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Une rentrée subreptice en Corée : Lettres du p. Blanc à Mgr Ridel (1876) 2 (Suite)

Une rentrée subreptice en Corée Lettres du p. Blanc à Mgr Ridel (1876) Séoul (hors les murs), 10 Octobre 1876 Monseigneur
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    Une rentrée subreptice en Corée
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    Lettres du p. Blanc à Mgr Ridel (1876)
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    Séoul (hors les murs), 10 Octobre 1876

    Monseigneur

    Lépoque du rendez-vous projeté à Pien-men 1 approche, et jen suis vraiment bien aise, car voilà déjà cinq mois entiers que je suis sans nouvelles de Votre Grandeur. Jespère que votre santé continue dêtre excellente et quelles chaleurs de cet été nont pas été trop difficiles à supporter, mais ce qui minquiète un peu, cest quici depuis un mois et demi on parle de guerre violente entre la Chine et lAngleterre, dEuropéens massacrés, de maisons brûlées, etc. Evidemment il y a de lexagération dans tous ces racontars des Coréens, néanmoins je regarde le fait de la guerre comme à peu près certain, mais guerre contre qui ? Et pourquoi ? Et sil y a guerre, quelle est votre position à Notre-Dame des Neiges 2 ? Voilà pourquoi nous désirons vivement recevoir promptement de vos nouvelles. Pour nous, la divine Providence, qui nous a conduits comme par la main jusquà la capitale coréenne, continue de nous assister dune manière bien sensible, car voilà déjà cinq mois que nous sommes ici, et nous navons encore éprouvé aucun accident fâcheux. Aussi chaque jour ne cessons-nous dadmirer et de remercier la divine Providence, dont nous sommes vraiment les enfants chéris ; cest pourquoi nous sommes pleins de confiance et de courage, persuadés que notre présence sur le sol coréen est agréable au divin Maître et dans ses desseins de miséricorde sur notre pauvre Mission.

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    1. Pien-men (porte de la frontière) était la dernière ville chinoise du côté de la Corée, près de la Mer Jaune. Chaque année, lors du passage de lambassade coréenne, à laller et au retour de Pékin, il y avait une foire qui durait plusieurs jours. Pour cette raison, les chrétiens coréens avaient de tout temps choisi cette route et cette ville pour correspondre avec les missionnaires.
    2. N.-D. des Neiges est le nom donné par les missionnaires au village de Tcha-kou, où ils résidaient, attendant le moment favorable pour entrer en Corée. Mgr Ridel y séjourna plusieurs années.


    Jaurais bien des choses à dire à Votre Grandeur, mais je ne sais vraiment par où commencer ; je vais essayer cependant de vous communiquer ce que jai pu recueillir de plus intéressant. Je nai pas encore vu beaucoup de chrétiens, la prudence nous ayant fait une loi de ne faire connaître notre arrivée que peu à peu et à un petit nombre de personnes sûres ; malgré cela je crois quaujourdhui un bon nombre de chrétiens, pour ne pas dire tous, savent que nous sommes en Corée : plusieurs, dit-on, ont été effrayés de cette nouvelle et ont peur quil ne surgisse une nouvelle persécution à cause de nous ; mais le plus grand nombre, au contraire, en est tout joyeux et se dispose à faire tous les efforts possibles pour participer aux sacrements. On nous a dit que cinq familles de Nai-Po 1, ayant appris que nous étions cachés en Kang-ouen 2,ont aussitôt émigré avec tout leur bagage pour aller sétablir dans cette province ; un peu plus tard on a aussi parlé dune trentaine de familles du Sud qui avaient fait la même chose pour se rapprocher de nous et recevoir les sacrements. A lexception de Nang-tchyen 3, tout le nord de Kang-ouen est peuplé de nouveaux chrétiens : ce sont des fugitifs de Hoang-hai, de Hpyeng-an et de Kyeng-keui 4, ils habitent des lieux où jadis il ny avait pas de chrétiens ; ils sont assez tranquilles, mais ils sont logés dans de bien pauvres baraques ; quand on leur demande pourquoi ils ne sinstallent pas mieux, ils répondent : A quoi bon ? Dès que nous saurons où aller pour trouver un prêtre, nous voulons déménager, et alors comment vendre ce que nous aurons construit ici ? Plusieurs, dit-on, sils savaient notre présence à la capitale, y accourraient de quatre, cinq, six jours, avec femme et enfants, pour recevoir les sacrements.

    Dans Ham-kyeng-to 5, il y aurait deux ou trois kong-so 6 dans le district de An-pyen, mais ce sera difficile dy aller. En tout cas on assure que dans le Nord il ny a pas un seul traître. Hélas ! il nen est pas de même dans le Sud, et cest ce qui nous suscitera les plus grands embarras ; car comment agir avec les familles de ces misérables ? Leur faire connaître notre présence, cest la faire connaître aux traîtres, et par là sexposer ; les mettre complètement de côté, cest un peu dur, car les familles sont innocentes ; cependant on sarrêtera peut-être à ce dernier parti.

