Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Races non chinoises en Chine 1

Races non chinoises en Chine Notes sur les Thos. (1) La population de limmense Chine nest pas homogène. A lélément purement chinois, ou du moins supposé tel, sajoute la foule considérable des individus appartenant à diverses races incorporées à lempire. Tout ce monde vit entremêlé, sans dordinaire trop de heurts, chaque race gardant ses coutumes et son langage, sy montrant même très attachée.
Add this

    Races non chinoises en Chine
    _____

    Notes sur les Thos. (1)

    La population de limmense Chine nest pas homogène. A lélément purement chinois, ou du moins supposé tel, sajoute la foule considérable des individus appartenant à diverses races incorporées à lempire. Tout ce monde vit entremêlé, sans dordinaire trop de heurts, chaque race gardant ses coutumes et son langage, sy montrant même très attachée.

    Toutes ces races se réclament de la nationalité chinoise, avec, même parfois, un brin de chauvinisme dailleurs assez vague et tout en surface.

    Certains Chinois trouvent dans cet état de choses une raison de se dire colonisateurs, excellents colonisateurs même.

    Parmi ce grand nombre de races, rares sont celles qui possèdent des données précises ou même seulement une tradition un peu claire et surtout admissible touchant soit leur origine soit lépoque de leur établissement dans le pays ou la région quelles occupent.

    La plupart dentre elles, toutes même sans doute, se divisent en tribus plus ou moins nombreuses ou en clans dont le caractère ethnologique reste le même, mais que différencient nettement des particularités de murs ou de langage auxquelles chacune reste très attachée. Telles, par exemple, au Kouang-si les races Tho et Yao.

    On trouve les Yao (2) un peu partout dans la province où ils occupent, à peu près uniquement et seuls, les principaux massifs montagneux. Ils sont plus connus peut-être sous le nom générique de Man-sauvages. Il y a le clan des Grands Yao celui des Pan-i, dautres encore- Leur population est peu nombreuse et reste cantonnée dans les montagnes quelle occupe. Ils conservent au sujet de leur origine une légende que lon ne peut que qualifier de stupide.

    Les Thos, qui forment une race bien différente, sont par contre très nombreux et très répandus. Mis à part les montagnes occupées par les Yao et quelques sous-préfectures habitées par des Cantonnais dans la partie est de la province, les Thos dominent partout ailleurs. On peut, sans crainte derreur, évaluer leur nombre à un minimum de 60 % du chiffre de la population totale du Kouang-si, soit 6 à 7 millions environ.

    ___________________________________________________________________________
    (1) (caractères chinois) ou Tchong (caractères chinois).
    (2) Voir Bulletin 1930. Pages 453, 516, 611, 678.


    A tel point que lon serait tenté de les prendre pour les vrais aborigènes du pays, chose que, de par ailleurs, certaines particularités porteraient à croire : on les trouve partout, ils occupent ou occupaient jusquà ces derniers temps tous les bons coins, et, au moins dans le sud de la province, ils sappellent Thos, cest-à-dire les gens du terroir, les naturels du pays. Il nen est rien cependant. Leur dénomination de Thos, le confortable de leur installation, la façon dont ils ont su prendre la place de la population quils ont dépossédée et chassée lors de leur venue dans le pays (1), leur adaptation parfaite au climat, aux murs et à la législation chinoise, sans doute aussi limpression quils donnent dun statut fixe et bien défini qui prouve, chose facile à constater, quils sont établis dans le pays depuis longtemps, quils sont contents de leur sort et ne se rappellent pas en avoir connu dautre, pourrait faire croire que le Tho a toujours été ce quil est, quil a toujours vécu où il se trouve.

    Erreur, le Tho a beaucoup évolué et il nest pas chinois dorigine. Il lignore dailleurs et je noublie pas le sentiment de surprise manifesté par certains dentre eux à qui, une fois ou lautre, il mest arrivé de le faire remarquer.

    La race tho a peut-être été homogène autrefois ; elle ne lest plus et compte de nombreuses tribus ayant pour la plupart une dénomination particulière. Les plus importantes et les plus connues au Kouang-si sont : dans le Sud, celle qui a conservé le nom de Tho qui est le dénominatif spécifique de la race et dont lhabitat sétend de la frontière Est du bas Yunnan jusquà la frontière Ouest du bas Kouang-Toung (2), Dans le N. E. de la province on trouve les Tchong-Kou. Au N. O. les Dioï. Jen omets dont limportance numérique est moindre.

