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Variété : Correspondance entre un homme du monde et un Missionnaire

Variété Correspondance entre un homme du monde et un Missionnaire Une lettre et sa réponse Révérend Père, Excusez-moi de vous importuner encore et permettez-moi dentrer demblée dans les réflexions qui, depuis plusieurs semaines, entretiennent ma vie et ma souffrance. La position de lhomme en ce monde est étrange, pleine de contrastes mystérieux et troublants ; elle est dure et dangereuse, précisément par ces contrastes qui sont la cause derreurs effarantes par leur nombre et souvent par leur gravité.
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    Variété
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    Correspondance entre un homme du monde et un Missionnaire
    Une lettre et sa réponse

    Révérend Père,
    Excusez-moi de vous importuner encore et permettez-moi dentrer demblée dans les réflexions qui, depuis plusieurs semaines, entretiennent ma vie et ma souffrance. La position de lhomme en ce monde est étrange, pleine de contrastes mystérieux et troublants ; elle est dure et dangereuse, précisément par ces contrastes qui sont la cause derreurs effarantes par leur nombre et souvent par leur gravité.

    Lhomme instinctivement et fatalement soupire après la vérité, la beauté et lamour et, ne pouvant les atteindre intégralement, il agonise. Léon Bloy, avec son style à lemporte-pièce, sécrie : Nous crevons de la nostalgie de lêtre.

    Pascal écrit : Ce qui paraît de Dieu dans le monde ne marque ni une exclusion totale, ni une présence manifeste, mais la présence dun Dieu qui se cache. Tout porte ce caractère.

    Ce nest pas exact. Strictement parlant, lhomme est à la poursuite de Dieu qui non seulement se cache, mais sans cesse fuit devant lui. Parfois on croit le saisir, il disparaît ; on espère entendre un mot consolant ou fortifiant, il se tait.

    Cest là la grande épreuve de la vie, parce quelle en est le plus grand contraste. Toujours deux questions qui semblent se contredire. Courir après la vérité et, pour beaucoup, ne pas la saisir, et, pour ceux qui ont le bonheur de la connaître, ne la connaître que sous le voile du mystère et par conséquent toujours avec le péril de la négation. De là pour plusieurs la perte de la foi.

    De là aussi cette inquiétude, ce malaise spirituel que je ressens si vivement et que tous les hommes, je pense, éprouvent plus ou moins. La paix parfaite, exempte de tout souci, est impossible en ce monde ; toujours au fond du cur quelque chose qui tremble, un certain vide, car nous ne possédons encore Dieu quen espérance, et avec une certaine inquiétude, car nous sommes submergés par le mystère.

    De plus, la vraie confiance doit exclure tout doute, toute inquiétude, exemple : St Pierre marchant sur les eaux. Il douta, cest évident daprès le reproche de N. S.. Mais, psychologiquement parlant, son doute fut irraisonné, purement animal, causé uniquement par sa sensibilité nerveuse troublée par la violence du vent, et ce doute, qui certainement nest pas intellectuel, suffit pour le soustraire à laction miraculeuse du Seigneur. La confiance exclut le doute, mais comment ne pas douter puisque lavenir reste inconnu ? La vie de lhomme nest-elle pas pleine de contrastes troublants ?

    Et je pense à une remarque faite par le Dr Ternier, académicien, professeur de géologie à lInstitut Catholique de Lyon. Dans son remarquable ouvrage : A la gloire de la terre, il écrit que lune des idées fondamentales quil tâche dinculquer à ses élèves est que la science nest quindicatrice et non pas explicative ; elle indique le mystère, mais ne lexplique pas.

    Page 21 : Létude de la science minspire un sentiment de plus en plus vif du mystère où se meut notre existence ; jessaie de transmettre ce sentiment à mes élèves. Au fond, ce qui importe le plus dans la vie, cest de nêtre jamais satisfait ni de soi-même ni de sa part de connaissance, et de chercher toujours et de sefforcer toujours et de monter toujours. Cette conclusion est celle de toute science bien comprise, car toute science nest que mystère. Aussi efforçons-nous de sentir un goût de plus en plus vif pour le mystère.

