous en avons lespérance, au moins à cause de notre attention & de notre empressement à vous faire plaisir. Cest aussi notre récompense anticipée en entreprenant cette revue de diverses nations. Nous la commençons par la France ; aussi bien cest elle qui a soulevé la tempête, et qui lapaise aujourdhui dans son sein et dans lEurope entière.
    Depuis la révolution de février, la France étant blessée au cur : le mal allait toujours croissant, et les deux autorités qui la gouvernaient étaient impuissantes à le guérir. LAssemblée nationale se composait déléments absolument inconciliables. Les légitimistes navaient quun but, cétait de préparer, de hâter le retour de Henri V, mais comme Roi absolu, de droit, sans avoir à subir le suffrage populaire. Les partisans de la famille dOrléans regrettaient leur idole renversée, et tous leurs efforts tendaient à la relever et à la rétablir sur son trône. Les Bonapartistes toujours épris de la gloire du grand Empereur étaient dévoués jusquau fanatisme à lhéritier de son nom. Les Républicains formalistes, à la tête desquels on distinguait le Général Cavaignac, voulaient la République selon la lettre de la Constitution, tandis que les Républicains dune démocratie plus avancée tâchaient de nous ramener les mauvais jours de 93, se disant avec une franchise cynique les successeurs de lancienne Montagne de la Convention. Tel était létat de lAssemblée. Aussi, cétaient, chaque jour, des provocations, des injures, des outrages réciproques, surtout de la part des Montagnards, qui portaient jusquau paroxysme la violence de leur opposition passionnée. Il était rare quil se passât un jour sans orage, sans une nouvelle tempête, que les Journaux des démagogues faisaient éclater ensuite sur la France entière. Un sentiment animait néanmoins cette Assemblée, les Bonapartistes exceptés ; cétait une opposition systématique, persévérante contre le Président de la République ; elle se manifesta surtout lan dernier sous les formes les plus blessantes à loccasion des fonds à voter pour Louis-Napoléon. La demande de la somme allouée lannée précédente fut rejetée dune manière outrageante, et le Président de la République fut forcé de réduire les dépenses de sa maison, et de recourir à des emprunts pour se maintenir dans la dignité de sa chargé et de son nom. Maître de lui-même et par caractère et par politique, il opposait une résistance impassible à ce flot déchaîné contre sa personne & son gouvernement. La majorité de lAssemblée ne pouvait lui pardonner davoir destitué de sa haute position le Général Changarnier, et profitait de toute occasion, de tout prétexte pour lui témoigner son mauvais vouloir & son aversion ; cétait un antagonisme éclatant, une lutte incessante, opiniâtre, que les concessions du Président ne pouvaient plus arrêter : un combat à mort entre ces deux pouvoirs devait seul mettre un terme à cet état si violent !
    Au-dessous de ces agitations de lautorité affaiblie, déconsidérée par ces divisions affligeantes et souvent scandaleuses, le parti socialiste sorganisait, se fortifiait dans ses clubs mystérieux ; ses progrès devenaient chaque jour si rapides par ses ramifications dans la capitale, les départements et dans les pays étrangers, que à lépoque où le soulèvement devait saccomplir, ceût été une armée disciplinée, terrible, et peut-être invincible. Cétait pour la France surtout le génie du mal profitant de tout, et mettant tout en uvre, promesses, menaces, séductions pour exécuter ses projets de nivellement social par la mort et le pillage.
    Ce fléau, dont le centre était en France, sétendait sur tout le continent de lEurope, y fomentait et y rendait chaque jour plus menaçant un esprit davidité, de jalousie, de haine contre ceux qui possèdent, et de révolte contre toute autorité. Nous le voyons dabord dans le Portugal. Ce pays semble frappé de malédiction, depuis que D. Pédro, qui navait pu être supporté au Brésil, est venu le ravir à son frère pour y établir la royauté de se fille Dona Maria. Ce sont des divisions continuelles entre les Ministres & les chambres ; on les dissout, on les renouvelle sans rencontrer jamais laccord nécessaire pour un bon gouvernement. La décadence est partout, la misère y est, dit-on, profonde, même dans la classe élevée ; la cour ne sy entretient que par des emprunts réitérés, faits à lAngleterre, qui les lui fera un jour payer bien cher. Larmée y est indisciplinée, séditieuse ; lannée dernière elle sest ouvertement révoltée contre le pouvoir de la Reine pour se donner un chef que la jalousie et la haine contre le ministre Comte de Thomas avait porté à la révolte. Depuis cet événement consommé aux applaudissements du peuple à Oporto & à Lisbonne, le Maréchal Saldanda est le dictateur du Portugal ; et sans nul doute, il aurait mis à profit les troubles dont lEurope était menacée, pour faire disparaître les restes de cette royauté, et lui substituer un gouvernement populaire dont il se serait fait proclamer Président, à moins que lAngleterre neût revendiqué ce pays comme gage de lénorme dette dont il et obéré.
    LEspagne tâche de guérir chaque jour les blessures profondes de ses guerres civiles. Aujourdhui le parti de D. Carlos y est à peu près détruit ; et lénergie de ce peuple, malgré ses grands défauts, fait entrevoir la prospérité quil acquerra, si des divisions de la famille royale ne viennent encore larrêter dans ses nobles efforts damélioration et de progrès. Le socialisme y comptait aussi des partisans dévoués, ardents, en communion (cest leur terme favori) avec un comité établi en France pour la propagation de leurs doctrines en Espagne et dans le Portugal.
    Depuis la défaite de son roi Albert victime de son ambition sur lItalie, le Piémont est travaillé par un esprit révolutionnaire qui en fait comme une caricature de notre 93, moins leffusion de sang et lexil de la royauté. Les divers ministères ont dépossédé les Eglises, les communautés, tant quils ont pu, bannissant les religieux, chassant les Surs de charité, et exilant des Evêques. Les populations y sont accablées dimpôts, qui servent à enrichir les prétendus libérateurs de leur patrie. Aussi auraient-ils donné volontiers la main aux perturbateurs de la France pour consommer la ruine de ce pays, afin déviter les châtiments dus à leurs concessions, si lordre et la dignité du gouvernement venait à se rétablir dans le Piémont.
