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Une page de lHistoire de Chine : Le dernier des Ming

Une Page de lHistoire de Chine Le dernier des Ming
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    Une Page de lHistoire de Chine
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    Le dernier des Ming
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    Les dernières années de la dynastie des Ming caractères chinois et les premières années de celle des Tsin caractères chinois furent marquées par les troubles traditionnels qui accompagnent en Chine ces sortes dévénements : révolutions, indépendance des chefs militaires, désordre, etc. Cette période malheureuse dura près dun demi-siècle. Cinquante années de guerres intestines : ce semble être le temps nécessaire à cet immense pays pour reprendre son équilibre après chaque changement de dynastie. En vertu des exemples anciens ou des lois de lhistoire, la révolution actuelle durera-t-elle aussi longtemps ? A considérer la marche des événements, la réponse ne semble pas douteuse.

    En 1630, Li Tsetcheng caractères chinois, chef dune petite tribu, réussit, grâce à sa vigueur et à son habileté, à attirer à lui plusieurs petits roitelets et forma le projet denlever lempire aux Ming dégénérés. Il se rendit maître successivement des provinces du Chensi et du Honan, entra par trahison à Pékin et se proclama premier empereur de la dynastie des Choun caractères chinois (1644). Incapable de résiste, lempereur Tchoang Lié-ti caractères chinois se suicida pour ne pas tomber entre les mains du rebelle.

    Après cette mort plusieurs princes Tchou caractères chinois (nom de famille des Ming) se déclarent héritiers légitimes du trône impérial ; ils sont lun après lautre défaits ou mis à mort : Tchou Yeousong caractères chinois de Nankin, Tchou Yukien caractères chinois de Tang, Tchou Yuhai caractères chinois de Lou, Tchou Yeoulang caractères chinois enfin, dont les mésaventures feront le sujet principal de cet article.

    Le premier qui prétendit à la succession de Tchoang Lié-ti fut Tchou Yeousong. Intronisé à Nankin en 1644, il députa à Macao le P. Sambiasi pour demander laide des Portugais contre les Tartares : lenvoyé se heurta, comme il sy attendait, à une fin de non recevoir. Attaqué dans Nankin, le prétendant senfuit et, comme il tentait de passer le Yangtse, un de ses officiers, le voyant en danger de tomber entre les mains des Tartares, le saisit à bras le corps et se précipita avec lui dans le fleuve, où ils périrent ensemble (1645)

    Après lui, Tchou Yuhai, prince de Lou caractères chinois, fut reconnu comme empereur par les partisans des Mings. Assiégé par les Tartares dans la ville de Hangtcheou caractères chinois, il capitula pour avoir la vie sauve et nen fut pas moins mis à mort par les vainqueurs.

    Tchou Yukien, prince de Tang caractères chinois, revendiqua alors la succession et installa sa capitale à Foutcheou (Fokien). Il fut dabord soutenu par le fameux pirate Tcheng Tchelong caractères chinois 1 ; mais, abandonné par lui lorsque les Tartares menacèrent Foutcheou, il prit la fuite vers le Kiangsi et, sur le point dêtre atteint par ses ennemis, il se jeta dans un puits (1646).

    Ces défaites successives ne découragèrent pas les fidèles partisans des Ming. Chassés de Nankin, du Tchekiang, du Fokien, il leur restait encore quelques provinces du sud-ouest.

    Au Kouangsi, le vice-roi Kiu Chese caractères chinois, chrétien plus connu sous le nom de Docteur Thomas, fait nommer empereur Tchou Yeoulang, prince Yongming caractères chinois, petit-fils de lempereur Wanli caractères chinois (1573-1620), qui prit alors le titre de Prince de Kouylin caractères chinois, capitale du Kouangsi. Le titre officiel de son règne fut Yung-li caractères chinois, sous lequel il est lui-même désigné le plus souvent.