    Cest là encore un nouveau et troublant contraste qui mirrite et maffaiblit, le mystère meffraie, en même temps il mattire, et, puisquil en est ainsi, je ne peux même plus croire à la science.

    Si lordre naturel est mystère, a fortiori lordre surnaturel doit lêtre. Cest pourquoi la philosophie et la théologie sont exactement au même point que toutes les sciences humaines ; elles sont indicatrices du mystère et non explicatives. Résignons-nous ; ici-bas nous ne connaîtrons jamais le tout de rien ; seule notre sur la mort nous apportera la lumière.

    Mais à quoi tout cela tient-il ? Quelle est la véritable cause de cette position si étrange et si pénible ? Cette cause me paraît parfois très simple : cest notre nature dhomme, notre intelligence enchaînée par la matière, qui ne peut pas se faire une idée, une notion même approximative de limmatériel, par conséquent dun esprit. Notre intelligence est tellement matérialisée quHenri Poincaré remarque quil est impossible de penser dune manière précise le point mathématique admis et discuté par les savants. Ce point, en théorie, na pas de dimension, ni largeur ni épaisseur ; cest admis, mais, en pratique, on se le représente comme un point noir sur une feuille blanche. Lessence de lintelligence humaine est simplement la faculté dabstraire ; elle est réduite à se contenter didées abstraites, qui, de par leur nature, sont froides et glaciales comme les mathématiques pures. Quelle émotion peut inspirer à mon cur la vraie définition de Dieu ? Il est lEtre. Voilà labstraction la plus transcendantale. Un de mes amis, brillant produit dune célèbre Université, ma avoué avoir mis plus dune année pour comprendre enfin ce que signifiait ce mot Etre... Cest une idée pure ; cest encore plus sec, plus aride quun problème de géométrie.

    Et cependant cest de cette abstraction que je dois me nourrir, si je veux servir Dieu dune manière intelligente et non pas avec la foi du charbonnier.... Tout un livre de la philosophie, lOntologie, roule sur cette abstraction, et cela pour ne rien expliquer. Cest étrange ; mon intelligence est faite pour labstraction et cependant toute abstraction me répugne, parce que, nexpliquant rien, elle ne satisfait pas mon intelligence.

    Que faire donc ? Ne pouvant concevoir limmatériel, je suis dans la même angoissante ignorance touchant moi-même, cest-à-dire mon âme, que touchant Dieu. Je dois donc tout sacrifier, renoncer à tout pour deux êtres dont je ne peux même pas concevoir la nature. Nest-ce pas bizarre ?

    Et cependant Dieu a jugé convenable de créer un être aussi étrange, aussi incompréhensible. Je me sens comme écrasé sous le sentiment de mon impuissance, et, si je me soumets, cest parce que je ne vois pas dautre issue possible, et que, malgré tout, je suis persuadé que je dois mefforcer de me supporter moi-même, pour éviter dans ce dangereux voyage de la vie dabominables faux pas.

    Excusez, mon Révérend Père, tout ce verbiage qui doit vous fatiguer. Si seulement je pouvais me sentir à laise de vous avoir ainsi montré mon âme Mais non ! Cette confession que je vous fais ajoute à mes angoisses, à mon inquiétude, à mon trouble. Cependant, mon Père, ayez pitié de moi ! Et croyez-moi.

    Respectueusement Votre
    X..

