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Superstitions laotiennes

Superstitions laotiennes Bien que bouddhistes de religion les Laotiens ne laissent pas que de se livrer à des superstitions tellement nombreuses quon peut dire quils vivent dans une atmosphère saturée de vaines pratiques. Les énumérer toutes serait impossible, dautant plus quelles varient selon les diverses régions du pays, et même de tribu à tribu. Quoiquil en soit, voici quelques échantillons de ces vaines et curieuses observances : elles ont trait surtout à lenfance, aux maladies, à lhabitation du Laotien et à ses travaux.
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    Superstitions laotiennes

    Bien que bouddhistes de religion les Laotiens ne laissent pas que de se livrer à des superstitions tellement nombreuses quon peut dire quils vivent dans une atmosphère saturée de vaines pratiques. Les énumérer toutes serait impossible, dautant plus quelles varient selon les diverses régions du pays, et même de tribu à tribu.

    Quoiquil en soit, voici quelques échantillons de ces vaines et curieuses observances : elles ont trait surtout à lenfance, aux maladies, à lhabitation du Laotien et à ses travaux.

    Enfance. Lorsque une femme est sur le point denfanter, on entoure la maison et ses abords immédiats de fils de coton, qui passent pour avoir la vertu déloigner les mauvais esprits ; on a soin aussi de placer au pied de lescalier extérieur, des signes superstitieux pour avertir tous ceux qui ne sont pas apparentés à la famille que laccès de la maison leur est interdit. On attache au dessus du lit de la patiente une corde quelle doit tenir solidement des deux mains : cela lui facilitera laccouchement. Mais ce nest point nimporte qui, le mari moins que tout autre, qui peut fixer cette corde : ce soin est dévolu à quelques privilégiés ; sinon des accidents se produiraient infailliblement au moment de laccouchement. Le mari joue cependant un rôle à la naissance de ses enfants : lorsque le délivre est évacué, cest à lui de le prendre respectueusement et daller le déposer dans une petite fosse ad hoc, préalablement creusée au pied de lescalier. Pendant le trajet il se gardera de tourner les yeux à droite ou à gauche, car cette imprudence risquerait de rendre louches les yeux du nouveau-né. Le délivre, auquel on ajoute de la balle de riz, est brûlé à petit feu, afin que le cordon ombilical de lenfant sèche plus rapidement.

    Si lenfant a le malheur de naître muet, on lui donnera à boire de leau dans laquelle on aura fait tremper un gong : le moyen est, dit-on, infaillible.

    Lenfance, surtout en ces pays dExtrême-Orient, est exposée à toutes sortes de maux. Il arrive trop souvent quune mère voit mourir tous ses enfants durant la période de lallaitement ; pour le Laotien la raison est claire : cest un diablotin appelé serpent, ngu suang, qui est lauteur de ce méfait ; il sintroduit dans le lait maternel et cause la mort du nourrisson. Le mal étant connu, il sagit dappliquer le remède : ceci est laffaire du médecin, appelé médecin du diable, mo phi, qui se charge par ses incantations tuer le malheureux serpent. Si lenfant qui naît par la suite vit, cest une preuve que le médecin a réussi son opération ; sinon, on recommence les incantations.

    Médecins, maladies. Le Laotien, tout comme ses frères en Adam, est sujet aux maladies, mais, comme ici chacun se croit plus ou moins médecin, les soins ne manquent pas aux membres souffrants de la communauté laotienne. Cependant certains individus ayant des aptitudes particulières à soigner les malades, ou ayant appris, de ci de là, quelques recettes médicales plus ou moins efficaces, sont considérés par la population comme les Esculapes du Laos.

    Tout médecin est en même temps pharmacien. La pharmacopée laotienne nest pas compliquée ; elle se compose, en grande partie, de racines, décorces, de feuilles, de fleurs de certains arbres et certaines plantes, de corne de cerf et de rhinocéros, de fiel dours, de tigre, de serpent, etc. etc. Mais, comme très souvent les remèdes appliqués sont sans effet, le médecin-pharmacien se triple dun sorcier et en avant les incantations !

