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Un centenaire qui ne doit pas passer inaperçu en Corée

Un centenaire qui ne doit pas passer inaperçu en Corée. Aucun événement remarquable ne signala en Corée l’année 1829. C’était la continuation de la vie d’orphelins pour les pauvres néophytes traqués par une persécution implacable. Mais, le 19 mai de cette année, un missionnaire du Siam prenait à Bangkok une initiative dont les conséquences furent incalculables. C’est l’anniversaire de cet événement qui doit, me semble-t-il, être remarqué dans les missions qui en bénéficièrent.
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    Un centenaire qui ne doit pas passer inaperçu en Corée.
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    Aucun événement remarquable ne signala en Corée l’année 1829. C’était la continuation de la vie d’orphelins pour les pauvres néophytes traqués par une persécution implacable.

    Mais, le 19 mai de cette année, un missionnaire du Siam prenait à Bangkok une initiative dont les conséquences furent incalculables. C’est l’anniversaire de cet événement qui doit, me semble-t-il, être remarqué dans les missions qui en bénéficièrent.

    Depuis 55 ans l’Eglise Catholique était entrée en Corée avec Pierre Ri, que ses amis avaient envoyé à Pékin chercher et leur rapporter le baptême. Pendant dix ans, ni évêque, ni prêtre, de nombreux martyrs versent leur sang, qui n’ont jamais assisté à la messe ni reçu d’autre sacrement que le baptême. Enfin le premier prêtre entre en 1795 ; il est décapité en 1801 et un nouveau veuvage de cette pauvre église va durer plus de 30 ans.

    Et pourtant la persévérance des appels angoissés n’a pas fait défaut: lettre de l’évêque de Pékin, le Pape Pie VI la reçoit au début de la Révolution; lettre des chrétiens coréens, qui est remise à Pie VII prisonnier à Fontainebleau ; nouvelle lettre partie de Séoul en 1825, reçue par la Propagande deux ans plus tard.

    La Sacrée Congrégation demande aux Directeurs du Séminaire des Missions-Étrangères si leur Société peut ajouter ce nouveau champ à des territoires déjà si disproportionnés à ses ressources en personnel et en argent. Sans être négative la réponse laisse entrevoir des difficultés telles que la fondation de la mission de Corée sera au moins ajournée, et peut-être longtemps.

    Mais à ce moment intervient la démarche du P. Bruguière, qui termine son apostolique plaidoirie par l’argument qui sera décisif : bien que nommé déjà Coadjuteur de son vieil évêque, il s’offre pour l’entreprise pleine de perspectives terribles, et le vénéré Mgr Florens, qui avait joyeusement chanté son Nunc dimittis, approuve la proposition et sacrifie le Coadjuteur longtemps désiré et enfin obtenu.

    Voici la belle lettre adressée par Mgr Bruguière aux Directeurs du Séminaire des Missions-Étrangères.

    Messieurs et chers Confrères.

    J’ai appris, par une lettre commune envoyée à tous les missionnaires, que la Sacrée Congrégation vous avait offert la Corée et que vous hésitiez à accepter cette offre, au moins pour le moment. Le défaut d’argent, le petit nombre des missionnaires, les besoins des autres missions, la difficulté presque insurmontable de pénétrer dans cette contrée, l’insuffisance des moyens que ces malheureux néophytes indiquent pour introduire les missionnaires, vous ont paru des motifs suffisants pour remettre cette affaire à des temps plus favorables... Mgr de Sozopolis désire, de tout son cœur, que notre Société se charge au plus tôt de cette nouvelle mission ; il se propose de vous en parler dans sa lettre. Quelque grand que soit son zèle pour la réussite de cette affaire, je doute qu’il égale le mien. C’est l’ardent désir d’être utile à ces infortunés chrétiens qui m’engage à vous écrire en leur faveur, je suis persuadé d’avance que vous êtes portés de la meilleure volonté à leur égard, et que c’est seulement l’impossibilité de faire mieux qui vous a engagés à attendre encore quelques années. Ces motifs sont louables et fort prudents ; la Sacrée Congrégation a paru y applaudir, mais la question est-elle tellement terminée qu’elle ne puisse plus être remise en litige et être soumise à un nouvel examen ? Je ne le pense pas. Ce n’est point par un motif de suffisance ridicule et pour avoir l’air de donner des avis à ceux qui en savent plus que moi, mais uniquement pour obéir à ma conscience, que
    je prendrai la liberté de rappeler en détail les différents motifs mentionnés plus haut et d’y joindre quelques réflexions, que je vous prie d’examiner au pied des autels, et de peser au poids du sanctuaire.

