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Une visite pastorale en Corée 2 (Suite et Fin)

Une visite pastorale en Corée (Extrait du Journal de Mgr Mutel) (Fin)
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    Une visite pastorale en Corée
    (Extrait du Journal de Mgr Mutel)
    (Fin)
    9 décembre. Départ pour le Kong-so suivant, situé à 40 lys. Une forte montagne, puis la ville de Tjyang-sou, puis une montagne et enfin la chrétienté nouvelle de Pem-yen-tong, village qui compte 20 et quelques maisons ; il y a des chrétiens dans 14 ou 15 et bon espoir de gagner les autres. Ferveur et grand esprit de foi. Nous aurons ici une vingtaine de baptêmes d'adultes. Grande chambre refaite à neuf, une autre chambre plus grande encore pour les femmes, mais les murs faits récemment tombent en miettes à cause du froid, et le vent fait des siennes dans toute la maison.
    10 décembre. 7 confirmations de chrétiens étrangers.
    11 décembre. Hier soirs 18 baptêmes d'adultes et deux ce soir. De plus plusieurs catéchumènes se déclarent et commencent à étudier. Il y a bon espoir dans toute cette région.
    12 décembre. Départ par le chemin de l'arrivée. La montagne passée, on prend un chemin de traverse pour regagner la route qui va de Tjyang-syou au marché de Tjyang-kyei. Nous dînons à une petite auberge où bientôt nous sommes rejoints par une foule de chrétiens qui nous font cortège. La route est magnifique, refaite à neuf, avec de la terre jaune semée de place en place. Pour qui ces honneurs ? Les populations ont tout l'air de croire que c'est pour nous. Quoi qu'il en soit, au marché de Tjyang-kyei et dans les villages voisins, tout le long de la route, hommes et femmes, tout le monde est dehors pour nous voir passer. On aperçoit à 20 lys au sud-est le fameux passage de Ryouk-sip-ryeng. Ce soir, deux frères Tchoi qui frisent la soixantaine, arrivent de O-tong-ri ( 30 lys ) pour se déclarer chrétiens, et, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que précédemment l'aîné des deux avait fait son possible pour empêcher son fils d'étudier la religion.
    Tol-mok, situé à 10 lys de Tjyang-kyei, est un village chrétien récent, une douzaine de maisons de chrétiens, il ne reste plus que quatre maisons tout à fait païennes. A peu de distance, se trouve Heum-kol où le P. Doucet a résidé deux ans.
    13-14-15 décembre. Trois jours d'administration : 200 confessions environ et 20 baptêmes d'adultes.
    16 décembre. Neige abondante, près d'un pied, tombée dans la nuit et ce matin. Nous partons quand même, mais de nombreux chrétiens viennent avec nous pour nous frayer un chemin jusqu'au marché de Tjyang-kyei. De là, nous prenons à droite la route qui va de Tjin-an au Ryouk-sip-ryeng. Des poteaux destinés au télégraphe sont déposés de distance en distance le long de la route. Après avoir passé une montagne, nous faisons halte au marché de Song-htou, où nous dînons. Pour arriver au Kongso, nous tournons la montagne et faisons ainsi 30 lys au lieu de 20 ; soit 50 lys depuis Tel-mak-ri. E-eun-tong, situé dans la vallée, appartient à Tjin-an. Six petits villages chrétiens des environs y viennent recevoir les sacrements. C'était, il y a dix ans, un village tout païen, aujourd'hui il ne reste plus qu'une maison qui ne soit pas entamée. En 1887, les néophytes ont eu une vraie persécution à subir de la part des prétoriens, maintenant les chrétiens sont maîtres de la position.
    17 décembre. 5 baptêmes d'adultes.
    18 décembre. Dernier jour du Kong-so, environ 150 confessions. La maison du Kong-so qui sert d'école est assez bien bâtie, mais la chambre est un peu petite et obscure (1).

    (1) Un peu petite, ce qui veut dire: un petit kan, soit environ moins de 4 mètres carrés de superficie.