    Les médecins-sorciers, généralement redoutés de la population, sont de plusieurs sortes. Les plus influents sont ceux qui se sont voués au démon, les autres ne sont que les médecins du diable, ou phi pab, cest à dire simples sorciers. Certains Laotiens se vendent, pour ainsi dire, au diable pour apprendre de lui certaines formules magiques leur permettant de se débarrasser de leurs ennemis ou de nuire à autrui. Mais pour apprendre ces formules diaboliques ils doivent sastreindre à suivre un grand nombre de prescriptions méticuleuses ; beaucoup daspirants à cet ultime grade de la sorcellerie ne tardent pas à trouver ces prescriptions fastidieuses et les abandonnent. Pour les punir le diable les laisse au grade de simples sorciers. Quant à ceux qui, plus persévérants, nenfreignent point les prescriptions diaboliques, ils apprennent du démon certaines formules magiques qui leur permettent de conjurer les sorts, de chasser les esprits ou de faire du mal à autrui.

    Voici quelques échantillons de ces formules enchantées : ploi ngua ha, lancer dans lenclos du voisin un buf sauvage qui le tuera ; jing ma noi, tirer, sans être vu, un coup darbalète contre son ennemi ; sok hua van, maudire certains médicaments pour les rendre nuisibles ; bang pan, se rendre invisible pour frapper un adversaire ; ia sane ou kang ke sont des formules érotiques qui ont la propriété de provoquer au désordre les jeunes gens des deux sexes contre lesquels elles sont prononcées.

    Mais les sorciers, quelque soit leur grade, sont surtout médecins-pharmaciens.

    Invité à se rendre auprès dun malade pour le soigner, le médecin emporte avec lui tous ses remèdes. Après avoir examiné le patient et diagnostiqué le mal probable dont il souffre, il ouvre sa besace, en tire une vieille racine, une corne de cerf ou un morceau de fiel dours, pulvérise le remède choisi en le frottant sur une pierre, plonge la poudre ainsi obtenue dans un bol deau et la fait absorber au malade. Parfois il fait une décoction de diverses racines, ou encore se contente de faire macérer dans leau de menues branches darbre. Mais avant de faire prendre sa médecine au patient, il ne manque jamais de lui attacher avec des fils de coton, les poignets, le cou et les membres inférieurs, et de faire les incantations requises au génie du médicament.

    Sil arrive que lEsculape nait point dans sa besace la racine ou lécorce nécessaire, il devra aller la chercher dans la forêt, mais à la condition que ce jour-là soit un mardi : à tout autre jour il courait grand risque doffenser le génie de la forêt, et le malade, si cest un autre jour de la semaine, devra patiemment attendre au mardi suivant.

    En dehors du remède administré, le docteur laotien défend toujours à ses malades duser de viande de poule, de buf, de buffle et de porc avant guérison complète ; par contre, le poisson sec ou grillé au feu est expressément recommandé.

    Le sexe du malade joue, lui aussi, un certain rôle. Si cest une femme qui est souffrante, défense est faite à tout sujet masculin de toucher aux médicaments destinés à la patiente. Est-il besoin de faire bouillir les remèdes, la marmite où ils ont mijoté, retiré du feu, devra être placée de telle ou telle façon, si lon veut que la décoction produise son effet.

    LEsculape laotien ne reçoit ses honoraires quaprès guérison de son malade. Mais, hélas ! la parenté de ce dernier nattend pas toujours les bons effets des potions administrées et, sil se font trop attendre, elle nhésite pas à sadresser à un second praticien qui, le cas échéant, sera abandonné pour un troisième. Le malade vient-il à trépasser, aucun des docteurs qui ont pu être appelés à lui donner leurs soins ne recevra dhonoraires ; sil guérit, ce sera le médecin appelé en dernier lieu qui sera payé. Ces honoraires consistent en offrandes dont le génie des médicaments et le docteur ont chacun leur part : ce sont des fleurs, une brasse détoffe, une robe, de la monnaie de cuivre ou dargent, suivant les cas, le tout placé dans un vase de cuivre. Cependant, comme le médecin nest pas toujours certain dêtre payé, avant de soigner un malade il pose ses conditions : il exige que les offrandes en nature et les honoraires en argent soient dabord présentés au génie et mis ainsi sous sa protection.

    Il se rencontre certains cas qui ne sont pas du ressort du médecin ordinaire, mais bien du sorcier. Quelquun est-il subitement indisposé, sévanouit-il ou éprouve-t-il des convulsions un peu extraordinaires, tout cela nest pas leffet de la maladie, mais bien dun mauvais sort jeté par un sorcier, phi pob, ou par un magicien. Pour traiter ce cas plus spécial on sadresse au médecin du diable, mo phi, qui, après avoir examiné le malade, décide si cest un sorcier ordinaire qui a jeté le sort ou bien un magicien. Dans le premier cas, le mo phi sefforce de conjurer le mauvais sort par ses incantations ordinaires ; dans le second cas, le mo phi a recours aux formules magiques quil a étudiées lui-même et semploie à chasser le mauvais esprit hors du corps du patient.

