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Vieilles villes et vieilles traditions : Tranquebar 1

Vieilles villes et vieilles traditions Tranquebar
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    Vieilles villes et vieilles traditions

    Tranquebar

    En route. De Mayavaram à Tranquebar la distance est de 18 milles. La route se dirige tout dabord vers 1Est, dans la direction de la mer : étroite et cahoteuse, elle déroule son ruban rouge sous les grands arbres, à lombre desquels, tel un long serpent, elle semble, en rampant, vouloir se cacher. Elle fait mille détours : ici évitant un étang, là contournant langle dune rizière, tantôt sen allant. à la recherche dun village, tantôt nous conduisant à quelque pagode antique, toujours elle paraît se jouer, tâtonner, en quête de sa direction. Puis tout à coup la voilà qui émerge de lombre, sort du pays des rizières, fait sur la droite un coude très brusque et directement senfuit vers le Sud. La mer nest pas loin : on entend le sourd grondement des vagues ; aussi le paysage est devenu tout autre : aux rizières ont succédé les dunes. Partout des monticules de sable, ils se suivent, semblant courir à gauche du chemin. Une herbe rare les recouvre, que le soleil dessèche et que lair salin achève de brûler. Ici et là quelques maigres buissons, quelques arbustes rachitiques senfoncent profondément, sabritent entre deux monticules. Par dessus le sable, lherbe rousse et les arbrisseaux, une longue ligne de pins maritimes sétend à perte de vue : sous laction de la brise ils se balancent dun mouvement régulier, et le bruit quen se heurtant produisent leurs ramures sharmonise avec la musique des flots de locéan, dont le murmure sélève là-bas derrière les collines de sable.

    La première fois que je me rendis à Tranquebar, ce fut par un beau matin du mois de janvier. Pendant près de 12 milles javais suivi les méandres de la route et je men allais vers le Sud, parallèlement aux dunes de sable. Le soleil était déjà haut, la chaleur montait ; je me souvins du conseil que jadis, à Bel-Air, nous donnait le Père Boyer, quand nous étions à mi-côte, dans les bois de Meudon : Messieurs, nous disait-il invariablement, contemplons la belle nature. Pour admirer le paysage je marrêtai près dun des ruines dun vieil arbre. Cétait un banian. Il avait poussé là, solitaire, non loin du chemin et tout près dun étang. Autrefois, il y a sans doute bien longtemps, se mirant dans leau verte de létang, projetant son
    ombre sur le sable du chemin, il étendait ses larges branches ; des radicelles descendues de ces branches venaient se fixer dans le sol et, devenues des arbres, au vieil. allamaram elles faisaient un appui ; on eût dit un patriarche reposant ses longs bras sur la tête de ses enfants. Pour le banian ce fut le beau temps. Aux voyageurs fatigués il offrait un ombrage que jamais ne pouvaient pénétrer les rayons du soleil. Les oiseaux du ciel le connaissaient bien, de dix milles à la ronde ils venaient sabriter sur ses plus hautes cimes ; à leurs joyeux concerts, que de fois il avait servi de théâtre, le soir !

    Mais il est bien lointain ce temps-là. Sous laction des rafales du vent et de la mer, sous la violence des ouragans et des inondations, le vieil allamaram a perdu la force et la splendeur des beaux jours dantan. Les branches se sont brisées, desséchées une à une : les débris en jonchent le sol. Les longues radicelles devenues des colonnes, une à une, elles aussi, se sont détachées, ont perdu tout contact avec celui quelles soutenaient et dont elles recevaient la vie. Cest en vain quaujourdhui plusieurs se tiennent encore debout tout autour du vieil arbre et semblent limplorer en tendant vers lui leur tige desséchée, comme vers un Rajah détrôné un lépreux lèverait, pour demander laumône, les moignons de ses bras.

    Bien haut dans les airs, à la cime dune branche, quelques feuilles vertes sagitent encore au souffle de la brise. Plus bas, à labri de ces légers panaches, des loxies ont accroché leurs nids quon dirait les poids dune horloge suspendus dans le vide.