    Notre glorieuse expédition a fait de Rome comme une artère de la France : nos agitations sont les siennes, et notre repos, notre prospérité y produisent le calme, la confiance & le bonheur public. Aussi avait-elle toujours les yeux fixés sur la France, se demandant avec anxiété, en voyant nos agitations, si nous retirerions nos troupes, si nous laisserions les habitants amis de lordre à la disposition des anarchistes qui se trouvent encore en assez grand nombre dans le sein de cette ville. Les Romains sans doute auraient une protection assurée, en appelant les Autrichiens qui occupent une partie des Etats Pontificaux ; mais ceût été pour Rome une extrémité dautant plus pénible que nos troupes vivent en parfait accord avec les habitants paisibles, en même temps quelles inspirent aux démagogues une terreur qui les contient. Une autre considération qui nest pas sans importance pour les Romains, cest que notre corps darmée y est absolument entretenue par la France, tandis quil faudrait pour les Autrichiens des contributions qui seraient, dès le premier jour, une charge très lourde pour les habitants et pour le trésor pontifical ; et puis, ils ne sympathiseraient pas avec cette population comme nos braves soldats. Au jour marqué pour le soulèvement socialiste, Mazzini, Garibaldi & leurs partisans se seraient portés sur Rome des divers pays de lEurope ; ils y auraient fait irruption comme sur une proie qui leur a été arrachée une première fois, pour y exercer des vengeances atroces, et dans leur haine contre le St Siège ils auraient fait de la capitale du monde chrétien la capitale de leur république universelle.
    Le Roi des deux Siciles a soutenu la lutte contre la révolte de ses deux royaumes avec le plus admirable courage, et il en a triomphé. Cest surtout en Sicile quil a eu à combattre des ennemis acharnés, soulevés, soutenus par des étrangers, que nous signalerons bientôt comme les auteurs ou les complices bien connus aujourdhui de cet incendie universel qui aurait dévoré le continent Européen.
    Milan & Venise subissent douloureusement aujourdhui sous le despotisme autrichien leurs efforts pour se donner une nationalité ; aussi leurs habitants nattendaient-ils peut-être que le premier signal du soulèvement socialiste pour vaincre & vivre libres ou pour mourir sous les ruines de leurs cités.
    La Suisse, encore tout agitée de ses dissensions ou plutôt de ses guerres civiles, était devenu le refuge des anarchistes bannis de France et de diverses autres nations. Cest dans ce repaire que se formaient, que se perfectionnaient les plans de le dévastation, non dans le mystère comme dans les autres pays, mais dans les carrefours, sur les places publiques ; cétaient partout des clubs en plein air. Les catholiques gémissaient sous cette oppression morale, et ils frémissaient à la pensée des malheurs dont ils étaient menacés de la part de ces étrangers et de leurs compatriotes protestants.
    LAutriche avait étouffé la révolte en Hongrie, ses armes étaient triomphantes en Italie, Milan & Venise avaient succombé, le jeune Empereur inaugurait son règne par des succès & des victoires ; mais cétaient des triomphes sur ses propres sujets, vaincus & non affectionnés ; aussi une étincelle aurait facilement rallumé lincendie, dautant plus terrible que lon aurait eu à se venger dactes dune cruauté atroce qui ont flétri les succès des Autrichiens et dans la Hongrie & dans leurs états dItalie.
    Dans le reste de lAllemagne, sans en excepter la Prusse, étaient amassés des éléments de troubles & de discorde qui auraient fait explosion au jour attendu par les agitateurs.
    LEmpereur de Russie qui sétait fait lallié de lAutriche pour écraser la révolution en Hongrie était rentré dans les limites de son vaste empire. A la tête de larmée la plus nombreuse de lEurope, et dévouée jusquau fanatisme, il pouvait, ce semble, contempler avec calme cet avenir menaçant. Il en était cependant vivement préoccupé, parce que le ferment contagieux avait aussi pénétré dans ses ports de mer, ses villes de lintérieur, et jusque dans ses steppes. Les aspirations à la liberté y étaient dautant plus ardentes que la compression y est plus grande, et le despotisme plus absolu.
    La Pologne surtout se dressait devant le Czar, mutilée, sanglante, mais impatiente de son joug, avide de nationalité, et prête à tous les sacrifices pour la reconquérir.
    Au milieu de ces douloureuses appréhensions de lEurope, lAngleterre seule, ou plutôt son gouvernement, comme ce monstre marin qui exprime sa joie dans la tempête, applaudissait à ces révoltes populaires et à toutes ces calamités publiques. Le ministre des affaires étrangères, Lord Palmerston, était le protecteur avoué, sinon lauteur, des soulèvements de la Hongrie, de la Sicile, de Rome et du Piémont. Après leur défaite, les chefs de la démagogie avaient été accueillis en Angleterre, qui était ainsi devenue le foyer de la conspiration qui devait bientôt éclater sur tout le continent. La grande exposition de Londres, cette satisfaction dorgueil que ce pays avait voulu se donner en ce temps plein dorages, navait pas été une diversion pour la politique incendiaire de ce ministre ; il y a porté une persistance opiniâtre jusquau jour où son pouvoir si funeste a été brisé.
    Cétait en 1852, dans les premiers jours du mois de Mai, que devait saccomplir ce soulèvement universel. Cette époque avait été adoptée, parce que la France devait se trouver sans autorité et sans gouvernement, à cause de ses élections presque simultanées du Président et des Membres de lAssemblée, fixées au mois de Mai. Aussi 52 était lannée sinistre, qui préoccupait les esprits ; elle était le terme fatal des entreprises, des transactions pour lindustrie & le commerce ; en déca de cet immense abîme tout languissait, tout souffrait ; on se demandait avec anxiété si la civilisation ny serait pas engloutie par ces nouveaux barbares qui devaient immoler (cétait leur serment) tout ce quils appelaient un obstacle à leur prétendue régénération sociale. Telle était la position de la France & de lEurope au commencement de Xbre 1851 ! Cest bien le cas de nous écrier avec le Prophète dans ses Lamentations : Misericordio Domini quia non sumus consumpti ! Remercions & louons avec effusion de cur le Seigneur, notre Dieu ; cest sa main miséricordieuse et puissante qui nous a sauvés ! Le 2 Décembre, quelques quarts dheure ont suffi pour laccomplissement de ce changement providentiel, qui a rendu la paix, la tranquillité, la confiance à la France et à lEurope.
    Dans ce jour, le 2 Xbre, à 6 heures du matin, le palais de lAssemblée Nationale était environné de troupes, avec ordre de ne laisser entrer aucun représentant : 4 généraux, influents dans leurs partis, Changarnier, Cavaignac, Lamoricière & Bedeau étaient arrêtés avec Thiers et dautres Représentants ; lAssemblée était dissoute : Louis-Napoléon sétait déclaré Dictateur pour sauver la France ; et le peuple était convoqué pour se prononcer sur cette grande mesure de salut public.