    Ces mo phi sont aussi des malins. Souvent leur diagnostic prononce que le sorcier ni le magicien ne sont en cause : cest tout simplement un esprit désirant recevoir un sacrifice qui tourmente le malade ; cet esprit sera tantôt lâme dun défunt de la famille, tantôt le génie de la forêt voisine, de la montagne den face ou de létang dà côté. Le mo phi déclare donc que cet esprit persécuteur veut quon lui immole soit un buffle, soit un buf. La famille du patient sexécute, le génie reçoit sa part, après quoi le mo phi, les parents du malade, ses amis, voisins et connaissances font ripaille avec le reste. Si, le sacrifice offert, la guérison se produit, cest quévidemment le mo phi a vu juste, sinon on en est quitte pour recommencer avec un autre médecin du diable plus réputé, voire même avec certaines magiciennes qui, mieux que leurs partenaires du sexe fort, savent chasser le diable et délivrer les malades des sorts quon leur a jetés.

    Habitation. La maison laotienne est une construction sur pilotis. Elle consiste en huit ou dix grandes colonnes, de cinq à six mètres de hauteur, reliées deux à deux vers leur sommet par des poutres transversales de cinq mètres de longueur, sur lesquelles repose la toiture. Ces colonnes sont fixées en terre à trois mètres environ les unes des autres. Le plancher est placé à une hauteur qui ne dépasse guère 1 mètre 50 au dessus du sol. La toiture est faite dherbes spéciales préalablement fixées sur des perches longues dune brasse.

    Mais parmi les huit ou dix colonnes qui doivent soutenir la toiture, lune delles, toujours la seconde de la rangée darrière, est considérée comme sacrée et porte le nom de colonne du génie, sao khuan : elle rappelle les pénates ou dieux lares chez les Romains.

    Le père de famille qui a résolu délever une maison nouvelle va lui-même dans la forêt choisir un arbre qui, taillé, deviendra cette colonne. Il a soin dabord dinvoquer à plusieurs reprises le génie de la forêt, puis, son choix fixé, il labat avec sa hache tout en sexcusant auprès du génie de larbre et lui demandant pardon. Le géant de la forêt, tombé du bon côté, car ceci est aussi très important, gît à terre : toujours avec sa hache il lébranche, léquarrit, larrondit, bref en fait une magnifique colonne. Ce travail fini il prie ses parents, voisins et amis, de bien vouloir lamener jusquà lendroit où il a résolu de bâtir. Quant à lui, son devoir est, lorsquelle arrivera, de la recevoir avec de multiples superstitions et de nombreuses supplications pour se la rendre favorable, à lui et à toute sa famille.

    Les autres colonnes ne sont pas non plus tirées darbres quelconques et on a dû observer certaines pratiques, soit avant leur équarrissage, soit après. Certains arbres sont sacrés ou réputés tels : ainsi lamandier sauvage, comparable comme taille à nos noyers dEurope, le Laotien ne sen sert même pas comme bois de chauffage et cela parce que son nom ka bok présente la même assonance que le bok qui veut dire se dessécher ; ce bois-là serait donc, sil était employé à un usage quelconque, plus funeste quutile.

    Les arbres que lon coupe pour servir de colonnes doivent encore tomber dune certaine façon. Si pour une raison quelconque, retenu, par exemple, par ses branches entremêlées à celles dun arbre voisin ou par des lianes, larbre frappé de la hache ne choit pas, il sera abandonné parce quil est réputé devoir porter malheur. Il en sera de même si, au moment de sa chute, le géant abattu rebondit du côté de sa souche.

    Larbre a chu du bon côté, il na pas rebondi, mais tout nest pas encore fini. Après léquarrissage, les nodosités quil présente sont examinées avec soin, et, selon quelles sont formées de la façon quil convient ou non, la colonne sera acceptée ou refusée impitoyablement.

    Enfin toutes les pratiques traditionnelles ont été observées, les matériaux de la construction nouvelle sont prêts et amenés à pied duvre, il faudra encore faire choix dun jour favorable pour lérection des colonnes.

    Quil sagisse, en effet, de construire une maison, de commencer le labourage des rizières, de marier son fils ou sa fille, le Laotien ne devra point le faire au jour anniversaire de la mort de son père, de sa mère, de sa femme. Les voyageurs, non plus, ne se mettent jamais en route avant davoir consulté les sorciers, les sorts ou les devins sur le jour favorable ; ceux qui veulent simplement transporter leurs pénates ailleurs prendront les mêmes précautions.

