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Varia : Dans la loge de Saint Pierre 2

Varia Dans la loge de Saint Pierre.
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    Varia
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    Dans la loge de Saint Pierre.
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    En ce temps-là, saint Pierre se promenait soucieux, le front penché, les mains derrière le dos, et d’un pas hésitant dans le vestibule du Paradis. Les dernières nouvelles qu’il avait reçues de l’Extrême-Orient lui causaient de l’inquiétude. De ces vastes contrées beaucoup d’âmes se présentaient devant lui, mais, à cause de leur dossier vraiment trop chargé, aucune ne pouvait franchir la porte du séjour des Bienheureux. A peine avait-il eu le temps de mettre un peu d’ordre dans ses idées que des coups précipités se faisaient entendre à la porte de la loge. Les clients s’impatientaient. Hélas ! les comptes furent vite établis : tous portaient déjà sur leur figure la grimace hideuse de la réprobation et tous aussi venaient de la Chine.

    Saint Pierre décidément voulut en avoir le cœur net et, poussant un gros soupir, se précipita sur l’appareil de T. S. F. et envoya des messages pressants et impératifs. De plusieurs points de la terre on répondit à ses demandes : mais du pays qui l’intéressait le plus pour le moment, il ne put saisir que des bruits confus, où il lui semblait entendre le grondement sourd du canon, le crépitement des mitrailleuses et les cris des blessés.

    Il en fut pour sa peine : sa curiosité ne put être satisfaite. — “Et cependant, se disait-il, la situation est anormale, les arrivants sont en si grand nombre ! Si cela dure, je serai obligé de demander de l’aide, comme au temps de la grande guerre, car on ne me laisse aucun répit. Si encore ceux qui se présentent n’étaient pas des soldats ou des bandits, je pourrais les interroger : mais ma dignité ne me permet pas de m’abaisser jusque là : je ne puis retarder leur châtiment en bavardant avec eux. Enfin peut-être en trouverai-je parmi eux un ou deux qui, comme le dit si bien notre cher fils le Cardinal Billot, étant de bonne foi, adultes par l’âge, mais enfants par la conscience, pourront me permettre de les interviewer. Car, que tant de Jaunes se présentent à la fois au jugement, cela n’est pas naturel. Ce qu’ils m’ont donné de souci et de travail ces dernières années avec leurs guerres civiles ! Pourtant c’était fini ! Auraient-ils donc recommencé à se massacrer en de luttes fratricides ?.. Voyons, peut-être serais-je plus heureux si j me servais du téléphone. — Allo ! Allo ! Pékin ?... Pékin n’est pas libre ?... Canton ? C’est ça ! Très-bien... Canton... Oh ! peu importe avec qui ou avec quel bureau, pourvu que ce soit quelqu’un d’officiel.... Hein ? vous dites ? Vous faites erreur... Quoi ? des injures ? Aller au diable !... Mais, mon ami, vous vous trompez ! C’est moi ; saint Pierre, qui suis à l’autre bout du fil... Ce que je veux ? Mais simplement me renseigner sur ce qui se passe chez vous, connaître la raison à laquelle il faut attribuer mon surcroît de travail ! ... Oh non ! ce n’est pas possible ! Soyez au moins poli et plus convenable dans vos expressions, ou je me verrai obligé d’inscrire sur mon gros livre... Çà, c’est trop fort ! Je me retire.” — Et d’un geste brusque saint Pierre accrocha le récepteur au support...

    — ”Tout de même, m’envoyer promener !.. M’appeler vieille baderne, vieux saint démodé... Me dire qu’il n’existe plus de saints reconnus et honorés en dehors du saint Bolchevisme !... D’abord, qu’est-ce que c’est que celui-là ? Je ne le connais pas... Qui peut-il bien être ? Il faudra que je me renseigne ; car le Maître est si bon que, pour me jouer un tour, il est capable de l’avoir fait entrer en cachette. Quant à mon interlocuteur, je le retiens : il n’y coupera pas d’une petite mention soignée en marge, de la page où est inscrit son nom... Comment déjà m’a-t-il dit s’appeler ?... Ah ! oui : Nouvelle couche ! Voyons notre registre : D. L.. M... N... Bon ! voici la bonne lettre ; cherchons....”

