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Rétablissement du catholicisme à Nanning (1870-1911) 2 (Suite et Fin)

Rétablissement du Catholicisme à Nanning. (1870-1911) (Fin)
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    Rétablissement du Catholicisme à Nanning.
    (1870-1911)
    (Fin)
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    Nous avons vu plus haut linstallation du séminaire par le P. Renault, avec le P. Barrière comme premier supérieur. En 1901, celui-ci étant tombé malade et obligé de retourner en France, il fut remplacé par un broussard qui nétait guère fait pour cela (1), mais Mgr Lavest, qui voulait avoir son clergé indigène, lui communiqua sa confiance en Dieu. En 1901, Sa Grandeur ordonna prêtres les grands séminaristes revenus de Pinang. ceux-là mêmes quil avait envoyés dans cet établissement dès 1884. Il eut ainsi bientôt quatre ouvriers apostoliques de plus, pour tenir les postes qui allaient souvrir sous peu.

    Les élèves du séminaire ne furent jamais bien nombreux, vu le petit nombre de nos chrétiens dans toute la mission ; cependant en haut lieu on fut souvent étonné de ce que nous eussions tant de prêtres indigènes pour si peu de chrétiens. Mgr Lavest voulait les former complètement dans leur pays : grâce à la charité dun insigne bienfaiteur, il fit construire une maison sur un terrain contigu au petit séminaire afin quelle servît de grand séminaire ; il voulait éviter ainsi denvoyer les élèves loin de leur patrie finir leurs études, on voyait alors à cela des inconvénients un peu exagérés. Cette maison ne put servir faute délèves assez nombreux et de professeurs. Il fallut attendre.

    Un autre travail auquel tenait beaucoup Mgr Lavest, cétait la construction dune église à Nanning. Ici quelques mots dexplication paraissent nécessaires.

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    (1) Les lecteurs qui désireraient une meilleure information nont quà se reporter à létude faite sur le Séminaire de Nanning dans le Bulletin de février 1931, ils verront que le broussard dalors, le P. Labully, a fait de la bonne besogne pendant les 13 années qua duré son supériorat.
    N. D. L. R.


    En 1891, Mgr Chouzy, nouvellement sacré évêque et Préfet apostolique de la mission du Kouangsi, avait, daccord avec les neuf missionnaires présents au synode de Changse, les seuls qui alors composaient toute larmée de Dieu au Kouangsi, fait vu de bâtir une église, dédiée au Sacré-Cur de Jésus, dans la première ville importante où la religion pourrait simplanter. Les circonstances voulurent que ce fût Nanning, occupé en 1896 ainsi que Longtcheou et Outcheou.

    Mgr Lavest crut le moment arrivé daccomplir le vu de son prédécesseur. Dans cette vue, il acheta encore sans tarder, à côté et sur larrière de son évêché, le terrain nécessaire pour cette église quil voulait grande et belle, digne de servir de cathédrale. A la première demande quil fit, linsigne bienfaitrice des Missions-Étrangères, Madame de Gargan, lui envoya la somme de 10.000 francs, à laquelle sajoutèrent bientôt des dons plus pauvres.

    Dès 1905, il se décida à jeter les fondations, laissant pour lavenir la construction des deux tours que comportait le plan primitif. Mais la façade sans les tours, cétait mesquin, tronqué ; alors un grand ami de Mgr Lavest, le P. Robert, procureur général à Hongkong, lui vint en aide : les deux tours carrées sélevèrent donc bientôt et complétèrent matériellement léglise du Sacré-Cur de Nanning. La bénédiction solennelle se fit en 1906, en présence de tous les missionnaires réunis pour la retraite générale.

    Il termina aussi linstallation de sa résidence en creusant un puits, entreprise qui lui causa beaucoup dinquiétudes, et à cause des éboulements successifs qui décourageaient tout le monde, et parce que leau paraissait vouloir se dérober sous la pioche des travailleurs. Enfin tout finit assez bien.

    Dans sa vie apostolique mouvementée, Mgr Lavest avait vu les inconvénients pour les missionnaires dêtre relégués à la campagne, isolés au milieu de quelques chrétiens dans de petits villages, loin des autorités mais très près des pirates, et à la merci de la haine et de la vengeance des païens, ayant lair de malfaiteurs qui craignent de se montrer au grand jour. Il résolut donc de profiter des bonnes dispositions du moment pour établir la religion dans les villes, où le missionnaire est plus à même dêtre connu et peut plus facilement prendre contact avec les mandarins.