    De même que pour les Yao, le caractère ethnologique des diverses tribus thos reste le même malgré de nombreuses différences de coutumes et de langage. A noter en particulier une différence de caractère et de tempérament bien marquée et bien connue entre les Thos dun côté, les Tchong-kou et les Dioï de lautre. Ceux-ci sont généralement doux et dun commerce facile ; le Tho, lui, semble doux, timide, peureux même quand il est seul ; en groupe il se montre audacieux, facilement mauvais, féroce même. Les bandes de Lao-Wing-Fouk lont fait savoir aux troupes françaises lors de la pacification du haut Tonkin, et depuis ; les pirates thos qui, à longueur dannée, sillonnent le pays en bandes plus ou moins nombreuses nous le rappellent sans cesse.

    Quoi quil en soit de ces différences de coutumes, tempérament ou langage, il reste que le nombre de tribus, ou clans que compte la race entière est considérable, les territoires quelle occupe très vastes et sa population très nombreuse : 20 millions, dit le P. Savina ; on pourrait, je crois, sans crainte derreur, augmenter ce chiffre dun nombre appréciable de millions.

    ___________________________________________________________________________
    (1) Peut-être les Yao dans les parties centre et nord de la province, les Annamites dans le Sud.
    (2) On la trouve au Tonkin où elle est connue sous le nom de Thai.


    On trouve les Thos en Birmanie, au Siam, au Laos, au Tonkin, en Chine, ailleurs encore. Mis à part le Siam où ils sont maîtres chez eux, partout ailleurs ils ont perdu leur indépendance et vivent sous une domination étrangère à laquelle, partout, ils semblent sêtre très bien adaptés.

    Il serait intéressant de connaître lépoque de leur venue dans ces divers pays ainsi que la manière dont ils sy établirent. Faute de données précises touchant leur histoire on en est réduit à des conjectures qui, pour aussi probables quelles puissent paraître, restent cependant incertaines. Certains supposent que ... dautres prétendent que ... mais personne ne peut parler de façon pertinente de lorigine de cette race, ni expliquer le processus de son établissement et de sa parfaite adaptation dans des pays aussi différents que le Siam et le Kouang-si. Je noserais avoir, ni surtout formuler, une opinion précise sur ce sujet qui est cependant plein dintérêt pour moi, puisque voilà plus de 20 ans que je vis au milieu des Thos et en continuels rapports avec eux. Souvent il mest arrivé de les interroger sur leur origine et la date de leur venue au Kouang-si. Beaucoup mont répondu quils nen savaient rien et que la chose ne les intéressait pas ; quelques uns se donneraient volontiers comme étant les autochtones et, depuis toujours, les maîtres du pays, mais on voit que leur réponse est hésitante ; je suppose quils disent cela un peu au hasard pour cacher leur ignorance. Dautres enfin, en assez grand nombre, se disent originaires du Shantoung et précisent que leurs ancêtres, partis de la sous-préfecture de Pak-Ma-yun dans cette province, sous la conduite dun certain Ma-Fouk-Po combattirent les gens du Kouang-si parmi lesquels se trouvaient de nombreux Annamites habitant la partie Sud de la province qui, à cette époque, relevait des empereurs dAnnam. Les Annamites furent refoulés jusquau delà de la colline Fan-Mao-Ling où aurait été se planter une flèche lancée par Ma-Fouk-Po, laquelle devait servir de borne frontière et que lon voit encore, disent-ils.

    Quétait au juste Ma-Fouk-Po ? je nai pas vu sa flèche de la colline Fan-Mao-Ling, mais jai vu près du village de Yu-Tao, non loin de lendroit où la rivière Ming-Kong se jette dans le fleuve de Nanning, une immense fresque peinte en rouge sur un rocher surplombant le fleuve. Elle représente, dit-on, ses Yam-Ping cest-à-dire les légions desprits qui, combattant à ses côtés, assurèrent sa victoire. On y voit des hommes et des chevaux dans des positions diverses parfois curieuses. Il y a des hommes sans tête, des chevaux à deux pattes....