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    1. Nai-po, nom dune région de la province du Tchyoung-tchyeng-to, au sud de Séoul, où, avant la persécution, vivaient de nombreux chrétiens et où se trouvent maintenant de florissantes chrétientés.
    2. Kang-ouen. province de Corée située à lest de Séoul.
    3. Nang-tchyen, actuellement Hoa-tchyen, ville du Kang-ouen.
    4. Hoang-hoi, Hpyeng-an, Kyeng-keui sont trois provinces de Corée. Le Kyeng-keui est la province où se trouve Séoul. Le Hoang-hai est au nord, limitrophe de la province du Kyeng-keui. Le Hpyeng-an est au nord du Hoang-hai et confine à la Mandchourie, dont il nest séparé que par le Yalou.
    5. Ham-kyeng est le nom de la province nord-est de Corée. Actuellement cette province depuis 1920 fait partie Vicariat de Wonsan (Ouensan).
    6. Kongso est le nom donné par les missionnaires soit à une chrétienté, soit aussi à la maison où, dans cette chrétienté, les chrétiens se réunissent pour la prière et où ils reçoivent le missionnaire.


    Sans ces traîtres, je pourrais probablement cette année aller faire un voyage en Tjyen-la-to 1, car tout le monde dit quil y a beaucoup plus de chrétiens quavant la persécution et quils y sont assez tranquilles ; il y a des villages tout entiers chrétiens, un ou deux se composant dune vingtaine de maisons. Il paraît que lon pourrait y aller assez facilement de maison en maison. Voici la route dont on parle : dans tous ces endroits il y a plus ou moins de chrétiens : Ryong-in, Yang-syeng, An-syeng, Tjik-san, Tjyen-eui, Kong-tjyou, Kyei-ryong-san, Tjin-tjam, Tjin-san, Keum-san, To-kani, Kosan, Tjyen-tjyou, Tjyen-eup, Syoun-tchyang, Tjyang-syeng, Ko-tchyang, 2 etc. Jattends le retour du Marquis 3 pour voir ce quil y aurait à faire cette année. On me propose comme catéchistes du Sud, pour remplacer les anciens tous disparus de mort violente par la main du bourreau ou de maladie : 1º Ni Koseraki (Jean) ; 2º Hyen Sa-kyei-ni, et 3º un ancien catéchiste du nom de Sin, mais je ne connais pas assez ces chrétiens pour les nommer catéchistes actuellement.

    La province de Kyeng-syang 4 est toujours le livre fermé de lApocalypse : on ne sait vraiment que faire pour en avoir des nouvelles. Votre vieux catéchiste Kim (François) est encore vivant, dit-on, mais on ne sait où il habite. Si je descends dans le Sud, jespère être plus heureux et pouvoir obtenir des informations plus précises. Pour ce qui est des chrétiens de la capitale, voici une liste fournie par un chrétien très au courant des affaires : dans lintérieur de la ville, pratiquants 42, tièdes 62 ; dans les faubourgs, pratiquants 92, tièdes, 82, catéchumènes prêts au baptême, 25 ; ce qui donnerait un total de 303 chrétiens bons ou mauvais, mais je ne puis garantir ce chiffre. Il est impossible de savoir au juste le nombre de chrétiens survivants ; daprès une estimation commune, en tenant compte des victimes de la persécution, des chrétiens morts de misère ou de maladie, on pense quil en reste néanmoins un peu plus de la moitié. Mais dans quel état se trouvent-ils ? Je ne connais pas encore assez la situation de ceux des provinces pour en parler, mais les pauvres chrétiens de la capitale sont dans un état bien déplorable. Ils sont presque tous ruinés et réduits à la mendicité. La plupart des hommes nont guère dautre métier que celui de portefaix ou hommes de peine ; les femmes, qui sont ici beaucoup plus nombreuses que les hommes, sont presque toutes de pauvres veuves cachées dans des maisons païennes ou vivant péniblement de leur travail. Et voilà que de plus cette année nous sommes menacés de la famine. Le riz a manqué dans les provinces du Sud, faute de pluie ; aussi aujourdhui un dixième de boisseau ou toi se vend 55 sapèques ; un toi donne à peu près cinq tasses de riz. Or beaucoup des pauvres chrétiens de Séoul ne peuvent gagner cinquante sapèques par jour pour en acheter ; aussi, souvent, dans les familles un peu nombreuses, il y a des gens qui se passent de manger, soit le matin, soit le soir. Jai distribué quelques aumônes aux plus nécessiteux, mais que faire ? Si on avait un peu de liberté et quon pût recueillir ces pauvres gens, on en aurait bien vite un établissement complet. Et, au point de vue spirituel, ils sont peut-être dans un état plus déplorable encore ; la plupart, ayant perdu tous leurs livres et objets de piété, ont oublié par là même à peu près toutes leurs prières ; vivant sans cesse au milieu des païens, obligés de se cacher pour éviter la mort, beaucoup malheureusement ont vécu comme des païens et pris part aux superstitions, ceux surtout qui, en perdant quelque parent, ont été dans la nécessité de se déclarer chrétiens, et par là même démigrer et de tout perde ou de faire un enterrement païen à leur parent chrétien. En somme, parmi ceux qui nous ont été présentés comme chrétiens fervents, peu savaient leurs prières du matin et du soir, beaucoup ne savaient que les douze prières principales, et plusieurs même ne savaient guère que Pater, Ave, Credo ; aussi je suis convaincu quil était grand temps que nous arrivions. Le Bon Dieu na pas permis que nous puissions le faire plus tôt, mais je crois que le moment actuel est tout à fait lheure de la Providence. Donc Dieu soit loué et bénie soit toujours sa très aimable et adorable volonté !

