Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Une visite pastorale en Corée 1

Une visite pastorale en Corée (Extrait du Journal de Mgr Mutel) Introduction.
Add this
    Une visite pastorale en Corée
    (Extrait du Journal de Mgr Mutel)

    Introduction.

    Le 23 janvier ramènera l'anniversaire de la mort de S. E. Monseigneur Mutel. A cette occasion le \ Bulletin " est heureux de publier quelques pages de son " Journal " relatant une visite pastorale dans la province de Tjyen-la-to, en 1896. Nous avons tenu à reproduire ces notes telles qu'elles furent écrites Monseigneur Mutel consignait ses souvenirs, il n'écrivait pas ses mémoires. Elles nous le montreront sous son vrai jour : pasteur des âmes et le père de tous ses chrétiens. C'est à ce titre qu'il va les voir, jusque dans les hameaux les plus reculés, s'intéressant à tout ce qui les touche, partageant leurs peines et leurs joies, vivant de leur vie.
    Le confrère, à qui nous sommes redevables de ces pages, écrit: " Mgr Mutel s'est astreint durant toute sa vie, du moins jusqu'à la nomination d'un coadjuteur (Mgr Devred en 1921), à visiter ainsi son Vicariat presque chaque année, mettant la main à la pâte, travaillant comme un simple missionnaire, prenant sa large part des confessions, des examens de doctrine, des baptêmes, etc.. Certains lecteurs s'étonneront peut-être que la visite épiscopale se fit avec tant de simplicité : point de pétards, point de discours, point de réception officielle. C'est le " Père " qui vient voir ses enfants, ceux-ci ne pensent qu'à une chose : recevoir les sacrements.
    " Le lieu de réunion " Kong so " est une simple maison coréenne, le propriétaire fait place nette pour la circonstance. La maison comprend trois ou quatre chambres, même souvent deux seulement, et pas grandes : 2m. 50 sur 3 mètres ; naturellement ni chaises, ni tables. Une planche fixée au mur sert d'autel. La hauteur de la chambre est tout juste celle d'un homme, sans mitre, évidemment ! On est assis les jambes croisées et on couche à même le sol sur une natte, enroulé dans une couverture qui fait partie du bagage. Pour nourriture : un bol de riz, un bol de bouillon ou d'eau, et sur des soucoupes, des morceaux de navets ou de choux confits au sel ; dans les grandes circonstances, de petits morceaux de viande de boeuf ou de poulet, de la confiture de piment, une petite tasse de saumure de haricots... le tout servi en même temps sur une table de 1 m. 30 de haut et de 35 à 40 centimètres de côté. Durant tout le temps du séjour au " Kong so", les chambres sont envahies par les bonnes gens : hommes, femmes, enfants ; et ça ne sent pas bon !

    Pour les confessions, on accroche un store à une poutrelle, ou à une porte de communication ; le confesseur se tient très sage assis par terre..... Pendant la messe, les chrétiens qui n'ont pu trouver place dans la chambre se tiennent dans la cour à genoux sur des paillassons. Quand il y a de nombreuses confirmations, si le temps le permet, la cérémonie se fait dans la cour.
    Confort, apparat manquent donc totalement, mais, par contre, beaucoup de consolations spirituelles ".

    1896. 23 octobre. Départ à 9 h. 1/2 seulement à cause du louage des chevaux ; P. Deshayes vient avec moi jusqu'à Kattengi, et le catéchiste Tjyo Joseph suit, monté sur le cheval des bagages. A l'auberge de Koatchyen, sur les deux heures, nous rencontrons 2 chrétiens du Tjyen-la-to venus quelque peu pour nous chercher : l'un d'eux seulement retourne avec nous. Vers 7 h. du soir, en arrivant à l'auberge de Sai-am-nai, nous apprenons que le P. Alix est venu nous y attendre, et, désespérant de nous voir arriver, il est reparti. Une fois de plus, nous le surprenons en arrivant sur les 8 h. à Kattengi.

    24 octobre. Départ à 9 h. pour Kong sye tji ; le P. Alix nous accompagne jusqu'à Hpa-reum-tjyang-hte et le P. Deshayes vient jusqu'à Kong sye tji. A 40 lys (1) environ, nous dînons à une auberge appelée ancien marché. Vers 6 h. 112, à la nuit, nous arrivons au bord du bras de mer où les chrétiens envoyés par le P. Guinand nous attendent avec deux barques. 11 faut une heure pour traverser le bras de mer et arriver à Kal moi : tout le village et le P. Guinand en tête, nous attendent au débarcadère.