    Cette nouvelle dun autre 18 Brumaire se répandit bientôt dans Paris, et quelques instants après dans la France entière par nos voies électriques & nos télégraphes. Partout on applaudit à ce coup hardi, et lon acclama Louis-Napoléon le Sauveur de la patrie. Quant aux socialistes, étonnés & honteux davoir été surpris, ils tentèrent à Paris un soulèvement armé, qui fut bientôt comprimé par lénergie de nos braves soldats. En province, plusieurs départements virent des localités, plus ou moins importantes, en pleine insurrection. Des atrocités dignes de barbares furent commises par ces démagogues à Clameci dans la Vièvre, à Beziers dans lHérault &e ; mais en peu de jours ces séditions étaient arrêtés par le dévouement admirable des troupes ; et les factieux étaient par centaines renfermés dans des prisons ou dans des forts. Des commissions militaires ont prononcé sur le sort de ces hommes de désordre, dont les chefs sont condamnés à être transportés à Cayenne ou dans lAlgérie. Cest aujourdhui un parti vaincu, défait, démoralisé, que la France, ni lEurope nont plus à redouter.
    Le lendemain de la victoire, Louis-Napoléon proclama un décret solennel qui rendait le Panthéon au culte catholique, qui redevenait lEglise consacrée à Ste Geneviève patronne de Paris (cétaient les termes mêmes du Décret). Le Prince manifestait par cet acte à la fois religieux & politique quil voulait briser avec la révolution, en ce quelle avait de factieux et dimpie.
    Quelques jours après il décréta que les biens de la famille dOrléans seraient vendus par lautorité, à une époque déterminée, si les administrateurs de ces biens nen avaient réalisé la vente ; et en même temps il faisait rentrer dans le domaine de la Nation les biens personnels dont Louis-Philippe avait disposé en faveur de sa famille, la veille de monter sur le trône, au lieu de les attacher au domaine de la couronne selon les lois de la Monarchie française. Cette rigueur a paru excessive même à ceux qui ne peuvent ni estimer, ni aimer les dOrléans. On est ainsi fait en France : on sy intéresse toujours aux victimes, alors même quelles ont mérité les coups dont elles sont frappées.
    Parmi les autres actes du Prince-Dictateur, il en est dexcellents, admirablement appropriés à la position de la France ; et dans tous se manifestent des intentions parfaites de procurer le bien public. La constitution quil a donnée se réduit à quelques lignes : le Président de la République : un Sénat inamovible nommé par lui, et un corps législatif élu pour 6 ans par le peuple ; voilà les grands pouvoirs de lEtat. Les sessions doivent rester pour leur durée à la volonté du Président ; il ny a point de tribune publique, et les Journaux ne peuvent rendre compte de ce qui sy passe que par le procès-verbal de la Séance.
    Lélection de Louis-Napoléon a réuni une majorité immense, prodigieuse : il a eu 7 millions & 500,000 votes en faveur de sa présidence personnelle & de sa Constitution. Les Chambres réunies depuis quelques jours commencent à fonctionner ; et le premier acte du Sénat a été de voter 12 millions pour la liste civile annuelle du Prince-Président, avec plusieurs châteaux, et, (bien entendu) les Tuileries où il doit sinstaller dans quelques jours.
    LEurope continentale a appris avec bonheur ce grand coup dautorité, et depuis Archangel jusquà Lisbonne il a obtenu un immense applaudissement. On compte aujourdhui sur un avenir. Aussi tous les Etats de lEurope subissent aujourdhui linfluence de cette victoire sur lanarchie : en Portugal, Salhanda est averti quil doit respecter sa Souveraine, lui obéir, et que son insolente dictature ne sera plus supportée : lEspagne est rassurée sur les menées de ses démagogues, et na plus à craindre, du moins pour beaucoup dannées, les tentatives de D. Carlos. Dans les derniers jours de Janvier un malheureux prêtre, ancien franciscain, fanatisé par des idées républicaines, a tenté de tuer la jeune Reine, au moment où elle allait avec grande pompe à lEglise dite dAtocha, pour rendre grâces à Dieu de son heureuse délivrance. Elle a reçu un coup de poignard qui la ensanglantée ; mais la force du coup a été amortie par son corset. Lassassin na pas cherché à séchapper. Son jugement a été vite fait : il a été dégradé canoniquement et étranglé devant un peuple immense.
    Les petits Conventionnels du Piémont ne pouvant plus compter sur les frères du dehors rentreront bientôt dans lordre commun, sans rétablir néanmoins les finances de ce malheureux pays qui restera longtemps obéré.
    A Rome, la paix, la confiance, le bonheur ont succédé à la crainte et à linquiétude ; nos troupes y sont considérées comme une garnison Romaine, tant il y a de sympathie entre les habitants & notre brave armée. Les deux-Siciles sont tranquilles & heureuses sous ladministration paternelle de leur Roi.
    Les bandes anarchistes ont dû quitter la Suisse, et des jours meilleurs paraissent assurés aux habitants catholiques et protestants de ces montagnes.
    La Lombardie et la Vénitie ne recouvreront pas leur nationalité Italienne ; mais le Gouvernement autrichien les traitera avec plus de douceur, maintenant quil naura plus à craindre dans ce pays ni émeute, ni sédition.
    LAutriche fermera les blessures faites par la guerre civile à la Hongrie & à quelques autres de ses provinces. Toute lAllemagne se raffermira dans sa confédération pacifique pour le bien de ses divers Etats.
    LEmpereur de Russie se montre enchanté du succès de L.-Napoléon, et il naura plus à faire la guerre quaux habitants du Caucase quil ne peut soumettre à sa domination.
    LAngleterre elle-même a dû sincliner devant le triomphe de lordre sur lanarchie. Depuis le grand succès de Louis-Napoléon, le gouvernement a compris que Lord Palmerston ne pouvait plus rester au ministère, et il a été remercié. Quelques jours après, tous les membres de ce cabinet, complices de la politique agitatrice de Palmerston ont été congédiés par la Reine, et un nouveau ministère a été formé, ayant à sa tête Lord Stanley.
    Tels sont les résultats du 2 Décembre, autrement grands, autrement importants pour la paix de la France & de lEurope que ceux de la bataille dAusterlitz que loncle de L.-Napoléon avait gagnée, aussi le 2 Décembre, sur les Russes & les Autrichiens.
