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lettre n°

NosSeigneurs et Messieurs, Comme la répartition des fonds alloués à notre société, en 1839, par luvre de la Propagation de la Foi, navait pu se faire à lépoque où nous eûmes lhonneur de vous adresser notre lettre commune du 26 xbre dernier, nous nous faisons un devoir aujourdhui de vous en donner connaissance. La somme que les Conseils nous ont accordée a été de 208,000 f. que nous avons répartis de la manière suivante, après avoir fait une attention sérieuse et consciencieuse aux besoins de chaque Mission. Corée15,684f. Tartarie.14,390
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    NosSeigneurs et Messieurs,

    Comme la répartition des fonds alloués à notre société, en 1839, par luvre de la Propagation de la Foi, navait pu se faire à lépoque où nous eûmes lhonneur de vous adresser notre lettre commune du 26 xbre dernier, nous nous faisons un devoir aujourdhui de vous en donner connaissance.
    La somme que les Conseils nous ont accordée a été de 208,000 f. que nous avons répartis de la manière suivante, après avoir fait une attention sérieuse et consciencieuse aux besoins de chaque Mission.

    Corée15,684f.
    Tartarie.14,390
    Sut-Chuen.20,348
    Tonquin.27,604
    Cochinchine..25,708
    Siam..25,148f.
    Pondichéry30,518
    Collège de Pinang6,600
    Procure de Macao24,000
    Séminaire de Paris18,000