    19 décembre. Départ pour le dernier Kong-so. A 30 lys, nous arrivons à la ville de Tjin-an où nous dînons. Dégel, chemins glissants. Tout le long de la route, des chrétiens des villages les plus rapprochés viennent nous rejoindre. Nous faisons un détour de 10 lys pour éviter une montagne dont les pentes seraient trop glissantes, et il fait nuit quand nous arrivons au Kong-so de Mi-sil. Là, un chrétien qui est arrivé de Séoul, nous raconte qu'un complot formidable tramé contre le Roi a été découvert et qu'une centaine de personnes auraient été arrêtées, parmi lesquelles plusieurs proches parents du Ministre de la Justice : Han Kyou syel i.
    20 décembre. Il a plu toute la nuit et aussi toute la journée. 10 baptêmes d'adultes.
    21 décembre. Temps froid. Baptême d'un jeune homme de 15 ans, très bien préparé et qui paraît très doux et très candide. Je lui donne mon nom. Ni Augustin, fils d'une femme Ho Marie néophyte dont le mari a été ondoyé in articulo mortis.
    22 décembre. Départ pour Tjyen-tjyou : 60 lys. A la descente de la montagne, nous faisons halte au village de Tai-syeng-tong où l'on apporte un malade à qui le P. Baudounet donne l'extrême-onction. Les chrétiens nous offrent à dîner. A l'auberge de Kou-tjinpyel-i, nous rencontrons des chrétiens de Tjyen-tjyou, et 20 lys plus loin, d'autres encore venus avec chevaux et chaises au devant de nous. Nous arrivons à Tjyen-tjyou à 4 h. et demie. Nous y sommes bientôt rejoints par les chrétiens du P. Lacrouts, venus pour nous accompagner demain. Lettres de Séoul. Il y a bien eu quelque complot, mais ce n'est pas plus clair que cela. Une lettre du P. Robert du 5 décembre arrivée ici aujourd'hui, m'apprend qu'Augustin et Kim Kyeng hoa auraient été faussement accusés près de l'envoyé secret Tjo et qu'ils sont arrêtés. Des chrétiens de Mou-tjyou m'avaient déjà dit la chose, et, comme ils ont ajouté que le P. Robert a pu faire délivrer les chrétiens, il n'y a pas à s'inquiéter.
    23 décembre. Départ pour Keum-kou ; nous prenons le chemin un peu plus long mais meilleur qui passe par la ville ou nous dînons.
    Les chrétiens ont voulu faire les frais d'une chaise (1) et il faut se résigner à avoir mal aux jambes. A 10 lys de la ville, on traverse la vallée où les chercheurs d'or travaillent depuis l'automne. Les travaux interrompus depuis deux mois viennent de reprendre. A 20 lys de la ville, nous traversons le marché de Ouen-hpyeng. Notre cortège est devenu très considérable, 5 ou 6 chevaux ou ânes, et près de 200 chrétiens. Le P. Lacrouts est venu à notre rencontre jusqu'à la ville de Keum-kou. De Ouen-hpyeng, nous remontons pendant 15 lys la vallée qui nous conduit à Syou-ryou. Il y a déjà 14 maisons de chrétiens. La maison du Père, dont le principal corps de logis et la chapelle sont couverts de tuiles, était autrefois la maison des propriétaires des tombeaux voisins.

    (1) La chaise à porteurs coréenne : boîte cubique d'environ 80 cm. de côté, dans laquelle il faut se tenir les jambes repliées en tailleur, manque vraiment confort.... mais c'est un véhicule considéré comme très honorable ; pour honorer l'Evêque, et en sa personne la Sainte Religion, que ne feraient pas ces braves Coréens !

