Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Rétablissement du catholicisme au Nord-Est du Kouangsi (1901-1932) 1

Rétablissement du catholicisme au Nord-Est du Kouangsi (1901-1932)
Add this

    Rétablissement du catholicisme au Nord-Est du Kouangsi (1901-1932)


    La Mission de Nanning, en 1920, avait déjà confié au zèle des missionnaires américains de Maryknoll le sud-est de la province du Kouangsi, 14 sous-préfectures que la S. C. de la Propagande a depuis lors érigées et mission indépendante sous le nom de mission sui juris de Wuchow ; elle vient de faire un nouvel appel à ces mêmes missionnaires, pour leur demander de venir se dévouer au nord-est : ce sont donc 16 nouvelles sous-préfectures, soit 3 districts ecclésiastiques, qui passent aux mains de nos confrères américains.

    Bien que les résultats de lévangélisation naient pas été, dans leur ensemble, très consolants, les lecteurs du Bulletin ne seraient peut-être pas fâchés de lire ce quon a tenté de faire pour reprendre dans les temps modernes luvre des Pères Jésuites du XVIIe et du XVIIIe siècles (1).


    I. District de Kweilin (caractères chinois)

    En 1868, peu après avoir été nommé Supérieur du Kouangsi, le P. Mihière, provicaire du Kouytcheou, avait envoyé à Kweilin un médecin nommé Ouâng Táo-sèn pour y ouvrir une pharmacie et préparer ainsi les voies à lévangélisation de cette partie de la province. Lentreprise échoua : avant davoir pu commencer son commerce, le médecin Ouâng fut arrêté par les satellites et conduit devant le mandarin pour être jugé ; une proclamation contre le christianisme fut affichée en ville et Ouâng rapatrié (2).

    ___________________________________________________________________________
    (1) Cf. Bulletin des M.-E., 1931, p. 347.
    (2) Cf. Histoire de la Mission du Kouangsi par le P. Launay, pp. 111 et 122.


    Le P. Mihière ne se découragea pas. Lannée suivante, fort de lautorisation quil avait obtenue du Ministère des Affaires Etrangères de Pékin daller à Kweilin, il y envoya dabord un catéchiste pour tâter le terrain ; il ignorait que des ordres nouveaux, annulant les premiers, avaient été expédiés ensuite. Le catéchiste ne demeura donc que quelques jours dans la ville, il sen revint effrayé des menaces quil avait entendu proférer contre les chrétiens (1).

    En 1876, le P. Foucard, Supérieur intérimaire de la nouvelle mission en labsence du P. Jolly parti malade en France, reprit le projet du P. Mihière. La légation de France à Pékin lui déconseilla de songer à aller sétablir si vite dans la capitale du Kouangsi. Un peu plus tard il fit de nouvelles instances, il nobtint pas de réponse (2).

    Devenu évêque, Mgr Foucard revint à la charge en 1880. En novembre de cette même année, il était à Pékin où, entre autres choses, il demandait lautorisation de fonder une mission à Kweilin. M. Bourée, ministre de France, appuya sa pétition, mais en partie seulement, car il nexigeait rien de plus quune maison louée pour y établir la future mission. Le Ministre des Affaires Etrangères répondit en termes fort vagues, il ne promettait rien du tout, et laffaire en resta là (3).

    Le vice-roi des deux Kouang (Kouangtong et Kouangsi) consentit ensuite au départ de Mgr Foucard pour Kweilin, il fixa même le jour où il devait seffectuer, à la fin du mois de septembre 1881. Malheureusement on avait agi à la chinoise pour rendre à peu près irréalisable le projet de lévêque : le gouverneur du Kouangsi avait dans le même temps informé par lettre le vice-roi, de limpossibilité du voyage par suite des mauvaises dispositions du peuple à légard des missionnaires. Le consul de France eut beau insister, ce fut inutile ; laffaire fut de nouveau portée à Pékin, le succès fut le même. Bref, en fin de compte, Mgr Foucard fut appelé par M. Bourée à Shanghai pour sentendre avec lui ; il partit en octobre 1881, la conclusion fut quil serait installé à Kweilin au bout dune année. En 1882, lévêque envoya dans la ville un chrétien du P. Chanticlair, nommé Kouan, originaire du Setchoan, lettré qui avait rempli autrefois les fonctions de mandarin ; il en revint bientôt en disant quil navait pu ni louer ni acheter de maison. Un autre, du Setchoan également, nommé Yun-lan, fut dépêché dans le même but ; celui-ci parvint à louer successivement deux maisons dans la ville.

