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Siam notes de voyage 1

Siam notes de voyage. En cette année 1929, le Père Duchaussois, esquissant “sous les feux de Ceylan” la silhouette de Mgr Coudert, le précédent Archevêque de Colombo, que beaucoup d’anciens des Missions-Étrangères ont passagèrement connu, nous assure qu’il ne donnait à ses missionnaires fatigués qu’une seule consigne : “allez boire du champagne !” Ce champagne n’était autre que l’air frais des montagnes centrales de Ceylan.
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    Siam
    notes de voyage.
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    En cette année 1929, le Père Duchaussois, esquissant “sous les feux de Ceylan” la silhouette de Mgr Coudert, le précédent Archevêque de Colombo, que beaucoup d’anciens des Missions-Étrangères ont passagèrement connu, nous assure qu’il ne donnait à ses missionnaires fatigués qu’une seule consigne : “allez boire du champagne !” Ce champagne n’était autre que l’air frais des montagnes centrales de Ceylan.

    C’est en somme ce même conseil que me donnait Mgr Perros, en cette fin avril 1929, quand il me permettait de gagner Dalat, en Annam, puisque le Siam est dépourvu présentement de toute station d’altitude accessible. Dois-je dire que ma cure au champagne commença dès mon départ de Bangkok, quand je me trouvai confortablement installé dans une cabine du Bhanurangsi, très moderne unité de la flotte commerciale siamoise, commandée par des officiers danois ? Pour quelques semaines je quittais Bangkok et gagnais Phnompenh, Saigon, Dalat, sans parler de maint autre point géographique où l’auto, le rail ou la chaloupe devaient me conduire. Mais, tout autant et même plus chez le missionnaire que chez le capitaine, il y a peine et chagrin à quitter son port d’attache. Mille liens vous enserrent qu’il faut rompre quand on part ; mille affaires qu’on liquide avec regret ; mille amitiés qui s’effriteront et qu’oh ne retrouvera peut-être plus à son retour. Partir, c’est mourir un peu, c’est parfois mourir beaucoup, voire totalement.

    Donc, quitter Bangkok est mélancolique. On se prend, dès qu’on arpente le pont du bateau, dont l’étrave coupe, comme un puissant ciseau de tailleur, l’étoffe ondoyante ceinturant d’un bleu horizon toute la ville, à regretter ce petit coin de planète où vivent quelque huit cent mille habitants. D’ailleurs, le lit considérable du fleuve vous isole, car il assoupit tout bruit, et les plus retentissants klaxons meurent sur la rive. De la coupée, s’estompe le tourbillon des trams qui sillonnent les rues et les entourent comme de petits serpentins rouges. Au loin, se fondent les pagodes et les phnoms qui lancent vers l’azur leurs flèches d’or et leurs toits arqués. Jonques chinoises, sampans siamois strient silencieusement de leurs coquilles et de leurs rames les eaux limoneuses. Dans le proche et le lointain horizon, des océans de verdure composés de palétuviers, de palmiers, d’aréquiers mêlés aux blancs calices des frangipaniers, aux corolles pourpres des flamboyants et aux sépales violets des bougainvillées, cachent les hôtels, abritent les banques, dissimulent les légations et voilent les églises. On n’aperçoit de ces dernières que la coupole, la flèche ou les tours, émergeant du sein de la terre pour se blottir dans le sein du Ciel.

    Dieu et l’Eglise planent en effet au-dessus de nos contingences et de nos mesquineries. Que l’homme, né d’hier, habite pour un temps la chaumière, la paillote ou le palais, c’est normal, mais il lui faut une autre demeure plus intime et plus pompeuse à la fois où puisse s’épancher son cœur et jaillir son âme. Une ville sans clocher est une ville morte : grâce à ses cinq clochers, Bangkok crie la vie. Oh ! ce n’est pas que le Dieu des catholiques soit ici le seul adoré, le seul prié, le seul connu ; loin de là, hélas ! mais il est des îlots de sainteté, disséminés dans la grande ville, qui la protègent infiniment plus que son Seigneur Bouddha. Trois fois chaque jour au moins, la cloche catholique sonne le réveil des âmes et le repos momentané des corps. Et comme ils en ont d’ailleurs besoin ces pauvres corps ruisselants de sueur, jour et nuit, du premier janvier au trente et un décembre, dans cette fournaise qu’est la cité des Anges en avril ! C’est que la vie de tous, à Bangkok, est intense et trépidante. Dès l’aurore, l’enfant se hâte vers son école. Il est pimpant dans son uniforme propre, seyant et polychrome. L’auto, le ricksa, la bicyclette, le tram, la barque en amènent ainsi plusieurs milliers chaque matin dans nos Collèges, Pensionnats et Externats.