    Ce nest pas quil espérât faire beaucoup de chrétiens parmi les urbani, car cétait encore parmi les pagani que se recrutaient le plus grand nombre des convertis ; mais il espérait ainsi se créer des places de sûreté pour établir des uvres plus considérables qui ne peuvent guère être organisées à la campagne. Cest pourquoi il fit occuper dans le nord-ouest de la province Setchen (1), Silong (2) et Pésé (3) dans le nord-est, on sétablit à Kouylin (4), Yunfou (5), Loyong (6) , Siéoujên (7) ; au sud-est ce fut Kouypin (8), Pingnam (9), Ousuen (10), Yolin (11) ; et au sud-ouest Taiping (12) et Hoiwan (13). De nouveaux ouvriers apostoliques lui vinrent de Paris, grâce auxquels il put fournir des missionnaires à tous ces nouveaux postes.

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    (1) (caractères chinois). (2) (caractères chinois). (3) (caractères chinois). (4) (caractères chinois). (5) (caractères chinois). (6) (caractères chinois). (7) (caractères chinois). (8) (caractères chinois). (9) (caractères chinois). (10) (caractères chinois). (11) (caractères chinois). (12) (caractères chinois). (13) (caractères chinois).


    On chuchotait bien quelquefois quil allait trop vite, mais lui comptait sur la Providence et sur le travail et labnégation de ses collaborateurs, car ayant travaillé et souffert plus que tous les autres pour lévangélisation du peuple, il ne comprenait pas le laisser-aller ou la paresse dans les ouvriers de la Sainte Eglise. Il y eut quelques échecs. Cependant il soutenait ses combattants de toutes ses forces, tant par ses lettres, ses visites, ses encouragements tout apostoliques, que par les secours dargent nécessaire à létablissement des nouvelles résidences.

    Les ressources morales étaient inépuisables chez ce bon évêque, mais sa bourse ne létait pas. Il fit tant et si bien quil saperçut un jour quil était ruiné. Lui qui avait toujours eu assez parce que pauvre il savait se contenter de peu, il fut épouvanté dune telle détresse... Il partit pour la France et, par ses démarches incessantes, ses conférences simples, goûtées et intéressantes, il recueillit rapidement, mais aux dépens de sa santé, la somme nécessaire pour refaire le capital nécessaire à la marche de sa mission.

    Pendant tout le temps de son épiscopat, il sut entretenir de bonnes relations aussi bien avec les autorités chinoises quavec le gouvernement de lIndochine. Il était dailleurs toujours prêt à rendre service, surtout quand il voyait que le bien projeté rejaillirait sur ses deux patries.

    Cétait, je crois, en 1904. Monseigneur reçut un jour la visite de M. Baudet, négociant français à Canton, en voyage pour trouver de nouveaux débouchés possibles aux marchandises européennes. On parla commerce évidemment, mais aussi des systèmes de communications fluviales du Tonkin quil était facile détablir en Chine, surtout entre Canton et Nanning. Pourquoi, sur le Sikiang qui est navigable toute lannée pour les grosses jonques chinoises, ne pourrait-on pas établir un service de petits vapeurs ? A cette question, M. Baudet répondit quil ny avait pas de réelles difficultés, et que les compagnies fluviales de lIndochine et du Tonkin seraient peut-être contentes de se lancer de ce côté, si elles recevaient une aide pécuniaire des Chinois. Lévêque, qui voyait là un service à rendre et aux Chinois et aux Français, fit appeler quelques représentants des plus importantes sociétés de commerce de la ville, et il leur expliqua le projet le plus clairement possible. Ils approuvèrent tous et, après délibération, ils promirent de mettre 10.000 piastres de capital pour le lancement des deux premiers bateaux. M. Baudet recueillit les signatures et redescendit tout joyeux à Canton. Il ne doutait pas quen présentant laffaire au Consul, M. Kahn, il serait accueilli par des louanges et des encouragements. Le Consul ne voulut pas même le recevoir, et laffaire tomba nécessairement à leau pour les Français, du moins, car les Anglais se saisirent aussitôt de lentreprise, et en 1905, nous vîmes arriver dans le port de Nanning le premier vapeur battant pavillon anglais. Ce fut une affaire commerciale à gros rapports. Lannée suivante, avec les bénéfices, on put faire un autre vapeur, et ainsi de Suite, de sorte que, 10 ans plus tard, la Compagnie Banker possédait 15 à 20 bateaux, tant sur le fleuve de lOuest vers Nanning que sur le fleuve nord vers Lieoutcheou. Les Français se contentèrent de venir chaque année montrer leur canonnière aux villes des rives du Sikiang...

    Lors de la construction du chemin de fer de Hanoi à Yunnansen, le gouvernement de lIndochine fit appel à la main-duvre chinoise, et comme la population du Kouangsi était alors aux prises avec une épouvantable famine, Mgr Lavest prêta volontiers ses services pour recruter des travailleurs, ce qui causa des embarras et des ennuis quon ne sut récompenser que par un silence de satisfaction.

