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Un délégué apostolique en Cochinchine au XVIIIe siècle : Mgr des Achards de la Baume 1

Un délégué apostolique en Cochinchine au XVIIIe siècle : Mgr des Achards de la Baume Évêque dHalicarnasse. Trois délégués, envoyés directement ou indirectement par le Saint-Siège, vinrent en Cochinchine, dans le courant du XVIIIe siècle, pour se rendre compte des progrès et des méthodes de lévangélisation, de lorganisation intérieure des chrétientés, de la formation morale et doctrinale des néophytes, surtout de létat desprit et des dispositions des ouvriers évangéliques.
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    Un délégué apostolique en Cochinchine au XVIIIe siècle : Mgr des Achards de la Baume
    Évêque dHalicarnasse.


    Trois délégués, envoyés directement ou indirectement par le Saint-Siège, vinrent en Cochinchine, dans le courant du XVIIIe siècle, pour se rendre compte des progrès et des méthodes de lévangélisation, de lorganisation intérieure des chrétientés, de la formation morale et doctrinale des néophytes, surtout de létat desprit et des dispositions des ouvriers évangéliques.

    Cest que la Mission de Cochinchine, dont la fondation remontait déjà à plus dun siècle, qui avait enregistré, dès ses débuts, des succès merveilleux, était menacée de périr misérablement. Elle avait triomphé, à différentes reprises et avec éclat, des persécutions suscitées par des souverains ombrageux ; elle avait compté de nombreux martyrs et le chiffre des chrétiens était monté jusquà 60.000 1. Mais le pasteurs, originaires de patries différentes, ressortissant à des ordre religieux ou à des sociétés diverses, étaient divisés, non seulement par des questions de nationalité, mais encore, et plus profondément, par des disputes relatives à la doctrine et à la discipline. Ces luttes intestines paralysaient les efforts des missionnaires et, atteignant les chrétientés y semaient le désordre, des haines tenaces et le découragement.

    Cest pour remédier à ce triste état de choses que le Saint-Siège envoya, à plusieurs reprises, des délégués en Cochinchine.

    Le premier fut Dom Philippe-Marie Cézati, missionnaire de la Propagande, envoyé par le Patriarche Mezzabarba, Visiteur en Chine, comme Commissaire Apostolique 2. Il mourut quelque temps après son arrivée, et son secrétaire, Alexandre ab Alexandris, religieux barnabite, fut sacré, en 1727, évêque de Nabuce, coadjuteur de lévêque de Bugie, Mgr Perez, et devint, en 1728, vicaire apostolique.


    1. A. Launay : Histoire générale de la Société des Missions-Étrangères, I, page 287 (vers 1680). Comparez toutefois la note ibid, et id, II, p. 147, où lon indique, pour 1755, le chiffre de 30 à 35.000. Dans Mission de la Cochinchine et du Tonkin, p. 267, une lettre du P. Siebert, jésuite, donne, pour lannée 1741, le chiffre de 60.000.
    2. Un mémoire manuscrit (Mémoire présenté à M. le Cardinal de Bernis par M. Boiret, le 29 Juillet 1773) mentionne son arrivée en Cochinchine sous lannée 1723 ; je ne saurais dire la date exacte. Comparez : Lettres édifiantes et curieuses, de labbé Favre, pp. 82.83.


    Le désordre allant en augmentant, Mgr des Achards de la Baume, évêque dHalicarnasse, arriva en 1739, envoyé directement par le Saint-Siège, avec le titre de Visiteur Apostolique. Il mourut à Hué.

    Il navait pas guéri les maux qui désolaient la Mission de Cochinchine. En 1744, Mgr Hilaire Costa, évêque de Coryce, vicaire apostolique du Tonkin Oriental, de lOrdre de St-Dominique, vint à son tour se rendre compte de la situation au nom du Souverain Pontife.

    Nous nous occuperons, dans cette étude, de Mgr de la Baume. Laissant de côté, pour diverses raisons, lobjet propre de sa mission et la manière dont il la remplit, nous le suivrons, depuis sa naissance jusquà la tombe, nous attachant particulièrement à faire ressortir ses vertus.