    1o Nous n’avons pas d’argent. — Mais n’est-il pas vrai que, grâce à l’Association de la Propagation de la Foi, la recette couvre la dépense ? D’ailleurs la Sacrée Congrégation offre des aumônes pour quelques années. Ces secours peuvent manquer, dites-vous ; tout est précaire dans une association d’où chacun peut se retirer quand il lui plaira ; cela est vrai, mais c’est là une œuvre toute récente ! A peine la moitié des diocèses de France l’ont-ils adoptée ; le zèle pour les missions ne fait que de naître, par cela même il se soutiendra pendant quelques années ; plus tard il se refroidira peut-être, car tel est le sort des institutions humaines, et en France encore plus qu’ailleurs. Mais, en attendant, on aura eu le temps de se prémunir par de sages économies contre les cas fortuits, et Dieu, qui défend à ses ministres de s’occuper du lendemain avec une anxiété qui ferait injure à sa Providence, fournira de nouvelles ressources.

    Notre séminaire a-t-il auparavant refusé de faire l’impossible ? A-t-il abandonné aucune de nos missions, dans ces temps où tout paraissait désespéré ? non, sans doute ; on s’est tourné vers Dieu ; on a cru tout possible à celui qui sait tirer le bien du mal, et on n’a pas été trompé dans ses espérances ; Dieu a fait un miracle pour venir au secours des missions. Or, dans les circonstances présentes, notre Dieu serait-il devenu moins puissant ? ou bien notre foi et notre confiance auraient-elles diminué ?

    2o Nous n’avons pas de missionnaires. — Il me semble que c’est là le plus faible motif que l’on puisse alléguer. Et en quel temps a-t-on vu un plus grand nombre de jeunes prêtres se destiner aux missions ? On lit dans la lettre commune que vous en avez eu jusqu’à quinze ou dix-huit à la fois ; vous en attendez tous les jours un grand nombre d’autres. Quelques-uns, il est vrai, de ceux qui étaient au séminaire, sont retournés chez eux pour cause de maladie ; mais aucun, dites-vous, n’a renoncé à revenir un jour. Du reste, supposons pour un moment que vous manquez de sujets : eh bien ! voici un moyen infaillible pour en avoir autant que vous en voudrez, Faites imprimer tout ce qui se trouve dans l’article : Corée, des Nouvelles lettres édifiantes, joignez-y les lettres que ces fervents chrétiens ont écrites à différentes époques à Notre Saint-Père le Pape, vous pourrez facilement vous en procurer des copies ; envoyez-en des exemplaires aux petits et aux grands séminaires de France ; faites un appel généreux à la charité et au zèle de tous ces jeunes élèves du sanctuaire et bientôt vous aurez des missionnaires, Je connais les Français ; la perspective des dangers de toute sorte que présente cette périlleuse mission, ne fera qu’aiguillonner leur zèle et leur inspirer un nouveau courage ; pour un sujet vous en aurez dix.

    3o Les besoins des autres missions. — Ces besoins sont grands sans doute, mais ils ne sont pas aussi extrêmes que ceux des malheureux Coréens. Si la charité impose aux hommes la stricte obligation de prendre même sur leur nécessaire, pour aider l’infortuné qui ne pourrait point sans ce secours prolonger sa malheureuse existence, cette obligation ne devient-elle pas tout autrement rigoureuse quand il s’agit de tendre une main secourable à tant de fervents néophytes qui ont si bien mérité de la religion, à tant de milliers de chrétiens encore faibles dans la foi, et environnés de tous les genres de séduction ? Ces infortunés, placés à l’autre extrémité du globe, élèvent depuis plusieurs années leurs mains suppliantes vers le Père commun des fidèles pour implorer son secours. Celui qui a la sollicitude de toutes les Eglises nous fait l’honneur de choisir notre Société ; par deux fois il en a appelé à notre charité et vous croyez devoir attendre encore ! La Corée, dira-t-on, n’est pas au nombre de nos missions, nous n’en sommes point chargés ; j’en conviens, mais on conviendra aussi qu’un père charitable se fait un devoir de retrancher quelque chose du repas frugal destiné à ses enfants pour secourir le malheureux étranger qui est près d’expirer à ses pieds. Un ou deux prêtres de moins dans la totalité de nos missions ne font point un vide sensible, mais ces deux prêtres seront un bienfait inestimable pour une mission entièrement abandonnée. Quelque intérêt que je porte à la mission de Siam, je verrais sans peine qu’on en retirât un missionnaire pour l’envoyer dans cette chrétienté désolée.

