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Un Apôtre de Salem 2 (Suite)

Un Apôtre de Salem Le Rév. Père Benoît Brisard. (Suite ) La famine de 1876-1878. Le P. L. Ménuel a commencé son travail aussitôt, il reste à Salem pendant que le P. Brisard court partout visiter les affamés dans les camps de secours et baptiser les mourants. Dans le registre des baptêmes on voit le P. Ménuel simplifier un peu linscription des baptêmes, il signe son nom en travers dans la colonne réservée à la signature du prêtre (une signature par journée de baptêmes).
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    Un Apôtre de Salem
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    Le Rév. Père Benoît Brisard. (Suite )
    La famine de 1876-1878.

    Le P. L. Ménuel a commencé son travail aussitôt, il reste à Salem pendant que le P. Brisard court partout visiter les affamés dans les camps de secours et baptiser les mourants. Dans le registre des baptêmes on voit le P. Ménuel simplifier un peu linscription des baptêmes, il signe son nom en travers dans la colonne réservée à la signature du prêtre (une signature par journée de baptêmes).

    Cétait une économie de temps si lon considère le nombre de païens baptisés : en avril, 705, en mai, 452 ; mais le travail dépasse les forces des deux missionnaires et nous voyons réapparaître le P. Foltête. Le P. C. Bolard est envoyé aussi à la rescousse. Le P. Ménuel quitte Salem, et mourra, quelques mois après, du choléra.

    La famine navait pas diminué, le zèle de nos bons travailleurs non plus ; comment se faisait-il donc que de 705 en avril le nombre des baptêmes tombait à 452 ? La note écrite par le P. Brisard lexplique : aujourdhui, 8 mai 1877, par ordre de Pondichéry, on nachètera plus denfants païens. Le nombre de ceux qui ont été rachetés par la Ste Enfance est énorme. (Ici, beaucoup de ces enfants ressemblent à des Karuvadhus (poisson sec) ; 160 sont morts). On ne reçoit plus de nouveaux catéchumènes. La procure menace naufrage!

    La lettre circulaire de Monseigneur Laouënan annonçant cet état de choses est datée du 13 avril 1877, et ce nest que le 8 mai quelle était reçue par les missionnaires. Cela montre que le bon évêque hésita beaucoup avant de porter ces nouvelles mesures et ne dut sy résoudre quen toute dernière extrémité.

    Voici ce quil écrivait donc à la date du 13 avril :

    Monsieur et bien cher confrère,

    La famine continue ses ravages dans une partie considérable du vicariat, malgré les pluies passagères qui sont tombées en quelques localités ; et les populations, attirées par la charité et le dévouement des prêtres catholiques viennent à eux en grandes foules, leur demandant à la fois la vie de lâme par le Saint Baptême et celle du corps par les secours de tout genre qui leur sont distribués. Aussi, au milieu des tristes spectacles de la faim, de la misère et des maladies qui nous affligent de toutes parts, devons-nous rendre à Dieu de vives actions de grâces pour labondante moisson spirituelle quil nous a permis de récolter. Daprès les comptes incomplets qui nous ont été rendus, jestime que le nombre des payens, petits et grands, baptisés depuis le mois de septembre dernier, sélève à près de six mille, et celui des catéchumènes actuellement inscrits à environ trois mille.

    Mais, comme jen exprimais la crainte dans ma précédente circulaire, les ressources dont nous pouvions disposer ne sont point égales aux besoins infinis qui nous entourent. Quoique des dons généreux nous aient été déjà envoyés dEurope à la première nouvelle du fléau qui agite ce pays et nous donnent lieu den attendre dautres encore, nous ne sommes plus, je le crains, en mesure de faire face aux exigences de la situation : nous avons dépensé jusquici plus de 25.000 roupies (62.500 francs) et les dépenses augmentent de jour en jour dans une proportion effrayante.