    La Turquie en est toujours aux mêmes oscillations entre les vieilles traditions & le nouveau système. Reschid-Pacha qui a passé plusieurs en France, comme ambassadeur de la Sublime-Porte, est aujourdhui Grand Visir, jouissant de toute la confiance de son Empereur. Aussi les nouvelles idées sont-elles en progrès sous son administration. Il se montre très tolérant envers les Chrétiens, et bienveillant envers les Catholiques quil sait parfaitement distinguer des hérétiques Grecs et Arméniens, à la dignité de leur vie et de leur culte. Dernièrement il a rendu un jugement très-précieux à tous les catholiques, en leur faisant restituer une grande partie des Lieux Saints que les Grecs avaient insensiblement usurpés. Le Pape a nommé un Patriarche de Jérusalem, qui fait sa résidence dans la Ville Sainte. Nous lui avons donné une généreuse hospitalité pendant les 7 ou 8 mois quil a passés ici, il y a 2 ans, lorsquil est venu implorer la protection de L.-Napoléon, an faveur de la Palestine, et en particulier pour la restitution des saintes stations usurpées par les schismatiques. Cest la France qui a réclamé, cest à elle que la restitution a été faite, malgré les réclamations de la Russie. Le Sultan est toujours en lutte contre son redoutable Vassal dEgypte, qui tend sans cesse à se rendre indépendant. Il y parviendra un jour ou lautre, sil sait se montrer le digne successeur de Méhémet-Ali.
    Les Etats de lUnion Anglo-Américaine sont toujours le grand colosse dans sa croissance, mais dune nature grossière, informe comme ces mastodontes quon dit avoir été formés dans les premiers jets de la création. Ce peuple entreprend des choses matérielles excessives, énormes ; mais aucune de ses uvres ne porte le type de la véritable grandeur qui vient du génie. La vraie civilisation y fait peu de progrès, pour la législation, la littérature à les arts libéraux. Cest un peuple de planteurs, de commerçants et de navigateurs, nappréciant guères que les jouissances matérielles qui procurent le confortable de la vie.
    Vous apprendrez avec bonheur, Nos Seigneurs & Messieurs, que ces années dagitation, de troubles et de malheurs ont été pour lEglise des jours de consolation, puisque ces catastrophes politiques, ces revers, ces désenchantements qui en ont été la suite pour un grand nombre, lui ont ramené des âmes que la prospérité eut tenues éloignées de la pratique de la Religion. Le Jubilé de lan dernier a fait en France un bien immense qui a été continué par la nouvelle grâce accordée cette année par le St Père, pour remercier le Seigneur des bénédictions répandues sur son Eglise.
    Les Evêques de France sont aujourdhui en possession de leurs droits touchant les conciles provinciaux ; il est à croire quaucune transformation politique ne pourra les en dessaisir désormais. Au reste, ce ne sera pas sous L.-Napoléon que la liberté du Saint Ministère trouvera des entraves ; il sest toujours montré disposé à tout ce qui peut contribuer au bien de lEglise, quil aime comme catholique, et dont il sait apprécier linfluence comme le moyen le plus efficace pour le repos de la France & le bonheur des populations.
    Par un Décret proclamé ces jours derniers, tout navire de lEtat aura désormais un aumônier à bord ; il est probable que cette institution sétendra aussi à notre armée et que chaque régiment aura aussi bientôt son aumônier. Le Prince-Président na pas voulu exclure le clergé des grands corps de lEtat comme on lavait fait sous le gouvernement de Louis-Philippe. Il y est représenté par les Cardinaux, qui sont de droit membres du Sénat, comme les Maréchaux de France. Autrefois la France navait droit quà 4 chapeaux cardinalices, et lon considérait comme une grâce de circonstance lélévation de deux autres de nos Prélats à cette dignité. Mais il paraît que désormais ces deux places au Sacré Collège seront maintenues à la France. Se trouvant vacantes par la mort des Cardinaux dArras & de Toulouse, Mgrs De la Tour dAuvergne et dAstros, lune vient dêtre conférée à Mgr Donnet Archevêque de Bordeaux ; lautre est encore in petto.
    Une institution des plus consolantes pour la Religion, en même temps quelle doit contribuer dune manière très-efficace à la prospérité de nos colonies, a été faite lan dernier par le concours de Rome & du gouvernement. Ni la restauration, ni Louis-Philippe navaient voulu se prêter à lérection dEvêchés à Bourbon, à la Guadeloupe et à la Martinique, par le motif singulier que lautorité des Gouverneurs y serait amoindrie par lautorité Episcopale. Cette mesquine considération na pas arrêté le nouveau gouvernement, et les 3 Evêques sont, depuis quelques mois, dans leurs nouveaux diocèses, où ils font déjà beaucoup de bien.
    Le mouvement vers lEglise catholique commencé en Angleterre depuis plusieurs années est loin de se ralentir. Chaque jour il sy fait des conversions nombreuses, qui désespèrent les membres du Clergé Anglican.
    LEspagne a fait & conclu avec la cour de Rome un concordat qui assure au Clergé de cette nation une existence honorable et des moyens dopérer le bien.
    En Autriche, dans la Bavière & dans dautres Etats de lAllemagne, les Evêques ont recouvré la sainte indépendance nécessaire à leur ministère, de sorte que les tracasseries de Joseph II, cet empereur de sacristie, ne seront plus quhistoriques ; lopinion publique les rendrait impossibles aujourdhui.
    Quant aux Etats-Unis dAmérique, il ne paraît pas que le catholicisme y fasse des progrès remarquables. Cet immense pays est constitué en Evêchés & Archevêchés, qui figurent en grand nombre sur le catalogue de lEglise ; mais, à lexception de quelques-uns de ces diocèses, des chrétientés nombreuses sont privées de tout culte, le clergé manque pour ladministration des derniers sacrements. Cest une chose lamentable que de voir ces Evêques réduits à venir mendier en Europe, en France surtout, des séminaristes à vocation douteuse et des prêtres assez rares, qui ne peuvent être dun grand secours pour le bien de ces pauvres diocèses.
    Dans lAmérique du Sud le catholicisme se ressent & souffre beaucoup de ces guerres civiles qui y sont presquincessantes, le Brésil excepté où la Religion catholique nest pas cependant mieux observée. Et pour ces populations catholiques qui longent lOcéan Pacifique, elles sont, dit-on, dans un état déplorable ; la Religion y est très peu comprise, et presque partout superstitieusement pratiquée.
    Le Canada, bien quil se trouve encore sous le gouvernement Anglais, est la perle de lAmérique. Le clergé qui se forme dans les diocèses de cette province ecclésiastique y est nombreux, instruit, et dune éminente piété.
    Que le Dieu tout-puissant inspire aux Princes la Sagesse, aux peuples le respect & lobéissance dus à lautorité ! Quil augmente toujours davantage les triomphes de sa Sainte Eglise ! Et quil daigne répandre sur notre chère congrégation ses plus abondantes bénédictions !
