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Rétablissement du catholicisme au Nord-Est du Kouangsi (1901-1932) 3 (Suite et Fin)

Rétablissement du catholicisme au Nord-Est du Kouangsi (1901-1932) (Fin) III. District de Pinglo (caractères chinois) Pinglo ne compte comme district ecclésiastique que depuis 1928, mais le christianisme a fait son apparition dans la sous-préfecture dès 1903.
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    Rétablissement du catholicisme au Nord-Est du Kouangsi (1901-1932)
    (Fin)

    III. District de Pinglo (caractères chinois)

    Pinglo ne compte comme district ecclésiastique que depuis 1928, mais le christianisme a fait son apparition dans la sous-préfecture dès 1903.

    A cette époque, plusieurs familles de Pantien (1) et des villages environnants, espérant la protection des missionnaires en cas de procès ou de chicanes toujours possibles, envoyèrent des émissaires à Siéoujên (2) chez le P. Ducur pour saffilier au christianisme. Ce nétait donc pas pour sauver leurs âmes quils allaient ainsi au catholicisme, mais comme deux dentre eux étaient de conscience droite, ces derniers virent de suite la vérité dans la doctrine qui leur fut exposée, et dans la suite non seulement ils persévérèrent et instruisirent leurs propres familles, mais ils établirent encore chez eux la pratique de la prière du matin et du soir en commun.

    Malheureusement le missionnaire était loin, à environ 150 kilomètres, et occupé par la fondation dun nouveau district et linstruction de nombreux catéchumènes, il ne put donc aller visiter cette nouvelle portion de son troupeau avant 1906. Dans lintervalle, il avait cependant essayé dacheter une maison dans la ville de Pinglo, afin de se rapprocher davantage de ses néophytes et de pouvoir à lavenir faire des séjours assez prolongés non loin deux, mais une lettre de Mgr Lavest, qui jugeait Pinglo trop éloigné des autres résidences pour y établir un missionnaire, était arrivée sur ces entrefaites enjoignant de remettre le projet à plus tard.

    Les deux chefs de famille reçurent le baptême à Eulpai (3) en 1905 et, lannée suivante, tous les néophytes furent à leur tour régénérés lors de la première visite du P. Ducur. Pieux et pleins de foi, ils députaient, à chaque grande fête, cest-à-dire au moins quatre fois par an, 2 ou 3 dentre eux au centre du district pour recevoir les sacrements, les 150 kilomètres à parcourir à pied ne les effrayaient pas et, lors de la visite de leur missionnaire, ils recevaient avec toutes les démonstrations de la joie la plus sincère le Père qui les avait engendrés dans la foi.

    Peu après lélévation de Mgr Ducur à lépiscopat, la petite chrétienté fut rattachée au district de Kweilin, où venait dêtre nommé le P. Tessier. Dès sa première visite, celui-ci fut enchanté du bon esprit, de la piété et de la solide instruction religieuse de tous. Il les visita cinq fois en deux ans. Sur ces entrefaites survint la grande guerre : le P. Tessier ne fut pas mobilisé mais en 1915, tandis quil faisait des plans pour le développement du poste, il reçut son changement pour le district de Sianghsien.

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    (1) (caractères chinois)
    (2) (caractères chinois)
    (3) (caractères chinois)


    Son successeur, le P. Cuenot, fut nommé en été 1916. Aussitôt quil put parler un peu le langage mandarin, il sempressa de se rendre sur place pour faire la connaissance de cette partie éloignée de son troupeau. Les chrétiens des deux familles nétaient encore quune vingtaine, mais un développement de ce petit noyau pouvant être espéré, il fut décidé quune école avec chapelle et maison pour le missionnaire seraient construites sans tarder.

    Laffaire nalla pas sans difficultés. Les païens firent tout pour empêcher la réalisation du projet, ils mirent les chrétiens en quarantaine et jurèrent que lEglise catholique ne pourrait jamais avoir un pied-à-terre dans le village. Après quelques pourparlers, le missionnaire put enfin sentendre avec les notables et, la paix sétant faite, on fut tranquille de ce côté. Mais une construction demande des fonds pour être menée à bonne fin, et Mgr Ducur ne pouvait donner ce quil navait pas : Je vous aiderai de 200 piastres, avait-il écrit, quant au reste, vous tâcherez de vous ingénier pour parfaire la somme nécessaire.

    En France, cétait la quatrième année de la guerre, inutile donc de faire des demandes dans un pays où lon souffrait tant. Le missionnaire, chaudement recommandé par son évêque, sadressa en Amérique ; aucun secours ne vint de là non plus. Alors, comptant sur la divine Providence, il entreprit quand même le travail : économisant par ci, soustrayant telle ou telle dépense par là, quêtant auprès de ses parents et amis, exhortant aussi les chrétiens à contribuer quelque peu, il finit par trouver les 1100 piastres nécessaires, cest-à-dire environ 6000 fr. en monnaie daprès-guerre, et le projet put être mis à exécution. Tout fut terminé pendant lhiver 1918-1919, de telle sorte quà partir du printemps suivant, il y eut à Pantien une petite chapelle pour les fidèles, une école pour les enfants et une résidence pour le Père.