    Notre guide principal sera la relation que nous a laissée de la Visite apostolique le secrétaire du prélat, lAbbé Favre 1. Louvrage se divise en trois parties, ou, si lon veut, en trois ordres de documents : la préface 2 nous retrace, dune façon sommaire, la vie de Mgr de la Baume avant son départ pour la Cochinchine ; puis vient le récit du voyage, la visite et la mort du prélat 3 ; enfin loraison funèbre prononcée en langue du Pays par un Prêtre Chinois à Hué capitale de la Cochinchine 4. Nous utiliserons ces trois documents, en tenant compte bien entendu du genre du troisième, qui amène nécessairement lhyperbole. Bien plus, lAbbé Favre avoue, à plusieurs reprises, quil a composé et publié son livre pour défendre la mémoire de son maître : Les avantages que le Christianisme de la Cochinchine a reçus de la Visite Apostolique de M. dHalicarnasse mauroient paru un motif suffisant pour en donner la Relation au Public. Je me serois cependant dispensé de le faire par de justes motifs, si ce que je dois à la mémoire de ce zélé Prélat que ses Ennemis tâchent de noircir, et si ce que je me dois à moi-même ne mobligeoient indispensablement de la mettre au jour5. Je nai entre les mains que quelques documents, qui, il est vrai, confirment les dires de lAbbé Favre ; je manque des autres sources dinformation qui seraient nécessaires pour contrôler tous les actes de Mgr de la Baume et les éloges que son secrétaire fait de lui, nous devrons donc tenir compte, en un certain sens, de ce caractère dapologie qua le livre de lAbbé Favre, même dans les pages qui sont purement narratives.


    1. Lettres édifiantes et curieuses sur la Visite apostolique de M. de la Baume, évêque dHalicarnasse, à la Cochinchine en lannée 1740 par M. Favre, Prêtre Suisse, Protonotaire Apostolique et Provisiteur de la même Visite. A Venise, chez les Frères Barzotti à la Place S. Marc. M.D.CC.XLVI, in 4º Cet ouvrage, partial en ce qui concerne certains faits, et contenant contre certains missionnaires et certaines Sociétés religieuses des accusations peut-être fausses, du moins exagérées, fut mis, je crois, à lIndex. Je laisserai strictement de côté tout ce qui fait allusion aux disputes qui désolèrent la Mission de Cochinchine pendant le XVIIIe siècle et nutiliserai cet ouvrage que pour en extraire les faits purement historiques ou édifiants. Il sera désigné, pour plus de commodité, par la mention : Favre.
    2. Favre, pp. VI-VIII. 3. id, pp. 1-164. 4. id, pp. 255-580. 5. id, préf, p. III.


    Mais même tenant compte de cette déformation, qui paraît être légère, de la personne et des actes du prélat, il nous reste, dans sa vie, ample matière à édification, et notre admiration sera dautant plus grande que Mgr de la Baume fut un grand ami de la Société des Missions-Étrangères : parler de lui, cest, pour un missionnaire de Cochinchine, sacquitter dune dette de reconnaissance, au nom des missionnaires de la Société qui, en des temps pénibles, au XVIIIe siècle, travaillèrent à la même uvre et dans les mêmes lieux.

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    Elzéar-François des Achards de la Baume naquit en Avignon le 29 Janvier 1679. Il fut nommé François, parce quil vint au monde le jour de la fête de S. François de Sales. Si la vertu particulière de son Patron fut la douceur : on peut dire que ce fut aussi la sienne1. Quant au prénom dElzéar, peut-être faut-il y voir simplement une marque du culte que tout le Comtat et la Provence ont toujours rendu à saint Elzéar de Sabran et à son épouse sainte Delphine ; mais peut-être aussi indique-t-il une parenté avec lillustre famille à laquelle se rattachait saint Elzéar. Mgr de la Baume nâquit, en effet, de Parents distingués par leur noblesse et leur piété 1. Nous ne connaissons, de la famille de lévêque, et encore bien peu, que Madame sa Mère, sa mère qui vivait encore en Avignon, et chez qui lAbbé Favre passa une semaine, en Octobre ou Novembre 1742 3 à son retour de Cochinchine, et un neveu, M. lAbbé de La Baume, avec qui Favre fit le voyage de Paris à Avignon. Cest un homme qui ne promet pas moins par son esprit vif, que par ses belles manières 4.

    Dans loraison funèbre de lévêque, on nous dit que ses premiers bienfaits furent des charités pour les pauvres 5, que, plus tard. il était libéral jusquà la profusion et consacroit à la charité... lhéritage de ses pères, le fondement de sa fortune, quil avait abandonné son patrimoine pour nourrir et secourir les pauvres 6.


