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Un essai dEmigration 3 (Suite)

Un essai dEmigration Bolognano 1882-1884 (Suite) Quelques jours après nous recevions la réponse aux lettres confiées au P. Péan. La lecture de lune de ces lettres nous donnera le résumé de toutes les autres. Lettre de Paris (1)25 juillet 1882.
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    Un essai dEmigration
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    Bolognano
    1882-1884 (Suite)

    Quelques jours après nous recevions la réponse aux lettres confiées au P. Péan. La lecture de lune de ces lettres nous donnera le résumé de toutes les autres.

    Lettre de Paris (1) 25 juillet 1882.

    Enfin nous connaissons officiellement le nom de cette vallée si longtemps mystérieuse, de ce beau Bolognano, où vous coulez, dit-on, de si heureux jours. Le secret est dévoilé, si toutefois on peut appeler secret ce qui était déjà connu dun tiers de la communauté. Inutile de vous dire combien nous sommes tous heureux, et, votre serviteur le premier, de pouvoir communiquer directement avec des amis dont on regrette vivement labsence et que pendant longtemps on avait cru ne point revoir en ce monde. Oui, mon cher ami, mon bonheur est grand, jéprouve une bien vive joie, à la pensée que nous serons tous deux ordonnés prêtres côte à côte, et, quensemble nous pourrons aller revoir nos chères montagnes. On dit que le P. Péan nous a valu ce bonheur, aussi lui a-t-on fait une chaleureuse et enthousiaste réception à son arrivée à Meudon ! Je renonce à vous énumérer toutes les questions quon lui a posées et sur votre demeure et sur vous tous ; il lui aurait fallu cent bouches pour répondre à tout : cétait un véritable feu de demandes, lune nattendait point lautre. Il nous a dit que nous vous reverrions et que vous recevriez à Paris votre dernière ordination. Qui naurait été content à cette heureuse nouvelle ? Aussi Dieu sait quels sauts et quelles gambades ! lun prenait son mirliton, lautre jouait avec sa flûte, chacun chantait à lenvi son bonheur.

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    (1) De M. Bessière, futur missionnaire du Tonkin Occidental (1883-1906).


    M. Perret nous arriva samedi dernier. Je me trouvais à Paris lorsquil descendit de voiture et je fus lun des premiers à me jeter dans ses bras. On le félicite, on lui pose encore mille questions et ses réponses et les détails, quil nous sert par tranche, nous font vivre et sympathiser avec nos amis de la lune. Des mains profanes lui saisissent la barbe à chaque instant et je crains quon ne lui en arrache la moitié, au reste, cela arriverait-il, quil en aurait encore autant que les autres curés. A côté de lui ces derniers ne sont que des imberbes. Comme vous devez le savoir déjà, ces bons curés nous quitteront le 2 août (1), leurs malles sont déjà parties et ils sont eux-mêmes à Paris ; cest à peine sils font quelque rare et courte apparition à Meudon. Ils seront à peine partis que lordination sera là.... le diaconat, et, puis six mois après ! Vous irez, a-t-on dit, vous faire ordonner à Trente. Il faut en avoir de la chance. Que dimpressions et de souvenirs ! Si nous ne sommes point à côté lun de lautre dans nos pérégrinations, nos curs seront du moins unis !

    Les diacres laissent aussi pousser leur barbe depuis le commencement des vacances : barbes rousses, barbes noires, il y en a pour tous les goûts. Chacun préfère la sienne à toutes les autres, même M. Bourdonnec qui en a une que je renonce à vous décrire. On voit successivement chez lui ce quon pourrait appeler un rez-de-chaussée, puis un 1er , 2ème, 3ème et même 4ème étage. Jamais pareil phénomène sous le soleil ne sétait vu. A cet aspect les poètes se sentent subitement inspirés. Cest ainsi que lun deux chantait un jour :

    Cest grand dommage à Bourdonnec
    De demeurer toujours blanc-bec.

