Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Varia : La peste aux Indes

Varia La peste aux Indes Dans lInde, en certaines parties du moins, la peste existe à létat endémique depuis le mois de mars 1896 ; mais, dans la partie méridionale de la Péninsule, en particulier dans la Mission de Kumbakonam, et plus exactement au Nord-Ouest de cette Mission; lapparition du fléau est de date relativement récente.
Add this
    Varia


    La peste aux Indes

    Dans lInde, en certaines parties du moins, la peste existe à létat endémique depuis le mois de mars 1896 ; mais, dans la partie méridionale de la Péninsule, en particulier dans la Mission de Kumbakonam, et plus exactement au Nord-Ouest de cette Mission; lapparition du fléau est de date relativement récente.

    Dès que la peste fut signalée à Bombay en1896, le gouvernement ne manqua pas de prendre les précautions nécessaires et de prescrire les dispositions sanitaires pour empêcher le fléau de se répandre. De ces dispositions le fanatisme indien saccommodait assez mal ; il y eut des soulèvements dans plusieurs endroits, deux officiers anglais furent même massacrés à Poona en juin 1896, et la peste continua de se répandre. Daprès les chiffres officiels, 7 millions et demi dhabitants seraient morts de la peste sur le territoire de lInde entre 1896 et 1821 ; si dautre part on tient compte de tous les pestiférés dont la mort ne fut pas officiellement enregistrée, si lon y ajoute ceux dont le décès fut faussement attribué à une autre cause que la peste, le total des morts donné plus haut devra être augmenté dans la proportion de 15 à 20 % (Indian year 1921).1

    Peu ou mal combattu par suite de lapathie ou de lopposition des populations ignorantes, le fléau se répandit rapidement. Il y a une quinzaine dannées environ, il sétablissait à létat endémique a Salem, grande ville située sur les confins de la mission de Kumbakonam, et de là pénétrait dans nos chrétientés du Nord-Ouest.


    1. Daprès une dépêche de Simla du 13 avril, le nombre des victimes de la peste pendant le seul mois de mars 1923 a été de 36.900.


    Cest dAtur, lune de ces chrétientés, que le P. Ligeon écrit : Depuis 9 ans, la ville a été visitée trois fois par le fléau, mais les victimes sont de moins en moins nombreuses, soit que la maladie ait perdu de sa virulence primitive, soit que les gens, instruits par lexpérience, se résignent enfin à prendre plus vite les précautions voulues. Cette année (1923) la peste a fait son apparition en janvier et lon ne signale quune vingtaine de morts, ce qui nest pas beaucoup pour une population de 10.000 habitants. Encore ce chiffre aurait-il pu être réduit, si les gens avaient su prendre en temps opportun les précautions voulues.

    De Kottapaleyam le P. Mercier signale une dizaine de morts, dont deux chrétiens.
    Les détails suivants sont donnés par le P. Palluel, curé de Konéripatty. Mieux que tous les rapports officiels ils feront connaître quelle est lattitude des Indiens de la campagne devant le terrible fléau.

    La peste est installée dans ces parages depuis le mois de juin de lannée dernière. Elle a commencé à Thammampatty, apportée on ne sait doù ni par qui. Si, dès le début, le village avait été évacué, lépidémie naurait pas duré longtemps et le nombre des victimes aurait été moindre ; mais les braves Thammampattyars se sont entêtés à rester at home malgré la présence des rats qui crevaient partout. Ils ne se sont décidés à quitter leurs maisons que dans les premiers jours de septembre, alors que le nombre des décès était de 10 à 15 par jour. Ce fut alors une fuite éperdue de tous les côtés. Ceux qui avaient des parents chrétiens leur demandèrent asile, emportant la contagion avec eux. Cest ainsi quen peu de temps se trouvèrent infestés tous les villages dalentour. Maintenant lépidémie sest répandue jusquà Turayour. Le nombre des morts a été partout très élevé : à Thammampatty, plus de 300 ; à Sendurapatty, ce chiffre sera vite atteint et même dépassé.

    Les chrétiens ont joui dune protection spéciale de la Sainte-Vierge. A part un gamin de 10 ans, à Sendurapatty, il ny a pas eu de morts chez eux, pas même dattaque. Il faut dire que, ayant le bon esprit découter le Père, ils ont soin dévacuer leurs maisons avant quil soit trop tard. Quant à Konéripatty même, le village a joui jusquà ce jour dune immunité particulière, chose qui a frappé détonnement les païens eux-mêmes. Ils racontent aussi que la déesse Maniammei était venue de Thammampatty à Konéripatty pour y prélever son tribut, mais que la Darne qui se trouve dans notre église lui avait interdit lentrés du village. Furieuse, la pauvre déesse avait alors passé rapidement de lautre côté de la rivière et sen était allée parcourir les autres villages, continuant partout son uvre de mort.

    Cest donc la déesse Mariammei qui, outre la variole, a la spécialité d causer la peste. Aussi rien na été négligé pour apaiser le courroux de la terrible divinité. Son image a été promenée en procession à grand renfort de tambour et de coups de canon ; en grand nombre des boucs émissaires lui ont été immolés ; bref, tout y a passé. Mais on a remarqué que la clôture de sa fête coïncidait généralement avec un redoublement de violence de la maladie, et maintenant les dévots de la déesse ne parlent de rien moins que de lui donner des coups de savate !

    Les meilleurs remèdes à employer contre la peste Sont les préventifs, c'est-à-dire lévacuation des maisons et linoculation. Si lès gens avaient quitté leurs maisons aussitôt que les rats commençaient à y crever et sils avaient voulu se laisser inoculer, il ny aurait eu que très peu de cas. A Konéripatty on a réussi à faire inoculer plus de 400 personnes. Cela na pas été une besogne commode à cause des préventions qui courent contre cette opération, pourtant bien simple. Pour ces gens ignorants, le bras inoculé perd toute sa force et au bout dun an satrophie complètement. Dautres racontent que les inoculations ont été inventées par les Anglais pour donner la peste, et ainsi de suite. Cela prend dautant mieux que cest plus ridicule. En revanche, il y a un moyen infaillible de prévenir la maladie, cest de manger du porc : cette ingurgitation vaut toutes les inoculations de tous les sérums. Aussi ça été partout une hécatombe dhabillés de soie. Quand je demandais aux païens de ma connaissance comment il se faisait que le nombre des morts fût si grand malgré tant de cochons tués et mangés, ils me répondaient que le nombre des victimes de la peste aurait été bien plus grand si moins grand avait été le nombre des porcs immolés. Donc la viande de porc est un excellent préventif contre les atteintes de la peste. Avis aux intéressés.

    H. B.

    1923/306-308
    306-308
    Anonyme
    Inde
    1923
    Aucune image