    Agréez lhommage des sentiments respectueux avec lesquels nous avons lhonneur dêtre,

    Nos Seigneurs & Messieurs,

    Vos très-humbles & très-dévoués serviteurs

    Paris, le 14 avril 1852




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    Nos Seigneurs & Messieurs,

    Placés au centre où viennent aboutir toutes vos correspondances particulières nous venons chaque année en faire le dépouillement devant vous afin de mettre en commun les joies et les douleurs, les craintes et les espérances de la grande famille dont nous avons le bonheur dêtre les membres, et de nous animer, par la vue des succès déjà obtenus de lAuteur de tout don parfait, à la poursuite des grandes choses qui nous restent encore à faire. Nous commencerons cette revue par nos Missions de lInde.
    Pondichéry. La Bulle Multa proclare, qui, en 1838, augmenta de 55,000 le nombre des chrétiens de la Mission de Pondichéry, lui légua la charge extrêmement onéreuse de bâtir des églises ou des chapelles dans toutes les chrétientés occupées par les schismatiques de Goa qui précédemment en avaient ladministration. Mgr de Drusipare compte jusquà 70 églises ou chapelles, les unes actuellement en construction, les autres, pour la plus part, dune indispensable nécessité et dont la dépense prévue sélève au chiffre énorme de 181,732 frs, puis il ajoute : « Je vous prie de remarquer que la plupart de ces Eglises sont nécessaires pour que nous ne soyons pas sous le coup de la Bulle. »
    Nous avons lu avec beaucoup dintérêt une circulaire adressée par Mgr de Drusipare à ses Missres sous la date du 26 mars 1851, et dans laquelle ce Prélat appelle lattention de ses dignes collaborateurs sur ces 4 points, le baptême des adultes, le baptême des enfants dinfidèles in art. mortis, la nécessité des écoles des filles et limportance quil est possible de donner à la Mission sous tous les rapports. La Sagesse des conseils se trouve unie dans cette lettre à lexpérience dun zèle éclairé. Aussi, bien que la prédication aux payens offre dans lInde des difficultés particulières, et que linfanticide ny soit pas en usage, il y aurait espoir de voir dheureux résultats sur ces deux points en particulier, si les Missres étaient plus nombreux. Il est vrai quon en compte maintenant 34 dans la Mission ; mais 21 seulement sont occupés de ladministration des 55,000 chrétiens qui la composent, les 13 autres étant employés au collège, à limprimerie et dans les 2 séminaires. De la prospérité de ces deux derniers établissements dépend en grande partie lavenir de la Mission. Or, voici ce que nous lisons à leur sujet dans la circulaire précitée : « Nous avons au petit séminaire autant délèves ecclésiastiques que nos ressources actuelles nous permettent dy en avoir. Un bon nombre de ces élèves nous remplissent despérance. Les théologiens dans le grand séminaire ont très-bien pris la marche et lesprit dun établissement de ce genre. Nos deux établissements vont compter 17 clercs dont 5 dans les ordres sacrés. Tout ce qui sest passé depuis 1844 nous convainc pleinement que les jeunes Malabars, cultivés avec soin, sont susceptibles dacquérir une éducation ecclésiastique bien suffisante, et une vertu au-dessus de ce que nous les avions crus capables. » Le nombre des baptêmes dadultes est de 205, et celui des enfants en danger de mort de 108.
    Mayssour. Mgr Charbonneaux insiste beaucoup sur le besoin où il se trouve détablir des écoles catholiques pour les langues tamoul, canara et anglaise, et sur la nécessité dimprimer et de répandre de bons livres dans ces 3 langues, afin de paralyser les efforts de la propagande protestante à qui ces moyens de propager lerreur ne réussissent que trop bien. « Ils (les protestants) prennent nos petits enfants dans nos pensions, dit S. Gr., font écrire aux parents des conventions pour 6 ans ; sils veulent les retirer auparavant, on les traduit à a police pour les faire condamner à payer les frais, ce quils ne peuvent faire De là bien des défections, parmi les enfants depuis quelques années. Presque tous les descendants dEuropéens catholiques sont devenus protestants par ce moyen. » Ce Prélat nous annonce ensuite quil a fait lacquisition dune presse, et quil est sur le point de commencer limpression en canara dun traité complet de religion déjà imprimé en tamoul à Pondichéry. Le Mayssour commence aussi à avoir son clergé indigène : Mgr Charbonneaux a eu la consolation dordonner un jeune prêtre qui, outre le latin, parle 4 langues de lInde, sait lAnglais, le Portugais et entend bien le Français. Ce Prélat attend deux surs de St. Joseph auxquelles il se propose de confier la direction de son orphelinat. Adultes baptisés : 40, protestants convertis : 12.
    Coïmbatour. « Cette Mission noffrant aucunes ressources locales, dit Mgr de Brésillac, les fonds accordés ces années dernières nont pas été suffisants pour établir solidement le Vicariat. LEvêque na pas encore dEglise qui mérite ce nom et qui soit indépendante LEglise de Coïmbatour nest pas encore commencée ; on en est resté aux préparatifs. Il est presquimpossible que les Missres vivent avec leur seul viatique. Cette impossibilité augmente tous les jours. Une partie du supplément doit donc leur être donnée pour vivre ; et pour si peu quon donne à chacun, que reste-t-il ensuite pour le salaire des catéchistes, les bâtisses, lentretien des anciennes écoles et la création des nouvelles dont le besoin se fait sentir dans plusieurs localités ? » Lutilité de ces écoles est dautant plus appréciable que, comme le remarque Mgr de Brésillac, les enfants payens sont reçus dans les écoles Malabars, et que Mr Bonjean nous fait observer que ces enfants finissent toujours par être baptisés même avec le consentement de leurs parents. Ce cher confrère, après avoir constaté les heureux résultats de lécole quil possède déjà, manifeste le désir den établir encore 3 autres dans son district aussitôt quil en aura les moyens ; puis il ajoute : « Ce besoin décoles nest pas seulement senti ici ; il lest aussi dans presque tous les districts du vicariat ; et surtout dans les villes où se trouvent des écoles, soit protestantes, soit païennes ; là elles sont nécessaires ; partout ailleurs elles seraient très-utiles et deviendraient un moyen puissant damélioration pour les chrétiens et de conversion pour les payens qui les auraient fréquentées. »
    Mgr de Brésillac se propose de travailler prochainement dune manière spéciale à la conversion des payens, le petit nombre de ses Missres ne lui ayant pas permis de le faire plus tôt. Le tableau dadministration porte environ 100 baptêmes dadultes, et 15 à 20 enfants dinfidèles baptisés en danger de mort.