    Réponse.
    Bien cher ami,
    Inutile de vous dire sans doute que jai lu et relu votre lettre avec beaucoup dattention avant de prendre la plume ; et ne soyez pas étonné que ma réponse soit un essai de réfutation. Je ne puis absolument pas acquiescer à cette résignation toute empreinte dinquiétude et de tristesse, qui est la conclusion de votre lettre. En rigueur de méthode je devrais reprendre vos assertions dans lordre où vous me les avez présentées, mais cela me gênerait considérablement, car, plutôt quune réfutation directe et en forme, je veux vous opposer ma profession de foi sur les questions qui vous préoccupent ; aussi permettez-moi de vous communiquer ma réponse comme je la conçois, je veux dire, dans lordre de mes pensées.

    Une chose métonne et mattriste, cest que, après des considérations qui, malgré tout, manifestent un sens religieux profond, vous nayez pas conclu dans un acte de foi vibrant et lumineux. Lumineux, dis-je, car vous savez que je naime pas la foi aveugle de résignation à linévitable, cette foi qui paraît être une capitulation de la raison. Je veux, pour moi-même et pour les autres, une foi qui élargit, grandit la raison et la pousse toujours vers un ordre de connaissance, transcendant lordre de la matière qui nous entoure.

    Je me rappelle (jétais alors jeune étudiant) avoir frissonné dhorreur devant le vide des théories dun certain professeur de philosophie, que je mabstiens de nommer, parce quil vit encore. Ce monsieur faisait lapologie de Jouffroy. Je sentis, au fond de mon cur jeune qui rêvait davenir et daction, une indignation profonde contre ce théoricien, qui semblait admettre comme nécessaires les trois étapes de la foi, de lincrédulité et du scepticisme.

    Notre nature souffre, et non seulement elle souffre, mais elle sétonne et sindigne ; car, comme elle ne sest point faite, il na point dépendu delle davoir ou de ne pas avoir ses tendances ; la satisfaction de ses tendances lui semble non seulement naturelle, mais encore légitime. Elle trouve donc que les lois de la nature et celles de la justice sont blessées dans ce qui lui arrive, et de là cette longue incrédulité dabord, puis, ensuite, cette sourde protestation que nous opposons aux misères de la vie. Tant que dure notre jeunesse, le malheur nous étonne plus quil nous effraie. Il nous semble que ce qui nous arrive est une anomalie, et notre confiance nen est point ébranlée. Cette anomalie a beau se répéter, nous ne sommes point désabusés ; nous aimons mieux nous accuser que de mettre en doute la justice de la Providence. Nous croyons que, si nous éprouvons des mécomptes, la faute en est à nous, et nous nous encourageons à être plus habiles. Et, alors même que notre habileté a échoué mille fois, nous nous obstinons à croire encore.

    Mais à la fin la triste vérité nous apparaît ; alors sévanouissent les espérances qui avaient adouci le malheur ; alors leur succède cette amère indignation qui le rend plus pénible, alors du fond de notre cur oppressé de douleur, du fond de notre raison blessée dans ses croyances les plus intimes sélève inévitablement cette mélancolique question : Pourquoi donc lhomme a-t-il été mis au monde ?

    Cher ami, le contact du monde et lexpérience de la vie ont émoussé en moi bien des sentiments et particulièrement la faculté dindignation, si forte dans ladolescence ; cest pourquoi jai pu vous lire avec beaucoup de calme. Je dois dire cependant que lensemble de votre lettre a produit en moi à peu près la même impression que je ressentis à 18 ans, lorsque pour la première fois, en philosophie, jentendis la lecture de ce passage de Jouffroy, que je viens de vous citer. Cher ami, je sais quici je vous froisse, car je nignore pas que vous détestez ce philosophe, mais excusez-moi, la sincérité nest-elle pas à la base de notre amitié ?

    Soit, je veux bien que les circonstances, au milieu même de la vie la plus insouciante, viennent subitement provoquer dans lesprit de lhomme lapparition du problème de la destinée, jadmets que ces circonstances mettent souvent en évidence la contradiction qui existe entre la grandeur naturelle de lhomme et la misère de sa condition présente, mais cest précisément à cet instant où japerçois avec acuité la faiblesse de mon être et le néant de ma connaissance, que la lumière surnaturelle de la foi soulève ma raison et me fait savourer le : Non sumus sicut cteri, qui spem non habent.

