Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Variété : Histoire inédite de la vocation du P. Chotard

Variété Histoire inédite de la vocation du P. Chotard. En 1897 le Compte Rendu de la Société des Missions-Étrangères publia la notice biographique du P. j. M. Chotard. Un fait nouveau a été révélé depuis lors, fait qui ne pouvait être connu que de lui et dont il a fait lui-même la confidence à l’un de ses confrères. Ce fait, nous le rapportons ici, tel qu’il nous fut narré par ce même confrère, il y a environ trois ans.
Add this
    Variété
    ___

    Histoire inédite de la vocation du P. Chotard.

    En 1897 le Compte Rendu de la Société des Missions-Étrangères publia la notice biographique du P. j. M. Chotard. Un fait nouveau a été révélé depuis lors, fait qui ne pouvait être connu que de lui et dont il a fait lui-même la confidence à l’un de ses confrères. Ce fait, nous le rapportons ici, tel qu’il nous fut narré par ce même confrère, il y a environ trois ans.

    Né dans le diocèse de Nantes, à Bouvron, le P. J. M. Chotard, après avoir obtenu le diplôme de chirurgien-dentiste à Paris, avait dû aller faire son service militaire à Lyon : c’était en 1874, il avait 21 ans. Incorporé dans un régiment de Dragons, il eut une jambe cassée d’un coup de pied de cheval. Transporté à l’hôpital de Fourvière, grand fut son effroi de s’entendre dire par le Major : “Chotard, il y a un commencement de gangrène, rien à faire, demain je vous amputerai la jambe”. De son lit, par la fenêtre qui donnait sur la Basilique, M. Chotard porte ses regards sur N. D. de Fourvière et l’appelle à son secours. Longtemps il prie, angoissé, mais le cœur plein de confiance et d’espoir ; puis, poussé par un sentiment qui, pour lui, ne laisse place à aucun doute : “Bonne Mère, s’écrie-t-il, gardez-moi ma jambe, et je vous consacre ma vie. Je fais le vœu 1º de me consacrer au service du bon Dieu à l’Etranger, dès que j’aurai pourvu au soutien de ma mère ; 2º de ne jamais toucher ni au vin, ni à l’alcool ; 3º dès les premiers moments qui suivront ma guérison, de me rendre sur mes genoux à votre Basilique, afin d’y recevoir la communion en action de grâces”.

    Presque aussitôt le calme se fait dans son âme, tout trouble cesse, et le pauvre soldat s’endort d’un profond sommeil. Le matin, de bonne heure il s’éveille ; il touche sa jambe, la remue doucement, et ne sentant plus aucune douleur, il ne doute pas du miracle, il enlève le bandage : même les traces de la fracture ont disparu, la jambe est dans son état normal. Fou de joie, M. Chotard bondit hors de son lit et se met à courir dans la salle en criant merci à N. D. de Fourvière et en chantant le Magnificat à pleins poumons. Les Sœurs de l’hôpital, les infirmiers accourent : “M. Chotard, mais que faites-vous ? — Chantez tous avec moi, remerciez N. D. de Fourvière ! Elle vient de faire un grand miracle, voyez ma jambe, plus rien, plus rien ! Le Major n’en croit pas ses yeux, mais pour lui comme pour les autres témoins, la guérison était radicale, le miracle évident. Il donna carte blanche à celui qu’il était venu amputer d’une jambe.

    Aussitôt M. Chotard s’empresse d’accomplir son vœu et, sur les genoux, dans la neige, car on était en hiver, il parcourt les rues qui conduisent à N. D. de Fourvière, pour épancher la joie et la reconnaissance dont son cœur déborde, aux pieds de la Bonne Mère qui venait d’exaucer la prière de son enfant.

    Après un congé soi-disant de convalescence, M. Chotard dut reprendre son service militaire. Quand il se trouva libéré, il alla s’établir à Paris en qualité de dentiste, son but était, par là, d’assurer à sa mère des ressources suffisantes, ce qui lui permettrait de la laisser seule et de pouvoir accomplir le vœu qu’il avait fait de se consacrer au service de Dieu, à l’Etranger.