    Marchant sur les débris qui jonchaient les sol je me suis approché de larbre solitaire, Béatement un gros caméléon se chauffait au soleil ; je le vis soudain se hérisser et changer de couleur : le bruit sec dune branche morte, en craquant sous mon pied, avait troublé sa quiétude. Deux corbeaux, perchés non loin de là, sen finirent en poussant un cri strident. Au pied du banian des fourmis blanches sétaient construit une demeure, sorte de citadelle en terre dont un cobra avait fait son repaire. je laperçus qui se tenait aux aguets, telle une sentinelle, du fond de la tranchée, montant la garde aux créneaux. Surpris de ma visite, le serpent fit entendre un sifflement sourd et se replia dans les mille détours de son vieux château-fort. Mais tous ces mouvements insolites avaient attiré lattention des loxies. Inquiets, les jolis oiselets apparurent un instant au seuil de leurs demeures aériennes et, prenant leur essor, senvolèrent dans lor des rayons du soleil, vers lazur du ciel.

    Tel javais vu le vieil allamaram en ruines, tel jallais trouver Tranquebar, la Vague qui chante.

    Tranquebar. Cest en 1618 que le nom de Tranquebar apparaît dans lhistoire de lInde pour la première fois. Un navire appartenant à la Danish East India Company, étant venu cette année-là échouer sur la côte du Coromandel, son commandant, le capitaine Rland Crape se rendit à la Cour du roi de Tanjore et, moyennant une redevance de 3.111 roupies, obtint de ce monarque une bande de terrain de cinq milles de long et de trois milles de large sur cette côte même où venait de se perdre son navire. Cest là que, deux ans plus tard, était bâti le port de Tranquebar, le Dansborg. En 1845, pour la somme de 1.250.000 roupies, le roi de Danemark devait céder aux Anglais et le territoire et la petite citadelle.

    Mais, une vingtaine dannées avant linstallation des Danois, il est déjà parlé de Tranquebar dans les lettres des Pères Jésuites. Ces derniers, demeurés dans lInde pour y continuer les travaux dapostolat commencés par saint François-Xavier, se trouvaient établis à Négapatam dès 1577. Dans ces lettres on nous dit en 1602 quun Père vient de temps en temps de Négapatam à Tranquebar pour en faire ladministration, et quun natif, dont on ne donne pas le nom, mais qui paraît avoir été lOudhéar, seigneur de la localité, lui construisit une église. Cette église fut placée sous le vocable de lExaltation de la Sainte-Croix. Nous apprenons quen 1604 les païens essayèrent de sopposer à la procession faite le jour de la fête paroissiale, et que Dieu lui-même se chargea de les punir en leur envoyant une maladie contagieuse. La lettre de 1611 résume la situation de la petite chrétienté de Tranquebar. Un Père assisté dun frère coadjuteur est mentionné comme en ayant la charge depuis plusieurs années déjà. Létat des chrétiens sy trouve résumé en ces termes : cicut lilium inter spinas, faisant ainsi allusion à la petite communauté catholique qui se trouvait perdue au milieu des Turcs et des païens, tel un lis au milieu des épines.

    En 1706 aux Turcs et aux païens viendront sajouter les protestants. Entre ces derniers et les catholiques on verra souvrir une lutte sans trêve, lutte qui dure encore aujourdhui, et dont lenjeu est le salut ou la perte des âmes.

