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Une belle figure de prêtre chinois Augustin Kô 2 (Suite)

Une belle figure de prêtre chinois Augustin Kô (Suite)
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    Une belle figure de prêtre chinois Augustin Kô
    (Suite)

    Toutefois la divine Providence, qui se plaît à faire passer par le nécessaire creuset de lépreuve ses meilleurs ouvriers, ne manque jamais de soutenir leur courage apostolique en faisant luire à leurs yeux les premières lueurs du futur plein jour des espoirs couronnés. Pendant de si longs délais, combien profondément devaient senraciner dans le cur dAugustin Kô, avec les grandes vertus de tout chrétien, ces vertus dhumilité et de patience, quon peut à juste titre appeler apostoliques entre toutes ; avec M. Forcade il était du reste à bonne école pour apprendre à souffrir, à se vaincre et à sabandonner à la Providence. Celle-ci précisément parut ne point vouloir se laisser sans témoignage auprès dAugustin.

    Dans son journal M. Forcade raconte lanecdote suivante, qui fut pour lui une longue énigme, mais qui ne fera point leffet dun hors-duvre ici : Dans les commencements de notre séjour ici, Augustin avait pris lhabitude daller tons les soirs, à la nuit tombante, réciter son chapelet sur les bords de la mer qui baigne les murs de notre jardin ; il ne savait alors ni entendre ni dire quatre mots de la langue, et comme dailleurs, grâce aux postes établis près de nous, il ne pouvait séloigner sans quon sen aperçût, on le laissait ordinairement seul.

    Or, le 2 octobre dernier, par un temps très obscur, tandis que tout était en émoi par suite de la mort du prince royal arrivée dans la matinée, Augustin entend tout à coup comme le bruit dun homme qui marchait dans leau. Cétait un homme, en effet ; il paraît devant lui, une rame à la main et parlant à demi-voix. Montrant du geste la bonzerie, il semble lui demander quelque renseignement avec beaucoup dinsistance. Mon catéchiste, surpris, ne sachant ce quon lui veut et craignant que ce ne soit un malfaiteur, fait mine dé se mettre en défense. Linconnu séloigne alors, court porter je ne sais où sa rame pour quelle ne soit plus un objet deffroi, puis il revient en toute hâte et renouvelle salutations, génuflexions et prières. Cette mystérieuse entrevue durait depuis quatre à cinq minutes et Augustin ny comprenait encore rien, quand deux jeunes gens du poste, attirés par la voix même des deux interlocuteurs, accoururent sur les lieux. Le solliciteur ne les a pas plus tôt aperçus quil se sauve du côté de la mer plus vite quil nétait venu. Un second personnage quAugustin navait pas dabord remarqué, senfuit avec le premier, et tous deux, se jetant dans une barque, séloignent à force de rames.

    Là-dessus je me suis perdu et me perds encore en conjectures. Ces hommes ne seraient- ils pas de descendants danciens chrétiens ?... Croyez-moi, si nous étions libres, nous découvririons peut-être ici bien des choses dont on ne se doute guère. Oh ! La liberté ! Demandez bien pour nous à Dieu lheureuse et sainte liberté. Ce fait, qui date du 2 octobre 1844 et dont un septuagénaire du nord de lîle dOkinawa donna une répétition à M. Adnet en 1847, était bleu de nature à encourager la persévérance des nouveaux précurseurs de lEvangile au Japon, tuais il faudra attendre encore de longues aunées pour obtenir du Ciel la réponse à la question passionnante que se posaient alors les ouvriers apostoliques qui sétaient voués corps et âme au salut du Japon. Cest, en effet, le 17 mars 1865, que celui qui devait devenir Mgr Petitjean, put, sous les auspices de la Très Sainte Vierge, rétablir la visible liaison entre lEglise du Japon et lEglise-Mère universelle. Ce jour de la merveilleuse découverte des anciens chrétiens et Martyrs de lEmpire du Soleil-Levant marque une véritable date historique dans les Annales de la Cité de Dieu ici-bas.