    Le nouveau souverain était alors (1646) un jeune homme de 24 ans. Il sinstalla à Tchaoking-fu caractères chinois (Kouangtong) et accueillit à sa cour de nombreux chrétiens. Par lentremise des Pères Sambiasi, Koffler et Boym, il obtint des Portugais de Macao des secours en armes et en soldats. Le généralissime de se troupes était un chrétien, Lucas Tsin caractères chinois; le Docteur Thomas Kin, Achillée Pang, étaient ses conseillers. Le P. Koffler travailla en vain à le convertir ; mais il réussit mieux auprès de lImpératrice mère, quil baptisa sous le nom dHélène, de lImpératrice et de plusieurs dames de la cour, qui embrassèrent aussi le christianisme.

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    1. Tcheng Tchelong, né au Fokien, devint domestique chez des Portugais de Macao et y fut baptisé sous le nom de Nicolas-Gaspard. Il vint ensuite au Japon, sétablit à Hirado (Hizen), épousa une femme japonaise et, ayant acquis une fortune considérable par ses entreprises commerciales avec la Chine, il équipa une flottille pour soutenir les Ming dans leur lutte contre les Tartares. Attiré perfidement à Pékin, il fut incarcéré et mourut dans sa prison.
    Son fils Tcheng Tchekong caractères chinois jura de le venger. Baptisé dans son enfance, il avait fait ses études à Manille, puis à Formose. Cest le fameux Coshinga ou Koxinga (corruption de Kokusen-ya caractères chinois, titre quil reçut de lempereur) des auteurs européens. Il sempara de Formose, doù il chassa les Hollandais et ne cessa de lutter pour la cause des Ming. Il mourut en 1662, âgé seulement de 39 ans. Les Japonais le nomment Tei Seikô. Lempereur Kang-hi fit bâtir un temple en son honneur. Un autre lui a été dédié en 1875 dans la capitale de lîle de Formose. En 1683, la Chine venait de rentrer en possession de lîle, lorsque Mgr Pallu y séjourna quelque temps à la fin de cette même année.

    Lempereur députa même en ambassade à Rome le P. Boym, qui remit les lettres impériales au Pape Alexandre VII et revint en Chine en 1656 ; il mourut en 1659. Le P. Sambiasi était mort à Canton au commencement de 1649 ; le P. Semedo y mourut aussi en 1658. Quant au P. Koffler, il périt dans la guerre civile en 1652. Deux siècles devaient sécouler avant que le Kouangsi revoie des missionnaires.

    Cependant les Tartares ayant repris Canton en 1647, Yung-li transporta sa capitale à Nanning-fu caractères chinois (Kouangsi) : cest là que naquit, dune mère chrétienne, le prince héritier, qui devait être le dernier des Ming (1648).

    Limpératrice désirait vivement que son fils fût baptisé. Après quelques hésitations lempereur y consentit et le prince eut pour parrain Achillée Pang. Il reçut au baptême le nom de Constantin, qui, en rappelant des souvenirs de gloire et de sainteté, semblait autoriser des espérances que lavenir, hélas ! ne devait pas réaliser.

    Voici à ce sujet le récit du P. Boym. LImperatrice et les Reynes sollicitoient pour le Baptesme du petit enfant et pressoient le Pere de le luy donner ; mais le Pere sen excusoit, disant que quoy quil le desirast a passion, il ne pouvoit le faire que lEmpereur ny consentist et ne promist de le faire eslever en la Religion chrestienne et ne le forcer jamais a prendre plus dune femme. LEmpereur, deferant beaucoup aux persuasions de plusieurs autres, differoit le baptesme en refusant son consentement, et cela fesait mesme quil nestoit pas en si bonne intelligence avec les Reynes ; jusqua ce que le petit Prince nouvellement nay fust saisi dune maladie mortelle. Pour lors tout le monde supplioit le Pere de vouloir dire la Messe pour sa sante, mais le Pere, se servant de cette occasion, fit dire a lEmpereur que Dieu estoit en colere et avec beaucoup de raison, puisquapres luy avoir fait soumettre cinq Royaumes entiers, il ne sestoit pas mis en peine den rendre graces à sa divine Majeste, ny procurer que son fils fust fait fils de Dieu par le moyen du Baptesme. LEmpereur fut si touche de cette remontrance quil dit dabord a Achille dappeler le Pere en adjoustant ces mots : Je veux offrir mon fils au Seigneur du ciel et pretens quil soit baptize de la main du Pere. On appella donc le Pere et, en presence de lEmpereur, il baptiza le petit Prince entre les mains de Pang Achilleo, son parrain, avec toutes les ceremonies ordinaires ; il luy donna le nom de Constantin. Mais ce qui acheva la joye de tout le monde et qui donna une grande estime à notre saincte foy, fut que le petit enfant fut soudainement guery entre les mains de son parrain, immediatement apres avoir receu le baptesme. Depuis ce temps la Dieu a fait la grace a lEmpereur de gaigner beaucoup de victoires contre les rebelles et, quoy que lon dist a mon depart que les ennemis avoient pris la capitale de Quamtum par la trahison dun Mandarin, on ma escrit depuis que lEmpereur lavoit reprise, quil avoit encore remporte quelque importante victoire et quil continoit avantageusement la guerre. (Briefve Relation, p.67).