    Les Danois, fils de Luther, semblent bien sêtre conduits en fils de Boches. En effet, à peine sont-ils débarqués à Tranquebar, en 1620, quils trouvent tout naturel denfoncer les portes de la petite église catholique afin dy établir leurs magasins. Il fallut que, sur la demande du Père Jésuite, alors curé de lendroit, lOudhéar usât de toute son influence pour les faire déguerpir avec leurs marchandises. Devenus plus forts, mais aussi plus prudents, ils laissent tranquilles les protégés de lOudhéar, vont sattaquer aux Portugais établis à Négapatam et semparent de la ville quils garderont jusquen 1781. Pour éviter leurs tracasseries, les chrétiens de Négapatam viennent alors en grand nombre se joindre à ceux de Tranquebar, afin de partager avec eux la protection de lOudhéar. Cest en 1706 que débarquent à Tranquebar les premiers missionnaires protestants. Favorisés par les Danois, leurs coreligionnaires, ils ne tardent pas à sy établir fortement et à faire de cette ville le centre de leur prosélytisme dans lInde. Ainsi que le serpent établi dans son nid cariah, de Tranquebar les missionnaires luthériens rayonneront comme dun repaire, cherchant avant tout à pervertir les catholiques.

    Dès leurs débuts, pour inaugurer leur système dapostolat, ils trouvent dans la personne dun catéchiste apostat un auxiliaire tout dévoué. Cétait un individu que le Père Beschi avait chassé de sa charge ; on peut croire que ce nétait pas pour excès de vertu. Armé de sa rancune, animé par le désir de se venger, il devint entre les mains des nouveaux arrivés un utile instrument pour le but quils se proposaient : attirer vers eux les catholiques. De nos jours encore ce but na pas changé, les moyens sont les mêmes aussi. Sagit-il, par exemple, dattirer vers eux les jeunes filles qui fréquentent nos écoles, Madame la Padrichonne se rend à la maison des parents : Quel dommage, dit-elle, que ce grand garçon, qui paraît si intelligent, ne continue point ses études ! Envoyez-le au Training school, on se chargera de son éducation, cela ne vous ne vous coûtera rien, mais naturellement vous nous enverrez aussi sa sur aînée, celle qui sen va à lécole des Surs. Madame parle bien ; puis elle a la main large. Au tout petit qui na rien, elle donne une cravate, à la toute petite une robe pour couvrir la médaille, à la grande un corsage, au grand frère une veste, à la mère une toile neuve, au père un parapluie made in Germany, et voilà une famille qui est touchée, non par la grâce, mais par les largesses de Madame. Quelques jours plus tard le garçon intelligent entre au Training school. Le lendemain la demoiselle non moins intelligente quitte lécole des Surs. Telle une jeune grenouille inexpérimentée se laisse fasciner par lil du serpent, sort de létang si frais où elle était à laise et sen va en sautillant se jeter dans la gueule de son ennemi, telle sen va la demoiselle intelligente se donner aux protestants. Que de fois cette histoire sest répétée depuis deux siècles à Tranquebar et dans les districts voisins ! Cest quil nest pas rare, hélas ! de rencontrer des parents dont la foi est si faible quils consentent volontiers à faire élever leurs enfants dans nimporte quelle religion, quand ils ont lespoir que leur éducation les mettra en état dobtenir un emploi lucratif dont bénéficieront eux-mêmes.

    Malgré tout, Tranquebar eut ses jours de gloire. Ainsi que le banian que jai rencontré sur le bord du chemin, la petite ville au nom poétique de la Vague qui chante eut un moment de prospérité dans les premières années du siècle passé. En 1806 elle comptait près de vingt mille habitants, les grands navires y venaient de loin et sen retournaient chargés de sel, dépices et... démigrants. Cest vers 1845, quand les Anglais en eurent fait lacquisition, que commença la déchéance. Cétait une enfant achetée : Albion, la grandmère, ne pouvait la traiter comme une fille de la maison : on la négligea au profit de Negapatam sa voisine. De nos jours, Tranquebar est une ville morte : deux mille habitants tout au plus sabritent dans lenceinte que forment les murs en ruine de ses anciennes fortifications.

    La Vague qui chante. Tranquebar est une ville morte, mais elle a conservé son nom poétique des beaux jours dantan : elle est toujours la Vague qui chante . Telle cette vieille brahmine que jai rencontrée tantôt dans la rue. Elle sen allait voûté, le front ridé, les yeux éteints, de ses vingt ans perdu toute la beauté, mais comme à vingt ans elle continue à sappeler Soulotchana, la toute belle; telle est Tranquebar : sa beauté sest ternie, ses richesses ont disparu, ses habitants lont abandonnée, les murailles de son enceinte sont tombées, ses maisons sécroulent sur un lit de sable. Au bord de locéan elle achève de mourir, mais cest toujours la Vague qui chante.

