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Un Apôtre de Salem 1

Un Apôtre de Salem Le Rév. Père Benoît Brisard. 1 La famine de 1876-1878. La fondation du diocèse de Salem remonte à 1930. Cest le 14 septembre de cette même année qua été consacré son premier évêque, Mgr H. A. Prunier. Le nouveau diocèse est formé de trois territoires, lun, le plus grand, pris sur larchidiocèse de Pondichéry, les deux autres pris sur les diocèses de Kumbakonam et de Mysore ; 18.000 chrétiens nous étaient donnés ; la population totale est de 2.487.000 âmes.
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    Un Apôtre de Salem
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    Le Rév. Père Benoît Brisard. 1
    La famine de 1876-1878.

    La fondation du diocèse de Salem remonte à 1930. Cest le 14 septembre de cette même année qua été consacré son premier évêque, Mgr H. A. Prunier. Le nouveau diocèse est formé de trois territoires, lun, le plus grand, pris sur larchidiocèse de Pondichéry, les deux autres pris sur les diocèses de Kumbakonam et de Mysore ; 18.000 chrétiens nous étaient donnés ; la population totale est de 2.487.000 âmes.

    Quelques oasis au milieu du grand désert ; cest tout ; cest donc bien la Mission ad Gentes ; cest lexpression employée par Sa Sainteté Pie XI, le mot repris et commenté par notre bon Supérieur, Mgr de Guébriant, lors de son passage parmi nous.

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    1. P. Benoît Brisard, du diocèse de Nantes, Missionnaire du Vicariat de Pondichéry pendant 41 ans, mort en 1878.


    Leau se trouve partout dans le désert ; il suffit de creuser plus ou moins profondément, mais il est des points où elle affleure, le sourcier fera donc en sorte de trouver le courant ou la source pour économiser les dépenses de travaux plus profonds. Le sang précieux de Notre-Seigneur coule partout aussi, invisible ; et puisque le Maître a voulu se servir du travail des hommes pour propager son royaume, ce sont les travaux de ceux-ci qui leur feront trouver où ce précieux sang affleure, où des âmes de bonne volonté lattendent depuis longtemps, où loasis chrétienne peut se multiplier dans le désert païen.

    Où sonder tout dabord ? Beaucoup des grandes découvertes de la science actuelle ne sont que des mises au point didées de savants des siècles passés. Ils navaient pas sous la main les facilités qui permettent aujourdhui darriver au succès.

    Il en sera de même pour le royaume des âmes et si Dieu permet le succès, le missionnaire daujourdhui ne pourra sen glorifier lui-même ; le milieu a pu changer, la grâce affleurer en de nouveaux endroits, mais les méthodes ont-elles tant de différence avec celles de nos devanciers ?

    Qui ne pourrait rire de la naïveté de la réflexion dun jeune arrivant dans son nouveau district : mais jusquici on na rien fait !? Mais tout de même, cétait les prédécesseurs qui avaient haussé et tassé le tremplin doù lui pouvait sélancer à de plus grandes hauteurs. Quil ait profité du tremplin, lhistoire restera muette sur ce point, et pour cause !

    Il se peut que dans le travail de nos devanciers il y ait quelque chose à reprendre. Malheureusement nous sommes portés à ne considérer que le succès ; le succès, cest beaucoup sans doute, mais cest Dieu uniquement qui le donne. Il nous faut voir seulement comment les anciens missionnaires ont planté, comment ils ont arrosé. Paulus plantavit, Apollo rigavit.

    Il ma été donné de voir ici, dans les registres de baptêmes de la Cathédrale de Salem, le compte rendu des travaux du Rév. Père Brisard, curé de la paroisse de 1869 à 1878. Pendant les deux dernières années de son séjour ici, une famine, sans précédent dans lhistoire du sud de lInde, fit mourir des millions dindiens. Le district civil de Salem, dont les limites sont celles de notre diocèse, fut un des plus atteints et le Père Brisard se trouva ici dans la zone qui a le plus souffert.

    Lui et les auxiliaires qui se succédèrent nombreux pour laider ont laissé dans le registre des baptêmes de lépoque un tel souvenir de zèle, de peines, que la simple reproduction des notes, écrites toutes de la main du P. Brisard, constitue par elle-même un journal qui émeut et qui édifie Nous le reproduirons, en y ajoutant, aux dates des différentes lettres et circulaires du grand Evêque que fut Mgr Laouënan, les directions et encouragements que les vaillants missionnaires reçurent de ce vrai Père et Pasteur.

    Journal des notes écrites en marge du cahier de baptêmes par le R. P. Brisard.
    Au mois doctobre 1876 il commence par cette simple remarque : Vers la fin de septembre a commencé la disette, en octobre est venue la famine. Plus tard il ajoute : en novembre elle est affreuse ; en décembre, cest épouvantable le riz 3 padhy ¼ à la roupie, ni pluie ni travail, (un padhy vaut environ deux livres la roupie au taux dalors = 2 francs 50).

