Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Varia : Labbé J.-B de Salignac-Fénelon

Varia : UNE CAUSE DE BÉATIFICATION Labbé J.-B de Salignac-Fénelon La cause de béatification dun certain nombre des victimes du Tribunal révolutionnaire de Paris est introduite en Cour de Rome. Plusieurs Archevêques et Evêques de France ont adressé à leurs diocésains des Lettres pastorales prescrivant de recueillir les écrits attribués à ces serviteurs de Dieu.
Add this
    Varia :
    ____

    UNE CAUSE DE BÉATIFICATION
    Labbé J.-B de Salignac-Fénelon

    La cause de béatification dun certain nombre des victimes du Tribunal révolutionnaire de Paris est introduite en Cour de Rome. Plusieurs Archevêques et Evêques de France ont adressé à leurs diocésains des Lettres pastorales prescrivant de recueillir les écrits attribués à ces serviteurs de Dieu.

    Parmi eux il en est un qui a été en relations toutes particulières avec notre Société, ou, du moins, avec le Séminaire de la rue du Bac, et cest pourquoi nous pensons intéresser les lecteurs du Bulletin en donnant sur lui les quelques détails biographiques suivants.

    *
    * *

    Jean-Baptiste de Salignac-Fénelon, né à Saint-Jean dEstissac, en Périgord, en 1714, un an avant la mort de son grand-oncle, lillustre Archevêque de Cambrai,embrassa létat ecclésiastique et devint aumônier, puis confesseur de la reine Marie Leczinska. A la mort de cette princesse (1768), il quitta la Cour et se retira au Prieuré de Saint-Sernin-du-Bois au diocèse dAutun, le seul bénéfice dont il ait jamais joui. Dans cette solitude, au milieu de montagnes arides, il se dévoua au bien des paysans qui vivaient sur les domaines de son prieuré. Tous étaient des mainmortables, attachés à la glèbe : il annula son terrier et en fit dresser un autre, par lequel il les rendait libres. Il encouragea la culture des terres et fit planter des bois, dont lun, en souvenir de lui, est encore appelé Bois-lAbbé. Puis, pour utiliser le charbon, abondant ans la contrée, il y établit des forges, et telle est la modeste origine des grandes usines du Creusot, dont le Prieur de Saint-Sernin peut être considéré comme le fondateur.1

    Ayant ainsi assuré le sort de ses anciens vassaux et considérant, sans doute, son uvre comme terminée clans le-pays, labbé de Fénelon retourna à Paris. Il fallait sy loger, et cest alors quil vint frapper à la porte des Missions Étrangères. Le Supérieur était M. Burguerieu ; après entente avec lui et avec le Procureur, M. Darragon, il fut convenu que, moyennant 300 livres par an, labbé pourrait occuper lappartement du rez-de-chaussée du Séminaire : il sy installa le 28 Novembre 1778 et y demeura pendant 14 ans, jusquau jour où tous les hôtes de la maison, directeurs ou pensionnaires, en furent chassés par la tourmente révolutionnaire.

    Labbé de Salignac trouva bientôt, au Séminaire même, loccasion dexercer son zèle et sa charité. Depuis longtemps il était dusage que le Séminaire soccupât des enfants savoyards venus à Paris pour y gagner, pendant lhiver, un peu dargent quils emportaient, lété venu, dans leur pays. On leur faisait le catéchisme, de 6 à 7 heures du soir, tous les jeudis et dimanches, depuis la Toussaint jusquà Pâques. Un pieux ecclésiastique, labbé de Pontbriand, sétait intéressé à cette uvre et, en 1752, avait donné au Séminaire une rente de 100 livres pour que des prix fussent attribués à ceux de ces enfants qui se seraient montrés les plus assidus et les plus attentifs au catéchisme ; ces prix consistaient surtout en objets dutilité urgente, comme bonnets, vestes, chemises, etc. Une retraite préparatoire à la Première-Communion avait lieu chaque année pendant la semaine de la Passion et se terminait le dimanche des Rameaux.


    1. Saint-Sernin-du-Bois est aujourdhui un bourg de 1700 habitants, devenu comme une dépendance du Creusot (35.000 hab.), dont il nest distant que de 3 ou 4 kilomètres.


    Labbé de Fénelon à son tour sintéressa à cette uvre, et, sur les instances de M. Darragon, Procureur du Séminaire, qui en était alors chargé, il accepta den prendre la direction et sy dévoua dès lors avec un zèle aussi généreux quinfatigable. Non content de les instruire des vérités de la religion, il aidait de sa bourse ceux que la maladie ou le manque douvrage laissait sans ressources. Pour les encourager au bien, il remettait à ses pupilles de petites médailles de cuivre, qui, bientôt connues de la police, devinrent une recommandation. Il leur fit ajouter au métier de ramoneur celui de décrotteur et leur fournit les outils nécessaires. Quand ses propres moyens étaient épuisés, il savait intéresser les riches au sort de ses protégés. Enfin il se consacra avec tant dardeur à cette uvre que bientôt il ne fut plus connu dans Paris que sous le nom dEvêque des Savoyards.

    Une vie toute de charité aurait dû, semble-t-il, le mettre à labri de la persécution : il nen fut rien. Lorsquil dut quitter le Séminaire des Missions, au mois de Septembre 1792, il se réfugia dans les environs du Mont-Valérien, probablement dans la petite communauté dont M. Bilhère, procureur des Missions, avait été le Supérieur. Cest là quil fut arrêté comme suspect et enfermé à la prison du Luxembourg. En vain les Savoyards présentèrent-ils une pétition, dans laquelle, demandant la libération de leur père, ils exposaient tout le bien quil leur avait fait, traduit devant le Tribunal révolutionnaire, il fut condamné à mort. Dans la charrette qui le conduisait à léchafaud, il ne cessa dexhorter et de consoler ses compagnons dinfortune ; arrivés au lieu de lexécution, tous sagenouillèrent, et il leur donna une dernière absolution. On dit que le bourreau lui-même, saisi démotion à ce spectacle, sinclina devant le saint vieillard, comme pour lui demander pardon du crime dont il allait être linstrument. Un instant après le forfait était accompli : cétait le 7 Juillet 1794. Labbé de Fénelon avait 80 ans.

    Les missionnaires auront une prière pour la cause de cet ami de leur Séminaire et de leur Société, dont il demeure lun des protecteurs au ciel.

    1922/148-151
    148-151
    Anonyme
    France
    1922
    Aucune image