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    1. Tjyen-la-to province au sud-ouest de la Corée.
    2. Ces districts sont encore aujourdhui habités par de nombreux chrétiens.
    3. Le Marquis est le surnom donné à un chrétien du nom de Ri, dont la famille se montra toujours dévouée à lEglise.
    4. Kyeng-syang-to, nom de la province sud-est de Corée, forme actuellement avec le Tjyen-la-to le Vicariat de Taikou.

    Pour encourager les pauvres chrétiens de la capitale et réchauffer le zèle des plus fervents, jai déjà donné les sacrements dans deux kong-so différents ; la première fois, cétait dans lintérieur de la ville, le jour de la fête de saint Pierre ; la seconde fois, dans les faubourgs, au quartier appelé Mou-hoa-kouan (16 juillet). Chaque fois, revêtu du grand costume de deuil, je quittais la maison à la tombée de la nuit, pour y revenir avant le jour, car aucune des deux maisons servant de kong-so ne pouvait me cacher durant le jour. Dans les deux fois jai entendu 13 confessions ; il ny avait que des femmes, dont plusieurs, âgées de plus de 70 ans, priaient depuis longtemps le Divin Maître de ne pas permettre quelles mourussent avant davoir pu recevoir au moins une fois les sacrements ; cest surtout à cause de ces bonnes femmes que je me décide à aller en ville. Grâce à Dieu, ces deux expéditions ont eu lieu sans accident ; jespère que ces deux visites seront abondantes en fruits de bénédiction et que les quelques âmes privilégiées qui ont eu le bonheur de recevoir les sacrement de Pénitence et dEucharistie sauront témoigner à Dieu leur reconnaissance par un redoublement de ferveur pour leur propre sanctification et pour celle de leurs voisins et voisines moins heureux. Jusquici je nai pu faire que bien peu de chose personnellement ; néanmoins je crois que les résultats obtenus sont déjà bien grands : deux ou trois mois après notre arrivée on nous signalait un réveil presque général ; des gens qui ne savaient rien de notre présence se mettaient en relations avec dautres chrétiens et promettaient de pratiquer ; dautres, qui connaissaient notre présence, se mettaient à rapprendre leurs prières et à observer plus fidèlement les commandements de Dieu et de la sainte Eglise. Même, dans le Sud, des gens qui voulaient vendre leurs livres de prières ont tout à coup changé de sentiment et se sont remis à la pratique de leurs devoirs. Evidemment on ne peut attribuer ces changements consolants quà lefficacité du St-Sacrifice que nous avons le bonheur doffrir tous les jours. Il y avait si longtemps que le précieux Sang du Divin Maître ne coulait plus sur cette malheureuse Corée ! Mais il nen est plus ainsi ; Dieu soit loué, la parole du Prophète est aujourdhui vraie à la lettre, et notre chère terre de Corée ne fait plus exception : Ab ortu enim solis usque ad occasum, magnum est nomen meum in gentibus, et in omni loco sacrificatur et offertur nomini meo oblatio munda. Cependant ce travail de régénération ne se fera pas sans douleur : sans parler de la persécution qui peut toujours éclater du jour au lendemain, ici à la capitale, en particulier, le manque dhommes influents, instruits, zélés, et la pauvreté des chrétiens seront deux grands obstacles. Tous les anciens catéchistes ou autres chrétiens influents ont disparu, il ne reste, hélas ! de ces anciennes familles que deux traîtres ; lun appelé Tchoi, fils du catéchiste Tchoi, et lautre Hpi Paul, fils adoptif dun autre catéchiste (notre première maison était située dans le voisinage de ces deux misérables). Aussi, tout en reconnaissant la nécessité de créer quelquun catéchiste, je ne trouvais personne. Dans toute la capitale il ny a pas non plus un seul chrétien qui puisse être maître de maison ; si le vieux Jean venait à mourir, nous serions fort embarrassés ; aussi actuellement est-on occupé à chercher. Enfin, le dimanche du St-Rosaire, jai établi catéchiste un chrétien de lintérieur de la ville, nommé Tcho Tcham-poung ; je crois quil remplira convenablement sa charge, quoiquil ne sache pas le chinois et peut-être pas assez le eun-moun, car dès sa nomination il sest mis avec zèle à louvrage. Je prie Votre Grandeur de lui accorder une bénédiction spéciale et je le recommande à vos saintes prières.

