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Rétablissement du catholicisme à Nanning (1870-1911) 1

Rétablissement du catholicisme à Nanning. (1870-1911) Une étude précédente (1) nous a montré comment est apparue la religion catholique au Kouangsi dans le courant du XVIIe siècle. Nous avons vu alors le propre fils de lempereur Yun-li (2) baptisé à sa naissance à Nanning par le P. Koffler, S. J. en 1648, puis le massacre de ce missionnaire par les soldats tartares, probablement entre Nanning (3) et Long-gan-hien (4).
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    Rétablissement du catholicisme à Nanning.
    (1870-1911)
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    Une étude précédente (1) nous a montré comment est apparue la religion catholique au Kouangsi dans le courant du XVIIe siècle. Nous avons vu alors le propre fils de lempereur Yun-li (2) baptisé à sa naissance à Nanning par le P. Koffler, S. J. en 1648, puis le massacre de ce missionnaire par les soldats tartares, probablement entre Nanning (3) et Long-gan-hien (4).

    Pendant les deux ans que résida la cour dans la ville de Nanning, si le P. Koffler ne prêcha pas aux habitants, il y eut certainement des rapports fréquents et intimes entre les autorités de la cité et la cour ; on ne put donc ignorer la conversion de la famille impériale. Si alors la religion ne fut pas suivie, elle y fut du moins connue et en même temps scellée par le sang dun apôtre du Kouangsi. Elle ne devait y reparaître que 230 ans plus tard.

    En 1870, le P. Foucard, missionnaire du Kouangtong, était désigné pour évangéliser le Kouangsi. Il sétablit dabord à Lingshan (5), surveillant les occasions favorables pour porter la bonne nouvelle dans cette province ; puis après son échec malheureux sur le territoire de Pokpak (6) où son catéchiste fut tué, il se tourna vers les Cent-Mille-Monts, dont les habitants avaient été visités par un chrétien qui avait rapporté au missionnaire combien il était facile daborder cette race rustique et simple. Sans tarder le P. Foucard y envoya un catéchiste, et celui-ci sut gagner le cur de ces braves gens quil amena en partie à la foi.

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    (1) Cf. Bulletin, ann. 1931. pp. 272, 339. (2) (caractères chinois). (3) (caractères chinois). (4) (caractères chinois). (5) (caractères chinois). (6) (caractères chinois)


    Le moment était venu de faire davantage : le zélé apôtre se rendit lui-même sur les lieux pour visiter les nouveaux catéchumènes, il acheta des terrains et des bois que cultivaient les montagnards, leur bâtit une chapelle et construisit pour lui une petite résidence. La chrétienté se forma peu à peu, et le Père, content, croyait vivre en paix dans ces régions si près du ciel et presque inconnues des autres mortels. Ceût été trop beau pour un missionnaire du Kouangsi.... Le 31 mars 1873, une troupe de soldats arrivèrent à limproviste, le garrottèrent et le menèrent, pieds nus et la cangue au cou, pendant six jours dune marche pénible et agrémentée de mauvais traitements, jusquà Nanning. Les soldats croyaient avoir fait la capture dun insigne voleur qui leur avait été signalé. Le Père eut beau protester et se faire connaître en fournissant toutes sortes de preuves, rien ny fit, ils ne voulurent pas lâcher leur proie et, par surcroît de malheur, ils pillèrent les catéchumènes qui hébergeaient le missionnaire. A Nanning les autorités plus au courant des relations entre Chinois et étrangers, le reconnurent comme missionnaire et le renvoyèrent à Lingshan. Ayant appris le pillage de ses catéchumènes, il leur écrivit de suite une lettre pour les consoler et les encourager à persévérer, et lui-même ne tarda pas à se porter au secours de ses brebis dans la misère. Il les aida autant quil put et fut heureux de les voir demeurer fermes dans la foi. Ils forment encore aujourdhui lactuelle chrétienté des Cent-Mille-Monts, rattachée au district de Namong (1) où réside leur missionnaire.

    En se promenant sur les hauteurs qui environnaient sa résidence des Cent-Mille-Monts, ou simplement debout sur le seuil de sa case, le P. Foucard dut bien souvent jeter des regards avides du côté du nord, sur les plaines qui sétendent dans la direction de Nanning. Son imagination devait se représenter cette ville, assise sur le grand fleuve de louest, et son zèle ardent lui montrait sans doute déjà la religion fortement établie dans ce centre de la province, doù elle pourrait rayonner dans tous les sens à travers le pays.