    Assam & Thibet. Assam nétait quun pied à terre pour les 3 Missres que nous y avons envoyés et qui devaient tenter de pénétrer au Thibet par le Boutan. Cette tentative a été faite. Pour avoir plus de chances de réussir, nos 3 chers confrères se divisèrent . MM. Rabin & Bernard partirent ensemble de Gowahatty leur résidence habituelle, et savancèrent pleins de courage et de résolution vers le Boutan, tandis que Mr Krick se dirigeait vers le Baramponter pour explorer la partie Est dAssam et voir sil y avait possibilité de pénétrer dans le Thibet par quelquune des nombreuses tribus sauvages qui habitent dans les montagnes entre Assam & le Thibet. Ce cher confrère visita sur sa route une petite chrétienté de 25 personnes qui navaient plus de catholique que le nom. Sa parole fut écoutée avec avidité, et il eut la consolation non-seulement de ny laisser personne qui ne fut réconciliée avec Dieu, mais encore de recevoir labjuration dune Dame protestante qui avait suivi très-assidument ses instructions. Quant à son voyage, à en juger par ce que nous en savons déjà, il ny a guère despoir quil puisse réussir. Pour ce qui est de MM. Rabin et Bernard, après une marche très pénible dans un pays presque désert et sans chemins, et où le voyageur se trouve fréquemment arrêté par des ravins, des torrents, des rivières &e, ils se fixèrent dans un misérable petit village de 7 cabanes où ils se proposaient dattendre les tribus Boutaniennes qui viennent chaque année, à une certaine époque, faire des échanges avec les Assamiens, espérant quils pourraient peut-être les accompagner à leur retour. Ces chers confrères luttèrent, tant quils purent, contre la faim, le froid et les privations de tout genre ; mais après un séjour de 3 semaines dans ce lieu, si sauvages, la fièvre dont était atteint depuis longtemps déjà Mr. Rabin prenant chaque jour un nouveau degré de gravité, et Mr Bernard se trouvant attaqué de la dyssenterie, force leur fut de revenir à Gowahatty. Mr Rabin fut rapporté sur un brancard par 4 hommes ; la fièvre ne la point encore quitté. Quant à Mr. Bernard, son indisposition na duré que quelques jours.
    Désireux de ne pas différer davantage laccomplissement des vux de la S.C. nous avons dû faire lessai dune tentative dont le succès, daprès les renseignements qui nous avaient été donnés, paraissent probable. Si elle ne réussit pas, nous tournerons désormais toutes nos espérances du côté de la Chine. Mgr Chauveau, sur les nouveaux renseignements quil sest procurés tout récemment, nous fait envisager comme très facile la communication avec ce pays par le Yun-Nan. Nous navons pas non plus renoncé au projet dune tentative par le Sut-Chuen ; mais nous avons dû lajourner pour des raisons indépendantes de notre volonté.
    Yun-Nan. « La Mission du Yun-Nan, nous écrit Mr. Fage en date du 10 7bre 1851, est très éprouvée en ce moment. Mr. Vachal est mort empoisonné dans les prisons de Kay houa foù avec son fidèle compagnon de voyages et de captivité. Mr. Charles hou a encore reçu 40 soufflets pour navoir pas voulu apostasier, et 5 chrétiens ont été emprisonnés avec lui. Le principal et le plus âgé dentre eux a reçu le même traitement que notre généreux Prêtre LoLo et pour la même cause. Les payens enhardis par la conduite des mandarins nous traitent aussi avec orgueil et nous cherchent chicane pour bien peu de choses. » La captivité de cet excellent Prêtre indigène est dautant plus fâcheuse quelle empêche la réalisation des belles espérances que donnaient les LoLo. Un bon nombre dentre eux nattendent que son élargissement pour se faire chrétiens ; mais qui sait si le poison ne viendra point aussi terminer ses longues et cruelles souffrances, ou bien sil naura point la gloire de ne sortir de la prison que pour aller recevoir la couronne du martyre de la main du bourreau ? Les baptêmes dadultes sélèvent à 142, et ceux des enfants de payens en danger de mort à 5,350. Mgr Chauveau, Coadjuteur du Yun-Nan, a été sacré le Jour St Matthieu 1850, sous le titre dEvêque de Sébastopolis.
    Mgr de Philomélie nous annonce avec bonheur quil a eu la consolation de bâtir un collège dont il a confié la direction à Mr Huot ; on y compte déjà 17 élèves.
    Koui-tcheou. La persécution ne paraît pas avoir soumis à de nouvelles épreuves la Mission du Koui-tcheou qui commence à sorganiser peu à peu selon lexiguité de ses ressources. Il y a déjà quelques élèves, mais pas encore de Séminaire. Les résultats de son administration annuelle la rendent digne dintérêt, et font concevoir lespérance de la voir prendre des développements beaucoup plus consolants encore, quand le temps et les moyens auront permis au zèle de Mgr Albrand de compléter son organisation. Adultes baptisés : 122 ; enfants dinfidèles baptisés en danger de mort : 2,139. Le nombre total des chrétiens ne dépasse guère deux mille.
    Sut-chuen. Dans une lettre de Mgr de Maxula adressée à la S. C. nous avons lu ce qui suit : « (suit un texte entièrement en latin) ».
    Le baptême des enfants de payens a atteint un chiffre exorbitant ; on en compte 115,423 pour une seule année ; et Mgr de Maxula pense quil est possible daller jusquà 200,000. Il ne demanderait pour cela que 40,000 frs. A la vue de pareils succès nous restons saisis dadmiration et dune sainte allégresse, et en faisant monter vers Dieu lhommage de notre reconnaissance, nous sentons notre confiance prendre un nouveau degré daccroissement dans la pensée quil nabandonnera jamais une société à laquelle il permet dopérer de si grandes uvres. Une lettre de Mgr de Maxula adressée au Conseil de la Ste Enfance contient des détails fort intéressants sur lorganisation et les opérations de luvre Angélique ; et comme elle sera publiée dans les Annales, elle pourra produire beaucoup de bien dans les Missions qui soccupent spécialement du baptême des enfants. Le nombre des adultes baptisés est de 733.
    Quang-tong, Quang-Si & Hainan. Ladministration de cette Mission est dautant plus difficile que nous nous trouvons en lutte avec un clergé indigène relevant de lEvêque de Macao, lequel, pour des raisons que nous nous garderions bien de désapprouver, na pas été dépouillé de sa juridiction. Néanmoins, malgré cette opposition presque générale des prêtres indigènes, au nombre de 7, nous gagnons toujours du terrain, et si le bien sopère plus difficilement, il nen est que plus consolant. 115 adultes et 2,128 enf. moribonds ont été baptisés dans le courant de lannée 1850, et un séminaire vient de souvrir à Hong-Kong tout près de la ville, position qui le met à labri de toute espèce de vexations et assure son avenir par la bonne direction quil sera possible de lui donner. La sage administration de Mr. Libois est dautant mieux appréciée à Rome quil suit fidèlement la marche que le St Siège lui a tracée.
