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Phnômpênh : Consécration Episcopale de Mgr Herrgott

Phnômpênh. Consécration Episcopale de Mgr Herrgott
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    Phnômpênh.
    Consécration Episcopale de Mgr Herrgott
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    Cinq mois écoulés depuis les fêtes qui nous avaient réunis à Culaogien pour le jubilé épiscopal de Mgr Bouchut, et, ce 1er mai, nous nous retrouvons au complet dans le même décor : mais des visages nouveaux sont venus se joindre à nous. Hier, cétait la fête de famille tout intime ; aujourdhui, cest lEglise et la Société des Missions-Etrangères qui se donnent rendez-vous pour le sacre de Mgr Herrgott. Son Excellence le Délégué Apostolique a interrompu un long voyage au Laos et, à marches forcées, accompagné de Mgr Gouin pour qui les randonnées interminables sont le pain quotidien, Mgr Aiuti apporte, avec le sourire de Rome, les bénédictions quil reçut jadis des mains de S. S. Pie XI. Saigon nous envoie son si sympathique Evêque, Mgr Dumortier, son aimable Provicaire, le P. Delignon, les P. P. Keller, Frison et Lambert, qui représentent lAlsace lointaine, et le distingué curé de Tan-Dinh, le P. Tong. De Siam vient aussi un ami fidèle et un compatriote, Mgr Perros. Qui-Nhon, qui na pu se faire représenter par son Evêque, a fait le choix le plus heureux en la personne du P. Labiausse, Provicaire, dont la parole chaude et cordiale retient lattention des groupes ; le P. Clause, benjamin de sa Mission, laccompagne, ainsi que le représentant de Kontum, le P. Bober. Enfin, par une coïncidence vraiment providentielle, le P. Robert, récemment revenu en Extrême-Orient, assistera son ancien condisciple de la rue du Bac.

    Et ce sont les flots des fidèles, mêlés à leurs pasteurs qui se font leurs guides dans la vaste enceinte du Séminaire. Battambang a envoyé une nombreuse délégation ; à côté, on rencontre des chrétiens de Camau ; plus loin, les groupes de Phnom-Penh coudoient ceux de Soctrang et de Baclieu : les visages sont épanouis, les regards curieux et interrogateurs ; les banderoles flottent au vent, les inscriptions rutilent : Vive Sa Sainteté Pie XI ! Vive Son Excellence le Délégué ! Vivent nos Evêques ! Les armes pontificales se mêlent aux armes des Evêques : les devises resplendissent, au milieu desquelles chacun commente le Fiducialiter agam du nouveau Pontife.

    A 8 heures la procession sorganise. Evêques et prêtres, au nombre de cent exactement, vont chercher le consacré pour le conduire solennellement à la chapelle. Malgré ses vastes proportions, elle est bientôt pleine à craquer : le chur reçoit les officiants parés de leurs ornements somptueux ; puis, aux premiers rangs, le clergé en surplis, puis les Surs de la Providence et leurs orphelines, enfin la foule immense dont les yeux suivent avec admiration la splendeur des cérémonies. A la tribune, une entrée triomphale où lon reconnaît le talent si apprécié du P. Thomas, et le Séminaire tout entier qui exécutera les chants avec tant de perfection.

    Et la cérémonie se déroule, lentement et majestueuse, pendant que tous les curs sunissent pour attirer sur le nouveau Pontife les grâces qui feront de lui le Chef et le Père de la Mission, demandant pour lui force, sagesse et longue vie. Puis, aux accents du Te Deum, Mgr Herrgott traverse les rangs pressés et répand sur ses prêtres et sur les fidèles sa première bénédiction épiscopale. Que de curs émus ! que de joie ! Et aussi que despérances se concentrent autour de cet autel où il vient de recevoir la plénitude du sacerdoce ! Pendant deux heures et demie, chacun prie et admire, chacun se grave au cur toute cette magnificence pour en garder limpérissable souvenir.

    A midi, le banquet : inutile de souligner lexubérance qui éclate à chaque table. On dit même que ceux qui ont la réputation dorateurs et qui, dhabitude, font des monologues, trouvent des émules qui les forcent à écouter ; une fois nest pas coutume. Mais après ces orateurs officieux, voici venir les officiels : favete linguis.