    4o La difficulté de pénétrer dans ce pays. — C’est, je l’avoue, ce que l’on peut opposer de plus plausible ; mais après tout, un projet, pour être difficile, n’est pas pour cela impossible et les enfants du siècle ne sont jamais rebutés par les difficultés, quand il s’agit de leurs intérêts. N’y aurait-il donc que les enfants de lumière qui se montreraient timides et réservés quand il y va de la gloire de Dieu et du salut du prochain ?

    Un prêtre, parti de Péking et chinois de nation, est entré en Corée, y a exercé le saint ministère pendant plusieurs années quoique la persécution fût très violente, et a couronné ses travaux par un glorieux martyre, et un prêtre européen, rendu au Su-tchuen ou au Chan-si, ne pourra pas en faire autant ! Les Coréens ont pu faire parvenir en peu d’années plusieurs lettres jusqu’à Rome, et ils ne pourront pas introduire un prêtre chez eux ! Je prévois la réponse que vous allez faire ; c’est par Péking que les lettres passent, c’est le seul point de communication ; eh bien ! on fait avertir les chrétiens coréens en adressant les lettres à Pékin , qu’il y a un missionnaire qui les attend dans telle ou telle autre ville du Chan-si ou du Su-tchuen ; les chrétiens étant avertis, on avise aux moyens de continuer la route vers la Corée ; on voit si on doit se rendre jusqu’à la grande muraille sous la conduite des courriers chinois ; on a un rendez-vous, des signes convenus ; on use de tous les moyens que la sagacité jointe à la prudence peut suggérer ; enfin on réussit. Mais admettons que les difficultés sont insurmontables, qu’il est impossible de pénétrer dans ce pays. Eh bien ! il faut tenter l’impossible ; ce qui est impossible aux hommes ne l’est pas à Dieu. On observe que le moyen suggéré de s’y rendre par mer est impraticable, soit parce que les Européens ne font aucun commerce avec la Corée, soit parce qu’il est trop dangereux de s’abandonner à la bonne foi des Chinois, qui seuls vont quelquefois trafiquer sur les côtes de Corée ; mais, je le demande, ces considérations ont-elles empêché St François-Xavier de monter à bord d’un corsaire chinois ? Et nos premiers Vicaires Apostoliques ne se sont-ils pas livrés à la bonne foi des Chinois lorsqu’il a fallu visiter les chrétiens confiés à leurs soins, qui se trouvaient dispersés dans tant de royaumes différents ? Ce n’est pas, je l’avoue, un moyen fort sûr : les Chinois égorgent souvent leurs passagers quand ils soupçonnent qu’ils portent de l’argent, mais que faire quand on ne peut trouver mieux ? D’ailleurs on a quelque droit à une Providence plus particulière de Dieu lorsqu’après avoir pris toutes les précautions que suggère la prudence, on s’expose généreusement à un danger probable, par le seul et unique désir d’exécuter ses ordres ! J’ai dit : pour exécuter les ordres de Dieu. Cette expression m’a échappé, mais je ne crois pas devoir l’effacer ni même y apporter la moindre modification. En effet, quand Dieu a fait un commandement exprès à tous ses apôtres et leurs successeurs d’aller enseigner toutes les nations, a-t-il excepté la Corée ? Mais ce commandement devient tout autrement rigoureux en faveur de cette intéressante chrétienté dans les circonstances présentes. Eh quoi ! Dieu aurait-il permis qu’un pauvre Coréen devenu chrétien dès que la lumière de l’Evangile a lui à ses yeux et transformé aussitôt en apôtre, ait converti en très peu de temps plusieurs milliers de ses compatriotes, afin que cette bonne œuvre ne pût plus être continuée ? La lumière de la foi n’aurait-elle brillé un instant à leurs yeux que pour disparaître aussitôt et les replonger dans de plus épaisses ténèbres ? Cette nouvelle Eglise formée pour ainsi dire par elle-même, qui a donné à Jésus-Christ dès son berceau tant d’intrépides martyrs, tant de chastes vierges comparables à ce que les siècles apostoliques ont offert de plus grand et de plus merveilleux, cette Eglise qui possède encore tant de courageux confesseurs, lesquels, après avoir souffert l’exil, l’esclavage, la perte de leurs biens, prêchent encore l’Evangile sous la hache de leurs bourreaux et augmentent d’une manière indéfinie le nombre des prosélytes, cette Eglise sera-t-elle donc abandonnée ? Quoi ! le Dieu des miséricordes est-il devenu tout-à-coup un Dieu sévère et inexorable à l’égard des Coréens qui l’ont adoré, qui l’ont aimé, qui l’ont servi dès qu’ils l’ont connu ? Se plaira-t-il à multiplier les difficultés, à environner leur pays d’une barrière impénétrable afin qu’aucun de ses ministres ne puisse parvenir jusqu’à eux ? Je croirais blasphémer contre la Providence, si jamais une semblable pensée se formait dans mon esprit.