    A ce moment, on frappa doucement. Saint Pierre se leva pour recevoir son visiteur et, déposant son livre et ses lunettes, cria : Entrez!

    A peine entendit-il un pas feutré et silencieux frôlant le seuil ainsi que le froissement d’une robe de soie, et soudain il vit à genoux devant lui un vieillard qui, prosterné, lui faisait trois grandes salutations en tenant les yeux modestement baissés et les mains jointes à la hauteur du visage. Une voix éplorée le sollicitait :

    — O glorieux et bon saint Pierre, ayez pitié d’un grand pécheur et permettez à votre serviteur indigne de rester près de vous en qualité d’esclave pendant toute l’éternité !

    — Allons, allons ! relevez-vous ! Vous êtes trop poli, mon cher ami ; ne restez pas à genoux ! D’abord, ici il n’y a plus d’esclaves ! C’est l’égalité pour tous. Il y a des différences, c’est entendu, mais pas dans le sens que vous supposez : tout dépend de la qualité des mérites ou de la gravité des fautes. Et d’abord, dites-moi votre nom ?

    Tout en se relevant, le vieillard tendit des deux mains un papier rouge où de gros caractères d’une encre noire et lustrée étaient artistement tracés.

    — Ah ! Ah ! vous venez de la Chine ! Enchanté de recevoir votre visite. J’en suis d’autant plus heureux que, malgré tous mes efforts, ne peux pas arriver à savoir ce qui se passe dans ce pays charmant ! Vous vous appelez ? Excusez-moi de vous le demander, car, j’ai bien reçu le don des langues je n’ai pas celui de pouvoir déchiffrer toutes les écritures et, à l’école, je n’ai appris que l’hébreu.

    — Mon méprisable nom de famille est Leung. Quand j’étais enfant, on m’appelait A Fat ; étudiant, le maître m’inscrivit sous celui de Ming Tak ; devenu homme, je pris celui de Wan Fok comme correspondant mieux à mes désirs. Sur la carte, c’est le dernier de ces noms qui est écrit : Leung Wan Fok.

    Attirant à lui son registre, saint Pierre, de ses doigts un peu tremblants, se mit à tourner les feuillets ; bientôt il s’arrêta et se mit à lire attentivement ; puis soudain, levant les yeux, il regarda sévèrement son interlocuteur :

    — Ah ! tu es prêtre, ministre du Seigneur ? Pourrais-tu alors m’expliquer pourquoi sur ta carte on ne voit pas ton nom de baptême au lieu et place de ce Wan Fok, qui, si je comprends bien le chinois, est très superstitieux ! Car enfin cela veut dire “les dix mille félicités, “ n’est-ce pas ? Dix mille félicités ! Pauvres gens ! N’y en a-t-il pas qu’une seule d’importante : celle d’être enfant de Dieu ?...

    — Mais, bon saint Pierre, la coutume... chez nous... je ne croyais par mal faire ; excusez-moi...

    — Oui, oui, je sais : beaucoup de raisons qui à mes yeux ne valent pas grand’chose. Mais c’est justement parce que tu étais prêtre que tu ne devais pas la suivre, cette coutume, qui est païenne et pas du tout dans l’esprit de l’Eglise. De mon temps, cela n’était pas ainsi : je ne l’aurais pas permis...

    — De grâce, ayez pitié de moi et veuillez me pardonner... La prochaine fois...

    — Hein ? que dis-tu là ? La prochaine fois ? Mais où as-tu la tête, mon pauvre vieux ? Tu a oublié toute ta théologie ! Tu ne sais donc plus qu’une fois mort, on est mort pour toujours ? Je veux dire que chez nous il n’y a pas de métempsycose ; mais notre dépouille mortelle, la carcasse que nous avons laissée là-bas, toi en Chine, moi à Rome, un jour ressuscitera et, de nouveau unie à nos âmes, vivra éternellement.

    — Oh ! merci de cette bonne parole ! Loué soit le Seigneur, puisque je suis sauvé !

    — Comment, sauvé ? Mais le jugement n’a pas encore été rendu.

    — Mais si, grand saint Pierre ; ne venez-vous pas de dire que ma dépouille mortelle, la carcasse que j’ai laissée en Chine, ressuscitera et qu’un jour, de nouveau unie à mon âme, elle vivra éternellement... Vivre éternellement, nous a-t-on enseigné, et ainsi nous le croyons, c’est jouir de la vision béatifique et pendant l’éternité posséder le bonheur des Elus.