    Lors de la visite pastorale, en février 1920, Mgr Ducur fut heureux de bénir la chapelle et dadministrer le sacrement de confirmation à ses anciens chrétiens, il constata le bon esprit de tous et fit des vux pour leur accroissement. Comme il y avait alors peu despérances apostoliques du côté de Kweilin, le Père caressait secrètement lespoir dêtre nommé à demeure à Pantien ; son évêque, craignant de le sentir trop isolé, ne songea pas un seul instant à cette combinaison. Le missionnaire se contenta donc dy séjourner assez longtemps à chaque visite ; il était persuadé que le bien se ferait peu à peu quand même et que les païens du lieu finiraient par shabituer à avoir des relations avec lui.

    Pendant les années si troublées de 1921 à 1924, Pantien eut relativement peu à souffrir, les pirates respectèrent la chapelle et lécole resta ouverte comme dhabitude ; le seul événement important fut lattaque subie par le P. Cuenot lors dune visite dadministration. Le 18 janvier 1922, il était parti de Pantien pour rentrer à Kweilin quand, après avoir traversé le village de Houyang (1) , à lembranchement des routes de Pinglo et de Chatsekai (2) il fut arrêté par une bande dune quinzaine de pirates qui le soulagèrent de quelques menus objets et le gardèrent jusquà midi.

    Rendu à la liberté, il continua sa route, mais à peine avait-il fait 3 kilomètres quune autre bande de 20 et quelques brigands se précipita sur lui : tout fut volé, cheval, objets du culte, effets de voyage, le Père lui-même fut dépouillé de ses vêtements ; cependant devant ses protestations, on lui laissa son pantalon.

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    (1) (caractères chinois)
    (2) (caractères chinois)


    Après avoir entendu pas mal dinjures et de menaces à son adresse, il fut enfin renvoyé dans la direction doù il venait ; rebroussant chemin, il se retrouva donc au point doù il était parti à laurore, il était de retour chez ses chrétiens vers 4 h. de laprès-midi. Des habits furent trouvés rapidement, mais nayant pas été faite sur mesure, la longue robe chinoise quon lui donna ne descendait guère plus bas que les genoux, cela ressemblait à un costume de femme, le comique se mêlait ainsi au tragique, le missionnaire fut le premier à en rire. Enfin au bout dun mois, des soldats cantonnais passant par là, il put se joindre à eux et retourner par petites étapes au centre de son district où il était impatiemment attendu.

    En 1923, il était nommé à Siéoujên (1). Son successeur à Kweilin, le P. L. Humbert, ayant mis en avant son état de santé pour nêtre pas chargé de Pinglo, Mgr Ducur rattacha de nouveau la chrétienté de Pantien à Siéoujên. Rien nétait donc changé en ce qui concernait cette station. En décembre 1925, les chrétiens baptisés étaient au nombre de 71, répartis entre 14 familles ; le missionnaire songea alors à faire lacquisition dun petit immeuble en ville, à Pinglo : lachat était conclu et les arrhes déjà versées, mais le vendeur prit peur devant les menaces des étudiants et des nationalistes affiliés à Moscou, le contrat fut résilié et on nen parla plus.

    En juin 1926, le P. Peyrat remplaçait le P. Cuenot à Siéoujên. Comme son prédécesseur, il regrettait dêtre si loin de Pantien : bien que sy rendant plusieurs fois par an, le bien ne pouvait se faire comme si sa présence avait été plus continue, léloignement du pasteur nuisait au développement du troupeau, il désirait donc lui aussi quun missionnaire pût être sur place. A cette époque on commençait à construire des routes un peu partout, les distances se trouvaient ainsi raccourcies, de plus, les automobiles avaient fait leur apparition, et les jeunes missionnaires sessayaient à se servir de bicyclettes, voire même de motocyclettes. Ces circonstances favorables motivèrent, en 1928, la nomination du P. Madéore comme premier titulaire du nouveau district de Pinglo. Dès lors les travaux apostoliques allaient marcher bon train.

    A la fin de lannée, le Père faisait lachat dune maison à Yang-gan (2) afin de ménager un lieu de prières pour les 20 chrétiens de ce bourg, et à Pantien même, il bâtissait une école complètement séparée de sa résidence ainsi quun couvent pour les deux religieuses indigènes que Mgr Ducur se proposait de lui envoyer. En mars 1929, il avait déjà une vingtaine denfants dans chacune des deux écoles.

    Dans lintervalle, une grande sécheresse avait été un fléau pour la sous-préfecture de Pinglo, nombreux étaient les gens éprouvés, et parmi eux un chrétien, nommé Oû Yong-fa (3), se trouvait dans la misère noire. Celui-ci, plus connu sous le nom de Lào-môu, avait été autrefois protestant et sétait converti au catholicisme en 1909 ; il sen vint auprès du P. Madéore pour solliciter quelque secours. Le missionnaire le garda une quinzaine de jours en observation, puis voyant quil avait affaire à quelquun connaissant bien la doctrine chrétienne et ayant beaucoup desprit de foi et de piété il lui proposa de lemployer comme catéchiste ambulant à raison de 4 piastres par mois.