    En 1874, il fit un voyage à Kouyhien où quelques catéchumènes de Hoangshan (2) sétaient annoncés ; il vit alors quil fallait un pied à terre à Nanning, pour relier les chrétiens du nord-ouest de la province, administrés par le P. Bazin, et le petit noyau de néophytes qui séveillait dans le sud du Kouangsi. En 1878, il envoya un chrétien acheter en secret une maison adjacente à un vaste terrain vide, déjà acquis lannée précédente par le P. Souchières. Le tout était situé dans la rue Chang-ko-kai (3) à louest et presque en dehors de la ville marchande. Une famille chrétienne garda cette maison en attendant que lui-même pût en prendre possession.

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    (1) (caractères chinois). (2) (caractères chinois). (3) (caractères chinois).


    Deux ans plus tard, le P. Renault reçut lordre daller sy établir. Il y arriva le 5 mai 1880. Fort de son droit et plein de confiance, il se présenta en barque dans le port de Nanning doù il avertit le mandarin de sa présence et de ses projets. A cette nouvelle le sous-préfet Tchang ourdit aussitôt le plan dune petite comédie qui réussit très bien à empêcher le missionnaire de débarquer : Il soulève le peuple contre létranger, les émeutiers se portent rapidement sur la rive, ils bombardent avec fureur à coups de pierres la barque du Père tout étonné, le mandarin se présente ensuite affolé au P. Renault, lui montre la colère de la populace et limpossibilité pour lui de lapaiser, il se lamente sur lignorance et la stupidité de la foule, il prie enfin le missionnaire de se sauver et de le tirer ainsi lui-même de ce mauvais pas en ajournant son débarquement. Devant la mauvaise volonté du mandarin, soupçonnant même sa connivence, au milieu des cris de mort poussés par le peuple ameuté, le Père se retira à Tintse (1) à trois kilomètres en aval. Mais lorage nétait pas fini. Il éclata de nouveau, les pierres recommencèrent à lapider la petite barque de lenvoyé du Christ. Force fut donc de quitter la place. Le P. Renault descendit alors le fleuve et alla visiter le P. Chouzy, isolé à Kouyhien depuis cinq mois. Après le départ du missionnaire, le mandarin laissa détruire la maison achetée, et le silence se fit sur cette affaire pendant 15 ans. Le P. Renault ne put y revenir quen 1896.

    En cette année, par lénergique intervention de M. Gérard, Ministre de France à Pékin, toutes les affaires pendantes depuis plus de 20 ans purent être réglées à Longtcheou entre Mgr Chouzy, délégué à cet effet par notre Ministre, et le gouvernement chinois. Les pourparlers durèrent toute lannée. Enfin la fermeté et la justice de lévêque eurent gain de cause contre la fourberie et les mensonges des représentants de lautorité chinoise. Laffaire de Nanning de 1880 fut réglée avec celles de Silin, (2) Changse, (3) Outcheou, (4) Nanhiang, (5) San-pan-kiao (6) et incontinent, il fallut profiter de loccasion favorable pour sétablir définitivement dans la ville.

    Les terrains dautrefois étant mal situés, on les céda au gouvernement et on acheta en pleine ville murée, dans la rue Tchong-fou-kai (7) une maison dont la prise de possession par le P. Renault compensa et fit oublier les misères quil avait souffertes la fois précédente. En effet les autorités de la ville le reçurent avec un certain respect, et le malheureux vaincu de jadis devint le triomphateur de ce jour mémorable. Le Père, après avoir réparé et aménagé sa maison, y resta quelque temps pour se faire connaître, laisser tomber les mauvais propos quon avait répandus de tout temps parmi le peuple contre les étrangers, et pouvoir enfin acheter les maisons voisines dont il prévoyait que la Mission aurait besoin plus tard. Car Nanning était la ville la plus importante de celles que nous occupions. Avant 1896, nous nétions établis quà Kouyhien et Changse, et depuis lors nous avions gagné Longtcheou, Nanning, Outcheou et Silin. Lheure des conversions allait-elle enfin sonner ? On lespéra. Mgr Chouzy ne put la voir : il mourut à Outcheou en 1899 et fut remplacé en 1900 par Mgr Lavest.

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    (1) (caractères chinois). (2) (caractères chinois). (3) (caractères chinois). (4) (caractères chinois). (5) (caractères chinois). (6) (caractères chinois). (7) (caractères chinois).