    25 octobre. Dimanche. Pluie jusqu'à 4 h. du soir. Nous profitons de l'éclaircie du soir pour visiter le grenier abandonné du gouvernement et les anciennes fortifications encore bien conservées au nord et à l'est (2).

    26 octobre. Départ à 8 h.; les PP. Guinand et Deshayes m'accompagnent jusqu'à Yang-tchon. A 15 lys, il faut de nouveau monter en barque et traverser le bras de mer où deux barques ont été retenues. En une heure nous sommes de l'autre côté du bras où le P. Curlier est venu nous attendre. 30 lys et nous arrivons à Yang-tchon. Nous côtoyons la belle digue de Hap tek qui sert à alimenter la plaine magnifique que nous traversons. Un peu avant d'arriver, on voit sur la gauche le village de Sin-li où Mgr Daveluy habitait et où il fut pris en 1866, puis à droite et à gauche, les deux villages de Syei-ke-ri et de Ke-to-ri entièrement chrétiens avant 1866. Aujourd'hui, hélas ! Tout est païen invétéré, la persécution a jeté la terreur sur ces pauvres âmes. Notre cortège se grossit bientôt d'une procession de chrétiens venus à notre rencontre et nous sommes plus de cent en arrivant, la cloche salue notre arrivée. Notre Seigneur réside dans la chapelle très bien ornée. On envoie dès ce soir un chrétien avertir le P. Villemot que je compte être chez lui jeudi soir.

    (1) 10 lys représentent un peu plus de 4 km., ou une forte lieue.
    (2) C'est là que le P. Devise s'installa l'année suivante, et depuis construisit église, résidence, etc..

    27 octobre. Départ vers 8 h. 1/2. Les PP. Curlier, Guinand et Deshayes viennent me conduire à 15 lys, je vais dîner à 20 lys de l'autre côté de Ryei-san, au pied d'un défilé appelé Syou-rei-ne-mi-ko-kai. Le soir, vers 6 h. 1/2, nous arrêtons 10 lys plus loin que You kou, vulgairement You-keui-tjyou-mak.

    28 octobre. 15 lys avant Kong-tjou, nous rencontrons un chrétien du nom de Tjyou qui habite non loin de là. Vers 11 h., nous arrivons au bac appelé Houng-tjin, et à midi nous sommes à la ville de Kong-tjyou. La route passe au pied du San-syeng, (citadelle), dont la position est vraiment magnifique. J'envoie ma carte au gouverneur en demandant à le voir : il me fait répondre qu'il me recevra de suite. Pendant le dîner arrive le chrétien Kang Matthias et peu après, l'un des prisonniers de Han sin, Kim Syeng tjai qui a été remis hier même en liberté provisoire sous la caution du Kang. Je lui fais une petite aumône, il paraît bien misérable ; sa femme et son enfant sont venus le rejoindre ici. Vers deux heures, je me rends au Kam-yeng (mandarinat) où le Koan tchat sa (gouverneur) me recoit d'une manière très affable. Il croyait voir en moi Mgr Blanc, son ancien voisin du Nak-tong (quartier de Séoul) avec qui il avait eu quelques relations. Je tâche de lui recommander les deux prisonniers, mais il me dit que leur sort dépend moins de lui que du Ministère de la Justice qui ne veut rien entendre. Il m'offre une cigarette et une tasse de thé. Nous sortons de la ville par la porte qui mène au bac de Keum-Kang, là même où le pauvre P. Jozeau a été massacré par les Chinois (1). Je vois l'emplacement de son tombeau, puis le lieu d'exécution et même la place où son, corps avait d'abord été enterré. Mon intention était d'aller à No-syeng, mais la nuit nous surprend au marché de Kyeng-tchyen où nous nous arrêtons. Il y a ici un chrétien du nom de Hoang que mon servant va voir.

    (1) 29 juillet 1894. Le corps du P. Jozeau repose maintenant dans le cimetière des missionnaires à Séoul.