    C’est le blé qui lève. Demain l’enfant sera jeune homme, et de lui dépendra l’avenir, le bien-être, la grandeur de la Cité. On voudrait savoir déjà ce qu’elle sera cette cité future de Bangkok. En ce moment, elle souffre ; des idées subversives agitent son cerveau, des étrangers la gorgent de poisons bolchevistes ; elle a des plaies à guérir, des élans vers l’idéal à prendre. La presse est corrosive, corruptrice, inhabile à suggérer de hautes pensées. Le peuple même perd ses règles de vie. La jouissance est universelle et les héritages sacrés s’effritent. L’ancien et le nouveau monde ont apporté leurs articles de pacotille et fait esclaves de la mode, du jeu, du vin ceux et celles qu’ils devraient affranchir. Sans doute, des œuvres sociales, intellectuelles et artistiques ont jailli du Siam, grâce à la vieille Europe et à la jeune Amérique, mais l’esprit païen, profane n’a point disparu. Un peu plus d’honneur, de courtoisie, de dignité personnelle ont peut-être germé, mais ce ne sont point encore nos magnifiques vertus chrétiennes. Par contre, le nationalisme s’est impétueusement déchaîné, tout comme en Chine et au Japon. Les Thai, hommes libres depuis toujours, ont pris conscience de leur force et dégagé leur personnalité. Un renversement des valeurs s’est opéré, et le barbare d’hier se croit, humblement, le civilisé d’aujourd’hui. Il se sait encore faible, inadapté aux exigences de la vie moderne, mais il prend l’habitude de l’effort et du travail.

    Le Siamois des couches nouvelles travaille. Qu’il soit prince, bourgeois ou paysan, il n’esquive pas le joug de la loi du labeur quotidien. Il a d’ailleurs de nobles exemples. Pour n’en citer qu’un, disons que Sa Majesté le Roi de Siam est loin d’être oisif. Monarque omnipotent, l’un des rares du globe, il centralise le pouvoir, le droit et la justice. Esprit pratique, il se fait, avant d’agir, une idée nette des affaires et sait étudier ses projets. Son gouvernement est habile, tolérant, favorable au progrès matériel, moral et religieux. Il a secoué la vieille indolence et le fatalisme suranné. On sort des ornières de la routine et de la paresse sous son règne, et de là découle véritablement la souhaitable paix dont jouit le Siam. Aussi bien, conseillers et Ministres le secondent, l’éclairent et coopèrent eux aussi à l’essor du pays. Sagement administré, celui-ci se développe : ses finances sont bonnes, ses réserves en mines, bois, salines etc., nombreuses ; son grenier à riz merveilleux ; son commerce prospère ; sa main-d’œuvre abondante.... quoi de plus !

    Il ne lui manque qu’une sève catholique plus riche, circulant jusqu’aux extrêmes provinces. Le présent en jouit d’une raisonnable quantité, l’avenir en récoltera le double, le quintuple et plus. C’est le secret de Dieu, mais on en surprend déjà quelques bribes. En 1920, n’étaient au Siam que les Membres de la Société des Missions-Étrangères, les Frères de St Gabriel et les Sœurs de St Paul. En 1929 et avant, à cette triple famille, où rentre de droit le Clergé Indigène, sont venus se joindre les fils de Don Bosco, les filles de Sainte Thérèse et celles de Sainte Angèle de Mérici. A l’action primitive s’est jointe en plus grande part la contemplation, réalisant ainsi la perfection. La vie chrétienne ne saurait donc tarder à s’épanouir davantage encore que par le passé.

