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Varia : La fête de Saint Thomas dAquin à lInstitut Catholique de Paris

Varia : La fête de Saint Thomas dAquin à lInstitut Catholique de Paris Le mardi 7 Mars, les Facultés canoniques ont célébré solennellement la fête du grand Docteur, présidée cette année par S. G. Mgr de Guébriant, Supérieur de la Société et du Séminaire des Missions-Étrangères.
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    Varia :
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    La fête de Saint Thomas dAquin à lInstitut Catholique de Paris
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    Le mardi 7 Mars, les Facultés canoniques ont célébré solennellement la fête du grand Docteur, présidée cette année par S. G. Mgr de Guébriant, Supérieur de la Société et du Séminaire des Missions-Étrangères.

    A 9 heures, Sa Grandeur célébra la messe pontificale, à laquelle assistaient au chur : S. G. Mgr Baudrillart, Mgr Prunel, Mgr Farges, le R. P. Sertillanges, M. Garriguet, Supérieur général de Saint-Sulpice, M. Verdier, M. Pressoir et M. Lerée.

    Dans la nef, MM. les Doyens des Facultés canoniques et les professeurs sont présents. La chapelle est entièrement remplie par les élèves des deux Séminaires de Saint-Sulpice et des Carmes, et un certain nombre détudiants laïques et même détudiantes. Les chants sont exécutés dans le plus pur grégorien sous lhabile direction de M. Chéné, directeur au Séminaire des Carmes.

    A lEvangile, le R. P. Sertillanges monte en chaire. Nourri de la pensée de saint Thomas dAquin, quil a étudié toute sa vie, léloquent dominicain prononce un très substantiel discours, écouté avec la plus vive attention.

    A 2 heures, la même assistance se retrouvait dans la grande salle de lInstitut catholique. On remarquait sur lestrade, autour de Mgr de Guébriant, de Mgr Baudrillart et de Mgr Prunel, M. le Supérieur général de Saint-Sulpice, M. Verdier, Mgr Farges, MM. les Doyens des Facultés canoniques, le R. P. Sertillanges, le R. P. Auriault, MM. Villien et Magnin, professeurs de Droit canonique, MM. Laurent et Godefroy, de la Faculté de Droit, etc. Aux premiers rangs de lassistance avaient pris place MM. les Professeurs du Séminaire Saint-Sulpice.

    S. G. Mgr Baudrillart salua en ces termes S. G. Mgr de Guébriant :

    Allocution de S. G. Mgr Baudrillart.

    MONSEIGNEUR,

    Il y a bien des années que votre nom nous est connu, comme il lest de tous les bons Français ; mais cest depuis sept ans, en pleine guerre, que nous sommes entrés en relations personnelles.

    Au moment où nous soutenions contre les Allemands une assez rude polémique, nous arriva du Kientchang une lettre émouvante, qui nous apporta un précieux réconfort.

    Elle nous apprenait que notre livre : La Guerre allemande et le Catholicisme, était allé jusquà vous, sur les confins de la Chine et du Thibet ; elle approuvait notre campagne à une heure où tant de gens accusaient le clergé français de sacrifier la religion à la patrie, et elle nous fournissait de bons arguments pour la continuer.

    Elle nous disait ladmirable attitude de vos missionnaires mobilisables, tous nattendant quun signe pour venir se faire tuer au service de la France. Elle nous disait aussi, avec votre détresse dévêque missionnaire, votre générosité de vaillant Français ; vous étiez prêt à faire face à tous vos devoirs avec le dévouement de quatre prêtres restants et de trois bons prêtres chinois.

    Presque plus dhommes et plus dargent : agir quand même ; une telle conduite était bien de nature à faire estimer la France à létranger.

    Mais, grâce à Dieu, vous pouviez y ajouter un autre argument. Les autorités françaises avaient spontanément pris des mesures pour que luvre de vos missions ne pérît ni faute dhommes, ni faute dargent. Là-bas on appliqua, dès la première minute, lunion sacrée quon proclamait en France.

    Depuis lors, Mgr, vous navez pas cessé de poursuivre votre magnifique apostolat de missionnaire et de Français.

    Au surplus, en agissant et en écrivant comme vous le faisiez, vous demeuriez dans la tradition de votre admirable Société, qui, du XVIIe siècle à nos jours, a évangélisé avec tant de zèle lExtrême-Orient ; qui a donné tant de martyrs à lEglise, converti tant dinfidèles, ouvert tant déglises et décoles ! Jamais votre Société na oublié la patrie ; toujours elle a contribué à faire connaître et aimer la France. Que de preuves en a données lillustre et sympathique historien des Missions Étrangères ! Votre fondateur nadressa-t-il pas à Louis XIV et à Colbert dimportants mémoires et des conseils qui furent écoutés et suivis ? Nest-ce pas grâce à votre Société que la France a pu sétablir en Cochinchine et fonder son protectorat sur le Cambodge ? Navez-vous pas mérité que Paul Bert lui-même écrivît que, partout dans lIndochine, vos missionnaires avaient été des précurseurs et avaient créé la meilleure clientèle française ?