    Le P. Villemot, arrivé depuis lundi, a donné les sacrements en nous attendant.
    24 décembre. Nous donnons environ 200 confessions aujourd'hui, mais il est impossible de contenter tout le monde venu de fort loin pour la fête. Environ 600 chrétiens, plus de 400 communions, moitié à la messe de minuit et moitié à la messe du jour. Après la messe de minuit, je dis aussi la messe de l'aurore, et le P. Lacrouts me remplace à l'autel pour dire ses trois messes. Les PP. Baudounet et Villemot disent leurs messes dans une chambre à part.
    25 décembre. Après la messe du jour que je célèbre vers 8 h., je donne environ 80 confirmations. Dans la soirée le P. Lacrouts fait ses paquets, car nous partons demain matin pour le Kong-so de Ouen-pa-sil. Les PP. Baudounet et Villemot retournent chez eux aussi demain.
    26 décembre. Alii alio dilapsi sunt. Je pars avec le P. Lacrouts pour le Kong-so de Ouen-pa-sil, à 30 lys environ. Vieux chrétiens; quelques désordres : le fils d'un ancien Youn catéchiste et le père du Ni catéchiste font parler d'eux ; on leur donne la meilleure leçon possible. Une femme reçoit les sacrements pour la première fois depuis 1866 (1). Chapelle bâtie cette année, pas sèche.
    27 décembre. On achève de donner les sacrements.
    28 décembre. Départ pour le Kong-so de Paik-hpil-i, à 30 lys d'ici, mais dans le bassin des eaux de Ouen-am-san qui descendent dans la mer du sud. On se met à la besogne dès notre arrivée. Environ 140 confessions. Deux baptêmes dont l'un Rim Thomas a appris ses prières et ses quatre catéchismes en quinze jours. Le village est sur le point de disparaître ; quelques misères à cause des auberges qu'on fréquente trop.

    (1) Au temps de la persécution de 1866, nombre de chrétiens se sont réfugiés dans les montagnes ou des villages paiens. Beaucoup ne connurent que très tard le retour des missionnaires.

    29 décembre. Neige, vent et froid.
    30 décembre. Il a neigé toute la nuit, mais au matin le temps est beau. Départ pour A-tchyen-ri, à 40 lys, car il faut tourner pour y aller. A 10 lys, pour repasser la rivière, les païens, au nom. bre d'une trentaine, m'attendent avec une chaise et me passent à l'autre bord. 20 lys, il faut monter en chaise que le Kong-so a fait venir. Les porteurs ont bien de la peine d'arriver à cause de la neige et de la boue surtout. Petite chrétienté paisible ; le catéchiste Tjyeng Antoine a un rival redouté dans Pem François venu, comme plusieurs chrétiens d'ici, de Kong-tjyou. On se couche à 11 h., après avoir donné une trentaine de confessions.
    31 décembre. Contre toute attente, il y a peu de monde, en tout 79, soit pour aujourd'hui, une quarantaine seulement. On se repose un peu. Maison de Kong-so neuve et humide, il faut passer la nuit ailleurs. Le soir, on se souhaite réciproquement la bonne année et le P. Lacrouts veut me payer un petit verre de vin de messe. Cette année du moins me voici dispensé des visites et correspondances du jour de l'an, mais le coeur n'en est pas moins là pour former ses meilleurs voeux pour tous et chacun de la famille tant spirituelle que temporelle. Miserere ! Te Deum !
    1897. 1er janvier. Tjyen-la-to, Syoun-tchyang, A-tchyen-ri. Nous partons dès ce matin pour nous rendre à 20 lys au Kong-so de Kouk-tong. Cette fois les chrétiens ont apporté une chaise et ils font eux-mêmes les porteurs. On y met tout son coeur et ce zèle compense assez bien la maladresse à ce métier de porteur. On arrive vers midi, toujours avec une procession de près d'une centaine d'hommes sortis pour venir à notre rencontre. 40 confessions ce soir.
    2 janvier. Après sa messe, le P. Lacrouts porte le saint viatique à une malade à 5 lys d'ici ; il doit lui donner l'extrême-onction ainsi qu'à un autre vieux néophyte ondoyé cet été in artic. mortis et qui se trouve de nouveau en danger de mort. Hier soir, lettres de Ryong-san (1) ; le P. Rault m'envoie les travaux de ses élèves et il me donne des nouvelles du Collège ; 3 des élèves sont malades dont deux, hélas, de la maladie de poitrine.

    (1) Ryong-san, faubourg de Séoul, où se trouve le Séminaire de la Mission.

