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Thibet : Consécration épiscopale de S.G. Mgr Sylvain Pierre Valentin

THIBET Consécration épiscopale de S.G. Mgr Sylvain Pierre VALENTIN La Mission du Thibet ne ressemble en rien aux autres Missions de Chine ; elle est une série de trois postes avancés, accrochés aux montagnes qui ceinturent le territoire sacré des lamas : un poste dans le Bouthan indien, au pied des Himalayas, un autre sur la frontière yunnano-birmane et le troisième sur les Marches du Sétchouan embrassent comme étendue dix-huit degrés environ de longitude.
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    THIBET
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    Consécration épiscopale de S.G. Mgr Sylvain Pierre VALENTIN

    La Mission du Thibet ne ressemble en rien aux autres Missions de Chine ; elle est une série de trois postes avancés, accrochés aux montagnes qui ceinturent le territoire sacré des lamas : un poste dans le Bouthan indien, au pied des Himalayas, un autre sur la frontière yunnano-birmane et le troisième sur les Marches du Sétchouan embrassent comme étendue dix-huit degrés environ de longitude.

    La population est clairsemée ; les missionnaires le sont aussi et les communications entre les divers postes sont souvent impossibles.

    A Tatsienlou réside le Vicaire Apostolique. Vers la mi-juillet, dans cette ville cosmopolite de 8.000 âmes on sent un empressement inaccoutumé. Depuis de longs mois déjà un télégramme avait annoncé la nomination de Mgr Valentin comme coadjuteur, mais la poste fonctionnait mal. Le 6 juin, les bulles, expédiées de janvier, sont arrivées. Nos Seigneurs Rouchouse, de Tchêngtou, et Renault, de Suifu, ont répondu avec empressement à linvitation du nouvel évêque. Tatsienlou va donc être le théâtre dune cérémonie inouïe et abritera sous ses murs quatre princes de lEglise.

    Tous les missionnaires de la région sétchouannaise se sont rendus à la retraite, qui coïncide avec le sacre ; toutefois, ni le Thibet indien, ni le Thibet central nont pu être représentés.

    Les séminaristes avec leur fanfare, une forte délégation de chrétiens et le P. Valour, desservant de la cathédrale, vont au-devant de leurs Grandeurs, qui arrivent le 2 et 3 août malgré la distance, la chaleur, lâpreté des montagnes et linsécurité des routes. Les PP. Poisson et de Jonghe, de la Mission de Tchengtou, le P. Valtat, du Kientchang, le P. Niên, de Suifu, ont aussi supporté allégrement cette rude épreuve.

    Au matin du 7 août 1927, Chinois et Thibétains, invités par les cloches, se pressent à la cathédrale coquettement ornée ; on est obligé denlever des vitres pour laération et éviter des syncopes éventuelles parmi cette foule trop dense.

    Mgr Giraudeau assiste au trône. Mgr Rouchouse est le prélat consécrateur. Sous la direction attentive et énergique du P. Doublet, les cérémonies se déroulent majestueusement devant une foule dont la bonne tenue et le recueillement ont fait ladmiration de tous. Le plain-chant grégorien de la messe et des parties chantées du sacre est exécuté par les séminaristes.

    Quand, vers la fin de la cérémonie, le nouveau consacré bénit dun geste large lassistance, une impression indescriptible saisit la foule inclinée devant cette profusion de grâces. Elle sait, cette foule, que le Souverain Pontife, le chef de lEglise, de sa Rome lointaine, noublie pas ses ouailles du Thibet.

    Les circonstances exceptionnelles de la Chine révolutionnaire ne permettent pas, pour se rendre à lévêché, dorganiser le grandiose défilé que chacun désire. Les autorités civiles et militaires se contentent denvoyer leurs salutations personnelles.

    Cependant chaque district a désigné une délégation, qui offre des présents à Monseigneur de Zeugma, titre de notre coadjuteur. Les débris de pétards jonchent la cour de lévêché. Au point de vue chinois, rien ne manqua à la fête.

    De fraternelles agapes se terminent par des toasts en lhonneur du Thibet, de notre vénéré Vicaire Apostolique et de son coadjuteur ; on éprouve un peu de malaise à les rapporter, parce que trop élogieux.

    Mgr Rouchouse qui, fatigué, sétait absenté pendant une partie du repas, revient et lève son verre. Il exprime son admiration pour les trente années dépiscopat de Mgr Giraudeau ; il le félicite davoir pour coadjuteur un homme de son cur et de sa droite, qui continuera les traditions du Thibet, puis il conclut : Mgr le Coadjuteur, vous êtes, comme moi, enfant de la Loire ; vous avez appris auprès de votre vénéré Vicaire Apostolique tout ce quil faut pour diriger une Mission. Vous allez devenir, le plus tard possible, le Chef de cette mission ; soyez le père de tous ces missionnaires qui souffrent dans la brousse. Les missionnaires des Missions-Etrangères sont un peu la coloniale du bon Dieu ; au Thibet vous êtes les vrais coloniaux...