    5o Reste ce motif : qui trop embrasse mal étreint. — Mais un vieux proverbe n’est pas toujours une démonstration. Encore faudrait-il montrer qu’il est applicable à la circonstance présente. Je crois avoir prouvé plus haut que notre Société pouvait encore embrasser davantage et bien étreindre. On a observé, comme je l’ai entendu dire plusieurs fois, que les diocèses, dont les évêques se montrent les mieux disposés pour favoriser les vocations de missionnaires, ont toujours un plus grand nombre de sujets qui, se destinent au sacerdoce : ne peut-on pas espérer qu’une faveur analogue sera accordée à une Société qui fait de généreux sacrifices pour soutenir une chrétienté abandonnée ? ....

    Quoi qu’il en soit, si après un mûr examen vous jugiez encore que la prudence et l’intérêt de la religion exigent que l’on ajourne cette affaire, je vais vous proposer un projet fort simple, dont l’exécution ne peut qu’être très utile aux néophytes coréens et ne compromettra ni le temporel ni le spirituel des missions, dont nous sommes actuellement chargés. Sans prendre aucun engagement pour l’avenir, proposez à la Sacrée Congrégation d’envoyer, en attendant, un ou deux prêtres. Ils tenteront, pour pénétrer dans le pays, tout ce que le zèle aidé de la prudence pourra leur suggérer. Si jamais ils réussissent à s’introduire, ils pourront trouver, soit par eux-mêmes, soit par le secours des néophytes, des moyens de faire entrer les missionnaires qui viendraient après eux, moyens qu’il est impossible, en Europe, de bien connaître et même de soupçonner. Le prêtre, parvenu sur les lieux, soutiendrait cette mission qui peut à chaque moment être anéantie pour jamais, faute de pasteurs. En attendant, la Providence ménagerait de nouveaux secours. Si le premier prêtre envoyé dans cette contrée ne pouvait pas y pénétrer, ou. était mis à mort, ce serait un gain pour lui, sans être une perte sensible pour les autres missions. On aurait encore la satisfaction d’avoir tout tenté, et on n’aurait rien à se reprocher.

    Mais quel sera le prêtre qui voudra se charger de cette périlleuse entreprise ? — Votre serviteur. Quelque désir qu’ait Mgr de Sozopolis de voir un grand nombre de missionnaires dans son Vicariat, il fera avec joie le sacrifice d’un de ses prêtres en faveur des malheureux Coréens. J’en ai déjà parlé à Sa Grandeur ; elle a manifesté le désir que je vous en écrivisse. Elle a lu ma lettre, et est résolue à tout, si le Saint-Père approuve ma demande. Car je ne dois pas vous laisser ignorer que j’ai écrit à Rome à ce sujet, pour ce qui me concerne seulement, sans faire aucune mention de la décision que vous semblez avoir prise.