    Monseigneur Herrgott commence : dans un discours fait de calme et de raison, il noubliera personne, tous auront le mot qui porte et qui touche : il salue dabord S. E. le Délégué, et cest le nom de Père quil lui donnera en ce jour parce que son rôle de consécrateur lui en confère toutes les prérogatives, et lui sera son fils, non point aujourdhui seulement, mais toujours. Il sera le fils reconnaissant et soumis envers le Représentant du Saint-Père et du Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande. Il le sera par un dévouement et une soumission sans borne pour le Pape, qui a daigné lélever à lépiscopat et lui confier la garde dune partie du troupeau dans cette belle Mission du Cambodge. Il adresse son hommage à Mgr Bouchut, dont les désirs ont été réalisés : il aurait voulu éloigner de ses épaules la lourde charge que le choix de ses confrères lui a value : il voudrait posséder la science et les vertus nécessaires pour sen rendre digne ; sil a accepté, cest par dévouement ; mais ce dévouement, tous peuvent être sûrs quil leur est acquis.

    Il salue ses deux parrains : Mgr Perros, lami, le compatriote ; Mgr Dumortier, le docteur, dont la vertu égale la science : à tous deux il souhaite de gouverner longtemps les Missions de Saigon et de Bangkok et il sinspirera de leur sagesse pour le gouvernement de sa Mission.

    La présence de Mgr Gouin souligne la belle union des Evêques de notre Société : cor unum et anima una. Pourquoi faut-il que Mgr Grangeon et Mgr Allys aient été empêchés de réaliser leur désir de venir se joindre à si noble assemblée ? Léloge du P. Robert na pas besoin dêtre fait ; ses uvres parlent pour lui. Mgr Herrgott rappelle les souvenirs dantan : Meudon et Paris. Déjà ses confrères présageaient quil sera une sommité, et la suite la bien prouvé ; aussi quelle joie pour son ancien condisciple de le voir en ce jour et de le saluer comme le confident et le bras droit de Mgr de Guébriant pour présider aux destinées de la Société des Missions-Etrangères : sa présence ici est la marque de lunion qui en rassemble tous les membres. Après un mot aimable pour les confrères des Missions voisines qui sont venus lassister à son sacre, Mgr de Samosate sadresse aux Missionnaires et aux prêtres indigènes de la Mission ; presque tous sont là, unis dans la joie : ils sont assurés de trouver en lui lami fidèle et dévoué qui partagera leurs travaux et leurs peines ; ensemble ils planteront et arroseront, et Dieu donnera laccroissement.

    Le discours, qui à plusieurs reprises avait été hâché dapplaudissements, se termine par une ovation.

    *
    * *

    Mgr Bouchut fait siennes toutes les paroles de son Coadjuteur et voudrait quon les retienne toutes, sauf celles qui ont été des éloges pour lui.

    *
    * *

    S. E. le Délégué se lève au milieu du silence, et tout de suite gagne les curs par la grâce et la bienveillance qui émanent de sa personne, de ses paroles et de ses gestes. Le Représentant du Saint Père est heureux de présider cette fête au milieu dun clergé si nombreux, aux côtés de Mgr Bouchut. Il lest pour lui-même et pour tous ceux qui lentourent : heureux surtout pour la Mission du Cambodge. Lhéritage de Mgr Bouchut tombera en bonnes mains. Depuis son arrivée en Extrême-Orient, il a pu apprécier les hautes qualités de Mgr Herrgott, et dans une superbe envolée, digne du chantre de Mantoue, il nous expose les symboles des armes de Mgr de Samosate, dont la haute intelligence touche le ciel comme le sapin du pays natal, dont lintrépidité et la vaillance sont figurées par le roc, dont le cur sera large comme ce cur entouré détoiles ; il est sûr que le Vicariat sera bien conduit et il souhaite à tous de combattre le bon combat à la lumière de ces étoiles et de rester tous inébranlables comme ce roc.

    *
    * *

    Lorsque les applaudissements sont apaisés, Mgr Dumortier rappelle que lui aussi est le fils de S. E. le Délégué, car cest de ses mains quil reçut la consécration épiscopale, et, comme dans les généalogies de lEcriture, il souligne que Mgr Aiuti fut sacré par S. E. le Cardinal Van Rossum, qui lui-même lavait été par S. S. Benoit XV. Noble filiation dont Mgr Herrgott et lui peuvent être fiers et qui fournira un motif de plus pour resserrer lunion des deux Missions de Saigon et de Phnom-Penh. Depuis longtemps, Mgr Herrgott a déjà mis son expérience des affaires au service des deux Missions, et il continuera pour leur plus heureux développement. Le P. Bousseau, Supérieur du Grand Séminaire, croit, et nous sommes volontiers de son avis, quune fête ne peut être complètement réussie sans une petite chanson, et ses séminaristes nous donnent la cantate suivante :


    A Monseigneur de Samosate
    (air du gai bonjour)

    Entendez-vous dans ce beau jour de fête
    Cher Monseigneur,
    De bruits les airs semplir sur votre tête
    En votre honneur ?
    Ecoutez-les ces voix mystérieuses
    Avec onction
    Partout répandre leurs notes joyeuses
    Dans la mission ; (bis)