    Après son sacre, Mgr Lavest décida de transporter la résidence épiscopale à Nanning. Il fallut donc se mettre plus au large en ville, pour pouvoir y établir les uvres générales de la mission, évêché, écoles, procure et séminaire. Pour ce dernier, on acheta un vaste terrain avec maisons assez bien bâties en dehors des remparts, à 10 minutes de lévêché, dans le faubourg Hia-ko-kai (1). Le P. Renault se mit fiévreusement à construire lévêché et à aménager le séminaire ; il put terminer le tout à la fin de 1901. Lévêque vint donc se fixer définitivement à Nanning, avec le P. Thomas comme procureur et le P. Barrière comme supérieur du séminaire. Tout ce que nous possédions en ce moment dans la ville comprenait trois maisons chinoises sur la rue, assez profondes, ce qui permit de bâtir lévêché à larrière. Celui-ci comprenait une seule chambre au rez-de-chaussée, une chambre à coucher à létage, et, à côté, une petite chapelle. Ce nétait ni grand ni confortable, mais notre évêque, qui venait de la brousse, trouvait que ce nétait pas si mal, et jamais, en 10 ans que dura son épiscopat, il ne demanda davantage pour se mettre plus à laise, il voulut rester dans son pigeonnier, comme on appelait la résidence épiscopale. Il dut, il est vrai, encore acheter dautres maisons pour établir son noviciat de religieuses chinoises que devaient diriger les Surs de St Paul de Chartres, et son école franco-chinoise, qui allait être confiée aux7 Frères Maristes.

    La première idée de créer une école franco-chinoise sétait éveillée dans lesprit de Mgr Chouzy pendant les conférences de Longtcheou, en 1896 ; en parlant avec les Européens établis dans cette ville ou au Tonkin, il avait compris quune telle école serait utile en même temps à la Chine et à la France : on était alors au temps de linfluence française en Chine, et on espérait quavec le chemin de fer de Hanoi-Longtcheou allait souvrir une période de prospérité pour le commerce en Chine par le Tonkin. Vains espoirs ! tout sarrêta, le chemin de fer ne se fit pas, linfluence française diminua peu à peu, la frontière resta plus ou moins fermée, et la maison quavait bâtie à grands frais le P. Renault demeura vide et étrangère à sa destination première.

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    (1) (caractères chinois).


    Mgr Lavest, devenu Vicaire Apostolique, crut malgré tout que si lécole ne pouvait se faire à Longtcheou, il devait tenter de létablir à Nanning, grand centre de commerce de la province. Le gouvernement de la colonie du Tonkin, toujours favorable, aida largement en se chargeant du traitement de trois Frères Maristes. Avec lindemnité obtenue par le Ministre de France à Pékin à loccasion du massacre du P. Bertholet, on acheta aussitôt deux maisons en face de la mission, de lautre côté de la rue ; des arrangements préalables furent pris entre Mgr Lavest et le Provincial des Frères, et lécole put commencer à fonctionner en 1902 dans des bâtiments improvisés, avec trois Frères Maristes comme professeurs. Il fallait construire ; ce fut rapidement fait et, le 1er juin 1903, on put inaugurer solennellement la maison en présence du Consul de France à Longtcheou, M. Dautremer, et des représentants des autorités provinciales. Chacun y alla de son petit discours : cétait la générosité française dun côté, louée par les Chinois, et de lautre lexpression de la gratitude et du désir den profiter pour le bien de la patrie. Les élèves commençaient à être nombreux, ils paraissaient contents, tout le monde fondait donc de grandes espérances sur lavenir de cette école, surtout Mgr Lavest, qui voyait là une source dinfluence favorable au développement de la religion.

    Malheureusement les Chinois, malgré leurs belles paroles, ne sont pas très persévérants ; ils auraient voulu quon les rendit savants et capables dexercer les plus hautes fonctions en six mois, aussi beaucoup délèves qui avaient commencé se retirèrent. Outre le chinois classique, enseigné par des professeurs chinois, les Frères faisaient un cours sérieux de langue française. Puis, à la demande des élèves, ils ajoutèrent un cours danglais ; Nanning en effet venait de souvrir au commerce européen, et des compagnies anglo-chinoises avaient établi sur le Sikiang de petits vapeurs, battant pavillon anglais, qui circulaient entre Outcheou et cette ville. De ce fait la langue anglaise devenait plus pratique que le français pour les Chinois. Malgré ces motifs raisonnables, ce cours danglais, enseigné dans une école entretenue par la France, refroidit un peu le gouvernement du Tonkin. Un jour les Frères reçurent une lettre de M. Kahn, Consul de France à Canton, dans laquelle il invitait ces religieux à continuer leur uvre denseignement ; il ajoutait, dans une phrase embarrassée et raturée, ces quelques mots : Le gouvernement français a, encore cette année, recours à vos bons services, faute déléments capables de vous remplacer. Les Frères virent là un avertissement et la condamnation de leur école, cest pourquoi ils attendirent une occasion propice pour se retirer sans éclat. Cependant tant que vécut Mgr Lavest, tout alla assez bien et se maintint sur un pied qui permettait bon espoir, bien que le nombre des élèves suivît les variations de lopinion publique et du gouvernement provincial dans ses rapports bons ou mauvais avec les étrangers.