    Mais…. heureusement que le bateau s’est mis en marche durant que j’évoquais en mon esprit tout ce lot d’idées, car les quarante-huit heures de navigation que je dois faire pour gagner Phnompenh se métamorphoseraient en semaines. Depuis longtemps la Venise de l’Extrême Orient a sombré de mon horizon. Nous voguons en pleine mer, mais la nostalgie me poursuit encore. Les passagers, du moins, ont admiré ma discrétion et remarqué mon insensibilité devant leurs quadrilles et leurs valses, car le bateau danse : laissons-le danser.


    Phnompenh
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    Il y a 240 kilomètres de route, de Réam, où je quittai le bateau, à Phnompenh, où m’emporte l’auto. Réam, petite escale des navires indochinois et siamois sur la côte cambodgienne, n’a de remarquable que sa baie profonde, ses eaux d’émeraude, son sable fin et ses filaos maritimes. On y passe une heure agréable, on n’y séjourne pas une saison. Phnompenh a plus d’attraits. Tout le monde sait que Phnompenh est la capitale du Cambodge depuis l’an 1372, ainsi que nous l’explique l’actuel directeur de la fameuse Ecole Française d’Extrême-Orient. Ecoutons Monsieur Coedès.

    “Au temps “de la grande pitié du Royaume de France”, lorsque Duguesclin guerroyait pour en bouter l’Anglais dehors, c’était grand deuil aussi dans le royaume des “Fils de Kambu”, où les Siamois, toujours plus puissants et toujours plus nombreux, venaient d’installer, à Angkor-la-Grande, un des leurs, comme roi. Les Khmers, se sentant abandonnés des dieux, désertaient les cités des bords des lacs, qu’ils avaient, au temps de leur grandeur, peuplées de monuments magnifiques, et venaient chercher dans les pays du Sud la sécurité et l’oubli.

    “Or, à l’endroit où s’élève à présent la capitale du Cambodge, une dame Penh avait construit sa maison sur un tertre, flanqué à l’est d’une butte conique. Un soir, que les eaux du fleuve grossies par les pluies avaient débordé, elle vit tournoyer devant sa maison, au gré des remous du courant, un koki (sao, a : genre des diptérocarpées) gigantesque aux branches encore couvertes de frondaisons. L’ayant fait tirer à terre pour en débiter le bois, elle y trouva, en un creux, quatre images en bronze du Bouddha et une statue de Prah Noreay, le Vishn, “qui va au gré des flots”.

    “Elle comprit que les dieux s’étaient, eux aussi, décidés à quitter Angkor et avaient, en s’arrêtant auprès de sa demeure, marqué leur volonté d’assurer aux lieux où elle s’élevait les destinées d’une capitale.

    “Alors, dit la chronique, dame Penh et tous les gens d’alentour se réjouirent grandement et ramenèrent les saintes images en grande pompe jusqu’à la maison de dame Penh, qui construisit un abri provisoire. Puis elle pria tous les habitants de venir l’aider à exhausser la butte qui se trouvait devant sa demeure et à en faire une véritable colline. Sur son sommet, elle édifia, du bois du Koki, un sanctuaire où elle déposa les quatre statues du Bouddha, tandis qu’elle abritait celle de Prah Noreay dans une petite chapelle édifiée au pied de la colline, du côté de l’est. Et cette colline, ainsi exhaussée en l’année 1375 par les soins de la pieuse dame, pour y installer les dieux venus du Nord, a conservé depuis le nom de Phnom Don-Penh “la Montagne de la dame Penh “, dont on a fait depuis Phnom-penh”.

    Ensuite les Français sont venus. Ils y ont accepté le Roi, sa Cour et ses Ministres. Sa Majesté Monivong vit heureux en son palais légué par leurs Majestés disparues, Sisovath et Norodom. Des fêtes splendides s’y déroulent de temps en temps, d’où le Clergé catholique n’est pas absent. Mgr Herrgott et son Provicaire, le P. Bernard font en effet partie du cercle des intimes du Roi, qui reconnaît hautement l’œuvre civilisatrice de la Mission près de ses sujets. Il va sans dire que l’Administration française entretient également d’excellentes relations avec la Mission. C’est l’union sacrée pour la prospérité nationale cambodgienne.