    Dun autre côté, malgré la recommandation expresse que javais faite de nous envoyer des comptes au fur et à mesure quon nous demanderait de nouveaux secours, la confusion que je redoutais sest produite plus ou moins : quelques confrères, absorbés par le travail, emportés, pour ainsi dire, par le tourbillon au milieu duquel ils se trouvent, nont ni le temps ni la liberté desprit de nous dire avec quelque précision ce quils ont fait et ce à quoi ils se sont engagés.

    Dans cet état de choses, il me paraît nécessaire de vous inviter à vous arrêter quelque peu, pour examiner vous-mêmes où vous en êtes et à me le faire connaître, afin que je puisse, de mon côté, voir si et dans quelle mesure nous pouvons continuer.

    Je crois dailleurs quun temps darrêt sera très utile, pour ne pas dire indispensable, à la santé de plusieurs que lexcès du travail, de laffliction et des privations a plus ou moins altérée.

    En conséquence, je vous prie, Monsieur et cher confrère, de suspendre, à partir de la réception de la présente, toute admission de catéchumènes, soit grands, soit petits, jusquà nouvel ordre de ma part. Il est bien entendu que cette prescription ne regarde pas les petits enfants que leurs parents payens viennent offrir, et que vous pouvez continuer à recueillir dans les conditions ordinaires. Il est également entendu que les engagements pris avant la réception de ma lettre, soit envers les catéchumènes adultes et leurs enfants, soit à légard des petits enfants recueillis, seront exécutés, et que vous pourrez continuer à demander des secours ad hoc ; ce qui est interrompu provisoirement, cest uniquement ladmission de nouveaux catéchumènes.

    Je vous prie en même temps, Monsieur et cher confrère, de vouloir bien répondre dans le plus bref délai, et avec le plus dexactitude quil vous sera possible, aux questions renfermées dans la feuille ci-jointe :
    1º) Combien avez-vous baptisé de catéchumènes adultes, depuis le dernier compte rendu, cest-à-dire, depuis le 1er septembre 1876 ?
    2º) Combien denfants ont été baptisés avec leurs parents ?
    3º) Combien denfants de payens avez-vous recueillis ?
    4º) Combien sont morts et combien survivent ?
    5º ) En dehors de ceux-là, combien avez-vous eu de baptêmes in articulo mortis ?
    6º) Combien avez-vous actuellement de catéchumènes inscrits ? Combien de grands ou adultes ? Combien de petits ?
    7º) A combien approximativement se montent les charges ou les engagements que vous avez contractés pour lavenir, soit pour lentretien des enfants recueillis, soit à légard des catéchumènes inscrits et de leurs enfants ?

    Plus tôt vous me fournirez ces renseignements, plus tôt aussi il me sera possible de donner une direction, et, sil plaît à Dieu, de permettre que vous recommenciez luvre interrompue. Ayez donc la bonté, je vous prie, de répondre sans retard aux questions que je vous pose. Il vous suffira de remplir la feuille ci-jointe et de me la renvoyer.

    Jai un autre motif pour vous presser de me donner ces renseignements. Vous savez que le mois prochain, on célébrera à Rome et dans le monde entier le cinquantième anniversaire de la consécration épiscopale de notre bien aimé Père, le Pape Pie IX. A cette occasion, tout lunivers chrétien lui enverra ses félicitations et ses présents : des collectes et des souscriptions se font partout à cet effet : une grande exposition religieuse est annoncée. Dans ce concours universel damour et de dévouement, nous naurons rien à présenter au nom de notre mission ; les circonstances malheureuses que traverse le pays ne nous permettent pas de faire appel à la générosité des chrétiens, et nos propres ressources sont absorbées par les misères qui nous assiègent. Mais je serais heureux et fier doffrir à Sa Sainteté, en notre nom à tous, le chiffre des âmes que nous avons régénérées dans les eaux du baptême, et je suis sûr que la vue de ce chiffre donnerait plus de joie au cur de Pie IX que celle des plus riches cadeaux.