    Toutes ces traditions, Mgr, elles se résument aujourdhui en votre personne, depuis que vous avez été élevé à la charge de Supérieur général de votre Société.

    Le Saint Père a voulu que votre action sétendît plus loin encore. Votre mission dans lExtrême-Orient promet de porter des fruits abondants. Ici même, avec la collaboration de Mgr Chaptal, le nouvel évêque des étrangers à Paris, vous venez en aide aux malheureux émigrés de lempire des Tsars ; vous servez leurs intérêts spirituels et temporels.

    Vous noubliez pas non plus les traditions scientifiques de votre Société : études géographiques, étude des murs, étude des langues indigènes, sans négliger pour cela la science théologique, qui est la base même de toute votre action.

    Plus dune fois déjà, votre Société a bien voulu se servir de notre concours pour former ses étudiants. En échange du savoir que nous leur avons communiqué, ils ont apporté parmi les nôtres cet admirable élan qui fait deux de si vaillants apôtres.

    A bien des titres, Mgr, vous étiez désigné pour présider une réunion comme celle-ci. Nous remercions M. le Supérieur général et Messieurs les directeurs de Saint-Sulpice davoir bien voulu se joindre à nous pour vous accueillir. Nous sommes heureux davoir pu vous offrir le régal du riche et profond discours du R. P. Sertillanges. Nous espérons que vous garderez bon souvenir de cette journée et quelle deviendra entre vous et nous, entre le Séminaire des Missions-Étrangères et lInstitut catholique le nouveau point de départ de relations toujours plus étroites et toujours plus cordiales. Nont-ils pas tous deux au cur lunique passion de servir lEglise et du même coup la patrie ?

    *
    * *

    Discours de S. G. Mgr de Guébriant.

    Alors a lieu largumentation, après laquelle S. G. Mgr de Guébriant se lève et prononce les paroles suivantes, très applaudies :

    MONSEIGNEUR,

    Lhonneur de présider à lInstitut catholique de Paris la fête de saint Thomas dAquin suffirait à me combler aujourdhui. Je ne mattendais pas à la bonne joie que vous venez dy ajouter par des paroles de sympathie si chaude et si délicate à ladresse de la Société des Missions-Étrangères et de son Supérieur. Vous avez rappelé lépisode qui a inauguré nos relations, relations qui, de mon côté, sont toutes de confiance respectueuse, dadmiration religieuse et patriotique. Mais cet épisode, que jai bien présent à lesprit, je crains que nous ne layez présenté de manière à faire supposer quen la circonstance le réconfort vous est venu de moi, alors quil me venait de vous. Voici le fait dans sa simplicité. Aux premières nouvelles de la déclaration de guerre, en 1914, nous étions, quelques-uns de mes confrères et moi, à lavant garde des Missions de lintérieur de la Chine, au Kientchang, avant garde dune avant garde, par conséquent bien mal placés pour se renseigner et demander conseil. Y avait-il à hésiter ? Je ne sais. De fait, dans les vingt-quatre heures nous faisions partir à ladresse du Consul de France le moins éloigné une dépêche ainsi rédigée : Tous missionnaires du Kientchang, de cur avec vous, sont à la disposition de la France. Et huit jours plus tard, sur douze missionnaires, il nen restait plus au Kientchang que quatre, les plus vieux, les moins valides. Ce que nous avions fait, était-il vraiment pour nous le devoir ? Nous nen avons jamais douté. Cependant vous savez, Mgr, ce qui sest dit et écrit, pendant surtout les deux premières années de guerre, sur lattitude des missionnaires français. Sans croire un instant que nous nous étions trompés, pouvions-nous ne pas éprouver, à la lecture de tous ces journaux qui ne venaient pas de France, une impression pénible ? Or cette impression se dissipa le jour où parvint au Kientchang la publication de Mgr Baudrillart. Je me hâtai den remercier lauteur et, depuis lors, il me reste toujours une nuance de vive reconnaissance ajoutée aux sentiments que jai au cur pour Mgr le Recteur de lInstitut catholique. Lintimité des relations quil veut bien souhaiter entre cette maison et la Société des Missions-Étrangères sera complète, il peut en être sûr, dans toute la mesure qui dépend de moi.