    On comprend que lisolement absolu où se trouvaient M. Forcade et Augustin Kô ait dû leur paraître long ; leur désir ardent de recevoir des nouvelles de Hongkong et de Chine était bien légitime ; ce fut certainement là pour eux une source de sacrifices dont les mérites ne seront révélés quau jugement dernier ; du moins la Providence toujours maternelle à ses missionnaires en particulier, leur ménagea au cours de lannée 1845 la double visite de la frégate anglaise Samarang et celle du Royalist de la même, escadre ; ils ne recevaient aucune nouvelle, il est vrai, mais, en cette île perdue de lextrémité du monde, quel réconfort et quel gage despérance furent pour eux les témoignages de grande bienveillance dofficiers de race et de culture européennes. Si quelque chose eût pu les décourager, ce nest certes pas larrivée imprévue du médecin pasteur protestant Bettelheim. Ils surent, en fait, très bien tenir et attendre jusquau 1er Mai 1846. Ce jour-là ramenait le deuxième anniversaire de la consécration de lEglise du Japon au Très Pur Cur de Marie. Le matin, de bonne heure, M. Forcade avait offert le Saint Sacrifice. Il venait de terminer son action de grâces, quand Augustin, dun air embarrassé, lui dit : Pater, nil audisti per missam ? Nihil, répond le Père, quid dicis ? Per totam missam cantabat avis : navis venit, navis venit M. Forcade, tout vigilant à prévenir en son disciple et compagnon dexil jusquaux moindres retours de latavisme superstitieux propre aux Chinois, reprit Augustin de cette parole jugée déplacée ; on sait, du reste, que lennemi de notre salut est expert dans lart de tromper lhumaine crédulité et, se faisant ange de lumière, sait profiter de ces coïncidences parfois si inattendues et, de ce fait même, on ne peut plus appropriées à la justification de lerreur. Cependant il ne faut pas oublier que, si notre brave catéchiste chinois partageait alors avec son maître le plus vif et légitime désir de voir arriver un navire français et pouvait, pour cette raison même, se trouver fournir une proie facile à lautosuggestion ou même aux habiles machinations du Mauvais, il nen était pas moins avant tout un chrétien éprouvé : lensemble de sa vie suffit largement à prouver le sérieux profond de son caractère. Pourquoi, dailleurs, interdire à Dieu lusage des moyens les plus délicats lorsquIl entend donner des preuves tangibles de sa maternelle Providence ? Le fait est que, sorti de la bonzerie après la réponse du missionnaire, Augustin était allé au bout du jardin, quand un moment après il revient en courant et répétant avec laccent dune irrésistible conviction : Revera, Pater, navis venit. Vaincu par cette insistance M. Forcade monte alors sur un tertre qui bordait lenclos de sa maison dexil du côté de la mer et aperçoit effectivement un navire à la haute mâture. Cétait la Sabine, qui, détachée de lescadre de lamiral Cécille et placée sous les ordres du capitaine de corvette Guérin, amenait un compagnon dapostolat et dexil en la personne de M. Leturdu ; de plus la Victorieuse et la Cléopâtre, deux autres unités de lescadre française, ne devaient pas tarder à suivre. En vérité, M. Forcade pouvait cette fois répéter en faveur de M. Leturdu, son ancien élève au Grand-Séminaire de Versailles, le mot jailli du cur de saint Paul au souvenir de la providentielle arrivée de son disciple Tite en Macédoine : Sed qui consolatur humiles consolatus est nos Deus in adventu Titi (2 Cor. VII, 6). Et cependant la Providence naccordait alors cette consolation à M. Forcade que pour mieux faire accepter, semble-t-il, à sa vaillance apostolique une nouvelle et combien plus lourde croix. En effet, dans le paquet de lettres que la Sabine avait mission de déposer à Nafa, il sen trouvait une par laquelle M. Libois, le Procureur de Hongkong, annonçait à M. Forcade sa promotion à lépiscopat. Le futur Evêque et Archevêque navait que trente ans ; il nest pas déplacé daffirmer quil neut alors dautre sentiment que celui de saint Paul shumiliant : Minimus Apostolorum (1 Cor. XV, 9). A vrai dire, lhomme apostolique que fut Mgr Forcade jusquau 12 septembre 1885 où, Archevêque dAix, il tomba victime de la charité, nentrevoyait certainement parmi les honneurs de lépiscopat que le saint engagement de prendre une plus grande part des souffrances du Calvaire.