    Mgr Renault exalte aussi le Thibet, poésie de notre Société. Jusquici ce nétait quune boutade de conversation. Le voyage avec les impressions et conversations recueillies mont fait changer davis ; vous êtes les poètes du bon Dieu. Les poètes travaillent dans leur chambre ; vous peinez bravant les routes, la distance et la malice des hommes. Lhistoire du Thibet est une épopée, qui ne pouvait être écrite que par des missionnaires français. A cette épopée votre Vicaire Apostolique a ajouté de bien belles pages ; à vous, Mgr le coadjuteur, de la compléter par des uvres plus belles encore...

    Mgr Giraudeau exprime un merci sincère et sa confusion devant de pareils compliments : Ils sont si flatteurs, dit-il, que je serais presque porté à les prendre pour une plaisanterie... Nous ne sommes pas des héros ; vous seriez à notre place, vous auriez fait tout autant et mieux que nous... Je naurais pas eu la force de consacrer mon coadjuteur ; fort heureusement vous êtes venus. Merci ! Les grandes crues narrêtent pas la charité ; votre charité est plus haute que ces montagnes...

    Mgr Valentin affirme la joie et la reconnaissance qui débordent de son cur : A un simple mot dinvitation vous avez répondu je suis à vous : vous vouliez flous honorer. Mgr Rouchouse, je deviens votre fils respectueux ; je retiens votre conseil : être un père pour ses missionnaires... Il remercie ensuite Mgr Renault et le P. Poisson, ses parrains, puis le P. Valtat, et invite ses missionnaires à travailler cor unum et anima una dans le bien de la charité fraternelle. Funis triplex difficile rumpitur, conclue-t-il, lavenir est à Dieu, le présent est à nous...

    Le Kiéntchang par ma voix vous salue..., continue le P. Valtat ; on écoute... cest une délicieuse pièce de vers.

    Le P. Hiông, prêtre thibétain, remercie nos Grandeurs de sintéresser ainsi à la gens barbara (mân kia). Enfin, le P. Monbeig, doyen des missionnaires présents, risque sa chance oratoire en quelques impressions toutes personnelles.

    La joie est unanime ; un retour de fête est organisé le lendemain à la cathédrale. Le surlendemain, un voyage en caravane, au nouveau village Ste Thérèse de lEnfant Jésus (sept kilomètres au sud de Tatsienlou), est servi par un temps splendide dans un décor alpestre.

    Tout a une fin, surtout les beaux jours ; nos hôtes prennent le chemin du retour pour faire face aux mille complications suscitées par la situation en Chine.

    Mgr Valentin, né en 1880 à Usson-en-Forez (Loire), patrie de Mgr Chouvellon est revêtu dune charge bien lourde et délicate. Toutefois il y est admirablement préparé. Arrivé en mission en 1904, quelques mois avant le massacre de quatre missionnaires et la mort de deux autres par suite de maladies contractées au chevet des malades, il débuta au nouveau poste de Lentsy ; il en fut rappelé pour diriger, sept années durant, le séminaire et lorganiser sur des bases plus solides. En 1913, nommé second provicaire, il fut désigné comme supérieur du Thibet central ; là, il souffrit a fame, peste et bello : une famine occasionna le départ de 40 à 50 familles de chrétiens ; une épidémie terrible de peste, à Tsekou, atteignit la presque totalité de ses ouailles et le mena lui-même à deux doigts de la mort. En 1920 il fut choisi pour une visite de la Mission (partie indienne) et revint à Tatsienlou, où il assura la direction de la procure et de lécole des catéchistes. Quand, à son grand étonnement, il apprit son élection comme coadjuteur, il était depuis quatre ans supérieur du séminaire, où le travail et la piété avaient pris un essor considérable. Fin sinologue et thibétanisant, rien ne lui est étranger de la marche dune Mission, tant au point de vue missionnaire et religieux quau point de vue administratif.

    Il faudrait ajouter quil est très populaire parmi les autorités sino-thibétaines de la ville, ce qui faisait dire à un journal anglais protestant : Le Pape a dû avoir vent de ses qualités pour quil lait choisi !!!

    Il lui reste à remplir sa devise : labora ut bonus miles Christi... et la consigne quil nous a donnée : Lavenir est à Dieu, le présent est à nous.
    Ad multos et felices annos ! pour notre coadjuteur.
    Ad multos et feliciores annos ! pour notre vénéré Vicaire Apostolique.

    L. V. miss. apost. de Tatsienlou.

    1928/41-45
    41-45
    Anonyme
    Chine
    1928
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