    Je ne terminerai pas cette lettre commune, sans vous féliciter et remercier, Monsieur et bien cher confrère, du dévouement vraiment apostolique que vous avez montré et que vous montrez encore au milieu des tribulations et des épreuves qui affligent le pays. Je prie chaque jour le Bon Dieu, par lintercession de la Ste Vierge et de St Joseph, de vous en récompenser en cette vie et dans lautre, en vous accordant tous les succès spirituels que vous ambitionnez uniquement, et vous comblant de ses grâces et de ses bénédictions les plus choisies.

    Me recommandant moi-même instamment à vos bonnes prières, je suis toujours, avec une vive affection

    Monsieur et bien cher confrère,
    Votre tout dévoué en N. S.
    FR. LAOUËNAN.
    Pondichéry, le 13 avril 1877. Ev., Vic. Ap..

    Un espoir cependant avait lui au milieu de toutes ces misères, le ciel donnait enfin des pluies qui permettaient dattendre plus patiemment la fin du fléau. Au 17 mai le P. Brisard écrit en note : Ces jours-ci, bonne pluie qui a arrosé tout le pays, mais la famine na pas perdu un pouce de terrain. Et il continue avec ses moyens réduits de soulager la détresse des affamés, il ajoute à la date du 23 mai depuis la note de Pondichéry, 119 baptêmes de payens, à nos frais ; aujourdhui pluie.

    Comme cela devait réjouir les missionnaires despérer que bientôt, les récoltes succédant aux semailles que la pluie avait permis de faire, les pauvres affamés auraient à manger selon leur faim. Cette joie est partagée par lévêque qui a souffert avec ses missionnaires ; il leur écrit donc une nouvelle circulaire à la date du 23 mai 1877.

    Monsieur et très cher confrère,

    Je viens vous faire connaître que vous devez cesser, à partir de la réception de la présente, de réciter à la Ste Messe les prières pro tempore famis. Des pluies abondantes paraissent enfin être tombées dans toute létendue du Vicariat et il y a lieu despérer que ces pluies se renouvelleront. Les populations agricoles en profitent pour labourer et ensemencer leurs terres ; les travaux de tout genre ont repris ou vont reprendre dans la campagne, et nous pouvons espérer que lépreuve à laquelle Dieu avait soumis le pays touche à sa fin. La misère sans doute ne disparaîtra pas immédiatement, mais encore un peu de temps, et les choses, sil plaît à Dieu, reprendront leur état normal.

    Daprès les comptes qui me sont parvenus, le nombre des payens, grands et petits, qui ont reçu le baptême depuis le commencement du présent exercice, et celui des catéchumènes inscrits (dont la plupart doivent avoir été baptisés depuis lenvoi des comptes) sélèvent à plus de 11.614.

    Rendons au Bon Dieu de vives actions de grâces, Monsieur et bien cher confrère, des bénédictions quil a répandues sur nous, et, en même temps, nomettons pas de le prier pour quil donne à tous ces néophytes la persévérance dans la foi quils ont embrassée.

    Je ne puis mempêcher de vous remercier aussi, Monsieur et bien cher confrère, de la part que vous avez prise à ce beau résultat par vos efforts et vos travaux, vos prières et votre charité. Que le Bon Dieu daigne vous en récompenser en ce monde en vous comblant de ses grâces et de ses faveurs les plus précieuses, et dans lautre, en vous y préparant une couronne de gloire et de félicité !

    Lépuisement de nos ressources ne me permet point encore de vous autoriser à reprendre luvre du baptême des payens, ce qui est pour moi une cause de regrets très poignants, car il reste beaucoup de villages et de familles qui, nayant pu venir plus tôt apprendre les prières et recevoir le baptême, se présentent maintenant sur divers points. Prions tous ensemble, sil vous plaît, Monsieur et très cher confrère, afin que la divine Providence, qui nous adresse ces pauvres gens, nous envoie aussi les moyens de les recevoir. Si Elle nous exauce, soyez assuré que je mempresserai den profiter pour vous permettre de reprendre une uvre qui nous est à tous extrêmement chère.

    La même raison ne me permet pas de continuer le secours personnel qui vous a été alloué durant les deux derniers trimestres. Jespère que vous ne souffrirez pas trop de ce retranchement ; le prix des vivres va revenir peu à peu à son chiffre normal et le viatique ordinaire suffira, jen ai la confiance, à vos besoins.