    La conversion de la famille impériale était certes due à la grâce, mais il nen semble pas moins probable que des vues politiques poussèrent les Ming à se tourner vers lEglise, représentée alors par le Portugal. Tchou Yeoulang, comme Tchou Yeousong et Tchou Yukien, sétait abouché avec les Portugais et en échange des secours quil demandait, promettait ses faveurs au christianisme. LImpératrice Hélène, dans sa lettre au Pape Innocent X, à côté de demandes de prières, laissait entrevoir des désirs plus particuliers : Nous envoyons à Votre Sainteté le Père Michel Boym, qui a une parfaite connaissance des choses de notre Empire, pour Lui présenter ces très humbles prières. Il pourra expliquer de vive voix tout ce que nous désirons en particulier. Ces lettres sont datées de 1650.

    En cette même année, Thomas Kiu, vaincu par les Mandchous, fut fait prisonnier et mis à mort : ce fut le commencement dune série de revers.

    En 1651, la cour, affolée, abandonne Nanning, remonte le Kouangsi et arrive à Kouangnan caractères chinois, ville aujourdhui dépendante de la province du Yunnan.

    Voici comment le P. Wieger résume les faits militaires de cette époque.

    En 1651 (après la défaite de Kouylin), les Ming, commandés par Li Tinkoue caractères chinois, Lieou Ouensieou caractères chinois, Sen Ko-ouang caractères chinois, passèrent du Kouangsi par le Kouyteheou dans le Setchoan et semparèrent par surprise de la ville de Tchongking caractères chinois. Une autre de leurs armées pénétra dans le Yunnan. En 1652, Ou Sankoui caractères chinois attaqua Lieou Ouensieou, mais fut défait et échappa à grandpeine à son adversaire ; le vainqueur se rend maître des villes de Kiating caractères chinois, Tchentou caractères chinois, et pousse Ou Saskoui jusquà Paoning-fu caractères chinois, où il lassiège. Dans le Kouangsi, Li Tinkoue enlève Kouylin, où le général Kong Yeoute caractères chinois est tué. Les affaires des Ming se relevaient.

    En 1653, les Mandchous cherchèrent à détacher des Ming le fameux pirate Tcheng Tchengkong ou Koxinga, qui fit la sourde oreille. Cest alors que son père fut mis à mort à Pékin. Le prince Mandchou Nikan caractères chinois entra en campagne et pénétra dans le Hounan caractères chinois. Il commença par battre Ma Tsinchoung caractères chinois près de Tchangcha caractères chinois, remonta le Siang caractères chinois attaqua Li Tinkoue à Hentcheou caractères chinois, le vainquit, mais fut tué dans la bataille. En 1654 Li Tinkoue est obligé de se réfugier à Kouylin.