    Peu après larrivée de la Sabine 1er Mai, qui ne devait point séjourner à Nafa mais était destinée à gagner Port-Melville à 15 lieues de là, Augustin Kô, avec M. Forcade et M. Leturdu, eut à assister des visites et dîners diplomatiques échangés entre le Commandant Guérin et les autorités insulaires. Beaucoup de solennité fut dépensée, mais la diplomatie orientale, ondoyante, élastique et fuyante, a toujours excellé à émousser le mordant de la diplomatie impérative européenne. Pendant que M. Forcade devait attendre sur place larrivée du bateau amiral, la Cléopâtre, Augustin Kô, adjoint comme interprète à M. Leturdu, quitta Nafa le 30 Mai, à bord de la Sabine qui se rendait à Port-Melville. Le 1er Juin arrivait la Victorieuse, portant pavillon de lamiral Cécille. Il sagissait cette fois daboutir à un accord sérieux, mais là encore les négociations traînèrent. Cest un système très oriental. On nen vit la fin quau bout de six semaines. Le gouvernement des Ryûkyû supplia quon lui fît grâce du traité damitié; lamiral Cécille répondit que ce re-fus inattendu lui imposait la nécessité den référer à son Empereur et quil reviendrait ou enverrait dans un an porter la réponse.

    En traitant avec le gouvernement des Ryûkyû du séjour des missionnaires dans lîle, lamiral Cécille avait averti quil amènerait avec lui M. Forcade et Augustin Kô, dont il avait besoin ailleurs comme interprète, que le catéchiste ne reviendrait pas ; mais que dans peu de temps le missionnaire, reconduit par un bâtiment de la division, rejoindrait M. Leturdu. Mais, comme toujours, lhomme propose et Dieu dispose. Pour lévêque élu de Samos cétait une nouvelle vie qui allait commencer ; quant à Augustin, avant de pouvoir enfin rentrer au Setchoan, recevoir les saints Ordres et mettre en valeur les grâces de choix accumulées pendant les longues années dune probation aussi accomplie que méritante, il devait encore pour un temps servir de fidèle acolyte au premier Vicaire Apostolique du Japon au XIXe siècle ; ce faisant, il trouverait plus dune fois loccasion détablir un parallèle frappant entre son maître de lheure et lApôtre des Nations ; et de fait, en ces années de renaissance apostolique, si lon peut dire, quels périls, quels dangers ne guettaient point le missionnaire le plus averti aussi bien que le plus ardent ? Combien douvriers apostoliques pouvaient reprendre pour leur propre compte, sinon dans leur totalité, du moins pour la plus grande partie, les fameuses litanies de lApôtre : In itineribus saepe, periculis ftuminum, periculis latronum, periculis ex genere, periculis ex gentibus, periculis in civitate, periculis in solitudine, periculis in mari... (11 Cor. XI. 26).

