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lettre n°

Nosseigneurs, Messieurs & très-chers Confrères,
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    Nosseigneurs, Messieurs & très-chers Confrères,

    Dans notre circulaire du 14 mai 1840, nous vous avions fait part de la répartition des fonds alloués à notre Société, en 1839, par Luvre de la propagation de la Foi. Aujourdhui nous avons lhonneur de vous donner connaissance de celle que nous venons de faire des fonds qui nous ont été alloués en 1840, mais que nous ne percevons que maintenant. La somme que les Conseils nous ont accordée a été de 248,600 f. que nous avons répartis de la manière suivante, après un examen sérieux et consciencieux des besoins de chaque mission.

    Corée ..16,300 fr.
    Leao-Tong ..14,320 f.
    Tong-King ..36,365 f.
    Cochinchine ..42,085 f.
    Sut-Chuen ..26,240 f.
    Siam ..28,670 f.
    Pondichéry..33,620 f.
    Collège de Pinang ..11,000 f.
    Procure de Macao ..22,000 f.
    Séminaire de Paris ..18,000 f.

    Quoique nous croyons inutile de vous faire encore une observation que nous avons eu soin de consigner dans nos autres lettres communes, nous préférons nous répéter que de donner lieu au moindre mal-entendu, surtout lorsquil est facile de le prévoir et de léviter. Nous avons eu lhonneur de vous avertir que le désir des membres des Conseils de Luvre de la Propagation de la Foi est que lallocation en faveur du Séminaire de Paris pour subvenir aux dépenses nécessaires pour les envois de missionnaires, ne figure point sur le compte-rendu des Annales, comme Subvention pour le Séminaire. Nous avons donc réparti en portion égales sur nos six missions de Corée, Leao-Tong, Sut-Chuen, Siam, Cochinchine & Tong-King, les 18,000 f. alloués au Séminaire. Lallocation respective de ces missions devra donc paraître, sur les Nos des Annales, augmentée de 3 mille francs ; mais dans la réalité, elle ne sera que celle énoncée dans le tableau ci-dessus. Nous ne reviendrons pas sur les raisons qui ont porté les conseils à exiger ce mode répartition ; elles ont été données dans nos précédentes lettres.

    Nous avons écrit une lettre commune aux deux Conseils Centraux de Paris & de Lyon, pour les remercier, au nom des Missions confiées à notre Société, des Secours quils venaient de leur accorder, et pour les engager à leur continuer le bienveillant intérêt quils leur portent. Nous croyons navoir oublié aucune des considérations propres à obtenir encore pour cette année une abondante allocation.
    Luvre de la Propagation de la Foi obtient toujours les plus beaux résultats en France et à létranger, résultats, nous pouvons le dire, qui ont surpassé toute les prévisions. Cest véritablement luvre de Dieu.
    Les nouvelles arrivées des différentes missions, depuis notre lettre du 14 mai, nous ont donné, Nosseigneurs et Messieurs, au milieu des Sujets de douleur et de tristesse, des motifs de consolation et despérance que vous partagerez avec nous.
    Dans le Vicariat de la Côte Coromandel, sous la paternelle et vigilante administration de Mgr de Drusipare, le zèle des Missionnaires, favorisé par la bonne harmonie qui règne dans leurs Mission, ramène les Schismatiques à lunité, et travaille avec un fruit vraiment consolant au salut des ames.
    À Siam, nos chers confrères, en rendant plus florissantes les chrétientés déjà formées, obtiennent surtout de beaux succès sur les Chinois, dont un assez grand nombre, sur divers points du Vicariat, viennent chaque jour consoler leur piété et encourager leur désir de procurer la gloire de Dieu.
    La Mission du Sut-Chuen continuait à jouir dune assez grande paix, nonobstant quelques tracasseries et vexations locales. Le zèle et le dévouement de nos confrères qui travaillent dans cette portion de la vigne du Seigneur, sous la conduite sage et prudente de Mgr de Mascula, ne peuvent manquer davoir dabondants succès et des consolations dans leur pénible ministère.
    Nous navons rien appris de bien positif sur la mission nouvelle du Seao-Tong. Mgr Vérolles est, sans nul doute, rendu depuis un certain temps dans son vicariat, où dautres confrères devaient laller rejoindre, et commencer leur difficile apostolat.
    Sil fallait en croire certaines nouvelles indirectes, venues de la Tartarie et du Sut-Chuen, une violente persécution aurait éclaté dans notre naissante et déjà florissante Mission de la Corée. Un nombre considérable de Néophyte auraient déjà remporté la couronne du Martyre. À leur tête, disait-on, se trouveraient des Missionnaires Européens. Nous attendons avec impatience et une vive anxiété, que vous comprendrez, (et que partagent certainement tous les confrères qui sont dans la même incertitude que nous) des nouvelles plus récentes et plus certaines sur le véritable état des choses dans ce pays. Sans oser désirer que des confrères et de fervents néophytes soient encore privés du bonheur davoir donné leur vie en témoignage de leur foi, vous apprécierez cependant les vux ardents que nous faisons pour que la nouvelle de cet événement ne se vérifie point.
    Daprès les lettres récentes qui viennent de nous parvenir du Tong-King et de la Cochinchine, ces missions sont toujours dans le feu de la persécution. Et, comme le disait avec tant de vérité le Père commun des fidèles dans son Encyclique du 18 Octobre, « Ces contrées fument encore du sang des pasteurs sacrés, et des fidèles qui, renouvelant les exemples qui illustrèrent spécialement les premiers siècles de lEglise, affrontent intrépidement, au milieu des tournants, la pus cruelle mort pour J. C., en témoignage de la Foi. »
    La Cochinchine, comme vous laurez appris, vient encore de perdre le vénérable M. Delamotte, qui a terminé glorieusement sa carrière dans la prison . Il a supporté avec une Sainte Joie et un courage héroïque les plus horribles supplices. Celui qui avait montré tant de dévouement et de générosité pour les chrétiens persécutés, et un zèle si désintéressé et une affection si tendre pour nos confrères martyrs, était bien digne assurément de leur âtre associé et daller partager leur gloire. Cette mission, comme vous le savez encore, a eu aussi la douleur de perdre son Vicaire apostolique, Mgr Taberd, qui est mort subitement à Calcutta, où il faisait le bien et honorait la Société. Ce prélat a mis à profit le temps de son exil pour publier ses deux dictionnaires Cochinchinois qui seront si utiles aux Missions Annamites, et les documenta recto rationis, qui ne le seront pas moins pour les autres missions de la Chine.