    Tchou Yeoulang (ou Yung-li) était arrivé à Kouangnan dès la fin de lannée 1651, la cinquième de son règne. Les trois chefs militaires des armées des Ming, Li Tinkoue, Lieou Ouensieou et Sen-Ko-ouang sétaient engagés par serment à ne pas se trahir ni trahir la cause des Ming. Li Tinkoue sera fidèle ; Lieou Ouensieou se fera tuer devant Yunnan-sen ; Sen Ko-ouang, qui semble avoir pris la direction des armées opérant dans le Yunnan, cédera à des visées ambitieuses et passera aux Mandchous. Ce sont ces trois chefs qui font déplacer le pauvre empereur comme ils lentendent. Le malheureux Yung-li est à leur merci pour toutes sortes de questions et surtout celle du budget A Kouangnan il nest guère autre chose que lhôte des armées de Sen Ko-ouang. Au second mois de lannée 1652, ce général, roitelet de Pintong, lui envoie une escorte qui lamène à Ganlong caractères chinois (caractères chinois) (Hingi-fu caractères chinois ou Lanlong caractères chinois). Le palais que Sen Ko-ouang, appelé encore roi de Tsin, mit à la disposition de lempereur nétait pas des plus confortables : la pluie et le vent y entraient à leur aise, dit la chronique de Hingi-fu. Yung-li doit mendier une natte, manière déguisée de réclamer un petit supplément. Le préfet de lendroit, appelé Oui Intan, qui navait pas reçu des pouvoirs bien étendus, sans doute, nosa prendre sur lui daméliorer la situation faite à la Cour ; mais Sen Ko-ouang se laissa émouvoir et alloua annuellement une somme de 8.000 taels à toucher par versements mensuels. Le préfet dut tenir des comptes minutieux, et le mandarin militaire que Sen Ko-ouang préposa par la suite à la garde de lempereur se montra encore plus exigeant. Yung-li nosa pas protester. Il nétait pas encore au bout de ses peines et la malheureuse histoire des 18 hiose (conseillers) va commencer, qui ne lui laissera pas de repos... Sen Ko-ouang, maître du Kouytcheou et du Yunnan, veut, lui aussi, commencer une dynastie. Déjà il a fait fondre de la monnaie en son nom ; elle porte les caractères Hing Tchao Tong Pao caractères chinois, monnaie de la dynastie Hing caractères chinois des Ming postérieurs caractères chinois.1 Lanlong, qui est essentiellement le pays de Hing, aurait probablement été la capitale du nouvel empire. Cette conspiration se tramait sous les yeux de Yung-li, qui devra comploter avec ses fidèles serviteurs pour en informer Li Tinkoue. Celui-ci, battu dans le sud, rejoindra lempereur, réglera le compte de Sen à la bataille de Kiaochoui caractères chinois, au confluent des deux branches du fleuve Pankiang caractères chinois, entre Loyen caractères chinois et Tchechiang caractères chinois lieux stratégiques qui ont vu les anciens rois de Lotien caractères chinois sy accrocher pour arrêter les conquêtes des rois du Nan-tchao au IXe siècle.

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    1. Sapèques assez rares, recherchées par les collectionneurs. On en trouve encore dans les villages du Lanlong.


    Cest là encore que les Mandchous passeront le fleuve pour battre ce même Li Tinkoue. Celui-ci aura eu le temps de conduire la Cour et de la mettre en sûreté dans la province du Yunnan.

