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Souvenirs d'un exorciste 2 (suite)

Souvenirs d'un exorciste (Suite)1 Chapitre IV Phénomènes divers
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    Souvenirs d'un exorciste

    (Suite)1

    Chapitre IV

    Phénomènes divers

    Le diable, mécontent de ce que les novices et les postulantes rapportaient au confesseur ou au supérieur les avanies qu'il leur faisait essuyer, exhala sa colère en disant : \ Pourquoi raconter tout cela ? C'est inutile, vous n'avez qu'un moyen de retrouver la tranquillité, c'est de rentrer dans le monde " ; et il renversa le bénitier qu'on avait apporté pour asperger Marie Dien. Il leur dit encore : " Ne jeûnez donc pas; ne vous donnez pas la discipline. A quoi bon vous faire ainsi du mal ? "

    (1) Voir dans le Bulletin, 1949, pp. 619,686 et 760.

    Il a jeté Dien à bas de son lit, l'a traînée sur le plancher jusqu'à neuf fois.

    A une novice, il a arraché le chapelet et une relique de sainte Thérèse. Une postulante, en se réveillant, a trouvé un bâton enfilé dans la manche de son habit ; Marie Dien, au lever, avait une épuisette en noix de coco sur la poitrine.

    Bien des fois, des postulantes se sont senties saisies à la gorge par une main invisible qui semblait vouloir les étouffer, et il leur était impossible d'appeler au secours.

    Très souvent quand Marie Dien, sur la suggestion de ses compagnes, invoquait à haute voix les noms de Jésus, de Marie et de Joseph, elle était frappée sur la bouche ; les coups étaient entendus par ses compagnes. Une nuit, le démon emporta ses habits religieux, puis se moqua d'elle lui demandant si elle en éprouvait de la peine. La supérieure lui ayant donné un nouveau voile et un nouvel habit long, ceux ci disparurent à leur tour. L'un de ces habits fut retrouvé bien longtemps après au fond de l'étang du noviciat ; l'autre fut retrouvé au bout de quelques jours dans le panier qui servait de malle à une novice.

    Malgré les nuits blanches que leur valaient ces tracasseries, aucune des postulantes ou des novices ne s'est découragée ; aucune n'a demandé à rentrer dans sa famille. Par contre, de la lassitude et une certaine antipathie contre Marie Dien commencèrent à se faire jour. Quand on retrouva son habit dans le panier, on la soupçonna d'avoir joué elle même ce tour pour se rendre intéressante. Jamais cependant on ne l'a soupçonnée d'avoir joué la comédie en tout : cela eût été impossible étant donné le grand nombre de témoins. Peu à peu, la plupart des novices et des postulantes furent d'avis que Marie Dien était la seule cause des incursions diaboliques. La supérieure aussi en arriva à la même conviction. Marie Dien perdit ainsi la sympathie du début, et l'on ne tarda pas à souhaiter plus ou moins ouvertement d'en être débarrassé.

    Les sévices du démon allaient toujours en se multipliant. Pendant la nuit, beaucoup de novices et postulantes étaient secouées et même étaient soulevées de dessus leur natte ; on enlevait la couverture, on leur tirait les pieds ; souvent, toute la nuit, on entendait des novices se débattre avec le diable.

    Marie Dien, ne pouvant dormir à cause des obsessions qu'elle subissait, se mettait parfois à lire un livre de piété ; un vent violent faisait alors tourner les pages en sorte qu'il était impossible de lire, ou bien la lampe s'éteignait aussitôt allumée.

    Un soir que les novices commençaient à se donner la discipline, celle ci fut arrachée des mains de Marie Dien et projetée au loin ; une grande table fut renversée ; la jeune novice fut traînée sur une longueur de cinq mètres. Une autre fois encore la discipline lui fut arrachée des mains et disparut ; on ne l'a retrouvée que deux années après dans l'étang du noviciat.

    Il arriva que d'autres novices aussi ne purent se donner la discipline, celle ci restant suspendue en l'air.

    A une époque où Marie Dien était dans un dortoir dont les lits sont mobiles, le sien fut secoué pendant des heures ; le lendemain matin il se trouvait au milieu du dortoir.

    Un jour qu'elle se préparait à entrer au confessionnal, elle fut subitement atteinte d'une vive douleur aux yeux comme si on lui avait jeté du poivre ; ses yeux étaient tout rouges ; elle se tordait de douleur. Une demi heure après elle ne sentait plus rien.

    Des novices ou postulantes, à peine entrées au confessionnal, se trouvaient dans l'impossibilité de rien dire, et elles étaient obligées de s'en aller sans avoir pu se confesser ou consulter leur directeur.

    Dans la nuit du 12 octobre. 1924, les novices d'un dortoir furent terrorisées par un chat. Parti du lit de Marie Dien, il courait de lit en lit, poussant des cris épouvantables et dansant une sarabande infernale ; il faisait vingt fois plus de bruit que n'en peut faire un chat ordinaire. Interrogée à ce sujet, Dien me raconta que le diable lui ayant fait des propositions qu'elle avait énergiquement repoussées, celui ci s'était jeté dans le chat. C'était le chat même de la maison ; le matin il était de nouveau calme comme d'habitude.

    Sans compter les troubles extérieurs, les novices subissaient des épreuves intérieures auxquelles le démon faisait souvent allusion dans ses " causeries " : tentations semblables à celles attribuées au démon dans les livres de spiritualité. Il est donc inutile de les raconter par le détail. Il fallait cependant les signaler pour faire comprendre à quel point souvent les âmes des novices étaient bouleversées.

