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Swatow : La délivrance du Père Waguette

Swatow. La délivrance du Père Waguette Il y a quelques mois, nous annoncions que le 23 mars, au petit jour, le P. Waguette avait été pris par les communistes, dans sa résidence de Tai-Hai-Tsia. La captivité de notre confrère a duré exactement cinq mois. Ce nest que le 22 août, à minuit, quil nous fut apporté en chaise à Gu-Phué-Si, village chrétien, situé près de Swabué et administré par les Pères italiens de Hongkong.
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    Swatow.
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    La délivrance du Père Waguette

    Il y a quelques mois, nous annoncions que le 23 mars, au petit jour, le P. Waguette avait été pris par les communistes, dans sa résidence de Tai-Hai-Tsia. La captivité de notre confrère a duré exactement cinq mois. Ce nest que le 22 août, à minuit, quil nous fut apporté en chaise à Gu-Phué-Si, village chrétien, situé près de Swabué et administré par les Pères italiens de Hongkong.

    Durant ces longs jours, il nous fut impossible de savoir lendroit où se trouvait incarcéré notre cher confrère, impossible également de connaître ses souffrances tant physiques que morales. Par de rares billets, que reçut de lui le P. Rivière qui, dès le commencement, fit son possible pour le faire remettre en liberté, on pouvait néanmoins se rendre compte que lenfer bolcheviste de Chine ne diffère en rien de celui de Russie.

    Et pourtant ! à entendre les nouvelles répandues par les communistes au sujet du P. Waguette, on eût dit que cet enfer était réellement transformé en paradis. Au dire des adeptes de Moscou, le Père était logé dans une belle maison ; on avait invité un cordon-bleu, qui lui préparait la cuisine à leuropéenne ; très souvent, on faisait même venir des provisions soit de Swabué soit de Swatow ; ils (les communistes) avaient poules et cochons pour bien entretenir leur noble captif. De plus ce dernier pouvait se promener sous lil bienveillant, cela va sans dire, de quelques aimables gardiens. A un moment donné, le bruit courut même quil faisait partie de la Croix-Rouge et quil soignait les blessés, ce qui lui valait de gagner 80 cents par jour. A ce compte qui oserait craindre de devenir le prisonnier des Rouges ?

    Hélas ! tout cela nétait que mensonges. A voir le squelette vivant quon nous apporta à Gu-Phué-Si, nous pûmes juger combien dure avait été la captivité de notre confrère. Pour moi, je ne pus retenir mes larmes, quand je le vis réduit à pareille extrémité. Ah ! mon cher poilu, me dit-il, si vous aviez retardé quelques jours pour me délivrer, jétais mort. Durant les cinq jours que je passai avec lui, cest-à-dire depuis son arrivée à Gu-Phué Si, jusquà son entrée à lhôpital de Hongkong, il me raconta petit à petit quelques-unes de ses misères. Il na pas encore pu tout se rappeler, car la fatigue lui faisait perdre le fil de ses idées. Lorsquil sera bien rétabli, il pourra raconter plus en détail quel fut son genre de vie, durant ces cinq mois; et nous espérons que le Bulletin nous en donnera des échos.

    Ce que nous savons, cest que le Père, moralement, souffrait beaucoup, car, dans un billet, daté du 2 avril et envoyé au P. Rivière, il dit : Souffrances morales énormes. Les communistes lui bourraient le crâne de sottises et de mensonges. Ils voulaient le démoraliser.

    Quant aux souffrances physiques, quoique bien terribles aussi, elles lui étaient moins dures à supporter que les souffrances morales. Le Père ne se plaint pas trop des mauvais traitements quil eut à subir. Peu. importe cela, nous disait-il, un coup de fusil ne fait pas peur, mais mourir par la faim, cest terrible ! Et cétait là le genre de mort quon lui avait réservé.

    Pendant que notre confrère subissait une si dure captivité, nous cherchions tous les moyens de le délivrer le plus tôt possible ; mais les Rouges exigeaient une rançon si forte quil nous était impossible de les satisfaire.

    Monsieur Augé, Consul de France, insistait auprès du Gouverneur de Swatow pour quil envoyât des soldats contre le village bolcheviste qui avait fait arrêter le P. Waguette. Finalement, cet officier donne des ordres au sous-préfet de Hoi-Fong et à celui de Luk-Fong, afin quils organisent une expédition contre le village coupable.

    Cétait au mois de juillet, les communistes avaient considérablement diminué le chiffre de la rançon, à cause de la maladie de leur prisonnier. Ils désiraient quon le rachetât avant sa mort. Cest alors, le 22 juillet, que je fus envoyé à Swabué, afin de voir sur place quel était le moyen le meilleur pour obtenir le plus tôt possible la délivrance du Père.

    Là, je tins conseil avec les Pères italiens et le P. Tsai, celui-ci prêtre chinois de la mission de Swatow. Une expédition militaire nous parut à tous très dangereuse, car les Rouges, dans ce cas, se seraient vengés sur le P. Waguette en le fusillant.

    La manière douce nous sembla plus avantageuse. Les émissaires devaient continuer les pourparlers avec les bolchevistes. Mais après quelques jours, voyant que je nobtenais rien, je me décidai à aller voir moi-même le chef communiste. A cette fin, je lui écrivis, le priant de menvoyer un passeport. Sous prétexte que le voyage était assez long et pénible, (environ 110 kilomètres en pays de montagnes), il me répondit de ne pas me déranger. Il fixait en même temps le montant de la rançon, montant quil toucherait avant la mise en liberté du prisonnier.

    Mais mes émissaires navaient pas vu le P. Waguette ; ils ne mapportaient pas la réponse écrite que jattendais de lui ; je ne pouvais donc pas savoir sil était encore vivant. Les émissaires durent retourner deux fois encore vers le Commandant. Ce ne fut quau dernier voyage quils purent voir le P. Waguette et obtenir une lettre de sa main.

    Cest alors que jexpédiai la rançon au chef communiste. Nous étions au 18 août. Cinq jours plus tard, le 22, à 11 heures et demie du soir, le P. Waguette arrivait à Gu-Phué-Si. Cétait un vrai squelette ; impossible pour lui de se tenir debout ; il ne pouvait faire un pas ; il navait pas plus de force quun enfant qui vient de naître. Le 27, notre confrère entrait à lhôpital de Hongkong pour y refaire sa santé délabrée.

    CLÉMENT FAVRE M. A.
    de Swatow.

    1930/639-641
    639-641
    Clément Favre
    Chine
    1930
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