    Depuis larrivée de la frégate Cléopâtre à Nafa, doù elle avait rejoint à Port-Melville la Sabine et la Victorieuse en emmenant M. Forcade resté seul à la bonzerie dAmiko, il sétait écoulé plus dun mois dépensé en stériles négociations. En fin de compte, le roitelet des Ryûkyû, sobstinant à se placer sons le couvert de son suzerain du Japon (cétait alors le règne du 120e Empereur, Ninkô-Tennô caractères chinois.,1817-1846 et lère de Kôkwa caractères chinois, 1844-1847), navait rien voulu conclure ; aussi, sans perdre plus de temps, lamiral Cécille se décida-t-il à passer au Japon, en emmenant avec lui et M. Forcade et Augustin, comme il lavait déjà fait prévoir. Donc le 17 juillet 1846, lescadre française quitta Port-Melville (quon peut identifier aujourdhui avec Onnachin caractères chinois, petit port au nord de Nafa, sur la même côte occidentale de la grande île dOkinawa), et, après avoir fait la reconnaissance hydrographique de maints îlots rencontrés sur la route, elle arriva à Nagasaki le 29 juillet. Ce nest pas sans difficulté quil lui fut permis de jeter lancre dans la rade même, en face de la ville sainte du catholicisme au Japon. En ce temps-là, le caporalisme policier, la tracasserie administrative, les habitudes quasi innées despionnage, étaient choses moins fardées quelles ne lont été depuis, quoique toujours reconnaissables. En réalité, les Japonais préposés à la police maritime du port de Nagasaki, depuis le gouverneur de la ville jusquau dernier portefaix des douanes, se montrèrent vis-à-vis de lamiral français, dune révoltante incorrection, dune insolence difficilement égalable et dune in civilité déconcertante de la part dune nation qui a toujours eu à cur de se dire policée entre toutes. Il est vrai que le Commodore Perry navait point encore paru avec ses bateaux noirs (kurobune caractères chinois) dans la baie dUraga caractères chinois : cet événement fatidique dans toute lhistoire du Japon se produira le 12 février 1854. Point encore navait été rapportée la fameuse consigne donnée en 1640 par le terrible Shôgun Tokugawa Iemitsu caractères chinois. (1603-1651) à treize matelots rescapés de lexécution dune ambassade portugaise de 78 personnes et renvoyés à Macao pour que le monde entier sût à quoi sen tenir, à savoir : Tant que le soleil échauffera la terre, quaucun chrétien ne soit assez hardi pour venir au Japon. Que tous le sachent : quand ce serait le Roi dEspagne en personne, ou le Dieu des chrétiens, on le grand Shaka lui-même, celui qui violera cette défense le payera de sa tête. Lheure nétait point encore venue non plus de la merveilleuse sortie des catacombes de lEglise du Japon, de cette découverte des descendants de ces Martyrs des XVIIe et XVIIIe siècles, dont la gloire, comme la foi, rejaillira toujours dun éclat singulier et sur lhistoire même du Japon, pays éternellement enchanteur, et sur lhistoire de lEglise catholique, cette universelle Patrie des âmes, qui, à bien meilleur titre encore, pourra sans cesse se glorifier en Dieu de navoir jamais été réduite en esclavage ou en servitude, comme de navoir jamais perdu aucun de ces impérieux et doux attraits, par lesquels elle est toujours également en mesure de captiver les plus fiers et les plus beaux génies de lhumanité, au même titre que les âmes les plus simples, les plus humbles et les plus innocentes. Le démon, se sentant menacé de perdre un de ses fiefs les plus jalousement séquestrés après avoir été si sournoisement et brutalement arraché des mains libératrices de la miséricordieuse Providence, ne pouvait manquer de faire sentir, pour un temps encore plus ou moins long, le désespoir de sa rage maîtrisée. On pouvait bien être tenté de donner une verte leçon de politesse aux orgueilleux fonctionnaires du port de Nagasaki ; mais lamiral Cécille, déjà dûment averti des habitudes desprit des peuples dExtrême-Orient et obéissant par ailleurs à ces sentiments humanitaires communs à tous les Français, héritiers dune éducation chrétienne forgée au cours de longs siècles, ne se départit pas un seul instant de son calme et, malgré laffront quil ressentait plus vivement que tout autre, il se résigna à quitter des terres encore si inhospitalières après avoir dicté pour le Gouverneur de la place de Nagasaki une lettre quAugustin Kô traduisit et rédigea en style écrit chinois.

    Du Japon, dont la politesse raffinée restait à démontrer et où du moins on avait acquis la certitude, grâce à Augustin, que les îles Ryûkyû fassaient bien partie de lEmpire, lescadre royale française se mit en route pour la Corée ; le 1er août 1846, on doublait la pointe extrême de la dernière île du Nord de larchipel des Gotô (Gotô-rettô caractères chinois), célèbres aujourdhui par leurs belles chrétientés. En voguant vers la Corée, le but de lamiral Cécille était bien de se rendre à la capitale du royaume pour y demander raison, au nom de la France, du massacre de Mgr Imbert et de deux missionnaires, MM. Maubant et Chastan, exécutés en haine de la foi en 1839 ; mais, ne possédant pas les renseignements hydrographiques relatifs à la côte occidentale de Corée, toute frangée de promontoires abrupts et saupoudrée dîles et dîlots rocheux, il finit par se rendre compte des difficultés dune navigation particulièrement dangereuse et se vit obligé de renoncer à son premier projet ; du moins il ne consentit point pour autant à abandonner la bonne cause de la Foi et de la France, aussi cest dans cette intention même quil fit rédiger par Augustin Kô une lettre chinoise ainsi adressée : Le Contre-amira1 commandant les forcés navales françaises dans les mers de lInde et de la Chine à son Excellence le Premier Ministre du Roi de Corée.

    Un délai dun an était accordé pour les enquêtes nécessaires et la préparation des réponses à fournir à la demande dexplications adressée au nom de la France... M. Forcade, Augustin et lenseigne de vaisseau de Pampelonne furent désignés pour se rendre en canot jusquà lîle Wai-san-do, et remettre le document diplomatique en question aux mains de lautorité locale, rendue responsable de sa fidèle transmission auprès du ministre dEtat coréen. Ce nest point sans peine que les indigènes apeurés prirent sur eux de se conformer à lintimation des marins étrangers ; à noter toutefois quils laissèrent limpression davoir bonne figure et que lun dentre eux parut être parfaitement au fait lorsque, ayant touché la poche dAugustin Kô et senti son chapelet, il sécria : Nien-tchou, terme adopté dans tout louest de la Chine pour désigner le chapelet catholique. Ce dernier incident, aux yeux de M. Forcade, parut justement mériter la peine dêtre mentionné dans son journal si fidèlement tenu.