    1. Favre, préface, p. VI. 2. id. préf., p. VI. 3. id, p. 220. 4. id, p. 220. 5. id, p. 260. 6. id, pp. 264, 266.


    Ces expressions, bien quelles se ressentent du genre oratoire, nous indiquent quand même que la famille de la Baume jouissait dune certaine richesse. Mais elle se distinguait encore plus par les vertus chrétiennes Cest dans une atmosphère de foi et de piété que la vocation de lenfant prit naissance et se développa. Bénissons la mémoire des pieux parents qui jetterent dans son jeune cur, les semences des vertus chrétiennes et conserverent cet autre Samuel, au milieu même de la corruption de Babylone. Pères et Mères, vous reconnoîtrez-vous bien à ces traits ? Pensez-vous quon produisit Elzéar dans le grand monde ? Croyez-vous quon le familiarisoit avec la volupté et le mensonge, à flatter et à être flatté, et que, se mettant peu en peine de le rendre vertueux, on ne soccupa quà lui révéler les secrets de la chair et du sang, et à limmoler au torrent de la coutume et de la nature corrompue : loin dici de tels sentiments, et de si cruelles maximes. Ses Nobles Père et mère affermirent dans Elzear les grâces du Ciel et poserent dans ce fils docile les principes de la solide gloire. Grand Dieu.... conservez ce jeune Moïse 1.

    Ailleurs on nous dit plus simplement : Il eut, dès son enfance, le goût pour la piété et létude. Ses Parens trouvoient de jour en jour dans sa conduite de nouveaux motifs de joie et de consolation : jamais il ne leur causa le moindre déplaisir. 2 Mais le Prêtre Chinois, ou plutôt lAbbé Favre, dans loraison funèbre, sétend longuement sur les vertus de lenfant, sur la haine du péché quil avoit succé avec le lait de sa Mere, 3 et sur lexemple quil donnait à ses condisciples.

    Il fit ses études au Collége dAvignon 4. Ayant pris lhabit ecclésiastique à lâge de 16 ans, il entra dans le Séminaire de S.-Charles dAvignon, où il passa six années dans la retraite 5. Puis il fut ordonné prêtre et se consacra, avec quelques compagnons, au ministère de la prédication. Comme une nüée enflammée, il parcourt les provinces voisines, il y porte le feu de la charité qui sembloit être réfroidi dans la plupart : Oui, M. Ch. Fr., le Languedoc, le Dauphiné, la Provence, la Comté dAvignon se souviendront à jamais que cest dans ces laborieuses Missions quil a dévoué les premières années de son sacerdoce, à linstruction et à la sanctification des peuples, et quil ne sest préparé à devenir grand Evêque quen exerçant les fonctions dun zélé Missionnaire 6. Suivent de longues tirades sur ses succès comme prédicateur et sur sa manière, tout empreinte de bonté, de douceur, de miséricorde, de sauver les âmes.


    1. Favre, Oraison funèbre, pp. 259, 260. 2. id. Préf., p. VI. 3. id. p. 260. 4. id, p. 260. 5. id, Préf., pp. VI, VII. 6. id, p. 262.


    Il semble avoir particulièrement affectionné le ministère de la parole. Avant même quil eut lâge de Prêtrise, il avoit déjà préché la plus grande partie des Panégiriques des Saints, dont on honore particulièrement la mémoire à Avignon.1. Nous le verrons encore prêcher à Rome, après son élévation à lépiscopat : Il exerce dans Rome même le Ministère de la parole, on lappelle dans lEglise Nationale de S.-Louis-des-François, pour travailler à la gloire de son Divin Maître ; mais en obéissant il renonce à la sienne propre, parce quil craint que la beauté afectée dun stile trop étudié ne fasse naître dans son cur de ces complaisances secretes, qui souvent sont le fruit du démon de lorgueil, il mortifie son amour propre par le Sacrifice de ses plus belles productions, il donne simplement et sans art des instructions aussi familières que vives, et... il préche à S.-Louis-des-François, avec la même simplicité quà la campagne... Les Romains unis aux François lécoutent, gémissent, tremblent, sont persuadez et ne cessent de ladmirer et de se convertir 2. A Port-Louis, avant de sembarquer pour la Cochinchine, Mr dHalicarnasse sest occupé à des uvres Apostoliques pendant lAvent ; il préchoit dans lEglise paroissiale... Lonction qui regnoit dans ses discours, sa charité et sa douceur lui attiroient un si grand concours de gens qui venoient se mettre sous sa direction, quà peine y pouvoit-il sufire.3 Et sur le bateau, pendant le voyage Mr dHalicarnasse préchoit le Carême dans sa paroisse le Vaisseau le Fulvi, pour préparer son peuple à faire une sainte Pâque 4.