    29 octobre. Au moment de partir arrivent les chrétiens de Tol-poun-i qui m'apportent du vin et des fruits. Ils ont été prévenus par le Hoang et sont venus dès hier soir, mais comme j'étais déjà couché, ils sont repartis chez eux (10 lys) et sont revenus ce matin. Ils m'apprennent que le mandarin de No-syeng que je désirais voir est absent ; j'ai donc bien fait de ne pas me déranger de la route directe. A partir d'ici, nous prenons sur la gauche la route de Ko-san, laissant la grande route à droite. Deux chrétiens de Tol-poun-i nous accompagnent. A 10 h., nous dînons à une auberge appelée Koueng-i-ta-ri. Deux chrétiens de Toi-tjai y viennent à notre rencontre. En approchant de la résidence du Père, les chrétiens arrivent par tous les chemins à notre rencontre, et bientôt, le P. Villemot avec une nombreuse escorte. Nous nous arrêtons quelques instants à un village où sont plusieurs chrétiens, puis nous reprenons notre marche pour escalader le dernier défilé. Une centaine de chrétiens font escorte et le cortège se déroule dans le chemin sinueux de la montagne. Vers 5 h., nous arrivons à Toi-tjai. Bien que située au milieu des montagnes, cette chrétienté est assise au fond d'une vallée assez large. La chapelle et la maison du Père s'y distinguent à première vue ; ce sont les seules habitations couvertes en tuiles.

    30 octobre. On renvoie le mapou (palefrenier) des bagages à Séoul. La journée se passe à visiter la résidence, les deux tombeaux nouvellement transférés des PP. Dosse (+ 1886) et Lafourcade (+ 1888). Sur le soir, arrivée des PP. Baudounet et Lacrouts.

    31 octobre. On confesse tous les quatre ; c'est l'ouverture des exercices de l'administration.

    1 novembre. Messe des chrétiens à 7 h. 1/2, mais avant la messe, je bénis la chapelle. Après la messe, confirmation d'une trentaine de chrétiens, puis bénédiction solennelle de la cloche Marie Andrée Nicole. La cérémonie ne s'achève que vers les 10 heures. Les chrétiens des environs et même quelques-uns de 50 ou 60 lys sont venus en foule pour la fête et, toute la journée, nous sommes envahis et quelque peu débordés. Vers 3 h. du soir, érection solennelle du Chemin de Croix à la chapelle. La journée se complète par l'illumination de la chapelle, le soir. Les PP. Baudounet et Lacrouts vont encore rester deux jours avec nous pour nous aider à enlever rapidement l'administration de cette station, la plus importante de toutes.

    2 novembre. Confessions toute la journée.

    3 novembre. Confirmations et confessions. Le baromètre baisse sensiblement, vent violent.

    4 novembre. On se rend à la poterie de Euntjin Kalmaiol, 20 lys. A peine arrivés, mon cheval s'échappe tout harnaché et retourne à Toi-tjai où nous avons quitté les deux PP. Baudounet et Lacrouts se rendant à Tjyen-tjyou. Le soir, confessions.

    5 novembre. Visite du fils de Kim-tchoi-syou, Si tjyong exécuté le 30 décembre dernier ; il habite tout près d'ici.

    6 novembre. Confirmations dans l'oum (hangar où l'on fabrique les pots ) où l'on a préparé l'autel. Confessions toute la journée. Pour éviter les punaises, nous allons coucher à la maison de Pak Antoine qui paraît propre et bien tenue. Mais les punaises, nous ne les évitons pas.
    7 novembre. Nuit blanche à cause des punaises. A 9 h., nous partons pour Ko-san, An-sim ; 30 lys en passant par le marché de In-nai, à mi-route. Le soir, nous donnons les sacrements aux chrétiens venus de Tjin san et de Keum san. Le Kong so est préparé chez le catéchiste Ni Jean ; une chambre intérieure sert pour l'autel ; à droite, les appartements sont réservés aux femmes.

    8 novembre. Malgré toutes les assurances contraires, encore des punaises ; il faut se résigner à les avoir partout !

    9 novembre. Dernier jour de la visite ; on est un peu pressé. Pai Pierre vient de recevoir une semonce bien méritée et tout s'arrange. Ryou André accusé d'avoir volé un boeuf ces jours-ci serait innocent, mais ses antécédents lui rendent toute justification impossible.

    10 novembre. Mariage du petit-fils du catéchiste Ni Jean avec la fille de Pai. Nous partons à 8 h.; temps couvert, mais pas de pluie. Chemin très abrupt pendant 3 lys. A Keum-san Yek-teul, nous prenons un verre de vin (1) pour aller dîner à 20 lys plus loin. Nous arrivons avant la nuit close, mais les bagages se font un peu attendre. Mak-kol, petit village au fond d'une vallée. Braves gens, tranquilles et très bons chrétiens.

