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Variété : Au pays des mines dor de Salomon

Variété : Au pays des mines dor de Salomon. Monseigneur de Coïmbatore étant en ce moment en tournée de confirmation dans une partie de sa mission qui a la réputation, vraie ou fausse, de renfermer les mines dor qui approvisionnèrent la flotte de Salomon, nest-il pas intéressant dentretenir les lecteurs du Bulletin de cette région et des souvenirs historiques ou légendaires qui sy rattachent ?
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    Variété :
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    Au pays des mines dor de Salomon.

    Monseigneur de Coïmbatore étant en ce moment en tournée de confirmation dans une partie de sa mission qui a la réputation, vraie ou fausse, de renfermer les mines dor qui approvisionnèrent la flotte de Salomon, nest-il pas intéressant dentretenir les lecteurs du Bulletin de cette région et des souvenirs historiques ou légendaires qui sy rattachent ?

    La Sainte Ecriture nous apprend que Salomon se fit construire des vaisseaux par les Phéniciens. Une fois prêts, ils prirent la mer sous la direction de pilotes phéniciens. Le but de lexpédition était Ophir, doù ils rapportèrent de lor et beaucoup dautres objets précieux.

    Mais quétait Ophir ? Sa position géographique étant, jusquà ce jour, inconnue, il est bien permis dexposer lopinion de ceux qui pensent quelle était située sur la côte malabare.

    Il est en effet des savants, tel langlais Thurston, qui prétendent que cest sur la côte malabare que la flotte dé Salomon se procurait lor, livoire, le bois de santal, les paons et autres substances précieuses qui firent ladmiration des Hébreux.

    Ophir nétait probablement quun port de mer ou un entrepôt où affluaient les richesses des pays environnants. Des marchands de divers pays sy rendaient pour sy procurer les objets rares dont ils avaient besoin. Les Phéniciens étaient des marins hardis et expérimentés qui devaient connaître Ophir et ils auront dirigé la flotte de Salomon vers cet entrepôt où ils savaient quils pourraient se procurer les richesses que désirait le fastueux roi des Juifs et qui leur vaudraient ses faveurs.

    On ne sait sur le voyage de la flotte de Salomon que ce que nous en dit la Bible. La croisière semble avoir duré trois ans et il est probable que les vaisseaux, malgré leur lenteur, allèrent assez loin pour sapprovisionner. La côte malabare est à une distance suffisante de la Judée pour expliquer la longue durée de lexpédition.

    La région que Mgr Tournier visite en ce moment sappelle le Wynaad; elle touche la côte malabare et se trouve au nord-ouest de la mission de Coïmbatore. Cest un pays montagneux, entrecoupé de collines sélevant jusquà une altitude dun millier de mètres au-dessus du niveau de la mer, et de vallées plus ou moins profondes. Il est très fertile et couvert de forêts séculaires où abondent diverses espèces forestières dont quelques-unes sont très recherchées. Il y a entre autres le teck, le bois de rose, le bois de fer, le santal. La végétation y est luxuriante. Les pluies abondantes et la chaleur des tropiques favorisent cette exubérance de vie végétale.

    Les forêts sont remplies de nombreux animaux sauvages tels que : éléphants, bisons, cerfs, singes, paons, tigres, panthères, ours, chiens sauvages, etc..

    Le fond des vallées est marécageux et les Chettys, tribu venue de la côte malabare, y cultivent le riz.

    Jusquà ces derniers temps, toute cette région était très peu peuplée. Outre les Chettys, elle ne comprenait guère que quelques tribus montagnardes vivant de chasse et du produit des forêts. Il y existe même une race de nains qui vivraient, dit-on, dans des grottes et au milieu des forêts. Ils ont la réputation dêtre sorciers et sont très craints des autres habitants du pays. Ils évitent la compagnie des autres hommes et se tiennent le plus cachés possible. Cependant on en rencontre de temps en temps quelques-uns. Cest ainsi que Mgr Tournier, quand il était en charge de ce district, en rencontra un jour un groupe de trois ou quatre, avec qui il essaya, mais en vain, dengager la conversation.

    Il y a un siècle environ, quelques Anglais, attirés par la fertilité du sol, vinrent sy établir et y créer des plantations de café dabord, puis de thé et de caoutchouc. De nombreux coolies les y suivirent pour travailler les plantations et y gagner leur vie. Ce sont eux qui forment maintenant le gros de la population. Les tribus montagnardes sont restées à peu près à lécart des autres et bien peu nombreux sont ceux qui consentent à travailler régulièrement dans les plantations. Ils ont préféré garder leur vie vagabonde et indépendante.

    Le travail de défrichement amena une découverte sensationnelle. Quelle ne fut pas la surprise du premier planteur qui se trouva tout à coup en face dun trou béant et profond, ressemblant à un puits ? Et puis, que signifiaient tous ces débris de roches aux environs ? Naturellement on voulut se rendre compte et lon découvrit quon se trouvait en face dune ancienne mine dor. On se mit donc à explorer le pays et lon découvrit dautres puits semblables. On était en présence non pas dune, mais de plusieurs mines dor. Mais quelle était leur origine ? De quand dataient-elles ?