    A côté de ces clairières vous verriez dépaisses forêts. Notre ami Cadilhac porte sur sa figure une véritable haie de buissons. Vous avez vu, je crois, le Père Zahm à Paris. Lorsque la barbe de notre diacre sera longue, je ne sais pas sil lui cèdera le pas. On le chante aussi parfois, et, le même poète disait :

    Mais gardez-vous, mon beau mignon
    De vous changer en hérisson.

    Je nen finirais pas si je continuais. Comme lheure du départ va sonner pour nous, prions toujours les uns pour les autres. A Dieu et au revoir bientôt.

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    (1) Le départ du 2 août 1882 comprenait 6 partants : MM. Rivet (+1915), pour la Malaisie ; Mignery (+1929), pour Pondichéry ; Guimbretière (+1888), pour le Kouangsi ; Pianet (+1915), pour le Cambodge ; Perret (+1907), pour la Birmanie Méridionale ; Tissier (+1895), pour le Japon Méridional.


    Dans les premiers jours de septembre le Père Péan rentra de Paris. Il amenait avec lui trois aspirants MM. Leclerc, Meneuvrier et Mury que le climat de Paris avait quelque peu fatigués. Ne fallait-il pas remplacer ceux qui devaient partir avant la fin de lannée ?

    La lecture spirituelle fut fort intéressante ce jour-là. Depuis notre départ pour le Tyrol le temps avait marché. A cause du Tonkin, lhorizon politique sétait obscurci du côté de la Chine. On parlait déjà dune expédition militaire pour mettre à la raison les pirates et les pavillons noirs qui mettaient en coupe réglée les pays de la frontière, voire même les plaines du delta.... Le Père Péan nous mit au courant de toutes ces questions si intéressantes pour nos Missions.

    A Trente.
    La rentrée à St Paul eut lieu la veille de la Nativité de la Ste Vierge. Avant de descendre, nous ramassâmes par brassées les plus belles fleurs de la montagne, dont nous fîmes des bouquets tricolores, que nous déposâmes aux pieds de la statue de la Ste Vierge. Lécho de la montagne en répétant notre pieux hommage à Marie, annonça notre retour aux habitants de la plaine.

    Le lendemain les visites recommencèrent. Le docteur, en nous serrant la main à tous, ne put sempêcher de dire que lair de la montagne et le lait que nous avions pris durant les vacances, étaient de meilleurs médecins que lui. Nos mines réjouies le lui prouvaient suffisamment... Au déjeuner M. le curé vint nous dire Deo gratias avec son sourire accoutumé. En se retirant il souhaita un bon voyage et dabondantes grâces aux ordinands, en regrettant profondément de ne pouvoir les accompagner.

    Le samedi des quatre-temps, dès 4 heures du matin, nous étions en voiture. Les ordinands firent la méditation aux cahots multiples de lomnibus, roulant sur des routes défoncées par une récente inondation. Neurent-ils aucune distraction ? Les soubresauts, les heurts répétés et la vue de la campagne faisaient bien quelquefois divaguer la folle du logis, mais on la ramenait vite au sujet de loraison, donné la veille : Mortui estis et vita vestra est abscondita cum Christo in Deo (1).

    A 8 h. et demie nous étions à Trente. En descendant de voiture nous nous dirigeons vers lévêché. Mgr della Bona nous reçoit avec sa souriante affabilité et de bienveillantes paroles. Après lui avoir présenté nos respectueux hommages, nous allons directement à la Cathédrale nous préparer pour la cérémonie qui doit commencer à neuf heures précises. La nef est déjà pleine de fidèles. Un nombreux clergé est déjà à la sacristie. Un sentiment de curiosité fait tourner toutes les têtes vers les ordinands, quand sur linvitation du cérémoniaire, ils se rendent à la sacristie pour shabiller. Sur notre passage nous saisissons quelques réflexions faites par de grandes dames comme par des femmes du peuple : Voici les Français, de futurs missionnaires oh ! quils sont jeunes !.

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    (1) Coloss. 111-3.