    11 novembre. Confessions toute la journée.

    12 novembre. Visite aux tombeaux des chrétiens à la montagne, derrière le village.

    13 novembre. Dès 8 h., nous partons pour le Kong so suivant. Après être revenus dans la vallée qui descend à la ville de Ryongtam, nous la remontons jusqu'à sa source qui est une des sources du fleuve de Kong-tjou. Route escarpée, vallée encaissée, rochers sauvages. Plus loin, nous passons le Ssa ri tjai, au bas duquel se trouve Sam-pa-sil où nous dînons. Outre les 12 chrétiens qui sont venus à notre rencontre, on en récolte ici et là le long de la route. Après avoir pris un verre de vin, nous nous donnons le plaisir, le P. Villemot et moi, de prendre un bain de pieds dans l'eau vive du torrent. Nous arrivons avant la nuit à Syeng-poul, petite chrétienté de vieux chrétiens où les PP. Baudounet et Villemot se sont réfugiés lors des Tong-hak. Non loin de là est la caverne où ils se sont cachés une quinzaine de jours. Syeng-poul se trouve au pied du Oui-pong-san-syeng et sur la frontière du district de Tjyen-tjyou.

    14-15-16 novembre. Confessions, baptêmes, confirmations pour environ 250 chrétiens. C'est le village du sous-diacre Ni Augustin, qui a ici sa mère et de nombreux parents. Une dizaine de chrétientés se sont réunies ici.

    17 novembre. Départ de Syeng-poul, les chrétiens sortent nombreux pour nous accompagner. Des femmes et des enfants montent sur des rochers pour nous voir plus longtemps ; sur la route aussi, même empressement en passant dans les petites chrétientés. 70 lys pour arriver à Rye-san Si-e-mok, le maître du Kong so est le père d'une postulante des Soeurs.

    18 et 19 novembre. Sacrements aux chrétiens de Si-e-mok, Simok-tong, Ko san, Rak sou, Tarisil. Un enfant de 9 ans habitant Euntjin Tai-tteul vient se faire baptiser. Il récite son catéchisme que sa belle-soeur, simple catéchumène, lui a appris en lui enseignant aussi à lire. Son frère, son père et sa mère se préparent aussi au baptême, mais leur instruction n'est pas encore complète. Cet enfant est baptisé sous le nom de Jacques. Un aveugle du nom de Kou est venu de Tarisil pour recevoir les sacrements.

    (1) Boisson de riz fermenté.

    20 novembre. Départ de Si-e-mok pour Kang-kyeng-i : 40 lys. Nous retrouvons enfin la plaine. Ce soir, le P. Villernot part à 15 lys donner une extrême-onction pendant que j'entends quelques confessions.

    21 novembre. Présentation de la Ste Vierge. Un chrétien de Ra-pa-oui, Ra Jean est menacé de perdre sa montagne sur laquelle sont ses tombeaux de famille et aussi un certain nombre de chrétiens. Il me présente une plainte officielle, mais je la renvoie à son mandarin de Rye-san. Le soir, un exprès arrive tout essoufflé de Ra-pa-oui annoncer que la montagne va être violée. Un certain Paik tjyou sa de Pou ye, arrivé avec des valets du mandarinat de Rye san et un certain nombre de pou-syang (portefaix), voulant de force enterrer son père sur la montagne, a fait frapper Ra Jean qui s'y opposait ; il a été frappé au front, mais a dû céder devant la force brutale. J'envoie le Pak pok sa avec une vingtaine de chrétiens et un billet signé de ma main, et il est assez heureux pour faire entendre raison à la bande des envahisseurs ; ils se retirent en attendant la décision du mandarin. Malheureusement le chrétien, qui est allé porter sa requête à la ville, n'a pu la faire passer et il est revenu bredouille.

    22 novembre. Sacrements toute la journée. Sur le soir, on vient dire que le Paik tjou sa a été à la ville de Rye-san où il a obtenu un ordre du mandarin d'arrêter Ra Jean et de faire l'inhumation sur la montagne en litige ; puis, un peu plus tard, on vient dire que l'enterrement ne se fera pas encore cette nuit. Les mensonges ne coûtent rien aux païens ; dans le mandat d'amener du mandarin, il est dit que le Ra armé d'un sabre, s'est opposé avec violence à l'enterrement, tandis que c'est lui qui a été battu et même assez grièvement blessé au front. Ce soir aussi, grande discussion des chrétiens de Na-pa-oui et de la veuve remariée du mandarin de Rye-san, avec le Kim, catéchiste de Si-e-mok, parent et soutien d'un certain païen Kim tjyou-kyeng qui voudrait, sous prétexte qu'il est parent éloigné du défunt mandarin, reprendre tous les biens de la veuve remariée à Tjyo Thomas. Le P. Baudounet est arrivé ce soir et la discussion se passe devant lui et en notre présence, mais on n'arrive pas à une conclusion.