    Daprès la légende, Ma-Fouk-Po, envoyé en expédition dans le Sud de la Chine par un empereur chinois de la dynastie des Soung, se serait heurté au Kouang-si à lempereur annamite Noung-Tchi-Ko et laurait, après bien des péripéties, battu et capturé. Cest alors que Ma-Fouk-Po aurait, depuis Nanning, lancé sa flèche vers le Sud en déclarant que serait de fait et de droit considéré comme annexé à la Chine toute létendue de territoire que parcourrait la flèche dans son vol. Et la flèche aurait été se planter sur la colline Fan-Mao-Ling, près du bourg de Dong-Dang, non loin de Lang-son, à environ 300 km. de Nanning. Par après, Ma-Fouk-Po fit décapiter lempereur Noung-Tchi-Ko et mettre sa tête, énorme paraît-il, dans un bocal où on la conserve encore, à Nanning même, dit-on, baignant dans lhuile. Cette tête, assure-t-on, donne de temps à autre des signes de vie, et lon doit par des adjonctions annuelles remédier à lévaporation de lhuile dans le bocal où elle est conservée, pour éviter quelle se trouve à sec ; ce qui serait lannonce de la reprise prochaine et inévitable par lAnnam de la partie de son territoire annexée par Ma-Fouk-Po.

    La légende raconte que le succès de Ma-Fouk-Po nalla pas sans peine. Noung-Tchi-Ko aurait même réussi un jour à couper ses approvisionnements et obligé ainsi son armée à vivre durant un certain temps de baies sauvages connues depuis sous le nom de Tó Kouan leung et auxquelles elle dût son salut. Cest en souvenir de cela que les femmes thos de la région de Long-Tcheou portent un collier dont les grains ont la forme de cette baie.

    Après sa victoire Ma-Fouk-Po organisa le pays conquis ; et, pour assurer, en même temps que sa conquête, la tranquillité de ceux quil laissait après lui, divisa la région en 24 circonscriptions dont il confia le commandement à 24 de ses lieutenants choisis parmi ceux qui sétaient distingués pendant la campagne, et quil institua mandarins héréditaires chacun dans sa circonscription. On est étonné que sur ces 24 élus, pas un ne porte le nom du chef : Ma, et comment se fait-il que, à part lun dentre eux nommé Wai, tous sappellent Wong ? La légende ne le dit pas, mais ce détail est, paraît-il, lorigine et la raison de la licence reconnue chez les Thos aux familles Wong de sallier entre elles ce qui nest pas admis pour les autres familles quand leur nom patronymique est le même (1). La légende ne dit pas non plus si ce fut Ma-Fouk-Po lui-même qui détermina les limites de ces 24 circonscriptions et fixa le lieu de résidence des mandarins héréditaires et par conséquent de leurs troupes. La position géographique, je dirais même stratégique de ces divers centres, indique quils furent habilement choisis et, dans la partie extrême-Sud du Kouang-si, disposés en bordure de la nouvelle frontière délimitée par Ma-Fouk-Po, de façon à permettre une défensive efficace en cas dattaque ou dinvasion des troupes annamites.

    Après avoir pacifié et organisé le pays conquis, Ma-Fouk-Po dut se mettre en route pour Pékin où il avait à rendre compte à lEmpereur des résultats de son expédition. Auparavant, il se fiança à une jeune fille nommée Pan quil devait épouser à son retour, et à qui il donna en partant un anneau de pied en argent pour cadeau de fiançailles et comme gage de fidélité. Mais il mourut en cours de route et la jeune fille désespérée se jeta au fleuve et se noya. Cest en souvenir delle que les jeunes filles thos portent des anneaux dargent aux pieds. Ma-Fouk-Po et elle ont été dans la suite mis au nombre des divinités tutélaires du pays. La jeune fille, connue sous le nom de Pan-Fou-Yan, est honorée dans de nombreux pagodons bâtis sur le bord des cours deau. Ma-Fouk-Po à qui sont dédiés de nombreux temples est devenu le dieu Mars des Thos. Soldats, pirates et, en général, tous les gens darme sollicitent sa protection et son secours.