    Cher ami, je suis plus jeune que vous, et, pour vous empêcher de me le reprocher, je vous déclare ici que je prétends rester jeune, et que je voudrais vous communiquer un peu de mon enthousiasme. Je sais que vous aimez en moi mon caractère sacerdotal, aussi jappuie à dessein sur cette idée et vous fais remarquer que jappartiens à la race de ceux qui jusquau dernier jour de leur vie répètent chaque matin : Introibo ad altare Dei, ad Deum qui ltificat juventutem meam. Aussi je plains de tout mon cur les désabusés de la vie. Je plains avec tout mon cur ceux qui voient partout leurs instincts trompés, leurs espérances déçues, leurs croyances contredites, partout des bornes, partout des ténèbres, partout de limpuissance, ceux qui finalement sont en alarmes sur eux-mêmes et qui arrivent à conclure que la destinée est une énigme dont on ne peut avoir le mot.

    La raison toute seule nous conduit à lagnosticisme, parce que, en somme, nous ne connaissons le tout de rien et que les maigres observations et expérimentations que nous puissions faire ne sont pas toujours explicatives, comme vous le dites très bien ; mais la raison avec la foi donnent un sens à la vie et à la mort, aux penchants et aux misères de notre nature, à la grandeur de la Création, comme aussi aux ténèbres de lhistoire.

    Je ne veux pas non plus de la foi aveugle, qui ne saurait me faire éviter les contrastes horribles que vous me signalez, mais je veux marcher à la lumière de la raison et de la foi, et ainsi, de mon propre droit, conscient de lautorité de mon intelligence, jai eu souvent laudace de madresser avec calme au Créateur et de lui poser cette haute question : Pourquoi mas-tu fait et que signifie le rôle que je joue ici-bas? Et jespère que vous me croirez, si je vous dis que toujours le Créateur ma répondu.

    De plus, je ne partage pas du tout vos déceptions scientifiques, car je crois à la science, mais je ne vais pas lui demander ce quelle ne peut pas me donner. Je trouve franchement ridicule cette prétention du scientisme moderne qui veut être une explication totale de lUnivers. Il est bon que lintelligence humaine fasse des efforts pour exprimer tout le passé et tout lavenir, comme disait Spencer, de chaque objet et de lagrégat des objets. Mais ce que lon est convenu dappeler la science nest pas toute la science, et je prétends que, lorsque jétudie la théologie ou que je médite sur un mystère de ma foi, je fais acte de raison, tout autant que celui qui considère les accroissements corrélatifs de deux variables qui sont fonction lune de lautre.

    Pour ma part, je trouve beaucoup de satisfaction dans les sciences normatives, ayant pour objet létude des faits, non pas en tant quils sont, mais en tant quils atteignent ou natteignent pas le but qui leur est propre, en tant quils sont réussis ou manqués. Il ne faut pas nier le caractère explicatif de certaines sciences, qui considèrent leur objet dans ses rapports de causalité, mais, parce que les sciences normatives considèrent le leur dans ses rapports de finalité, ces sciences ne se rencontrent que dans le domaine moral et pas dans le domaine physique.

    La science de la nature humaine est bornée, lhomme ne se connaît pas parfaitement, et cela vous attriste. Cest curieux, il ne mest jamais arrivé de métonner que létude de la nature humaine ne puisse pas atteindre la perfection scientifique idéale. Les phénomènes que lon étudie dans lhomme sont des pensées, des sentiments, des actions, et le fait que la science ne pourra jamais prédire les mouvements de mon âme avec une certitude pareille à celle de lastronomie, quand elle prédit les positions et les occultations des corps célestes, plutôt que de mattrister, me donne conscience de la dignité de mon être, et je sais quaprès la mort je connaîtrai lesprit et que par conséquent je me connaîtrai moi-même parfaitement. Je ne puis me plaindre de ma connaissance actuelle, puisque je sais clairement les raisons et les normes de ma finitude.

