Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Visite de S. Exc. Mgr Aiuti, délégué apostolique, au Petit-Séminaire de Hoàng-Nguyên (Hanoi)

Visite de S. Exc. Mgr Aiuti, délégué apostolique, au Petit-Séminaire de Hoàng-Nguyên (Hanoi) 23-27 Décembre 1925
Add this
    Visite de S. Exc. Mgr Aiuti, délégué apostolique, au Petit-Séminaire de Hoàng-Nguyên (Hanoi)
    23-27 Décembre 1925

    Les tambours roulent leurs batteries saccadées et sourdes, ponctuées des coups plus vigoureux de la grosse caisse dhonneur ; la digue se couronne détendards dentelés aux vives couleurs, et la foule, qui accourt toujours au bruit, se précipite nombreuse : tout est paré pour la réception de Son Excellence le Délégué Apostolique. Le temps splendide, un peu couvert, nous apporte sa fraîcheur et, en jetant un dernier coup dil sur les préparatifs, je dis déjà un merci au Bon Dieu : tout ira bien.

    Trois heures. Une corne au loin vibre stridente, et lauto rapide se glisse dans les bambous, serpente avec la digue et nous arrive douce, tranquille, comme une bonne bête fière de son exactitude. Son Excellence descend, accompagnée de notre vénéré patriarche, Mgr Gendreau, qui na pas reculé devant la fatigue dune longue randonnée pour présenter au Délégué du Saint-Père son séminaire de Hoàng-Nguyên. Le cortège sorganise, traditionnel comme tout ce qui se passe au pays dAnnam : grosse caisse retentissante, porteurs détendards aux livrées rouges, foule qui se faufile, pétards, fanfare, notables impassibles, élèves amusés de tout ce bruit, nos illustres visiteurs entourés des inévitables parasols, enfin derrière eux la cohue, se pressant, sallongeant, se tordant au gré du sentier tortueux. Combien sont-ils de chrétiens venus se joindre aux séminaristes pour saluer lambassadeur du Pape ? Je ne sais ! Çà grouille, çà surgit de toutes parts. Et tout ce monde sengouffre dans le séminaire, qui sest fait coquet pour recevoir ses visiteurs. Vraiment les élèves se sont surpassés : cest une vraie forêt de mâts bariolés, doriflammes de toutes couleurs, dinscriptions somptueuses qui chatoient de partout. Six arcs de triomphe se dressent sur le parcours du cortège et Son Excellence laisse voir que la magnifique porte annamite élevée par la Rhétorique lui agrée tout particulièrement. Une courte visite à la chapelle, et le Délégué sinstalle pour les quelques jours quil va passer parmi nous. Oh ! sans pompe, avec une simplicité, une bonté qui nous a tous profondément touchés. A peine la foule se fut-elle écoulée lentement que Sa Grandeur voulut revoir en détail toute lornementation. Les élèves, un peu réservés dabord, lentourent, puis bientôt, respectueusement familiers, le pressent de très près. Où ne le conduisirent-ils pas ? On put voir, ce soir-là, une Excellence soupesant le riz, sintéressant à la manuvre dun pilon décortiqueur et se salissant quelque peu à toutes les poussières dune ferme qui, ne sattendant pas à lhonneur dune telle visite, navait pas eu lélémentaire politene denlever ses toiles daraignées !

    Le lendemain, jeudi, jour de grande réception. La salle des exercices, aménagée en salle des fêtes, a évidemment revêtu un aspect peu ordinaire et quand, au milieu des élèves inclinés, Monseigneur passe, bénissant, aux accents majestueux dun Tu es Petrus à trois voix, le spectacle ne manque pas de grandeur. Un trône aux couleurs pontificales domine toute la salle et des massifs de verdure fleurie tranchent vivement sur le rouge des tentures. Monseigneur le Délégué prend place et la séance souvre par un mot du Supérieur, retraçant les origines du séminaire. Viennent ensuite les catéchistes, puis les élèves, et, bien entendu, chacun, plus ou moins ému, apporte son compliment. Latin, français, annamite, tout y passe, et entre temps la chorale nous charme de ses meilleurs morceaux, composés pour la circonstance.

    Son Excellence daigna manifester une heureuse surprise pour le goût délicat qui avait présidé à lornementation et pour la bonne exécution du chant ; puis, en un latin ferme et concis, Elle reporta sur le Saint-Siège les honneurs quon rendait à sa personne. De sages conseils suivirent et une paternelle bénédiction termina cette longue cérémonie.

    Ce fut alors la visite des classes, dortoirs, salles détude. Sa Grandeur interrogea les élèves, demanda les manuels de cours, enfin sintéressa à tout ce qui est la vie dun séminaire, sans en excepter le réfectoire, ni même la cuisine, qui, ayant aussi reçu une ornementation appropriée, navaient pas du tout lair de tous les jours ! Ils étaient endimanchés !

    Le soir, vers les cinq heures, Son Excellence voulut assister à lexécution de mouvements densemble que le professeur de gymnastique, le P. Binet, avait soigneusement préparés. Les mouvements sexécutèrent avec précision et, quand le terrain fut envahi par des clowns se mêlant aux exereices de bâton et descrime annamite, Monseigneur se mit à rire de bon cur.

    Nos fêtes de Noël gagnèrent aussi en solennité et même en ferveur à avoir lhonneur dun tel célébrant. Mais le temps passait et, après avoir consacré la journée du 26 à voir tous les professeurs en particulier, le dimanche amena lheure du départ. Ce fut moins joyeux ? Les petits de sixième, plus audacieux, retenaient le pousse-pousse de Monseigneur ; les autres criaient, pleuraient même, et je crois bien que Sa Grandeur en était quelque peu émue !

    Tout finit, tout passe, même et surtout les beaux jours ! Il ne nous en reste pas moins, outre le réconfort dune telle visite, les directives que Monseigneur le Délégué a bien voulu nous donner, et cest avec plus dardeur, il me semble, que nous nous sommes remis à luvre quotidienne, après que de bonnes vacances nous ont un peu remis de ces joyeuses émotions.

    1926/94-97
    94-97
    Anonyme
    Vietnam
    1926
    Aucune image