    Me recommandant de nouveau à vos bonnes prières et SS. Sacrifices, je suis toujours, avec un tendre attachement,

    Monsieur et très cher confrère,
    Votre tout dévoué en N. S.
    FR. LAOUËNAN.
    Pondichéry, le 23 mai 1877. Ev., Vic. Ap..

    Le 21 juin le P. Brisard écrit : jusquici 352 baptêmes à nos frais. Reçu de Pondichéry aujourdhui une allocation de 600 roupies. Le 24 il ajoute : ici commencent les 600 roupies dallocation puis 400 roupies.

    Le saint P. Ligeon a dû être délégué par Mgr Laouènan pour venir se rendre compte sur place des besoins des missionnaires ; sa signature se voit au registre des baptêmes à la date du 12 juin.

    Le Père Brisard inscrit ses totaux au bas de la même page :
    total depuis le 1er septembre jusquici 2362 : grands949
    parmi les petits, 938 achetés, petits1413

    Puis la note attristée sur les espoirs quavaient donnés les pluies : Belle moisson en herbe, famine pire que jamais, morts nombreuses de ses suites 826 enfants ondoyés et il ajoutera plus tard : Août, moisson manquée !!!

    A la date du. 1er juillet 1877, Mgr Laouënan écrit à nouveau à ses missionnaires une lettre circulaire dont voici la dernière partie :

    A loccasion de la famine qui désole une portion considérable du vicariat, et des nombreux payens qui sont venus et viennent encore demander le baptême, nous avons reçu de toutes parts des secours vraiment considérables ; le Séminaire de Paris, plusieurs confrères, des personnes du monde mues par la charité et le zèle du salut des âmes, nous ont envoyé dabondantes aumônes, grâces auxquelles nous avons pu soulager bien des misères et admettre beaucoup de catéchumènes. Il convient, ce me semble, que nous remerciions Dieu des grâces et de lassistance quil nous a accordées et que vous ayons un souvenir dans nos prières pour toutes les personnes qui nous sont venues en aide dans les circonstances présentes. Je vous serais donc obligé, Messieurs et très chers confrères, si, à la messe mensuelle que nous célébrons les uns pour les autres et pour le Vicariat, vous avez la bonté de prier pour ces personnes, et de demander à Dieu quil veuille bien nous continuer ses bénédictions, pour sa plus grande gloire et le salut dun plus grand nombre dâmes.

    Me recommandant moi-même à vos bonnes prières, je suis toujours avec un sincère attachement, Messieurs et chers confrères,

    Votre très dévoué en N. S.
    FR. LAOUËNAN.
    Pondichéry, le 1er juillet 1877. Ev., Vic. Ap..

    Nous ne voyons plus à partir de maintenant la signature du Père Ménuel dans le cahier de baptêmes. Il a dû partir fatigué, exténué. Le P. Brisard continue vaillamment luvre de conversion, aidé toujours des Pères Foltête et Bolard. Le mois de juillet donne un total de 242 baptêmes, août, 213.

    A la fin du mois daoût, époque de lenvoi des comptes rendus annuels, le P. Brisard inscrit ses statistiques :

    Compte rendu du 1er septembre 1876 au 1er septembre 1877.

    Baptêmes : denfants de chrétiens.. 74
    de gentils.2.830 (dont : enfants achetés 988 desquels sont morts 418, 372 rendus, reste 198)
    grands 1180, petits 1650 = 2830.
    Baptêmes de moribonds : 2196.

    Et il ajoute Compte rendu du Vicariat : Baptêmes de païens 2450, cest joli !!
    A partir du 25 août, nous ne revoyons plus dans le cahier les signatures des deux vaillants assistants du P. Brisard : les PP. Foltête et Bolard. Il semble que le pauvre curé ait dû rester seul jusquau 13 octobre 1877, sauf quelques jours où sont venus laider les PP. Teyssèdre, Joiret et Bricaud. Le P. Verdier deviendra assistant du P. Brisard au 13 octobre seulement.

