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Vieilles villes et vieilles traditions : Atour 3 (Suite et Fin)

Vieilles villes et vieilles traditions Atour (Suite et Fin) IV. Le dispensaire Saint-Joseph. Dieu nallait pas tarder à faire entendre sa réponse. Ainsi quau milieu des ruines survivent des arbustes, au milieu des défections et apostasies de leurs compatriotes, un certain nombre de chrétiens étaient demeurés fidèles qui pourraient devenir des centres de chrétientés prospères.
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    Vieilles villes et vieilles traditions
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    Atour
    (Suite et Fin)

    IV. Le dispensaire Saint-Joseph.

    Dieu nallait pas tarder à faire entendre sa réponse. Ainsi quau milieu des ruines survivent des arbustes, au milieu des défections et apostasies de leurs compatriotes, un certain nombre de chrétiens étaient demeurés fidèles qui pourraient devenir des centres de chrétientés prospères.

    En 1913, quelque temps après la visite épiscopale, que je viens de relater au début de cet article, un nouveau missionnaire fut envoyé dans le district dAtour. Cétait le P. Ligeon. Il était le neveu de ce contemporain du P. Pierre, le P. Ligeon Diogène, lequel, alors quil était professeur au Séminaire de Pondichéry, avait demandé comme une faveur lautorisation daller consacrer le temps de ses vacances à lévangélisation des païens, dans la région de Konatour. Le nouveau curé dAtour, imitant lexemple que lui avait laissé son oncle, se mit avec ardeur à lamélioration de son nouveau champ dapostolat.

    Sa première préoccupation fut de fonder à Atour un dispensaire, dans lequel il installerait les Surs Catéchistes-Missionnaires de Marie-Immaculée. Le Père pensait avec raison que dans cette petite ville toute païenne, entourée de nombreux villages également païens, le bien serait immense que pourraient faire les zélées missionnaires.

    Chasseur dâmes, le P. Ligeon navait pas eu la bonne fortune de découvrir le moindre pot de fer tout rempli de pièces dor, ainsi que, daprès la légende, il était advenu au vieux Nemrod Getté Moudaliard. Depuis bien longtemps aucune piécette dor ne se trouvait plus sur le territoire dAtour. Afin de pouvoir installer son dispensaire, le missionnaire fit appel à la générosité des fidèles. Il sadressa à la France, à lAmérique. Les temps étaient loin dêtre favorables. Cétait la guerre et ses misères. Après la guerre, ce fut la dégringolade du franc. Plus dun sage avait hoché la tête solennellement et sétait dit en pensant aux projets du Père : Mais ce nest pas le moment !... Ce missionnaire est fou !

    Le moment de Dieu nest pas celui des sages. Le curé dAtour en fit lexpérience. Peu à peu les aumônes lui arrivèrent. Avec lobole des pauvres arrivèrent des offrandes assez considérables. Bientôt les gens, qui passaient sur la grande route de Salem, purent voir sélever les constructions du nouveau dispensaire. Non loin des ruines du Fort, en face de la pagode que le Moudaliard avait élevée en lhonneur de sa divinité païenne, se dressa le dispensaire Saint-Joseph.

    Linauguration en fut faite le 17 juillet 1925. Nous ne ferons pas le récit de la cérémonie. Il fut donné dans les Annales de Marie-Immaculée, nº de janvier 1928.

    Dans cette relation, on commence par assister au départ des deux Surs qui sen vont travailler dans le nouveau champ dapostolat. Leur Mère les conduit, accompagnée elle-même de son Assistante. On y voit, passant du lit, où elle gisait malade, dans la voiture à bufs, puis danse le train, celle des deux Surs qui devait prendre la direction de la nouvelle fondation. Pauvre petite Sur aînée !... Un mieux sétait produit durant le voyage, un mieux qui devait saccentuer jusquau rétablissement relativement complet pendant le séjour quelle allait faire à Atour. Puis, deux ans plus tard, la maladie devait revenir qui lobligerait à quitter de nouveau le lit pour la voiture, la voiture pour le train, et lui ferait, en sens inverse, reprendre le voyage, quavec tant de joie elle entreprenait ce jour-là. Pour aller se livrer à leur uvre de miséricorde et de consolation, les messagères de la charité durent suivre de Salem à Atour cette même voie que deux siècles auparavant avaient prise Hindous Mahrattes et Musulmans quand ils accouraient semant partout la mort et la terreur.

    Lauteur de larticle cité plus haut nous fait assister à la cérémonie dinauguration. On voit défiler les personnages. On les entend discourir. Ce sont les autorités de la petite ville. Cest le Tout-Atour qui sest donné rendez-vous pour venir souhaiter la bienvenue aux Surs Catéchistes. En tête, voici venir le Tahsildar, le sous-préfet de lendroit. Excellent catholique, il a fait beaucoup pour linstallation du dispensaire. Pendant les deux années quil demeurera encore à Atour, de toute son influence, il continuera de favoriser luvre naissante. A sa suite, dans le défilé, voici venir le juge de paix, puis le maire de la ville, puis le médecin. Puis, des brahmes, des musulmans, des marchands, la foule.

    Pour les recevoir, sur le perron de la maison se tiennent les Missionnaires et les Surs Catéchistes.

    Au milieu, le P. Sovignet préside à la réception. Vicaire-Général du Diocèse, il est venu dans ces parages en tournée de Confirmation. Pour la bénédiction et linauguration du dispensaire, il va remplacer lévêque absent. Près de lui, entouré de deux prêtres indigènes, se tient le curé dAtour. Pareil au laboureur qui oublie sa fatigue et ses peines quand il voit approcher le temps de la récolte, le neveu du P. Ligeon, à la vue des ouvrières venues pour la cueillette des âmes, paraît avoir oublié tout ce que lui ont coûté de tracas les travaux du dispensaire. Dans un large et bon sourire sa face sépanouit.

    Les Surs Catéchistes sont là vers lesquelles vont tous les regards de la foule.

    Au milieu delles, leur Supérieure. Depuis lorigine de la Mission, cest la septième fois que Mère Jeanne de Gethsémani procède à pareille inauguration.

    Mais nous sommes dans lInde. Aucune cérémonie ny serait complète si elle nétait agrémentée de quelques discours. Louverture du nouveau dispensaire va donc donner lieu à de multiples adresses. Elles sont nombreuses, nombreuses, ainsi que les ruisseaux qui, non loin de là, descendent du sommet de la montagne pour venir à ses pieds se réunir en un torrent aux flots chargés décume.

    De ces adresses, léloquence coule à pleins bords. Les orateurs expriment des sentiments divers : admiration pour le dévouement des Surs, félicitations pour le missionnaire qui vient de mener à bonne fin cette uvre si longtemps désirée, sentiments despérance pour le bien qui ne manquera pas de se produire. Un des orateurs, dit-on, y alla même dun petit discours sur la théologie hindoue, discours qui fut assaisonné de hautes considérations philanthropiques. Ce dut être bien beau ; malheureusement les auditeurs ny comprirent pas grandchose.

    Le lendemain, les malades commençaient daffluer au dispensaire. Ils y vinrent nombreux et, les jours qui suivirent, le nombre des visiteurs alla en augmentant. Des chiffres, beaucoup mieux que des phrases, feront connaître les progrès de luvre naissante. Voici les résultats donnés par les Surs depuis les débuts du dispensaire Saint-Joseph :


    H. T. BAILLEAU,
    Miss. de Kumbakônam.

    Fin

    1928/476-480
    476-480
    Bailleau
    Inde
    1928
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