    Je connais un Tho, ancien mandarin héréditaire, dans la région que jhabite qui, un jour, après mavoir dit être originaire du Shantoung, ajouta que sa famille était établie dans le pays depuis 28 générations et, de père en fils, y avait exercé les fonctions mandarinales jusquà la révolution de 1911. Je crus en entendant ces paroles avoir enfin rencontré quelquun à même de satisfaire ma curiosité sur lorigine des Thos. Hélas ! le bonhomme nen savait pas davantage, du moins ne voulut-il pas en dire plus long.

    Les documents manquent aussi au sujet de la forme et des méthodes de gouvernement des Thos lors de leur arrivée au Kouang-si.

    ___________________________________________________________________________
    (1 ) Les usages ont changé et les rites se sont beaucoup simplifiés à ce sujet dans certaines tribus de la race tho. Chez les Tchong.kou, par exemple, les mariages sont admis et courants entre familles de même nom patronymique.
    Je note en passant, à propos de mariage, une coutume aussi curieuse quimmorale en vigueur dans une tribu tho établie au nord de Nanning. Elle consiste en ce que les jeunes mariées, dès le lendemain de leur mariage, retournent chez elles, c-à-d. dans leur famille dorigine, et ne reviennent chez leur mari et habiter avec lui quaprès un premier enfantement. Ce nest dailleurs quaprès ce premier enfantement et ce retour quelles sont considérées comme épouses de lintéressé.


    Peut-être ces mandarins héréditaires, que lon rencontrait encore de-ci de-là il y a 20 ou 25 ans, sont-ils le dernier vestige dune aristocratie que lon pourrait daprès la légende de Ma-Fouk-Po et pour une raison que je dirai tout à lheure, supposer dorigine shantonnaise.

    Maîtres chacun dans sa région, un peu comme autrefois les seigneurs féodaux en France, ils ont été petit à petit dépossédés de leurs fiefs. A la suite de la révolution de 1911, un décret du nouveau gouvernement en fit de simples particuliers. Certains faits comme aussi certains récits que lon rapporte aujourdhui ouvertement permettent de supposer que leur influence ne fut pas heureuse.

    On raconte quun ancêtre de celui dont je parle plus haut, ayant un attrait particulier pour la pêche, avait, par une ordonnance, déterminé pour chaque jour de lannée le ou les villages qui devaient lui assurer les moyens de satisfaire sa passion. Tant pis pour ceux qui étaient de service les jours où se manifestait sa lubie ; rien ne pouvait les exempter de leur corvée.

    Or, quelques esprits forts décidèrent de se débarrasser de cet encombrant pêcheur. Chargés de préparer une belle pêche pour leur jour de service, ils surent attirer le poisson à lendroit déterminé, puis, au jour dit, allèrent chercher le mandarin qui les suivit avec toute sa famille. Au cours de la pêche, limprudent, enhardi par ses belles prises, savança en eau profonde. On lattendait là. Il fut noyé sous un amoncellement de filets et sa famille avec lui.

    Jai connu tout particulièrement un autre de ces mandarins héréditaires dont les sujets fêtèrent joyeusement la disgrâce quand il perdit son titre. Il avait, lui, la passion des petits cadeaux et son livre dimpôts était suivi dune liste de dons obligatoires dont la nomenclature que jai eue sous les yeux, ne manquait pas dintérêt !... Or il arriva que peu après sa disgrâce son fils fut nommé mandarin de la république sur place, chez lui-même, dans son ancien fief. La chose, qui en elle-même navait aucune importance, faillit être cause dune émeute à loccasion de la perception des impôts.

    Son fils, en tant que mandarin titulaire, les perçut dabord, comme de juste, au nom du gouvernement. Par après, il appuya de son autorité et de ses satellites son père qui, lui, prétendait y avoir droit pour son propre compte, parce que, disait-il, du fait que le pouvoir était entre les mains de son fils, il considérait sa famille comme réintégrée dans ses anciens droits. Le raisonnement était subtil et linjustice flagrante. Les choses allèrent assez loin ; cependant les deux compères durent renoncer à leurs prétentions.

    (A suivre)


    1933/832-838
    832-838
    Caysac
    Chine
    1933
    Aucune image