    La tâche du P. Brisard ne faisait cependant quaugmenter. Létablissement des comités de famine par le gouvernement, sil diminue peut-être le nombre de ceux qui viennent directement assaillir le missionnaire, réclamera sa présence dans les conseils, les inspections, et les distributions tenues dans les camps daffamés.

    A propos de cet établissement de comités de famine projetés dès la fin du mois de juillet, voici la lettre circulaire quadressait Mgr Laouënan à tous ses missionnaires, à la date du 4 août :

    Messieurs et très chers confrères,

    Le 4 du mois courant sest tenu à Madras un grand meeting public, sous la présidence du Gouverneur, Sa Grâce le Duc de Buckingham et Chandos, afin daviser aux mesures à prendre pour provoquer en Angleterre et dans lInde des souscriptions et des secours en faveur de nos populations de lInde méridionale affligées par la famine. Séance tenante, il a été décidé quun appel serait fait dans ce but aux maires des grandes villes dAngleterre, dEcosse et dIrlande, et une dépêche télégraphique leur a été adressée. Cet appel ne peut manquer dêtre écouté, et lon a déjà appris par le télégraphe que des réunions sorganisent, que de splendides donations ont été souscrites.

    Dès que jai lu dans les journaux anglais les détails de ce meeting, jai pensé que la divine Providence nous fournissait par ce moyen les ressources nécessaires pour soulager la misère de nos anciens chrétiens et de nos néophytes, pour soutenir et peut-être développer luvre de nos orphelinats, car, hélas, malgré les sacrifices très considérables que nous avons faits et les donations que nous a adressées la charité des bons chrétiens de notre chère France, nous avons la douleur de ne pouvoir suffire à limmensité des besoins qui nous entourent.

    Jai donc immédiatement écrit à Mgr Fennelly, qui, avec le Rd P. Colgan, fait partie du Comité Central institué à Madras pour régler la distribution des secours qui viendront, afin de lui demander les moyens que nous devons employer pour en faire profiter nos chrétiens et nos orphelins.

    Sa Grandeur, en me répondant, ma envoyé un exemplaire dun appel quelle a adressé à lEpiscopat du Royaume-Uni, et dans lequel Elle parle avec beaucoup dintérêt de notre Mission et des heureux résultats que nous avons obtenus. Cest daprès ses indications que je vous trace les directions suivantes :