    Nous sommes en 1658. Les Mandchous veulent en finir. Maîtres des hauteurs du Kouangsi au sud, ils ont repris le Kouytcheou central et le Setchoan. Le Pe-pan-kiang ou Houakiang caractères chinois dans toute sa longueur les sépare de leurs ennemis ; le front de la future bataille sétend sur une longueur de plus de 400 kilomètres. Sin Kuin-Ouang est chargé par les Tsin de la direction générale des opérations. Les Ming, sous le commandement de Li Tinkoue, sétaient retranchés derrière le Houa-kiang et gardaient les passages guéables de ce fleuve profond, qui, dans une grande partie de son cours, est encaissé entre de hautes murailles calcaires. Vers le nord-ouest, ils tenaient ce quon appellerait aujourdhui les tètes de pont de Gantchouangpo caractères chinois, de Kikongpei caractères chinois, etc. Larmée des Tsin avait été divisée en trois groupes : celui de Ou Sankoui, qui devait prendre la route de Pitsie caractères chinois et déboucher dans le Yunnan par Kiutsin-fu ; celui du centre, commandé par le Sin Kuin-Ouang caractères chinois lui-même, et celui du sud par Tcho Poutay caractères chinois. Ce dernier, mis à la tête dune armée qui partait soumettre les pays du sud, devait rejoindre Ou Sankoui au Yunnan après avoir passé par le Kouangsi. Yung Li avait quitté son château délabré de Lanlong et, sous la protection des soldats de Li, gagnait le Yunnan. Ses généraux Li Tinkoue, Pe Ouensuen caractères chinois et Li Tchentsio caractères chinois gardaient les principaux défilés qui défendaient lentrée du pays. Ici je laisse parler lhistorien chinois.

    Tcho Poutay, parti du Hounan, mit dabord en déroute le général Tchang Sienpi caractères chinois des Ming. Poutay, pour éviter les brigande du Kouangsi (déjà !), dut modifier son itinéraire afin de ne pas passer à Kouylin. Après avoir concentré ses troupes à Touchan caractères chinois (Kouangtong), il prit la route de Touyun caractères chinois. Il avait mission de se rendre à Ganlong (auj, Lanlong). Or le puissant seigneur féodal qui gouvernait alors les régions limitrophes du Kouangsi et du Kouytcheou actuels navait pas encore reconnu lautorité des Tsin. Tcho lui expédia quelques bonnes troupes, qui le gagnèrent à leur cause. Ce seigneur féodal avait nom Tseng Kilou caractères chinois: il se fit le guide de Tcho et, à travers ses domaines, qui comprenaient le Setcheng-fu caractères chinois (Kouangsi) et presque toute lancienne préfecture de Hing-i-fu (Kouytcheou), conduisit lui-même les troupes jusquà Loyen, où elles devaient passer le fleuve et se jeter sur les armées ennemies. Cest alors que commença la grande bataille qui allait décider de la conquête du Yunnan et mettre définitivement en déroute les armées des Ming.

    Li Tchentsio avait cependant pris la précaution de faire couler toutes les barques qui pouvaient servir au passage de la rivière à Loyen, et ses soldats se tenaient sur leurs gardes, cachés dans la montagne opposée ; mais un accident fortuit vint au secours des Mandchous. Une des grosses jonques coulées, emportée par le courant, alla surnager à une dizaine de lys plus bas. Les soldats de Tseng Kilou sen emparèrent ; Tcho Poutay la fit camoufler en gris et, pendant la nuit, ses troupes purent passer le fleuve et aussitôt engagèrent le combat. Les Ming, surpris par cette attaque inopinée, prirent la fuite.

    Il restait cependant à semparer des fortifications élevées à la hâte par les Ming dans les montagnes. Les principales étaient celles du camp retranché de Leangchouitsin caractères chinois, que défendait le général Li Tchentsio, lequel devait sopposer à linvasion des Mandchous par le sud. La défense de ce point stratégique était de première importance. Leangchouitsin tombant, le territoire de Ganlong était ouvert à lennemi. La lutte allait être dure.

    Retranché sur les hauteurs de Pehai caractères chinois, Li Tchentsio disposait de plus de 10.000 hommes. Le général Tcho attaqua la place de quatre côtés à la fois ; un de ses détachements, après bien des efforts, réussit enfin à faire une trouée et à pénétrer dans lenceinte fortifiée : Li Tchentsio fut fait prisonnier et immédiatement exécuté, tandis que ses troupes fuyaient en désordre.

