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Variétés : Curieux procès en Chine (1931)

Variétés : I Curieux procès en Chine (1931) Dans la ville de S., sous-préfecture dune province de la Chine méridionale (1), le 5 mars 1931, à deux heures de laprès-midi, une vieille femme en sanglots pénétrait en vitesse au bureau central de la police et faisait la déposition suivante :
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    Variétés :
    I
    Curieux procès en Chine (1931)
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    Dans la ville de S., sous-préfecture dune province de la Chine méridionale (1), le 5 mars 1931, à deux heures de laprès-midi, une vieille femme en sanglots pénétrait en vitesse au bureau central de la police et faisait la déposition suivante :
    Oû Te-min, second fils de Oû Kouang-tchang, vient de tuer ma fille Kin-mei ; à la cuisine, je lai trouvée gisant dans une mare de sang, Oû Te-min se tenait debout à côté, un coutelas à la main ; à ma vue, celui-ci, voulant faire disparaître un témoin gênant, se précipita sur moi et me planta son couteau dans le flanc droit, heureusement lépaisseur de mon habit ouaté a amorti le coup et jai la vie sauve, mais jai couru ici pour crier vengeance et demander protection.

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    (1) Pour des raisons que tout le monde comprendra, les noms de lieux ont été passés sous silence. Ils pourront être fournis à ceux que le fait intéresserait plus particulièrement.


    Aussitôt dix policiers furent dépêchés pour semparer du meurtrier, qui ne put être découvert. En même temps, le mandarin était prévenu afin que soit fait le nécessaire pour lexpertise du corps ; la jeune femme avait reçu quatre blessures très graves et avait dû expirer sans même avoir pu pousser un cri.

    Kin-mei avait 17 ans, elle sétait mariée deux ans auparavant, son mari était entré dans la famille de lépousée comme cela arrive fréquemment chez les indigènes du sud de la Chine et, après quelques mois, sous prétexte de faire du commerce, il était parti au loin et navait plus donné de ses nouvelles. La jeune femme délaissée chercha ailleurs des consolations, cest ainsi que depuis quelques semaines elle connaissait Oû Te-min. Celui-ci venait de perdre une grosse somme au jeu ; ne pouvant pas la solder, il était alors venu demander à sa bien-aimée de laider en la circonstance. La jeune femme refusa de lui prêter de largent, elle ne consentit même pas à lui rendre les bijoux et fourrures dont il lui avait fait cadeau et quil lui redemandait. Alors, exaspéré, Oû Te-min sempara du couteau à légumes et la tua, puis après lentrevue racontée plus haut avec sa belle-mère, il prit la fuite.

    Comme cest la coutume en pareil cas, la mère de Kin-mei fit transporter le cadavre dans la famille du meurtrier dont les parents devaient acheter le cercueil et attendre la fin du procès. Une sur de la victime, âgée de 15 ans, fut laissée pour veiller sur le cadavre de celle-ci ; mais, la nuit venue, toute la famille revint des champs : voyant tant de jeunes gens autour delle, la jeune fille ne se crut pas en sûreté en pareil milieu, elle revint donc chez elle. Le lendemain matin la patronne de céans jugeant le cercueil abandonné sen alla prier le mandarin de lui permettre de faire de suite lenterrement : contre tous les usages du pays, cette autorisation fut accordée.

    Le 7 mars une bien mauvaise rumeur circulait en ville : sur telle colline on pouvait voir une tête de jeune femme, les yeux arrachés, la peau de la figure enlevée... A cette nouvelle, la femme Tchên, mère de Kin-mei, court à lendroit indiqué, voit de fait la tête en question et sécrie : Cest la tête de ma Kin-mei. Prévenu, le mandarin accourt, demande à quel endroit a été enterrée la jeune femme, la fait déterrer et ordonne douvrir le cercueil : il était vide. Aussitôt il fait afficher une proclamation annonçant quil promet 400 piastres de récompense à celui qui semparera du meurtrier et 200 autres piastres à celui qui pourra indiquer quel est le détrousseur du cadavre.

    Le lendemain 8, on aperçut des mains de femme dans un étang situé en dehors de la ville ; cétaient encore celles de la malheureuse Kin-mei. Le mandarin donne lordre de vider létang pour essayer de trouver le reste du corps, on ne découvrit quun habit dhomme enveloppant quelques lambeaux de chair humaine ; 20 piastres à celui qui indiquera le propriétaire de cet habit, sécria le mandarin.

    A ce moment était présent un enfant portant des habits maculés de sang, il disait à haute voix : Kin-mei morte, comment a-t-on pu la dépecer ainsi ? Le magistrat ordonna de larrêter et de le conduire au prétoire. Interrogé, lenfant affirma quil ne savait rien du tout ; il fut mis au supplice, alors sous le coup de la douleur, il raconta que le reste du corps de la jeune femme se trouvait dans telle mare quil nomma. On fit des recherches à lendroit indiqué, on ne découvrit que le corps dun nouveau-né. On était donc sur une fausse piste. Des protecteurs obtinrent la délivrance du petit étourdi qui saura une autre fois tenir sa langue.