    Mgr Cuenot qui portait en quelque sorte le fardeau de la Mission, lui succède. Mgr Cuenot a soutenu et soutient encore léglise chancelante et si affligée de Cochinchine. La capacité et le dévouement que ce vénérable prélat a déployés sont vraiment remarquables. Tout nest pas perdu pour une mission quand la Providence lui réserve de tels pasteurs. Dieu veuille conserver à ces chrétientés désolées, et à nos généreux confrères qui arrosent ces contrées de leurs sueurs et de leur sang, un guide si éclairé et si propre à relever les ruines de léglise de la Cochinchine.
    Nous navons pas besoin non plus de vous parler de la conduite de Mgr Retord, qui est aussi au-dessus de tout éloge. Sa sainte intrépidité, sans surprendre personne, a fait ladmiration de tout le monde. Malgré les dangers éminents, le prélat est sorti du Tong-King pour venir recevoir à Manille la consécration épiscopale, et rentrer ensuite dans sa chère mission avec le titre de Vicaire apostolique, titre que le St Siège sest empressé de lui confirmer. Le pieux évêque, daprès les dernières lettres, nattendait à Macao quune occasion favorable pour rentrer dans le Tong King avec quelques Missionnaires, et aller consoler cette mission que la fureur du tyran na plus épargnée que celle de Cochinchine. Tous nos excellents confrères ly attendaient avec une juste et vive impatience.
    Ces deux missions ont fait de bien grandes pertes et en font tous les jours encore. Mais nous ne dissimulerons pas quau milieu du tumulte des pensées les plus tristes et des douleurs que nous causent et causent à vous tous, leurs maux prolongés, un rayon de consolation vient réjouir nos ames contrariées ; et ce sont les combats et les triomphes de nos généreux confrères qui le font luire. Oui, nous en avons la douce confiance, le temps des tribulations passera, et Dieu écoutera les gémissements de ses Saints. Les prières aussi de léglise de France et des autres églises catholiques désarmeront la colère de Dieu.
    Vous aurez appris, Nosseigneurs et Messieurs, par les pièces que nous avons déjà eu lhonneur de vous expédier, que le Souverain Pontife, Grégoire XVI, ne sest pas contenté dans ses Solennelles allocutions de verser des larmes sur les maux inouïs de ses enfants, et sur les souffrances des illustres Confesseurs de la foi, et de célébrer les triomphes de nos Martyrs dont le récit rappelle comme ils le disait lui-même, les plus belles pages des actes des premiers Martyrs. Il a dérogé aux lois ordinaires selon lesquelles on ne doit procéder à aucune cause de béatification ou de canonisation que 50 ans après la mort de celui qui en est lobjet, et après certaines formalités déterminées, et a porté un décret pour lintroduction de la cause de béatification et canonisation des vénérables Serviteurs de Dieu qui viennent de cueillir au Tong King et en Cochinchine la palme du martyre. Sa Sainteté a daigné signer le 19 juin une Commission pour lintroduction de cette cause. Il nous a demandé tous les documents qui peuvent servir à linstruction du procès. Nous nous sommes empressés de les envoyer revêtus de toutes les formalités exigées. Nous avons lespérance fondée que cette importante affaire sera poussée avec une grande activité, et quelle se terminera promptement à lédification de la Ste église et à lhonneur de notre Société. Nous navons pas besoin de vous engager à joindre vos prières aux nôtres pour son heureuse réussite.