    Une autre question avait préoccupé Mgr Lavest dès les débuts de son épiscopat, cétait celle des religieuses chinoises. Dans les missions qui sont à leur début, les missionnaires ne trouvent pas facilement des aides capables de rendre de bons services pour instruire et soutenir les catéchumènes : parmi les hommes déjà instruits qui, après leur conversion, peuvent recevoir une préparation sommaire, il est relativement aisé den choisir quelques-uns qui pourront remplir loffice de catéchistes ; mais pour les femmes, où les prendre ? et cependant ces femmes-catéchistes sont dune nécessité absolue. Ne pouvant être prises parmi les catéchumènes, elles doivent donc être formées dès le jeune âge, et avoir la volonté en même temps que la générosité nécessaires pour se consacrer au service de lEglise jusquà leur mort.

    Cette uvre avait déjà eu un commencement dexécution à Kouyhien sous Mgr Chouzy, et à Longniu avec le P. Bertholet. Quatre ou cinq jeunes filles entretenues par la Sainte-Enfance sinstruisaient dans ce but, mais rien nétait encore réglé ni pour le local, ni pour les ressources, ni même pour la formation. Mgr Lavest, en sétablissant à Nanning, y fonda la Maison de Dieu, noviciat unique pour la formation de religieuses chinoises : il y mit tout son cur et y consacra toutes les ressources disponibles, sa ténacité surmonta tous les obstacles. Il acheta, derrière lévêché, des maisons basses, qui furent les unes un peu aménagées, les autres démolies pour faire place à dautres de style européen ; car dans son plan, ces religieuses chinoises, futures maîtresses décoles et catéchistes, devaient être bien instruites et bien formées sous le rapport de la piété, or pour ce travail, rien ne valait, pensait-il, la direction de Surs européennes. Il demanda et obtint facilement quatre religieuses de St Paul de Chartres, qui furent envoyées du Tonkin et arrivèrent à Nanning en février 1905.

    Les déboires ne manquèrent sans doute pas du côté de ces jeunes filles sorties de familles de néophytes, mais cependant le bien se fit, et celles qui furent formées sen allèrent en district tenir des écoles de catéchumènes pour les femmes nouvellement converties. Tout en enseignant les travaux de ménage et la ténue dune maison, ainsi que les ouvrages de broderie et de couture, les Surs tenaient un petit dispensaire où étaient soignés gratuitement les malades pauvres qui venaient chercher des remèdes ; quelquefois elles étaient appelées par les riches qui désiraient la visite de leurs malades à domicile. Tout cela leur gagna la faveur du peuple et leur permit dadministrer le baptême aux enfants païens en danger de mort. Mais les conversions ne vinrent pas. Rien là détonnant, les Chinois buvant facilement au fleuve des bienfaits qui les sauvent, sans que pour cela, à cause de leur formation païenne, ils remontent à la source des bienfaits versés sur eux. Pendant son épiscopat, Mgr Lavest vit cette uvre prospérer et, malgré les déchets inévitables, il avait bon espoir dans lavenir.

    Un jour, au dispensaire des Surs, fut baptisée une petite fille de six ans que lon croyait mourante ; on lui donna des remèdes qui la guérirent. Quelques jours plus tard, on la rapporta en disant que ses parents allaient la noyer si la mission ne la recueillait pas. Mgr Lavest laccepta, mais peu après on saperçut avec angoisse quelle était lépreuse Que faire ? La rendre à sa famille païenne ? cétait la mort pour cette petite baptisée. La garder ? cétait dangereux. Si nous avions une léproserie, gémissait le bon évêque. Il y avait, de fait, en dehors de la ville, dans un joli bosquet darbres sur le bord dun ruisseau fangeux, un village de lépreux comptant une trentaine de personnes. Si nous faisions une léproserie, répétait souvent Monseigneur. Lidée sancra dans son esprit et son cur. Il écrivit en Europe, demanda des ressources et, en attendant, les Surs, accompagnées de quelques religieuses indigènes, visitaient souvent les lépreux dans leurs cases, leur distribuaient des remèdes, du riz, des vêtements, et surtout des paroles de consolation avec un peu de doctrine chrétienne. Elles firent quelques baptêmes. Ce projet de léproserie ayant été connu en ville, nos citadins en furent dabord très contents et auraient facilement aidé de leurs deniers pour mener à bien lentreprise ; ils voyaient là un moyen de se débarrasser de la présence de ces malheureux détestés de tous. Mgr Lavest ne put faire davantage pour ces indésirables : la léproserie devait finir par une tuerie et un bûcher.

    (A suivre)
    F. LABULLY,
    Miss. de Nanning.
    1932/675-682
    675-682
    Labully
    Chine
    1932
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