    Li Tinkoue se porta aussitôt avec 30.000 hommes au secours de larmée en déroute et lon se prépara à une nouvelle bataille. La rencontre eut lieu au confluent des deux rivières. Les Ming occupaient des hauteurs fortifiées de palissades ; de nombreux éléphants formaient leur corps dattaque. Tcho divisa son armée en trois colonnes : les deux ailes sébranlèrent les premières. Le feu de lartillerie fut dirigé sur les éléphants, qui dabord tinrent bon ; mais les projectiles ont mis le feu aux hautes herbes de la montagne ; le vent se met de la partie ; la fumée et les flammes sélèvent à des hauteurs prodigieuses. Il faut avoir vu ces montagnes en feu pour se rendre compte du désastre qui se prépare pour les Ming. Les éléphants, affolés, fuient à toute vitesse ; larmée de Li se replie vers Ganlong pour défendre la ville, mais Tcho se lance à sa poursuite ; il fait donner sa cavalerie, qui atteint lennemi au village de Kobanli caractères chinois, et le combat recommence. Les soldats mandchous enlèvent à lennemi plusieurs centaines de chevaux et déléphants.

    Li Tinkoue rallie les débris de son armée et se retire au fort de Pankiang, qui commande le Pont à chaîne de fer caractères chinois. Tcho Poutay sempare du territoire de Tougan et va rejoindre Sin Kuin-ouang à Lopin caractères chinois; ensemble ils se dirigent vers Yunnan-fu : Yung Li senfuit dans la direction de la Birman je et Tcho le poursuit jusquà Nantien caractères chinois.

    Une des phases de la lutte est teminée et voici quelles sont alors les positions respectives des belligérants.

    Du côté des Ming, Pong Chouanly caractères chinois, en amont du fleuve Pan caractères chinois, et Ki Sansen caractères chinois à Kikongpei font face à Sin Kuin-ouang.

    Pe Ouensuen, au défilé des Sept-Etoiles caractères chinois, tient tête à Ou Sankoui. Lieou Tchenkoue caractères chinois à Gantchouangpo (près du Tchenlin caractères chinois actuel) et Lo Tachouen caractères chinois à Chouisi caractères chinois, forment larrière-garde ; les réserves sont à Pankiang.

    Du côté des Mandchous, Sin Kuin-ouang commande en chef. Depuis la 6e lune il prépare une nouvelle compagne ; à la 9e lune tout est prêt. Il part de Kouiyang, attaque Lieou Tchenkoue, le repousse et, layant fait prisonnier, le met à mort à Inchouikiao caractères chinois ; puis il vole au secours de Tcho Poutay, qui est allé nettoyer la route du sud par Ganlong et Houangtsaopa caractères chinois.

    Cependant Li Tinkoue sétait retranché sur les hauteurs qui commandaient le pont à chaîne de fer ; les généraux Pong et Ky, réunis à Kikongpei, forment son avant-garde. Sin Kuin-ouang attaque ceux-ci dabord ; voyant ensuite que les chaînes du pont ont été brisées par Li, il fait faire des cables en bambou, fait passer à son armée le Houa-kiang, capture les postes militaires de Ganlan caractères chinois et va rejoindre les troupes qui savancent sur la route du Yunnan. Pour ne pas être encerclé, Li Tinkoue doit battre en retraite.

    De son côté, Ou Sankoui, parti de Tsen-i caractères chinois, sempare du défilé des Sept-Etoiles et, presque sans coup férir, arrive à la capitale de Tsien. Les troupes mandchoues ont ainsi opéré leur jonction et, assurées de la victoire, nont plus quà suivre le cours des événements.

    Les généraux des Ming Li Tinkoue et Lieou Ouentsao font des prodiges de valeur pour protéger la retraite de leur empereur. Lieou se fera tuer devant Yunnan-fu ; Li jettera encore une fois le trouble dans larmée mandchoue, qui, imprudente, avait trop tôt dépassé les rives du Mekong.