    Une épreuve plus pénible encore était réservée au noviciat. Dès les débuts de son intervention le diable avait dit que, si les novices continuaient à ouvrir leur conscience au prêtre, il les rendrait folles. Un jour, en effet, Dien, la première, donna des marques de troubles mentaux, parlant comme si ce n'était plus elle ; cependant, même dans cet état, elle disait des choses vraies et sensées.

    Peu de temps après, une autre novice fut prise de ce mal étrange. C'était une nouvelle chrétienne, baptisée à l'âge de douze ans. Presque chaque jour, plusieurs heures durant, elle était comme hors d'elle même. Dans ses moments lucides elle souffrait terriblement, ayant la sensation d'avoir un diable à côté d'elle qui la grattait continuellement et lui insufflait un feu intérieur ardent. Cela a duré de longs mois et redoublait d'intensité pendant la nuit. Il semble que ce soit cette novice qui ait le plus souffert de ce mal, quoique extérieurement il y parût moins. Sans doute, on pourrait attribuer ces sensations à l'imagination, puisqu'il est impossible de les contrôler ; mais, fussent elles purement imaginaires, elles causaient néanmoins des souffrances réelles. A cela s'ajoutait le sentiment de plus en plus obsédant que jamais une nouvelle chrétienne, baptisée à l'âge de douze ans, ne pourrait devenir une bonne religieuse. Or, elle aimait sa vocation et elle s'était donnée de tout coeur à Notre Seigneur.

    Vers la même époque, deux ou trois autres novices ou postulantes furent prises du même mal.

    Pour lutter contre le démon, la communauté fit neuvaines sur neuvaines. Je crois sincèrement que jamais les novices ne prièrent avec tant de ferveur. On les exhorta à faire une confession générale. Pendant la nuit, on multipliait les invocations pieuses, utilisant croix, médailles, scapulaires, chapelets, reliques. Mais plus d'une fois le démon s'empara de ces objets de piété et les jeta au loin. Pareille chose, les novices n'étaient pas capables de l'imaginer elles mêmes, car leur respect pour ces objets est trop grand. Plus d'une m'a posé la question : " Comment Notre Seigneur peut il permettre au démon d'arracher des chapelets, de projeter au loin des crucifix ? " Quant aux prières, il semble que plus on y mettait de ferveur, plus la rage du démon éclatait violente et terrible. Le dernier jour d'une des neuvaines à sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, pendant qu'on récitait des prières en son honneur, on entendit dans la chapelle un tapage vraiment infernal au point que les novices, déjà passablement entraînées à ces bruits, s'écartèrent toutes comme instinctivement des murs de la chapelle et se serrèrent les unes contre les autres vers le milieu de l'édifice.1

    (1) Il n'y avait pas de bancs dans cette chapelle ; la communauté était accroupie sur des nattes.

    L'efficacité des objets pieux a été constatée maintes fois, mais non pas d'une manière infaillible et constante. La première fois que Marie Dien " perdit la tête ", j'allai au noviciat et emportai avec moi une relique de la vraie Croix. Quand la novice fut devant moi, assise entre deux de ses compagnes, et que je me fus rendu compte du phénomène, je dis à la supérieure de lui faire baiser la relique. Au même instant Marie Dien revint à son état normal : au bout d'une minute, elle fut reprise, et plus jamais la relique ne produisit semblable effet. Le lendemain, on fit boire un verre d'eau de Lourdes à la nouvelle chrétienne. Elle aussi fut délivrée sur le champ: un ou deux jours après, elle fut reprise. Bien plus tard, un de mes amis m'ayant envoyé une belle image de sainte Thérèse, nouvellement canonisée, on la fit baiser à deux " possédées " 1. Elles furent apaisées aussitôt : leur guérison ne fut de même pas définitive.

    (1) Le terme de " possédées " n'implique nullement mon intention de considérer toutes celles dont il est parlé dans ce récit comme de vraies possédées. Il indique uniquement mon impression que l'ensemble des phénomènes relatés était dû à l'action du démon. En fait, il y a eu des possédées et des obsédées. Que l'une ou l'autre parmi elles ait été atteinte par contagion, comment le nier ou comment le prouver ? Je ne m'en sens pas capable. Il ni cependant remarquable que ni la supérieure, ni la maîtresse des novices, aucune de leurs assistantes n'ont jamais subi cette contagion.

    Il semble bien que des saints se soient manifestés, quoique très rarement sans doute, aux pauvres victimes du diable. Marie Dien m'a assuré qu'une fois, étant absolument brisée à la suite d'une crise pendant laquelle elle avait invoqué sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, elle entendit la sainte lui dire que jamais elle ne l'abandonnerait. Une autre fois, étant à bout de forces, saint Joseph lui posa doucement la main sur le front et l'encouragea à la confiance.

    En revanche, il y eut aussi quelques fausses apparitions ; elles furent rares, je crois. La nouvelle chrétienne sentit un jour des parfums délicieux et entendit une voix " céleste " lui dire de prendre courage parce que ces incursions diaboliques prendraient fin à Noël. La prophétie ne se réalisa point.

    (A suivre.)
    L. De Cooman

    "
    1950/36-41
    36-41
    Cooman
    France
    1950
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