    Le second obstacle est la pauvreté des chrétiens. Votre Grandeur sait déjà que, sous ladministration du Régent, le prix de toutes choses a doublé, à cause de lintroduction des sapèques chinoises dans le commerce, et aujourdhui, quoiquil ny ait plus de sapèques chinoises, le prix des choses est resté ce quil était alors ; ce qui fait que le papier, lencre, les pinceaux sont fort chers, et les chrétiens qui se sont mis à transcrire des livres de religion sont obligés, pour se tirer daffaire, de vendre leurs livres à un prix assez élevé ; ainsi un simple catéchisme se vend une ligature trois ton, soit 130 sapèques, au lieu de 40 en 1866 ; le 1er et le 4e volume du kong-koa deux ligatures le volume, le 2e et le 3e trois ligatures chacun, ce qui fait dix ligatures les quatre, au lieu de trois et demie ut olim ; dans le Sud, cest même douze ligatures. De laveu de tous, ce prix nest que juste, mais en réalité nest-il pas trop élevé pour nos pauvres chrétiens ? pour ceux de la capitale surtout ! Très peu pourront mettre une pareille somme ; non seulement ils ne peuvent acheter le kong-koa, mais ils ne pourront même pas acheter le catéchisme. Un de nos chrétiens, Pak (Pierre), voyant que de tous côtés on réclamait des exemplaires des sip-itan, en avait fait copier une vingtaine dexemplaires et pensait les vendre 15 sapèques pièce : il na pu trouver dacheteurs et a été obligé de les distribuer gratis. Notre vieux en a aussi écrit et distribué plusieurs gratis. Or, comme je lai dit plus haut, presque tous ont oublié leur catéchisme et leurs prières ; les enfants ne sont pas instruits, ce qui fait que les chrétiens sont fort embarrassés, et moi aussi, car comment donner les sacrements ? Et comment les refuser ? Ne serait-ce pas éteindre la lampe qui brûle encore un peu ? Une bonne uvre à faire serait de faire écrire ou imprimer des livres et de les distribuer au prix quon les vendait avant la persécution ; mais évidemment ce nest pas à moi à faire cela ; cest pourquoi jen parle un peu longuement à Votre Grandeur, la priant de décider ce quil y aurait de mieux à faire et de venir au secours de ses pauvres enfants.

    Je nai pas encore eu de difficultés pour les cas de mariage ; jai bien trouvé des mariages entre chrétiens et païens, mais jai laissé les gens dans le statu quo en attendant les réponses de Rome. Voici un cas qui sest déjà présenté deux fois à la capitale et en Kang-ouen : il sagit de mariage entre deux jeunes gens chrétiens, le garçon instruit, fervent, sachant la doctrine et ses prières ; la fille (15 ans-19 ans) baptisée dans lenfance, mais ne sachant que Pater, Ave, Credo, et dans limpossibilité dapprendre chez ses parents fort tièdes ; le mariage a eu lieu devant des témoins. Le mariage, je crois, est valide ; et licite, puisquil ny avait pas moyen dinstruire la fille à fond avant le mariage et que la chose pressait, mais cest bien triste tout de même et le cas, hélas ! ne sera pas rare. Jai trouvé aussi le cas dun catéchumène veuf qui, après avoir cohabité quelque temps avec une veuve païenne, introduite chez lui sans aucune cérémonie civile, sen est bientôt séparé et demande aujourdhui à se marier avec une chrétienne. Comme on ne connaît pas encore la réponse de Rome, jai fait faire linterpellation, qui, dans le cas, nétait pas difficile ; mais je crois de plus en plus quil ny a pas de mariage du tout dans le cas de ces veuves païennes : cest pur concubinage.

    Deux mots maintenant sur les superstitions. Jai dit plus haut quil y avait ici beaucoup de pauvres femmes qui recevaient lhospitalité chez des païens ; de là, pour plusieurs, la nécessité de participer aux superstitions ou de senfuir ailleurs, et peut-être de mourir de faim. Le cas est grave, mais clair : à celles-là on ne peut donner les sacrements si elles ne renoncent à la participation direct aux superstitions. Mais, pour dautres, le cas est moins clair : sans être domestiques, elles rendent de petits services à la maison, et, dans un cas de presse, par exemple, on les plie de peler des châtaignes, de hacher un peu de viande, dapporter par ci par là un bâtonnet ou une tasse ; pour le reste elles nont pas à préparer la table du sacrifice ni à la porter. Dans ce cas y a-t-il participation directe ? Elles voient bien que cest pour le sacrifice, mais on ne leur demande pas dy coopérer ; on leur demande seulement ces petits services qui tendent à ce sacrifice. Y a-t-il obligation de refuser et de quitter la maison ? car elles sont dans une très grande nécessité, et, du reste, le cas ne se présente pour elles que de loin en loin.

    Un chrétien va au marché, ses voisins le prient dacheter quelques châtaignes, jujubes ou kakis, destinés probablement au sacrifice, quoiquon nen dise rien ; pas moyen de refuser, ce nest ni lourd, ni gênant, quid ? Le chrétien, méprisé, à moitié connu et toléré, on lui commande cela plutôt quon ne le prie de le faire. Sil refuse, il se fait un ennemi du voisin, et bientôt de tout le village, et alors obligé démigrer.