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    (1) (caractères chinois)
    (2) (caractères chinois)
    (3) (caractères chinois)


    Cétait lhomme destiné par la Providence pour seconder efficacement le Père dans ses travaux apostoliques. Souvent en voyage malgré ses 70 ans, Lào-môu sen allait semant la bonne semence dans tous les villages des environs, emportant sur son dos un paquet de livres de doctrine, sans le sou dans la poche, toujours prêt à expliquer les principes du christianisme à qui voulait lentendre. Grâce à ce vieillard, la population du village de Hiang-hoa-tang (1) a embrassé en grande partie le catholicisme, il renferme actuellement 77 baptisés ; à Li-kié-tchong (2) situé non loin de là, il y a plus de 10 familles qui ont renoncé à leurs superstitions, et ailleurs encore nombre de païens ont entendu la bonne nouvelle ; même la sous-préfecture de Kong-tchên (3) a vu passer Lào-môu et donne des espoirs de conversions en plusieurs endroits.

    Pour activer le mouvement en faveur de la religion, le missionnaire vit la nécessité dune école à Hiang-hoa-tang, il la construisit donc sans tarder, et une chapelle annexe y fut ajoutée. Tout était terminé au printemps de 1931, et Mgr Albouy put bénir la chapelle lors de sa première visite pastorale quelques mois plus tard.

    A Yang-gan, la maison achetée précédemment avait été aménagée en lannée 1930, ce qui avait provoqué une levée de boucliers de la part des païens du bourg ; ceux-ci se servirent des armes employées partout en pareil cas, les injures et les calomnies, ils salirent la religion et son ministre ; cependant tout finit par se calmer, grâce à lintervention du chef de lendroit en faveur du Père.

    A Li-kié-tchong, la persécution éprouva aussi beaucoup les catéchumènes, les païens voulant absolument sopposer à la construction dune maison pour les réunions chrétiennes ; un procès sensuivit, il vient de se terminer en faveur des persécutés.

    Tous ces achats et travaux furent loccasion de quelques dépenses, mais grâce aux allocations assez importantes de luvre de la Propagation de la Foi ces dernières années, la caisse de la procure put fournir au missionnaire la moitié des 4000 $ (20.000 et quelques francs) nécessaires pour mettre le district sur le pied où il se trouve actuellement.

    Dans les différents postes, 3 écoles de garçons sont fréquentées par 40 élèves, et 2 écoles de filles par 20 petites filles, sans compter un cours du soir dans le bourg de Yang-gan : ce sont 70 enfants, tant païens que chrétiens, qui étudient notre sainte religion. A cela il faut ajouter les écoles de catéchumènes, qui ne fonctionnent que dans la soirée, pour les grandes personnes. La persévérance nétant, pas plus là quailleurs, la qualité dominante, et les parents se montrant trop souvent négligents pour linstruction de leurs enfants, tout ne sest pas toujours passé sans heurt. Le zèle du missionnaire a triomphé, et les résultats sont là :
    209 chrétiens baptisés, dont 75 à Pantien,
    39 à Yang-gan,
    77 à Hiang-hoa-tang,
    18 à Ho-fong-tong,
    120 catéchumènes, dont la plus grande partie, pourront bientôt être baptisés.

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    (1) (caractères chinois)
    (2) (caractères chinois)
    (3) (caractères chinois)


    Faut-il signaler, en terminant, que Pinglo verra sans doute sous peu son premier prêtre indigène monter au saint autel ! Un clerc minoré en effet, originaire de Pantien, termine actuellement ses études de théologie à Nanning. Deux jeunes gens de 19 et 17 ans marchent sur ses traces, ils sont en seconde au petit séminaire ; trois enfants les suivent dun peu plus loin, lun en sixième et les autres au probatorium. Par ailleurs, deux religieuses chinoises, formées à Nanning, viennent aussi dêtre renvoyées dans leur région dorigine pour y travailler sous la direction de leurs nouveaux pasteurs.

    Ceux-ci, deux Pères américains des Missions-Étrangères de Maryknoll, les PP. Regan et Foley, succèdent, en ce mois doctobre 1932, au P. Madéore. Voici le souhait que le premier titulaire du district de Pinglo formulait à leur sujet en envoyant les notes précédentes sur son administration de 1928 à 1932, rien ne saurait clore de meilleure façon ces quelques pages : Puissent mes successeurs récolter in exsultatione ce que les confrères des Missions-Étrangères de Paris ont semé depuis bientôt 30 ans dans les difficultés ! Cest le vu que je forme et la grâce que je demande pour eux à N. S..

    En la fête du Christ-Roi,
    30 octobre1932.
    J. CUENOT.
    Miss. apost. de Nanning.



    1933/153-159
    153-159
    Cuenot
    Chine
    1933
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