    Je ne vois pas que ma destination présente doive faire rejeter ma proposition. Monseigneur a reçu du Souverain Pontife des brefs qui l’autorisent à se choisir un coadjuteur sous le titre d’évêque de Capse, et m’a donné à entendre qu’il avait des vues sur moi, quoique j’espère qu’il n’en sera rien. Mais je suppose que, malgré toutes les raisons que je puisse apporter, Monseigneur exige que je donne mon consentement, je ne vois pas quel obstacle cette nomination pourrait apporter à mon projet. Un évêque n’est ni moins robuste, ni moins apte aux fonctions du saint ministère ; il n’a au contraire que plus de grâces et un pouvoir plus étendu pour faire le bien. Il est possible que le missionnaire envoyé dans ces contrées éloignées ne puisse de longtemps avoir de communications avec l’Europe, et se trouve très souvent fort embarrassé s’il n’est que simple prêtre ; mais s’il est évêque, il peut, quoique seul, lever bien des difficultés, il peut ordonner prêtres de pieux néophytes, après s’être assuré de leurs talents et de leur piété, en attendant que la divine Providence donne la facilité de former un établissement durable pour élever de jeunes ecclésiastiques. L’exemple d’une translation d’un évêque d’une mission dans une autre n’est pas rare. Je vous prie donc instamment d’appuyer de tout votre crédit ma proposition auprès du Saint-Siège. Monseigneur connaît mes intentions et les approuve. Si le temps le permet, il se propose d’en écrire lui-même à la Sacrée Congrégation.

    Je finis en vous rappelant les paroles de Saint Vincent de Paul : “Or sus, mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants, vous avez été leurs mères selon la grâce depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnées ; voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d’être leurs mères pour devenir leurs juges. Leur sort est entre vos mains ; ils vivront si vous continuez d’en prendre un charitable soin. Au contraire, ils mourront infailliblement si vous les abandonnez”. De même, le Père commun des fidèles sollicite notre Société de devenir la mère et l’appui de ces fervents et malheureux néophytes, depuis que leur mère l’Eglise de Péking, sans les avoir abandonnés, se trouve dans l’impossibilité absolue de leur donner du secours ; leur destinée est en quelque sorte entre vos mains. Si vous acceptez l’offre que vous tait la Sacrée Congrégation, cette chrétienté intéressante existera, et de là peut-être la foi s’étendra dans les provinces immenses de la Tartarie, Son voisinage avec le Japon, le-commerce que ces deux nations font ensemble, la conformité de mœurs et de caractère, tout semble promettre que les chrétiens Coréens seront l’appui et les nouveaux apôtres des infortunés Japonais et des habitants des îles de Yesso, etc., etc.. Si, au contraire, vous renoncez à cette mission, ces malheureux néophytes désespérés, sans secours, sans consolation, pourront perdre courage et retomber dans leurs anciennes superstitions, et l’espoir d’étendre le royaume de Jésus-Christ dans ces contrées éloignées sera perdu pour toujours !

    Je suis, messieurs et très chers confrères, votre très humble et très respectueux serviteur.

    BRUGUIERE, Miss. apost. Bangkok, 19 mai 1829.

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    Quelques jours après avoir écrit cette lettre, le 29 juin 1829, Mgr Bruguière était sacré évêque de Capse. Tout abandonné à la Providence, il commença son ministère épiscopal comme s’il ne devait jamais quitter sa mission. C’est à Poulo-Penang que vint le trouver le double Bref de Grégoire XVI, daté du 9 septembre 1831, érigeant le Vicariat de Corée et nommant l’évêque de Capse premier Vicaire Apostolique de la nouvelle mission.
    Il faut espérer que le Bulletin pourra donner, soit au moment du centième anniversaire, soit même avant, la relation, écrite par le Prélat, du voyage de trois ans qui le conduisit jusqu’aux portes de la Corée. Avant de succomber de fatigue, il put contempler les montagnes de la terre promise à ses désirs, mais il n’en franchit pas les frontières, Plus heureux, les deux missionnaires (1) qui s’étaient présentés pour être ses aides, puis son successeur le 2ème évêque de Capse (2), la franchirent, et beaucoup d’autres ensuite.

    Mais, si la moisson s’ est multipliée au point que d’autres Congrégations ont dû venir en aide aux ouvriers des Missions-Étrangères pour la recueillir, le point de départ de cette belle œuvre de salut n’est-il pas le geste fait à Bangkok il y aura cent ans au mois de mai, et n’est-il pas juste de penser, en cette occasion, à ce que doit la Corée à ce premier et héroïque semeur ?
    FL. DEMANGE,
    Vic. Ap. de Taikou.

    Paris, 2 mars 1929.

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    (1) Les PP. Maubant et Chastan, martyrisés en 1839, béatifiés en 1925.
    (2) Mgr Imbert, martyr en 1839, béatifié en 1925.


    1929/261-269
    261-269
    Demange
    Corée du Sud
    1929
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