    Il exerçait encore sa profession, quand, en 1885, il eut l’occasion de lier connaissance avec M. Jean Claude Bruyère, du diocèse de Lyon, alors aspirant au Séminaire des Missions-Étrangères où il remplissait la charge de Commissionnaire. M. Chotard lui ayant fait part de son désir de quitter le monde afin de se consacrer à l’apostolat dans les Missions, M. Bruyère avait obtenu de M. Cottin, en ce temps-là Directeur des Aspirants, de faire quelques visites au dentiste, devenu pour lui un ami, et, jusqu’à son départ pour les Missions, il se fit un devoir de mettre à profit toutes les occasions qui se présentaient, pour encourager M. Chotard dans la réalisation de ses désirs d’apostolat.

    Un jour, en 1886, M. Bruyère trouve le P. Cottin en proie à un violent mal de dents ; il lui suggère alors d’appeler M. Chotard, celui-ci le soulagerait, le soignerait et lui donnerait ainsi l’occasion de faire sa connaissance. Ainsi fut fait. Le Commissionnaire des Aspirants s’en va et revient peu après accompagné du dentiste. Le P. Cottin fut enchanté des soins de M. Chotard, et, les dents traitées, la douleur calmée, tous deux se mettent à causer. M. Chotard parle de son désir d’être missionnaire, il expose ses perplexités : Comment lui serait-il possible de devenir prêtre et missionnaire ? il n’avait jamais étudié le latin, et il avait déjà 32 ans ! — “C’est bien, c’est bien, lui répond le bon P. Cottin, faites du latin dans vos moments libres, puis, dès que vous le pourrez, demandez votre admission au Séminaire des Missions-Étrangères ; on vous aidera dans vos études, et si, à cause de votre âge, les autres Directeurs ne veulent pas de vous pour leurs Missions, moi je vous prends pour la Chine”.

    Le problème était résolu. Pendant les deux années que le dentiste dut encore exercer sa profession, il donna tout son temps libre, consacra toutes ses veillées à l’étude de la langue latine.

    En septembre 1886, le P. Bruyère fut ordonné prêtre ; comme il n’avait pu, le jour de l’ordination, causer tout à son aise avec son ami, il était allé le voir chez lui le lendemain : “Vous allez à Lyon faire vos adieux à votre famille, lui dit M. Chotard, puis-je vous charger d’une commission” ? C’est alors seulement que M. Chotard a confié au P. Bruyère, sous le sceau du secret le plus absolu, le miracle dont il avait été favorisé par la Sainte Vierge et les vœux qu’il avait faits ; il demandait à son ami d’aller de sa part porter un merci à Notre Dame de Fourvière.

    Son successeur aux commissions fut sur la demande du P. Bruyère, autorisé par le Directeur des Aspirants à continuer des relations suivies avec M. Chotard. Ce dernier, le 8 septembre 1888, entrait au Séminaire de la Rue du Bac, ordonné prêtre le 3 juillet 1892, il partait, le 12 octobre suivant, pour notre Sanatorium de Béthanie, à Hongkong, en qualité d’Assistant du Supérieur de cet établissement. Mais il avait rêvé de la Chine du P. Cottin, aussi se trouva-t-il au comble de ses vœux quand, en 1893, il put obtenir son agrégation au Tonkin Occidental, pour être affecté au Haut Tonkin, lors de la création de cette Mission.

    Il était fort et d’une santé robuste, hélas ! il a trop présumé de ses forces, il s’est dépensé sans compter : le 3 novembre 1897, il s’envolait de la terre pour aller chanter au ciel les louanges de Notre Dame de Fourvière.

    Le P. Bruyère a gardé fidèlement, pendant 40 ans, le secret à lui confié par le P. Chotard, mais le Livre de Tobie ne nous dit-il pas : “Sacramentum Regis abscondere bonum est, opera autem Dei revevelare et confiteri honorificum est”? Et, ce qu’on vient de lire m’a été rapporté par le P. Bruyère lui-même, quelque temps avant sa mort, dans sa Mission de Pondichéry, en 1927.

    P. MORIN,
    Missionnaire de Pondichéry.

    1929/348-351
    348-351
    Morin
    France
    1929
    Aucune image