    Note du 13 octobre : premiers baptêmes daffamés : des enfants au dessous de 15 ans (rachetés par la Ste Enfance) .

    Du 13 octobre au 27 décembre, le Père a donné 90 baptêmes, dans ce nombre, 8 baptêmes seulement de grandes personnes.

    Dans le registre on remarque la signature du P. Mossard, le futur évêque de Cochinchine.
    La situation empirait donc de jour en jour. Aussi Mgr Laouënan sémouvait de la grandeur du fléau qui sévissait dans la plus grande partie du Vicariat de Pondichéry ; il voyait aussi les possibilités de profiter de létat de choses pour conquérir à Dieu un grand nombre dâmes. Le 21 décembre 1876 il envoie à ses missionnaires une lettre circulaire :

    Monsieur et très cher confrère,
    Nos appréhensions concernant la famine se sont réalisées. Les pluies que nous attendions et demandions ont fait défaut ; les récoltes sur pied, là où on a pu semer, ou sont déjà perdues ou sont gravement menacées de lêtre ; dans la plus grande partie du Vicariat on na pas même pu faire les semailles ordinaires. En beaucoup de localités, leau potable manque aux hommes et aux bestiaux ; on ne trouve pas de grains, même pour de largent. La misère est donc partout très grande et elle deviendra extrême, si la sécheresse dure encore quelques mois.

    Il ne faut cependant point désespérer de la miséricorde divine ; quoiquelle nait pas exaucé nos premières supplications, il ne faut pas cesser de limplorer.

    En conséquence, mon Conseil entendu, je viens vous prier :
    1º De réciter à la Messe, chaque jour libre, à partir de la présente circulaire jusquà nouvel ordre, la Collecte, Secrète et Post-communion Pro tempore famis.
    2º De faire réciter publiquement, à lissue de la messe paroissiale, les dimanches et jours de fête dobligation, trois Pater, trois Ave, trois Gloria Patri, pour implorer la pitié de Dieu et la fin du fléau qui afflige le pays.
    3º De faire célébrer, une fois, dans chaque district, une neuvaine à St Joseph et à St François-Xavier, patrons de nos missions, afin dobtenir la même grâce par lintercession de ces deux glorieux saints.

    Je permets de donner la bénédiction du St Sacrement à la fin de la messe et après lexercice du soir, tous les jours de cette neuvaine, partout où cela est possible.

    Si, pour satisfaire la dévotion des chrétiens, vous jugez à propos de renouveler cette neuvaine, soit en diverses localités, soit dans la même, je vous y autorise volontiers et vous permets de donner chaque fois la bénédiction du St Sacrement, comme ci-dessus.

    Comme le prix de toutes choses et particulièrement celui des grains, a considérablement augmenté et que, dautre part, le nombre des pauvres est devenu énorme, jai décidé, de lavis de mon Conseil, quun secours sera porté à lavoir des confrères qui reçoivent le viatique de la procure, pour le trimestre qui commencera au 1er janvier 1877. Si la situation ne sest pas améliorée dans trois mois, nous verrons alors ce quil conviendra de faire.

    Profitons avec empressement, Monsieur et très cher confrère, de cette famine et des maux quelle entraîne, pour faire autour de nous tout le bien que nous pourrons et gagner les âmes à Dieu. Représentons aux chrétiens que ces fléaux peuvent avoir été provoqués par leurs péchés et engageons-les à se convertir à Dieu, qui nattend peut-être que leur conversion pour y mettre un terme.

    Si des payens, dans lespoir dobtenir un secours matériel, viennent vous demander le baptême, ne les rebutez point à cause de limperfection de ce motif, car Dieu se sert de tous les moyens pour convertir les hommes, mais accueillez-les toutefois avec la prudence voulue, et en prenant des précautions pour assurer leur persévérance. Parmi ces précautions il en est une que je recommande particulièrement dans les circonstances actuelles, cest de ne pas recevoir de catéchumènes appartenant à un autre district, et à plus forte raison à un autre Vicariat ; en un temps comme celui-ci, une foule dindividus courent le pays en tous sens, et il nen manque pas qui seraient capables de se présenter successivement à plusieurs confrères, en faisant semblant de demander le baptême, afin de profiter des secours accordés aux catéchumènes ; dautre part, ces étrangers, une fois la famine passée, sen retourneront chez eux, où, étant inconnus à leur propre prêtre, et ne pouvant plus être surveillés par celui qui les a baptisés, ils courraient le plus grand risque de retomber dans le paganisme.

    La Procure fournira, au besoin, lallocation dusage en pareils cas. Si dautres payens viennent, comme cela a déjà eu lieu en plusieurs localités, vous présenter leurs petits enfants et vous les abandonner pour en faire des chrétiens, soit simplement pour que ces petits êtres ne meurent pas de faim, soit encore en échange dun secours, veuillez les recevoir. Je pense que, dans les circonstances présentes, il suffit de donner une roupie par enfant. Si ce sont des garçons, placez-les provisoirement dans quelque famille digne de confiance, en payant leur pension, au besoin ; si ce sont des filles, envoyez-les au couvent le plus voisin. La Procure donnera deux roupies par mois, pour la pension de chaque enfant. A la fin de la famine, si le nombre des enfants recueillis est assez considérable, nous aviserons, avec laide de Dieu, à créer un orphelinat pour les élever.