    4 janvier. Départ de Kouk-tong pour Oun-am-ri à 20 lys seulement. Chemins assez mauvais : deux montagnes dont une très raide à la descente nous oblige à mettre des souliers coréens afin de ne pas glisser. Ce soir un peu de fièvre et de courbature. Temps très chaud.
    5 janvier. Vent du sud soufflant par rafales et pluie toute la journée. Le village chrétien est assez petit et les chrétiens venus pour recevoir les sacrements sont gênés pour se loger. 6 baptêmes d'adultes.
    6 janvier. On finit les sacrements et l'on se repose un peu.
    7 janvier. Départ à 8 h. 1/2. Il faut une fois de plus se résigner à monter en chaise. Malgré la pluie d'hier, les chemins sont beaux ; à 20 lys, la ville de Tyeng-eup, puis 30 lys encore et on s'arrête pour dîner à l'auberge située au bas du défilé de Tyang-syeng, Kol-tjai. Des porteurs spéciaux (ouel-ryeng-koun) me portent en chaise et nous passons le défilé en un clin d'oeil. De là encore 40 lys. Un Mi-ryek, figure de sage monolithe de 3 ou 4 mètres de hauteur. La route d'aujourd'hui est d'environ 100 lys à faire pendant lesquels on brûle une centaine de torches. Kong-so de Mai-nam-ri au fond de la vallée dont l'eau descend à Tjyang-syeng, à Mokpo. Les alentours très boisés sont très fréquentés par le tigre. C'est ici qu'a été pris celui dont la peau m'a été offerte par le P. Lacrouts. Non loin d'ici, un enfant chrétien de 13 ans a été tué par le tigre et de pareils accidents sont fréquents.
    8 janvier. Journée fatigante. 98 confessions et 11 baptêmes d'adultes.
    9 janvier. Dans l'après-midi, le P. Lacrouts va donner une Extrême Onction à 30 lys ; il revient à la nuit. Il me faut confesser tard. Fatigue intense.
    10 janvier. A 9 h 1/2, départ par le même chemin pour revenir au bas du défilé de Kal-tjyai. De là, nous montons à 5 lys au Kong-so de Kam-na-mou-kol. Ce soir 32 confessions, mais impossible de souper.
    11 janvier. Le réveille-matin nous fait faux bond, ce qui fait que nous ne nous levons qu'à 6 h. 20. Cela me donne l'occasion rare de voir le soleil se lever pendant la messe du P. Lacrouts, 7 h. 13 de ma montre et vérification faite, je constate que ma montre va bien et que depuis Séoul, elle ne s'est pas dérangée. Le vieux Ryou, (88 ans) encore vert, nous fait ses adieux après avoir reçu les sacrements ; il est venu à pied et retourne de même pour faire une route de plus de 10 lys et passer un défilé.
    12 janvier. Départ pour le dernier Kong-se à 70 forts lys. Le P. Lacrouts part le premier par un chemin de traverse pour aller administrer un malade à 10 lys d'ici ; pour moi, je redescends la montagne jusqu'à l'auberge pour gagner la grand-route et passer par le Kal-tjai. Le P. nous rejoint un peu plus loin. Temps doux et très beau, chemins passables. Un peu plus loin que l'auberge de Tchyen-ouen, nous quittons la route de Tjyeng-eup pour prendre sur la gauche un chemin qui mène directement à Ko-pou. Nous dînons un peu avant d'arriver à la ville que nous traversons ensuite pour prendre la route de Pou-an. A 20 lys de Ko-pou, nous appuyons sur la gauche pour arriver au village de Mou-nem-ri, moitié poterie, moitié village de cultivateurs.
    13 janvier. Temps doux et très beau. A ce Kong-so vient Kim Lucas, père de l'élève Etienne (1) qui habite sur le bord de la mer, sa soeur et son frère aîné.
    14 janvier. Pluie abondante toute la journée.

    (1) Etienne Kim, ordonné prêtre en 1900. Actuellement Vicaire forain à Tjyen-tiyou.