    ___________________________________________________________________________
    (1) Hist. de la Miss. du Kouangsi, pp. 125 et 128.
    (2) ibid. pp. 174 à 176.
    (3) ibid. pp. 208 à 216.


    Mais à ce moment de nouvelles difficultés surgissaient tant de la part des autorités chinoises que des représentants de la France en Chine ; alors Mgr Foucard se décida à renoncer momentanément à son projet de sétablir immédiatement dans la capitale du Kouangsi (1).

    Son successeur, Mgr Chouzy, après le massacre dun de ses missionnaires, le P. Bertholet, crut alors (1898) quil pouvait revenir à la charge, mais il fut détourné de cette entreprise par le ministre de France à Pékin, M. Pichon (2).

    En 1901, au lendemain des troubles des Boxeurs, le P. Renault, pro-préfet de la mission, put enfin réaliser les vux des trois premiers supérieurs ecclésiastiques du Kouangsi en allant lui-même sétablir à Kweilin. Un protestant, méthodiste américain, ly avait précédé de peu : ce ministre de lerreur devait combattre pendant 23 ans linfluence du catholicisme dans la ville, jai nommé le Révérend J. R. Cunningham, tué par une balle perdue pendant le siège de Kweilin en 1924.

    Deux chrétiens de la sous-préfecture de Watlam, Oû Pào-tchẽ et Oû Tẽ-sān (3), sétaient rendus avant le P. Renault dans la capitale afin dacheter une maison qui pût servir de pied-à-terre au missionnaire. Ils découvrirent dans la ruelle Si-hâng, près de lancienne Ville Impériale, une habitation à vendre que personne ne se souciait dacheter parce quon la croyait hantée : une servante sy était pendue quelque temps auparavant et, depuis lors, on disait entendre chaque nuit des revenants ; bref le propriétaire fut content davoir affaire à deux étrangers, les pourparlers sengagèrent dans les meilleurs termes et le contrat fut signé le 25 juin 1901 pour le prix de 1060 taëls ( soit environ 6000 fr. en monnaie dalors).

    Trois mois plus tard, le soir du 25 septembre, le P. Renault arrivait à Kweilin. Le lendemain, il fit son entrée dans la ville et, le 10 octobre, il alla saluer les mandarins et principaux personnages du lieu ; partout il fut reçu avec de grands honneurs, ses visites lui furent rendues, on traitait le Père dégal à égal.

    La première messe quil célébra dans le grenier qui a servi de chapelle jusquen 1932 fut celle du Très Saint Rosaire, dont cétait la solennité, ce qui lui fit choisir N. D. du Rosaire comme patronne de son nouveau poste. Ses premiers chrétiens furent de pauvres ouvriers, cétaient des raccommodeurs de vaisselle. Voici comment ils arrivèrent à trouver la voie du salut :

    (1) Hist. de la Miss. du Kouangsi pp. 223 à 241.
    (2) ibid. pp. 387 et 388.
    (3) (caractères chinois).


    Le missionnaire était depuis deux mois à Kweilin quand, un jour, un Hounanais chrétien, passant dans la rue, remarqua lenseigne de la mission catholique, (caractères chinois). Notre homme pénétra à lintérieur et saboucha avec un employé du Père ; il raconta quil était catholique, baptisé au Hounan, et quil était établi à Kweilin depuis plusieurs années. Quand il fut parti, lemployé vint raconter au Père la visite quil venait de recevoir. Le P. Renault dès lors songea aux moyens de voir cette brebis égarée, il donna lordre de la rechercher et de la lui amener. De fait notre Hounanais ne tarda pas à revenir et fut introduit auprès du missionnaire. Baptisé dans sa province dorigine, Y Kouŏ-hoù (1) sétait marié sans dispense avec une veuve païenne ; il était lhomme destiné par la Providence pour amener au catholicisme les premières âmes de bonne volonté que devait rencontrer le P. Renault à Kweilin : sa situation matrimoniale régularisée, il fit du prosélytisme auprès de ses parents et. amis, et ainsi, grâce à ses exhortations, il y eut bientôt un petit noyau de catéchumènes, tous pauvres, il est vrai, mais gens honnêtes qui persévérèrent jusquau baptême et sont restés pratiquants dans la suite, à lencontre de tant dautres qui ont apostasié. En 1901-1902, le P. Renault eut 7 baptêmes dadultes, les deux années suivantes il en eut 8 chaque année, et en 1904-1905 il en eut encore 7. Cela faisait donc 30 chrétiens en 4 ans, soit adultes, soit enfants.
    ___________________________________________________________________________
    (1) (caractères chinois)