    Chinois et Annamites ont envahi Phnompenh : ils y font respectivement de la bonne besogne. C’est le Cambodge qui, proportionnellement, abrite le plus de Chinois : 130.973 (Extrême-Asie, mai 1929). Chiffre énorme en comparaison des 1648 Français qui gèrent le royaume Khmer et cela pour 2.500.000 habitants et 175.000 kilomètres carrés. Ajouterai-je, au risque de mécontenter certains lecteurs, que les colonies chinoises rendent dans toute l’Indochine de signalés services ? On se plaint parfois que ces Oncles sont d’humeur batailleuse et malveillante, soit ; mais que feraient seuls leurs neveux ? Depuis toujours, en Extrême-Orient, le Chinois est maître du commerce. Il l’est à Java, à Singapore, au Siam, aux Philippines. C’est le ravitailleur des marchés mondiaux et le “facteur” économique indispensable. Le Chinois est robuste, habile, patient, économe, intelligent, tandis que les races qu’il conquiert sont passablement indolentes, rêveuses, apathiques. Dans la vie pratique, c’est le Chinois qui tue le porc, cultive les légumes, répare l’auto, construit les ponts, expédie le paddy, scie le bois, ouvre des banques, etc. etc. Partout où le Chinois abonde, partout où il collabore avec l’aborigène, se développe économiquement le pays. En un mot : le Chinois est créateur de richesse. D’autres l’ont dit : “En Indochine, vouloir se passer de lui est un non-sens et une folie. S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer”.

    A-t-il du moins une valeur missionnaire ? Si j’en juge par les magnifiques chrétientés chinoises du Siam et de Singapore, le Chinois certes n’est pas à dédaigner. Quant à “l’Eglise Mère de Chine”, elle est compacte, grandissante, active et presque organisée. Il ne lui manque que sa liberté, fort entravée par le gâchis politique. Nankin la lui donnera totale, espérons-le.

    Pour conclure, Phnompenh se développe grâce à son Roi, aux Français, à la Mission Catholique, aux Annamites et aux Chinois. On a vif plaisir à constater cette harmonie des races, sinon des âmes. Si, voyageur pressé par un long itinéraire, vous pouvez réserver deux jours à Phnompenh, vous aurez la joie d’y glaner un bouquet d’idées et de faits merveilleux. Qui n’a pas reçu le choc d’un pays nouveau, quarante-huit heures après sa prise de contact, pourra désormais y vivre des semaines ou des mois, (je parle des touristes), il ne recueillera, enlisé par l’ambiance, que des impressions médiocres qu’il lui sera presque toujours impossible de fixer nettement sut une feuille de papier.


    Saigon
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    L’aboutissant normal de la Cannebière est la rue Catinat, à Saigon. Tout vrai colonial vous l’assurera. C’est qu’en effet, dans la rue Catinat surtout, on retrouve la France avec ses clochers, son théâtre, ses cafés, ses grands magasins, ses librairies et ses statues. La première que j’aperçois en descendant d’auto, (Phompenh-Saigon 237 kilomètres), est celle de Mgr Pigneau de Béhaine, Evêque d’Adran. On connaît assez son rôle d’initiateur de la politique française en Indochine, sans qu’il soit besoin d’insister. Voilà vingt-huit ans qu’il veille en sentinelle devant la Cathédrale romane et qu’il voit les foules défiler devant lui ; c’est justice. Il est digne d’être à l’honneur après avoir été si largement jadis à la peine. Les Français de France ou les étrangers qui débarqueront à Saigon sauront de suite, en regardant cette statue, que l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation : Dieu en soit loué. Quoique mort, Mgr Pigneau de Béhaine fait encore de l’apostolat et ses successeurs ne sauraient que l’en remercier.