    La science toute seule ne fait guère avancer lhumanité et nous jette dans des contrastes effarants et des mystères troublants. Cest pourquoi je me reconnais le droit de juger la science. Je ne suis pas de lavis de Pascal, qui admet une espèce de fatalité à laccroissement du savoir humain. Un même homme, à moins détranges maladies, conserve peut-être les vérités quil sest assimilées ; les peuples sont, au contraire, sujets à des fluctuations de science et dignorance, à des retours de barbarie qui effacent une civilisation, comme la marée efface sur une plage les dessins quy ont faits des enfants. La liberté de parler et décrire, la diffusion superficielle des sciences dans les temps actuels, la séduction de découvertes rapides et sans cesse renouvelées, tout contribue à nous cacher cette vérité, mais je continue de croire au mot de Bacon : Sicut regionum, ita temporum sunt eremi et vastitates. Comme lespace, le temps a ses déserts et ses solitudes.

    Si, usant de ma raison pour connaître ma fin ultime, je reçois la grâce de Dieu qui me fait dire : Fecisti nos ad te, Domine, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te, le monde entier séclaire pour moi, ma destinée mapparaît sous un jour radieux et, si je métonne de ma petitesse et de mon impuissance, cest parce que je demeure stupéfait de la grandeur de ma destinée.

    Pour que ce recours à Dieu soit possible, il faut, en effet, avoir de Dieu quelque idée, il faut connaître Dieu. Je ne comprends pas comment vous ayez pu tomber dans lerreur qui apparaît à la fin de votre lettre, comment vous pouvez confondre lidée dêtre universelle, avec lidée de lÊtre que nous appelons Dieu. Vous parlez de Dieu qui est lÊtre, labstraction la plus transcendantale. Il est vrai que lêtre substantiel que nous abstrayons des choses de la nature est lobjet de toute métaphysique, générale et spéciale ; aussi je vous concède que nous navons pas sur les êtres supérieurs à la nature sensible les informations caractéristiques, capables de nous fournir les matériaux dune science à part, la science de limmatériel. Si la science est la connaissance dune chose par ses causes, il est certain que nous navons pas la science de limmatériel. Est-ce à dire que nous ne pouvons connaître ni Dieu, ni lâme ? Jadmets que nous navons pas de principes spéciaux basés sur la nature ou sur les propriétés distinctives des êtres immatériels, mais nempêche que la métaphysique spéciale, la théodicée, par exemple, est une métaphysique appliquée, application qui a sa valeur et que vous semblez nier en confondant lêtre de Dieu, objet de cette métaphysique appliquée, avec lêtre commun, qui est la première notion abstraite des choses.

    Vous rappelez-vous quen logique on parle de compréhension et dextension des idées ? La compréhension dune idée est, pour ainsi dire, la somme des notes essentielles qui entrent dans une idée. Par exemple, si nous parlons de lhomme, la compréhension de lidée dhomme est faite des notes essentielles qui sont données dans la définition : lhomme est un animal raisonnable. Animalité, rationabilité constituent la compréhension de cette idée. Lextension nous dit, au contraire, lampleur de lapplicabilité de cette idée ; quand je dis, par exemple, que lidée dhomme sapplique à tous les individus de la race humaine, je dis lextension de cette idée.