    Mais, afin quil ne naisse pas de confusion soit dans vos comptes, soit dans ceux de la Procure, je crois devoir tenir à ce que chaque confrère, en réclamant les secours alloués pour les catéchumènes et les enfants, marque exactement chaque fois le nombre de catéchumènes et des enfants quil aura reçus ; faute de quoi, les secours demandés ne seront point envoyés.

    Nous nous ferons un bonheur de subvenir à toutes ces dépenses, tant que nos ressources nous le permettront. Si, à un moment donné ou dans quelque circonstance particulière, nous sommes dans la nécessité de refuser les secours sollicités, je vous prie instamment, Monsieur et cher confrère, de ne pas attribuer ce refus à mauvais vouloir, mais à impuissance de tout faire ; nos ressources sont bornées, tandis que les besoins sont immenses, et le moment peut arriver, si Dieu ne nous vient en aide, où nous devrons forcément nous arrêter.

    En tout cas, envisageons la situation avec courage et fermeté, avec confiance en Dieu et même avec joie, car cest une occasion précieuse de pratiquer la charité, le dévouement, labnégation de nous-mêmes et le zèle pour le salut des âmes. Plaise, quau milieu des grandes misères qui nous entourent et que nous partageons, nous puissions gagner beaucoup dâmes à Jésus-Christ, détendre son royaume. Cest le principal souhait de bonne année que je vous adresse, Monsieur et bien cher confrère, en me recommandant à vos bonnes prières.

    Votre bien affectionné et dévoué
    FR. LAOUËNAN.
    Ev. V. Ap.

    Pondichéry, le 21 décembre 1876.

    Le bon évêque ne se contente pas de donner des conseils et des secours en argent ; il envoie aussi des auxiliaires à ses missionnaires qui sont le plus aux prises avec le fléau. Cest ainsi que le Rév. Père X. Foltête vient aider le P. Brisard.

    A partir du 27 décembre 1876, de nombreux payens se présentent ; en dehors des enfants au-dessous de 15 ans, il y a une moyenne de 3 adultes baptisés par jour, jusquau 21 janvier 1877.

    Le mois de février enregistre 140 baptêmes de payens adultes, et le missionnaire écrit, le 17 de ce mois : Aioh ! fameuse journée !. Il venait de donner 22 baptêmes solennels.

    Mars indique 389 baptêmes de payens ; plus, au camp des affamés du Chalk Hill. 17 baptêmes in extremis. Le Gouvernement réunit les affamés dans des camps pour les y nourrir gratuitement.

    Le Père Foltête na pu tenir plus longtemps devant le surmenage incessant de ces quelques mois. Monseigneur Laouënan enverra pour le remplacer le Père Ménuel qui arrive à Salem le 6 mars 1877, mais les deux lettres qui suivent montrent ses préoccupations au sujet du personnel, surtout du personnel qui puisse se donner de tout cur à lapostolat près des payens. (Le P. Foltête est envoyé à Edapadhy, centre de vieux chrétiens dépendant du district de Salem).

    Il écrit donc au P. Ambroise, curé de Periavalarsili, dans le sud de la mission :

    Tranquebar, le 8 mars 1877,
    Très cher Père Ambroise,

    Le P. Amourdanader, étant guéri, pense retourner la semaine prochaine auprès de vous (vicaire).
    Mais voici ce qui arrive : lexcès de la misère et des besoins à Salem accable à tel point le cher Père Brisard, que jai dû lui envoyer un compagnon au plus vite, et jai écrit au P. Ménuel à cet effet.

    Signé : FR. LAOUËNAN.

    Note : le P. Ménuel était vicaire du P. Faure à Vadugarpatty, dans la même région que Périavalarsill.

    Au 2 avril 1877, Monseigneur écrit à nouveau au P. Ambroise (senior).

    Pondichéry, le 2 avril 1877.
    Très cher Père Ambroise,

    Le nombre des payens qui viennent demander le baptême en divers lieux est tellement considérable que les Pères ne peuvent y suffire, quoique jaie multiplié le nombre de ceux qui travaillent à cette uvre. Vous savez déjà que jai déplacé de Vadugarpatty le P. Ménuel pour lenvoyer à Salem aider au P. Brisard. Cela ne suffisant point, je suis obligé de chercher dautres confrères, là où il y en a de plus ou moins disponibles... Jai donc songé au P. Amourdam votre compagnon, non point précisément pour luvre des payens, mais pour le mettre à la place dun autre Père qui pourra peut-être se consacrer à cette uvre, le P. Arlandanader de Péroumaniour.

    Signé : FR. LAOUËNAN.

    (A suivre) G. MERCIER,
    Missionnaire de Salem.


    1933/733-739
    733-739
    Mercier
    Inde
    1933
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