    Plusieurs chrétiens sont gardiens de tombeaux, pour cela ils ont des champs à cultiver, vivent à laise et pratiquent ; mais de temps en temps le maître vient faire des sacrifices, et le moi san tjik-i est obligé de porter la natte pour faire les prostrations devant le tombeau, quelquefois aussi les bâtonnets dencens. Quid? On dit, par ailleurs, quun domestique peut accompagner son maître aux pagodes et même porter, v. gr., une poule qui y sera certainement immolée, sans quil y ait participation directe. Je serais heureux de recevoir de Votre Grandeur une solution à ces différentes questions.

    Voilà à peu près les nouvelles générales ; pour ce qui est de nos Martyrs, je nai pu obtenir aucun renseignement positif ; on dit que les deux soldats chrétiens qui ont assisté aux interrogatoires et à lexécution, So In-kyei-mi et So Syeng-kyei-mi, vivent encore ; jai envoyé à leur recherche, mais on na pu les retrouver. Pour ce qui est de lavenir, si le Bon Dieu continue à nous accorder le peu de tranquillité et de paix dont nous jouissons maintenant, je me propose dans quelque temps de commencer ladministration régulière des chrétiens de la capitale ; je ne lai pas fait plus tôt afin de leur donner le temps de se réveiller et de se remettre un peu plus courageusement à la pratique de leurs devoirs, car malheureusement la peur a fait un grand nombre de tièdes et de relâchés ; par là aussi je leur ai donné le temps de rapprendre les principales prières. Mais ladministration sera fort difficile à cause du manque de lieux de réunion ; on parle de cinq en tout, et, sauf la maison du catéchiste, dans laquelle je pourrai passer une nuit et un jour, dans les quatre autres kong-so je serai obligé de tout faire de nuit et de me retirer avant le jour. A la grâce de Dieu !

    Le voyage dans le Sud dépend des informations que doit mapporter bientôt le fils du marquis, mais la réussite est douteuse. Un autre voyage décidé, qui offre plus de garanties et, dit-on, presque aucune difficulté, cest une visite aux chrétiens de Sin-kyei, dans la province de Hoanghai-to ; ils mont envoyé dernièrement Nim (Pierre) Syeng-sil-i, notre maître-barquier de mai dernier, comme ambassadeur, et voici les nouvelles quil ma données : à Sin-kyei, 20 maisons chrétiennes, 150 chrétiens, 42 catéchumènes prêts au baptême, 35 baptêmes à suppléer, etc. ; tout le mon sait son catéchisme et récite ses prières ; les Pères pourraient se cacher un an chez eux sans difficulté. Voici la route : de Séoul à Hpa-tjyou, 70 lis : 2 maisons de chrétiens ; de là à Sak-ryeng, 100 lis : environ 10 maisons ; dans ce district habite un ancien catéchiste du temps de Mgr Berneux, nommé Kim Hyeng-ok-i, 56 ans, plein de zèle et de ferveur, admiré et respecté de tous les chrétiens ; je lui ai fait écrire pour le nommer de nouveau catéchiste, comme le désiraient les chrétiens ; jai aussi nommé un autre chrétien de Hoang-hai, Ni Oun-ko, 60 ans, vivant actuellement à Hpyeng-kai en Kang-ouen ; de là à Sin-kyei, 140 lis, mais dans lintervalle un chrétien sétablirait pendant quelque temps pour me recevoir à laller et au retour. Enfin à Sin-kyei, quatre ou cinq kong-so. Jai promis dy aller au commencement de la 10e lune, après la réception des lettres de Votre Grandeur, sil ny avait rien dextraordinaire. De Sin-kyei je verrai si je puis aller un peu plus loin à Kou-ouel-san ou ailleurs ; dici on ne peut rien décider, Dans le cas contraire je reviendrais à la capitale. Que le Divin Maître veuille bien bénir mes premières armes !