    Des jours de la semaine le mardi est considéré comme de tous le plus funeste, surtout de midi à trois heures du soir ; par contre cest le jour par excellence pour les devins, sorciers et médecins, qui nont que ce jour-là pour aller sur la montagne cueillir les simples qui entrent dans la composition de leurs remèdes. Néfastes sont aussi le quinzième et le dernier jour de chaque lune ; le samedi, qui pourtant est le plus favorable pour construire les maisons, est mauvais sil sagit douvrir le grenier à riz, eût-on, de par ailleurs, une raison majeure : le génie de celui-ci serait certainement indisposé.

    Donc, le sorcier consulté a fixé à tel jour lérection des colonnes de la nouvelle demeure. Lorientation convenable choisie, dès la veille au soir oui creuse les trous qui recevront les pieds des colonnes, mais on a soin de les surveiller durant toute la nuit, de manière que rien ne pénètre à lintérieur, ce qui serait de mauvais augure. Le père de famille a eu soin de prier ses parents, voisins, amis et connaissances, en grand nombre, de venir laider à mener à bien son entreprise. Et tous ces gens ne sont pas de trop, car, comme il est de rigueur que la famille prenne possession de sa nouvelle demeure à la chute du jour, il faut que celle-ci soit élevée et recouverte à ce moment-là, faute de quoi de toute nécessité elle serait abandonnée. Chacun donc met tout son cur à louvrage, dautant plus quà côté on tue le buf, on égorge les poules, on prépare le vin, qui seront servis au repas du soir et à la ripaille de la nuit.

    Certains rites sont encore observés durant la construction : cest ainsi que les colonnes doivent être toutes debout, fixées dans leur trou respectif, avant le lever du soleil, sinon ce serait encore un signe néfaste.

    On approche de la fin de la journée : grâce à lactivité de tous et de toutes, la maison va être terminée, au moins dans son gros uvre, car les murs et parois, en bambous tressés, sont remis à plus tard : dautres rites sont encore à observer avant que le maître et sa famille puissent en prendre possession. Dans lassistance on choisit un vieux bonhomme, le plus vieux possible, mais à la parole facile, qui se présente comme un voyageur venant de fort loin, portant sur ses épaules des sacs et des besaces et dont la main est munie dun ciseau.

    Comme harassé de fatigue, à petits pas il savance au pied de léchelle extérieure qui sert descalier, et le dialogue suivant sengage entre lui et le père de famille :

    O vieux grand-oncle, doù venez-vous donc ?
    Je viens de telle ville ou de tel village.
    Mais quel est le motif de votre long voyage ? Sans doute venez-vous avec larrière-pensée de nous porter malheur ?
    Comme vous me jugez mal ! je viens pour me livrer au commerce et je nai nullement lintention de nuire à qui que ce soit.
    Sil en est ainsi, nous invitons notre vieux grand-oncle à monter dans notre nouvelle demeure.

    Et le vieux bonhomme grimpe lescalier, va planter son ciseau sur la colonne du génie, sao khuan, y accroche ses besaces, sassied sur le plancher, et la conversation commence. Alors, mais alors seulement, on ose introduire le mobilier, en ayant bien soin de commencer par les seaux remplis deau.

    Si, daventure, deux ou trois chefs dun même village construisent le même jour, lusage exige quils se fassent des cadeaux réciproques, qui consistent toujours en mets préparés à lusage des travailleurs, et en une liasse dherbes à toiture.

    Travaux. Il a été dit plus haut que le Laotien, avant de commencer le labourage de ses rizières, nomet jamais de consulter les sorciers sur le jour favorable auquel il convient dentreprendre ces travaux.

    Les rizières ont été mises en état de recevoir le riz ; semé, celui-ci a germé, grandi, et le moment de le repiquer est venu. Avant de se livrer à ce travail le Laotien choisit dabord trois ou quatre plants des mieux venus, les offre au génie chargé de ses rizières et va les repiquer à un endroit choisi davance où une sorte de chapelle en miniature a été élevée. Ces plans forment ce quon appelle le phi ta hëk, ou le génie des rizières.

    Une autre pratique, qui a aussi son importance, est celle-ci : durant toute la durée du repiquage, le Laotien se garde bien de tailler ses cheveux, de peur que les écrevisses, qui à cette époque foisonnent et ne laissent pas que de commettre des dégâts assez importants dans les rizières, ne viennent dévorer ses semis ou ses plants de riz nouvellement repiqués.