    Il avait été spécifié dans la lettre au gouvernement de Seoul quun bâtiment de guerre français reviendrait au bout dun an chercher la réponse exigée par le gouvernement de Sa Majesté le roi Louis-Philippe. Nayant plus de raison de sattarder dans les eaux coréennes, lamiral Cécille se disposa à retourner sur les côtes de Chine. Il visita Tcheouchan et Ningpo, où les Chinois lui firent une réception cordiale et amicale, au moins pour la face ; finalement il se rendit à Manille. De son côté, M. Forcade sétait rendu du mouillage de îles Chousan à Ningpo, Cest dans ce dernier port que, le 5 septembre, il eut la joie de voir débarquer M. Adnet, nouveau missionnaire destiné à la Mission des Ryûkyû, où il devait mourir le 1er juillet 1848, cest-à-dire moins de deux ans après son arrivée. Venant dEurope par la voie de Hongkong, M. Adnet se présenta porteur dun courrier très attendu ; il avait, de plus, mission de notifier à M. Forcade lacte consistorial du 25 mars 1846 qui confirmait sa nomination épiscopale ; de celle-ci, en effet, il navait reçu encore quune nouvelle officieuse. Cet événement venait à point pour modifier le premier projet de lamiral Cécille et de Mgr Forcade. Il parut, en effet, que Mgr Forcade devait se faire sacrer avant son retour, dabord prévu, à Nafa, et cest ce qui fit que le Vicaire Apostolique élu demeura avec Augustin sur la Cléopâtre, en partance pour les Philippines, pendant que M. Adnet, sembarquant en son lieu et place à bord de la Victorieuse, allait rejoindre M. Leturdu laissé seul aux Ryûkyû. Le 7 septembre, le Vicaire Apostolique du Japon partait pour Manille, toujours à bord du vaisseau amiral, et, le lendemain, M. Adnet prenait la route de Naja, où un décret de la Providence avait déjà marqué son tombeau.

    Le 29 septembre, la Cléopâtre, après une traversée pénible, mouillait enfin à Manille, où une déception attendait Mgr Forcade, qui avait pensé pouvoir trouver là un consécrateur : le nouvel Archevêque de Manille était alors, comme lévêque de Samos, simplement élut et non sacré. Cest ce qui fit que le sacre projeté ne put avoir lieu que le 21 février 1847, non point toutefois à Manille, mais à Hongkong. A Manille, Mgr Forcade navait cessé de tourner sa pensée vers le Japon et de guetter tout ce qui pouvait renforcer ses apostoliques espérances et ambitions ; cinq ans avant larrivée du Commodore américain Perry dans la baie dUraga caractères chinois, il se trouvait en mesure décrire à propos du Japon : Il parait certain, à lheure quil est, que les Américains et, je crois, aussi les Anglais, peut être même les Français, sapprêtent à ouvrir ce vaste empire au commerce et à lindustrice de lEurope par le même procédé quon y a ouvert la Chine, à coups de canon ! Maintenant que Mgr Forcade avait reçu la consécration épiscopale, il pouvait, semble-t-il, se réjouir de rentrer, soit à Naja, soit au Japon proprement dit, avec un prestige nouveau dont bénéficierait son apostolat. Il est vrai quà cette époque les moyens de communications étaient bien plus rares quaujourdhui ; mais, par ailleurs, les circonstances publiques ou privées, par un dessein insondable de la Providence, se trouvaient suivre un tel cours que finalement le nouvel évêque, qui avait pris pour devise ad insulas longe, fut ramené en France, au cur de chrétienté, après avoir réalisé sa devise pour un temps dans lîle de Hongkong, puis dans lîle de la Guadeloupe. Destinée merveilleusement étrange que celle de cette âme ardente et tout apostolique, marquée pour porter le feu sacré aux extrémités du monde et finalement jeter son dernier et plus brillant éclat sur un antique- siège archiépiscopal de cette chère France, la nation missionnaire, dont ou peut bien dire sans exagération quelle était un vivant symbole.

    (A suivre) CH. CESSELIN.

    1924/151-159
    151-159
    Cesselin
    Japon
    1924
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