    Saint Pierre, assez ennuyé, se gratta l’oreille ; il s’apercevait trop tard qu’il était pris au mot et avait porté une sentence avant d’avoir pesé dans la balance les actions bonnes et mauvaises de son visiteur... Mais comment se dédire ? Tout en s’adressant des reproches et prenant la résolution de mieux veiller sur ses paroles quand il aurait affaire à des Chinois, il ferma son grand livre devenu inutile.

    — En somme, tu as été un assez bon serviteur. Quelquefois tu aurais pu faire mieux ; quelquefois tu aurais pu faire plus mal. Tu as travaillé pour aider tes compatriotes à sauver leur âme : c’était dur parfois ; aussi tu as eu des mérites, quoique la moisson ne fût pas bien abondante. Tu as eu de la bonne volonté... Dans un instant, l’ange-boy te conduira à ta place ; mais avant, dis-moi, de quelle province es-tu ?

    — Du Kansou.

    — Du Kansou ? Donc tu dois savoir... Pourquoi en Chine y a-t-il si peu de conversions ? Cela vient-il du peu de zèle des missionnaires ? du manque d’activité du clergé indigène ? ou de la dureté de cœur de tes compatriotes ?

    — Bon saint Pierre, il serait bien difficile de répondre sans manquer à la charité et risquer quelques médisances !

    — Mais encore ?

    — L’Esprit souffle où il veut : la grâce, pour être efficace, attend que l’homme y corresponde, et la nature humaine est bien fragile, avec tout son cortège de passions que le démon attise avec fureur.

    — Je comprends... Tu as peur de te compromettre en me répondant franchement et tu préfères esquiver la difficulté en me servant des sentences. Dans certains pays on donne à cette manière d’agir le nom de “chinoiserie “... Mais, puisque la question religieuse t’embarrasse trop et que tu te défiles, tu pourras, du moins, me renseigner sur la politique. Pourquoi y a-t-il encore la guerre ?

    — La guerre ? oui, elle existe un peu partout ; mais pas au Kansou, car nous ayons un gouverneur habile et juste, qui a su, par sa bonne gestion, détourner de sa province toutes ces calamités ! Pourquoi se bat-on ailleurs ? Par ambition simplement. Ils veulent tous être les premiers et tous ne songent qu’à leurs intérêts personnels !

    — Entendu ; mais toutes ces compétitions étaient finies il y a quelque temps ; pourquoi recommencent-elles ?

    — Parce que la République représente un idéal que chacun interprète à sa manière, celle qui convient le mieux à ses intérêts et à ses passions !... D’ailleurs je suis très ignorant de toutes ces questions : mes dernières années, je les ai passées dans la retraite à me préparer à la mort. Et puis, de mon temps on était impérialiste : pardonnez-moi donc de ne pouvoir vous mieux renseigner.

    — Décidément, je n’ai pas de chance : comme renseignements, en effet, c’est plutôt maigre...

    *
    * *

    A ce moment l’ange-boy s’avança, apportant sur un plateau fleuri deux tasses de thé. A peine commençaient-ils à déguster le breuvage parfumé qu’on frappa de nouveau à la porte, mais, cette fois, d’un coup sec, impérieux. Saint Pierre fronça les sourcils, car il n’aime pas les façons cavalières. Il ouvrit cependant et n’eut que le temps de se reculer pour n’être pas bousculé par un jeune homme, qui, d’une allure vive et alerte, pénétra dans la loge comme il entrait chez lui. Sans attendre d’invitation et après une légère inclination de tête pour saluer, il parla :

    — Enfin ! me voila arrivé. Ce n’est pas sans peine ! Vous me permettrez bien de me reposer un instant ? Ce que c’est haut chez vous ! De fait, pourquoi n’avez-nous pas un ascenseur ? Ce serait diablement plus commode !

    Pas du tout content, saint Pierre lui coupa la parole.

    — Eh ! jeune homme, savez-vous où vous êtes et à qui vous vous adressez ? Ici on ne parle pas du diable.

    — Oh ! je sais ; mais ce n’est qu’une façon de souligner les expressions : ça n’a aucune importance, pour moi, du moins... Où je suis ? Je m’en doute : dans l’antichambre du Paradis, et vous êtes probablement saint Pierre.