    Voix de vos prêtres, de tous les lévites
    Avec amour
    Unis entreux pour chanter vos mérites
    En ce grand jour,
    Louant en chur lentrain du chef splendide
    Qui, plein dardeur,
    Face aux revers, fut toujours intrépide,
    Toujours vainqueur. (bis)

    Voix de nos Surs, de nos Religieuses
    Au plus doux son
    Chantant aussi dans leurs ferveurs pieuses
    A lunisson
    Et les bons soins et les sollicitudes,
    Que Monseigneur
    Leur prodigua, malgré ses travaux rudes,
    De tout son cur. (bis)

    Voix des enfants aux naïves paroles,
    Aux doux minois,
    Catéchisés par vous dans leurs écoles
    Souventefois,
    Vous bénissant de toutes vos largesses,
    Coadjuteur,
    Ils prient Jésus de rendre ses tendresses
    Au bon pasteur. (bis)

    Voix de tous ceux déjà parmi les anges
    Aux saints parvis,
    Formés par vous en nombreuses phalanges
    Au Paradis,
    Disant à Dieu votre fière devise
    En le suppliant
    De garder, pour quelle se réalise,
    Lélu confiant. (bis)

    Voix des églises par vous préparées
    En plus dun lieu,
    Qui de votre art et de vos soins parées
    Pour le Bon Dieu,
    Font retentir leur poème de pierre,
    Leurs carillons,
    Mêlant aussi des parfums de prière
    A nos chansons. (bis)

    Entendez-vous dans ce beau jour de fête,
    Cher Monseigneur,
    De bruits les airs semplir sur votre tête
    En votre honneur ?
    Elles crient vers Dieu, ces voix mystérieuses,
    Exaudi nos,
    Lui demandant pour vous toujours joyeuses
    Multos annos. (bis)

    Mais puisque nous sommes dans la poésie, pourquoi en sortir avant dentendre le P. Merdrignac qui vient, au nom des Frères des Ecoles chrétiennes, débiter ce morceau délicat :

    Iter para tutum.
    Fiducialiter agam.

    Je travaillerai avec confiance
    En Dieu, mon protecteur ;
    Sa force fait mon espérance
    Et réside en mon cur.



    Je travaillerai avec confiance
    En ceux qui, par état,
    Sont, après Dieu, la meilleure assistance
    De mon épiscopat.



    Je travaillerai avec confiance
    Jusquà mon dernier jour,
    Et goûterai au ciel pour récompense
    La joie du saint amour.

    Nous travaillerons avec confiance
    En Dieu qui vous a fait
    Par la vertu de sa toute-puissance
    Son Pontife parfait.



    Nous travaillerons avec confiance
    En vous, cher Monseigneur,
    Dont la bonté, lintrépide vaillance
    Ont gagné notre cur.



    O bonne Marie, notre Providence,
    Pour que Jésus nous voie
    Un jour au ciel en sa sainte présence
    Conduis-nous dans la voie.

    Le P. Robert, au nom de Mgr de Guébriant, vient aussi apporter son tribut, de félicitations. Comme le sapin, dont le feuillage reste toujours vert, Mgr Herrgott, dont lactivité sest manifestée ici à Culaogien et jusquaux coins les plus reculés de la Mission du Cambodge, fera, avec laide de Dieu, éclater de plus en plus sa prodigieuse puissance de travail pour les progrès de lévangélisation.

    Lattention nest point émoussée par cette série déjà longue : on sent quil manque quelque chose, cest le salut et lhommage des missionnaires à leur nouveau chef. Le P. Bousseau va répondre magnifiquement à lattente générale.

    Toast
    Monseigneur de Samosate, la voix de vos missionnaires, de vos prêtres, doit évidemment se faire entendre dans le concert des louanges qui vous sont décernées aujourdhui, mais ne soyez pas surpris si je commence par offrir à notre vénéré Vicaire Apostolique, Monseigneur Bouchut, les félicitations les plus chaleureuses pour avoir pu obtenir lhomme de sa droite, le seul parmi nous prêt à le seconder immédiatement, nayant quà continuer, avec le caractère épiscopal en plus pour les lui faciliter, les travaux assumés à plusieurs reprises déjà et dune façon suivie. ces années dernières.

    Ces félicitations dailleurs, font du même coup léloge de lévêque de Samosate, rappelant en bref les bons services que vous avez rendus à la Mission, Monseigneur le Coadjuteur, sous deux épiscopats successivement et faisant prévoir les services meilleurs encore que vous lui rendrez à lavenir.