    Quand les ordinands sont prosternés au pied de lautel, ils renouvellent les promesses de leur tonsure et les résolutions de leur méditation du matin : ne plus vivre pour le monde ni pour eux-mêmes, mais pour Dieu Seul en Jésus-Christ. Ces promesses, placées sous les auspices de Marie Immaculée, ne pouvaient leur attirer que bénédictions et grâces de choix (1). Après la messe, le Père Péan nous emmène déjeuner. Lhôtelier, un bon catholique et un ami du curé de Bolognano, se met en frais de conversation et nous vante les curiosités des environs. Nous ne sommes pas des touristes, dit notre Supérieur, émerveillé de sa faconde ; servez-nous vite, car nous sommes pressés. Son déjeuner fut exquis, bien digne dun jour dordination. Ne fallait-il pas restaurer des estomacs fatigués par le jeûne et les secousses du voyage ? De lhôtel nous revenons à la Cathédrale. Un cicérone nous fait admirer plusieurs tableaux dont lauteur, dit-il, est un élève de Raphaël. Les stalles en bois sculpté servirent aux Pères du Concile de 1545 à 1563. Les protestants condamnés ne se soumirent point et quelques-uns des plus influents voulurent même se venger sur ces Pères, mais Dieu veillait.

    A côté des stalles nous apercevons une bombe ébréchée. Daprès le guide, le premier boulet, lancé par les artilleurs de Napoléon sur les Autrichiens, massés dans la ville, tomba sur la cathédrale. Il fit un trou à la voûte et tomba dans la nef sans éclater et sans faire de ravages. Depuis lors les habitants qui, se transmettent de génération en génération le récit de ce prodige, conservent comme une relique la bombe de Napoléon.

    En quittant la cathédrale nous allons à lévêché. Le Père Péan, au nom du Supérieur et des directeurs de Paris, remercie Mgr de la peine quil sest donnée, lui promet le secours de nos prières, etc.. Il parle encore tandis que le secrétaire de Mgr apporte les feuilles dordination. Mgr les remet au Père Péan et nous prenons congé, après avoir obtenu une dernière bénédiction de Mgr della Bona. Nous remontons en voiture. Le cocher reçoit lordre de sarrêter à Toblino. Un mot du propriétaire pour le gardien lui ordonne de nous ouvrir toutes les portes du castel et de nous recevoir comme des hôtes de marque. A notre arrivée le régisseur est absent. Des enfants, des femmes et des oisifs entourent notre voiture. Nous prenant sans doute pour des Allemands ils nous gratifient de quelques épithètes malsonnantes. Nous encaissons sans rien dire. Le gardien arrive tout essoufflé et sexcuse poliment de son retard. A sa suite nous visitons toutes les salles au plafond élevé et voûté, couvert de fresques représentant des scènes de la Ste Ecriture, de la mythologie et de la fable. Ici, la salle des ancêtres aux murs littéralement couverts de portraits. Là, la salle darmes, remplie de piques, de hallebardes, de sabres de toute forme, de fusils anciens et modernes, de pistolets aux crosses incrustées divoire, dargent ou de pierres précieuses ; dans les coins, des panoplies aussi riches que variées. La chapelle est magnifique. Lautel en bois sculpté est couvert de fleurs. Un prêtre, retiré dans les environs, vient y célébrer la messe, surtout quand les propriétaires sont céans. En dernier lieu nous visitons la salle à manger toute tapissée de tableaux de chasse. Au milieu, une table massive en bois de chêne autour de laquelle une centaine de convives seraient à laise. Près des murs sont rangés des sièges à haut dossier sculpté qui jettent la note gaie dans la nudité de cette immense salle. Nous allions nous retirer, mais dun geste fort aimable le gardien nous invite à nous asseoir. Il revient avec des verres et une bouteille poudreuse de derrière les fagots. On choque les verres à la santé de notre hôte et des propriétaires absents. Quel nectar nous avez-vous servi là, demande le Père Péan ? Cest du lacryma Christi, répond-il. Ce fut la première et la dernière fois que nous savourâmes cette délicieuse liqueur.