    Bientôt la Cour des Ming, se voyant menacée à Yunnan-fu, se réfugie, à la fin de 1658, à Yuntchang-fu caractères chinois, où elle trouve un asile temporaire. Mais, dès le commencement de lannée suivante, les armées des Tsin arrivent à Yunnan-fu et, voyant la partie perdue, un grand nombre de partisans des Ming abandonnent la cause de lempereur fugitif et se soumettent aux vainqueurs. Parmi ceux qui lui demeurent fidèles plusieurs engagent Yung Li à se retirer dans les régions désertes du pays de Chou caractères chinois; 1 dautres sy opposent en lui disant : Songez dabord à sauver votre fils et sa mère. Continuant de fuir, lempereur arrive à Teng-yue caractères chinois; mais, serré de près par les troupes mandchoues qui le poursuivent, il ne peut sy arrêter et, franchissant la frontière, il pénètre sur le territoire de la Birmanie, passe à Mammo caractères chinois (Bhamo), puis à Tsinken caractères chinois (Tigyaing ?), où il demeure une quinzaine de jours. Le roi de Birmanie, ayant appris larrivée du souverain fugitif, envoie au devant de lui un officier avec la barque royale pour le conduire à la capitale.

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    1. Lancien royaume de Chou comprenait une partie du Setchoan et du Houpe. Cest pour le relier à lempire des Tsin caractères chinois que fut faite la fameuse route du Buf dor (Kinnieou-tao caractères chinois), par laquelle, dit la légende, on allait chercher, dans la montagne, des bufs dont la nourriture se changeait en or.


    A la vue des richesses apportées par les princes chinois, dit le chroniqueur, le roi birman conçut le désir de se les approprier. Aussi Yung Li, plutôt que de rester à Ava, préféra se retirer hors les murs de Monken caractères chinois, dans une île à labri de toute attaque. La Cour avait là à sa disposition une dizaine de maisons couvertes en chaume ; jour et nuit une garde de plus de 100 hommes en avait la surveillance.

    Toute lannée 1660 se passa en cet endroit. Le général Li Tinkoue, qui, lannée précédente, après sa défaite sétait réfugié au Tonkin, vint rejoindre la Cour dans son exil, où ses ennemis ne devaient pas la laisser longtemps en paix.

    Vers la fin de lannée 1661, le général des Tsin Ou Sankoui se met à la poursuite des fugitifs. A Sipo caractères chinois il inflige une défaite à Pe Ouensuen, le dernier défenseur des Ming, et pénètre à son tour en Birmanie. Il adresse au roi un ultimatum exigeant que Yung Li et sa suite lui soient livrés. Les Birmans tiennent conseil pour essayer de se soustraire à cette injonction révoltante. En attendant leur réponse, Ou sinstalle sur la montagne de Kieououan caractères chinois, près de la capitale. Le roi et ses conseillers, effrayés et redoutant une attaque de la ville, promettent de livrer leur hôte, à condition que Ou se retire à Sipo.

    Le 3e jour de la 12e lune (22 janvier 1662), dans la nuit, un officier birman se présente à la Cour et, prétextant que la présence du général mandchou rend périlleux le séjour de lempereur en cet endroit, il invite Yung Li à changer de résidence. A peine a-t-il transmis son message quune troupe de barbares mantse caractères chinois pénètrent dans la salle et, saisissant le lit sur lequel lempereur était couché, lemportent au dehors. Limpératrice, son fils, les princesses se précipitent à la suite, pleurant et poussant des cris. A 200 pas de là, quelques palanquins attendaient : les princesses y montent, les autres suivent à pied. Cinq lys plus loin ils passent le fleuve et, dans lobscurité, ils ne voient pas quels sont les soldats qui se tiennent sur la rive pour les escorter. Mais quand laube paraît, ils saperçoivent quon les a trompés : ils sont entre les mains des officiers de Ou Sankoui, à qui ils sont conduits aussitôt.

    Après cinq semaines de voyage les prisonniers arrivaient à Yunnansen, la capitale de Tien caractères chinois. Là ils furent traités avec tous les égards dus à leur rang. Cependant limpératrice archidouairière Taihouang taiheou caractères chinois), grandmère de lempereur, ne pouvant supporter la honte de la captivité, se laissa mourir de faim.

    Les officiers et serviteurs du malheureux souverain lentouraient, autant quils le pouvaient, de soins et de respect. Un jour, lun deux avait apporté en cachette quelques friandises à son maître ; celui-ci les refuse ; le serviteur, désolé, se jeta violemment la tête contre le sol et expira aux pieds de lempereur.