    1º Mgr de Madras pense dabord que cest à chaque missionnaire quil appartient dadresser ses demandes de secours, soit directement au Comité Central établi à Madras, soit par lintermédiaire des collecteurs, sous-collecteurs et autres agents principaux chargés du soin des pauvres affamés. Il est davis quil vaut mieux employer ce dernier moyen, parce que le Comité Central renverra pour information aux collecteurs, les demandes qui lui seront adressées directement; ce qui entraînerait une grande perte de temps.
    2º Je vous engage donc, Messieurs et chers confrères, à vous mettre en relation avec les collecteurs, sous-collecteurs et autres autorités des lieux dans lesquels vous vous trouvez, pour obtenir deux quils aient la bonté de transmettre, en les appuyant, vos requêtes au Comité Central. Ceux dentre vous qui résident aux chefs-lieux et auprès des principales autorités devront naturellement prêter leur assistance aux confrères qui sont au loin.
    3º Il est assez probable quil va se former dans les chefs-lieux de District (civil) et dans les principaux centres, des Comités locaux, soit pour recueillir des souscriptions, soit pour distribuer les aumônes qui viendront dEurope. Il importe extrêmement que les confrères qui résident dans ces localités ou dans le voisinage, se fassent nommer membres de ces Comités locaux : ils pourront ainsi plaider plus efficacement la cause de leurs pauvres chrétiens et obtenir pour eux des secours plus abondants.
    Il nest pas besoin dajouter que ceux qui seront nommés membres de ces Comités devront y soutenir non seulement les intérêts de leurs propres pauvres, mais encore ceux des confrères compris dans la circonscription.
    4º Dans les lieux où il existe des orphelinats, les confrères qui en sont chargés devront tout spécialement demander des secours pour ces établissements. Il y a tout lieu de croire que le Comité Central sy intéressera dune manière toute particulière, et quil accordera libéralement des secours, non seulement pour entretenir ceux qui existent, mais encore pour les développer et même pour en créer de nouveaux, sil y a lieu.
    5º Dans les pétitions ou requêtes quon adressera, soit pour les pauvres en général, soit pour les orphelinats, je recommande tout particulièrement de se tenir dans les limites dune exactitude rigoureuse, de ne rien exagérer et de décrire comme ils sont réellement les besoins quil sagit de soulager, et, quand on aura obtenu des secours, den tenir le compte avec soin. Nous devons nous attendre à ce que nos assertions soient examinées, nos dépenses contrôlées, et craindre que, si les unes ou les autres étaient inexactes, lon ne repousse nos demandes ou que lon cesse de nous venir en aide.
    6º Il faut éviter aussi avec le plus grand soin dinvoquer des considérations de religion et de prosélytisme. Les Comités tiendront absolument, il faut sy attendre, à ce quaucune considération de ce genre nentre dans les distributions qui seront faites. Cependant, étant missionnaires, il est naturel que nous demandions des secours pour les pauvres chrétiens dont nous avons la charge spéciale. On pourra donc pétitionner dans ce sens, mais sans ajouter que ce sont des chrétiens nouvellement convertis, ou que ce sont des catéchumènes, etc. ... Si des secours sont accordés pour les chrétiens, on devra les distribuer uniquement aux chrétiens déjà baptisés ; sils sont accordés à titre général, on les distribuera selon les intentions des donateurs.

    A quelque titre quils soient donnés, ils seront un grand soulagement pour nos chrétiens et pour nous-mêmes, puisquils nous permettront de consacrer à des uvres et à des besoins spéciaux les secours qui nous viendront par dautres voies.

    Pour ce qui précède, vous comprendrez. Messieurs et très chers confrères, que vous devez agir par vous-mêmes, compter surtout sur vous-mêmes ; ma résidence habituelle sur le territoire français ne me permet guère dêtre votre organe et votre intermédiaire dans les circonstances présentes Cependant, si, après avoir fait des démarches et des efforts auprès des autorités locales et voyant quelles vous refusent leur concours, vous jugiez à propos de vous adresser au Comité Central de Madras, je vous invite à madresser vos requêtes, et je memploierai à les faire parvenir et soutenir.

    Par-dessus tout, je vous exhorte très vivement, Messieurs et très chers confrères, à mettre le Bon Dieu dans nos intérêts par de fréquentes et ferventes prières. Supplions-le sans cesse davoir enfin pitié de ces pauvres peuples et de mettre bientôt fin, si telle est sa volonté, aux calamités affreuses qui les affligent et les déciment ; ou, sil veut que la famine dure encore, de nous envoyer dabondantes ressources pour soulager la misère de nos chrétiens, pour pouvoir admettre au catéchuménat tous les payens qui viennent demander le baptême, et recueillir tous les petits enfants quon vient nous offrir. Cest aux prières que nous avons déjà faites que nous devons, sans aucun doute, attribuer les dispositions si consolantes dans lesquelles paraissent être tant de milliers de payens envers notre sainte Religion, et les aumônes si abondantes que nous avons reçues de France. Continuons donc de prier avec un redoublement de ferveur et de constance, afin que, dune part, les bonnes dispositions des payens se soutiennent et sétendent de plus en plus, et, dautre part, que nos ressources soient à la hauteur des circonstances ; et que, de cette manière, cette calamité, si affligeante au point de vue humain, devienne pour un plus grand nombre loccasion de leur salut éternel

    En me recommandant..
    votre tout dévoué en N. S.
    FR. LAOUËNAN.
    Ev., Vic. Ap..

    (A suivre) G. MERCIER,
    Missionnaire de Salem.

    1933/822-832
    822-832
    Mercier
    Inde
    1933
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