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    (1) Les ordinands étaient : MM. Grangeon, Canac. Iribarne et Wilhelm, promus au diaconat ; M. Ellerbach, au sous-diaconat ; MM. Lefebvre, Sibuet et Verscheure, aux ordres mineurs.


    En quittant ce château féodal entouré deau de toute part, nous nous promettons de revenir pour faire une promenade sur le lac aux eaux bleues. Notre automédon nous attendait avec impatience. Dès que nous sommes installés il fouette ses chevaux pour regagner le temps perdu. Pendant une bonne demi-heure nous éprouvons un véritable supplice. Force nous est de remettre à plus tard la récitation du Bréviaire. Enfin fatigués de leur course, les chevaux vont plus doucement et nous avons déjà chanté Matines et Laudes quand nous rentrons à Bolognano.

    Chant des conscrits.
    Le Dimanche suivant les conscrits, avant de partir pour leurs villes de garnison, tinrent à nous donner une aubade. La séance du matin fut écourtée à cause de la grandmesse à laquelle ils assistèrent, fièrement serrés autour de leur drapeau. Le soir, en possession de tous leurs moyens, ils chantèrent plusieurs morceaux à 2 et à 4 voix, chants religieux dabord, chants populaires ensuite et finirent par le chant national Tyrolien.

    Nos applaudissements prouvèrent aux conscrits, suivis de toute la population, que nous avions apprécié leurs chants et leur délicate attention. En les remerciant le Père Péan leur souhaite bonne chance et prompt retour dans leurs familles. En même temps il glissa dans les mains de M. le curé présent à ce festival, quelques pièces blanches pour rafraîchir ces gosiers fatigués et leur donner loccasion de boire à la santé des Pères Français. Le lendemain en rentrant dArco, où il était allé porter la valise diplomatique, un diacre rencontre un conscrit de la veille et lui fait compliment sur la belle exécution de leurs chants. On a fait ce quon a pu, répond-il, mais lensemble devait laisser à désirer, car le tiers de ces jeunes gens nétait rentré que la veille et nous navions pu faire quune ou deux répétitions. Doù venaient donc vos camarades ? De Milan, de Venise, de Vérone, lun même de Rome. Vous nallez donc pas dans les villes Autrichiennes ? Jamais ! Hier au soir plusieurs voix au lieu dimpératore chantaient el te pourquoi ? Nous sommes Italiens, nous détestons tout ce qui est Allemand. En présence des gendarmes nous chantons imperatore ; en leur absence, comme hier au soir, vous entendrez toujours dItalia el re Le diacre, touché de ces sentiments patriotiques, donne une chaude poignée de main à son compagnon de route en lui souhaitant de voir un jour le retour du Tyrol à la mère patrie. En 1918 les survivants des conscrits de 1882 ont dû chanter avec entrain leur chant national, sans le mot (imperatore). Dieu a de ces ironies pour prouver à lhomme que, seul il gouverne et dirige à sa guise les empires, les nations et les hommes.