    De près, jai voulu entendre la musique de la vague qui chante. Par la rue Royale, que les herbes envahissent aujourdhui, je suis monté jusquau port de Tranquebar. Ainsi que la ville elle-même, le port est minuscule et misérable : à peine serait-il un abri pour les barques de pêche, pour les bateaux de cabotage. Mais du haut de la jetée la mer est toujours belle et, comme aux anciens temps, toujours on y entend la musique des vagues qui chantent. On les voit naître dans le lointain : cest un pli qui se forme sur un tapis bleu, ligne dabord incertaine que, dendroit en endroit, jalonnent de légers flocons décume ; la ligne se précise, se détache et sapproche ; à perte de vue, à droite et à gauche, on la voit qui sallonge ; elle grossit, elle sélève, commence à se pencher en avant comme pour prendre son élan, des milliers de cascades en tombent en chantant, elle approche, elle accourt, elle se précipite avec un grondement sourd ; instinctivement on recule, on dirait quelle va tout envahir et la voilà tout dun coup qui sécrase : de la vague qui chante encore en venant expirer sur la grève il ne reste plus rien quune large et mince happe deau qui sétend sur le sable en déployant son éventail aux franges dargent.

    Mais elle ne sarrêtait pas toujours ainsi, la vague qui chante. Jadis elle rongeait le terrain qui sopposait à sa marche en avant. Cest ainsi quau 18e siècle, on nous dit que la mer sest avancée denviron 500 pieds. Un temple minuscule semblait la défier, quavaient construit, en 1707, les premiers ministres luthériens ; la mer le balaya. Une pagode dédiée à Siva allait subir le même sort : une partie sétait déjà abîmée dans les flots, et le reste allait suivre. Le mal, après tout, naurait pas été grand, car ni la pagode païenne, ni le temple protestant, son frère, ne chantaient la gloire du Très-Haut. Mais la mer menaçait de submerger la ville elle-même et, pour empêcher ce désastre, les Anglais, devenus maîtres de Tranquebar, construisirent la jetée actuelle contre laquelle viennent se briser les vagues.

    Ces travaux sont de date assez récente ; ils nétaient pas faits en 1755. A cette époque les Danois saperçurent de la diminution du terrain sur lequel ils avaient reçu permission de sétablir. Au lieu de faire les travaux nécessaires pour arrêter lenvahissement de la mer, ils jugèrent plus simple de sadresser au roi de Tanjore afin dobtenir léquivalent de ce quils avaient perdu. Le prince accueillit assez mal leur demande et leur refusa le terrain convoité. Alors ils eurent recours à la force ; ce quils ne pouvaient obtenir par la diplomatie, ils tentèrent de sen emparer par les armes. Malheur en prit : battus par les troupes du roi de Tanjore, ils laissèrent 40 morts sur le champ de bataille. Ce nétait pas payer trop cher la leçon quils reçurent ce jour-là davoir à respecter le bien dautrui.

    Un nid dans les ruines. Les vagues qui chantent arrêtent dans leur course, nont pas pu parvenir à submerger Tranquebar, mais lair humide qui vient de la mer ronge peu à peu les maisons de lancienne cité. Il en est, en effet, de Tranquebar comme de toutes les villes du South India, ses maisons sont en briques. La brique est le seul genre de matériaux que lon puisse trouver dans un pays de rizières dont les pierres sont absentes et dans lequel larbre ne se trouve représenté que par des espèces impropres à la construction. Lemploi de la brique répondait du reste parfaitement au besoin des Danois dimproviser, de faire vite, quand il était question de bâtir leur fort, leurs magasins, leurs maisons et, plus tard, leurs temples. Or ces murs en briques qui sont capables de résister aux pluies les plus violentes des plus fortes moussons, se désagrègent très rapidement sous laction de lair maritime tout saturé de sel. Cest par cette action quil faut expliquer laspect misérable de certaines grandes villes de lInde et les ruines de beaucoup dautres.