    Mandchourie. Une lettre de Mgr Verrolles que nous avons reçue dernièrement nous annonce son heureuse rentrée dans sa mission. Sa Gr. vivement préoccupée depuis longtemps du sort de Mr. de la Brunière a appris tout en arrivant quil avait été cruellement massacré par les Longs-poils. Les troubles qui avaient agité cette Mission les années dernières nexistent plus aujourdhui ; Mr. Négrerie est revenu à son poste et Mr. Franclet son compagnon de captivité et dexil travaille actuellement dans lîle de haï nan, jusquà ce que Mgr Verrolles le rappelle en Mandchourie. Tous nos chers confrères de cette Mission se livrent avec ardeur à ladministration et voient leurs travaux couronnés de succès. « Il me semble, nous dit Mr. Berneux, que notre petite Mission ne va pas trop mal ; lignorance qui était (Dieu sait quelle) diminue sensiblement. » Le baptême des adultes est de 100 environ, et celui des enfants dinfidèles à larticle de la mort de 2,600.
    Corée. Nous regrettons que Mgr de Belline nait pu nous faire part des résultats de son administration qui ont dû être très-satisfaisants, si on en juge par les succès obtenus par le Prêtre indigène Thomas Tshoey dès le début de sa carrière apostolique. A lui seul il a visité 3815 chrétiens, baptisé 455 enfants dinfidèles à lart. de la mort, conféré le Baptême à 181 adultes, et admis au catéchuménat 278 infidèles. « Un beaucoup plus grand nombre seraient, dit-il, disposés à embrasser notre Sainte Religion sils nétaient retenus par la pensée des misères sans nombre auxquelles ils se verraient condamner sils se faisaient chrétiens. »
    Nous avons appris dernièrement par Mr. Libois que MM. Maistre et Jansou sont partis pour la Corée le 5 janvier dernier. Que Dieu daigne enfin couronner cette expédition dun heureux succès ! Voilà bientôt 10 ans que le 1er de ces chers confrères fait des tentatives toujours inutiles.
    Siam. Nous avons appris avec une bien vive satisfaction la rentrée à Siam de nos chers Confrères exilés par le vieux roi, frappé enfin par cette mort quil avait mis tant de soins à écarter de sa personne. Son frère et son successeur est, daprès le témoignage de Mgr Pallegoix, un prince libéral, tolérant pour toutes les sectes, ami des chrétiens, ami des arts et de la civilisation, homme très instruit, astronome, géographe, possédant bien lAnglais, sachant même un peu de latin. Il est lié damitié avec nos confrères depuis longtemps et leur accorde la faculté de communiquer directement avec lui par lettres. « Jespère, dit S. Gr., que le pays va changer de face et que la Religion va faire de grands progrès. » Le tableau dadministration porte 105 baptêmes dadultes sains, 97 dadultes moribonds, 1,100 denfants moribonds.
    Malaisie. La Religion continue de faire des progrès chez les sauvages de la Malaisie. Dans lespace de 3 ans 150 ont été baptisés dans la presquîle Malaise. A Singapore, à BatouKaouan, à Bulch-Poulanh il y a eu un certain nombre de conversions parmi les Chinois. Les Cariants viennent aussi, quoiquen petit nombre, se ranger chaque année sous la houlette du divin Pasteur. Mais nous navons pas de renseignements assez précis pour déterminer le nombre des différents conversions.
    Mr. Beurel député en France par Mgr Boucho pour procurer à la Mission des frères de la Doctrine Chrétienne et des Religieuses a eu la consolation de voir ses démarches couronnées dun plein succès. Ce cher confrère sest embarqué à Anvers au mois de Xbre dernier avec une petite colonie composée de 6 frères des Ecoles Chrétiennes, de 4 Dames de St Maur et dune sur converse. A la demande de quelques Evêques de France les Conseils de la Propagation de la Foi lui ont affecté une somme de 14,000 frs, quils ont portée sur notre allocation. Ce secours na pas même été suffisant pour couvrir la moitié des dépenses faites par Mr. Beurel ; le surplus reste à la charge de la Mission.
    Cochinchine Orientale. Mgr Cuenot poursuit avec activité son projet dévangélisation parmi les nombreuses tribus de sauvages qui sont au-delà des montagnes. Nous savons que 5 de nos confrères ont déjà pu sétablir parmi eux. A lépoque des dernières nouvelles ils étaient occupés à apprendre la langue qui est différente de lidiome Cochinchinois. Nous avons la douce confiance que leur ministère ne sera pas sans fruit. A part quelques vexations locales, létat de la Mission a été calme.
    Cochinchine Septentrionale. Cette Mission qui faisait partie de la Cochinchine Orientale na une existence séparée que depuis quelques mois. Nous navons pas encore reçu les lettres de Mgr Pellerin, son Vicaire Apostolique.
    Cochinchine Occidentale. La santé de Mgr Le Febvre altérée par les souffrances dune double captivité, sest considérablement améliorée, et daprès les dernières lettres elle était en bon état. Dix élèves ayant terminé leur cours de théologie au Séminaire général sont rentrés dans leur mission. Ce sera un bon secours pour activer luvre de la conversion des payens qui peut prendre assez facilement dans ce vicariat des développements importants et obtenir de consolants résultats.
    Cambodge & Laos. Cette Mission récemment détachée du vicariat apostolique de la Cochinchine Occidentale compte à peine quelques centaines de chrétiens dans le Cambodge où les indigènes, adorateurs de Boudha, ne donnent que des espérances incertaines et éloignées. Aussi Mgr Miche se propose-t-il, aussitôt quil aura un nombre suffisant de Missres, de tourner tous ses efforts vers le Laos et les sauvages à lEst du grand fleuve. Déjà Mr. Bouillevaux a pu pénétrer au sein dune tribu sauvage appelée les Pénongs. Il en a été accueilli très pacifiquement ; mais une fièvre violente la accompagné à son retour.