    Nous croyons devoir vous faire observer encore que, daprès le désir des Membres des Conseils de luvre de la Propagation de la Foi, lallocation de 18,000f. en faveur du Séminaire de Paris pour subvenir aux dépenses nécessaires pour les envois de Missionnaires, ne figurera point sur le compte-rendu des Annales (n° de ce mois) comme subvention pour le Séminaire ; mais elle sera répartie en portions égales sur nos six Missions du Sut-Chuen, de la Tartarie, de la Corée, du Tonquin, de la Cochinchine et de Siam. Lallocation respective de ces Missions paraîtra donc, sur le n°. des Annales, augmentée de 3 mille francs ; mais en réalité elle ne sera que celle énoncée plus haut ; cest-à-dire que la Corée et la Tartarie, par exemple, figureront sur les Annales pour une somme, la première de 18,684 f., et la seconde de 17,390f., tandis que leurs allocations réelles seront celles qui se voient sur le tableau ci-dessus.
    Nous vous avons dit dans nos précédentes lettres communes que la raison pour laquelle les Conseils navaient pas voulu que cette allocation annuelle figurât sur le compte-rendu des Annales, comme secours accordé au Séminaire, était dôter aux autres établissements religieux qui envoient des Missionnaires à létranger, le prétexte de solliciter de pareils secours.
    Nous navons eu aucune objection à faire à cet arrangement pour du reste il est évident que cette somme nest point dépensée pour le Séminaire, mais bien pour les Missions, puisquelle sert à couvrir les frais des voyages des Missionnaires quon leur envoie.
    À la vue de ces secours qui continuent à vous être destinés, vous ne pouvez, NosSeigneurs et Messieurs, vous empêcher de bénir, comme nous, avec une nouvelle effusion de cur, la bonté et la tendre sollicitude de la divine Providence qui prend un soin si particulier des Missionnaires, ses enfants chéris. À mesure que le nombre des Ouvriers évangéliques augmente, et à proportion que les Missions prennent plus de développement, les secours aussi deviennent plus abondants. Vous napprendrez pas sans éprouver une vive joie que cette uvre admirable de la Propagation de la Foi, accueillie successivement dans tous les diocèses de France, où elle prend de plus en plus de lextension par la protection et les encouragements que lui accordent tous les Évêques, sest aussi naturalisée dans les pays étrangers où elle ne fait quune même uvre avec luvre de France. Déjà lAngleterre et les différentes contrées du continent ont fait passer en France leurs aumônes en faveur de cette uvre si éminemment catholique, dont le développement sétend maintenant jusque dans les Colonies et le Levant. La somme denviron 19 cent mille francs qui sera recueillie cette année est le résultat et la preuve de son accroissement.
    Cette somme est destinée à secourir plus de quatre-vingts Missions, répandues sur la surface du globe. Nous espérons cependant que les pénibles & importantes Missions confiées à notre Société attireront particulièrement lattention et la bienveillance des membres des deux conseils de Lyon et de Paris. Nous avons eu soin, dans une lettre que nous leur avons adressée dernièrement, dexposer les besoins de ces différentes Missions. Le tableau que nous leur avons fait des malheurs qui sont tombés sur les unes, lexposé que nous avons mis sous leurs yeux des charges que nous imposent celles récemment confiées à notre société, et enfin les espérances fondées que nous leur avons manifestées sur les développements que promettaient de prendre les autres par le nombre et le bon esprit de tous les ouvriers qui y travaillent avec tant de zèle, ont fait, à ce quil paraît, une favorable impression sur ces Messieurs. Dans une réponse pleine de bienveillance ils nous ont promis que dans la prochaine répartition on ne manquerait pas davoir égard à nos observations, et ils nous ont assuré en même temps que nous pouvions compter entièrement sur lesprit dimpartialité des Conseils, et sur les bonnes dispositions de chacun de ses membres pour notre société. Du reste, NosSeigneurs et Messieurs, laissez-nous vous dire que nous nous ferons toujours consister notre contentement dans le témoignage que nous rendra notre conscience davoir fait tout ce qui dépendait de nous pour être utiles à nos Confrères en les aidant dans leur glorieux mais pénible ministère.
    Depuis notre dernière lettre commune nous navons rien reçu de bien important de nos Missions de Chine et de Corée. Les dépêches de nos confrères ne nous sont point encore parvenues. Les nouvelles arrivées du Tonquin et de la Cochinchine sont toujours bien affligeantes. Elles nous représentent toujours ces malheureux pays en proie à une persécution qui ne semble se ralentir par intervalles que pour se ranimer avec plus dintensité et de violence. Malgré les grandes et salutaires pensées de notre Foi qui nous doivent faire adorer dans tous les tristes événements, qui se passent dans ces désolées contrées, les desseins secrets de la divine Providence, on ne peut se transporter en esprit au milieu de ces nombreuses et si tristes ruines sans sentir son cur oppressé par de profondes douleurs. Ah ! (quil nous soit permis de le dire) si la constance héroïque de nos confrères au milieu de la désolation de leurs troupeaux dispersés, si leur sainte intrépidité en présence des glaives toujours prêts à les atteindre et à les frapper font la consolation et la gloire de lÉglise, leurs dangers, leurs angoisses et leurs privations en tout genre affectent péniblement les curs de ceux qui ne pouvant aller partager leurs glorieux combats et leurs longues souffrances, désirent si ardemment leur procurer quelque soulagement. Notre affliction a été encore augmentée par la funeste nouvelle que M. le Procureur de Macao nous a transmise par ses dernières lettres. M. Le Grégeois nous annonce que les secours en argent, que les lettres et les objets de première nécessité quon expédiait pour la Cochinchine avaient été saisis aux douanes de Canton par les Chinois, et quil avait peu despoir de tout recouvrer. Ainsi, voilà encore peut-être nos chers Missionnaires de Cochinchine exposés à manquer de la matière nécessaire pour célébrer les Ss. Mystères !
    Les lettres venues de la Mission de Siam et de Pondichéry sont satisfaisantes. Les Missionnaires de lInde luttent avec beaucoup davantage contre les schismatiques, dont un grand nombre sont entrés dans la voie de lunité. Et nos confrères de Siam obtiennent des succès marqués sur les Chinois. M. Étienne Albrand en a surtout baptisé un grand nombre à Bankok.
    Nous ajouterons quon continue à porter un grand intérêt à nos Missions persécutées du Tonquin et de la Cochinchine. Lattention vient encore dêtre réveillée en leur faveur par la récente allocution que le Souverain Pontife a prononcée en présence des Cardinaux dans un Consistoire tenu le 27 avril dernier. Ces paroles solennelles du père commun des fidèles racontant les combats et les triomphes de nos Martyrs, et exprimant le désir quon puisse procéder à leur canonisation ont fait ici une vive et profonde sensation. Dès que nous aurons reçu des exemplaires de ce beau & intéressant discours, nous nous empresserons de vous les faire passer.
    Nous avons eu, NosSeigeneurs et Messieurs, lhonneur de vous faire part dans notre lettre commune du 26 xbre de larrangement que nous avions pris pour tacher de mieux régulariser la correspondance du séminaire avec les Missions. Les bons effets que nous croyons devoir résulter de cette combinaison nous engagent fortement à vous rappeler en passant, que le Conseil des Directeurs ne peut se rendre solidaire, pour lavenir, des lettres particulières, quelque soit le sujet traité dans les lettres. On ne devra regarder comme officielles que celles qui seront signées par la communauté, ou au moins par le Président du Bureau dadministration, ou, à son défaut, par le Supérieur et par un autre directeur. Les unes et les autres exprimeront lopinion du Conseil, parce que toujours avant dêtre signées elles seront lues devant lassemblée et approuvées par elle après que les corrections jugées convenables auront été faites.
    Pour ce qui regarde létat politique et religieux en France depuis notre dernière commune, aucun événement bien remarquable, ni aucun changement bien notable ne sont arrivés, sauf quelques émeutes partielles dans les provinces, auxquelles a donné lieu la charte des grains. Et ensuite, la prévision que nous vous manifestions de la probabilité dune nouvelle guerre avec le chef des Arabes et les Français dans lAlgérie sest réalisée. Les Français pris à limproviste par lirruption subite des tribus sauvages du désert sur le territoire de la régence ont été obligés de se tenir sur la défensive jusquà ce que notre Gouverneur Général dAfrique eût reçu de nombreux renforts de France. Maintenant les troupes se sont mises en campagne. À leur tête se trouvant le Maréchal Vallée et le Duc dOrléans accompagné de son jeune frère le Duc dAumale. On annonce déjà plusieurs victoires remportées par nos intrépides soldats. Le Duc de Nemours vient dépouser une princesse Allemande, de Saxe Cobourg-Rohary. Elle est catholique.
    Le Siège de Paris laissé vacant par la mort de Mgr de Quélen nest point encore occupé.

    Nous avons lhonneur dêtre, en union de prières et SS. Sacrifices,

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Vos très humbles & très obéissants serviteurs

    Paris, le 14 mai, 1840.

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