    A la lumière de ces notions, examinons lidée dêtre. Lêtre abstrait des choses, abstraction indéfinissable est lêtre commun à toutes choses existantes. Son extension est donc immense, puisque son applicabilité est universelle, mais sa compréhension est dune pauvreté inouïe, et cest pourquoi nous sommes là en présence dune notion abstraite qui nest ni genre, ni différence et qui par conséquent ne peut se définir. De cet être je pourrais dire :

    Compréhension
    presque 0

    Extension
    immense (tous les êtres)

    Quand je conçois Dieu, il ne sagit plus de cet être, cest lEtre absolu, lEtre dans sa plénitude. LEtre divin, distinct du monde, nen possède pas moins éminemment et, pour ainsi dire, a fortiori toutes les perfections du monde qui les lui doit. il a la pleine propriété de tout ce quil y a distributivement dans tous les êtres. Il érige au superlatif toute la richesse comparative du monde.

    LEtre de Dieu a donc une compréhension infinie, immense, et une extension minime qui est lunité. Ainsi puis-je dire : Etre de Dieu.

    Compréhension
    Immense (toutes les perfections)

    Extension
    1 (Dieu est unique, Être
    absolu, Acte pur.

    Dieu est la force toute-puissante, il possède, à un potentiel infini, toute lénergie quil y a dans le monde. Dieu est un esprit, dont limmensité comprend tout lêtre dans sa plénitude.

    La plupart de ceux qui parlent de Dieu, beaucoup même parmi les Saints, ont usé de ce mot incompréhensible. Il faut user de ce mot avec discrétion. Mon intelligence est trop petite pour épuiser la connaissance de Dieu ; mais le fait que je ne puis tout connaître de Lui ne signifie pas que la connaissance que jai de Lui na pas de valeur, non ! non ! Je connais Dieu et je le connais sûrement. Je sais que ce nest pas le Dieu abstrait dune mécanique universelle, cest le Dieu vivant qui possède lÊtre intégral, mais il reste incompréhensible, pourquoi ? Que signifie ce mot ? Incompréhensible, quod non potest comprehendi ; ce dont on ne peut pas faire le tour, cest-à-dire que Dieu est trop grand pour que je puisse lembrasser complètement, en faire le tour. Je ne sais pas ce quil est en lui-même, mais je connais Dieu, je le saisis de toute la largeur de mes petits bras, cest-à-dire de toute la puissance de mon intelligence. La seule philosophie me donne déjà de la plénitude dêtre de Dieu des notions capables de réjouir mon âme, et, si jajoute ce que la théologie mapprend de la vie interne de Dieu, mon intelligence a certes de quoi admirer et louer pendant tout le temps de cette vie mortelle. Ce que je sais de Dieu nest pas cet être ténu et mince qui ne mapprend rien, cest la plénitude de lÊtre,

    Deus unus infinitus
    Totus adest ab terno
    Pater Verbo generosus
    In sanctitate Spiritus

    Mundus autem ex nihilo
    Creatus a Deo gratis
    Omni subest essentia
    Evolutus et finitus....

    Il nest pas permis, mon cher ami, de nous arrêter dans le sentiment de limpuissance et du découragement, quengendrent, les contrastes que vous me signalez. Vous avez le devoir de continuer à chercher Dieu.

    Ecoutez St Augustin : Je vous ai cherché, ô mon Dieu, autant que jai pu ; autant que vous men avez rendu capable, jai désiré voir des yeux de lintelligence. Devant vous est ma force et ma faiblesse ; affermissez lune, guérissez lautre. Devant vous est ma science et mon ignorance. Là où vous avez ouvert, laissez-moi entrer ; là où vous avez fermé je frappe, ouvrez-moi.

    Et Dieu a jugé convenable de créer un être aussi étrange que lhomme, dites-vous avec tristesse et par manière de conclusion. Ce nest pas là une conclusion ; permettez-moi de vous proposer la mienne :
    Lhomme, nayant pu se faire lui-même, ne peut se rendre heureux lui-même. Si nous voulons être heureux, aimons plus les promesses de Dieu que celles du monde.
    Qui rendra jamais lhomme heureux, sinon celui qui la créé ? (St Aug.)

    Bien affectueusement vôtre,

    V. G.
    Miss. Apost.




    1928/735-745
    735-745
    Anonyme
    France
    1928
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