    Mais loin de moi la pensée d’insinuer qu’il n’y a que les morts qui travaillent à l’évangélisation, dans la capitale de la Cochinchine ! Sous la direction de Sa Grandeur Mgr Dumortier, toute une légion de missionnaires, de prêtres indigènes, de Frères et de Sœurs enseignent la Foi, disciplinent les mœurs, plantent la Croix dans les cœurs et disséminent par l’exemple, la parole et la plume, les divines leçons du Christ. Notre archiviste de la Société, le regretté Père Launay a certainement entassé de glorieux mémoires sur sa Mission. Respectons le silencieux passé, mais découvrons avec joie le présent. Ni le Père Delignon, Provicaire et Supérieur ne m’en voudra de signaler son magnifique Séminaire. Ni le Père Soullard, l’actif Curé de la Cathédrale, de sortir de l’ombre ses foules pieuses. Ni le Père Bar de chanter ses écoles. Ni le Père Lefebvre d’admirer Phanthiet et ses, nombreux clochers d’alentour. Ni le Père Cassaigne de le saluer l’Apôtre des Mois. Oh ! certes, l’énumération reste fort incomplète et bien d’autres noms restent gravés dans ma mémoire : que les omis ne se croient point oubliés.

    Parallèlement, sinon conjointement à l’œuvre religieuse, se poursuivent en Cochinchine d’autres œuvres politiques, sociales, scolaires, urbaines, qui laissent l’empreinte du génie français sur ce sol de Cochinchine. A côté des missionnaires vivent aussi des administrateurs, des colons, des explorateurs, des pionniers dont beaucoup auront leurs noms inscrits dans l’histoire. Tous, à divers degrés, font un gigantesque effort civilisateur. La forêt tropicale saccagée se couvre d’hévéas, la plaine irriguée capitalise le riz. De tous côtés des plantations de café, de thé, d’ananas, d’arrow-root, chassent la jungle. Un splendide réseau routier améliore les transactions, facilite les rapports, agglomère les habitations, groupe les villages, amène l’électricité, distribue la force motrice. Il n’est guère de pays au monde comparable à la Cochinchine routière. Honneur à elle ! le Français et le nhaqué en profitent ainsi que les caravanes Cook, et tout le monde a l’air d’y vivre en bonne harmonie.

    Qui d’ailleurs ne s’accommoderait point du Colonial d’Indochine ? La “gentillesse est française et le colonial gentilhomme”. D’une façon générale, si le verbe est parfois haut et sarcastique, si le geste est brusque et les ordres impératifs, il faut en accuser Phébus. De ses rayons émane le sang chaud qui bat les tempes, contracte les poings et fait gronder l’orage. L’énervement des nuits sans sommeil alanguit la volonté. La fièvre enfin, comme un métal fusible, brise toutes les soupapes des nerfs et laisse s’évaporer les petites animosités et les rancœurs. Ce sont là taches légères sur le vêtement du corps colonial : elles n’atteignent pas l’âme qui est courageuse, bienfaisante, riche de cette furie française admirée du monde entier. La besogne est souvent dure, l’alimentation déficiente, les maladies endémiques, la gratitude et le respect des inférieurs pour le chef blanc parfois rares. il y a heurt aussi de coutumes, de mœurs, de vie intime, de nationalisme, ce qui ne permet pas toujours aux bâtisseurs de la Cité future de concrétiser leurs rêves. Nos anciens dans l’Apostolat se sont plaints eux-mêmes de leurs espérances brisées et de leurs dévouements ruinés. Ils ont néanmoins continué l’œuvre de la régénération du monde, et les jeunes suivent magnifiquement la route idéale tracée par les devanciers. Fonctionnaires, colons, commerçants, venus en Indochine pour agrandir et ennoblir la France en Extrême-Orient, n’ont qu’à mettre Dieu dans leurs affaires et les préjugés de races s’atténueront. Les Pigneau de Béhaine et les Puginier sont d’illustres exemples et devant leurs tombes, clercs et laïcs, n’ont qu’à s’incliner profondément et s’inspirer de leurs exemples.

    (A suivre) L. CHORIN.
    Miss. Apost. De Bangkok.

    1929/532-540
    532-540
    Chorin
    Thaïlande
    1929
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