    15 janvier. Brouillard et pluie fine ; nous partons néanmoins pour gagner Syou-ryoul, 80 lys. Plusieurs ondées de pluie froide, chemins boueux et difficiles. A 3 h. seulement, nous arrivons à la ville de Htai-in où nous dînons. Chambre froide, pluie, riz plein de pierres. Départ à 4 h. 1/2. A 10 lys, il faut commander des torches. Au marché de Ouen-Hpyeng, rixe entre mon mapou et les chrétiens qui m'accompagnent avec les gens d'une auberge qui refusent des torches. Chemin faisant, on vient m'apprendre que mon mapou a été blessé et qu'il serait retenu par un petit mandarin préposé aux chercheurs d'or. Mon servant retourne avec le P. Lacrouts voir ce qui se passe, mais bientôt ils rencontrent le mapou qui a perdu son chapeau et son serre-tête, mais qui revient pourtant avec des bâtons Kon-tjyang avec lesquels il a été battu et traînant un individu qu'il a réussi à arrêter. Nous arrivons à Syou-ryou, bien fatigués vers 7 h. 1/2. Peu après, arrive un certain Sin qui apporte la carte d'un envoyé spécial (pour les mines) et vient présenter des explications et des excuses pour l'incident de l'auberge. Le servant l'écoute, mais pendant qu'il me rapporte ce qu'il a dit et que je lui donne ma carte en retour, il repart sans mot dire.
    16 janvier. St Marcel, fête du P. Lacrouts et quelques confirmands à préparer.
    17 janvier. Fête du Saint Nom de Jésus. Nombreux chrétiens venus d'un peu partout me faire leurs adieux. Mon servant part à la ville de Keum-kou porteur de nos cartes pour le mandarin à qui il doit expliquer le cas de l'auberge. Pluie froide et sur le soir neige. Le servant revient après avoir vu le mandarin un peu indisposé et qui promet de s'occuper de l'affaire. Il parle surtout des chrétiens et il se plaint assez amèrement du manque d'égards de plusieurs chrétiens à son endroit.
    18 janvier. Froid vif. On part vers 11 h. seulement. Aujourd'hui, nous prenons la petite route, 50 lys seulement. On passe à gauche de la grande montagne de Pai-tjai et on traverse Tchoun-poul où se trouve une bonzerie assez belle. A 20 lys de Tjyen-tjyou, le P. Baudounet est venu nous attendre à une auberge où nous dînons. De là, il faut monter dans l'inévitable sal-in-kyo (chaise). Nous arrivons vers 4 h. 1/2. Le soir, le P. Baudounet veille jusqu'à minuit pour préparer des confirmands de demain et donner 7 ou 8 baptêmes. Le catéchiste Tjyeng a été administré la nuit dernière.
    19 janvier. Une vingtaine de confirmations. Nombreux chrétiens venus d'un peu partout ; le temps toujours un peu froid est pourtant beau. On se prépare à partir demain pour Ko-san. Erection du Chemin de croix à la chapelle.
    20 janvier. Départ pour Ko-san. Nous traversons la ville du sud au nord, 10 minutes de chaise. Après 15 lys, je monte à cheval ; quelques flocons de neige, mais temps assez doux. Dîner à l'auberge de Pong-syang de midi à 2 h. Nombreux champs de gingembre. A 20 lys, la ville de Ko-san que nous traversons ; de nombreux chrétiens, venus à notre rencontre jusque là, se joignent au cortège et prennent un bain de pieds forcé dans la rivière, car une partie du pont a été emportée par la dernière crue des eaux. Un peu avant d'arriver au marché de Kang-keum-i, on prend à gauche un chemin de traverse qui doit nous conduire à Toi-tjai. Je fais en chaise ces derniers 20 lys. Un peu de neige sur la terre à 10 lys de Toi-tjai et sur les montagnes environnantes. Nous arrivons vers 6 h. 1/2. Le P. Villemot a passé sa journée au confessionnal. Une centaine de confirmands m'attendent ici.
    21 janvier. Confirmations. La nuit, la neige est tombée assez abondante ; sur le soir dégel, du moins partiel. Encore des confirmands ; ce sont les restes, ceux qui n'ont appris qu'une partie du catéchisme et qu'on admet par dispense.
    22 janvier. Encore la neige. Cela nous présage des routes difficiles et sans doute un temps froid pour le retour.... La croix a été posée sur les tombes des PP. Josse et Lafourcade, les proportions en sont très bonnes et l'effet réussi.
    23 janvier. Départ de Toi-tjai. Vers les 9 h., les PP. Baudounet et Lacrouts prennent la route de Tjyen-tjyou et le P. Villemot et moi partons pour Tol-poun-i à 70 lys d'ici. Temps doux ; nous revenons par Soi-mok et le chemin de l'arrivée ; à 1 h., nous sommes à l'auberge de Koang-i-tari et à 5 h., nous arrivons au Kong-so situé au pied du Kyei-ryong-san.
    24 janvier. 29 confessions que nous donnons dans la matinée, 12 baptêmes d'adultes plus 6 enfants des baptisés, cela fait avec 2 ondoyés in art. mortis un total de 20 baptêmes, et la source n'est pas tarie. Tout le village, 25 maisons, est plus ou moins entamé. Les chrétiens se plaignent d'être maltraités par le mandarin ; celui-ci, que je croyais mon ami, paraît bien ne pas tenir à ma visite. Bien qu'il connût la date de mon passage et peut-être parce qu'il la connaissait, il est parti pour sa maison de campagne. Kang Matthias, de Kong-tjyou, vient me voir ici ; Kim Philippe syeng-tjai est préparé à la confirmation. On ne le recherche pas et depuis la 10ème lune, on ne lui paie plus les 9 ligatures qu'on donnait aux prisonniers. Sye Ra-ryang sorti aussi chez Kang Matthias, y est mort après avoir été ondoyé. Sa femme l'avait abandonné une seconde fois, et un enfant de six ans reste à la charge de Kang Matthias ; je le mets de la Ste Enfance. Une femme de 50 ans vient de 10 lys pour recevoir les sacrements pour la première fois depuis 1866. 20 confirmands à préparer pour demain.
    25 janvier. Départ pour Séoul, le P. Villemot retourne à Toi-tjai, Les chrétiens m'accompagnent jusqu'à Kyeng-htyen. Temps sec, un peu froid. A midi, à Kong-tjyou, nous passons le fleuve pour dîner à l'auberge de Kam-na-mou-kol. Le soir, nous passons Mo-ra-ouen, Hoal-ouen pour aller coucher à Koang-tjyeng.
    26 janvier. A 10 lys, passage du col, puis Ouen-hte et selon le progamme, nous allons dîner à la ville de Htyen-an pour aller coucher à Syeng-hoan. Là, un chrétien de Ou-e-ri vient me saluer.
    27 janvier. Dîner a Tjin-oui et coucher à la ville de Syou-ouen. La route est très boueuse dans l'allée qui conduit à Tai-hoang-kyo (tombeaux royaux).
    28 janvier. Temps froid. Nous sommes à 10 h. 1/2 à Koa-tchyen. En arrivant au bac de Tong-tjyek-i, j'y trouve le P. Doucet qui revient de Sori-san. J'arrive vers 4 h. à la maison. Dès en entrant dans la porte du sud, j'ai la consolation de voir la croix qui domine le clocher de la cathédrale ; les échafaudages du sommet ont été enlevés ce matin même. Tout le monde en bonne santé, sauf le P. Chargeboeuf pris d'un eczéma.