    Jarrive maintenant aux affaires du ménage. Pour moi, Dieu merci, je continue à me porter passablement et peu à peu je me fais au régime coréen ; mais il nen est pas de même de mon confrère. Le pauvre M. Deguette a presque toujours été malade depuis son arrivée ici ; il a je ne sais quelle maladie destomac que les médecins coréens, même celui du Roi, qui sy est mis aussi, nont pu encore guérir ; il est sujet à de fréquentes indigestions qui produisent naturellement la diarrhée ; il ressemble beaucoup, dit le vieux, à Mgr Daveluy au point de vue de la santé. Il ny a, je crois, rien à craindre pour la vie dici longtemps, mais ces fréquentes indispositions le fatiguent beaucoup et lempêchent de travailler ; aussi nest-il pas très fort en coréen ; il commence à parler, mais ne pourrait point confesser ; peu à peu il se guérira, jespère, et alors se mettra au travail pour de bon. Le reste du personnel de la maison na presque pas changé ; nous avons cependant une nouvelle cuisinière-couturière, qui a remplacé la première. Mais nous sommes installés dans une maison nouvelle, sise hors les murs, dans le quartier appelé Ko-ma-tchyang-kol, non loin du palais du gouverneur, dont la musique nous donne soir et matin sérénade et aubade, à la fermeture et à louverture des portes de son palais. Nous sommes presque sous les remparts, au S.-O. de la ville, non loin de la porte appelée Sai-moun ; nous avons pour principal voisin un gros noble du nom de Tchai (la Biche), aujourdhui pyeng-sa je ne sais où. Cette nouvelle maison (vieille de 2 ou 300 ans, car elle date de Kang-hi,) nous coûte 1250 ligatures, ou 1264,50 tous frais compris. Elle contient un grand nombre de chambres (kan) et surtout une entrée très favorable pour faire la fraude, et aussi un petit corps de logis situé derrière et séparé de la maison principale. Cest là que nous avons établi la chapelle (2 kan qui ne servent quà cela) et la future chambre préparée pour Votre Grandeur ; cest là que jhabite en attendant. M. Deguette a ses chambres dans la maison principale. Sil ny a pas daccident fâcheux, je crois cette maison bien commode pour nous cacher. Nous avons été obligés dabandonner lancienne maison, aujourdhui déjà revendue au prix quelle avait coûté, 330 ligatures, parce quelle était placée dans un quartier plein de satellites, de sorcières, qui chantaient et vociféraient presque tous les jours et toute la journée, surtout à cause de nos voisins immédiats, qui étaient beaucoup trop près et pouvaient entendre tout ce qui se passait chez nous. De plus, personne ne pouvait entrer ou sortir de chez nous sans que tous les voisins vis-à-vis sen aperçussent. Comme tous les chrétiens regardaient la chose comme nécessaire, je nai pas fait de difficulté pour lachat de cette nouvelle maison, dont nous avons pris possession le jour de lExaltation de la Sainte Croix. Mais lachat de cette maison et lentretien journalier de tout le personnel de la maison ont diminué considérablement nos ressources. Nous navons pas encore touché le prix de lancienne maison, le nouveau propriétaire nayant encore rien payé. Largent est, à cause de la disette, à un taux extrêmement faible ; le taël se vend seulement cinq ligatures, au lieu de sept quand nous sommes arrivés. Tout ici, au contraire est très cher et on est effrayé de voir comment largent disparaît, surtout dans une maison comme la nôtre, où il faut tout et toujours acheter, jusquà la plus petite chose. Le vieux en est dans la désolation et serre tant quil peut, comme moi, les cordons de la bourse ; mais la nécessité est là. Aussi, par loccasion de la 9e lune, si vous ne nous avez pas envoyé un peu dargent, je prie Votre Grandeur de ne pas nous oublier à la fin de lannée, car, pour préparer la barque de mai, il y aura aussi et encore des frais à faire. La première barque (coréenne 1875) a été vendue au prix de 115 ligatures ; celle de mai 1876 a pu être conservée telle quelle ; on la confiée à un parent du vieux Kim Antoni, et elle pourra ainsi nous servir de nouveau pour les prochaines expéditions. En vue de votre prochaine arrivée, je suis maintenant en pourparlers avec le marquis et son fils pour un établissement dans le Sud, en Tchyoung-tchyeng, par exemple ; ce nest que dans une quinzaine de jours et plus que je pourrai avoir une réponse. Si la chose réussit, M. Deguette irait sétablir dans ce nouveau poste, et moi je garderais la capitale jusquà larrivée de Votre Grandeur et des nouveaux confrères. Mais cela encore va entraîner beaucoup de dépenses, car là aussi il faudra nourrir toute la maisonnée ; jusquici impossible de trouver un chrétien assez à laise pour pouvoir faire loffice de maître de maison à son compte. A la grâce de Dieu !