    Aussi nous comprenons votre joie, Messeigneurs, et nous la partageons en ce jour qui, comblant vos vux, comble également les nôtres, puisque le choix est encore un triomphe pour nous qui nous protège, dans le présent et pour lavenir, contre des changements trop brusques de direction. Commençant donc sous de si heureux auspices, votre épiscopat, Monseigneur, semble bien permettre tous les espoirs ; ce qui a dû vous aider, sans doute, à choisir votre fière devise : fiducialiter agam.

    Agissez donc, Monseigneur, et, sil fallait vous encourager dans les sacrifices possibles de demain, je rappellerais les paroles du 1er livre des Macchabées toutes dactualité : Tu es dux noster, pugna prlium nostrum et queecum que dixeris nobis, faciemus. Car, vous êtes bien notre chef, Monseigneur, non seulement par lélection et la consécration, mais aussi par toutes les qualités requises pour le commandement. Nous sommes fiers de saluer en vous une tête et un maître...; dabord une tête puissante, qui vous a permis dassurer à vous seul durant de longues années le travail de plusieurs, depuis le jour où jeune provicaire vous étiez, à la fois, supérieur des petit et grand séminaires réunis, professeur de théologie, économe et directeur spirituel ; délégué du Vicaire Apostolique auprès des Surs de la Providence, aumônier de couvent, dorphelinat, de crèche et dhôpitaux, procureur de la Mission parfois à loccasion, et toujours comptable, surveillant, entrepreneur et architecte de constructions considérables. Vous êtes un maître, Monseigneur, car la multiplicité des emplois ne vous a pas empêché de donner tous vos soins à chacun deux ; si bien que, sous votre direction, toutes les uvres dont vous aviez la charge ont progressé dune façon merveilleuse. Si nous nous taisions en ce jour, cest bien ici le cas de le dire, les pierres mêmes crieraient à notre place.

    A Cùlaogiên tous les bâtiments sont votre ouvrage, au séminaire comme chez les Surs, sans parler de la restauration superbe de léglise paroissiale et de la construction de plusieurs églises secondaires dans le district. Si nous sortons de Cùlaogiên pour parcourir la Mission, de Sôctrang à Battambang tout le long du chemin, hôpitaux, crèches, orphelinats, pensionnats, églises ou chapelles, maisons de missionnaires ou de Surs nous diront encore la trace que vous y avez laissée et publieront vos louanges.

    Mais, tout en travaillant à élever des asiles et des temples matériels, vous travailliez aussi à édifier des temples spirituels, en préparant ces nombreux prêtres annamites, qui presque tous ont été vos élèves, et ces plus nombreuses Surs indigènes qui ont essaimé dans presque toutes nos paroisses.

    Taine disait que les Religieuses étaient la parure de la France et les Missions voisines, qui nous les envient, disent aussi que les Religieuses de la Providence, formées par vos soins, sont une des plus belles parures de la Mission du Cambodge.

    Les succès du missionnaire sont le garant des succès de lévêque : allez donc, Monseigneur de Samosate, agissez avec confiance, nos meilleurs vux vous accompagnent. De tous nos curs, comme de toutes nos voix, nous vous répétons le souhait liturgique : ad multos annos.

    Le cycle était-il donc complet ? Pas encore. Un peu ému par si noble et si nombreuse assemblée, le P. Van, professeur pendant 30 ans au Séminaire et actuellement curé de Cùlaogiên, va contribuer, lui aussi, à la joûte oratoire. Cest un fin lettré : la langue annamite, sur ses lèvres, devient un charme pour les oreilles bien pensé, superbement dit, les périodes coulent comme de source, et cest léloge de celui dont si longtemps il fut lauxiliaire : il a vu, il a entendu, il a retenu, et cest la vie de Mgr Herrgott qui passe sous nos yeux : faite de dévouement, de science, de labeur, de piété dans toutes les uvres que sa prodigieuse activité lui a fait embrasser. Il a bien mérité de la Mission, il était juste quil devienne notre chef et tous seront heureux de lui obéir, de le suivre et de limiter.

    Et comme toute chose, si belle soit-elle, doit avoir une fin, après une courte réplique de Mgr Herrgott, le banquet s achève, les groupes se dispersent, en attendant le salut solennel du St Sacrement qui va nous réunir à la chapelle, et chacun, en emportant cette bénédiction et celle de Mgr le Coadjuteur, se prépare à regagner ses pénates, tout rempli du souvenir de cette belle fête, pour en faire part à ceux qui, moins heureux, nont pu y assister, et tous partent avec lardente volonté de travailler avec plus dentrain encore pour réaliser, chacun dans sa sphère, le Fiducialiter agam de la devise de Mgr de Samosate. Ad multos annos !


    1928/416-424
    416-424
    Anonyme
    Cambodge
    1928
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