    23 novembre. Départ pour Tong-tji-moi au district de Ryongan, premier district du P. Baudounet. Le P. Villemot vient avec nous ; il faut traverser la place du marché, non sans bousculer quelques paquets qui encombrent la route. Dès que nous avons dépassé Ra-pa-oui, les chrétiens arrivent en bandes nombreuses à notre rencontre et bientôt c'est un cortège de 200 chrétiens qui nous accompagne sur une longue file à travers les chemins étroits de la Plaine. Des villages païens, les habitants, hommes et femmes, sortent pour nous voir passer. Nous traversons tout le district de Ryong-an (20 lys) pour venir sur la frontière de Ham-yel au village de Tong-tji-moi où est mort le P. fosse en 1886. Les chrétiens ont construit tout exprès une maison de Kong-so assez spacieuse. Après midi, on se met tous les trois à confesser. A la nuit, arrive le P. Curlier, venant de Sye-tchyen ; il a fait 50 lys en barque en remontant le fleuve jusqu'à Syeng-tong-i. Le servant Pak part d'ici (son village Tou-ta-mi est à proximité) pour la ville de Rye-san porter nos cartes au mandarin et lui expliquer l'affaire de la montagne de Na-pa-oui.

    24 novembre. Le P. Curlier nous aide à confesser. Nous avons, ici seulement, plus de 350 confessions à entendre.

    25 novembre. Le P Curlier part après déjeuner. Ce soir, baptême de 19 adultes. Nombreuses confirmations ce matin et demain. Le temps, très doux et même très chaud jusqu'ici, s'est un peu refroidi ; un peu de pluie.

    26 novembre. Dernier jour des sacrements ici. Les porteurs arrivent pour nous conduire demain matin à 20 lys d'ici.

    27 novembre. A 10 lys, nous arrivons à la ville de Ham-yel où nous faisons une petite halte. Nombreux chrétiens nous escortent, les chemins sont refaits à neuf ; Ka-nem-tjyeng-i est moitié poterie, moitié village de laboureurs. Le catéchiste Kim Jean à longue barbe est même, dit-on, assez riche. Sacrements le soir.

    28 novembre. Nous avons beaucoup de temps libre ce soir.

    29 novembre. Premier dimanche de l'Avent. Une chaise m'attend ici pour aller à 30 lys, à Sai-sil, village païen où habitent 7 ou 8 familles chrétiennes, nombreux catéchumènes dans le village. On donne les sacrements le soir, y compris 4 à 5 baptêmes et nombre de suppléments de cérémonies. Il pleut le soir et dans la nuit.

    30 novembre. A 10 h. départ pour la ville de Tjyen-tjyou. A 20 lys, nous passons la rivière qui descend de Sam-ri. Là, une chaise à quatre porteurs et plusieurs chrétiens sont venus nous attendre. Un peu plus loin, ils sortent nombreux, plus de 100, à notre rencontre. On arrive à Tjyen-tjyou en longeant les remparts de l'ouest et du sud. Ce sont les quartiers qui ont été le plus éprouvés en 1894, lors de la rébellion des Tong-hak ; nombre de maisons ont été détruites.

    1er décembre. Sacrements dans la matinée. Vers midi, visite du Toi-tai-tjang, venu ici comme chef de police et un peu plus tard du Sin, homme très serviable, qui a rendu plusieurs bons offices aux chrétiens et au P. Baudounet. Après échange de cartes avec le Gouverneur, nous allons lui rendre visite vers 3 h. 1/2, entre deux ondées. C'est le Youn, qui avait désiré me voir (à Séoul) avant de venir prendre possession de son gouvernement. Entrevue plutôt banale, le préfet, pour se donner de l'assurance sans doute, crie à tue-tête. Il nous offre une cigarette japonaise. En sortant de là, nous allons aux casernes rendre visite aux deux Tai-tjyang ; environ 400 soldats, tous de la province mais équipés à l'européenne. Ils nous font attendre longtemps une table et du vin que les deux chefs ont voulu nous offrir. Le soir, examen des confirmés.

