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Quelques légendes Miao sur le déluge

Quelques légendes Miao sur le déluge Tous et chacun des clans Miao du Kouytcheou ont leurs légendes au sujet du déluge. Sur ce canevas la féconde imagination de nos barbares a su broder des fables pittoresques ou hardies. A titre de curiosité voici quelques uns de ces contes où, au milieu de détails parfois fort ridicules, quelques-uns pensent avoir découvert des traces des traditions bibliques.
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    Quelques légendes Miao
    sur le déluge

    Tous et chacun des clans Miao du Kouytcheou ont leurs légendes au sujet du déluge. Sur ce canevas la féconde imagination de nos barbares a su broder des fables pittoresques ou hardies. A titre de curiosité voici quelques uns de ces contes où, au milieu de détails parfois fort ridicules, quelques-uns pensent avoir découvert des traces des traditions bibliques.

    Commençons par le récit des Lao-Miao caractères chinois Il y avait, dans un certain pays, un saint homme qui habitait au milieu de gens pervers. Il exhortait ces méchants à se convertir, mais il ne put en ramener un seul à la vertu. LEsprit dit au saint homme : Prêche encore à ces méchants et, sils ne se convertissent pas, jenverrai un déluge qui les noiera tous. En attendant fais-toi une barque pour te sauver avec ta famille. Tu pourras y placer tous les animaux que tu voudras, mais pas dhomme. Le saint homme avertit le peuple de tout cela ; mais on ne fit quen rire. Un jour un boucher vint demander au saint homme avec ironie : Quand donc arrivera ton déluge ? Le saint homme répondit : LEsprit ma dit : Quand le lion de pierre qui est devant le temple pleurera du sang, alors viendra le déluge. Le boucher se moqua de lui, puis alla en rire avec ses amis, et, la nuit suivante, ayant tué un porc, il prit du sang quil alla furtivement mettre aux yeux du lion de pierre. Au point du jour il alla avertir le saint homme que le lion de pierre pleurait du sang. Le saint homme, ayant vu cela, monta dans sa barque, et tous les gens du pays, hommes et femmes, se moquaient de lui. Mais aussitôt le tonnerre éclata, une pluie torrentielle tomba du ciel et les inonda tous. Quelques-uns voulaient gagner la barque à la nage, mais on les assommait à coups daviron. Quand il se présentait des animaux, colombes, corbeaux, singes, etc. (ici lénumération est longue) on leur tendait la main ou un bâton et on les mettait sur la barque. Le fils du boucher gagna aussi lesquif ; le saint homme ne voulait pas le recevoir, parce que lEsprit lavait défendu ; mais enfin, touché de compassion, il le reçut (lhistoire ajoute que ce fils du boucher lui causa plus tard des malheurs). Quand linondation eut tout couvert jusquau dessus des plus hauts arbres, leau commença à décroître. Le saint homme regardait pour tâcher de découvrir un sol émergé où il pût descendre, mais il nen vit pas. Alors il pensa à lâcher un oiseau pour le suivre des yeux et voir où il se poserait. Il lâcha dabord un corbeau ; mais celui-ci sarrêta sur le premier cadavre flottant quil rencontra, se mit à manger et ne revint plus. Quelque temps après, le saint homme lâcha une colombe : elle vola longtemps indécise, puis, ayant aperçu le sommet dun arbre sortant au dessus de leau, elle sy posa, prit dans son bec un rameau et se mit à balayer leau. Elle balaya, balaya si bien quelle dessécha toute leau.

    Voici le récit des Miao noirs, He-Miao caractères chinois.

    Daprès eux le crime de lhomme fut le mépris quil témoignait à légard des céréales en général et du riz en particulier. Pholio, lesprit du tonnerre, résolut de faire périr lhomme en le frappant de la foudre. Mais lhomme scélérat prit ses précautions : il recouvrit son toit décorces fraîches darbres, et non seulement le feu du ciel ne les enflamma point, mais Pholio, qui, sans doute, se tenait sur le toit, calcula si malheureusement son coup quil se laissa tomber dans le trou servant de cheminée, se blessa, et fut fait prisonnier par lhomme, qui lenferma dans une cage aux barreaux de fer. Trois ans sécoulèrent, mais au détriment de lhomme : plus dorages, plus de pluies, une sécheresse universelle. Une convention intervint rentre Pholio et son geôlier : Pholio serait rendu à la liberté lorsquil aurait filé assez de chanvre pour remplir sa cage. Pholio se mit à luvre ; de ses doigts humectés de salive il filait nuit et jour ; mais lhomme, pervers et parjure, tirait tout le fil de Pholio par un trou clandestinement percé sous les pieds du prisonnier.