    Un événement imprévu vint hâter le dénouement de cette triste histoire. Certains généraux mandchous et chinois (Han) de larmée de Ou avaient conçu une grande estime pour lempereur captif. Ils vinrent un jour le trouver en grande pompe : Pékin est bien loin, lui dirent-ils, et nous ne savons guère où est notre empereur. Pourquoi ne seriez-vous pas notre souverain ?.... Et ils terminèrent leur requête par lacclamation traditionnelle : Ouan soui ! Ouan soui ! (Dix mille ans !), que lon pouvait interpréter : Vive Yung Lin ! Vive notre nouvel empereur !

    Cet incident permet de supposer que lentente nétait pas parfaite entre tous les généraux du parti mandchou. Lorsque Ou Sankoui apprit cette manifestation, saisi de peur à la pensée du sort qui lui serait réservé si Yung Li reprenait le pouvoir, il ordonna aussitôt que lempereur et son fils soient étranglés sur la place du marché.

    Le jeune prince Constantin, âgé de 14 ans, se révolta contre ses bourreaux : Infâmes brigands, leur cria-t-il, quel mal vous a donc fait notre famille ? Quels sujets de plainte pouvez-vous avoir contre mon père et contre moi ?... Mais cest en vain quil faisait appel à la justice et à la pitié. Linstant daprès deux cadavres gisaient sur le sol.

    La chronique ajoute quau moment de lexécution le ciel sassombrit, le vent amena un brouillard tellement épais que les hommes ne se voyaient plus.

    Ou Sankoui fil incinérer les deux cadavres et leurs cendres furent jetées au vent. Il fit ensuite mettre à mort près de 2.000 officiers et soldats, avec leurs femmes et leurs enfants, comme coupables de conspiration (mai 1662).

    Trois mois après, limpératrice veuve de Yung Li, limpératrice mère Hélène et plusieurs princesses de la famille impériale furent emmenées captives à Pékin, où elles trouvèrent dans la pratique de la religion un adoucissement à leur infortune. Le P. Schall allait souvent leur porter les consolations de son ministère et dans ses lettres il dit que ces princesses supportèrent avec grandeur dâme les rigueurs de leur malheureuse destinée.

    Telle est la version chinoise la plus sérieuse sur la fin des Ming. Tous les auteurs sont daccord, du reste, pour placer à Yunnansen le lieu de la mort de Yung Li et de son fils. On trouve cependant quelques divergences dans les détails.

    Le Tse-fei-i-cho-pien caractères chinois, par exemple, dit : Le 4e jour de la 4e lune (2 mai 1662) Tenkai reçut lordre de séparer le petit enfant de son père. Le 18 (16 mai), lempereur mourut. Lempereur et ses épouses se pendirent.

    Le Yong-ki-tsao-in-pien caractères chinois dit : Le 25 de la 4e lune (23 mai) à Tientou (Yunnansen), lempereur meurt à la suite dune visite que lui rend Ou Sankoui, et aussitôt son fils et ses neveux et nièces sont mis à mort. Dans sa visite, Ou Sankoui lui avait offert les trois présents (poison ? corde ? poignard ?).

    Cest donc bien à Yunnan-fu que périrent les derniers Ming. De quelle manière se préparèrent-ils à la mort ? Il est impossible de le savoir, mais il y a lieu despérer que les exhortations des PP. Boym et Koffler, leur revenant en mémoire, les auront réconfortés à ce moment suprême.

    Quant à Ou Sankoui, traître envers les Mandchous comme il lavait été envers les Ming, il se révolta en 1673, souleva contre lempereur Kang-hi plusieurs provinces du sud-ouest et mourut paisiblement dans son fief du Yunnan. Son fils, vaincu en 1680 par les troupes impériales, se pendit à Yunnan-fu.

    D. DOUTRELIGNE,
    Miss. de Lanlong.

    1926/342-354
    342-354
    Doutreligne
    Chine
    1926
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