    2 décembre. Confirmations et confessions toute la journée ; vers 2 h., le préfet vient nous rendre sa visite ; on lui offre une tasse de thé et un petit verre de curaçao. Neuf baptêmes et examen d'une soixantaine de confirmés. On ne se couche qu'à 11 h.. Ce sont les premières vêpres de la St François-Xavier, fête du P. Baudounet ; nous la lui souhaitons.

    3 décembre. Ce matin il fait assez froid. Pas de sacrements dans la matinée, mais le soir seulement. La nouvelle chrétienté de Tjyen-tjyou, oeuvre du P. Baudounet me fait une excellente impression, on touche du doigt l'effet de la grâce toute puissante de Dieu. L'avenir s'annonce bien, il y a des catéchumènes un peu de tous les côtés et nombre de familles sont entamées par la conversion d'un ou deux membres. Deo gratias ! Vers 2 h. nous montons sur une petite colline qui domine la ville et d'où l'on découvre parfaitement tous les détails. La ville est un carré un peu allongé du nord au sud. Le coin N.-E. est inhabité, il s'y trouve seulement quelques pavillons pour le tir à l'arc. Il y a des habitants en dehors des murs, surtout sur les côtés ouest et sud. Une rivière coule du sud au nord, mais à quelque distance des remparts. On évaluait à 30.000 avant les Tong-hak la population tant de l'intérieur que de l'extérieur ; aujourd'hui ce chiffre doit avoir baissé. Des montagnes entourent la ville de tous les côtés, excepté dans la direction N. -O., où se trouve la vallée des eaux. C'est le chemin que nous avons suivi pour arriver.

    4 décembre. Ce matin, le P. Villemot nous quitte pour rentrer chez lui. A 9 h., nous partons, le P. Baudounet et moi, pour Tjinan Hte-kol ; 60 lys. Les chrétiens de la ville me font porter en chaise jusqu'à 20 lys, Sai ouen. Là, je monte à cheval, mais bientôt une averse de neige nous force à nous arrêter à une ancienne auberge. Les chrétiens de Ma-tjai nous font tant d'instances qu'il faut se résoudre à monter la vallée pour les voir. Le vieux Tchoi, maître du Kong-so, moitié paralysé, nous fait servir une table et du vin, le P. Baudounet entend la confession d'une autre malade Ryou que je vois en passant. De là, à 10 lys nous trouvons une forte montagne qui nous fait souffler quelque peu ; il y a bien 20 lys à la montée et à la descente. Dès ce soir, malgré la fatigue et le froid on entend quelques confessions.

    5-6 décembre. Deux jours de fatigue à cause du nombre un peu trop considérable de chrétiens à voir. Hte-kol et, de l'autre côté de la montagne, Tjyang-tja-tong, villages de cultivateurs de tabac avec quelques rizières seulement.

    7 décembre. Départ pour Kotjyengtai ; à 20 lys nous traversons le petit marché de Ma-ryeng, puis nous remontons un torrent jusqu'aux confins du district de Tjyang-syou. On découvre très bien les deux montagnes en pain de sucre appelées Maisan et situées près de la ville de Tjin-an. Nous rencontrons une bande de chasseurs de loutres, lesquels continuent les traditions du passé et vivent autant qu'ils peuvent aux dépens des villages voisins, sous prétexte qu'ils chassent pour le gouvernement, ce qui est faux d'ailleurs Ce soir, quelques sacrements en arrivant.

    8 décembre. Immaculée Conception. Fête patronale de la Corée ; nous la célébrons en donnant les sacrements tout le jour. Le soir est attristé par une mort presque subite. Tjyei Joséphine, femme du cathéchiste Kang du village situé un peu en dessous de Ko-tjyang-tai, avait reçu la confession hier et la sainte communion, ce matin. J'avais été frappé de l'esprit de foi avec lequel elle recevait les sacrements. A peine rentrée chez elle ce matin, elle mettait au monde une fille bien vivante et bien conformée et mourait presque aussitôt après, de la mort des justes, cela va sans dire. La nouvelle qui arrive aussitôt au Kong-so y de prédicateur extraordinaire et fait grand effet sur toute l'assistance admirablement disposée d'ailleurs.

    (A suivre)

    "
    1934/14-24
    14-24
    Mutel
    Corée du Sud
    1934
    Aucune image