    Avec les mandarins, il était connu comme un homme juste et de facile composition, et depuis laffaire du massacre du P. Mazel à Loly, sa bonne renommée courut dans tous les prétoires de la province. Grâce à sa simplicité, il gagnait tous ceux qui le connaissaient : ainsi quand il fut malade, M. Ki tao-tai, qui nétait certes pas un ami des Européens ni un partisan des réformes à leuropéenne, vint un jour lui-même demander des nouvelles de la santé de Mgr Lavest.

    Un autre jour, un commissaire des douanes maritimes chinoises, Anglais protestant, vint le voir également et, le considérant si malade, il lui proposa de lemmener en France avec lui. La pensée seule de revoir la France vous rend déjà tout joyeux, Monseigneur, et à moitié guéri, lui dit-il. Oui, répondit lévêque, je suis bien content, mais cest de vous voir. Ah ! Monseigneur, vous me clouez, fit-il, et tout le monde de rire.

    Par sa bonhomie, Mgr Lavest mettait tout le monde à laise, et la joie régnait toujours dans les réunions où il se trouvait. Le premier commandant de canonnière qui alla jusquà Nanning, M. Crépin, vint naturellement dîner à lévêché, et après le repas, il fut invité à prendre part à une partie de boules. Il fut du camp de lévêque. Il fallait voir alors Monseigneur se démener pour lui indiquer la manière de jouer, où se placer, où mettre sa boule. Enfin il gagna la partie par une petite connivence secrète des adversaires. Quand on eut fini, le commandant nen revenait pas : Eh bien, vous en avez un évêque ! jamais je nai vu cela. Cest bien la première fois de ma vie que je joue avec un évêque, répéta-t-il plusieurs fois.

    En dehors des temps de délassement, il travaillait dur, entretenant une grande correspondance avec les amis des missions, envoyant à diverses revues des articles exposant les besoins du Kouangsi, des études très détaillées sur les habitants et les diverses races de la province, leurs murs et leurs coutumes ; souvent la Revue Coloniale inséra de longs articles de lui sur les indigènes et leurs rapports avec le gouvernement impérial. Enfin pour faire connaître la mission à lextérieur et favoriser lunion entre ouvriers apostoliques à lintérieur, il avait rêvé dun Petit Messager, au moins mensuel, qui sen irait porter à tous et les paroles de lévêque et les nouvelles de chacun. Mais pour cela il fallait une imprimerie.

    Passant par Hongkong, il vit le Supérieur de Nazareth, lui parla de son projet, et celui-ci fut heureux de rendre service à la mission du Kouangsi en lui cédant une petite machine à bras en même temps quune demi-fonte de caractères européens : cette machine était la première qui ait servi à Nazareth et on avait pu en tirer du bon travail. Le Petit Messager du Kouangsi put commencer à paraître le 1er décembre 1908. Le commerce nétait donc pas le but de cette imprimerie; mais les Chinois venant peu à peu demander limpression de prospectus, on fut bientôt obligé de prendre des ouvriers. Il fallut ensuite acheter de nouvelles machines ; chacun y mit un peu de sa bourse. Des caractères chinois furent aussi achetés, puis encore dautres machines, et même une grosse rotative. On travaillait, on gagnait quelque argent, on doubla le nombre des ouvriers. Mais cette entreprise, établie dabord au séminaire, ny était plus à sa place ; elle fut transportée près de lévêché, où un bâtiment fut construit spécialement pour cela..

    Après 10 ans dépiscopat, Mgr Lavest sen alla mourir au sanatorium de Béthanie, à Hongkong (23 août 1910). En quittant cette terre, il laissait les uvres centrales de la mission, les Frères Maristes et leur école, les Surs et leurs novices, le séminaire et la léproserie, dans un état sinon prospère, du moins permettant tous les espoirs pour lavenir ; la propagation de la foi faisait des progrès sensibles dans les campagnes.

    Se voyant condamné à mort, il avait demandé un coadjuteur et Rome avait accepté, les votes des missionnaires furent donc envoyés à Paris, et lui-même avait manifesté son désir de voir nommer le R Ducur, quil estimait être le plus capable de soutenir les uvres et dactionner la marche en avant de la mission. Celui-ci en effet, très estimé tant à lintérieur quà lextérieur de notre mission, était un apôtre ardent et un bon travailleur qui, dans la sous-préfecture de Siéoujên, avait su organiser et mettre sur un excellent pied tout un nouveau district. Il fut nommé évêque à la fin de 1910. Malheureusement, comme on a pu le voir en lisant la notice biographique de notre dernier évêque (1), Mgr Ducur a été continuellement empêché par les circonstances de réaliser les espoirs que supérieurs et confrères avaient alors mis en lui.

    F. LABULLY,
    Miss. de Nanning.

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    (1) Cf. Société des Missions-Étrangères, compte rendu des travaux de 1929. pp. 247 à 256.


    1932/751-757
    751-757
    Labully
    Chine
    1932
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