    Le 9, à laurore, de nombreux soldats cernaient la maison de la famille Lai, composée du père, bonze taoïste, de la mère et de deux jeunes gens de 16 et 18 ans. Tous furent arrêtés et leur demeure fouillée dans tous les recoins : on découvrit des yeux arrachés, des foies, des fiels, des ossements, des chairs humaines, des organes génitaux, le tout bien desséché, et même des cadavres denfants séchés au soleil....

    A toutes les interrogations du mandarin, les quatre inculpés répondent dun commun accord quils sont tout à fait ignorants sur ce qui regarde le corps de Kin-mei. Le plus jeune est alors mis à la torture du banc froid (qui consiste à ligoter les jambes du patient sur un banc et ensuite à lui disloquer peu à peu les os en introduisant un nombre indéterminé de briques sous ses talons). Sous les affres de la douleur, le jeune homme sécria : Cest mon frère aîné qui a fait le coup. Entendant ces paroles, celui-ci riposta : Tu mas bien aidé quelque peu, puisque tu as partagé avec moi la récompense. Le juge, faisant le débonnaire, fit ensuite diminuer le supplice : Dites-moi bien tout et je vous remettrai en liberté, sinon je vous ferai couper la tête.

    Laîné fit alors le récit suivant :
    Le 6 mars, la tante de Kin-mei vint nous offrir 20 piastres de récompense, si nous voulions enlever le cadavre. Après louverture du cercueil, la tante elle-même a coupé la tête de sa nièce, elle a ensuite arraché les yeux et enlevé la peau ; quant à nous, nous avons seulement coupé les mains, puis nous avons laissé la tête sur la colline et emporté le reste du corps chez nous. La tante en prit tout ce qui pouvait être utile, jai ensuite enveloppé dans mon habit ce qui restait et, avant le jour, je suis allé le jeter dans létang où on a découvert ce que javais voulu cacher. Quelques parties du corps ont été enterrées sous mon lit ; la tante a pris le cur, le fiel, les os et les a suspendus au grenier pour les faire sécher. Le mandarin : Doù viennent donc tous ces objets macabres découverts chez vous ? Quen vouliez-vous faire ? Nous les avons pris sur les décapités, et nous en faisons des remèdes. Voilà ainsi lexplication de lécriteau-réclame suspendu au-dessus de la porte de la maison : Nous traitons toutes maladies selon les méthodes chinoises et étrangères, nous guérissons tous les maux soit intérieurs soit extérieurs.

    La tante, interrogée sur les raisons dactes si répugnants, ne répondit dabord rien. Mise à son tour au supplice du banc froid, elle garda le même silence bien que 5 briques aient été successivement placées sous ses talons. Craignant de rompre les os des jambes, le mandarin la fit délivrer et conduire en prison. Le lendemain 10 mars, la torture reprit. Lorsquon eut placé la troisième brique, elle hurla : Oui, jai acheté pour 20 piastres la complicité des deux fils Lai pour voler le cadavre de ma nièce. De son vivant, je métais souvent disputée avec elle, je navais pu encore me venger, alors je lai fait après sa mort. Cest vrai, je lui ai coupé la tête et jai arraché ses yeux pour les remettre à mon vieil ami un tel, qui vend du riz clair assaisonné au poisson.

    Le vieux en question fut à son tour interrogé. En effet, dit-il, la tante de Kin-mei ma apporté des ossements, un cur, un fiel, etc., je ne lui ai pas demandé où elle les avait pris. Jai fait mariner le tout dans du vin de riz et jai avalé cette infusion, car je suis lépreux, je ne désire quune chose, guérir ; or un médecin ma dit que si je pouvais avaler des ossements humains calcinés, etc., je guérirais ou quau moins la lèpre disparaîtrait extérieurement. Maintenant que ma vieille amie a pu me procurer ce que je désirais, je suis plein despoir. Il pouvait bien réellement lappeler sa vieille amie, ce nest en effet un secret pour personne quelle et lui vivaient depuis longtemps dans lintimité la plus complète.

    Ainsi fut éclairci le mystère de cet enlèvement de cadavre. On croit communément que, pour toucher la prime promise par le mandarin, une tierce personne a dénoncé secrètement la famille Lai et a ainsi mis la police sur la bonne piste. Le 10 mars, la tante et les deux jeunes Lai furent fusillés. Quant au meurtrier, les scellés sont toujours sur sa maison, mais il court encore.

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    Souvent les missionnaires de Chine se sont demandé quelle pouvait bien être la raison de laccusation des païens qui veulent que les ministres de la religion de N. S. arrachent les yeux des enfants et les seins des femmes pour en faire des remèdes. Le fait qui vient dêtre raconté donne la réponse : ils le font eux-mêmes, et bien gentiment prêtent les mêmes intentions et les mêmes actes aux missionnaires étrangers, pensant à part eux, vu leur haine de leuropéen, quils en sont bien capables.

    1933/109-113
    109-113
    Anonyme
    Chine
    1933
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