    Quand on entre dans Tranquebar par la porte monumentale qui ouvre sur lancienne rue Royale, les ruines sont la première chose qui frappe le regard. Sur la gauche quatre ou cinq maisons sont écroulées, le sol est jonché de leurs débris. Ce matin-là des chèvres se jouaient au milieu de cet amoncellement : on les voyait qui, dun pas alerte et résolu, sen allaient escaladant les pans de murs et, quand leurs yeux toujours en éveil apercevaient un bourgeon, une branche de feuillage ou quelque tige darbuste, se haussant sur les pattes de derrière, le cou tendu commue larc de Rama, elles allongeaient leur fin museau.

    Il y a comme une gradation, quelque chose qui ressemble à de lordre, dans le désordre de ces ruines. De la première maison il ne reste plus rien, çà et là seulement les assises dune muraille arrivent encore jusquau niveau du sol. Lemplacement des constructions suivantes est mieux marqué. Les murailles sélèvent de quelques pieds au dessus de la terre. Trois ou quatre fûts de colonnes sont restés debout, brisés par le milieu. Une vaste demeure, dernière maison de cette série, est éventrée ; le mur qui lui était commun avec la précédente sétant écroulé, le regard maintenant plonge dans les appartements jusquaux moindres recoins.

    Cest en face de ce squelette de maison que depuis 1900 se trouve la Maison Sainte-Thérèse, des Surs Catéchistes de Marie Immaculée, et cest là quaujourdhui, sous lil maternel de Sur Saint-Pierre du Christ, sabritent, comme dans un nid, les orphelines de Tranquebar.

    Ce nid des petites oiselles du Bon Dieu est en tout pareil aux autres maisons, ses voisines. Dans les deux grands corps de bâtiments dont il se compose on retrouve les mêmes dispositions, la même architecture, et aussi les mêmes signes de vétusté. Qui donc nous en redira lhistoire ?

    Cette histoire est sans doute celle-ci. Cest là quétaient blottis les enfants tout autour de leur mère, quand, monté sur les vaisseaux du roi, le père était parti, bercé par 1a vague qui chante. Que de fois on était monté là-haut sur la tour carrée qui domine la terrasse ! On voyait si loin du haut de cette vigie que les aînés y grimpaient chaque jour, espérant chaque jour apercevoir là-bas surgir vers le sud-est le navire quon attendait depuis le jour de son départ. Et quand, parfois après bien longtemps, revenait le vaisseau du roi, quand le père était de retour avec lui, la joie rentrait dans le nid et des cris joyeux retentissaient partout sous les hauts plafonds de la grande maison. Mais un jour, le silence se fit, qui dura de longues années. Le père était parti pour ne plus revenir ; la mère aussi, emmenant les enfants bien loin, là-bas par delà les flots bleus. Avec les enfants, la vie avait quitté le nid. Les hautes murailles avaient senti monter lhumidité, peu à peu le salpêtre les rongeait et, comme dun corps attaqué par la lèpre il tombe des écailles, de larges plaques sen détachaient, dont les débris venaient joncher le sol. Entre les dalles jadis recouvertes de riches tapis, des mousses, des plantes avaient poussé, aux poutres où sétaient balancés les lustres de cristal, les chauves-souris venaient maintenant saccrocher : on les entendait se poursuivre le soir dans lombre, seuls les battements dailes troublaient le silence de la demeure abandonnée. Au pied de ces murailles où les enfants aimaient tant à prendre leurs ébats joyeux, sous les débris se glissaient les serpents.

    Puis un jour la vie était revenue dans la grande maison solitaire.

    (A suivre) H. BAILLEAU,
    Miss. de Kumbakônam.


    1923/364-372
    364-372
    Bailleau
    Inde
    1923
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