    17 Octobre. Jarrive de campagne et je me hâte de clore ma lettre, car le courrier va partir. Lexpédition de Sin-kyei, dans le Nord, ayant été décidée, je résolus de faire avant le départ ladministration des chrétiens de la capitale. Mon nouveau catéchiste se mit donc à luvre et peu à peu, ayant réuni un certain nombre de chrétiens et disposé sa maison pour en faire un kong-so, le 14 Octobre au matin je quittai la maison, revêtu de mon précieux quoique très laid costume de deuil. En route nous passâmes devant le palais royal, mais il était nuit et je ne pus rien distinguer ; jentendis seulement le bruit dune assez grosse clochette que lon agitait continuellement, je me crus un moment en présence du kou-ryou-kan et, pensant à cette prison qui avait été pour un si grand nombre de nos confrères la porte du ciel, je recommandai mon âme à Dieu, le priant de la recevoir quand il lui plairait. La clochette dont je parle nétait pas cependant celle que je pensais, cétait une clochette du Ministère des Finances, que lon agitait toute la nuit dans la chambre où se trouvent les principaux trésors du royaume et cela pour écarter les voleurs. Arrivé au kong-so, jy ai passé deux jours entiers ; le nombre des chrétiens était de 24 : 13 le premier jour et 11 le second. Je disais la sainte Messe vers une heure et demie du matin. Après déjeuner je faisais lexamen et je confessai, ce qui me prenait presque toute ma journée, et le soir je faisais les baptêmes ou suppléais les cérémonies. Parmi les chrétiens réunis pour recevoir les sacrements, très peu savaient le Tjyo-man-hoa par cur, la plupart ne savaient que les douze prières principales et très peu étaient en état de réciter le catéchisme sans broncher. Les vieux surtout lavaient presque entièrement oublié. Après les avoir interrogés assez longuement sur les principales vérités, je leur rappelai que la règle de la Mission était de ne pas donner les sacrements à ceux qui ne récitaient pas les catéchismes, et que, à la prochaine fois, il faudrait en passer par là. Cependant ce sera bien difficile : pauvreté, vieillesse, impossibilité à cause des païens. Tous me promirent de faire leurs efforts et je leur donnai les sacrements. Dans ces deux jours jai eu 22 confessions, 14 communions, 2 baptêmes dadultes, 2 denfants, suppléé les cérémonies à 4 enfants, 1 extrême-onction ; ce qui fait comme total jusquà ce jour 56 confessions annuelles, 36 communions, plus 2 baptêmes dadultes, 2 denfants ; cérémonies suppléées à des enfants 7, baptême dadulte sous condition 1, extrême-onction 1. La pauvre femme à qui jai donné lextrême-onction est âgée de 77 ans, baptisée en 1866 par un catéchiste de la capitale, elle a pratiqué fidèlement au milieu de sa famille toute païenne le peu quelle savait. Dernièrement, ayant rencontré une chrétienne et appris notre présence, elle a manifesté le plus vif désir de me voir : quoiquelle ne sût pas un mot de catéchisme, comme elle savait les sip-i-tan, jy consentis. Comme la Providence est adorable dans ses voies ! A peine arrivée au kong-so, la pauvre vieille perd connaissance, sa langue se colle au palais, etc., il y a danger évident de mort ; comme on ne peut et on nose pas la transporter à la chapelle, je me hâte de me rendre dans la chambre où elle était. La connaissance lui étant un peu revenue, je pus la confesser, lui parler un peu de lextrême-onction, et enfin lui administrer ce sacrement, quelle reçut avec beaucoup de piété. Rapportée en chaise chez elle, elle nest pas encore morte, mais elle est devenue complètement sourde et son intelligence est très obscurcie, elle a grandpeine à comprendre ce quon lui dit.

    Les deux femmes que jai baptisées sont aussi des catéchumènes de 1866 ; la première, âgée de 60 ans, appartient à une famille noble de la capitale, du nom de Kim, sa petite-fille et une de ses brus sinstruisent actuellement et apprennent leurs prières à linsu de leurs autres parents. Arrêtées toutes trois en 1866, elles furent presque aussitôt relâchées sur lordre formel du frère aîné du Régent. Malheureusement à cette époque, ne connaissant pas assez la doctrine catholique et croyant que le baptême deau était absolument nécessaire au salut, comme elles ne lavaient pas encore reçu, elles déclaraient quelles nétaient pas chrétiennes. Depuis, ayant appris que le martyre ou baptême du sang ouvre aussi la port du ciel, elles ont eu les plus grands regrets de la conduite quelles tinrent alors et tâchent de réparer leur faute par une conduite exemplaire. Comme il leur est très difficile de sortir, je ne sais quand je reverrai la personne que jai baptisée, ni quand je pourrai baptiser les deux autres. La foi, la piété, le désir ardent de recevoir le baptême témoignés par la catéchumène que jai baptisée ont dû être bien agréables au divin Cur de Jésus : quil daigne la protéger et mener à la vraie foi et au vrai bonheur le reste de cette famille ! Lautre personne que jai baptisée est une femme du peuple, denviron 50 ans. En 1865 elle savait presque tout son catéchisme et Mgr Berneux avait promis de la baptiser à la prochaine administration ; mais la persécution ayant éclaté, cette pauvre femme pendant longtemps sest trouvée isolée de tous chrétiens et seule au milieu dune famille païenne qui voulait la forcer à faire des superstitions. Ferme dans sa foi, elle na jamais voulu y consentir et sest trouvée exposée à des tracasseries, injures sans nombre Deux fois même son mari furieux la couchée par terre, la liée par les quatre membres et, lui montant sur la poitrine, a essayé de la tuer en lui pressant la gorge avec un bâton. Elle est sortie victorieuse de toutes ces épreuves, mais na pu convertir personne de toute sa famille ; cependant elle a pu obtenir de pratiquer en paix sa religion. Aussi vous pouvez penser quel fut son bonheur lors, quaprès examen je lui promis de la baptiser et la baptisai, en effet.

    On mannonce pour la prochaine fois le baptême dune vieille femme, catéchumène depuis 1839 ; séparée des chrétiens dans la persécution, elle na pu en rencontrer que cette année 1876 ; néanmoins elle a été fidèle à pratiquer ce quelle savait, Nayant quun chapelet et quelques médailles comme objets de piété, elle a récité et récite encore son chapelet à la chinoise, le Pater et lAve tels quils sont dans les livres de prières chinois, nayant pas appris les prières en eun-inoun. Dieu soit loué ! Nest-ce pas le cas de dire : Nullus speravit in Domino et confusus est ?