    À la fin de 1840, débarquèrent en France trois envoyés du roi de Cochinchine, dont la mission, à ce quil paraît, était plus dans un intérêt politique que commercial. Ils eurent soin, dès leur arrivée, de publier que les Missionnaires catholiques étaient bien traités en Cochinchine, et même à la cour du roi. Ces pauvres gens semblaient ne pas se douter quon pouvait démentir de suit leurs paroles. Nous nous empressâmes de présenter au Maréchal Goult, président du conseil, un mémoire où nous exposions le véritable état des choses dans ce pays. Il fut très bien accueilli par ce premier ministre qui le présenta au roi, auquel nous avions eu soin de faire connaître par dautres voies la conduite pleine dinhumanité de Minh-Mang à légard de nos confrères. Ces espèces dAmbassadeurs ont eu audience de quelques ministres, mais S. Maj. ne les a point reçus. Nous fîmes aussi part à Rome de larrivée de ces serviteurs du violent persécuteurs des églises annamites, et le st. Père écrivit aussitôt au roi pour le prier duser de son autorité pour faire cesser la persécution en Cochinchine. Plusieurs articles qui parurent alors dans quelques journaux insistèrent fortement pour demander au nom de la France lintervention du gouvernement, afin quil ne souffrit pas que des Français fussent ainsi égorgés par un roi barbare. Enfin des prélats profitèrent de cette occasion pour réclamer lassistance et la protection de ce même gouvernement en faveur de nos missionnaires. Ils écrivirent aux ministres qui ont promis de prendre leurs réclamations en grande considération. Nous ne pouvons prévoir avec certitude quel résultats auront toutes ces démarches. Mais nous ne serions point surpris que bientôt, si la paix Européenne se consolide, des bâtiments de guerre français fissent quelques démonstrations sur les côtes de Cochinchine, pour demander raison de linsulte faite à la France en la personne des missionnaires, ses sujets. Toutefois, quelque résultat que puisse avoir cette affaire, nous aurions cru manquer à notre devoir, si, en cette circonstance, nous navions pas fait tout notre possible pour tâcher de faire cesser une persécution qui afflige si profondément nos curs depuis tant dannées.
    Nous allons faire partir par la 1ère occasion six nouveaux missionnaires dont voici les noms et la destination.
    Pour Siam : MM. Charles Baury, du diocèse du Mans ;
    Pierre-Joseph-Marie Chopard, du diocèse de Besançon,
    Pour le Leao-Tong : M. Maxime-Paul de la Brunière, du diocèse de Paris.
    Pour la Cochinchine : M. Marie-Rosaire-Charles-Antoine-françois-Julien-Joseph Fontaine, du diocèse du Mans.
    Pour le Yu-Nan° MM. Vincent Blanchin, du diocèse dAngers ;
    Antoine Guèrin, du diocèse de Bordeaux.

    Nous sommes heureux, avant de terminer, de vous annoncer que nous avons reçu lagréable nouvelle de la délivrance de M. Taillandier, pris par les Chinois à sa sortie de Macao, et détenu dans les prisons de Canton pendant trois mois. Il est redevable de la liberté à lofficieuse intervention du capitaine Elliot, un des plénipotentiaires Anglais dans les négociations du traité de paix avec les Chinois. Ce pieux et excellent Missionnaire est retourné à Macao, attendant une occasion favorable pour entrer dans sa Mission.
    Tous les directeurs du Séminaire se portent bien. Mais nous avons la douleur de vous annoncer que la vue de M. Dubois ne sest pas améliorée, ce qui le met presque dans limpossibilité de lire et décrire. Cest une bien dure privation pour ce cher confrère.

    Nous avons lhonneur dêtre, en union de prières et Saints Sacrifices, et avec le plus profond respect,

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Paris, le 16 avril 1841.

    Vos très humbles, très obéissants serviteurs et affectionnés confrères,
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