    Note. Dans le compte rendu envoyé en 1897 Monseigneur Mutel écrivait :
    « Cette année, j'ai fait la visite des trois districts de Tjyen-la, visite assez laborieuse à cause du grand nombre des chrétiens, mais en revanche pleine de consolations..... Grâces à Dieu, la ferveur et le prosélytisme sont à l'avenant. Le troupeau de 8.000 fidèles s'est encore augmenté notablement : M. Villemot a eu 192 baptêmes d'adultes, M. Baudounet, 289 ; et M. Lacrouts, 140 ».
    Ce mouvement de progression catholique ne fit que se développer d'année en année, et là où, en 1896, il n'y avait que trois prêtres (missionnaires), on compte aujourd'hui 18 résidences, toutes confiées à des prêtres indigènes dirigés par un vicaire forain indigène établi à Tjyen-tjyou.
    Dans les notes de Mgr Mutel, nous avons vu que le 19 janvier 1897 il érigeait un Chemin de croix dans la chapelle du P. Baudounet. Pauvre chapelle ! Ce n'était qu'une aile de la maison du Père, boyau long de 12 mètres sur 2 m. 5 de large ! Elle devait faire place quelque 20 ans plus tard à la belle église construite par le regretté P. Baudounet. (Voir Bulletin septembre 1931).
    Cette église, consacrée par Mgr Demange le 18 juin 1931, servira, avant peu d'années, de cathédrale au futur évêque coréen.

    1934/96-106
    96-106
    Mutel
    Corée du Sud
    1934
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