    Malheureusement le bon Père était mal secondé par ses catéchistes, et il devait rester dans les mêmes conditions jusquà la fin. Un certain nombre de familles, tant à Kweilin même que dans les environs, étaient venues se déclarer catéchumènes dans le but dobtenir du missionnaire son appui pour des affaires de procès. Les catéchistes virent là une occasion propice de faire fortune au détriment de ces pauvres gens, ce qui en éloigna une partie et donna un mauvais renom à notre sainte religion.

    Dans lintervalle, le P. Renault sétait fait maître décole, espérant par là attirer au christianisme quelques jeunes gens de bonne famille. Encouragé par le gouverneur du Kouangsi, il se mit donc à enseigner le français aux fils des mandarins et des notables : cest dans ce but quil acheta, au début de 1904, une maison située dans une rue voisine de la mission : il en fit lacquisition pour une douzaine de mille francs et eut dès lors une école pour ses jeunes étudiants. Quelques mois plus tard, il avait la consolation dy installer 3 petits Frères de Marie qui venaient continuer luvre commencée par le missionnaire. Ceux-ci malheureusement furent rappelés deux années après par leurs supérieurs ; alors les étudiants continuèrent encore quelque temps leurs cours sous la direction dun jeune missionnaire arrivé depuis peu au Kouangsi, le P. L. Humbert. En 1907, le P. Renault, voyant ces jeunes gens peu disposés à embrasser le catholicisme, renonça à cette uvre sur laquelle il avait fondé de réelles espérances.

    Lannée 1905 apporta quelques consolations au missionnaire. Trois protestants du village de Choǎng-tsuên, sous-préfecture de Yângsǒ (1) ayant maille à partir avec des païens, avaient demandé lappui de leur pasteur qui navait pas jugé à propos dintervenir. Ils sen furent alors à la mission catholique, où le P. Renault estimant leur cause juste, leur promit protection auprès du mandarin sils devenaient catholiques. Nos 3 hérétiques eurent tôt fait dapprendre la doctrine, ils firent leur abjuration et décidèrent la plus grande partie des païens de leur village à les suivre dans la bonne voie.

    Les comptes rendus spirituels de 1906 à 1910 marquèrent donc un réel progrès du catholicisme dans le district de Kweilin : 1905-1906, 50 baptêmes ; 1906-1907, 25 baptêmes ; 1907-1908, 19 baptêmes ; 1908-1909, 13 baptêmes ; 1909-1910, 9 baptêmes. Cétait là un feu de paille quil fallait attiser, malheureusement le missionnaire allait manquer, comme dailleurs ses successeurs, de largent nécessaire pour entretenir et développer la bonne semence.

    Les chrétiens de Choǎng-tsuên oublièrent vite le chemin de léglise, un grand nombre avaient déjà apostasié quand, en 1909, le P. Renault demanda à Mgr Lavest un prêtre indigène pour cette chrétienté quil voulait à tout prix empêcher de sombrer. Le P. Etienne Oû sen vint donc habiter Choǎng-tsuên, il y demeura de 1909 à 1912, mais son action ne put ni ramener au bercail les apostats ni opposer une barrière à lapostasie de quelques autres.

    ___________________________________________________________________________
    (1) (caractères chinois).



    Plusieurs fois la maladie mena le P. Renault aux portes du tombeau. Les infirmités quavaient apportées la vieillesse ne lempêchaient cependant pas davoir lil à tout et dorganiser la fondation de son district avec son expérience de 40 ans de mission ; il était souvent trompé, il ne lignorait pas : porté à lindulgence, il pardonnait toujours, à lexemple du divin Maître, persuadé quil était de faire ainsi aimer Notre-Seigneur.

    En 1905, il avait fait lacquisition de plusieurs maisons contiguës à la première : 3000 frs. furent consacrés à lachat de lhabitation destinée aux vierges ou catéchistes-femmes, et 6500 à lachat dautres appartements qui devaient dans la suite être convertis en jardins. Dans la même année, il avait pu aussi acquérir, à louest de la ville, un emplacement assez vaste avec lintention den faire un cimetière.