    Lhomme avait deux enfants, un garçon et une fille, qui venaient de temps en temps voir Pholio filant son chanvre. De ses doigts humecté de salive il frottait vivement les barreaux de sa cage et en faisait jaillir des éclairs, à la grande joie des enfants. Pholio leur expliqua que, sil avait de leau, les éclairs seraient bien plus beaux, partant plus intéressants. Les enfants lui en apportèrent et Pholio en frotta tellement les barreaux quils fondirent. Il était libre. Mais, avant de prendre son essor, Pholio laissa par reconnaissance aux enfants quelques graines de courge, leur recommanda de les semer aussitôt et il leur annonça sa vengeance : le déluge. Aux temps où les courges sont mûres le cataclysme arriva. Ce fut à pleins seaux que Pholio déversa leau du ciel sur la terre. Tout périt, sauf ce qui se trouvait sur la barque, ou mieux dans la demi courge évidée, sortie des graines de Pholio, qui portait le frère et la sur. Les eaux montèrent si haut que lesquif vint heurter la porte du palais céleste. Pholio ouvrit et donna asile au couple humain. Une autre légende miao ajoute que Pholio voulait bien sauver la fille, mais non le garçon ; la poule, on ne dit pas comment, le sauva, et cest en reconnaissance de cette action quaujourdhui encore les pattes de poules servent à la divination.

    Par un temps brumeux le frère et la sur séchappent de la demeure céleste, mais la courge qui les portait va séchouer sur un rocher. Il fut impossible aux deux malheureux de sortir de là.

    Un aigle, par bonheur, y avait établi son aire. Nos deux Robin-sous vivaient de ce que laigle apportait à sa nichée : une poule chaque jour. Mais les aiglons grandissaient ; eux envolés, adieu les victuailles. Les naufragés attachèrent les ailes aux aiglons. Grande fut la désolation de laigle de voir ses petits, déjà grandelets, dans limpossibilité de prendre leur vol. Laigle sadresse à lEsprit, qui lui conseille de transporter lesquif des naufragés dans la plaine ; ainsi fit-il, et les aiglons purent enfin senvoler.

    La légende des Miaos blancs, Pe-Miao caractères chinois, ajoute que leur Noé et son épouse eurent soin demporter des graines de toutes les espèces de végétaux connus, sauf une quils oublièrent, mais on ne dit pas laquelle. Ils sauvèrent aussi les animaux, mais la poule faillit périr victime de sa gourmandise. Tandis que le Noé Miao lappelait éperdument, la malheureuse, faisant la sourde oreille, continuait à gratter et à becqueter la terre. Le flot survint, qui laurait engloutie si le canard, bon enfant, ne sétait précipité à leau : il sapprocha de la poule naufragée, la fit monter sur son dos et lemporta dans la barque, où Noé sempressa de laccueillir. Cest en reconnaissance de ce service rendu que, de nos jours encore, la mère-poule ne fait nulle difficulté pour couver les ufs de la gent canard.

    La légende des Lolos sur le déluge dit ceci : Lhomme juste était un laboureur. Par trois fois lEsprit lui recouvrit pendant la nuit les sillons quil avait tracés durant le jour. Intrigué, lhomme juste et ses deux frères se mirent à laffût et surprirent lEsprit au moment où il leur jouait ce tour de mauvais goût. LEsprit leur dit quil leur était inutile de travailler la terre, mais quils devaient construire en hâte une barque pour se sauver, car le déluge était imminent. Lun des frères se mit dans une barque de fer, le second dans une barque de cuivre, le troisième et sa sur se contentèrent dune barque de bois : eux seuls furent sauvés, le fer et le cuivre des deux autres leur portèrent malheur.

    Confusion des langues.

    Donc lhomme est sauvé et avec lui les animaux et les plantes. Le déluge fini, le frère et la sur quittent leur barque, ils seront le premier couple humain de la terre régénérée. Beau thème que cette union du frère et de la sur pour la furibonde imagination de nos sauvages. Le latin dans les mots brave lhonnêteté... et les récitatifs Miao, donc ! Quil suffise de savoir quaprès des péripéties sans nombre, le ciel approuve enfin leur union. De cette union naît une masse informe de chair qui peu à peu donne le jour à trois couples humains, mais, hélas ! tous muets.

    Après le déluge il faisait grand froid ; les pauvres muets, serrés autour de leur mère, grelottaient. Leur père se souvint quavant de monter dans la barque il avait enterré le feu. Pris de pitié à la vue de ses fils gelés, il va le déterrer, mais au lieu de feu il ne trouve quun morceau de silex. Le Noé Miao entasse un monceau de brindilles sèches, se penche et bat le briquet. Une étincelle jaillit qui met le feu aux brindilles. Panique générale des enfants, mais, ô merveille, la langue des muets se délie. Lun deux cria : ta teu ! De feu, ce fut lancêtre des Miao ; un autre, fi ! Celui-là devint laïeul des Dioi ou Thai, le troisième, enfin, dit : ho ! Ce fut lui qui donna naissance au peuple chinois.

    1924/103
    103
    Anonyme
    Chine
    1924
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