    Après avoir exercé, pendant une dizaine dannées 5, un ministère fructueux pour les âmes, lAbbé de la Baume fut fait Prévot Catédrale dAvignon.6 La nomination était faite par Rome, dont tout le Comtat dépendait à cette époque. 7 Il fit preuve, dans cette situation élevée, des mêmes qualités qui lavaient signalé pendant son ministère dans les campagnes. On nous signale sa régularité et sa douceur, qui lui acquirent bientôt lestime et la vénération de lIllustre Chapître 8 ; sa charité, sa libéralité, la facilité avec laquelle tous pouvaient lapprocher, non seulement les chefs de la Sinagogue, mais les veuves de Naïm, les publicains de Jerico, les Naboth persécutés.9


    1. Favre, Préf., p. VII. 2. id, Oraison funèbre, pp. 267, 268. 3. id, p. 4. 4. id, p. 8. 5. id. Préface, p. VII. 6. id, p. VII. 7. id, p. 264. 8. id, Préface, p. VII. 9. id, p. 264.


    Comme directeur, il donnait ses soins aux religieuses de la Miséricorde, qui, fondées à Aix quelque temps auparavant, avaient essaimé dans les villes voisines. Tendres colombes de lagneau ; Saintes filles de la miséricorde, épouses de Jésus-Christ, vous mentendez : parlez à ma place, en faveur de votre infatigable Directeur et du meilleur de tous les Péres ; avouez à la face des Autels que vous lauriez moins connu, si vous laviez moins approché, il auroit paru parmi vous comme un Assuerus qui porte la terreur, et non comme un David qui gagne les curs.1

    Mais cest surtout pendant la peste qui, en 1720, ravagea Marseille et toutes les villes du Midi, que la. charité du Prévôt se manifesta dans toute son ardeur. Pendant lespace de plus de dix mois que dura ce terrible fléau, il ne cessa pour ainsi dire de courir par tout où le besoin des pestiférés le demandoit. Il alloit en personne leur administrer les Sacrements et les exhorter à la mort. En un mot sa charité, son zèle, et le mépris de sa propre vie ne pouvoient se porter plus loin dans une pareille occasion. Tout le Pays lui rend cette justice. 2 Ce témoignage nous suffit. Il est inutile de rapporter les amplifications de lOraison funèbre sur ce même thème.

    Et cependant, malgré ces preuves de zèle et de dévouement, malgré cette vie de travail et de devoir, le Prévôt de la cathédrale dAvignon eut des ennemis qui lattaquèrent sans ménagement. Cest dans lOraison funèbre quon nous fait connaître ces faits, mais, comme il fallait sy attendre, sans grande précision. On nous apprend toutefois quil fut traité de Ministre prévaricateur, de directeur interressé, de Prévôt ambitieux masqué sous le voile de lhypocrisie pour en mieux imposer aux autres. 3 Il répondit à ces attaques par la douceur : il ne cessoit dembrasser avec la cordialité la plus afectueuse ceux-là même quil sçavoit être ses plus ardens persécuteurs.4 Mais, bien quil parvînt à ses fins sans intrigue et triomphât de ses ennemis sans efforts, il fut obligé daller se défendre en Cour de Rome. Benoît XIII, dont le sufrage seul immortalise, reconnoit linnocence de cet Illustre calomnié, et pour mieux confondre ses calomniateurs aux yeux de toute la terre, il léleve à la dignité dEvêque dHalicarnasse, le comble de bénédictions et déloges.5

    Ailleurs 6, Favre ne met pas cette élévation à lépiscopat en relation avec les attaques quavait essuyées M. de la Baume : Benoît XIII, de sainte M., instruit de la vertu et des mérites de M. de La-Baume, le jugea digne de lEpiscopat : Il le fit donc Evêque sous le titre dHalicarnasse Assistant au Trône Pontifical.


    1. Oraison funèbre, p. 264. 2. Favre. Préface, p. VII. Comparez : Oraison funèbre, p. 266. 3. Oraison funèbre, p. 266. 4. id, p. 266. 5. id, p. 267. 6. id,. Préf., p. VII.