    Tempête sur le lac.
    Emportés à grande allure par la chaloupe à vapeur, les nouveaux navaient vu le lac quà vol doiseau. Depuis leur arrivée à St Paul, hantés par le désir de le revoir dans ses détails, ils décident trois anciens à les accompagner, le dernier jour de congé du mois de septembre. La route carrossable, aux détours multiples, est trop longue. On prend un chemin, encaissé entre les vignes, les prairies et les champs de maïs, qui nous amène en trois heures, sur les bords du lac. Inondés de sueur on cherche un peu dombre pour se reposer. Un boqueteau est tout près. Un instant après, comme Tityre, mollement étendus à lombre de gros arbres nous tenons un vrai conseil de promenade sur leau. Faut-il louer une ou deux barques ? Comme elles sont petites, deux barques sont nécessaires. Ira-t-on jusquau fond ? Fera-t-on le tour ? Ira-t-on jusquau milieu et retour ? Cest ce dernier parti quon adopte à lunanimité. On hèle deux barquiers. Comme les cochers de Paris, ou les tireurs de ricshaw sur les quais des ports en Extrême-Orient, une douzaine de barquiers se présentent Nous en choisissons deux, âgés dune quarantaine dannées, au front halé, au torse fortement rablé, et aux bras musclés en lutteurs. Nous ne nous repentirons pas davoir été difficiles sur le choix. Nous donnons nos instructions. Un coup de rame, et nous volons sur les eaux, quaucune ride neffleure. Descendant par la rive droite nous visitons toutes les anses et les criques au sable doré, sur lequel se reposent quelques baigneurs, en caleçon de bain pour tout costume. Les nouveaux ne se lassent pas dadmirer la riche flore qui encadre le lac. Tout à coup un bruit sourd, la chute dun corps. Notre patron, sans seffrayer, sécrie : Un homme à leau et, doucement il dirige sa barque vers le point de chute. Rien ne paraît à la surface. Nous regardons en avant inutilement. Le patron nous montre alors un nageur à cent mètres derrière nous. Cest M. Leclerc, qui sans rien dire à personne, a voulu nous donner un specimen de son art natatoire. Après un quart dheure de nage sur le dos, à grandes brassées il rejoint la barque et remonte à sa place. Il était temps. Vers le Sud apparaît un nuage couleur de plomb. Un fort vent se lève, les vagues se forment, notre barque danse. Nous sommes au milieu du lac. La seconde barque nous rejoint. Après un rapide échange de paroles les deux barquiers dun effort de reins lancent leurs barques face au vent vers la rive gauche. Un moment après, pris dans un tourbillon nos esquifs tournent sur place. Dun commun accord, pour éviter un choc fatal, les deux barquiers séloignent dans des directions différentes.

    Illusion doptique peut-être ! on dirait que nous reculons. Les vagues plus courtes se dressent comme un mur devant nous. Allons-nous êtres engloutis ? Deux passagers ont déjà le mal de mer. Le nautonier fait un grand signe de croix et les passagers récitent avec ferveur le rosaire. Nous tombons du haut dune crête au fond dun abîme, quand un brillant éclair, suivi de mille autres, déchire les nues et éblouit nos yeux, plongés tout à coup dans les ténèbres. Le vent souffle avec violence, nos chapeaux emportés par la bourrasque vaguent à vau-leau, les vagues, passant par dessus bord, nous inondent des pieds à la tête. Un formidable coup de tonnerre éclate, suivi dune pluie torrentielle, qui nous cache le ciel, la terre et la route à suivre. Peu à peu le vent faiblit, la fureur des vagues sapaise et la nuit fait place au jour. Bientôt le soleil paraît, tandis quune dernière lame vient doucement mourir sur le sable étincelant de la rive.

    Le batelier, heureux de nous avoir tirés de ce mauvais pas, nous rapporte nos chapeaux et nous souhaite bon voyage. Un bon pourboire déride des traits assombris par le péril et la fatigue, et nous allons rejoindre nos confrères qui débarquent en ce moment dans une autre crique. Nous avons failli aller boire à la grande tasse, nous disent-ils, si tôt quils nous aperçoivent. Que sera-ce donc quand vous traverserez locéan ? Tout en causant de nos déboires et en riant de nos soutanes collant sur nos corps, nous reprenons le chemin de Bolognano. Le presbytère est sur notre route. De son jardin, M. le Curé nous voit venir en piteuse tenue. Sous prétexte quil veut connaître les incidents de notre promenade, il nous arrête au passage et nous conduit à sa salle à manger. Pour sécher nos habits il mouille nos estomacs avec son vin blanc, bon tout au plus pour chanter les vêpres, dit-il, avec un fin sourire. Après lavoir goûté, notre avis unanime est quon pourrait aussi sen servir pour chanter la Messe. Et M. le Curé dajouter : Vous savez maintenant par expérience que le Cygne de Mantoue na pas menti quand il a parlé des colères du lac. Pour mon compte jen ai vu de terribles. Sur ces paroles nous prenons congé pour rentrer cher nous et changer dhabits.

    (A suivre)
    1932/172-180
    172-180
    Anonyme
    France
    1932
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