    — Vous savez devant qui vous êtes, et vous vous présentez comme chez un camarade ? Ma parole, à vous voir et à vous entendre, on croirait que c’est moi qui suis chez vous !

    — Mais, saint Portier du Paradis, vous avez tort de vous fâcher ; vous savez mieux que personne, par votre charge même, que de fait je suis ici presque chez moi.

    — Expliquez-vous : je vous avoue que je ne comprends pas très bien.

    — Mais comment donc ? Le raisonnement est simple. Le paradis est le partage des élus, et ici nous sommes au vestibule. Or, comme il me semble que, pendant que j’étais sur la terre, par mes vertus et mes mérites j’ai gagné ma part du Paradis, étant arrivé au but, puisque me voici, je peux, sans froisser personne ni faire de tort à quiconque, agir un peu comme chez moi.

    — Oh ! oh ! mon petit, pas si vite ! Et les comptes ?... Ici les choses ne se passent pas à la bonne franquette ; on ne prend pas de décision sur le simple désir des gens.

    — Ah ? Je le croyais : car actuellement sur terre l’idée est tout et les contingences ne sont que des accessoires.

    — Quel jargon ! Où as-tu donc étudié la philosophie ? Si saint Thomas t’entendait, il lui faudrait bien du temps pour t’expliquer la valeur des termes.

    — Oh ! mais maintenant on sait beaucoup de choses que l’on ignorait dans les temps anciens. La vie est une évolution : actuellement c’est le socialisme qui domine de toute sa nouveauté et qui réglemente la société.

    — Si je ne l’entendais moi-même, j’aurais peine à croire qu’il y a des gens parlant un tel langage,

    — Mais, saint Pierre, actuellement, en Chine, tout le monde parle comme moi, ou, du moins, tous les jeunes.

    — Ah ! Tu viens de Chine ?

    — Le plus directement que j’ai pu, et de la province du Kouangtong, qui eut l’honneur d’être le berceau de notre illustre réformateur Sun Yat Sen !... De fait, ne pourrais-je pas avoir de ses nouvelles et savoir ce que son âme est devenue ?

    — Du Kouangtong ? Mais alors tu pourrais me renseigner sur ce qui s’y passe. J’ai essayé par sans-fil, mais inutilement, et comme nouvelles je n’ai reçu que des injures.

    — Vous avez dit peut-être qui vous étiez, et alors, en qualité d’étranger, vous ne pouviez guère recevoir que des insultes.

    — A ce point-là ! Il suffit d’être étranger pour être traité comme ne fripouille ? Mais alors, les missionnaires européens, que deviennent-ils dans ce pays perdu ?

    — Pardon ! N’appelez pas la Chine, et surtout le Kouangtong, un pays perdu. C’est un pays qui, il est vrai, a subi trop longtemps le joug de l’oppresseur; mais maintenant il secoue l’emprise des nations impérialistes et veut vivre dans l’intégrité de ses droits souverains.

    — Est-il donc nécessaire pour cela de vouer les autres aux gémonies ? Cette réforme ne peut-elle se faire en douceur ?

    — La manière forte est la meilleure, disent tous les libérateurs des peuples. D’ailleurs, comme le communisme est l’idéal que doit rêver tout bon républicain, il sera difficile d’empêcher le sang de couler quand le temps sera venu de mettre en pratique les théories e la IIIe Internationale !

    — Pourtant le communisme exista bien chez les premiers chrétiens, mais nous nous y prenions d’une autre façon. Et puis il n’y avait que des volontaires : on n’imposait à personne l’obligation d’en faire partie. Je doute que vous puissiez réussir avec votre méthode !... Mais j’ai oublié de te demander ton nom.

    — Chrysostome est celui que je reçus au baptême.

    — Hum ! si le Patron parlait d’or, il n’en est pas de même du protégé ! Voyons, quelle famille ?

    — Sham, sacerdos indigena.

    — Ce sera facile, car de catholiques et d’ecclésiastiques de ce nom en Chine, il n’y en a pas beaucoup... Sham... Bon ! j’y suis. Jeune, 32 ans : c’est parfois une excuse ou une circonstance atténuante, mais la jeunesse ne supprime pourtant pas la culpabilité.... Avant parcourir ton curriculum vitœ, encore un renseignement... Actuellement où en est la question du clergé indigène ? Il doit être content que l’on ait supprimé les prérogatives attachées au titre de missionnaire apostolique.