    A propos de chapelets, jusquici jen ai distribué à peu près une soixantaine et plus ; je dis distribué, car les pauvres chrétiens de la capitale sont dans un état si misérable que je nai pas osé les vendre ; du reste les vendre à quel prix ? Et puis ne sont-ce pas des chapelets de luvre apostolique ? Comme rien na été réglé là-dessus au moment du départ, je continuerai à les distribuer jusquà avis contraire. Pour ce qui est des croix, je nen ai donné quune dizaine comme récompense aux barquiers, au catéchiste et à deux ou trois chrétiens qui ont travaillé le plus pour nous ; plusieurs chrétiens demandent à en acheter, mais comme je ne connais pas les prix, je nai pas voulu en donner ni en vendre avant davoir reçu avis de Votre Grandeur, car je crois que ces crucifix ont été achetés avec largent de la Mission. Je termine ici cette lettre que Votre Grandeur trouvera peut-être trop longue. Je la prie néanmoins den excuser le décousu et le griffonnage, mon intention ayant été de faire plaisir à Votre Grandeur en étant plutôt trop long que trop bref. Du reste lencre coréenne abîme joliment les plumes, il faudrait en changer tous les jours et alors...

    Jai passé ces derniers quinze jours dans une union plus intime encore que jamais avec Votre Grandeur à cause des nombreux dangers courus avec Elle lannée dernière à pareille époque ; jespère que Votre Grandeur ne maura pas oublié non plus dans ses prières et surtout au saint Sacrifice de la Messe. Le temps me paraît quelquefois un peu long en labsence de Votre Grandeur, aussi je désire vivement voir arriver bientôt le mois de Mai 1877 afin davoir le plaisir de vous revoir et daller chercher dans votre cur paternel consolations et encouragements au milieu des mille difficultés qui nous environnent. Mon soutien en attendant est la prière et la joie de faire la sainte volonté de Dieu ; mais combien je serai plus heureux, et avec moi tous les chrétiens, quand je pourrai vivre près de vous et travailler sous vos yeux.

    Daignez, Monseigneur, agréer les sentiments de respect filial et de dévouement absolu de votre enfant et lui accorder, ainsi quà tous les chrétiens de Corée, une bénédiction toute spéciale.
    De Votre Grandeur, Monseigneur,
    le très affectionné et dévoué fils en N.-S. J.-C.
    G. Blanc, miss. apost. de Corée.

    P. S. Je dois ajouter un mot encore pour vous communiquer une mauvaise nouvelle : le pauvre M. Deguette semble menacé dhydropisie ; depuis quelques jours il a le ventre, les pieds, le visage enflés, et ressent quand il marche de vives douleurs dans les reins et les entrailles. Serait-ce une vraie hydropisie ? Y-a-t-il moyen de sen débarrasser avec les remèdes coréens ? Je nen sais rien, mais cela minquiète beaucoup, Enfin nous essayerons ; que la sainte volonté de Dieu soit faite en tout et toujours ! A lexception de Kim (Jean) le borgne et du fils du marquis (lequel ne connaît pas grandchose) il ny a plus de médecins chrétiens ; je dis quil ny en a plus, je nen connais point du moins, les chrétiens étant encore actuellement inconnus et ne se connaissant pas entre eux. Ce qui me rappelle que dernièrement, à quelques pas de chez nous, une pauvre femme est morte, nayant pour lassister que sa fille aussi chrétienne. La pauvre mourante désirait beaucoup revoir quelques chrétiens avant de mourir, le Bon Dieu ne la pas permis ; ce nest quaprès sa mort quun chrétien, allant par hasard dans cette famille, a pu apprendre ces détails, se faire connaître et dire que tous les chrétiens nétaient pas morts.

    Je prie Votre Grandeur de ne pas oublier de nous envoyer Ordo et calendrier chinois pour 1877 par le courrier de lhiver. La feuille dadministration pour les baptêmes est très difficile à remplir : il y a une foule de questions auxquelles il est impossible de répondre, surtout en ce qui concerne les parrains et même les baptiseurs, le baptisé étant ici, le baptiseur ou le parrain on ne sait où.

    Je laisse ouvertes les lettres que jadresse à M. Delpech et à M. Féron, vous laissant la liberté den prendre connaissance : peut-être y aurait-il quelque détail omis dans la lettre que jadresse à Votre Grandeur. Naturellement, une fois cachetées, elles seraient envoyées à destination.

    Le fils du Roi actuellement est malade ; il ne fait que crier jour et nuit ; toute la Cour est dans linquiétude et malheureusement on sadresse au diable pour obtenir la guérison ; sorciers, sorcières, aveugles, bonzes etc., font des superstitions à qui mieux mieux. Le caractère du Roi, si porté aux superstitions, inspire quelques inquiétudes pour le jour où il sagira des chrétiens. A la garde de Dieu ! L. J. C.
    1926/412-427
    412-427
    Blanc
    Corée du Sud
    1926
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