    Après 10 ans de présence dans la capitale du Kouangsi, le P. Renault, âgé de 65 ans mais en paraissant bien davantage, pouvait mettre en avant ses nombreuses infirmités pour demander à son nouvel évêque, Mgr Ducur, une charge moins lourde et un poste plus rapproché dautres confrères ; sa requête fut accueillie favorablement. Il quitta donc Kweilin dans les derniers jours de 1912, à peine quelques mois avant son trépas qui arriva le 16 juin 1913 à Nanning.

    Son successeur fut le P. J. B. Tessier, pendant ladministration duquel Mgr Ducur rattacha au district de Kweilin la petite chrétienté de Pantien, sous-préfecture de Pinglo (1), que lui-même avait ouverte à la vraie foi quelques années plus tôt alors quil était chargé du district de Sieoujen. Le P. Tessier ne devait rester guère plus de 2 ans à Kweilin, et après son départ le district allait être laissé sans titulaire pendant 18 mois. Durant ces 4 ans, il ny eut que des baptêmes denfants, aucun adulte païen nentra dans le bercail, mais par ailleurs le P. Tessier put prendre sa revanche dun autre côté en procurant à bon nombre denfants abandonnés le bienfait de la régénération spirituelle, soit en ville, soit surtout à lorphelinat païen.

    En août 1916. un nouveau missionnaire était donné à lancienne capitale en la personne du P. Cuenot, il devait y demeurer jusquen été 1923. Sous son administration, il y eut bien quelques baptêmes dadultes, mais en si petit nombre quil nest guère à propos de les signaler : cétait la guerre européenne, époque dimpécuniosité par excellence, au Kouangsi encore plus quailleurs à cause du budget si peu brillant de la caisse de la mission : il y avait aussi manque complet de catéchistes, or que peut faire un officier sans sous-ordres dans un combat ? En ville, il souffrit dêtre trop peu connu, cela dura jusquen 1921 ; les services quil rendit alors pendant deux années de guerre civile le firent un peu émerger, son influence égala vite celle des ministres protestants et même la dépassa quand on vit ceux-ci sen aller au moment du danger, mais il fut changé de district quand il aurait peut-être pu se servir du bon renom acquis. Dans la campagne, le défaut dargent lempêcha trop souvent de faire quelque chose de sérieux et de profiter des occasions qui se présentaient de développer luvre de lévangélisation, ses supérieurs nayant ni les moyens de lui fournir des secours pécuniaires ni de catéchistes à lui envoyer. Une année, il cria au secours du côté du Hounan : un missionnaire franciscain lui céda un catéchiste qui sans doute avait déjà commis quelques fredaines dans sa patrie mais avait promis de se corriger, il ne put garder cet auxiliaire quun mois et il en fut pour les frais du voyage....

    (1) (caractères chinois). Cf. plus loin III, District de Pinglo.


    De 1918 à 1923, un dispensaire fut ouvert au couvent des religieuses indigènes, ce qui permit de continuer sur une plus vaste échelle luvre, déjà commencée par le P. Tessier, des baptêmes denfants de païens à larticle de la mort.

    Le successeur du P. Cuenot, le P. Humbert, resta à peine 2 ans à Kweilin. En 1924 il eut à subir, comme dailleurs toute la population, un long siège de 75 jours pendant la guerre civile qui avait mis alors aux prises deux factions militaires de la province. Ses connaissances médicales venaient de le faire un peu estimer du peuple quand son état de santé le força à partir se soigner à Hongkong, doù les docteurs le renvoyèrent en France (1925).

    Ce fut le P. Pélamourgues qui fut désigné pour venir prendre sa place. Il ne resta que 2 ans : en 1927, les districts de Kweilin et de Yungfu furent fondus en un seul et le P. Pélamourgues sen alla habiter Yungfu, siège de son ancien district. Depuis lors, le missionnaire ne venant visiter les chrétiens que par intervalles assez éloignés, la chrétienté diminua de plus en plus, si bien quactuellement elle compte à peine une trentaine de fidèles.

    Deux missionnaires américains de Maryknoll, les PP. Romaniello et Lacroix, viennent, en octobre 1932, faire la relève, Dieu en soit loué ! Puissent-ils avoir la consolation de convertir beaucoup dinfidèles sur cette terre que lauteur de ces lignes aurait tant voulu. rendre fertile !

    (A suivre)
    J. CUENOT.


    1933/15-22
    15-22
    Cuenot
    Chine
    1933
    Aucune image