    Lépoque de la moisson venue, ce sont les épis du phi ta hëk qui sont récoltés les premiers et mis de côté jusquau jour où, la moisson terminée, les gerbes sont mises en tas : le phi ta hëk est alors juché au sommet. Après le battage de la récolte, les épis du phi ta hëk, quon a eu soin de ne pas égrener, portés par le chef de famille entrent les premiers dans le grenier et, quand tout le grain est emmagasiné, ils sont fixés au sommet du tas : le phi ta hëk devient alors un kuan khoo, ou génie du grenier, très révéré du Laotien qui tremble à la seule pensée de lui déplaire.

    Achats. Dans ses achats, surtout sil sagit dune acquisition plus importante comme celle dun buffle, dune maison, dune rizière, dun cheval, etc., le Laotien ne manque pas dobserver certaines pratiques superstitieuses.

    Sagit-il de lachat dune bête de somme, buf, buffle ou cheval, sans doute lacheteur examinera la bête et sassurera quelle na point de défauts de constitution ; mais ce qui attirera surtout son attention ce seront les frisures naturelles des poils de la bête, car, selon la façon dont elles sont tournées, elles sont favorables, défavorables ou neutres. Si elles présentent un aspect franchement mauvais ou simplement suspect, il se gardera bien dacquérir lanimal ou ne lachètera quà vil prix ; et si, la bête étant devenue sa propriété, un malheur fond sur la maison, il ne manquera pas de crier haro sur le baudet, cause de tout le mal.

    Pour lachat des barques, comme ici elles sont creusées dans un tronc darbre plus ou moins gros et plus ou moins long, ce seront les nuds situés sur le tronc, à lemplacement des branches coupées, qui seront examinés avec un soin minutieux pour voir sils sont dune contexture telle que lexige le rite et sils se trouvent du côté de la barque réputé favorable.

    La bête ou la barque examinée plaît à lacheteur, le prix consciencieusement débattu est payé comptant ou des arrhes sont données, mais le marché nest pas conclu pour cela. Lacheteur dit au vendeur à peu près ceci : Cest bien, lobjet me convient et nous sommes daccord sur le prix : si, durant la unit prochaine, je fais un rêve de bon augure, la chose est réglée ; dans le cas contraire, le contrat est rompu. Le vendeur trouve la chose toute naturelle et accepte la proposition.

    Chasse.Le Laotien est chasseur dans lâme, mais ce qui lui agrée surtout ce sont les grandes battues. Plusieurs fois par an les habitants dun village sassemblent et vont poursuivre le gibier de la forêt : ce jour-là tout le monde est joyeux et chacun escompte à lavance la portion qui lui reviendra du gibier pris, cerf, sanglier ou autre.

    Quelques-uns des chasseurs portent des fusils, dautres des filets ; quant à la foule, qui est chargée du rabattage, elle na pour toutes armes que les cris aigus poussés par des gosiers sauvages. Le lieu de la chasse choisi, le personnage le plus vénérable du village place chacun des chasseurs armés, et la battue commence, qui se poursuit ardente et pleine de péripéties durant de longues heures.

    Enfin la chasse prend fin, le gibier capturé doit être partagé : dabord la tête de lanimal, sa peau, une de ses cuisses, ses cornes sil en a, sont dévolues au propriétaire du fusil ou du filet qui a eu le mérite de le tuer ou de le prendre, car dans lidée laotienne ce nest point le chasseur qui a tué le gibier, mais bien le génie de son arme, aussi si lon ne faisait pas à ce génie les cadeaux rituels, larme refuserait dès lors de tuer du gibier.

    Les génies massacreurs servis, chaque chasseur reçoit la part qui lui revient, avec cette différence que celle des porteurs de fusils est un peu plus grosse que celle des autres.

    Il est un gibier que le Laotien se garde bien de mettre à mal : cest le crocodile. Regardé comme un dieu, lui donner la mort serait funeste, et si, par mégarde, un chasseur mal avisé en a tué quelquun, il ne lui est pas permis de manger sa chair : aussi certains étangs pullulent-ils de crocodiles, au grand dam de la gent poissonnière.

    Voilà quelques échantillons des superstitions laotiennes : le sujet est loin dêtre épuisé, mais cela suffit pour montrer que faire des chrétiens de ces pauvres Laotiens, emmaillotés pour ainsi dire dans pareil nombre de superstitions, toutes plus ridicules les unes que les autres, nest pas chose facile.

    P. EXCOFFON,
    Missionnaire du Laos.



    1923/606-615
    606-615
    Excoffon
    Laos
    1923
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