    Ses titres, quil énumère en tête de lacte par lequel il nommait lAbbé Favre Provisiteur, sont les suivants : Elzear-François des Achards de la Baume ; par la grâce de Dieu et du Saint-Siège Evêque dHalicarnasse, Prélat Domestique de Notre Saint Père le Pape, Assistans du Trône Pontifical, Prévot de lEglise Métropolitaine dAvignon, Visiteur Apostolique spécialement délégué pour les Royaumes de la Cochinchine, du Ciampa et de Camboje.1

    Cest donc avant 1730, date de lélection de Clément XII, que M. de la Baume fut sacré évêque, et à Rome, sans doute. En 1731, il demanda à entrer au Séminaire des Missions-Étrangères et à se consacrer à lapostolat. 2 Il fut admis, et voici la partie principale de la lettre très édifiante par laquelle il remercie les directeurs de son admission :

    Jai eu toute ma vie une grande inclination pour les Missions-Étrangères, il ma toujours semblé que la complexion robuste, que Dieu ma donnée, jointe aux petits talents que jaurais dû cultiver un peu mieux que je ne lai fait, était une marque de ma vocation, laquelle je nai jamais perdue de vue, malgré le genre de vie de chanoine que javais été obligé dembrasser, et qui paraît si contraire ou pour mieux dire si différent de celui de la vie apostolique.

    Je fus au comble de mes vux lorsque je me vis appelé à lépiscopat par le feu Pape de sainte mémoire. Je regardai dabord cet dignité qui naugmentait point mes revenus et qui ne mélevait pas beaucoup au-dessus de ce que jétais auparavant, comme une porte que le Seigneur mouvrait à la fin, pour venir à bout de mes anciens désirs, je regardai limposition des mains comme un gage, que le Saint-Esprit me faisait la grâce de me donner, du travail auquel jespérais que la divine Providence voudrait bien memployer. Combien de soupirs nai-je pas poussés depuis mon ordination : Combien de larmes nai-je pas répandues en me voyant forcé de mener une vie inutile et si peu convenable à lépiscopat. Vous avez vous-même été souvent témoin de mes sentiments là-dessus, et vous savez que le procès 3 qui me retenait ici ne mennuyait pas tant à cause de sa longueur et de linjustice que je souffrais, que parce quil me mettait hors détat de travailler au salut des âmes. Aujourdhui, par la grâce de Dieu, je suis sorti glorieusement de cette affaire, je me considère comme Saint Pierre mis en liberté hors de sa prison, et je croirais manquer essentiellement à ce que le Seigneur exige de moi, si je ne me consacrais pas entièrement à la prédication de lEvangile, aussi je vous prie, Monsieur, de remercier de ma part M. de Brisacier et tous les Messieurs du Séminaire des Missions-Étrangères de la bonté quils veulent avoir de massocier et de magréer ; sils ne trouvent pas en moi les grandes qualités qui font les apôtres, ils y trouveront du moins beaucoup de bonne volonté, beaucoup de docilité et dobéissance ; je me rendrai au premier signe de leur part à lendroit qui me sera montré, jen sortirai dès quils le jugeront à propos, comme jy resterai autant quils le jugeront nécessaire pour la gloire du Dieu.


    1. Or. fun. pp. 165, 166. 2. A. Launay : Histoire générale de la Société, I, p 534. 3. Lévêque fait sans doute allusion ici aux attaques dont il avait été lobjet et qui lamenèrent en Cour de Rome.


    Tout mest indifférent, pourvu que jannonce Jésus-Christ, et quil consomme le grand ouvrage quils voudront me confier, je ne souhaite ni domination, ni gouvernement, ni prééminence, je ne leur demande pas même de largent, car je suis prêt à partir pour le bout du monde, sil le faut, avec mon seul bréviaire sous le bras, comme saint François-Xavier.1

    Non, certes, les éloges que fait lAbbé Favre de Mgr de la Baume ne sont pas exagérés. Le prélat nous dévoile lui-même la grandeur de son âme. Il était digne dêtre associé aux Pallu, aux Lambert de la Motte, aux Cotolendi, à tous ceux qui, poussés par lamour de Dieu et des âmes, fondèrent notre Société et dont lesprit se maintenait encore chez leurs successeurs.

    Malheureusement ces démarches neurent pas de résultat. Mgr de la Baume fut dabord retenu par le souci que lui donnait un bénéfice fallait résigner, puis par dautres affaires graves, par une longue maladie. Bref, il ne partit pas pour lExtrême-Orient, comme membre de la Société des Missions-Étrangères 2.

    Il devait y aller, quelques années plus tard, comme Visiteur Apostolique, et comme le fait remarquer le P. Launay, peut-être le Pape, en lui confiant ces fonctions, avait-il quelque connaissance des anciens désirs de lévêque.

    (A suivre). L. CADIÈRE,
    Miss. de Cochinchine Sept.


    1. A. Launay, id., ibid. 2. id, p. 535



    1923/165-172
    165-172
    Cadière
    Vietnam
    1923
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