    Tonquin Occidental. La Mission du Tonquin Occidental a encore ajouté un beau fleuron à sa brillante couronne ; notre très-cher confrère, Mr. Schoefler sest envolé au ciel avec la couronne du martyre. La lettre de Mgr Retord insérée dans le 140e n° des Annales et qui a été lue avec autant davidité que dédification par les pieux Associés de la Propagation de la Foi, nous dispense de donner les détails de ce glorieux événement dont notre Congrégation shonore à si juste titre. La tranquillité de la Mission na été que légèrement troublée par larrestation de Mr. Schoefler ; la tempête qui la poussé dans le port sest apaisée après sa mort. Mais des sacrifices dun autre genre ont été demandés à la Mission quil avait édifiée par ses vertus : « Dans le courant dune année, dit Mgr Retors, la Mission du Tonquin Occidental a perdu 8 prêtres indigènes, dont 5 ont été enlevés par le cholera-morbus ; et ce ne sont pas à beaucoup près les seuls pertes vraiment regrettables que ce terrible fléau nous ait fait éprouver. Trois sous-diacres, 2 acolythes, 19 catéchistes dont 3 étudiaient la Théologie, 25 élèves appartenant aux classes de latinité, 41 jeunes gens des Maisons de Dieu, 33 Religieuses amantes de la croix et 9,535 chrétiens ont été victimes de cette cruelle épidémie. » Le nombre des adultes baptisés sest élevé à 1094, et celui des enfants dinfidèles à lart. de la mort à 12,765.
    Tonquin Méridional. Mgr Gauthier se propose de fonder un établissement pour racheter et élever les petits enfants de payens ; il y emploiera les 3,000 frs que la Ste Enfance lui a alloués. Quant à luvre du Baptême des enfants moribonds, S. Gr. ne pense pas pouvoir lui donner une grande extension. « Jusquici, dit-Elle, nous avons fait tous nos efforts pour faire baptiser les enfants payens en danger de mort ; et cependant lannée dernière nous navons pu atteindre le chiffre de 1000. Il ny a guère que les médecins et les Sages-femmes qui puissent baptiser ces enfants ; car on ne laisse pas approcher les étrangers, excepté le cas où il ny a plus despoir de les sauver, alors les payens les cèdent volontiers aux chrétiens pour les baptiser et les enterrer. » Il y a eu dans la Mission du Tonquin Méridional 373 baptêmes dadultes et 982 denfants dinfidèles à lart. de la mort.
    Séminaire général. Pulo-Pinang. Notre Séminaire général de Pulo-Pinang continue de se montrer digne de lintérêt que nous lui portons. « En général, nous dit Mr. Martin dans son dernier rapport, nous sommes très-satisfaits de la conduite de nos élèves. Leurs moyens naturels et leur application assidue à létude, font espérer quils donneront, pour la plupart, des prêtres ou des auxiliaires utiles à leurs missions respectives. Nous navons à nous plaindre daucun abus grave cette année. Ces jeunes-gens sont en général gais & contents. » Le mercredi & le Dimanche, jours de congé, des notions sur la Géographie, la physique, lhistoire Ecclésiastique et lEcriture Ste sont données aux élèves les plus avancés. Les samedis soirs, et, toute la journée, les jours des grandes fêtes tous les élèves étudient les caractères chinois. Nous ne négligerons rien, quant à nous, pour mettre cet établissement dans un état de prospérité satisfaisante. Nous y avons actuellement 5 Missres dignes de toute notre confiance, et ces chers confrères sont secondés par deux maîtres, anciens élèves, dont lun est chinois et lautre annamite. Mais quelque bonne direction quon donne aux études, quelle que soit lhabileté des maîtres, jamais il ne sera possible de faire des jeunes gens instruits de sujets peu capables. Nos Seigneurs les Vicaires Apostoliques comprennent assez ce quils ont à faire de leur côté pour que leurs espérances et les nôtres puissent se réaliser.
    Procure de Hong-Kong. Nous voyons avec une grande satisfaction que la santé de Mr. Libois qui nous avait donné quelquinquiétude lannée dernière sest beaucoup améliorée ; ce cher confrère continue à remplir ses nombreuses & importantes fonctions de Procureur et de Préfet apostolique avec son activité et son aptitude accoutumées.
    Séminaire de Paris. Nous avons en ce moment 28 aspirants, dont 13 Prêtres. Six de ces derniers sembarqueront dans la 1ère quinzaine de mai sur un navire dAnvers, faisant voile pour Singapore. Le vide quils laisseront serait rempli, au plus tard, aux vacances, si avant cette époque nous ne devions faire de nouveau envois. Néanmoins nous pouvons affirmer que notre Séminaire tend plutôt à augmenter quà diminuer. Quant à nos ressources, elles sétaient aussi un peu accrues par quelques legs dont nous avions été mis récemment en possession ; mais lavantage que nous en avons retiré ne compense pas la perte que nous venons de faire par la conversion des ventes 5 pour cent en ventes à 41/2 pour cent.
    Propagation de la Foi. Nos rapports avec les Conseils de la Propagation de la Foi continuent dêtre satisfaisantes. Nous népargnons rien pour conserver lintérêt bienveillant quils portent à notre uvre. Tous les ans, au mois dAvril, nous leur transmettons un rapport détaillé sur chacune de nos Missions, dans le genre de celui dont nous vous avons envoyé précédemment des exemplaires. Nous avons seulement regretté, et cette année en particulier, de navoir de quelques-unes de nos Missions que des renseignements fort incomplets, et que plusieurs autres ne nous aient pas même envoyé le tableau de leur administration. Il est cependant de leur intérêt de nous fournir les moyens de porter leurs besoins à la connaissance des Conseils de cette uvre ; car cest sur lexposé que nous en faisons quils déterminent le chiffre de notre allocation annuelle. Celle de cette année est de 390,000 frs. Mais comme sur cette somme il y avait 14,000 frs. spécialement affectés à Mr. Beurel, ce nest, à proprement parler, que 376,000 frs que nous avons eu à répartir. Le tableau que nous mettons sous vos yeux, Nos Seigneurs & Messieurs, vous fera connaître les résultats de notre opération. Nous ignorons le chiffre de la dernière recette de la Propagation de la Foi ; néanmoins nous pouvons affirmer quil nest pas inférieur à celui de lannée précédente ; car dans le cas où il laurait été, notre allocation devait subir une réduction, ainsi que MM. de Lyon nous lavaient annoncé.
    Sainte Enfance. Luvre de la Ste Enfance prend des accroissements merveilleux. La recette de cette année dépassera de beaucoup celle de lannée dernière. Nous invitons ceux de nos Vicaires Apostoliques qui désirent avoir part à ses allocations à nous envoyer les renseignements dont nous aurons besoin pour faire valoir leurs demandes auprès du Conseil de cette uvre, ou sils préfèrent les adresser soit au Conseil lui-même, soit au Président ou au Directeur, de nous envoyer leurs lettres ouvertes, afin que nous puissions prendre des notes. La répartition se fait chaque année au mois de Mai. Les Membres des Congrégations intéressées ny prennent point part, seulement ils sont obligés de remettre au Conseil les renseignements qui peuvent léclairer sur les besoins de leurs missions respectives.
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