    Assurément les aborigènes devaient avoir des traditions à ce sujet. On les interrogea, mais inutilement, ils ne savaient rien. Alors on fouilla tous les livres, toutes les archives des pays environnants pour essayer de trouver la clef du mystère. Peine perdue. On ne put rien découvrir. On se rendait seulement compte quon se trouvait en face de mines dor si anciennes que tout souvenir en était disparu.

    La question de lorigine de ces mines céda bientôt le pas à quelque chose de plus pratique. Cétait un nouveau Pérou que lon venait de découvrir, il fallait lexploiter et tirer des entrailles de la terre un métal si précieux.

    Des ingénieurs, des prospecteurs vinrent examiner les mines, étudier le minerai et une compagnie se fonda pour les exploiter. Les actions se vendirent comme par enchantement et les travaux commencèrent. On fit venir de nombreuses et coûteuses machines dAngleterre, on travailla et puis.... les machines furent abandonnées sur le bord des routes où elles gisent encore, les ingénieurs, prospecteurs et travailleurs se retirèrent les uns après les autres et les fameuses mines dor gardèrent leurs trésors. Si les actionnaires y perdirent leurs mises, on prétend que dautres y firent fortune.

    Quelle fut la raison de cet échec ? Les mines étaient-elles vides de minerai aurifère ou bien laffaire fut-elle mal conduite ? Mystère.

    Deux choses restaient acquises : on était en face de vraies mines dor et elles étaient très anciennes. Ne pouvant semparer de lor quelles contenaient, on se rabattit sur la question de leur origine et, naturellement, les langues marchèrent, lencre coula à flots et lon prétendit à tort ou à raison que ces mines étaient celles qui avaient servi à remplir dor la flotte de Salomon. Pour le prouver, on scruta la Bible et lon découvrit que certains des objets rapportés par ses vaisseaux, tels que le bois de santal, les paons, etc. avaient la même racine en Hébreu et dans les langues dravidiennes. Donc cétait de là que provenaient les cargaisons précieuses de Salomon.

    En outre, en étudiant lhistoire des voyages anciens, on en arriva à la conclusion que la flotte de Salomon, en quittant la Mer Rouge avait nécessairement dû longer les côtes dAfrique ou celles de lInde. En effet, à cette époque, les vaisseaux ne saventuraient pas en pleine mer, mais longeaient toujours les côtes. En Afrique, on ne trouve pas le bois de santal, donc il fallait léliminer. Restaient les côtes occidentales de la Mer Rouge et de lInde. Or, sur la côte malabare seule, on trouve réunis tous les objets rapportés par la flotte de Salomon, tels que : or, ivoire, paons, bois de santal, etc.. Donc cétait bien de la côte malabare que venaient les précieuses cargaisons du Roi des Juifs. De plus, les seules mines dor qui existent à proximité des côtes occidentales de la Mer Rouge et de lInde étaient celles du Wynaad. Donc cétait nécessairement de ces mines que provenait lor rapporté par les vaisseaux de Salomon.

    Ajoutez à cela quil y a sur la côte malabare une colonie juive très ancienne et qui, jusquà ce jour, a préservé sa religion et ses coutumes. Aucun document historique ne nous dit quand elle vint sétablir dans ce pays. Tout ce que lon sait, cest quil y a très longtemps quelle y est. Il est donc très plausible de supposer quelle y vint du temps de Salomon dans un des comptoirs de la côte malabare, où elle rassemblait pour ses vaisseaux les différents objets dont ils venaient sapprovisionner.

    Il ne faudrait pas croire que toutes ces déductions soient fantaisistes et le produit dimaginations exaltées. Un savant Anglais, Thurston, a publié en 1909 un livre intitulé Castes and tribes of Southern India Castes et tribus de lInde méridionale. Ce livre a beaucoup dautorité et se trouve dans de nombreuses bibliothèques. On y lit : La philologie prouve que les précieuses cargaisons rapportées par les vaisseaux marchands de Salomon venaient de lancienne côte de Malabar.

    Cest aussi lopinion du rapporteur du recensement de Cochin, en 1901, qui dit, au sujet de la prétention dantiquité des Juifs du Malabar, que lon suppose quils entrèrent pour la première fois en contact avec le peuple dravidien à une époque aussi reculée que celle de Salomon, cest-à-dire environ 1000 ans avant N. S..

    Voilà donc des autorités savantes et sérieuses en faveur de la thèse qui prétend que les mines doù Salomon tirait lor que lui rapportait sa flotte, se trouvaient dans le Wynaad. Il faut bien avouer cependant que tout cela est insuffisant à créer une certitude et que vraisemblablement nous attendrons encore longtemps la vérité sur cette question.

    Le Wynaad est évangélisé par le P. Lesponne, mais il ne fait pas consister son bonheur à habiter le pays des mines dor de Salomon : comme la mère des Gracques, Cornélie, montrant ses enfants et disant avec fierté : Voilà mes bijoux et mes ornements, lui aussi, faisant peu de cas du précieux métal enfoui sous ses pieds, dirait en montrant ses 2459 chrétiens et ses 8 chapelles : Voilà mes bijoux, voilà mes ornements.

    Coïmbatore, 1er mars 1933,
    J. B. PETIT.

    1933/431-435
    431-435
    Petit
    Inde
    1933
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