    — Oh ! oui : le Saint Père a bien fait de supprimer cette cause d’orgueil et de zizanie ; car enfin le fait d’aller prêcher en pays étranger n’était vraiment pas suffisant pour mériter une dignité, surtout qu’on la donnait à tous. Il ne faut plus de privilèges pour les étrangers ; mais quand la Propagande a publié le décret, elle aurait dû en porter un autre par lequel, en place de ce que l’on enlevait aux missionnaires européens, on nous aurait gratifiés, nous, prêtres indigènes, de quelques prérogatives que seuls nous aurions eu le droit de posséder.

    — Ah ? Cependant la Bulle Maximum illud était sévère ; d’ aucuns même en ont trouvé les termes un peu durs...

    — Pas encore assez, saint Pierre ; vous ne pouvez vous figurer comme nous sommes susceptibles, mais non sans raison.

    — Quels seraient donc vos désirs ?

    — Que Rome fasse savoir aux Européens que nous pouvons passer d’eux ; que les évêques soient choisis parmi nous et que tous les étrangers qui viendront prêcher la religion nous soient soumis tanquam subjecti obedientissimi.

    — Oh ! oh ! Mais la science ? L’argent ? Qui soutiendra les œuvres existantes ? Qui réfutera les erreurs et propagera la saine doctrine ?

    — Pour l’argent, il faudrait évidemment que l’on continue à venir en aide, et même que l’on nous donne davantage, puisque ce serait exclusivement pour nous. Quant à la science, il y a toujours des accommodements avec le ciel.

    — Malheureux ! pas en matière de dogme et de morale !

    — Oh ! pour ce que les chrétiens chinois en comprennent et en observent, un peu plus ou un peu moins, ça n’a pas grande importance. D’ailleurs on pourrait, dans un Concile, supprimer ce qu’il y aurait de plus difficile à croire et de plus ennuyeux à observer.

    En entendant cette profession de foi, saint Pierre bondit d’indignation et imposa silence à son interlocuteur.

    — Assez discuté. Remplissons notre office de juge.

    A cet instant l’ange-boy s’étant présenté, Leung Wan Fok, qui avait assisté, ahuri, à l’entretien, se leva et, après avoir fait une profonde révérence, suivit son conducteur. L’impétueux Chrysostome se disposait à le suivre, mais saint Pierre l’arrêta.

    — Pas si vite ; reste encore un peu. Et nos comptes ! Il faut vérifier le tout. Ce n’est pas comme pour votre morale et votre dogme, il n’y a pas d’arrangement avec le ciel. Je vous plains et je plaindrais l’Eglise de Chine, si c’était là ce que vous enseignez...

    — Oh ! non, grand saint Pierre, mais il nous faut être si indulgents !

    — L’indulgence de doit pas aller jusqu’à la faiblesse, surtout quand il s’agit de doctrine. Vous devez réformer, instruire, et non pas apporter des palliatifs pour déguiser la vérité. Et dans tout cela que deviendrait la religion ? Enfin cette question ne me regarde pas ; cependant à l’occasion j’en toucherai un mot à mon ancien collègue Paul, qui pourrait en temps voulu adresser une épître aux églises de Chine. Maintenant examinons notre livre... Les mérites,... oui, il y en a ; mais, de l’autre côté il y a ce maudit orgueil, péché des hommes autant que de Lucifer : il pèse lourd dans la balance... Et cette facilité d’accommoder la religion à dés vues purement humaines !.., Hum ! pour aujourd’hui, impossible, mon ami : il nous faudra attendre quelques jours, derrière la porte, que par l’humilité votre âme recouvre la blancheur de l’innocence.

    — Mais alors, le Paradis ?...

    — Ce sera pour un peu plus tard. Ange-boy, conduis-moi ce petit Sham au lieu de l’expiation... Ou plutôt, non, attends ici un instant. Je vais aller demander des instructions. Le métier devient tellement difficile avec toutes les nouvelles idées qui courent parmi les hommes ! J’y perds mon latin ; aussi je m’en remets pour le jugement et la sentence au Maître qui a dit : Ego justitias judicabo !


    1925/481-490
    481-490
    Anonyme
    France
    1925
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