    Et vous, Messieurs, je vous dois aussi un chaud merci pour la bonne sympathie que je respire parmi vous. Cette journée me ramène aux débuts de mes études ecclésiastiques, alors que Léon XIII commençait à orienter la pensée catholique dans le sillage de saint Thomas dAquin. Jai sympathisé en ladmirant avec la belle ardeur que tant de jeunes intelligences mettaient à sengager dans la voie indiquée par un Pape providentiel. Cétait bien le Lumen in clo qui leur était montré. Cette doctrine, dont lEglise nous dit aujourdhui, aux leçons du Bréviaire, quelle est aptissima ad omnium temporum errores perrincendos cette méthode sûre, qui précise ce quelle veut dire, écarte ce qui peut faire prendre le change, déblaie le terrain des objections qui lencombrent, donne nettement ses preuves et finit par rendre visible à tous les yeux, malgré les obscurités ambiantes, un point distinctement lumineux, cette méthode dont deux spirituels argumentateurs viennent de nous donner un si bon modèle, éveille en moi, quand jy songe, des réminiscences dun ordre un peu spécial, je lavoue, mais quon peut excuser chez un vieux missionnaire. Or donc, en mer, lorsque la nuit tombe, que la côte est proche, quil sagit de franchir des passes dangereuses, que loreille perçoit le grondement des flots sur des brisants invisibles, le passager novice se demande avec anxiété comment le navire qui le porte réussira à trouver sa route parmi ces ténèbres. Et pourtant il la trouve, et le lendemain, au jour reparu, le voyageur arrivé sain et sauf au port, apercevant de loin les obstacles franchis, sétonne davoir joui dune si grande sécurité parmi tant de dangers et au sein dune nuit profonde. Où est la clef de lénigme ? Elle est tout entière dans quelques points brillants, quelques phares allumés çà et là sur la terre ferme ou sur les récifs eux-mêmes, un seul peut-être, quelquefois deux ou trois, rarement davantage. A bord du navire, une pensée intelligente et responsable sait exactement comment chacun deux est situé et ce quil signifie. Placés où il convient pour signaler, lun lécueil à éviter, lautre la passe à prendre, ces feux jalonnent la route du navigateur. Entre eux lil ne distingue rien, autour deux tout est dans lobscurité ; mais nimporte ! En attendant le jour, qui permettra dapercevoir dans son ensemble la configuration des côtes, ces points suffisent, par leur clarté indiscutable, à orienter le navigateur au milieu même de la nuit.

    Messieurs, cette image me sert à mieux comprendre la souveraine utilité, labsolue nécessité dans lEglise, des activités intellectuelles qui sont les vôtres. Le plein jour de la synthèse qui reliera toutes les vérités acquises et tous les ordres de vérités, cet éblouissement de la vérité une et totale ne luira pas pour notre humanité terrestre. Mais, en attendant le plein jour de lau-delà, les vérités particulières peuvent être multipliées, étudiées dans leurs rapports, situées dans leurs perspectives, approfondies dans leurs conséquences, et les erreurs peuvent être repérées, définies, signalées et, par conséquent, mises hors détat de nuire. Cest le travail de lintelligence catholique, cest le vôtre. Il en résulte un jalonnement lumineux, qui laisse subsister les ombres comme les phares laissent subsister la nuit, mais qui en suppriment le danger en permettant à lhomme de sorienter sur la route qui aboutit au terme assigné par Dieu à sa vie.

    Poursuivez donc, Messieurs, vos nobles études, vos utiles recherches, vos savantes discussions. Lhommage que rend un missionnaire, homme daction plutôt que détude, à votre labeur intellectuel ne peut que vous paraître bien peu de chose. Et cest peu de chose, en effet. Cependant je puis vous lassurer, les missionnaires aussi comprennent ils ont toujours compris et plus dun parmi eux la prouvé, mais ils comprennent mieux que jamais la nécessité dune formation de lintelligence aussi complète que celle du cur pour ceux qui veulent se dévouer à faire connaître et accepter la transcendance du christianisme par ces sociétés païennes, dont plus dune est déjà assez avancée pour ne plus admettre chez nos civilisations occidentales une supériorité quelconque, nième de lordre scientifique ou philosophique. Saint Thomas dAquin le savait bien et le prévoyait bien, lui qui consacra tant de savoir, de science et damour à composer sa Somme contra Gentes pour mettre aux mains des missionnaires un instrument efficace dévangélisation.

    Travaillons donc, chacun à notre place, à développer en nous tout ce qui peut nous rendre mieux aptes à servir Dieu et à sauver les âmes. Puissent nos efforts mériter à chacun de nous le témoignage que rend lEglise à saint Thomas dAquin dans loraison de sa fête : Eruditione clarificas, operatione fecundas. Eruditio, operatio! Que de cette double activité, pieusement et généreusement soutenue, résulte un accroissement du domaine de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les intelligences et sur les curs, et lextension du règne de Dieu parmi tous les peuples ! Cest le souhait que jai formé aujourdhui devant Dieu en unissant ma prière à la vôtre.


    1922/282-288
    282-288
    Anonyme
    France
    1922
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